• Contributor | Gouvernance

    Nuit sanglante à Bissau. Baciro Dabo, l'un des candidats à l'élection présidentielle du 28 juin, a été abattu dans la nuit Du au 5 juin par des soldats venus l'interpeller. Un autre leader politique, Helder Proença, ancien ministre de la Défense a, lui aussi, été abattu. Dans un premier temps, des médias locaux avaient fait état de la mort de l'ancien Premier ministre Faustino Imbali. Une information qui n'a pas été confirmée. Un communiqué officiel est venu dans la journée lier ces assassinats à une « tentative de coup d'Etat » qui avait été « déjouée », tentative attribuée par les autorités à Helder Proença. Au total, une dizaine de hauts responsables politiques du pays ont été arrêtés.

  • Une réforme militaire en profondeur est le seul moyen d'enrayer le cycle de coups d'Etat et d'assassinats en Guinée-Bissau et d'empêcher les cartels de la drogue latino-américains de renforcer leur emprise sur le petit Etat d'Afrique occidentale, estime un ancien Premier ministre bissau-guinéen en exil. Dans une interview, Aristide Gomes, chef du gouvernement de l'ancienne colonie portugaise entre 2005 et 2007, affirme que les responsables politiques sont devenus tellement dépendants pour leur survie du soutien de puissantes factions au sein des forces armées que le pays est devenu impossible à gouverner. Aristide Gomes a fui au Sénégal voisin après l'assassinat du président Joao Bernardo "Nino" Vieira le 2 mars dernier.

  • Contributor | Ressources

    Un pan de l'histoire de la Guinée-Bissau s'en est allé. Le premier président post-indépendance de ce pays, Luis Cabral, est décédé au Portugal, le 30 mai, d'une crise cardiaque. Demi-Frère d'Amilcar Cabral, il fut président de 1974 à 1980. Luis Cabral était décrit par ses compagnons de lutte comme un "éternel optimiste". Lors de ses première années à la tête du pays, il mena une politique basé sur l'éducation des masses. Il fut cependant affaibli par une famine qui mina le pays à la fin des années 70. C'est durant cette période difficile de l'histoire bissau-guinéenne, que Luis Cabral fut renversé par un coup d'état militaire, orchestré par Nino Vieira (assassiné il y a trois mois).

  • Contributor | Gouvernance

    Le procureur général de la République de Guinée-Bissau a affirmé, le 19 mai, ne pas disposer de fonds pour poursuivre le processus d'investigation sur les événements sanglants lors desquels le président Joao Bernardo "Nino" Vieira et le chef d'état-major de l'armée bissau-guinéenne, le général Tagme Na Waie ont été assassinés les 1er et 2 mars dernier. Ce dernier craint que le processus d'investigation n'aboutisse pas avant que l'on ne mette fin à ses fonctions et souhaite boucler le dossier avant la date du 28 juin, date des élections présidentielles anticipées.

  • Contributor | Gouvernance

    Un pas important vers la normalisation en Guinée-Bissau a été franchi, le 18 mai, avec la validation officielle par la Cour suprême de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle anticipée, dont le premier tour est prévu le 28 juin. Vingt hommes sont candidats à la succession du président João Bernardo «Nino» Vieira, assassiné le 2 mars par un groupe de militaires en représailles au meurtre du chef d’état-major, le général Batista Tagmé Na Waié. Le candidat du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), Malam Bacai Sanhá, ancien président intérimaire de 1999 à 2000, part grand favori du scrutin.

  • Contributor | Gouvernance

    La Cour suprême de Guinée-Bissau a annoncé jeudi 14 mai avoir retenu 12 candidats pour la présidentielle du 28 juin, qui aura lieu près de quatre mois après l'assassinat du président Joao Bernardo Vieira, tandis que huit candidatures ont été rejetées, dont celles de deux ex-Premiers ministres. Ces derniers sont Francisco José Fadul (1999), leader du Parti pour la démocratie et la citoyenneté (Padec), et Me Pedro Infanda (sans étiquette), tous deux avocats. Le Cour a pris sa décision en leur reprochant de n'avoir pas démissionné de leur poste.

