Le discours du président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007, n’a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l’opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d’un siècle que l’Europe tenait sur l’Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique.
Les poncifs les plus saillants du discours « sarkozien », directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l’historien de l’Afrique, proclament, entre autres, ceci : (…) «Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. »
« Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne viendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé. Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (…) La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes (…) »
Le récent article de M. Jean Marie Bockel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et éuropéennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal « Le Figaro » du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du président français, en rajoute au malaise : « l’Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin ! Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l’ordre du jour. Depuis l’intervention du président de la République, l’Afrique est sortie du cénacle des technocrates des « bailleurs de fonds » pour s’inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (…) Prenons acte du retour de l’Afrique dans le débat d’idées. »
De telles déclarations sont révélatrices d’un fait : après plus de cent ans d’histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol. Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu, car c’est nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l’Afrique. Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous.
Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheik Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine. S’assumer et assumer notre part de responsabilité face à l’histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose.
Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours : « L’Africain et la reproduction du temps mythique. » ; « L’Africain et la corruption. » ; « Ce que la colonisation a apporté à l’Afrique. » ; « L’Africain et la raison. » ; « L’Africain et le règne de la nature. » ; « L’Africain et les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et la justice. » ; « L’Africain et l’enfermement sur soi. »
Je propose que chacun d’entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d’autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l’histoire universelle. Cette liste n’est pas exhaustive. Vous voudrez l’enrichir par de nouvelles propositions.Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l’objet d’un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique. Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de Défense de la Mémoire de l’Afrique (CMAD). Ce comité, j’entends le lancer et en faire un instrument de veille et de vigilance pour la sauvegarde de la mémoire de l’Afrique. Toute suggestion de votre part sera la bienvenue.
A vous tous qui adhérez à mon projet, et pour toute autre réaction de votre part, vous pouvez me joindre et envoyer vos articles et correspondances au contact suivant : [email][email protected] Confraternellement, Professeur Adame Ba Konaré.
* Adame Ba Konaré, historienne et écrivain, est l’épouse de M. Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine.
* Ce texte a d'abord paru dans le journal malien Les Echos du 14 septembre 2007.
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceM. Nicolas Sarkozy, président de la République française, lors de sa visite, es-qualité, en Afrique, a prononcé un discours, à l'Université de Dakar le mercredi 26 juillet. Cette allocution a fait l'objet de multiples critiques : les unes y voyant une leçon donnée aux Africains (…) les autres déplorant le fait que Nicolas Sarkozy n'a pas indiqué les moyens d'atteindre les objectifs visés.
(…) L'appréciation de ce discours peut faire l'objet de jugements différents voire contradictoires : il en est toujours ainsi lorsqu'il s'agit de conduire une réflexion sur un passé visible et sensible sous des prismes qui ne sont pas les mêmes. Ce qui est négatif, c'est que chacun se fige dans ses positions et qu'on discute du sexe des anges au lieu de rechercher, de proposer des solutions aux problèmes les plus criards : autosuffisance alimentaire, santé (dont la lutte contre le paludisme et le sida), éducation et formation, bonne gouvernance, détérioration des termes de l'échange, énergie et eau, impact des actions de la Banque mondiale et du Fmi, etc.
Le Président Sarkozy s'est adressé à la jeunesse africaine d'une manière directe et en la tutoyant. Le privilège de l'âge m'autorisant à user du même procédé, j'engage donc le débat avec lui.
Sur l'autosuffisance alimentaire
Sais-tu, Nicolas Sarkozy, que des instituts de recherche français, l'Irat (Institut de recherches agronomiques tropicales) et d'autres, ont accompli des travaux remarquables, notamment sur les céréales, permettant d'augmenter sensiblement les rendements agricoles. Pour les mils et les sorghos, le riz et le maïs, par exemple, le simple fait d'utiliser des engrais, minéraux ou organiques, permet de doubler la productivité à l'hectare avec un encadrement idoine. Il en est de même pour les légumes et les fruits ; l'augmentation de cette productivité céréalière autorise aussi une meilleure alimentation du bétail, en combinant cela avec les techniques, fort simples, d'ensilage. La conséquence, avec l'implantation d'animaux importés, de vaches laitières notamment, et s'adaptant à nos climats, est de pouvoir disposer de viande et de lait. Notre paysan devient, ainsi, un fermier ayant des activités diversifiées. Bien entendu, le problème de l'approvisionnement en eau, notamment pour l'irrigation, se pose, résolu en grande partie par l'utilisation de l'énergie solaire.
Nicolas, la question est celle-ci : la France est-elle prête à accompagner les pays africains, à accomplir, ainsi, leur révolution verte en donnant à ses instituts de recherche les moyens qu'il faut et en assurant une part de l'encadrement des agriculteurs ? Le détail de tout cela peut faire l'objet de discussions et d'engagements précis pour un certain nombre de pays africains décidés à progresser. Ce sera, aussi, un moyen pour les jeunes d'assurer le développement de leurs propres villages et d'être moins tentés par les aventures et les mésaventures douloureusement dramatiques du grand large. N'oublions pas naturellement la pisciculture continentale, aujourd'hui bien maîtrisée.
Sur l'énergie et l'eau.
Tout le monde le sait, sans énergie et sans eau, point de développement. L'Afrique présente ce paradoxe d'avoir beaucoup d'eau et d'en manquer, d'avoir une énergie potentielle abondante - le solaire, les éoliennes, les fleuves (énergies propres et renouvelables), du gaz et des hydrocarbures - et d'en manquer, alors que 40% du potentiel hydroélectrique du monde se trouve sur notre continent. Or certains pays du nord, le Danemark par exemple, tirent, déjà aujourd'hui, plus de 20% de leur énergie des éoliennes et des panneaux solaires.
Un projet de couverture de l'ensemble des pays du Sahel en énergie éolienne et solaire équivaudrait à plus qu'une révolution pacifique ; ce serait un tournant majeur pour nos pays, l'entrée dans une nouvelle civilisation, celle du solaire, induisant une modernisation à effets exponentiels - pensons aux appareils électroménagers, à la conservation des aliments et des médicaments, au bien-être des populations dans leur domicile et dans les formations sanitaires, à la disponibilité de l'eau par exhaure solaire, à la potabilité de l'eau par distillation solaire, etc. Avec la France, avec l'Europe, avec nos pays, avec tous ceux qui voudront s'y associer, nous pourrions élaborer un plan d'actions pour les quinze ou vingt prochaines années. Nicolas, je te demande si ton pays pourrait s'engager dans cette voie.
Sur la santé
Nicolas, je suis frappé par le fait que tu n'as pas insisté sur ce secteur, pourtant essentiel, dans ton adresse aux Africains. Le paludisme et le sida, surtout le premier, sont pour l'Afrique des fléaux qui font des ravages dans toutes les couches de la population. La France, grâce notamment à l'implantation des instituts Pasteur, voire à leur développement, peut, par des actions préventives et curatives, être d'un apport décisif. Là aussi, par la négociation, il est possible d'établir des plans pour la formation du personnel et sa mise à disposition. L'Afrique recèle quelques médecins de grand renom et l'un d'entre eux, le professeur sénégalais Souleymane Mboup, est un des découvreurs du Vih (Ndlr : il a participé aux recherches qui ont permis de découvrir le type Vih2). La France peut aider à l'implantation de pôles médicaux d'excellence, en hommes, en équipements, en médicaments, génériques notamment, et diminuer fortement le transfert, particulièrement onéreux, de certains patients vers la métropole.
Sur l'éducation et la formation
Aujourd'hui, la qualité de l'enseignement, malgré le dévouement du corps professoral, laisse à désirer : insuffisance des maîtres, pléthore des élèves dans les classes - entre 50 et 70 par classe -, insuffisance du matériel pédagogique, insuffisance de l'équipement technique dans les établissements de formation professionnelle, déliquescence de l'enseignement maternel dont les écoles de qualité sont créées par le privé, coûtent donc cher et sont, ainsi, réservées à ceux qui ont le plus de moyens, générant, dès le plus bas âge, des inégalités pratiquement irréparables.
Le retard de l'Afrique s'explique par de multiples causes, et l'esclavage n'est pas des moindres, ni le ratage par notre continent de la révolution énergétique et industrielle de l'Europe et de l'Amérique au 19e siècle. Nous avons été en marge de ce tournant majeur. Une autre révolution, majeure elle aussi, se déroule actuellement sous nos yeux : celle de l'informatique qui, chaque jour, transforme le monde. Si donc notre système éducatif ne prend pas en charge, dès le primaire, la formation de nos enfants dans ce secteur de manière à ce qu'ils maîtrisent cet outil, clé du présent et de l'avenir, alors nous raterons cette transformation radicale du monde et nos pays seront, plus que jamais, largués a nouveau et plongés à jamais dans les oubliettes de l'histoire. Là, Nicolas, l'action à mener, en partenariat, touche les constructions de classes, la formation des maîtres, l'équipement, la maîtrise de l'outil informatique, et nous devrons fixer un horizon pour la scolarisation et la formation généralisées, répondant aux besoins de notre temps. Elaborons, ensemble un plan d'actions.
Sur la détérioration des termes de l'échange
L'économie de nos pays africains est plombée par la détérioration des termes de l'échange : hausse continue du prix des produits industriels fabriqués dans les pays développés et baisse continue du prix des produits et matières premières issus de nos pays se traduisant par une baisse continue du pouvoir d'achat de nos pays et rendant encore plus problématique le remboursement de notre dette. Aujourd'hui, les achats énormes de la Chine de matières premières, tempèrent quelque peu ce phénomène.
Lorsque tu dis, Nicolas, que l'Afrique ne doit pas céder au mirage du laisser-aller, c'est cela que tu exprimes. Les lois du marché ne doivent pas obérer le développement de nos pays. N'y a-t-il pas une direction de recherche pour fixer, pour les matières premières, des prix planchers et des prix plafonds de manière à éviter les mouvements erratiques ? La création de l'euro, pour les Européens, répond, en partie, sur le plan monétaire, aux fortes variations spéculatives des taux de change qui frappaient régulièrement les monnaies européennes et conduisaient à des dévaluations régulières.
Or, tu le sais, Nicolas, la Banque mondiale et le Fmi imposent à nos pays, sans nuance, les règles du marché - laisser-faire, laisser- aller - et sont allés jusqu'à nous interdire toute subvention à notre agriculture, notamment sur les engrais, alors que toutes les agricultures des pays développés sont fortement subventionnées. On peut espérer que si Dominique Strauss Kahn est élu directeur du Fmi, il y aura, comme tu le dis,«une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles» . La aussi, il s'agira, pour la France, de mener, avec nous, les actions nécessaires pour mettre fin a ces pratiques qui n'ont assuré le développement d'aucun pays du Sud.
Nicolas, tu n'es pas contre la mondialisation, mais tu la veux «avec plus d’humanité, plus de justice, plus de règles». Certes. Mais un fait demeure : les tigres et les dragons d'Asie doivent, en grande partie, leur époustouflant développement aux investissements directs étrangers, les Ide (les investissements directs étrangers), qui, en 2005, s'élevaient a 1230 milliards de dollars Us et la part de l'Afrique était inférieure a 1% (0,64% exactement) ; il y a là nécessité à renverser la tendance de sorte que nos pays bénéficient davantage de ces investissements, puissants véhicules de transfert de techniques, de technologies, d'ouverture de marché, d'implantation d'unités industrielles. Ne serait-il pas cruel de rappeler l'engagement pris par les pays industriels, il y a près de 40 ans, de consacrer 0,70% de leur Pib au développement du tiers-monde ?
Sur la bonne gouvernance
Tu as raison, Nicolas : il faut que « cessent l’arbitraire, la corruption, la violence, il faut la démocratie. Mais la aussi, il faut commencer par le commencement.
En Afrique, actuellement, toutes les élections sont contestées : sur le nombre des inscrits, sur le nombre des votants, sur la transparence des opérations électorales. Or il ya une constante : nos pays ne disposent pas d'un état-civil fiable. Une action décisive en matière de démocratie est la création d'un état-civil incontesté. Aujourd'hui, avec l'informatique, il est possible de mettre en place des systèmes d'état-civil fiables, même dans les villages les plus reculés. La France, en coopération avec les grandes firmes informatiques et nos Etats, devrait pouvoir commencer à jeter ainsi les fondements d'une démocratie réelle.
Nicolas, je pourrais citer encore bien d'autres secteurs et bien d'autres cas. En fait, veux-tu Nicolas, peux-tu Nicolas, au nom de la France, et avec l'Europe et avec le reste du monde, élaborer, avec nous, un plan Marshall pour l'Afrique ? C'est la grande question. Puis-je te dire, «Nicolas, chiche» ?
* Habib Thiam est ancien Premier ministre du Sénégal (1981-1983 et 1991-1998) et ancien président de l'Assemblée nationale sénégalaise (1983-1984).
* Ce texte a d'abord paru dans le journal sénégalais Le Quotidien du 16 Août 2007.
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceRobtel Neajai Pailey remet en cause la légitimité du Tribunal Spécial pour la Sierra Leone et la justice pénale internationale, qui, selon elle: 'n’est qu’une mesure d'apaisement pour l’Occident, qui est aussi complice que les seigneurs de guerre inculpés pour les guerres civiles en Afrique, y compris Taylor'.
Le procès tant attendu du baratineur charismatique Charles Ghankay Taylor, seigneur de guerre qui est devenu le Président du Libéria était un tour de force dramatique dans les complexités de la justice internationale. Bien que Taylor soit en train d’être jugé pour 11 chefs d’inculpation, il s’agit de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, et autres violations sérieuses du droit international commis durant les onze années qu’a duré la guerre civile en Sierra Leone, l’accusé en personne n’était aperçu nulle part en vue le premier jour du procès, entraînant des retournements de têtes, des plissements de fronts et des plumes à se hérisser.
L'avocat de Taylor a lu une lettre à la cour dans laquelle son client a qualifié le procès de parodie, marquée par des manquements dans la représentation et l’insuffisance des moyens alloués à la défense. Taylor a déclaré que la cour avait prouvé qu’elle était incapable de rendre justice en raison des violations flagrantes de ses droits, comme l’illustre 'la présence insidieuse d'une camera dans la salle de réunion du Centre de Détention, qui surveille les rencontres entre avocat et client qui sont censées être privilégiées et confidentielles '.
La question de la caméra a persisté pendant des mois, sans aucune preuve de la part l'administration de la Cour Spéciale, qui a démontré son inefficacité dans l’exécution des fonctions de base de l'instance judiciaire. Le résultat évident a été l’absence indignée Taylor : 'j’ai choisi de ne pas être le feuille de vigne (le camouflage/ le semblant) de légitimité pour procès… ', il écrit d'un air provoquant dans sa lettre.
Alors que j’étais assise dans la salle d’audience et dans la de presse de la Cour Pénale Internationale (CPI) à la Haye le 4 juin, je ne pouvais m’empêcher de me rappeler que les événements qui se déroulaient sous nos yeux n'étaient pas une farce mélodramatique, mais plutôt un avant goût (les premisses) des mois à venir dans l'enchaînement compliqué des accusations et contre-attaques dans le procès d’un des seigneurs de guerre africains les plus célèbres.
Alors que d’aucuns pensent que le rejet de Taylor de la cour enlève toute légitimité aux preuves de l’accusation, d'autres, comme Human Rights Watch, croient que le cas envoie un message fort pour dire l'impunité ne sera plus tolérée ni en Afrique, ni ailleurs.
