Les élèves du nord ivoirien sous contrôle des Forces Nouvelles (ex rébellion) et ceux du sud resté sous l’autorité du pouvoir d’Abidjan, passeront cette année, leurs examens de fin d’année en une session unique, a annoncé lundi à APA le ministre de l’éducation nationale, Gilbert Bleu Lainé. « Les accords de Ouagadougou donnent de l’espoir aux Ivoiriens », a-t-il déclaré.
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireLes signataires de l'accord de Ouagadougou sur la paix en Côte d’Ivoire étaient attendus ce mercredi, au Burkina Faso, pour rencontrer leur médiateur, Blaise Compaoré, en vue d’une évaluation du processus. Le pays tente petit à petit de retrouver son unité après près de cinq années d'un conflit marqué par la mort de milliers de personnes, le déplacement de plusieurs millions d'autres à l'intérieur comme à l'extérieur, mais également par la partition de fait du pays.
Tagged under Sud Global Cote d’IvoireLes écoles françaises et le Centre culturel français pourraient rouvrir à Abidjan dès la rentrée prochaine, d’après l’entretien que le directeur général de la coopération internationale et du développement, Philippe Etienne, envoyé par Paris, a eues samedi avec les autorités ivoiriennes, notamment avec le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro, a constaté sur place APA.
Tagged under Ressources Cote d’IvoireTrafigura et la Côte d’Ivoire ont signé, mardi soir, un accord pour régler l’affaire des déchets toxiques d’Abidjan. La société hollandaise versera à l’Etat ivoirien plus de 150 millions d’euros contre l’abandon des poursuites judiciaires menées contre elle. Trafigura n’est toutefois pas hors d’atteinte car une procédure est en cours en Angleterre.
Tagged under Environnement & Droits fonciers Cote d’IvoireLe chef de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), Pierre Schori, s’apprête à quitter la Côte d’Ivoire après un séjour d’environ deux ans. Il a décidé de ne pas demander le renouvellement de son mandat qui expire à la mi-février, a expliqué Amadoun Touré, porte-parole de l’ONUCI. Il a expliqué sa décision par des considérations personnelles, « une famille et une vie normale » qui l’attendent après la Côte d’Ivoire.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireL’opposition ivoirienne a donné son accord, jeudi, au chef des Forces Nouvelles, Guillaume Soro, pour qu’il participe au « dialogue direct » proposé par le président ivoirien Laurent Gbagbo. Ce dernier prend part, ce vendredi, au sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest qui reviendra, entre autres, sur la crise ivoirienne.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireLa célébration lundi de la journée internationale de la biodiversité a été mise à profit par les autorités ivoiriennes pour exprimer leur préoccupation face à la menace de disparition qui pèse sur certaines espèces végétales et animales, victimes d’un "usage abusif", selon le ministre de l’environnement, des Eaux et Forêts, M Jacques Andoh.
Tagged under Environnement & Droits fonciers Cote d’IvoireL’armée ivoirienne a mis le feu à un camp de paysans Baoulés et Burkinabés près de Guiglo, faisant un mort, ainsi que plusieurs blessés et disparus. Le préfet de la région affirme que les habitants n’étaient plus des paysans cultivateurs mais des rebelles. La question du foncier dans cette région a déjà causé la mort des dizaines de personnes et de nombreux déplacements.
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireRecrutés hâtivement au lendemain de la crise militaro-politique de septembre 2002, de nombreux soldats des Forces nouvelles (ex-rebelles au nord de la Côte d’Ivoire) ont depuis deux ans déserté les rangs. De retour aux champs ou au petit commerce, ils ruminent leur amertume contre leurs anciens chefs. Courbé sur la terre, une daba (houe traditionnelle, Ndlr) à la main, G. sarcle sans relâche son champ de céréales.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireLes conclusions du sommet extraordinaire du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine tenu mardi dans la capitale éthiopienne sont diversement appréciées par la presse ivoirienne de mercredi. « L’UA fait la passe à l’ONU : Gbagbo et Banny toujours à la barre », titre en Une le quotidien pro gouvernemental Fraternité Matin, précisant à l’endroit de ses lecteurs que le communiqué final de cette réunion n’est pas encore disponible.