  • Il y a deux mois, le président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira était tué par des militaires, chez lui, en présence de proches. Mais depuis cette date, des sources judiciaires proches de l'enquête assurent n'avoir aucune "piste sérieuse". Et avant le premier tour de l'élection présidentielle, prévu le 28 juin, la situation reste instable, notamment en raison de divisions au sein de l'armée, véritable colonne vertébrale du pays depuis son indépendance en 1974.

  • Les responsables de la mort du président bissau-guinéen Nino Vieira ont maintenant une identité. Il s'agit de Furiel Solna, un des hommes de main de l'actuel Cemga, de Tony Ndiaye, adjoint de ce dernier et d'un certain Paolo. Des objets appartenant au défunt auraient même été trouvés par devers eux. Nino Vieira a été tué le lundi 2 mars au matin. Il a succombé lors des représailles d'un groupe de militaires qui lui reprochaient d'être le responsable de la mort, la veille, du chef d'Etat-major de l'armée, le général Batista Tagme Na Waié, assassiné le 1er mars.

  • Contributor | Gouvernance

    Une vingtaine de partis politiques de l'opposition bissau-guinéenne ont exprimé le 17 avril leur désapprobation vis-à- vis de la proposition de la CEDEAO d'envoyer des troupes de maintien de la paix en Guinée-Bissau. Le porte-parole de l'opposition, au sortir d'une réunion avec les responsables militaires à Bissau, a précisé que les partis politiques politiques vont rencontrer dès la semaine prochaine le Premier minsitre Carlos Gomes Junior pour lui exprimer leur désaccord et lui signifier "qu'il faut demander l'avis de toutes les forces vives de la nation avant toute décision".

  • Contributor | Gouvernance

    L'ancien président de Guinée Bissau Kumba Yala, élu en 2000 et renversé par l'armée en 2003, a été investi par le Parti de la rénovation sociale (PRS) comme candidat à l'élection présidentielle du 28 juin, au cours d'une réunion très houleuse du bureau politique du PRS. La présidentielle doit avoir lieu moins de quatre mois après le double assassinat du chef d'état-major de l'armée Batista Tagmé Na Waié (le 1er mars) et du président de la République Joao Bernardo Vieira (le 2 mars).

  • La CEDEAO a condamné le 4 avril, dans un communiqué, la situation "de plus en plus inquiétante des actes d'anarchie et les violations des droits humains" qui secouent la Guinée Bissau. Le 23 mars, les forces armées ont mis en détention M. Pedro Infanda, un avocat, pour des déclarations qu'il a faites à la presse et l’ont physiquement agressé alors qu'il était en détention. ?A peine une semaine plus tard, soit le 1er avril, des hommes armés en treillis militaires ont attaqué le président de la Cour des comptes, le Dr Francis Fadul, à son domicile pour avoir dénoncé le gouvernement et les militaires lors d'une conférence de presse. Ces incidents sont survenus après les assassinats du président du Nino Vieira et du chef d’Etat major Tagme Na Waie

  • Contributor | Gouvernance

    Avec 80 pour cent de l’eau de la capitale bissau-guinéenne contaminée par des bactéries nocives, les habitants sont habitués aux épidémies de choléra et autres maladies diarrhéiques mortelles, mais les bailleurs ne pourront financer d’importants projets de construction d’infrastructures que si la stabilité du pays peut être garantie, disent-ils. La dernière épidémie de choléra, dont le gouvernement a déclaré la fin au début du mois de février 2009, a fait 225 morts et touché quelque 14 000 personnes, la plupart à Bissau, la capitale. L’instabilité politique, marquée par les coups et contre-coups d’Etat, et les assassinats politiques, contribue à empêcher l’Etat de pouvoir assurer les services les plus essentiels, dans l’ensemble du pays.