Quelle que soit la perspective, l’absence de Taylor lors de la lecture de l’acte d’accusation est symptomatique de questions plus vastes de justice réparatrice, du pouvoir de représentation, et d'un système international structuré dans la dominance. Taylor est-il un bouc émissaire d’un système criminel international de (in)justice, fortement influencé par l’Occident qui en est la principale source de financement ? Qui est le principal responsable des atrocités commises en Sierra Leone ? Qu’en est-il des crimes commis au Libéria ? Pourquoi le proces a-t-il été transféré à la Haye, alors que les crimes ont été commis prétendument en Sierra Leone ? Ces questions et beaucoup d’autres ont besoin d’être correctement étudiées afin d’en tirer une vision holistique (globale).
Histoirique de l’affaire
La guerre civile en Sierra Leone a éclaté en 1991, lancé par le Front Révolutionnaire Uni (RUF) dirigé par le caporal Foday Sankoh, qui a exploité les diamants du pays pour financer sa lutte contre les forces de gouvernement. Des civils ont été ciblés dans des actes de représailles insensées dans lesquelles des dizaines de milliers de personnes ont été tués, les viols et mutilations étaient fréquents, et plus de 2.000.000 personnes ont été déplacées à cause des 11 années de conflit.
Le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone soutenu par l’ONU a été mis en place (ordonné) en 2002 pour juger les principaux responsables de la guerre qui a déstabilisé une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest et en a freiné l'activité économique et politique. L'acte d'accusation de Taylor a été matérialisé en 2003 avant que le Président Nigerian Olusegun Obasanjo ne lui accorde l'asile politique. En échange de diamants, Taylor est soupçonné d’avoir fourni au RUF les armes et munitions dont ils avaient grandement besoin, de même que la main d'oeuvre, une formation militaire, une protection et l’asile au Libéria, aussi bien que des conseils stratégiques et tactiques, qui ont renforcé les capacités de la junte à poursuivre la guerre.
Dans son exposé préliminaire, l’accusation s’est proposée de présenter le fondement de leur cas, en déclarant que les témoins et les preuves démontreront par la suite, de manière irréfutable, que Taylor était responsable de l’élaboration d’une ‘entreprise criminelle commune’ qui a abouti à des meurtres et à la destruction de la Sierra Leone. ‘L’entreprise commune’, élaborée par l’accusé [ Taylor ] et d'autres, visait à s’assurer le contrôle politique et physique de la Sierra Leone afin d'en exploiter les abondantes ressources naturelles et y établir un gouvernement qui lui soit favorable ou soumis pour faciliter cette exploitation ', a déclaré le procureur en chef Stephen Rapp, en lançant un regard tranchant sur le siège vide qu’aurait du occuper Taylor.
Certains pensent que Taylor aurait dû rester en Afrique de l’ouest pour faire face aux présumées victimes de sa campagne de carnage. D'autres, cependant, croient que le réseau international des contacts de Taylor aurait pu constituer une menace à la stabilité de la région si son procès avait été maintenu en Sierra Leone. Ces inquiétudes sont légitimes, eu égard aux gambades (cabrioles) d’évasion de Taylor au cours des années. Il s’était 'mystérieusement échappé d'une prison de Boston au milieu des années 80 et a s’était retrouvé dans un camp d’entrainement militaire en Libye.
En 2005, il avait disparu 'de sa résidence d'exil’ à Calabar, au Nigéria, et avait été retrouvé à la frontière entre le Nigéria et le Cameroun, avant d’être incarcéré en mars 2005. Soutenu par ceux qui craignent la mainmise (les partisans) de Taylor dans la région, une délocalisation rapide du procès à la Haye s’était toutefois avérée problématique, bien la Cour Spéciale pour la Sierra Leone ait demandé le transfert. Que ce soit sur le sol ouest Africain ou dans la juridiction européenne, le cas est compliqué et sensible.
Aboutissement au procès : Un enchaînement complexe des manoeuvres et de contre manœuvres
L’arrestation de Taylor a envoyé un message à travers pour dire que l'impunité ne serait plus tolérée en Afrique. Après presque deux ans d’exil au Nigéria, Taylor — menotté et renfrogné —a été transféré par la police militaire de l'ONU vers la Sierra Leone en fin Mars 2005. Il est apparu devant la Cour Spéciale de l’ONU pour la Sierra Leone pour la première fois le 3 avril pour être inculpé d’avoir apporté son soutien à la guerre civile en Sierra Leone.
En voyant les images de Taylor à la télévision après son arrestation à la frontière nigériano-camerounaise, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que le guerrier semblait visiblement énervé, comme s’il avait été dupé par une plaisanterie humiliante qui avait échoué, à part qu’il n’y avait personne pour lui dire « C’était juste une blague, Chucky! ». Tous ses amis avaient disparu, laissant l’accusé seul et découragé dans les prisons de l'ONU.
Retour en arrière à l'été 2003 et une image totalement différente se présente. Taylor est debout, tout de blanc vêtu, comme un roi sur le tarmac du Roberts International Airport, au Libéria, disant au revoir de la main et promettant de revenir un jour par « la grâce de Dieu ». Il partait pour un asile politique à Calabar, au Nigéria après avoir été contraint à l'exil par une condamnation internationale et les factions rebelles qui faisaient campagne pour son départ.
Le fait que Taylor ait brièvement débarqué sur le sol libérien pour se voir, trois ans seulement après, transférer par un avion militaire de l'ONU pour un voyage ‘aussi intéressant’ vers la Sierra Leone, et ensuite les Pays Bas pour répondre à des accusations de crimes de guerre, est l'une des absurdités les plus tordues de notre temps. En fait, les deux dernières décennies de la vie de Taylor ont été une épopée intrigante.
Dans une discussion récente avec mon cousin Edward Dillon, nous sommes parvenus à concocter un mémoire sommaire sur les tours et détours qui pourraient faire atterrir Taylor sur une liste des meilleures ventes. Encore plus important, nous nous sommes dits qu'un tel livre lui permettrait d’identifier la source de ses malheurs. Ce serait une sorte d’exposé, expliquant l'ampleur de ses liens avec certains des politiciens africains et étrangers. Taylor a été associé au libyen Muammar Al-Khadafi, au burkinabé Blaise Campaore, au défunt président ivoirien Felix Houphouet - Boigny, à l’ancien chef d’état ghanéen Jerry Rawlings, et même à l’évangéliste américain Pat Robertson, qui a conclu un marché pour implanter une mine dans une zone du sud-est du Libéria en échange des 10 pour cent de la compagnie offerts à Taylor. Taylor était un homme charismatique qui s’était entouré de cohortes ouest africaines et de ramifications internationales de surcroît.
Nombreuses étaient les inculpations parmi les membres des réseaux ouest africains de Taylor. Sankoh est mort en prison d'une crise cardiaque et était en mauvaise santé alors qu'il attendait d’être jugé. Johnny Paul Koroma, qui était à la tête du Conseil Révolutionnaire des Forces Armées Sierra Léonaises (CRFA) qui a renversé le Président Tejan Kabbah par un coup d’état en 1997, est toujours en fuite. Le célèbre commandant SAM Bockarie du RUF, supposé avoir été tué au Libéria sous les ordres de Taylor par crainte de représailles, a été également inculpé. Samuel Hinga Norman, l’ancien ministre de l’Intérieur et Chef des Forces de Défense Civile, était en attente de son verdict pendant des mois, lorsque qu’il est mort en prison dans des conditions mystérieuses.
Bien que Kabbah ait par la suite témoigné devant la Commission Vérité et Réconciliation en Sierra Leone, certains avancent qu'il était aussi complice que Norman pour les atrocités commises. Pourquoi n'a-t-il pas été inculpé ? Tout comme le libyen Khadafi, qui est de nouveau dans les bonnes grâces des USA. De la même manière que la plupart des chefs d’état africains soupçonnés d’entretenir des liens avec des groupes rebelles, il continue de bénéficier d’une protection dorée contre l'impunité. Pourquoi n'a-t-il pas été inculpé pour avoir pris part à ‘l’entreprise criminelle commune’ ? C’est comme si Taylor était le dernier homme à abattre et devrait servir d’exemple. Mais était-il plus coupable que les autres ? C’est la question qui occupe les esprits.
Qu’en est-il du Libéria ?
Un tournant ironique des événements montre que c'était le système de (in)justice de la Cour Pénale Internationale qui a permis à Taylor de perpétrer des crimes à la fois au Libéria et en Sierra Leone auparavant. Critiquant de manière surprenante l'ONU pour sa mauvaise gestion de la débâcle de Taylor depuis le début, l’avocat libérien Philip A. Banks a déclaré que 'si ce n’avait pas été à cause de l'ONU, M. Taylor aurait été en prison depuis 1992 ' pour avoir orchestré le fameux 'Massacre du Carter Camp’ dans lequel des enfants et des spectateurs innocents avaient été tués. Ayant personnellement dirigé l’enquête, Banks avait déposé ses conclusions à l'ONU au début des années 90, après quoi l’organisation internationale avait déclaré que Taylor n'était pas responsable. Dans notre système judiciaire,[ la loi libérienne ], Taylor aurait été jugé et mis en prison bien avant qu’il ne soit devenu président du Libéria en 1997, a déclaré Banks, qui a dirigé l’équipe de rédaction du projet de la constitution libérienne actuelle.
Comme juge de résolution des conflits pendant les conflits libériens de 1990 à1996, Banks a censuré la Cour Spéciale pour la Sierra Leone l'ONU pour son mandat limité. 'L’autorité accordée à la cour est uniquement circonscrite aux crimes commis en Sierra Leone ', a-t-il déclaré en avril 2006 lors d’une conférence de presse à Washington DC. Selon Banks, les crimes que Taylor a commis pendant la rébellion qu’il a mené au Libéria de 1989 à 1996 étaient beaucoup plus grotesques 'le Libéria n’a pas obtenu de l'intervention internationale ce qu'il mérite', a lancé Banks. Il a ajouté qu'il fallait créer un tribunal pour le Libéria pour poursuivre Taylor et ses potes, dont plusieurs occupent des postes de responsabilité dans l’actuel gouvernement libérien dirigé par Ellen Johnson Sirleaf. Les activistes arguent que le cas Taylor fait partie intégrante du développement et de la reconstruction post conflit du Libéria, notamment si la fortune volée qu’il a accumulée - estimée à 2,5 milliards de dollars US - est reversée au trésor public.
Les dessous de l’affaire
La plus grande partie de la couverture médiatique du procès de Taylor est exempte d’engagement critique avec les questions complexes qui perturbent la Cour Spéciale pour la Sierra Leone en particulier, et la justice pénale internationale, en général. Les commissions de vérité et de réconciliation sont-elles une conception occidentale de justice réparatrice ? Que dire des tribunaux communautaires gachacha au Rwanda, qui servent de mécanismes locaux pour poursuivre en justice des criminels? Tout comme la Cour Pénale Internationale pour le Rwanda à Arusha (Tanzanie), un autre système judiciaire soutenu par l’ONU, est miné par des insuffisances, beaucoup trouvent la Cour Spéciale pour la Sierra Leone illégitime parce qu'elle n’a pas été créée pas des Africains eux-mêmes. Elle est plutôt utilisée comme mesure d'apaisement par l’Occident, qui est aussi complice dans les guerres civiles en Afrique que les seigneurs de guerre qui ont été inculpés, y compris Taylor. Après tout, les armes qui ont été utilisées pour déstabiliser le Libéria et la Sierra Leone peuvent être remontées jusqu’à des réseaux internationaux aux USA, en Russie, et ailleurs.
La chute de Taylor fait penser à un Panthéon d’hommes forts célèbres qui ont dû faire face à l’(in)justice internationale pénale. Parmi ces derniers, on peut citer Slobodan Milosevic de la Yougoslavie et Saddam Hussein d'Irak. Ce que ces trois hommes ont en commun est un noeud perpétuel : une impression de culpabilité métaphysique et de désapprobation par l’Occident. Une fois qu’on devient ennemi de l’Occident, on demeure ennemi de sa superstructure judiciaire à jamais. Oui, le procès de Taylor sert de précédent à sa manière en Afrique. Mais il ne devrait pas être manipulé pour servir les besoins de légitimisation d’une cour pénale financée et contrôlée par la communauté internationale et installée à des milliers de kilomètres du continent Africain. Même les seigneurs de guerre africains devenus présidents pour se retrouver inculpés méritent un procès équitable.
* Robtel Pailey est un étudiant libérien en Troisième Cycle à University of Oxford, et producteur multi-médias pour Fahamu/Pambazuka News.
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 308. Voir :
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Tagged under GouvernanceKwesi Kwaa Prah critique les écrits de Mahmood Mamdani sur le Darfour. Il avance que : "Mamdani se livre au sophisme techniciste, tournant autour du pot en ce qui concerne les vrais problèmes au Darfour et en réalité, il apporte du réconfort au régime de Khartoum".
Suite à l’effondrement de l'Allemagne Nazi en 1945, les crimes singulièrement atroces de Herr Hitler et de ses partisans ont été soumis à un examen mondial et détaillé.
La campagne génocidaire contre la Communauté Juive Européenne, que lui et sa horde ont décrit comme ' la solution finale ', a été portée au regard plus large de l'humanité avec la découverte de toutes les atrocités commises dans les camps Nazis (‘Vernichtungslager’ et ‘Todeslagers’), sous l’autorité du disciple de Hitler, tout aussi méphistophélique que ce dernier, Heinrich Himmler.
A l’époque, l'excuse inepte de beaucoup d'Allemands : ‘wir haben nicht gewusst’ (‘Nous ne savions pas’) a retenue l'attention du monde entier. Beaucoup d'Allemands ont prétendu qu’au moment où l’horreur se produisait, ils n'ont rien vu, n’ont rien dit et n'ont rien entendu.
Dans nos déclarations sur l’horreur qui est en train de se produire au Darfour, nous devons veiller à ne pas nous mettre dans une position où nous donnons de la même manière des explications boiteuses. Encore plus crucial est la nécessité d'éviter d’apporter, en parole et en fait, du réconfort et du secours aux auteurs du mal au Darfour.
Nous avons vu la barbarie génocidaire dans laquelle le Rwanda a été plongé en 1994, quand entre 500 000 et 800 000 personnes ont été abattus en trois mois.
Ce génocide a surtout été perpétré par deux groupes de milices extrémistes Hutu, Interahamwe et Impuzamugambi, durant une période d'environ trois mois, du 6 avril à la mi-juillet 1994.
Depuis les années 1960, le carnage brutal de la guerre Angolaise, la guerre Libérienne, les champs de bataille de la Sierra Léone, l'imbroglio en Casamance, les guerres en Guinée, au Mozambique, en Ouganda, en Guinée Bissau, les tueries incessantes dans les deux Congo, les guerres Soudanaises, les guerres civiles Tchadiennes, les guerres Touareg, la République Centrafricaine, la guerre civile Nigériane, l’effondrement de la Somalie comme nous le savions, les guerres Érythréennes et Ethiopiennes et d'autres conflits fratricides ont laissé les Africains engourdis et traumatisés, avec des répits courts et sporadiques de massacres intermittents mais continus. Avec une faible institutionnalisation démocratique, des dictatures de pacotille et le règne des seigneurs de guerre, l'avenir immédiat de l'Afrique et des Africains semble sinistre.
Nous constatons que dans toutes les guerres, chacune des parties rivales revendique que Dieu est de son côté. Aucune partie n'invoque le diable comme étant son soutien. En Afrique du Sud, le processus de ‘vérité et réconciliation’ a révélé certaines atrocités commises par les insurgés.