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireEn Côte d’Ivoire, les femmes sont particulièrement vulnérables au VIH. Et, bien souvent, les femmes enceintes infectées ne savent pas qu’un traitement approprié peut empêcher que leur bébé ne soit lui aussi séropositif. L’Unicef se bat pour la généralisation de la prévention de la transmission mère-enfant (PTME). Exemple à Abidjan.
Tagged under Alimentation & Santé Cote d’IvoireLe paysage de l’audiovisuel ivoirien va s’élargir très bientôt avec la libéralisation du secteur qui va favoriser la création de nouvelles chaînes de télévisons et de radio privées, a appris APA auprès du Conseil national de la communication et de l’audiovisuelle (CNCA). «(...)le paysage de la communication audiovisuelle va s’ouvrir parce que c’est pour la Côte d’Ivoire un tournant très important » a déclaré Diégou Bailly, président du CNCA.
Tagged under TICs e Inovação Cote d’IvoireLe président du Front populaire ivoirien (Fpi, au pouvoir), l’ancien Premier ministre Pascal Affi Nguessan, a proféré des menaces, à Abidjan, à l’endroit des ressortissants des Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) vivant en Côte d’Ivoire, qui selon lui, pourraient faire les frais de la colère des populations, si d’aventure les dirigeants de leurs pays respectifs ne "vont pas dans la voie" que propose le régime du président Gbagbo Laurent.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireLe Premier ministre Charles Konan Banny n’a pas pu mettre en œuvre la feuille de route qui devait doter la Côte d’Ivoire d’un gouvernement légitime et démocratique. Les Ivoiriens n’éliront pas leur président avant le 31 octobre 2006 comme le réclamait le Conseil de sécurité de l’ONU. Le pays est toujours contrôlé par les anciens rebelles et les forces gouvernementales, séparés par une zone tampon fragile tenue par les forces de maintien de la paix de l’ONU et de la France.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireSans être Cassandre, nous disons que l’heure est au fourbissement des armes en Côte d’ivoire. En dépit des déclarations de bonnes intentions, des appels à des comportements de paix, personne n’est dupe dans ce pays, l’heure est grave. Les dernières tueries de Divo, les violences de Grand-Bassam hier et l’occupation la semaine écoulée des rues d’Abidjan par le général Blé Goudé et son Alliance des jeunes patriotes "pour voir clair dans les audiences foraines" sont symptomatiques que le mal ivoirien a empiré. De l’eau s’est mélangé au gaz.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireLe fragile état de Timor Leste, créé par les Nations Unies il y a à peine quatre ans au Timor oriental, fait encore la une des journaux à cause de ses drames. Malgré sa petite taille, cet état illustre de nouveau un échec important de la politique internationale, et à ce titre capte l’attention des principaux médias internationaux. Le chaos actuel et l’échec du gouvernement démontrent clairement que les efforts précédents de la communauté internationale étaient insuffisants pour créer un état indépendant viable au Timor Leste.
L’octroi de l’indépendance, après une courte période d’administration temporaire de 30 mois par l’ONU visant à créer un état moderne a été prématuré. Le pays avait déjà trop souffert pendant 25 ans sous une occupation indonésienne brutale qui elle-même était d’une de la présence coloniale Portugaise- un maître qui n’a pas fait grand chose pour préparer le pays à l’indépendance. La fragilité du travail de l’ONU au Timor oriental vient d’être confirmée par les événements tragiques de ces derniers jours, tandis que le pays se divise sur plusieurs fronts.
L’appel désespéré du gouvernement pour une assistance internationale visant à rétablir l’ordre et la sécurité montre que Timor Leste est en faillite et que sa souveraineté n’était qu’une illusion. Les coûts de cette faillite en termes de souffrance humaine pour son peuple et d’instabilité géographique de la région Sud-est Asiatique et du Pacifique Sud sont considérables. Les dépenses qu’auront à supporter les pays contribuant au rétablissement de l’ordre au Timor Leste sont et seront aussi élevés
Malgré toute la publicité déployée dans le passé, destinée à présenter les efforts des Nations Unies pour la construction de l’état du Timor Leste comme un succès, nous voyons présentement que ce ne fût pas le cas. L’on pourrait être tenté de blâmer l’ONU pour cet échec, comme d’habitude, quand l’organisation n’arrive pas à produire les effets magiques qu’on lui exige en matière de maintien de la paix, ou encore, on pourrait aussi être tenté de blâmer les autorités Timoraise pour avoir pas été de mauvais gouverneurs. A mon avis aucune de ces hypothèses ne seraient justes.