  • Contributor | Gouvernance

    L’élection présidentielle anticipée prévue début mai en Guinée-Bissau, à la suite de l’assassinat, le 2 mars du chef de l’Etat Joao Bernardo Vieira, a été repoussée au 28 juin. “Après concertation avec l’ensemble de la classe politique, le Premier ministre Carlos Gomes Junior a rendu publique la date du 28 juin comme étant celle de la présidentielle anticipée”, ) annoncé le gouvernement, le 2 avril Le scrutin aura donc lieu environ “120 jours” après l’assassinat du chef de l’Etat “au lieu de 60 jours initialement prévus par la Constitution”, selon le communiqué.

  • La FIJ a le 2 avril le gouvernement de la Guinée Bissau à mettre fin aux menaces et intimidations dont les journalistes font l’objet depuis les évènements tragiques du double assassinat du chef d’état major des armées et du président de la République les 1er et 2 mars 2009.

    « Nous dénonçons ces menaces et intimidations qui pèsent sur les journalistes qui informent sur le double assassinat du Président Nino Viera et du Chef d’Etat Major Tagme Na Waie, en vue de les réduire au silence. Cela est contraire au principe de la liberté de la presse » a déclaré Gabriel Baglo, Directeur du Bureau Afrique de la FIJ.

    Depuis les assassinats de début mars, plusieurs journalistes Bissau guinéens, particulièrement ceux de la presse privée ont fait l’objet de menaces de la part de militaires et de personnes anonymes pour les empêcher d’informer sur ces événements. La plupart de ces journalistes craignent aujourd’hui pour leur sécurité.

    La FIJ demande aux autorités Bissau guinéennes de prendre les mesures idoines pour garantir la sécurité des journalistes qui informent sur cette question, afin que leurs vies ne soient pas en danger et qu’ils puissent continuer à exercer librement leur travail.

    Pour plus d’informations, merci de contacter le + 221 33 867 95 87

  • Contributor | Gouvernance

    Trois officiers supérieurs de l’armée bissau-guinéens ont été interpellés par des militaires pour être entendus dans le cadre de l’enquête sur l’attentat meurtrier contre le chef d’état-major des forces armées, le général Batista Tagmé Na Waié le 1er mars. Parmi les personnes arrêtées figurent l’ancien porte-parole de l’état-major des forces armées, le colonel Arsène Baldé, tout comme le colonel Abdoulaye Ba, membre de l’état-major. L’assassinat de Tagmé Na Waié avait été suivi, quelques heures après, en représailles, de celle du président Nino Vieira.

  • Contributor | Gouvernance

    Des contingents militaires et de police vont bientôt être déployés à Bissau dans l’optique d’assurer la protection des institutions républicaines, les personnalités et le processus électoral en Guinée Bissau. La décision a été prise par les ministres des affaires étrangères de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la communauté internationale et l’ONU notamment. L’objectif poursuivi par la CEDEAO est de surveiller efficacement la situation en collaboration avec les organismes internationaux, notamment l’ONU, Interpol et Europol.

  • Contributor | Gouvernance

    Des tractations politico-militaires sont en cours en Guinée-Bissau, deux semaines après les assassinats du chef d’état-major et du Président. Des manœuvres qui pourraient amener l’ex-parti unique et l’armée à conclure une nouvelle alliance pour contrôler le pouvoir. Un nouveau chef d’état-major général des forces armées a été nommé officiellement pour assurer «un intérim», en attendant l’élection d’un nouveau président, seul habilité à nommer le dirigeant de l’armée. Le capitaine de frégate José Zamora Induta a été désigné «sur proposition du gouvernement, acceptée par l’armée, pour éviter un vide au sommet des forces armées», a affirmé hier une source à l’état-major. Son poste est des plus exposés.