Mais, il serait extrêmement malhonnête de suggérer, que ce soit en terme de portée ou d'intention, que ceux qui combattaient l’Etat raciste ont commis des crimes de prés ou de loin comparables à l'infamie diabolique du régime de l'Apartheid.
La guerre de Herr Hitler ayant connu une fin ignominieuse, la plus grande crainte des citoyens Allemands face aux avances militaires Soviétiques était leur sort entre les mains des forces Soviétiques qui avaient payées d’environ 20 000 000 de morts (militaires et civils). Par ces sacrifices colossaux, ils avaient brisé la machine de guerre Nazie. Au Darfour, nous savons que les insurgés ont aussi été responsables d'atrocités. Mais la position morale des auteurs de l’horreur est à mille lieux de celle de la résistance; et l'échelle des atrocités est incomparable.
Nous pouvons débattre à l'infini sur la question à savoir si vraiment la tragédie du Darfour a atteint des proportions génocidaires; si c'est une contre insurrection et une insurrection; si c'est une guerre civile ou pas; si c'est aussi brutal que le cas irakien; ou si le nombre de personnes tuées au Darfour est comparable au nombre de morts en Irak. Le mot de la fin est que ces deux scénarios représentent d'énormes tragédies de nos temps et méritent l'attention et la colère de l’humanité contre ceux qui en sont responsables.
L'administration Bush a lancé la tragique mésaventure en Irak sur la base de mensonges concernant des armes de destruction massive (ADM), qui n’ont jamais existé. Mais les fondements de cette mésaventure avaient été préparés depuis longtemps. En février 1998, Bill Clinton posait le débat : 'Qu’arrivera-t-il si Saddam refuse de se soumettre [aux sanctions de l'ONU], ou si nous prenons des voies détournées ambiguës qui lui laisseraient encore plus de temps pour développer ce programme (d’ADM)? Il conclura que la communauté internationale a perdu sa volonté ... [que] il peut poursuivre et faire encore plus pour reconstituer un arsenal de destruction dévastatrice. Et un jour, je vous le garantis, il utilisera cet arsenal.'
Le 31 octobre 1998, Clinton signe l'Acte de Libération de l'Irak, qui stipule que: 'La politique des Etats-Unis devrait être celle de soutenir les efforts visant à destituer le régime dirigé par Saddam Hussein'. Et, dans la même année, 1998, le Congrès des Etats Unis a autorisé le président Clinton à '... utiliser les forces armées Américaines conformément à la Résolution 678 du Conseil de Sécurité de l'ONU (UNSCR) afin d’exécuter les Résolutions 660-667 du Conseil de Sécurité de l'ONU. '
En décembre 1998, l'avis de Sandy Berger, membre du Conseil de Sécurité Nationale et Conseiller de Clinton, était : 'Durant ces huit dernières années, la politique américaine pour l'Irak a été basée sur la menace tangible que représente Saddam pour notre sécurité. Cette menace est claire'. Ce qui a jusqu'ici été peu apprécié est que le contrôle des ressources pétrolières constituait un motif important, mais peu discuté, de l'intervention de Bush pour renverser l’ancien protégé des Etats Unis, Saddam Hussein.
Le public américain est à présent plus avisé et à l’avenir en saura plus sur le but inavoué de l'administration Bush dans cette guerre. L'Irak est tous les jours sur les télévisions du monde entier. Les bombardements et les tueries sont constants et atroces.
Le Darfour a pendant longtemps été un endroit peu connue en Afrique. A présent, durant ces quatre dernières années, il a été jeté au premier plan de notre imagination. Les gens sont progressivement arrivés à comprendre les contradictions et les conflits dans les zones frontalières Afro-arabes. La contestation et le conflit entre les pasteurs et les agriculteurs sédentaires sont presque parallèles au conflit Arabo-africain du Darfour, entre une tradition Islamiste au Nord-est et une tradition de l'Afrique de l’Ouest; entre ceux qui parlent une langue Africaine et ceux qui préfèrent ou qui adoptent la langue et les coutumes Arabes.
L'Islam y a été introduit au 16ième siècle et a pris la forme la plus mystique du Soufisme, forme commune à d'autres parties de l'Afrique sub-Saharienne. Les plus appauvri sont les groupes Africains. Ces derniers constituent aussi la base sociale de l'insurrection. Ce qui doit catégoriquement être établi est que la compétition autour des ressources ne mène pas nécessairement à la guerre et/ou au génocide. C'est la manière dont une telle compétition ainsi que ses autres problèmes annexes sont résolus qui au bout du compte est déterminante et décisive. Si des politiques démocratiques et tolérantes sur le plan culturel sont avancées, il est possible d'éviter le conflit.
Le Darfour vu par Mamdani :
Durant ces trois à quatre dernières années, Mamdani a écrit deux articles qui compliquent les choses et intentionnellement ou involontairement, il nous met la poudre à l’œil concernant ce qui se passe au Darfour et nous interpelle sur la question à savoir si vraiment nous qualifier cette situation de ‘génocide’. Le premier article que j’ai vu a été publié dans la collection des Éditoriaux 2004 de ‘Pambazuka News’. [1] Le deuxième article a récemment été publié dans l’édition de mars 2007 du ‘London Review of Books’. [2]
Mon attention a été attirée sur le deuxième article par un jeune collègue qui m’a demandé dans un E-mail: 'Je ne sais pas pourquoi Mamdani se pose en (...) ‘démentisseur’ du génocide raciste au Darfour. Veuillez m’indiquez tout écrit pouvant m'éclairer sur cette question.' Mamdani se livre au sophisme techniciste, tournant autour du pot en ce qui concerne les vrais problèmes au Darfour et en réalité, il apporte du réconfort au régime de Khartoum.
L’audience implicite de Mamdani dans les deux articles est le public américain. Il porte une grande part de son attention à souligner comment le commentateur du "New-York Times" Nicholas Kristof, (souvent décrit comme un militant solitaire du Darfour), a réussi dans la diffusion d'une fausse alarme de génocide. Il réussi à établir un débat éloquent et acharné entre Kristof lui sur ‘l’appellation’ des faits. Mais dans tout cela, il fait des affirmations controversées, dont certaines sont examinées ici.
Dans le premier article, du même thème, Mamdani demande: 'Comment Pouvons Nous Nommer la Crise au Darfour?' Dans le deuxième article, le titre devient: 'Les faux fuyants politiques pour la qualification des faits : Génocide, Guerre Civile, Insurrection.' Les deux articles couvrent presque le même sujet, mais dans le plus récent, Mamdani essaye, inefficacement, d’étoffer ses preuves. Il y parle aussi plus amplement de l’Iraq. Cependant, avec l'introduction de la tragédie de l'Irak dans la discussion, il essaye de changer et d’atténuer l'argumentaire et le centre de tout son discours sur le Darfour: Qu’il n’y a pas de génocide; mettant un débat sémantique autour du terme. C'est une position, un argument, exposé passivement.
La question pourrait être posée plus activement: ‘Que se passe-t-il au Darfour ?' Cette question est plus directe et elle permet d’éviter l’obscurcissement et la gymnastique intellectuelle que Mamdani apporte au sujet. Mamdani regroupe un amas de faits; mais il n’arrive pas à tirer son épingle du jeu avec une synthèse. A mon avis, c'est en partie due à sa dérive méthodologique vers le postmodernisme. Il y a un certain nombre de positions de Mamdani qu’on ne peut pas contester et certains points de son argumentaire sont historiquement reconnus. C’est dans son jugement et dans sa manière de tirer des conclusions entre ces faits qu’il ne réussi pas à faire ressortir l’essentiel.
C'est une leçon ironique de savoir que le Général Bashir et sa dictature trouveront du réconfort en lisant Mamdani. Ils n'ont commis aucun génocide; bien qu'environ un tiers de la population, des groupes comme les Fur, Messalit, Zaghawa, Birgid, Daju, Berti, Tama, Tunjur et d'autres, aient été déplacés de force de leurs maisons et leurs villages et obligés de fuir et de traverser la frontière pour aller vers la sécurité précaire des camps de réfugiés internationaux au Tchad, en passant par une combinaison délibérée de tortures, de viols, de tirs et de bombardements aériens, par des avions et hélicoptères de combat.
A présent, les Janjaweed meurtrier opèrent aussi au Tchad. Il y a 200 000 réfugiés dans les camps Tchadiens de réfugiés internationaux. Les estimations indiquent qu'entre 220 000 et 300 000 personnes ont perdu leurs vies depuis le début de l’année 2003 dans cette campagne de terreur orchestrée par l’Etat. 2 000 000 de personnes, originaires d’un peuple du Darfour à l’origine d'environ 6 000 000 d’habitants, sont maintenant dans des camps de réfugiés surpeuplés de manière surréaliste. L’Etat Soudanais fait de la purification ethnique et du déplacement forcé une stratégie de contre insurrection. Il est nécessaire de se rappeler que l’expression descriptive ‘purification ethnique’ est un euphémisme employé par Slobodan Milosevic pour décrire les tueries massives en ex-Yougoslavie.
Le phénomène est loin d’être nouveau. Goody nous rappelle que c'est comme cela que les Anglo-Saxons ont débarrassé une bonne partie de l'Angleterre des Celtes, les poussant aux extrémités ouest de l'île. C'était aussi comme cela que les Latins ont été déplacés vers le Nord sur des terres qui ont appartenu à l’Allemagne. A partir du seizième siècle, l'expansion européenne a comporté le transfert constant, le confinement ou la destruction de peuples prétendus 'primitifs' à travers les Amériques, l’Australie, l'Afrique du Sud et les Antilles. À maintes reprises, des populations indigènes ont été réduites à des ‘minorités ethniques’. Depuis la deuxième guerre mondiale, trois opérations dévastatrices de purification ethnique ont historiquement été enregistrées en Méditerranée, au Moyen-Orient et dans le sous-continent Indien: La division de l'Inde, la création d'Israël à la fin des années 1940 et la division de Chypre en 1974. [3]
Le carnage brutal continu en Irak ainsi que les tueries au Darfour sont des réalités atroces de nos temps. Il existe une forte similarité en ce qui concerne les principaux protagonistes du cycle de violence. La plupart de ce que Mamdani dit à propos de ces similarités est acceptable.
En Irak, depuis l'invasion américaine et la fin de la guerre conventionnelle pour renverser Saddam Hussein, une insurrection contre la coalition des forces d'invasion et l’actuel gouvernement Iraquien soutenu par les Etats-Unis a émergé et grandit de jour en jour. A présent, les principaux bouchers en Irak sont les groupes d'auto justice et les milices sectaires et paramilitaires qui dressent les Shia contre les Sunnite et vice versa.
Au Darfour, les groupes d'auto justice et les milices sectaires et paramilitaires sont des groupes Arabes ou Arabisés. L’Etat Soudanais soutient ces groupes avec des armes et des bombardements aériens pour mettre en oeuvre la politique de la terre brûlée pour la purification ethnique. Dans un récent article paru dans l’hebdomadaire ‘Al Ahram’, Gamal Nkrumah qui cite le Premier Vice-président Soudanais Salva Kiir (un Soudanais du Sud) écrit que : 'Les milices par procuration de Khartoum et l’éthnie Arabe Janjaweed font des ravages sur la population des pauvres indigènes non-Arabes du Darfour. En outre, l'échec du Président Soudanais à tenir ses copains responsables d’avoir salit la réputation internationale de son pays, en résistant à la volonté de la communauté internationale de déployer des troupes de l’ONU, a aggraver la situation.'[4]
Mieux Comprendre la Crise au Darfour
Pour comprendre ce qui se passe au Darfour et dans la plupart des zones frontalières Afro-arabes, nous devons aborder une vue historique générale de la situation.
Rappelons que les Arabes sont arrivés sur le continent Africain la première fois il y a presque 1 400 ans. Les premiers Arabes à entrer en l'Afrique étaient des disciples de la première heure du Prophète Mohammed qui a cherché refuge en Ethiopie Chrétienne durant ce qui est communément appelé 'premier hégire' en 615 après J.-C.
Un quart de siècle plus tard, les Arabes, sous le commandement militaire d'Amr ibn al-As, par le feu et l'épée, ont poussé leur chemin vers l'Egypte lors du grand mouvement d'expansion des territoires du Califat. C'était durant le Califat d'Umar b. al-Khattab. Vers la fin du 7ième siècle, le territoire du Califat en Afrique s’était étendu de l'ouest à l’Atlantique, couvrant ce qui constitue aujourd’hui les pays du Mahgreb: la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc.
Que ce soit par des moyens justes ou déloyaux, aujourd'hui, les Arabes et les Africains Arabisés occupent environ un tiers du continent Africain et le processus d’arabisation des Africains se poursuit. Le Darfour et une grande partie du Soudan sont carrément situé en première ligne et dans le vortex de ce processus. Il s’agit d’un processus expansionniste que les Africains doivent aborder. Est-ce acceptable? Mon opinion est que ce processus doit être stoppé. Les Africains sont heureux d'être comme ils sont. L’Arabisation est inacceptable.
Mamdani demande : 'Est-ce un génocide qui s’est produit et qui doit être puni? Ou, s’agit-t-il d’un génocide qui pourrait arriver et qui doit être empêché?' Il s’étend sur le dernier point : La faiblesse de base dans cette opinion est qu'une supposition historique et non dialectique a été faite dans la compréhension du terme ‘génocide’.
Le fait est que, le génocide n'est pas seulement un événement; en effet il en est rarement juste ainsi. C’est plus significativement un processus. Par cela, je veux dire que nous n'allons pas nous réveiller un jour et soudain constater que nous sommes passés d'une réalité pré-génocidaire à une réalité génocidaire. Le génocide est presque toujours une conséquence d'une approche à la guerre. Une fois les bases et la direction d'un plan génocidaire mis en place, avec des circonstances sérieusement mitigées ou des changements majeurs sur le front de guerre, le génocide en est la suite logique. Par conséquent, la question que nous devons poser est : Y a-t-il un processus génocidaire en cours au Darfour? Quelle est la politique et l'idéologie de l'insurrection et de la contre insurrection en ce qui concerne le phénomène de génocide? Lorsque nous comprenons l'idéologie de la contre insurrection nous pouvons vérifier si l'intention et le processus sont génocidaires ou pas.
Dans un article paru dans le "Washington Post" du 30 juin 2004, Emily Wax, qui écrit de El Geneina, raconte l'histoire de trois jeunes femmes qui marchaient dans un champs broussailleux tout juste au dehors de leur camp de réfugiés à l'Ouest du Darfour:
'Elle étaient sorties pour ramasser de la paille. Elles se souviennent avoir pensé que les miliciens Arabes qui attaquent les tribus Africaines la nuit seraient encore endormis. Mais six hommes les ont saisis, hurlant des insultes arabes comme "zurga" et "abid", qui signifient "noirs" et "esclave". Ensuite, ont-elles dit, les hommes les ont violé, battus et les ont laissé sur le sol. ‘Ils ont saisi mon âne et ma paille et ont dit, "fille Noire, tu est trop foncée. Tu es comme un chien. Nous voulons te faire un bébé clair"’, a dit Sawela Suliman, 22 ans, montrant les lacérations là où un fouet avait frappé ses cuisses tandis que son père tenait un rapport de police et de santé avec les détails de l'attaque. Ils ont dit, "laisse l'enfant lorsqu’il sera né et quittes cette zone".'