Au contraire, je pense que nous devons prendre le cas du Timor Leste comme un exemple pour examiner certains principes de base qui régissent les affaires mondiales contemporaines et d’en tirer des leçons qui seront utiles pour traiter les problèmes similaires dans d’autres états en faillite. Après tout il existe à présent encore plusieurs cas du même genre, des vestiges du colonialisme du vingtième siècle, qui continuent à avoir un impact négatif sur la paix mondiale.
La faillite de Timor Leste comme je l’ai signalé dans mon livre sur ce sujet, n’est pas une surprise. Beaucoup d’autres comme moi s’y attendaient. Les difficultés actuelles du Timor Leste ont leur source dans le refus des principaux états membres des Nations Unies de mettre à disposition les ressources nécessaires au long processus de construction d’un état viable lors de la période de sa gouvernance par l’ONU, faisant pression pour un retrait rapide et l’octroi de l’indépendance. Ceux qui au Timor Leste étaient pressés de devenir la nouvelle élite au pouvoir, ont encouragé cette irresponsabilité de bon gré.
Apres être fortement engagés dans le passé à démanteler les empires coloniaux, les états membres des Nations Unies n’ont pas suffisamment attiré l’attention de l’organisation sur la nécessité de développer sa capacité pour aider des territoires coloniaux ou des états post-coloniaux allant vers la faillite pour devenir des états pleinement viables.
C’est encourageant de constater maintenant, probablement du en partie à l’expérience apportée par le cas du Timor Leste, que les Nations Unies sont en train d’établir une Commission de Consolidation de la Paix (CCP), destinée à renforcer les états faibles afin qu’ils deviennent viables après leur sortie des situations de conflits. Espérons que les principaux états membres auront la volonté politique nécessaire pour doter à la CCP les ressources nécessaires pour gérer cette longue et difficile tâche de façon approfondie et non pas superficielle.
Le renforcement des états fragiles est crucial pour la paix, la promotion de la démocratie et de la prospérité. Mais c’est un long processus qui demande un investissement important. Les retombées de cet investissement en valent la peine. Comme le Timor Leste vient de nous le prouver, la politique de l’investissement minimal dans ce domaine ne vaut pas la peine.
Le Timor Leste aurait bien besoin d’un soutien solide pour le renforcement de son état à travers la CCP ou d’une autre agence internationale compétente. Ce serait la seule façon de s’assurer qu’un état viable soit mis en place au Timor Oriental. Les bénéfices pour sa population et pour la stabilité de son entière région seraient considérables. Même s’ils doivent payer pour cette opération, les retombées à long terme pour ses voisins seront importantes. Faire appel à d’autres pays pour effectuer le maintien de la paix comme le font présentement l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Malaisie revient très cher en fin de compte.
Mais le Timor Leste n’est pas un cas isolé. Il y a plusieurs exemples d’états post-coloniaux en voie de faillite qui ont besoin d’un fort soutien international pour restaurer la paix et renforcer les institutions de l’état. La CCP ne sera pas en manque de travail si les pays membres des Nations Unies lui permettent de s’occuper sérieusement des besoins de ses nombreux clients potentiels.
La Cote d’Ivoire, un état en faillite en Afrique de l’Ouest est un exemple particulier que je mentionne puisque j’y suis impliqué. Ce pays autrefois riche a urgemment besoin d’un engagement plus intensif de la part de la communauté internationale. L’état est en train de s’effondrer sous le poids d’une rébellion prolongée qui contrôle la moitié de son territoire, exacerbant les différences ethniques et conduisant à une dégradation dramatique de la qualité de vie de la population. La présence d’une opération de maintien de la paix insuffisante empêche l’éclatement d’une guerre civile sans toutefois permettre le retour à la paix. Cette situation de ni guerre ni paix menace aussi la stabilité de la région entière de l’Afrique de L’Ouest.