  • Contributor | Gouvernance

    L’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) vient de rendre public un « programme global de développement » de 100 milliards de francs CFA, au profit de la Guinée Bissau. Ce soutien est intervenu à l’issue du 13è sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union. Selon le président de la Commission, ce programme prévoit un financement d’urgence de 25 milliards de francs CFA, dont 5 milliards, pour combler le déficit budgétaire de ce pays. Ce plan devrait permettre à la Guinée-Bissau de sortir de la zone d’incertitude après l’assassinat, en début mars, du président Joao Bernardo Vieira et de son chef d’Etat major des armées Tagme Na Wai.

  • Le 1er mars 2008, une bombe explose au quartier général des armées bissau guinéennes, entraînant la mort du chef d’Etat major général Tagme Na Wai. Entre ce dernier et le président de la République Nino Vieira, l’adversité était alors à son comble. Quelques heures plus tard, ce dernier se faisait assassiner chez lui par des hommes non encore identifiés, mais étant sans doute des éléments des forces de sécurité. Le pouvoir ainsi décapité, la Guinée-Bissau vit l’épilogue sanglant d’un conflit entre deux hommes qui a longtemps pesé sur la vie politique du pays. Chercheur au CODESRIA, Carlos Cardoso analyse l’évolution qui a mené à cet aboutissement dramatique et dessine des perspectives pour ce pays.

    Pambazuka News : La crise politique et institutionnelle en Guinée Bissau s’est longtemps cristallisée autour des rivalités entre le président Nino Vieira et le chef d’Etat major Tagma na Wai. Est-ce que leur disparition simultanée et violente peut créer un choc favorable à la stabilité dans ce pays ?

    Carlos Cardoso : A mon avis, il ne faut pas surestimer l’impact de ces événements. Il faut que d’autres facteurs entrent en compte pour changer les rapports dans l’espace politique. Car la Guinée-Bissau souffre de manière générale d’une mauvaise gouvernance. Cela dit, les disparitions de Nino Vieira et de Tagme Na Way vont entraîner des bouleversements, car ils avaient une influence énorme dans la vie politique et dans le milieu des armées. Il faut aussi reconnaître que ces deux hommes cristallisaient des contradictions irrésolubles qui ont longtemps entretenu la situation conflictuelle en Guinée Bissau.

    Pambazuka News : Qu’est ce qui les opposait ?

    Cela vient de loin. Tagme Na Wai et Nino Vieira sont deux personnalités qui ont partagé une longue histoire dans la vie politique bissau-guinéenne, mais aussi des rapports individuels qui datent de la lutte de libération nationale. On peut parler de rivalités entre deux hommes qui se sont distingués en tant que combattants. Mais malgré la personnalité et la stature de leaders comme Amilcar Cabral et d’autres, qui étaient à la tête de la lutte de libération nationale, Nino tendait à développer, dès cette époque, un culte de la personnalité. Cet excès de prétention a créé des relations difficiles et des rivalités. Avec certains, dont Tagme Na Wai, elles se sont cristallisées au fil des années.

    Ces rapports se sont dégradés encore plus avec le coup d’Etat de 1985 contre Nino, quand Tagme Na Wai a été accusé d’être un des éléments de la tentative de déstabilisation (1). Un autre épisode de cette brouille remonte à la rébellion de 1998 qui avait vu Tagme Na Wai se mettre aux côtés d’Ansumana Mané (2).

    Malgré tout (et cela les gens se l’expliquent difficilement) quand Tagme Na Wai a été nommé chef d’Etat major des armées (Ndlr : en 2004, après l’assassinat du général Verissimo Correia Seabra) et que, par la suite, Nino Vieira s’est fait élire chef de l’Etat (Ndlr : en 2005), les deux hommes se sont employés à gérer des rapports dont tout le monde savait qu’ils n’étaient pas sains. On savait que nul ne pouvait éliminer l’autre, mais aussi qu’ils ne pouvaient être ensemble. On avait deux pôles de puissance qui dominaient la vie politique d’un côté et les forces militaires de l’autre. Et ces relations étaient d’autant complexes et tendues, qu’en Guinée-Bissau la vie politique est marquée par une ingérence très forte des forces armées.