Il est important de noter que ce n'était pas un incident isolé. L’esprit et l’idée derrière de telles actes si cruels et barbares sont très révélateurs. Des années plus tôt, Joseph Oduho, un des fondateurs de l'Union Africaine Nationale du Soudan au sud, a attiré mon attention sur le fait que le principe militaire de 'ibid yektul abid' (' tuer un esclave par un esclave '), a une histoire au Soudan et a souvent été entendu durant la Première Guerre Civile de 1956-1972.
Le témoignage d'Emily Wax continue avec la révélation que les résultats des enquêtes auprès de deux douzaines de femmes au niveau des camps, des écoles et des centres médico-sociaux dans deux capitales provinciales du Darfour, comportent des rapports cohérents indiquant que les milices Arabes Janjaweed effectuent des vagues d'attaques visant les femmes Africaines.' Les victimes et d'autres ont dit que les viols sembles être une campagne systématique visant à humilier les femmes, leurs maris et pères et à affaiblir les démarcations tribales ethniques. L’image est très claire car ils le font de façon massive et disent toujours la même chose ', a dit un agent international membre des services médicaux. Elle et d'autres agents de santé internationaux se sont exprimés sur les conditions d'anonymat, disant qu’ils craignent des représailles ou qu’on tarde à délivrer leurs permis de travail, ce qui pourraient gêner leurs opérations.
Elle a présenté une liste de victimes originaires de Rokero, une ville à l'extérieur de Jebel Marra dans le centre du Darfour où 400 femmes ont affirmé avoir été violées par les Janjaweed. 'C'est systématique, ' dit l’agent de l’Aide Internationale. ' Tout le monde sait à quel point le père détermine la lignée dans la culture. Ils veulent plus de bébés Arabes pour s’approprier la terre. Ce qui est inquiétant est qu’à mon avis, nous ne saisissons pas encore toute l’ampleur de ce phénomène.' Un autre agent de l’Aide internationale de haut rang dit: 'Ces viols sont basés sur des tensions entre tribus et sont orchestrés dans le but de créer une dynamique où les groupes de tribus Africains sont détruits. Il est difficile de croire qu'ils leur disent qu'ils veulent faire des bébés Arabes, mais c'est vrai. C'est systématique et ces cas me font croire que cela fait partie de la purification ethnique et qu'ils le font d'une façon massive.'
A El Fasher, la capitale du Darfour Nord, à environ 320km à l'est de El Geneina, 'Aisha Arzak Mohammad Adam, 22 ans, décrit un viol par des miliciens : Ils ont dit: 'Chienne, tu couches avec moi.' Adam, qui recevait un traitement médical au camp Abu Shouk, a dit par le biais d’une interprète qu'elle a été violée il y a dix jours et qu’elle souffre de crampes à l’estomac et de saignement. Ils ont dit, ' l’Etat m'a donné l’autorisation de te violer. Ici, ce n'est plus votre terre désormais, ‘abid’, allez ! '.[5]
Dans un autre rapport, nous sommes informés des faits suivants : ' En décrivant les attaques, les réfugiés faisaient souvent allusion à l’Etat Soudanais, aux soldats et aux milices Janjaweed comme étant un seul et même groupe; comme a déclaré un réfugié, "les soldats et les Janjaweed, ils sont toujours ensemble". Les principales victimes ont été les résidants non-Arabes du Darfour. Des nombreux rapports crédibles corroborent l'utilisation d'épithètes raciales et ethniques aussi bien par les Janjaweed que par le personnel militaire de l’Etat Soudanais; "Tuez les esclaves; Tuez les esclaves!" et "Nous avons l’ordre de tuer tous les Noirs" sont les plus communs. Un réfugié raconte une déclaration d’un milicien, "Nous tuons tous les Noirs et nous tuons même nos vaches lorsqu’elles ont des veaux noirs". De nombreux récits de réfugiés relatent des enlèvements massifs, incluant des personnes enlevées par des véhicules de l’Etat, mais généralement, les personnes interrogées ignorent le sort des personnes enlevées'. Peu de personnes interrogées ont indiqué avoir personnellement connaissance d'exécutions massives et de charniers.'[6]
De nombreux observateurs et autres parties concernées ont indiqué que parmi les principes de la contre insurrection figure le fait de croire que l'Islam pratiqué par les insurgés est inférieur ou incomplet, sur le plan idéologique, au niveau de la masse populaire de base. En général, l'Islam au Darfour découle plus d'une inspiration ouest africaine que d'une dérivation directe de l'Est. Daoud Ibrahim Salim, réfugié du Darfour, membre fondateur et président de la Coalition Damanga pour la Liberté et la Démocratie, un groupe constitué par des exilés du Darfour qui se sont réfugiés au Caire, s'exprime en ces termes: "Nous, peuple du Darfour, n'avons commis aucun crime, hormis le fait d'être africains…Nous sommes des personnes très ordinaires, comme vous pouvez le constater sur les photos. Aujourd'hui, au moment même où nous parlons, un génocide est en cours contre mon peuple au Darfour, nous n'avons pas tout pris de l'Islam, c'est-à-dire l'assimilation et l'arabisation…ensuite ils veulent s'approprier la terre parce que la région du Darfour est vaste … c'est pour cette raison que tous les pays arabes sont en train de soutenir l’Etat Soudanais [7]
De manière concise, Daoud Ibrahim Salih résume ce point de vue ainsi "Mettre fin au génocide signifie mettre un frein à l'arabisation ; mettre fin au génocide signifie mettre un frein à l'assimilation ; mettre fin au génocide au Darfour signifie arrêter le morcellement de l'Afrique [8]. Kofi Annan, alors Secrétaire Général des Nations Unies, dans une litote caractéristique et dans un style prudent et diplomatique décrivait la situation au Darfour comme "frôlant le génocide".
Mamdani réussit à remettre en cause les chiffres extravagants et fabuleux avancés par Kristof. De même, il appelle Obasanjo et Ntsebeza à témoin. Les propos d'Obasanjo figurent aussi bien dans les articles de 2004 que dans ceux de 2007. En 2004, Obasanjo, alors qu'il était Président de l'Union Africaine (UA) et qu'il était impliqué dans de délicates négociations avec Khartoum et les insurgés Fur, avait déclaré que:
"Avant de pouvoir affirmer que ceci est un génocide ou un nettoyage ethnique, il nous faudrait constater une décision définitive, un plan et un programme d'un Etat visant à éliminer un groupe particulier de personnes; alors on pourra parler de génocide, de nettoyage ethnique. Ce que nous savons jusque là est différent de cela. On sait qu'il y a eu un soulèvement, une rébellion, et que l’Etat a armé un autre groupe de personnes pour arrêter cette rébellion. C'est ce que nous savons. De notre point de vue, cela ne constitue pas un génocide. C'est, bien sûr, un conflit. C'est de la violence".
Ce que Mamdani oublie d'ajouter est que, dans un discours prononcé au siège de l'Union Africaine (UA) à Addis Abéba, la capitale Ethiopienne, le 10 Octobre 2006, Obasanjo, alors président du plus grand pays contribuant à la force de protection de l'UA au Darfour signifiait la nécessité pour l'Union Africaine de laisser le contrôle aux forces des Nations Unies présentes, tout en gardant sa composition africaine. Ce n'est pas dans l'intérêt du Soudan ni dans l'intérêt de l' Afrique, ni, à vrai dire, dans l'intérêt du monde, que nous nous tenions tous là, les bras croisés et que nous assistions à un génocide au Darfour.'
Aussitôt après l'explosion de la crise du Darfour sur la scène internationale, Ntsebeza, le célèbre juriste Sud-africain, dans un travail ordonné par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, n'avait pas, à ce stade, trouvé de raisons explicites pour déclarer des actes ou des intentions de génocide au Darfour.
Dans sa production intitulée "Darfour: le Génocide Ambigu", Gérard Prunier nous apprend que la vraie logique de la guerre est liée à un mot que le Nazisme, la fin du colonialisme et le développement de l'anthropologie scientifique ont marginalisé en un exil intellectuel et un ‘oppobrium’ politique: "la race".
Dans les années 80, le Colonel Kadhafi et le Premier Ministre Sadiq al Mahdi avaient donné une réponse: Le Darfour était pauvre et en retard parce qu'insuffisamment arabisé. Il avait raté la grande adhésion à la Uuma islamique parce que son Islam était primitif et insuffisamment Arabe. La situation était porteuse d'un potentiel de destruction énorme parce qu'elle correspondait, on ne peut mieux, au contexte général de préjugés raciaux au Soudan. [9]
Prunier relève que dans les années 1980, Kadhafi qui s'est auto proclamé dirigeant et prophète moderne du monde arabe avait distribué d'énormes quantités d'armes au Darfour. Son plan était de se débarrasser des Africains et de les remplacer par des Arabes. C'est le même Kadhafi qui a dit dans une conférence de presse à Amman, lors d'un sommet de la Ligue Arabe en Octobre 2000, que deux tiers des Arabes vivent en Afrique et que l'autre tiers doit rejoindre les deux autres en Afrique. Mamdani s'inquiète qu'une importante assertion de la campagne internationale contre le Soudan et ses milices par procuration est que "le génocide en cours est racial. "Les Arabes" sont en train d'essayer d'éliminer les "Africains"". Mais ses objections ne peuvent pas faire le poids devant des preuves telles que celles apportées ici.
L'arabisation et l'assimilation des Africains
L'arabisation a été l'instrument historique pour l'expansion de la culture et du monde politique arabe sur le continent Africain. Dès le tout début, l'acculturation des peuples conquis, les partenaires commerciaux et la propagation de l'Islam sont devenus le moteur de la conquête arabe en Afrique. Dans plusieurs parties du monde, l'Islam n'a pas mené à l'arabisation C'est le cas de l'Iran, du Pakistan, de l'Inde, de l'Afghanistan, des pays de l'Asie du Centre, de la Turquie, et des parties de la Chine, de la Malaisie, de l'Indonésie, des Philippines et d'autres régions du monde. Les traditions culturelles ont prévalu malgré les influences pénétrantes de l'Islam.
Pour beaucoup de Messalit, de Fur, de Birgit et de Zaghawa, la religion musulmane est à califourchon sur un autre système religieux africain, plus ancien. Par conséquent, il existe souvent des combinaisons d'aspects indigènes pré-islamiques, et parfois, un Islam africanisé et rendu autochtone.
La popularité de celles-ci constitue, au regard des Janjaweed, une pierre d'achoppement à une plus grande Arabisation. En effet comme les Kurdes Yezidi, les Fur pratiquent une religion qui est un mélange éclectique de traditions et de coutumes africaines pré-islamiques et musulmanes. Mais l'affirmation selon laquelle l'Arabe est la langue de Dieu a toujours séduit certains au point qu'ils se soumettent à la vague de l'Arabisation et de l'Arabisme.
De nos jours, les Nubiens constituent environ 3 000 000 d'individus en Egypte, un pays qui compte 70 millions d'habitants. Au Soudan, les Nubiens sont encore plus nombreux. Au cours des siècles, de grandes sections des Nubiens se sont arabisées en Egypte tout comme au Soudan. Mais, récemment, une forte tradition africaniste qui veut s’appuyer sur le passé est en train de s'affirmer dans la société égyptienne en tandem avec des processus similaires dans le Soudan entier. Parmi les Beja autour de Kasalla, la Région Bleue du Nil, au Sud du Soudan, Nuba et Darfour. Le nœud est en train de se resserrer autour de ce que le Mouvement de Libération des Peuples du Soudan (MLPS) décrivait, à ses débuts, comme "la clique de Khartoum".
Dès le début de la période post-coloniale l'arabisation a été une offre déclarée de l'élite politique. Les régimes militaires et civils qui se sont succédés au Soudan au cours du demi siècle dernier ont toujours privilégié la politique de l'arabisation. C'est une politique foncièrement raciste. Mamdani déplore ceux qu'il appelle les "diabolisateurs des Arabes". Il aurait été utile d'être plus explicite et d'expliquer ceci. S'il suggère que ceux qui se battent contre l'arabisation et la campagne internationale contre le génocide au Darfour sont les diabolisateurs des Arabes, alors il aura clairement mis le doigt dessus. L'idéologie de la guerre du côté de la contre insurrection est arabiste.
Il y a beaucoup d'Africains sur le continent et dans la diaspora qui rejettent l'Arabisation, qui ne sont pas favorables à l'idée de changer les Africains en Arabes, qui sont heureux d'être africains et cela s'arrête là. Ils en ont le droit. D'autres minorités, de par le monde arabe, sont de plus en plus nombreuses à continuer de parler du caractère non arabe et différent de leurs communautés. Parmi ces minorités, on note les communautés Syriaques, Maronites, Chaldéennes, Assyriennes, Kurdes, du Turkménistan et Berbères.
Beaucoup d'intellectuels Africains ont aussi pris bonne note des menaces d'Osama Ben Laden à propos du Darfour. En 2006, il a invité les militants islamistes à se préparer à "une longue guerre contre les pillards de la Croisade à l'Ouest du Soudan".Un tel raisonnement ne peut cependant pas faire face au fait que les deux camps opposés dans la guerre au Darfour sont constitués de musulmans. Mais les musulmans Africains sont considérés par leurs compatriotes Arabes comme hérétiques.
Beaucoup d'entre nous ne peuvent pas se faire à l'idée d'une 'intervention d'une grande puissance dans la région sous quelque forme que se soit. Mais une combinaison de l'Union Africaine et des Nations Unies semble acceptable. De nombreux Africains sont toujours dans l’attente d’une critique Arabe, claire et nette, de la politique de l’Etat Soudanais au Darfour. C'est impressionnant de voir comme le silence des membres de la Ligue des Etats Arabes est assourdissant.
L'idée de l'assimilation et de l'arabisation des Africains se présente de différentes manières. Dans sa version de septembre 2004, Ali Mazrui dans une interview accordée à une maison de presse arabe s'exprime en ces termes: "Je pense que les peuples Africains et les peuples Arabes sont, en ce moment, deux peuples dans le processus de devenir un. Ce processus a été enclenché depuis des siècles et ils seront, un jour, virtuellement impossibles à différencier, mais, pour l'instant, c'est un continuum, plutôt qu'une dichotomie". [10]
Un groupe ethnique est un groupe qui partage un sentiment d'une identité commune basée sur l'histoire, des affinités culturelles et des solidarités d'identification. Les membres d'un groupe ethnique ont tendance à s'identifier les uns aux autres ou sont ainsi identifiés par les autres, sur la base d'un élément qui les distingue des autres groupes. Cet élément peut prendre n'importe quelle forme: raciale, culturelle, linguistique, économique, religieuse, politique ou peut être des combinaisons différentes de ces facteurs. Souvent les barrières ethniques sont plus ou moins perméables. De tous les facteurs qui déterminent un groupe ethnique, le facteur de la race est le moins significatif. La race, dans l'usage anthropologique, est une catégorie biologique assignée, tous les autres facteurs sont des catégories acquises. Ces dernières sont culturelles. C'est le facteur culturel, qui est censé inclure le langage et les us et coutumes, qui est le plus important. C'est la culture et non la nature qui définit l'ethnicité. L'ethnicité, par conséquent, empiète sur la notion de groupe culturel.
Mamdani se trompe quand il écrit: "Les différentes tribus qui ont fait l'objet d'attaques et de tueries (particulièrement les tribus Fur, Messalit et Zaghawa) ne forment apparemment pas de groupes ethniques différents des groupes ethniques auxquels les personnes ou milices qui les attaquent appartiennent.'