Selon le point de vue de beaucoup de spécialistes, y compris les organisations de la société civile que je conseille actuellement, ce dont la Côte d’Ivoire a urgemment besoin est un engagement ferme de la communauté internationale pour habiliter l’ONU à entreprendre une action musclée pour le rétablissement de la paix en mettant fin à la rébellion et restaurer l’autorité gouvernementale.
Une fois achevée, un programme de renforcement de la paix et de l'état, par le canal de la CCP devrait être mis en place. Pendant ce temps un gouvernement de transition supporté par l’ONU devrait conduire une campagne intensive de réconciliation et d’éducation civique pour rétablir l’unité nationale. Les institutions étatiques sévèrement endommagées devront être restaurées et les capacités administratives et professionnelles renforcées. Seulement après tout cela, il serait possible d’organiser des élections pour un nouveau gouvernement crédible qui conduira à une paix durable.
La grande question maintenant à laquelle il faudrait une réponse urgente est de savoir, si les leçons telles qu’elles nous ont été données, par l’expérience tragique du Timor Leste, ont été comprises par la communauté internationale. La volonté politique, pour habiliter les Nations Unies à effectuer un travail correct de reconstruction des états post-coloniaux en voie de faillite, va t-elle émerger enfin?
Cet héritage néfaste du colonialisme du 20e siècle ne sera pas résolu en continuant à prétendre que l’ONU sera capable d’accomplir des tours magiques dans ce domaine sans être munie de moyens adéquats pour renforcer les états fragiles. Il est grand temps que la communauté internationale affronte cette réalité et fasse preuve de volonté politique pour y agir.
La naissance de la Commission de Consolidation de la Paix des Nations Unies est la circonstance idéale pour le faire. La Côte d’Ivoire est un excellent terrain pour appliquer les leçons que Timor-Leste nous a appris. Le ferons-nous bien cette fois-ci ?
*Dr. Juan Federer a participé pendant des longues années au processus de libération du Timor Oriental. Il est Directeur de Projets du Center for War/Peace Studies de New York (www.cwps.org). Base à présent à Paris, il est conseiller auprès de l’organisation de la société civile Ivoirienne Diaspora et Jeunesse de Côte d’Ivoire qui vise à trouver une solution pacifique et durable au conflit dans leur pays. Dans son livre The UN in East Timor: building Timor Leste a fragile state (Charles Darwin University Press, 2005) le Dr. Federer décrie le manque d’engagement suffisant de la part de la communauté internationale pour la création d’un état suffisamment viable au Timor Oriental, anticipant ainsi la crise que vit cet pays à présent.
*Veuillez faire parvenir vos commentaires à l’adresse électronique suivante :
ou commentez en ligne au http://www.pambazuka.org/Tagged under Gouvernance Cote d’IvoireLe Centre de transit pour réfugiés de Tabou (sud-ouest ivoirien) a été définitivement fermé par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), indique un communiqué transmis à APA. Selon l’agence onusienne, les 2400 réfugiés libériens qui vivaient dans ce centre de transit ouvert en 2003, ont été redéployés dans la ville et les villages environnants, après avoir reçu des vivres et des équipements.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’IvoireLes universités de Côte d’Ivoire étaient de nouveau paralysées lundi, suite à la « grève illimitée » que les enseignants-chercheurs ont entamée, et qu’ils (disent) vouloir poursuivre « jusqu’à ce que les revendications soient satisfaites ». « Nous sommes partis pour une grève illimitée, le Premier ministre n’a pas résolu nos problèmes. (...)», explique M. Madon Kouassi, enseignant-chercheur dans une des universités d’Abidjan.
Tagged under Ressources Cote d’IvoireLe mois de janvier 2006 a connu du 15 au 19 janvier 2006 une nouvelle flambée de violences dont elle est désormais coutumière. Durant quatre jours, à Abidjan, mais aussi dans l’ouest et dans différentes localités de la zone sud, les troupes de la « galaxie patriotique » ont occupé la rue, occupé ponctuellement la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI) pour faire passer leurs messages, rançonné les automobilistes, et surtout, fait sans précédent, elles ont attaqué les locaux et même les casques bleus de l’ONUCI, les obligeant à se replier dans la « zone de confiance » qui sépare la zone gouvernementale de la zone « ex-rebelle ».