    Au vu de tout cela on peut donc dire que la mort de Tagme Na Wai et de Nino Viera va changer des choses en Guinée-Bissau. Jusqu’à quel point ? On ne peut le dire encore.

    Pambazuka News : Pourquoi, plus de 30 ans après la lutte de libération nationale, l’armée continue d’avoir un poids aussi important dans la vie politique ?

    Carlos Cardoso : En grande partie, c’est dû à la force de cet héritage de lutte qui a marqué la société bissau-guinéenne. D’autant plus qu’après l’indépendance, le nouveau pouvoir n’a pas mené les réformes nécessaires pour définir et faire comprendre aux concernés le rôle de l’armée dans un Etat républicain. A cela s’ajoute un opportunisme de la part des politiques qui, voulant rapidement arriver au pouvoir ou se perpétuer au pouvoir, ont toujours essayé de cultiver des compromis avec les forces armées. Dès lors, il s’est développé un contexte où l’armée était devenu un élément central. Les conflits politiques ne se résolvaient pas par la voie pacifique, mais en usant de l’armée comme d’un instrument. Les politiques ont en quelque sorte instrumentalisé l’armée à leurs propres fins.

    Il y a donc un ensemble de facteurs convergents qui expliquent qu’on en soit arrivé à une situation où l’armée a toujours eu une forte implication dans la politique.

    Pambazuka News : Y a-t-il des éléments de stabilisation pouvant permettre de sortir la Guinée-Bissau de ce cycle de violence ?

    Carlos Cardoso : Pour cela, il faut travailler pour un nouveau leadership. Il faut faire prendre conscience aux hommes politiques du fait que la scène politique est un espace d’expression où l’armée n’a pas sa place et que son rôle dans la République est bien défini. Il faut aussi mener des réformes conséquentes pour mettre les anciens combattants en réserve, tout en leur donnant une place reconnue dans la société. Ils ont mené une lutte de libération nationale et une reconnaissance leur est due, de même que des droits doivent leur être reconnus. Cette réforme serait un pas important pour que le leadership politique soit entièrement entre les mains des civils.

    Pambazuka News : On parle d’une telle réforme depuis longtemps. Est-ce une perspective réalisable à court terme maintenant ?

    Carlos Cardoso : C’est possible, à condition, encore une fois, que les politiques soient conscients des responsabilités qui leur reviennent. Cela fait effectivement des années qu’on parle de cette réforme des forces armées comme d’une condition nécessaire pour la stabilité politique de la Guinée-Bissau, mais les échecs rencontrés ne signifient que cela est impossible. Tout dépend de la volonté politique. Et je pense que les choses vont devenir plus faciles, parce qu’il y a une nouvelle génération qui se pointe. Des jeunes qui n’ont pas vécu la guerre de libération. Avec eux aussi, la Guinée-Bissau possède des cadres formés dans des académies de grande notoriété, avec une compréhension différente de la politique, de la gouvernance d’un pays, de l’ordre républicain. Cette génération a encore, en face d’elle, les anciens, mais la mutation va se faire. Elle peut même commencer maintenant, si on parvient à provoquer cette réforme des armées pour en faire une institution modern, à la hauteur des défis qui se posent à la Guinée-Bissau.

    Pambazuka News : Au bout d’une transition de 60 jours, menée par le président de l’Assemblée nationale Raimundo Pereira, on doit aller à une nouvelle élection présidentielle. Pensez-vous que ce calendrier puisse être respecté ?

    Carlos Cardoso : Ce qui se passe est un scénario auquel j’avais pensé. Je craignais qu’on se retrouve à devoir gérer une telle transition, pour cause de vide au niveau du pouvoir. Mais, encore une fois, je reste optimiste pour le respect du calendrier constitutionnel si la volonté politique existe. C’est vrai qu’il y a des problèmes structurels. La Guinée-Bissau est un pays pratiquement décapitalisé, avec des déficits énormes au niveau des moyens financiers. Mais dans la vie, dans la volonté des hommes à bien faire, l’élément financier n’est pas le plus déterminant.