Ceci n'est en fait pas juste. Les ethnicités arabes englobent les Baggaras ou Arabes Shuwa, Taisha, Rezeigat, Habbaniya, Beni Halba et bien d'autres. En Afrique où les populations parlent plusieurs langues, le fait de parler anglais ne fait pas de quelqu'un un anglais. L'Arabe au Soudan est une langue hégémonique; Dans des endroits comme le Darfour, de nombreuses personnes comprennent l'Arabe, mais cela ne fait pas d'eux des Arabes. Les Janjaweed sont, sur le plan ethnique, des milices arabes armées et soutenues par l’Etat Soudanais. Il est vrai qu'ils embrassent la même religion, mais les Arabes du Soudan considèrent l'Islam des Africains comme étant inférieur.
Mamdani écrit que "la dynamique de guerre civile au Soudan émane de plusieurs sources: d'abord du monopole du pouvoir dont bénéficie une infime élite"arabisée"qui vient de la rive nord de Khartoum, un monopole qui a nourri une résistance qui s'accroît de plus en plus parmi la majorité, les populations marginalisées dans le Sud, l'Est et l'Ouest du pays, ensuite des mouvements rebelles qui, à leur tour, ont donné naissance à d'ambitieux leaders qui refusent les arrangements de partage du pouvoir en guise de prélude à la paix et, finalement, des forces extérieures qui continuent à encourager ceux qui sont intéressés par la rétention ou l'obtention du monopole du pouvoir.
Il voit juste quand il identifie la principale cause du conflit au monopole du pouvoir dans ce que Garang a souvent décrit comme "la clique de Khartoum". Mais pourquoi Mamdani dit-il que cette clique a monopolisé le pouvoir et a marginalisé les populations du Sud, de l'Est et de l'Ouest et pourquoi poursuit-il son argument en disant que les insurgés qui constituent l'écrasante majorité à l'Est, au Sud et à l'Ouest, devraient partager le pouvoir avec une infime élite Arabe qui vient de la rive nord de Khartoum? En démocratie, le pouvoir est entre les mains de la majorité. Les Anglais disent : "on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre".
Il poursuit en ces termes: "La dynamique de paix, au contraire, émane d'une série d'arrangements de partage du pouvoir, d'abord dans le Sud et puis dans l'Est. Ce processus a toujours été intermittent au Darfour. Les négociations organisées de l'Union Africaine ont réussi à forger un arrangement de partage du pouvoir juste pour voir cet arrangement détruit encore et encore. Une grande partie de l'explication, comme je l'ai suggéré plus tôt, repose sur le contexte international de Guerre contre la Terreur qui encourage les parties peu disposées à prendre des risques pour la paix. Renforcer le processus de paix doit être la première résolution de tous ceux qui sont intéressés par le Darfour.'
Renforcer le processus de paix est le droit démocratique des majorités qui ont besoin d'être reconnues et d'être respectées. La simple raison pour laquelle les arrangements organisés de l'Union Africaine ont plusieurs fois échoué est, comme l'a écrit Abel Alier il y a des années à propos de la classe dirigeante au Soudan après la période coloniale, qu'ils en ont facilement fait une habitude de déshonorer les accords. [11] Ils craignent les implications de la démocratie au Soudan.
De l'opinion de Mamdani, apparemment l'un des faits les plus ennuyeux à propos de la campagne internationale pour le Darfour est que le conflit au Darfour est très politique, de même que la campagne internationale. Un des refrains constants de la campagne a été que le génocide en cours est racial. Les "Arabes" sont en train d'essayer d'éliminer les "Africains". Mais les deux termes "arabe" et "africain" ont plusieurs significations au Soudan. Il existe au moins trois significations du mot "arabe". Sur le plan local, "arabe" était un terme péjoratif en référence au mode de vie des nomades présenté comme n’étant pas raffiné; sur le plan régional, il faisait allusion à quelqu'un dont la première langue était l'Arabe. En ce sens, un groupe pouvait devenir "Arabe" avec le temps. Ce processus, plus connu sous le nom d'arabisation, ne constituait pas une anomalie dans la région; il y avait l'amharisation en Ethiopie, la swahilisation au niveau de la côte est de l'Afrique. La troisième signification de "arabe" était "privilégié et exclusif", c'était la revendication de l'aristocratie riveraine qui dirigeait le Soudan depuis son indépendance et qui assimilait l'arabisation à l'expansion de la civilisation et au fait d’être de descendance Arabe.
La définition d'un Arabe est-t-elle un problème de choix parmi ces différentes significations que nous propose Mamdani? La référence péjorative au mode de vie du nomade est, d'un point de vue littéraire et métaphorique, une plaisanterie dans une grande partie du monde arabe. Les Arabes sont parfaitement conscients du fait que la civilisation historique, qui est Arabe, prend ses origines dans la péninsule arabique. C'est une culture et une civilisation dont ils sont fiers. L'arabisation ne découle pas du simple fait d'avoir comme première langue l'Arabe. L'arabisation implique l'acceptation et l'adoption de la culture arabe en entier. Oui, l'identité arabe, au Soudan, est caractérisée par le privilège et l'exclusivité. C'est pour cela que la majorité, jusque là marginalisée, est en train de mettre en place une résistance contre sa domination.
Depuis des temps immémoriaux, dans l'histoire des relations entre les Arabes et les Africains, les Arabes ont toujours été les maîtres et les Africains, les esclaves. En effet "noir" dans une grande partie du monde arabe rime avec esclave. Jusqu'à ce jour en Egypte, celui qu'on appelle bawab (portier, gardien) est immanquablement de peau noire, un Nubien d'Egypte ou du Soudan. On rappellera ici que les bawab sont considérés comme la classe la plus basse des basses dites inférieures.'[12]
L'amharisation en Ethiopie de même que la swahilisation sur la côte est de l'Afrique ne passent pas inaperçues. De nos jours, on sait que la domination de la culture amhara en Ethiopie a toujours été un des facteurs qui soutendent quelques-uns des conflits auxquels la région est soumise. La swahilisation demeure, en grande partie, une affaire linguistique. Elle comporte, dans son moule, les chrétiens, les musulmans, les religionnaires africains et toute une variété de personnes qui parlent des langues africaines. Les Swahilis en Afrique de l'Est n'ont le contrôle de l'Etat dans aucune zone. Ils sont Africains. L'arabisation est une autre paire de manches. En effet et éventuellement, elle efface complètement les caractéristiques culturelles des Africains. C'est pour cela que les Africains qui vivent dans la région et qui, sur le plan historique, étaient Chrétiens avant de devenir Musulmans, se considèrent Arabes et sont prêts à se lancer dans des guerres génocidaires au service de l'arabisme et de l'arabisation.
Qui sont les Africains?
Quand il s'agit de définir ce qu'est un Africain, Mamdani se tourne vers une orientation postmoderniste et écrit que:
"Africain", dans ce contexte,"était une identité subalterne qui avait aussi la potentialité d'être exclusive ou inclusive Les deux significations étaient non seulement contradictoires mais provenaient de l'expérience de deux insurrections différentes. La signification inclusive était plus politique que raciale ou même culturelle (linguistique), étant donné qu'un "Africain" était quiconque qui avait la détermination de bâtir un futur en Afrique. Il était préconisé, dans le Sud, par John Garang, le dirigeant de l'Armée de la Libération du Peuple du Soudan (ALPS) comme un moyen de soutenir le nouveau Soudan qu'il espérait voir un jour.
Par contre, sa signification exclusive se présente en deux versions, une dure (raciale) et une souple (linguistique) – "Un Africain" en tant que Bantu et "un Africain" en tant que l'identité de quiconque qui parlerait une langue indigène d'Afrique. La signification raciale finit par avoir une solide poigne au sein de l'insurrection comme de la contre insurrection au Darfour. Le fait que la campagne pour Sauver le Darfour caractérise la violence comme "Arabe" contre "Africain" voilait le fait que la violence n'était pas unilatérale et voilait aussi la question sur la signification de "Arabe" et "Africain": une question qui était critique précisément parce qu’il s'agissait, en fin de compte, de déterminer qui appartenait ou pas à la communauté appelée Soudan. La dépolitisation, la naturalisation et finalement la diabolisation de la notion "Arabe" en opposition à "africain" a été l'effet le plus meurtrier, prémédité ou non, de la campagne pour Sauver le Darfour".
Mamdani ne doit pas sous-estimer la force et la pertinence du langage en tant que point de référence pour déterminer une identité. Le langage est un élément central pour la plupart des cultures. On pourrait dire que, c'est l'élément le plus crucial. De même, c'est l'un des principaux éléments distinctifs de l'homo sapiens en sa qualité d'animal créateur de culture. C'est à travers le langage qu'on s'identifie en société, et qu'on mène nos transactions sociales.
J'ai personnellement connu John Garang, pendant plusieurs années. En fait, on s'est parlé au téléphone, à longue distance, environ un mois avant sa très étrange mort. Il n'a jamais défini un Africain en ces termes politiques dont parle Mamdani. Garang a toujours été un fier Dinka de Bor. La prétendue version inclusive de Mamdani de la définition d'un Africain comme quiconque était déterminé à bâtir un futur en Afrique est plus que perplexe.
Quand j'ai lu cette définition à un stagiaire du ‘Centre for Advanced Studies of African Society’ (CASAS) de Cape Town, Nana Kofi Appiah, sa drôle et immédiate réponse était que cela constituait une invitation aux pilleurs de l'Afrique. Une telle conception s'applique -t-elle à d'autres régions du monde? Une telle conception s'applique-t-elle aux Indiens, Arabes ou Européens? Si j'arrivais en Chine ou en Inde, avec le souhait de bâtir un futur dans ces endroits, deviendrais-je, parce que je le souhaite, chinois ou indien?
Cecil Rhodes, Verwoerd, et Ian Smith étaient tous des personnes qui étaient déterminées à bâtir un futur en Afrique. Etaient-ils Africains? J'ose dire qu'ils ne souhaitaient même pas être considérés comme tels. La compréhension que Mamdani a de la prétendue définition inclusive de ce qu'est un Africain rend l'africanité trop facile. J'affirme que "si tout le monde est Africain, alors personne n'est Africain". On sait qu’on ne peut point différencier un Sunnite d'un Shia, un Irlandais Protestant du nord d'un Catholique, un Palestinien d'un Israélien, un Pakistanais d'un Indien, rien qu'en jugeant par l'apparence et l'aspect. Il y a de nombreux autres exemples similaires.
La couleur de peau noire au Darfour ne nous aide pas vraiment à distinguer un Arabe d'un Africain. La différence est plus subtile et décisive. Les Africains sont plus attachés à des variétés éclectiques de l'Islam. Ils sont plus enclins à l'agriculture qu'à l'élevage. Ils s'identifient comme Africains et parlent plus les langues africaines. Ils constituent l'écrasante majorité de la population. Pour un public américain, le noir, comme il est compris dans le vocabulaire Africain-américain ne nous aide pas à mieux saisir les dynamiques de la nationalité au Darfour. Les Africains sont d'abord et avant tout un groupe historique et culturel. Ils s'identifient comme tel. La plupart des Africains sont noirs, mais il y a des noirs qui ne sont pas Africains. Du Sud de l'Inde, en passant par le Sri Lanka jusqu'à la Mélanésie, on peut trouver de nombreux groupes qui se ressemblent.
Il y a des années, je disais que la "définition raciale d'un Africain est faussée. Elle n'est pas scientifique, par conséquent, pas défendable. Aucun esprit sérieux n'utiliserait le concept de race autrement que comme un instrument pour une imagerie poétique Je suis en train de dire qu'aucun groupe n'est demeuré "pur" depuis les temps immémoriaux. Les notions de pureté appartiennent au langage des fascistes et à la poubelle de la science. Mais avant que mes remarques ne soient mal comprises, permettez-moi d'orienter le raisonnement vers une autre direction. Beaucoup d'Africains sont noirs, mais ce n'est pas tous les Africains qui sont noirs et ce ne sont pas tous les noirs qui ont des racines culturelles et historiques africaines."[13]
De plus, on ne doit pas oublier que l'arabisme en Afrique a été réalisé, dans sa majeure partie, à travers des conquêtes et une domination culturelle. Par conséquent, même à ce jour, l'Arabisation et l'Arabisme représentent des instruments de servitude dans une tradition qui précède d'un millénaire, la colonisation européenne.
1 - Mahmood Mamdani, ‘How Can We Name the Darfur Crisis? Preliminary Thoughts on Darfur’. Voir ‘African Voices on Development and Social Justice’, Éditoriaux de ‘Pambazuka News’, 2004. Mkuki Na Nyota Publishers, 2005, pp. 256–262.
Voir aussi, K.K. Prah. ‘Darfur Beyond the Crossroads: Struggles of African Nationalism’ voir ‘African Voices on Development and Social Justice’, ibid, pp. 249-256.
2 - Voir ‘the London Review of Books’. Vol.29. No.5. Mars 2007.
3 - Jack Goody. ‘How ethnic is ethnic cleansing?’ New Left Review. 7 Janvier– Février 2001.
4 - Voir Gamal Nkrumah. ‘Masters at holding on’, Al-Ahram Weekly. 5-11 Avril. p.9.
5 - Emily Wax. “'We Want to Make a Light Baby'; Arab Militiamen in Sudan Said to Use Rape as Weapon of Ethnic Cleansing”. Washington Post Foreign Service. Mercredi 30 Juin 2004.
6 - Voir ‘Documenting Atrocities in Darfur.’ US State Publication 11182. Une publication du ‘Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor’ et du ‘Bureau of Intelligence and Research’, Septembre 2004.
7 - Voir ‘Experts Appeal for Action to Resolve Darfur Crisis’.
8 - Ibid.
9 - Extrait de Harakati Shaka Lumumba. ‘Darfur: A Wake-up Call for Africa’. (Mimeo), Nairobi, Kenya. 12 Novembre 2006. Paru dans Tinabantu, Vol.3, No.1, 2007.
10 - Harakati Shaka Lumumba. Ibid.
11 - Abel Alier. Southern Sudan. ‘Too Many Agreements Dishonoured’. Exeter: Ithaca Press, 1990.
12 - Voir Amina Abdul Salam. ‘A doorman’s lot is not a happy one’. The Egyptian Gazette, 29 Mars 2007, p.6.
13 - Kwesi Kwaa Prah. ‘Beyond the Color Line: Pan-Africanist Disputations’. Trenton: Africa World Press, 1998, p.36.* Kwesi Kwaa Prah est le directeur du ‘Centre for Advanced Studies of African Society’ (CASAS) Cape Town.
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 305. Voir : [email protected] ou en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Sécurité humaineLes OSC Africaines et Chinoises discutent de la Chine en Afrique
Les chefs d'Etats, les ministres des Affaires Etrangères et les gouverneurs de banques centrales de soixante-dix-sept nations Africaines se sont rencontrés à Shanghai, en Chine, au mois de mai dernier pour la rencontre annuelle de la Banque Africaine de Développement (BAD). Le lieu de la rencontre a été choisi de manière pertinente et historique compte tenu des relations Sino-africaines grandissantes qui, au niveau étatique, ont atteint des sommets et des dimensions considérables.Cependant, il reste encore à voir l’implication des peuples Africains et Chinois. C'est dû à cette incertitude qu'une discussion a eu lieu, dans le cadre des activités de la BAD, entre les acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois lors d’une rencontre organisée par le ‘China Development Bief’, Fahamu, le ‘Focus on the Global South’ et l'Institut Transnational.