Pour mesurer les tenants et aboutissants de cette nouvelle crise, il convient de revenir sur les circonstances générales qui ont conduit à cette situation.
Un immobilisme en marche forcée depuis septembre 2002
L’immobilisme est en marche, et rien ne saurait l’arrêter.
Edgar FaureSans revenir ici sur les différents épisodes de la saga de la crise ivoirienne, il convient de revenir sur le contexte récent de ces événements. Il faut rappeler que la Côte d’Ivoire fait du « sur-place » depuis septembre 2002. Six accords, des dizaines d’opérations de médiation n’ont pas réussi à faire progresser la situation. Nous sommes en 2006 dans une phase où la population est exaspérée. A l’expression « on est fatigué », répétée régulièrement à Abidjan depuis deux ans, on ajoute maintenant « même les Bété sont fatigués ».
On arrive en janvier à une période de fortes tensions cumulées, liées aux différentes échéances que la population vient de connaître. Coup de force annoncé, élections présidentielles, nomination du premier ministre, formation du gouvernement. Chaque fois, la population craint une reprise de la guerre et vit donc dans une anxieuse expectative.
Le coup de force annoncé du Général Doué : avec d’autres militaires en exil, l’ancien Chef d’État Major envoie plusieurs lettres ouvertes via Internet à la presse abidjanaise. Alors que certains voient dans ces courriers invérifiables un vulgaire montage, coup de tonnerre : dans sa dernière édition du 19 août 2004, RFI diffuse un entretien avec le général en disgrâce.
« J`ai choisi de rompre le silence parce que j`estime que la situation a trop duré et que le départ du Président GBAGBO est la condition unique au retour de la paix en Côte d`Ivoire. Si la communauté internationale ne veut pas s`engager à le faire partir en douceur, moi je vais le faire par tous les moyens ; bien entendu cela ne se fera pas sans dégâts ».
Il ne se passe rien, mais l’attente est nerveusement épuisante pour tous. La mystérieuse attaque des camps militaires d’Akouédo le 2 janvier 2006 fait remonter la tension d’un cran (conditions et raisons de l’attaque non encore élucidées début avril 2006).
Élections : prévues constitutionnellement le 30 octobre 2005, les élections n’ont pas eu lieu, laissant place à un vide constitutionnel. Le 20 octobre, l’ONU, constatant l’impossibilité de la tenue d’élection, décide, suivant sa résolution 1633, de prolonger le mandat du président Gbagbo pour 12 mois, (il reste « chef de l’État ») mais en déléguant une grande partie des pouvoirs exécutifs à un premier ministre « acceptable par tous » ( !?!) qu’il reste à trouver. Le tout est sous la surveillance du « GTI » (Groupe de Travail International), composé de membres de l’UA, de la CEDEAO, de l’ONU, de l’UE, de la France.
Nomination du premier ministre « acceptable par tous ». Après d’incessantes tergiversations (gros problèmes de nuance entre « par tous » et « pour tous »), Charles Konan Banny, gouverneur de la BCEAO (Banque Centrale de Etats d’Afrique de l’Ouest) est enfin accepté / désigné comme premier ministre le 4 décembre 2005.
Formation du gouvernement : Après plus de trois semaines d’âpres discussions, Charles Konan Banny forme son gouvernement le 28 décembre 2005. Les tractations ont porté essentiellement sur les partages de postes, leur nombre et la compétence des personnalités choisies (les partis préférant leurs « cadres du Parti », Charles Konan Banny souhaitant des techniciens).
Au-delà des enjeux politiques, l’enjeu est économique, tant pour le financement des partis, que pour l’enrichissement personnel : les ivoiriens parlent de « ministère juteux » terme qui résume le véritable problème !
Le problème du Ministère des Finances : Celui-ci est de loin le plus « juteux » des ministères. Grande source de revenus, il revient, dans ce gouvernement, à la primature, échappant ainsi au FPI qui se trouve coupé d’une grande partie de ses approvisionnements. C’est un fait majeur pour comprendre la suite des événements.