    Je trouve déjà très positif que le Premier ministre ait confirmé la possibilité d’aller à des élections dans les délais prévus par la Constitution. Et si la communauté internationale va dans ce sens, en apportant les soutiens nécessaires, si la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest s’engage, on peut y arriver. Mais je ne suis pas non plus naïf pour dire que, dans un pays où des problèmes majeurs se posent du point de vue du fonctionnement de l’administration et des institutions, tout peut marcher comme sur des roulettes. Je pense simplement qu’il y a des défis à relever et qu’il est possible de le faire. Pour le reste,on peut spéculer dans un sens ou dans l’autre.

    Pambazuka News : Si ces élections se tiennent, verriez-vous l’équilibre politique actuel se maintenir ou basculer ?

    Carlos Cardoso : Avant tout, il faut qu’on garde en place le gouvernement actuel, installé après les élections législatives de novembre 2008. S’il s’ouvre au dialogue avec les autres forces politiques (et cela est nécessaire dans cette phase de transition) il sera possible d’aller vers des élections transparentes et justes. En sortira un basculement des forces politiques ? Je n’ai pas l’impression que l’opposition soit plus forte en ce moment. Au contraire.

    A mon avis, les élections législatives de novembre dernier ont montré que l’opposition a perdu de sa puissance. Et contrairement à ce qu’on peut penser, le PAIGC (parti majortaire et au pouvoir) peut devenir plus fort encore avec la mort de Nino Vieira, parce que ce dernier, lui-même, entretenait beaucoup de contradictions qui pouvaient affaiblir son parti. Notamment des problèmes de leadership avec Carlos Gomez Junior (Ndlr : actuel Premier ministre). Aujourd’hui que Nino est mort, il sera plus facile, pour le PAIGC, de se réconcilier avec lui-même et de gouverner dans la stabilité avec sa majorité parlementaire.

    Mais là, je raisonne en partant du fait que le PAIGC gagne les prochaines élections. Or, on ne sait pas encore qui seront les prochains candidats. Et si le vainqueur n’est pas issu de ce parti, il lui sera difficile de gouverner. Encore que cela dépendra beaucoup de la personnalité de l’élu.

    Pambazuka News : Vous évoquez les contradictions entre les milieux politiques et militaires pour expliquer la crise structurelle du pouvoir que connaît la Guinée-Bissau. Mais est-ce qu’il n’y a pas d’autres facteurs explicatifs de ces violences ?

    Carlos Cardoso : En fait, il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte. Mais je ne partage pas la thèse selon laquelle les Bissau Guinéens sont violents par nature, qu’il y a une culture de la violence. C’est un déterminisme qui n’est ni justifié ni justifiable. Il est vrai que la violence, en tant que mode de résolution des conflits, s’est installée dans le pays et s’est transformée progressivement en fait politique. On peut même parler d’un fait culturel avec le machisme qui est évoqué pour expliquer certains comportements violents. Mais plutôt que d’une culture de violence, on vit une tradition de violence.

    Un autre fait est que les Balantes, qui constituent l’ethnie majoritaire, ont un passé de combattants et ont pris une part déterminante dans la lutte de libération nationale. Pour d’aucuns, les Balantes, dont Cabral (3) lui-même disait qu’«ils étaient une force importante», n’ont pas été récompensés à la mesure de leur engagement dans la lutte. Tout comme les forces paysannes. L’indépendance acquise, le leadership, et tout ce qui va avec en termes de privilèges, est allé à l’élite intellectuelle, pour l’essentiel constituée par l’ethnie des Pepels. Certaines contradictions viennent de là, autour desquels des éléments de violence se sont structurés. Mais cela ne suffit pour parler d’une société violente.