La réunion historique des Chinois, Africains et autres acteurs non gouvernementaux du Sud a permit une discussion contemplative et un débat entre les universitaires, chercheurs et organisations de la société civiles à travers un dialogue ouvert et critique.Parmi les participants on comptait des représentants de la Chine, du Kenya, de l'Egypte, du Soudan, du Zimbabwe, du Bénin, de l'Afrique du Sud, du Mozambique, de la Birmanie, des Philippines, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, du Brésil, de l'Inde et de l'Australie. Une perspective nouvelle et nuancée qui n'était ni simplement de rejet, ni incontestablement acceptable s’est présentée. La rencontre a été ouverte par des réflexions sur la nature des relations Sino-africaines explorant le coût du néo--colonialisme par rapport aux expressions de coopération Sud-Sud et d’assistance mutuelle.
Dès le début des débats, le Professeur Yan Hirong du Département de Sociologie de l'Université de Hong-Kong a contesté la diffamation des relations chinoises en Afrique par des médias occidentaux. Elle a noté l'importance de mettre ces relations de commerce et d'investissements dans la perspective de tendances globales où la Chine est encore un petit acteur en Afrique. Cependant, Daniel Ribeiro de ‘Justiça Ambiental’ au Mozambique a fait remarquer que l'impact du déboisement ou le manque de moyens de subsistance d’une communauté est en soi colossal indépendamment de la taille des investissements chinois dans une nation donnée. C'est cet impact qui crée la perception populaire des relations Sino-africaines.
En effet, le journaliste Wang Yongcheng a suggéré que les Chinois pensent que la Chine aide l'Afrique et ils sont ainsi déconcertés par la critique apparente et le manque d'appréciation. Elle a dit qu’en Chine il y a peu d’échos d’un quelconque effet négatif de l’activité chinoise sur le Continent. Ali Askouri, de l'Institut Piankhi, quant à lui, a fournit un exemple où des sociétés chinoises ont été impliquées dans les projets qui ont eu un impact négatif sur des communautés en Afrique. Le Projet du Barrage de Merowe au Soudan est le plus grand projet d’hydro-électricité actuellement en construction en Afrique. Sa mise en oeuvre est assurée par deux entrepreneurs chinois et il est en grande partie financé par la Banque Chinoise d’Import Export.. Cependant, la construction du barrage causera le déplacement et affectera la survie même d'environ soixante-dix mille personnes vivant le long des rives.
De l'avis de M. Askouri, il n’est pas constructif de débattre sur la question à savoir si les actions chinoises sont pires ou meilleures que celles des États occidentaux puisque tous les acteurs doivent être tenus aux normes de responsabilité les plus strictes. Il s'est plutôt tourné vers ses homologues chinois afin de déterminer comment les communautés affectées pourraient effectuer des changements au niveau des pratiques des sociétés chinoises en Afrique.
L’Etat Chinois soutient les principes de non-ingérence et de non conditionnalité en Afrique comme signe de reconnaissance de l'autodétermination contrairement à la conditionnalité du néo--colonialiste des bailleurs occidentaux. Le professeur Xu Weizhong de l'Académie Chinoise des Sciences Sociales considère d’hypocrisie les notions creuses avancées par les nations occidentales qui perpétuent la perception de l'Afrique comme étant un fardeau économique plutôt que le support à partir duquel l’industrialisation du Nord a été réalisée et continue d’être soutenu. Et dans la même veine, il a noté qu’"à la fin les Africains doivent être les décideurs de leur propre destin et doivent avoir le droit de dire si leur relation avec la Chine est bonne pour eux ou non."
La politique de non-ingérence et de non conditionnalité fait l’objet de beaucoup de critiques accusant la Chine d’avoir échoué à encourager la bonne gouvernance. Mais encore, les participants Africains tels que Ali Askouri ne demandaient pas à la Chine de ne pas investir en Afrique; en fait, il a fait remarquer que les communautés affectées le long du bassin du Nil au Soudan ne sont pas, en soi, contre le projet de barrage, mais recherchaient des médiateurs en vue d’amener de manière constructive les voix des Africains sur la table et de poser la question à savoir quel rôle pourrait jouer la société civile chinoise pour tenir leur Etat responsable.
Bien que la société civile chinoise se développe, elle évalue encore sa position par rapport à l’Etat et au peuple Chinois. Les organisations sont principalement orientées sur le volet national et ont peu d'expérience ou de connaissances sur les actions de la Chine au niveau international malgré leurs sujets d’intérêt commun. Leurs relations avec l’Etat ont tendance à être coopératives plutôt qu'antagonistes étant donné qu’en Chine il est plus efficace d’influencer positivement par la négociation plutôt que par le style "dénoncer et humilier" des organisations non gouvernementales occidentales. La civile société africaine tend vers l’expérience et la maturité de son plaidoyer national et sous-régional mais elle est peu exposée aux questions et procédures politiques chinoises de changement et en a ainsi une connaissance limitée. La réunion a démarré par un dialogue ouvert qui s’imposait et qui doit être poursuivit et approfondit afin d’augmenter les opportunités des relations Sino-africaines pour les communautés en Afrique et en Chine.
L’édition spéciale de ‘Pambazuka News’, Perspective Africaine sur la Chine en Afrique (http://www.pambazuka.org/en/issue/282), a été traduit (une faveur de ‘China Development Brief’) en Chinois et distribué aux participants à la réunion.
Lors de la réunion, Hakima Abbas a discuté du résultat de la réunion avec deux des participants Africains dont la présence à la réunion a été facilitée par Fahamu.
Interview avec Sara Musa El Saeed, un consultant de ‘Christian Aid’, au Soudan. Étant consultant, la plupart des réponses sont la perspective personnelle de la personne interviewée.
‘Pambazuka News’: Pourquoi estimez-vous qu'une réunion des acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois est importante en ce moment?
Sara Musa El Saeed: Jusqu'à présent, la plupart de rapports Afrique-Chine (ou au moins dans le cas du Soudan) sont au niveau politique/étatique, avec un minimum, voire pas d'autres niveaux de d’engagement. Il semblerait que l’engagement du secteur non gouvernemental pourrait contribuer à maintenir des rapports justes et équitables par rapport aux droits des communautés et aux problèmes constatés. Il y a une ignorance totale, aussi bien de la part des organisations de la société civile Chinoises qu’Africaines, des organisations existantes, de leur centre d’intérêt, leurs champs d’action, leur expertise etc., qui constituent les informations de base nécessaires si une quelconque coopération future doit avoir lieu. Ainsi on attend de cette réunion qu’elle offre ce forum en vue de mieux se connaître mutuellement.
‘Pambazuka News’: Quelles sont vos réflexions clefs sur les relations Sino-africaines au sortir de la rencontre sur la Chine en Afrique?
Sara Musa El Saeed: J'estime que les deux parties ne se connaissent pas encore assez bien pour être capable de projeter des plans futurs et/ou des activités ou coopération communes. Par conséquent, je pense que cette réunion doit être suivie d’un dialogue continu et de discussions ainsi que d'autres réunions plus spécifiques pour créer des fenêtres de discussion sur des sujets spécifiques tels que l'environnement, le VIH/SIDA, etc., juste pour citer quelques-unes des questions soulevées durant la rencontre.
Aussi, le grand public des deux parties n'est pas conscient de ce qui se passe, comment cela pourrait les affecter, comment aborder les relations, aussi bien pour garder de meilleurs profits de cet engagement que pour cesser tout effet nuisible qui pourraient en résulter pour les deux parties. Je crois que cela pourrait être le rôle des OSC sur les deux parties de l'équation. Il y a beaucoup de similitudes au niveau des préoccupations telles que l'environnement, le financement, l'environnement politique qui pourrait être un frein à un certain point, le VIH/SIDA, et les contraintes de financement, sur lesquelles les deux parties pourraient coopérer pour leur résolution et pour partager l’expertise et le savoir-faire dont elles disposent. Cependant, pour cela il est nécessaire de développer la confiance, les contacts/connections et l'échange d'informations, ce qui ne pourrait arriver sans contacts plus rapprochés et une meilleure connaissance de l'autre.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que la société civile Africaine pourrait améliorer les opportunités et minimiser les risques d’une relation chinoise avec l'Afrique ?
Sara Musa El Saeed: Les OSC sont en contact direct avec les communautés qui pourraient être affectées par ces relations. Dans de nombreux cas, elles sont dans une meilleure position pour accéder à l'information et à la connaissance du type et des effets de la relation dans les zones/régions respectives et d’évaluer les dommages qui pourraient en résulter. Et aussi, nous l’espérons, elles peuvent être les organisateurs de leurs communautés pour projeter et agir ensemble afin d’atténuer et d’aborder de tels impacts négatifs.
En fait, une autre chose dont je rêve est que ces rencontres constituent un espace de discussion pour les OSC Africaines en vue d’organiser des réseaux et des groupes régionaux au cas ou les effets qui pourraient affecter la sous région seraient d’une plus grande envergure (comme dans le cas des forêts qui sont partagées entre plus d’un pays ou des barrages comme celui du long du bassin du Nil etc.). Aussi (il se pourrait que je rêve) mais si la même chose arrivait aux OSC Chinoises et que ces groupes des deux parties se donnent la main pour former des groupes de pression et des centres d’échange d'informations, je pense que les OSC serait une force réelle pour stopper les impacts négatifs de tout accord gouvernemental ou économique.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que les organisations de la société civile Africaines et Chinoises, les universitaires et les chercheurs pourraient développer une alliance pour augmenter les opportunités pour les communautés en Afrique et en Chine?
Sara Musa El Saeed: Comme j'ai dit au départ, concernant les deux parties, il y a un fossé entre les OSC en terme de connaissance mutuelle et d'information et je pense qu’il appartient aux universitaires des deux parties de fournir l’information manquante à travers la recherche, des études, des analyses et réformes politiques, etc.
‘Pambazuka News’: Au sortir de la réunion de Shanghai, quels sont les résultats concrets que vous souhaitez mettre en oeuvre ou auxquels vous souhaitez participer?
Sara Musa El Saeed: Nous devons commencer à penser à la façon de maintenir l'élan et de consolider la rencontre de Shanghai en fixant des objectifs et en établissant des plans futurs. Cela pourrait se faire en ayant un dialogue continu et des discussions entre les groupes existants et je serais heureux de prendre part à ces discussions et dialogues que ce soit par emails, réunions etc. En termes d'action de suivi, c'est quelque chose que j'espérais voir ressortir très clairement de la réunion. Cependant, je pense que certains points qui ont été soulevés nécessitent d’être suivi et d’être formuler comme plans futurs ou actions de suivi et là aussi, je serais ravie d'aider à la formulation de ces plans. Je partagerai le rapport de la réunion que j'espère obtenir des organisateurs, ainsi que mon propre rapport et je discuterais avec ‘Christian Aid’ du rôle qu’elle pourrait jouer dans les actions futures.
Interview avec Charles Mutasa, Directeur Général de AFRODAD, Zimbabwe
‘Pambazuka News’: Pourquoi estimez-vous qu'une réunion des acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois est importante en ce moment?
Charles Mutasa: L’engagement de la Chine envers le continent Africain est plus que jamais présent. Beaucoup d'affaires sont concluent entre les dirigeants Africains et Chinois. La préoccupation des citoyens concernant les nouveaux investisseurs sur le continent a été exprimée dans plusieurs plates-formes de la société civile. Les sommets Sino-africains au niveau de l'Union Africaine ont indiqué au monde le besoin de s’interroger sur ce nouveau phénomène. Beaucoup de pays ont recourt à Chine comme un contre poids de leurs relations usées avec l'Ouest – c’est la politique du "regard vers l’Est". La Chine a été cité comme le soutien des dictatures en Afrique particulièrement de l’Etat Soudanais en violations des droits de l'homme au Darfour et, ceci étant, il y a lieu de s'interroger sur le rapport entre le nouvel intérêt chinois et les droits de l'homme.
‘Pambazuka News’: Quelles sont vos réflexions clefs sur des relations Sino-africaines au sortir de la rencontre sur la Chine en Afrique?
Charles Mutasa: Il n'y a aucun engagement citoyen dans toutes les relations Sino-africaines. Cela doit être pris en compte dans le développant de réseaux et de liens entre les OSC. Il est nécessaire d'identifier les meilleures pratiques des relations Sino-africaines et de les renforcer, et en même temps de se débarrasser des faiblesses ou des inconvénients que comportent ces relations pour l’Afrique. Il est aussi nécessaire d'éviter les problèmes que l'Afrique a eu avec la banque mondiale et le FMI et s’assurer qu'ils ne sont pas répétés dans les relations Sino-Africaines.Tout en faisant leurs affaires, les Etats Chinois et Africains doivent s’engager sur la question des droits de l'homme et de la protection de l'environnement, entre autres. Les relations de personne à personne pourraient aussi apporter une meilleure transformation des relations Sino-africaines - si les relations demeurent uniquement au niveau des dirigeants politiques, le continent en bénéficiera très peu. Ainsi, le fait de lier les OSC, les universitaires, les experts et autres contribuera à nourrir les relations dans l’intérêt de tous.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que la société civile Africaine pourrait améliorer les opportunités et minimiser les risques d’une relation chinoise avec l'Afrique ?
Charles Mutasa: Au niveau sous-régional, les OSC doivent utiliser diverses plates-formes (ECOSOCC, NEPAD, UNECA, syndicats, mouvements féminins et le Parlement Pan Africain) pour engager le leadership Africain et le conseiller au mieux à l’avenir. L’UA doit avoir une approche continentale qui guide les engagements des Etats avec la Chine – cette approche doit être stratégique et basée sur l'avantage comparatif. L'utilisation de la recherche, du plaidoyer et des médias aidera dans ce cas. L'exposition et le fait de pointer du doigt et de dénoncer certaines pratiques pourraient aider à améliorer la situation. Au niveau national, des débats ouverts et transparents entre les représentants de chaque Etat et l'évaluation des projets et des affaires seraient utile.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que les organisations de la société civile Africaines et Chinoises, les universitaires et les chercheurs pourraient développer une alliance pour augmenter les opportunités pour les communautés en Afrique et en Chine?
Charles Mutasa: Il est nécessaire d'avoir des programmes d’échange entre les ONG Chinoises et Africaines; la promotion de rencontres sportives, de compétitions et d’activités culturelles; des partenariats entre universités; des activités de terrain communes sur les projets; des réunions annuelles et événements Sino-africains annexes.
‘Pambazuka News’: Au sortir de la réunion de Shanghai, quels sont les résultats concrets que vous souhaitez mettre en oeuvre ou auxquels vous souhaitez participer?
Charles Mutasa: Aux programmes d’échange entre la Chine et les ONG Africaines, aux activités de terrain communes sur les projets et aux activités de recherches et de plaidoyer.
Interview avec Antony Otieno Ong'ayo, de l’Institut Transnational des Pays-Bas. Pays d'Origine: Kenya
‘Pambazuka News’: Pourquoi estimez-vous qu'une réunion des acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois est importante en ce moment?
Antony Otieno Ong’ayo: La réunion a amélioré la connaissance des ONG en terme de questions politique, de législation et de politique nationale adaptées à leurs secteurs respectifs d'engagement, ainsi qu’en terme de ressources appropriées de partage de connaissances (cela implique le partage d'exemples, d’expériences et de leçons avec des pairs.‘Pambazuka News’: Quelles sont vos réflexions clefs sur les relations Sino-africaines au sortir de la rencontre sur la Chine en Afrique?