L’Assemble Nationale : L’année 2004 a bien montré comment elle est utilisée comme outil de blocage des réformes par Laurent Gbagbo. Mais c’est aussi une manne financière. Les primes des députés sont d’un montant non négligeable, surtout dans une Côte d’Ivoire affaiblie, où nombreux sont ceux qui ont perdu leur emploi ou vu baisser leurs revenus à la suite des événements de novembre 2004. Le FPI y est largement majoritaire.
C’est un moyen important de reverser les prébendes aux militants : « Il partage, il distribue. Ca c’est le militant » fait déclarer le « le Patriote »quotidien proche de l’opposition RDR à un un mystérieux et anonyme « cadre du comité central [qui] interpelle Gbagbo » [Le Patriote 7/01/2006].
Le feu aux poudres :
Dans ces circonstances, se posait le problème du mandat des députés qui arrivait constitutionnellement à expiration le 16 décembre 2005. Comme pour le Président Gbagbo, se posait le problème de sa prolongation. La question est posée au Groupe de Travail International qui doit « consulter toutes les parties ivoiriennes pour que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement jusqu’à la tenue des élections », conformément à la résolution 1633 des Nations Unies.
Sa position est nette : elle prend note du fait que le mandat des députés a pris fin le 16 décembre 2005. : « 4. Conformément au paragraphe 11 de la Résolution 1633 du CSNU relatif à l’expiration du mandat de l’Assemblée nationale, le GTI a tenu des consultations approfondies avec les parties ivoiriennes sur le fonctionnement des institutions de l’Etat. Le GTI a tiré la conclusion que le mandat de l’Assemblée nationale, qui a expiré le 16 décembre 2005 n’a pas à être prolongé. » [Communiqué final - Réunion du GTI du 15 janvier 2006]
Au demeurant, ce communiqué ne fait que reprendre les termes de la résolution 1633.
La réaction est très violente, (les députés, le FPI, la « rue publique » des « jeunes patriotes ») mais on remarquera que les députés qui ont protesté se sont illustrés dans la revendication non pas de leur fonction, mais de leur statut : ils veulent bien ne plus avoir de pouvoir législatif, mais il tiennent à continuer être député… autrement dit, à toucher les primes. Les ivoiriens ne sont pas dupes d’où la faible mobilisation (3000 « patriotes » ont neutralisé le pays). Cette partie des négociations a été redoutable pour l’image de marque des députés vis-à-vis de la population.Cette réaction prend des formes nouvelles par rapport aux précédentes émeutes. La « galaxie patriotique » de la mouvance présidentielle est toujours sur le devant de la scène, mais elle ne mobilise plus les foules de janvier 2003 ou de novembre 2004. Son pouvoir de nuisance est intact, et même concentré. Le thème de l’indépendance bafouée par la Communauté Internationale est repris, comme dans les cas précédent.
En revanche, on observe peu d’attaques physiques anti-française (largement faute de cibles), mais fait historique, ces attaques sont dirigées contre l’ONU et les casques bleus. Le siège de l’ONU est attaqué, au point que l’ONU est obligé d’évacuer son personnel. Ils s'attaquent à tous les symboles des Nations unies, ils pillent, saccagent et mettent le feu aux bureaux de certaines agences des Nations unies et d'organisations non gouvernementales telles que OCHA, le HCR et Save the Children. Cette attaque des ONG est aussi un phénomène nouveau.
Autre fait qui marque la différence avec les flambées de violence de 2003 et 2004 : cette fois, c’est dans toutes les villes de la zone sud que des mouvements sont observés (Daloa, Guiglo, Douékoué, San Pedro, Yamoussoukro). Dans l’Ouest, lors de l’attaque de la base des Nations Unies à Guiglo, il y a eu quatre morts dans les rangs des «patriotes ».
Partout le matériel de travail (ordinateurs, etc.) est pillé. Le matériel militaire a été abandonné sur place lorsque les casques bleus bangladais ont du évacuer leurs bases de Douékoué et Guiglo, et se replier dans la zone de confiance, protégés par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ivoiriennes. [AFP 18/1/2006]. Les mêmes forces de sécurité que nombre d’observateurs ont vues appuyer ouvertement les milices sur le champ des opérations, par exemple, en leur ouvrant les portes de la RTI.