    Pambazuka News : La Guinée-Bissau passe aussi pour un narco-Etat. Quelle dimension les intérêts liés au trafic de drogue ont pu prendre dans les violences qui ont eu lieu.

    Carlos Cardoso : C’est sans doute un élément important de la crise actuelle. Le trafic de drogue, selon toute vraisemblance, implique beaucoup de militaires. Et puisque la Guinée Bissau a une armée omniprésente dans les affaires publiques, toutes les contradictions qui la secouent ébranlent l’Etat. Tagma Na Way était présenté comme étant très actif dans le combat de la drogue. Par contre, Vieira ne donnait pas la même impression. Et peut-être qu’ils ont eu des divergences de ce point de vue.

    En tout cas, une image négative est restée collée à Nino, relative à la manière dont il est revenu d’exil pour participer aux élections de 2005 et les gagner. Il a atterri à Bissau en hélicoptère, alors que l’espace aérien lui avait été interdit. Cela a été un mauvais exemple comme défi porté aux lois et règlements du pays. Et le parallèle se faisait avec la manière dont se comportent les narco-trafiquants, capable de se poser n’importe où avec de petits avions et de repartir ni vus ni connus.

    Pambazuka News : En Angola, la mort de Jonas Sawimbi a été un facteur de paix et de stabilisation politique. Peut-on penser, avec la Guinée Bissau, que les disparitions de Tagme Na Wai et de Nino Vieira puissent avoir le même effet ?

    Carlos Cardoso : La comparaison a des limites. En Guinée-Bissau, il y a eu une bipolarisation qui s’est traduite dans la personnalisation du pouvoir par deux hommes. Et on savait que chacun essayait de faire disparaître l’autre de la scène publique. D’ailleurs, on prête à Tagme une déclaration selon laquelle il aurait dit que s’il meurt le matin, on enterrerait Nino le soir. C’est ça l’ambiance qui prévalait à Bissau. En Angola, la mort de Savimbi a affaibli son parti l’UNITA, et Dos Santos est resté avec le MPLA. Mais dans le cas de figure guinéen, tous les deux protagonistes sont morts. Donc on se cherche.

    En plus, il ne faut pas croire que l’Angola a résolu son problème avec la mort de Sawimbi. Ce pays connaît des contradictions encore importantes au niveau social, liées aux déséquilibres notés dans la distribution des rentes, notamment les revenus du pétrole. Or, tout, dans la stabilité d’un Etat, ne se réduit pas au politique et au militaire.

    NOTES
    1 - Arrivé au pouvoir en 1980 par un coup d’Etat qui a renversé Luis Cabral, le premier président de la Guinée-Bissau indépendante, Nino Vieira a essuyé trois putschs ratés en 1983, 1985 et 1993, avant d’être démis en 1999. Arrêté après la putsch de 1985, Tagme Na Wai avait été longtemps détenu et a fait l’objet de graves sévices.
    2 - En 1998, une rébellion armée menée par le chef d’Etat major Ansumane Mané, manque d’emporter le pouvoir de Nino Vieira. Ce dernier est sauvé par l’intervention des forces armées sénégalaises.
    3 - Amilcar Cabral, assassiné en 1973, à Conakry, par les services portugais, était le chef du Parti africain de l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qui a mené la lutte de libération nationale qui a abouti à l’indépendance en 1974.

    * Carlos Cardoso, Anthropologue et philosophe de formation, est chercheur, administrateur de programmes au Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA)

    * Entretien réalisé par Mouhamadou Tidiane Kassé, rédacteur en chef de la version française de Pambazuka News

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  • Aujourd’hui, toute tentative de forger une liaison entre l’ethnicité et l’instabilité politico-militaire en Guinée-Bissau relève de la pure légèreté sinon d’une méconnaissance criarde sur les rapports civilo-militaires dans ce petit Etat africain. Par contre, pour nombre d’observateurs, les réseaux de narcotrafiquants pourraient ne pas être étrangers à ces homicides.