Antony Otieno Ong’ayo: La nécessité d’avoir des partenariats et des programmes axés sur l'étude de moyens permettant aux OSC de mieux exploiter les acquis pour influencer le processus des politiques, améliorant les activités de communication et d'information. La nécessité pour les ONG Chinoises et Africaines de bénéficier de nouvelles circonstances et de s’orienter vers l’utilisation de la technologie interactive étant donné que la technologie n'est pas seulement un outil, mais une partie d'un processus co-évolutionnaire qui façonne les formes et les pratiques organisationnelles. La nécessité d'avoir accès à une information correcte de l’Etat comme un moyen d’identifier les questions à soulever.‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que la société civile Africaine pourrait améliorer les opportunités et minimiser les risques d’une relation chinoise avec l'Afrique ?
Antony Otieno Ong’ayo: Engagement dans la transformation de l'espace politique national, international et transnational. Le besoin de consultations au niveau des différentes régions géographiques des pays en voie de développement pour mieux comprendre le rôle que les OSC jouent actuellement dans l'utilisation des acquis pour promouvoir les politiques et pratiques de développement et explorer ce qu'elles ont à améliorer.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que les organisations de la société civile Africaines et Chinoises, les universitaires et les chercheurs pourraient développer une alliance pour augmenter les opportunités pour les communautés en Afrique et en Chine?
Antony Otieno Ong’ayo: Travailler ensemble pour dégager des idées utiles à l’amélioration des pratiques. Identifiez les opportunités de collaboration à petite échelle et de programmes d’échange (au niveau de la capacité de consultation institutionnelle, organisationnelle et individuelle).
‘Pambazuka News’: Au sortir de la réunion de Shanghai, quels sont les résultats concrets que vous souhaitez mettre en oeuvre ou auxquels vous souhaitez participer?
Antony Otieno Ong’ayo: A l’entreprise de la recherche dans n'importe quel secteur des relations Chine-Afrique ; à l'impact de l'investissement chinois à partir de perspectives diverses, particulièrement sur les questions concernant le travail et les droits de l'homme ; à l'impact sur la question politique entre les Etats Africains, aux textes destinés à la publication en Chine et en Afrique (pour ‘China Development Brief’ et Pambazuka si les structures pour de telles contributions sont créées).
Il est nécessaire d’avoir un autre forum où les problèmes concrets pourraient être traités en guise de suivi de la rencontre de Shanghai. À cette réunion, des mesures concrètes et des structures d'action pourraient être élaborées afin que des objectifs clairs et un plan d'action puissent être établis pour aider à atteindre de tels objectifs. Ils pourraient inclure des activités communes (recherche, enquêtes, mais aussi partage d’expériences et d'informations qui pourraient être documentées et partagées entre les ONG en Chine et en Afrique).
Quelques recommandations de politiques pourraient être développées pour leur utilisation dans le cadre du processus de dialogue entre les Etats chinois et africains sur des questions spécifiques qui sont la préoccupation majeure de la société civile dans les deux continents. Une structure de dialogue pourrait aussi être mise en place afin que les participants aux relations Chine-Afrique puissent s'engager avec les Etats Africains et Chinois, les investisseurs et établissements financiers concernés en vue de constituer une voix alternative pouvant influencer les politiques dans l’intérêt des communautés qui sont affectées soit par les politiques économiques ou politiques appliquées dans le cadre des relations Sino-Africaines.
* Hakima Abbas est Analyste Politique de l’UA pour le Fahamu
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 306. Voir :
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceLa diaspora doit jouer un rôle stratégique dans le Grand débat sur la marche vers une Union des Etats Africains et la réalisation effective de ce projet. Lors du débat de la société civile continentale, certains n’ont pas manqué de rappeler que des éminents membres de la diaspora ont été, tels William Dubois, Marcus Garvey, ont été parmi les plus virulents chantres de l’unification de l’Afrique et des Africains vivant sur le continent et ailleurs,il y a de cela plusieurs décennies.
Professeur Atukwei Okai, écrivain et poète, Secrétaire Général, de l’Association des Ecrivains Panafricaniste, estime que «c’est l’unique bénédiction dont les Africains de par leur histoire doivent profiter».
Pour lire la suite, aller à :
Tagged under PanafricanismeBasil Okafor propose que l'on décale d’au moins cinq ans le sommet de l’Union Africaine sur la question des Etats-Unis d'Afrique, le temps que le peuple en débatte. Il importe selon lui que nous, les Africains Noirs, donnions nos instructions aux présidents de l’Union Africaine sur comment voter, examinons les mobiles, les objectifs, les commanditaires – apparents et dissimulés – les modalités et la faisabilité de ce USAfrica. Sondage à l'appui, il démontre que l'Afrique n'est pas encore prête pour ce grand saut.
Au cours des pratiquement cinq décennies qui se sont écoulées depuis la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), nombre d’Africains ont constamment appelé à la constitution de liens plus étroits entre les États du continent. Après 38 ans et le sentiment d’avoir atteint son but premier, à savoir la libération africaine le 15 octobre 2001, l’OUA qui regroupe 53 États s’est transformée en une Union Africaine afin de conférer ostensiblement à l’organisation davantage de poids politique et économique, premier pas vers davantage d’intégration et d’unité continentales.
Dans la poursuite de cet idéal, certains suggèrent d’employer le prochain sommet de l’Union Africaine de juillet 2007, pour placer la barre encore plus haut. Les partisans de la nouvelle entreprise continentale entendent promouvoir les «États-Unis d’Afrique» lors de la rencontre d’Accra. Si les pourvoyeurs de ce concept ont les mains libres, avec cette ré-organisation, le continent entier se fondrait en une seule nation, avec une armée, une monnaie (sur le mode de l’Union européenne) et la libre circulation des personnes et des biens, sans plus de frontières, telles qu’elles existent aujourd’hui.
Il est clair que l’idée d’«États-Unis d’Afrique» fait écho aux aspirations des Africains de partout (sur le continent comme dans la diaspora) qui veulent une Afrique meilleure. Et comme on pouvait s’y attendre la décision de promouvoir les États-Unis d’Afrique au sommet de juillet a suscité des réponses enthousiastes du public panafricain.
Mais il n’est pas sans intérêt de noter les différences de tons parmi les réponses. Notamment, au cours des dix premiers jours de février qui ont fait suite à l’annonce le 31 janvier 2007 de la décision de l’Union Africaine, les Africains se sont exprimés dans le Forum de la BBC sur le sujet : «Est-ce que l’Unité africaine est un rêve qui mérite d’être poursuivi ?»
En fait, sur les 32 contributeurs, aucun n’était opposé en soi à l’unification. Néanmoins, ils se répartissaient dans trois catégories par leurs attitudes et leurs attentes, à savoir :
(A) Les fervents (12), qui aspirent tellement à l’unification, qu’ils semblent aveugles, ou indifférents aux mines posées sur le chemin qui y mène;
(B) Les sceptiques (5), qui pour diverses raisons ne pensent pas que l’unification peut se concrétiser, et l’écartent comme un mirage ;
(C) Les prudents (16), qui veulent l’unification, mais pointent les problèmes sérieux qui doivent être réglés pour que l’unification puisse réussir l’indépendances pour tous les pays du continent et la chute de l’apartheid en Afrique du Sud.Les 32 participants au forum écrivaient : des USA 8 ; du Soudan 6 ; du Royaume-Uni 4 ; de l’Ouganda 2 ; du Ghana 2, de la Tanzanie 2 ; et 1 de chacun des pays suivants, Côte d’Ivoire, Canada, Cameroun, Liberia, Maroc, Niger, Nigeria et Seychelles.
Il est significatif que les deux-tiers des contributeurs aient attiré l’attention sur les obstacles à la réussite de l’unification. Et encore plus significatif que chacun des Soudanais ait mis l’accent sur certains obstacles à vaincre. …Le Soudan est le pays où la tentative d’unir Arabes et Noirs dans un État a causé une guerre raciale âpre de plus de cinquante ans.
Peut-être que le reste de l’Afrique noire a beaucoup à apprendre du Soudan. Le Soudan est une expérimentation de l’unification afro-arabe : et son expérience laisse mal augurer du projet USAfrica.
Une question-clef soulevée par les deux-tiers de la majorité des contributeurs sceptiques et/ou prudents, est celle de l’IDENTITE.
Les questions qu’ils veulent voir traitées sont les suivantes :
- Qui est un Africain ?
- Les Arabes dans le nord de l’Afrique s’identifient-ils avec les Africains Noirs ou avec leurs amis et parents en Arabie et au Moyen-Orient ?Les autres obstacles qui ont été soulevés par rapport à cette idée d’USAfrica ont trait :
- au déterminisme de la couleur : ce mépris arabe bien ancré pour les Noirs ;
- au conflit entre Pan-Arabisme et Pan-Africanisme et aux ambitions arabes d’imposer
l’Islam aux Africains et d’arabiser l’Afrique noire.Quels seront les principes que ces USAfrica suivront ? Seront-ils chrétiens, musulmans, ou autres ?
Est-ce que les Musulmans accepteront d’être gouvernés par des Non-musulmans dans les USAfrica ?
Comment seront levés les obstacles à l’unification, parmi lesquels la tyrannie, le tribalisme, la méfiance réciproque et la corruption ?Clement Kuol Biong écrit de Mahe aux Seychelles : «Un Soudanais vétéran de la politique a comparé le gouvernement de l’Union Socialiste Soudanaise de Jafaar Numeiri à l’ombre d’un arbre où se retrouvent ceux venus juste partager l’ombrage, mais où ce que chacun pense n’est pas forcément identique. Dans ces conditions, comment l’Afrique peut-elle être unie quand nous sommes encore divisés par le tribalisme et qu’aucun leader africain n’est même intéressé à unir son propre peuple ? Comment le rêve de l’unité africaine peut-il devenir réalité quand divers groupes à l’intérieur de l’union Africaine ont des agendas cachés ? Le rêve des Arabes se poursuit, d’imposer de force la culture islamique aux masses africaines, une pratique en ce moment-même en vigueur au Soudan».
Atina Ndindeng, de Manchester en Angleterre, résume: «L’unité africaine n’est qu’un mirage du fait de l’avidité, de la malhonnêteté et de la corruption qui règne parmi les dirigeants que nous tenions en haute estime et qui devaient montrer l’exemple, mais ce sont tous des ratés et des démagogues politiques. Honte à la plupart des chefs d’État africains.»
De leur côté, les fervents qui constituent un tiers des contributeurs, font reposer leur espoir sur le rêve que, «l’Afrique Unie sera une superpuissance verte opposée à la superpuissance militaire et sera finalement un joueur-clef à la table des affaires du monde plutôt qu’un mendiant.»
Et ainsi que l’indique Mark Wood, le co-fondateur de USA4USAfrica, de Greenwood
California, «Un États-Unis d’Afrique peut empêcher l’apocalypse qui s’annonce à l’horizon si l’unification ne se fait pas MAINENANT !»Mais que peut apporter de bon une quelconque Superpuissance Verte (si une telle utopie est possible pour une Afrique unie) sans une force militaire, ne serait-ce que pour défendre ses terres arables des envahisseurs voleurs que le continent a connu depuis que les Arabes ont conquis et colonisé l’Afrique du Nord entre 640 ET 14OO AD ?
Certains des instigateurs de USAfrica voient leur projet comme s l’affaire était déjà faite. Ils insistent sur le fait que malgré les avis contraires, «l’Afrique va s’unir, en tant que nation. Et qu’en fait, ça se fera en juillet au prochain sommet de l’Union Africaine au Ghana.»
Ils maintiennent que «le cours de l’histoire» ne peut plus être infléchi, que l’unification de l’Afrique est indéniablement en mouvement… que tous les arguments qui s’opposent à une Afrique unie sont désactivés à ce stade, car les Africains ont décidé qu’ils allaient s’unir et établir les détails d’une position pour l’union par opposition à une position de division.
Ces promoteurs ont déjà dessiné un drapeau pour USAfrica et choisi pour nous sont premier président : «Notre mandat c’est qu’en 2007 l’Union Africaine forme officiellement un États-Unis d’Afrique, avec pour premier président le Secrétaire général sortant des Nations Unies Kofi Annan (dont le mandat a expiré le 31 décembre 2006), installé à la manière dont le fut le premier président des États-Unis d’Amérique George Washington, par la volonté de Dieu». Les instigateurs de ce projet voient ça comme si tout ce qui leur incombait, c’était de faire la propagande et de nous manipuler comme des moutons pour que nous marchions.
Comment ? Selon eux :
1. «En organisant des meetings dans les Mairies pour obtenir le soutien public pour la
Fédération et collecter des idées sur comment la créer. Les meetings avec les mairies devraient rapidement démarrer en Afrique et hors d’Afrique. Des suggestions sur comment implanter le Gouvernement de l’Union continental (États-Unis d’Afrique) doivent en ressortir. Il ne s’agit pas de discuter sur le projet de fédération, mais sur les modalités de sa mise en place.»
2. «Recrutement de célébrités pour rallier la cause, et soutenir et parler des États-Unis
d’Afrique. Aux USA, recruter Oprah, Obama, Angelina Jolie, Danny Glover.»
3. Contacter «les super-stars du hip-hop pour mobiliser pour les États-Unis d’Afrique.»En procédant sans un mandat connu et public des peuples d’Afrique et, en particulier, en n’attirant l’attention que sur ce qu’ils considèrent naïvement comme les bénéfices potentiels de USAfrica, et en essayant de restreindre leurs discussions de mairies uniquement aux modalités de mise en place, ces promoteurs agissent comme des vendeurs de voitures rôdés, qui ne veulent pas que le client pose des questions embarrassantes sur les défauts de la voiture.
Mais quoi qu’il en soit, les questions soulevées par les sceptiques et les prudents qui constituent une majorité des deux-tiers des intervenants du forum de la BBC, suggèrent que le temps est venu pour les Africains noirs d’ouvrir les yeux et de faire l’effort de penser et de après s’interroger –en répondant honnêtement – sur les questions difficiles que nous avons évitées pendant 50 ans sur le bon sens qu’il peut ou non y avoir, à unifier Africains noirs et Arabes dans un gouvernement continental.
Par exemple, ?en quoi un USAfrica est-il nécessaire ?
- Pour l’Afrique noire, quels problèmes va-t-il pouvoir résoudre de plus que l’OUA et l’Union Africaine ?
- Quels sont les parrains réels du projet USAfrica et quel est leur agenda caché ?Les commentaires du forum indiquent que beaucoup d’Africains noirs ordinaires font cet effort de penser. Les présidents de l’Union Africaine feraient bien d’en faire autant, et de le montrer. Ils ne devraient pas se précipiter pour mettre en œuvre ce projet louche avant d’avoir, avec le public, examiner tout ça de la manière la plus détaillée qui soit. Il n’y a pas eu de débat populaire avant la formation de l’Union Africaine et l’adoption du NEPAD par les présidents africains. Y aura-t-il une discussion populaire libre et entière sur ce sujet avant que d’aller plus loin ans ce projet d’USAfrica ?
Les promoteurs, connus et non-connus, de ce USAfrica, le permettront-ils ?
Indépendamment des instigateurs du projet, débattons en tous, débattons de chaque aspect du projet, et pas seulement de comment le réaliser. Débattons tous des avantages et inconvénients d’un gouvernement continental, et faisons le au cours des cinq prochaines années, ou jusqu’à ce que nous parvenions à un consensus éclairé. Débattons à la lumière de l’expérience des Noirs au Soudan, en Mauritanie et dans le reste des régions limitrophes afro-arabes. Et également à la lumière des quatre décennies de l’OUA/UA.Décalons donc d’au moins cinq ans le sommet de l’Union Africaine sur la question, le temps que le peuple en débatte. Avant que nous, les Africains noirs, donnions nos instructions aux présidents de l’Union Africaine sur comment voter, examinons les mobiles, les objectifs, les commanditaires – apparents et dissimulés – les modalités et la faisabilité de ce USAfrica, et ceci dans l’optique de ce dont l’Afrique noire a besoin pour survivre et prospérer dans ce siècle.