Les patriotes réclament le départ de l’ONU. Pascal Affi N'Guessan, le secrétaire général du FPI (le parti présidentiel) a été très clair sur ce point. Dans une déclaration, il a «exigé le départ du pays de toutes les forces onusiennes et de «Licorne», forces d'exploitation et d'asservissement de la Côte d'Ivoire». De même, sur les intentions d'Abidjan, il a appelé à «la mise en place d'un gouvernement de libération nationale regroupant toutes les forces patriotiques».
Ce qui serait la fin du gouvernement si péniblement mis en place par Charles Konan Banny.Conséquences
Paris sort enfin du périlleux tête-à-tête avec Abidjan. Pour une fois, « Licorne », la force d’interposition française, n’est pas en première ligne.
En revanche, le discrédit est total pour les Nations Unies : une fois de plus elles brandissent des menaces qu’elles ne se pressent pas d’appliquer (depuis trois ans des sanctions sont régulièrement annoncées), il faudra attendre le 3 février 2006 pour que trois noms soient proposés, les sanctions tombant le 7 février 2006.Mais les sanctionnés sont des « second commis » : les chefs des deux mouvements patriotiques Charles Blé Goudé et Eugène Djué, et pour faire équilibré, un chef de guerre du Nord, Fofié Kouakou le « com’zone » de Korhogo (responsable d’atteintes aux droits de l’homme). Il a fallu qu’on mette le feu à ses installations et qu’on mette ses soldats en déroute pour que l’ONU prenne des sanctions.
Et encore, sur des « valets », les responsables politiques ne sont pas effleurés. L’ONU a tout de même réussi à vaincre son dilemme : oser sanctionner malgré la crainte d’une reprise de la violence contre ses personnels et installations, pour ne pas montrer que la peur de ces dernières empêche toute efficacité.
Surtout, on assiste au discrédit total de l’ONUCI (Casques Bleus). Ils ont été attaqués et n’ont dû leur salut à l’ouest (Douékoué et Guiglo) qu’aux Forces Armées ivoiriennes qui les ont escortés jusqu’à Bangolo (en zone « de confiance » !) pour y être protégés par la Force Licorne). A Abidjan, ce sont les soldats français de la Force Licorne qui ont du intervenir par hélicoptère pour les « exfiltrer » de leur Quartier Général où ils étaient assiégés….
Discrédit d’autant plus fort que les casques bleus étaient déjà dénoncés comme « touristes » avant cette crise . Parlant d’eux, certains journaux les qualifient de « touristes armés ». Comble surréaliste : en février, les transferts de militaires libérés par la paix au Liberia sont effectués, non pas pour sécuriser les populations, mais pour sécuriser les agents de l’ONU.
Les conséquences politiques sont importantes : Les casques bleus devaient assurer la sécurité des ministres du « G7 » (groupe des 7 partis d’opposition). Les Forces Nouvelles refusent de faire confiance à des soldats incapables d’assurer leur propre sécurité ! Elles demandent donc le retour de leurs ministres dans la zone nord sous leur contrôle ou la possibilité d’assurer elles-mêmes leur sécurité, ce qui supposerait laisser entrer des ex-rebelles armés dans Abidjan ! Face à la montée de la violence, John Bolton, l'ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies, a déclaré au Conseil de Sécurité qu'il était possible que l'ONUCI « soit plus un problème qu'une solution à la crise ivoirienne » [Agence de presse des Nations Unies IRIN, 2 02/ 2006].
Les « Forces Nouvelles » trouvent dans ces événements, une excellente argumentation et une raison supplémentaire pour reculer les échéances du désarmement. C’est d’ailleurs ce qui est affiché à partir du 21 janvier sur leur site : « Désarmement unilatéral des Forces Nouvelles ? FPI quitte dans ça ! »). L’incapacité de l’ONUCI à assurer sa fonction, ajoutée au soutien ouvert des Forces de Sécurité ivoiriennes aux patriotes n’est en effet pas fait pour les rassurer.