    Les derniers assassinats survenus en Guinée-Bissau début mars, le premier ayant emporté l’ex-chef d’Etat major des armées Tagme NA Wai (Ndlr : le 1er mars) et le second le président de la République, João Bernardo Vieira (Ndlr : le 2 mars), ont suscité divers commentaires. Certains analystes allant jusqu’au point de parler de tribalisme pour justifier ces deux incidents meurtriers. Selon eux, les Balante, l’ethnie majoritaire, et les Pepel, la quatrième ethnie du pays, seraient en train de se livrer une bataille pour le contrôle de l’Etat. D’autres ont mis l’accent sur les réseaux de narcotrafiquants dans ces homicides. Même si la seconde hypothèse ne peut d’emblée être écartée, la première quant à elle, nous semble infondée et fausse dans l’actuel contexte sociopolitique de la Guinée-Bissau et cela pour deux raisons fondamentales.
    D’abord, avant d’avancer la thèse du tribalisme, il serait indispensable d’examiner les forces en présence dans l’échiquier politico-militaire en Guinée-Bissau. Incontestablement, les Balante constituent une domination numérique au sein de l’armée, mais cette majorité ne fait pas d’eux une machine tribale. Car, le retour de Nino au pays en 2005, après six ans d’exil au Portugal, a été avant tout l’œuvre de l’ex-homme fort de l’institution militaire bissau-guinéenne. Et pourtant Nino et Na Wai sont issus d’ethnies différentes.

    Pourquoi les officiers Balante accepteraient-ils de coopérer plus avec un président non Balante alors qu’il y a autant d’hommes politiques appartenant à la même ethnie qu’eux, si l’on sait aussi que deux ans auparavant, Tagme et ses frères d’armes avaient renversé le chef d’Etat démocratiquement élu, en l’occurrence Koumba Yalá ? Logiquement, ce dernier ne pouvait pas être inquiété si le facteur ethnique était vraiment le critère clé d’alliances politico-militaires en Guinée-Bissau.

    Cela étant, toute tentative de forger aujourd’hui une liaison entre l’ethnicité et l’instabilité politico-militaire en Guinée-Bissau relève de la pure légèreté sinon d’une méconnaissance criarde sur les rapports civilo-militaires dans ce petit Etat africain.

    Les différents événements ayant secoué ce pays, depuis la rébellion armée de 1998 dirigée par le général Ansumane Mané, ont été plutôt motivés par des calculs politiciens des petits clans nés sous les cendres des institutions étatiques bafouées par la classe dirigeante. L’anarchie, le clientélisme et la corruption sont autant de vices qui ont mis à genoux le bon fonctionnement de l’Etat, porte ouverte ainsi aux réseaux criminels, notamment les trafiquants de drogue, même si la plaque tournante de cette activité illicite ne se résume pas seulement à la Guinée-Bissau.

    Toutefois, l’instabilité régnant aujourd’hui dans la patrie de Cabral ne saurait être réduite au seul problème de trafic de cocaïne comme le prétendent certaines voix. En effet, les règlements de comptes entre les acteurs de l’indépendance trouvent leur fondement dans le choc entre la légitimité historique et celle démocratique.

    Avant sa mort, Nino se voyait investi d’une légitimité épuisée dans les urnes contrairement à ses compagnons d’armes qui, quant à eux, continuent de s’affirmer comme des vrais architectes de la nation bissau-guinéenne.

    Ensuite, les efforts déployés par Na Waié afin d’assurer la stabilité en Guinée-Bissau conformément à son engagement avec la communauté internationale démontrent combien les tendances ethnico-militaires étaient loin de justifier les récents massacres dans le pays. En décidant de respecter l’ordre démocratique, Na Wai savait que toute atteinte contre les institutions démocratiques risquait d’enfoncer le pays dans un cercle sans issue.

    Enfin, son intransigeance le mettant souvent en conflit avec Nino, devenu un prince sans trône ces derniers temps, lui a coûté sa vie.

    * Armando LONA est journaliste bissau-guinéen
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