Cependant la communauté internationale a réaffirmé son soutien à Konan Banny dont le pouvoir peut paraître renforcé de ce fait.
La « galaxie patriotique » a montré qu’elle mobilisait peu de monde (environ 3000 patriotes –contre plusieurs centaines de milliers en novembre 2004- ce faible effectif a cependant réussi à mettre en déroute les 7000 casques bleus de l’ONU…).
Manifestement il y a des fissures au sein de la « galaxie patriotique », en particulier entre les partisans de Blé Goudé et ceux d’Eugène Djué qui ont déjà protesté contre le fait qu’ils étaient moins bien considérés (entendre : payés…) que ceux de Blé Goudé. Ce sont ceux-là qui ont tardé à « libérer la rue » le 19 janvier 2006. Il ne faut pas oublier que les « barrages » étaient aussi des opportunités de racket….
Les troubles ne pouvaient durer trop longtemps : les forces armées qui prélèvent aussi leur prébende sur la population ne pouvaient pas laisser trop longtemps les civils « patriotes » les remplacer aux barrages qui leur font concurrence : « Les forces de l’ordre [sont] de retour pour racketter » [Le Front No: 1118, 21 Janvier 2006].
Le facteur financier est essentiel pour comprendre les tensions à l’intérieur des groupes. En particulier au sein même de l’armée ou de la galaxie patriotique. C’est donc un élément important pour décrypter la crise. Jouer sur les fissures de l’autre est en effet aussi une composante de la lutte entre « G7 » (rassemblement des Houphouétistes, opposition) et FPI de Laurent Gbagbo. Couper le FPI de ses ressources, par le biais de la redistribution des ministères était un des éléments de la stratégie permettant de l’obliger à négocier pour aller vers la paix.
Conclusion
Nous sommes loin du bout du tunnel. Parfois même on serait tenté de se demander s’il n’est pas circulaire… Les sanctions que l’ONU s’est enfin décidée à appliquer (blocage de comptes, interdiction de voyager) n’ont touché que des figures intermédiaires, sans atteindre ni ceux qui tirent le plus gros profit de la crise, ni ceux qui l’alimentent.
Les « patriotes » touchés ont transformé la sanction en adoubement (grande cérémonie à la gloire des héros), leurs investissements fructueux en Côte d’Ivoire (cyber-cafés, stations service, acquisition de biens immobiliers) ne sont pas atteints, et ils continuent de recevoir des prébendes du milieu présidentiel qui lui, n’est pas touché par les sanctions.
Tous ceux qui ont le pouvoir de faire évoluer la situation vers la paix, ont intérêt à ce que cette crise continue car non seulement la crise est lucrative mais elle est valorisante. Et ce, aussi bien du côté du pouvoir en place, que de celui de l’opposition et de la rébellion.
On peut raisonnablement se dire qu’une baisse considérable des revenus liés à la crise ferait perdre à celle-ci une grande part de son intérêt, surtout si cette baisse était assortie d’une promesse de comparution devant le Tribunal Pénal International qui rendrait la « retraite » inconfortable. Mais il faudrait alors sanctionner tous les responsables. Des deux côtés. Et donc affronter le risque d’une autre flambée de violence anti-ONU, d’autant plus difficile à envisager que joue la solidarité entre chefs d’État.
*Yveline Dévérin est Maître de conférences de géographie a l'Université de Toulouse-le-Mirail GRESOC-UTM SEDET-Paris VII.
Veuillez envoyer vos commentaires a :* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 253. Voir :
Tagged under Gouvernance Cote d’IvoirePour la première fois depuis près de quatre ans, les acteurs politiques ivoiriens paraissent tentés par la paix. L’intervention internationale, la lassitude d’une population excédée par la mauvaise foi de ses chefs et les bons débuts du Premier ministre Charles Konan Banny se sont conjugués pour créer un contexte plus favorable à l’organisation des élections présidentielles qui doivent se tenir avant le 31 octobre 2006. Les progrès sont cependant loin d’être irréversibles.
Tagged under Sécurité humaine Cote d’Ivoire
Pagination
- Page précédente
- Page 27
- Page suivante