Ainsi que l’a exprimé succinctement Abednego Majack, un contributeur de Rumbek, au Soudan – la prudence doit être notre maître-mot : « États-Unis d’Afrique », certes l’expression sonne bien mais la question est, est-ce que nous nous percevons comme Africains, indépendamment de nos frontières coloniales, de nos religions, de nos groupements régionaux » ?
«L’Union Africaine doit prendre les choses très au sérieux pour pouvoir rendre attrayante l’unité africaine, sinon, le continent demeurera coupé en deux, l’Afrique sub-saharienne et l’Afrique du nord et les problèmes se développeront le long de cette ligne de faille. »
Avant que ce rêve d’union continentale ne tourne au cauchemar pour nous et nos
descendants, examinons ses conséquences probables pour nous, Africains noirs.Comme ils le disent, prévenir vaut mieux que guérir !
* Basil Okafor est
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Tagged under GouvernanceL'idée des Etats-Unis d’Afrique est le résultat de la vision de l’unité panafricaine. Gichinga Ndirangu présente le cas pour les Etats-Unis d'Afrique et indique certaines pierres d'achoppement majeures qui doivent être surmontées avant que le rêve d'une Afrique unie de Nkrumah ne devienne une réalité.
Au prochain sommet de l’Union Africaine qui se tiendra à Accra au Ghana, une proposition cherchant à établir un gouvernement d’union continental sera débattue. Accra est symbolique, sinon l'hôte significatif pour ce débat.
C'était là que le père fondateur du Ghana, Dr Kwame Nkrumah, lança pour la première fois son exhortation célèbre pour l'unité panafricaine et dit que l'indépendance du Ghana signifiait peu tant que le continent entier n’était pas libéré. C'était l'avis de Nkrumah qu'en l’absence d’un front uni commun, l'Afrique resterait enchaînée par le néocolonialisme.
C'était la période précédant le ré lancement de l’Union Africaine en 2002 qui a été témoin du débat renouvelé sur l'unité panafricaine. L'homme fort de la Libye, Muammar Gaddafi, alors un opposant coriace de l'impérialisme occidental, défia les leaders africains de s'unir d’un commun accord pour planifier leur destin commun sans être enchaînés par l'Occident. Gaddafi a encouragé le commerce accru parmi les Africains, la création d'institutions continentales communes incluant un gouvernement fédéral et la libre circulation des personnes à travers les frontières. Lors de son ré-lancement à Durban, l’Union Africaine prit les rênes des mains de la Libye en réaffirmant son engagement envers la vision pan africaine sans toutefois mettre en place une stratégie spécifique.
Le leadership de certains dirigeants clefs du continent – Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria, Bouteflika d'Algérie et Abdoulaye Wade du Sénégal – préféra créer à sa place le Nouveau Partenariat pour le Développement Africain (NEPAD), que l'on a vu comme une tentative de développer une structure de politique vers une vision unifiée sur le développement de l'Afrique et soutenir, en partie, le panafricanisme.
La vision du NEPAD s’est avérée être limitée se préoccupant plus de la mobilisation de ressources que de la vision de cohésion sociale et politique de l'Afrique. Pourtant l'offre pour cette année d'un gouvernement d’union revisite les tentatives de consolider l'intégration politique, sociale et économique panafricaine et établit des points de référence importants dans la disposition d'une vision renouvelée pour l'unité continentale.
L'espoir, quoique non assuré, à travers l'Afrique, est que le débat de cette année déplacera la vision panafricaine de Nkrumah au-delà de sa stagnation de cinquante ans. Il n'y a aucun doute que c'est un débat dont le temps est venu, même si ce ne serait pas parce que la proposition d’un gouvernement d’union réaffirme finalement la quête d'unir les peuples de l'Afrique à travers un fil commun de valeurs partagées et un but commun.
Dans ce débat, il y a beaucoup de voix critiques qui revendiquent l'idée d'une unité africaine, mais avisent que l'heure du fédéralisme panafricain n’est pas encore venue. De plus, l'ardeur des Afro pessimistes dans les rangs de l’Union Africaine est conduite par la volonté de consolider la souveraineté nationale et l'hégémonie régionale plutôt qu'un rejet complet de la vision panafricaine.
Tandis que les espoirs sont hauts, il faudra du temps et des efforts pour atteindre un consensus sur cette proposition à cause de la disparité des positions aussi bien que des fortes demandes qui seront placées sur chaque État pour réaliser un gouvernement d’union. La proposition AU veut que le gouvernement d’union prenne la forme d’une entente transitoire précédant l'intégration politique complète sous la bannière des « Etats-Unis d'Afrique ».
Cette entente transitoire implique que la réalisation de la vision panafricaine demandera plus de travail, de consultation et de conviction. Même alors, la vision transitoire est hardie dans son intention et prévoit l'établissement de systèmes parlementaires et juridiques, des institutions financières continentales communes et des politiques monétaires et des procédures standardisées, entre autres. C’est sur ces propositions préliminaires que l'on fera appel aux leaders de l'Afrique à se concentrer et réfléchir au sommet d’Accra en juin.
Après beaucoup d'années de conflits fratricides intra et inter états, le besoin d’exploiter le potentiel de l'Afrique autour d'une unité de but est un impératif nécessaire. Au cœur de cela, l'offre d'un gouvernement d’union doit être orientée vers la transformation de l'Afrique par la création de stratégies bien pensées qui promeuvent l'intégration et non l'isolement ou la balkanisation de n'importe quel pays ou région.
La proposition devrait être utilisée pour catalyser une politique de développement et des programmes qui soient centrés sur les peuples et enracinés dans les meilleures traditions, cultures et valeurs africaines. L'idéal d'une Afrique centrée sur le peuple et unie est celui qui doit être le bienvenu et promu. C'est aussi un préalable dans un monde de plus en plus mondialisé qui a démontré la valeur qui réside dans la consolidation des intérêts partagés et que ceux-ci mènent à la formulation des politiques et leur mise en œuvre.
Non limitée à l’union politique, l'offre d'un gouvernement d’union s’impliquera aussi dans les concepts et les faits d'intégration économique potentielle. Le colonialisme a légué sur la plupart des états africains l'inégalité économique et l'injustice sociale qui ont étouffé l'intégration des économies d'Afrique au marché mondial. Le commerce interafricain a été restreint par une politique inadéquate et l'appui institutionnel aux niveaux nationaux et régionaux ainsi que la limitation structurelle interne qui ont réduit la portée de l’exploitation des opportunités économiques du continent dans toute sa potentialité.
Tandis que l'intégration économique a été une priorité clef mais élusive pour le leadership de l'Afrique depuis le début des indépendances politiques, ce qui avait manqué c’était le travail de mains pour prendre ce but au-delà de la sphère de la conjecture et l'optimisme. En 1963, l'Organisation de l’Unité Africaine a dévoilé sa proposition d'établir un marché commun africain continental que l’on attendait s'unir dans une communauté panafricaine tirant les sphères économiques, sociales et politiques. Le plan d’action de Lagos et le traité d’Abuja en 1991 qui ont établi ensemble la Communauté Economique Africaine (CEA) avaient parlé de la nécessité d’une telle union économique africaine. Alors que cette ambition n’a pas encore atteint sa pleine maturité, l’Union Africaine continue à prendre soin des diverses Communautés Economiques Régionales (CER) comme des composantes essentielles dans sa quête de l’union économique continental.
Encore dans l'entente actuelle, il se trouve le souci que l'Afrique s’engage dans des négociations d’agréments commerciaux multiples, qui risquent de saper ses propres priorités de développement. La vue commune est qu'il y a une portée limitée pour exploiter judicieusement le potentiel d'intégration régionale et que de nouvelles concessions sont accordées par les partenaires commerciaux de l'Afrique.
Les vues de l’Union Africaine approfondissent l’intégration économique régionale comme un pilier important dans la transformation structurelle de l'Afrique. Étant donné la complexité de l’intégration régionale en Afrique, il y a le souci partagé selon lequel un accent excessif sur la libéralisation commerciale aux négociations en cours avec l'Union Européenne (l'UE) et d'autres puissances commerciales pourrait anéantir précipitamment plutôt que consolider l'intégration économique.
La vérité est que cette libéralisation commerciale et les échanges commerciaux ne sont pas une fin en eux-mêmes, mais un moyen d'aider le continent à répondre à ses défis du développement. Les négociations commerciales en cours entre des pays africains et l'UE ont montré la complexité de consolider les liens économiques parmi les pays africains qui subissent déjà des pressions dans les négociations avec l'UE sous de nouvelles configurations à l'extérieur de leurs groupements économiques naturels et traditionnels.
Les régions actuellement en pourparlers avec l'UE ont été sévèrement perturbées par leur adhésion à différentes configurations de négociation. En conséquence, il y a un risque de pays entreprenant des engagements commerciaux avec l'UE au détriment de leurs partenaires commerciaux traditionnels avec qui ils peuvent avoir des accords différents au niveau régional.
Dans la nouvelle dispense économique mondiale d'aujourd'hui, il y a peu d'alternatives à l'intégration économique comme une stratégie dans la promotion du développement socio-économique durable. Il est évident que seulement en serrant les rangs dans les structures d'initiatives de niveau continental comme la Communauté Économique africaine et l’Union Africaine, l'Afrique peut éviter une marginalisation plus prononcée.
La proposition d’union reconnaît que certains gouvernements africains ont fait des efforts décidés vers la consolidation de blocs économiques régionaux avec l'appui actif de l'UA. Mais l'histoire de consolider l'unité continentale est limitée par beaucoup de facteurs incluant le manque de volonté politique, la prise de conscience limitée parmi un grand segment de la population de l'Afrique et la dépendance accrue à l'aide externe.
L'Union Africaine doit donc travailler à la fourniture d'une structure appropriée, qui renforce le partenariat entre des gouvernements nationaux, les représentants des peuples, la société civile et d'autres participants vers la promotion du développement économique et social du continent.
D’une part un gouvernement d’union garantira les intérêts du continent et d’autre part il affirmera son rôle dans les affaires mondiales tout en se fondant sur la capacité collective du continent d’influencer celles-ci depuis une position de force et d'unité. Mais, la proposition actuelle pourrait faire halte dans ses traces si le débat est simplement limité aux halls sanctifiés de l’Union Africaine sans participation active des peuples africains.
Depuis 2002, l'UA a renouvelé l'élan vers des structures de gouvernance plus efficaces et responsables.
Le prochain défi auquel il faut faire face dans la consolidation de l'unité continentale, doit impliquer la mise en place d’efforts concertés au niveau national pour développer des institutions et des processus qui puissent promouvoir la nouvelle architecture continentale souhaitée et qui soit enracinée dans la participation des populations.
Le débat doit inclure les voix et les perspectives d'une vaste gamme de populations africaines à travers la participation d'institutions clefs comme les parlements nationaux et régionaux, des organisations de société civiles et les médias. Cette participation élargira et approfondira le débat qui sera en fin de compte africain.
* Gichinga Ndirangu est consultant Kenyan.
* Commentaires à envoyer à ou en ligne en visitant le site www.pambazuka.org
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 298.
Voir :Tagged under GouvernanceDans le processus de mise en place du gouvernement de l’Union africaine, les chefs d’Etat ont voulu rendre l’initiative populaire. Des consultations directes avec des secteurs représentatifs de l’opinion publique étaient prévues au niveau de chaque pays. Il était aussi question de permettre aux populations africains d’entrer dans le débat à travers le site web de l’Union africaine. La première option n’a pas fait recette (voir « La société civile trace un chemin aux Etats»), la seconde a avorté.
Pour se prononcer sur le Gouvernement de l’Union, toute personne le désirant devait pouvoir poster ses idées à l’adresse [email][email protected] Mais à la veille de l’ouverture du 9e Sommet d’Accr,a où cette idée de gouvernement fédéral demeure la question principale à l’ordre du jour, cet espace réservé sur le site de l’Ua est vide. Impossible d’y accéder. Bien avant que de naître, les «Etats Unis d’Afrique» vivent leur première carence technologique.
Tagged under GouvernanceYoussou Ndour a annoncé hier sa candidature au poste de Premier ministre du futur Gouvernement africain. L'annonce a été faite, tard dans la soirée au cours d'un concert à l'Université cheikh Anta Diop de Dakar, devant des milliers d'étudiants. Plus qu'un symbole, cette décision traduit l'engagement d'un homme qui a compris que l'avenir du continent africain se dessine à l'occasion du Sommet de l'Union Africaine.
Tagged under GouvernanceObjectif : le prochain sommet d’Accra. En ligne de mire : l’Occident
La tournée ouest-africaine de Mouammar Kadhafi se transforme peu à peu en grande campagne de mobilisation, pour préparer le Sommet de l’Union Africaine qui a lieu dimanche 1er juillet à Accra, au Ghana. Le guide de la Révolution libyenne entend y faire adopter sa vision d’un Etat africain uni.Tagged under GouvernanceLe dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, en visite à Abidjan, a appelé mercredi soir les Africains à s'unir pour résister à l'Occident lors du prochain sommet de l'Union africaine à Accra. "Nous devons construire un Etat puissant, un seul gouvernement africain, une seule armée d’un effectif de 2 millions de soldats, une seule monnaie, une identité africaine, un seul passeport", a lancé M. Kadhafi.
Tagged under GouvernanceOn reparle d’un gouvernement pour le continent. Mais, bien d’obstacles restent à lever. Le prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (Ua) se tient du 1er au 3 juillet à Accra, au Ghana. Une fois n’est pas coutume, ce sommet aura un ordre du jour unique et portera sur la construction des Etats-Unis d’Afrique. On annonce un tournant dans l’histoire politique de l’Afrique.
Tagged under GouvernanceLe président nigérian Umaru Yar'Adua devrait rencontrer mardi les leaders des principaux partis d'opposition du pays pour évoquer la formation d'un gouvernement d'unité. Le président, dont l'élection est contestée par le parti populaire du Nigéria (ANPP) et l'Action Congrès (AC), a indiqué que le gouvernement d'unité proposé accorderait des postes ministériels aux partis d'opposition afin d'être un gouvernement d'unité nationale.
Tagged under GouvernanceLes travaux de la 14ème session du Comité des Représentants Permanents (COREP), prévus pour prendre fin mardi, se poursuivent encore à huis clos, à Accra le capitale ghanéenne ou différents points inscrits à son ordre du jour sont examinés avec les soins requis par les ambassadeurs, a constate APA mercredi. La longueur des débats et leur prolongation traduisent l’importance des questions abordées.
Tagged under GouvernanceLa capitale ghanéenne, redevenue le centre névralgique de l’Afrique, voit affluer des milliers de participants venus assister à l’évènement phare du lancement, début juillet du projet politique de Gouvernement d’Union de l’Afrique. Les signes d’hospitalité se multiplient et les assauts d’amabilité se manifestent à l’approche de la rencontre au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, lointains successeurs des pères fondateurs de l’unité africaine.
Tagged under Panafricanisme GhanaExiste-t-il un lien entre la langue, le statut d’esclavage, de dépendance ou de liberté d’un peuple et sa capacité de développement politique, économique, militaire ou culturelle ? Quelle est l’expérience acquise par les pays africains après les indépendances politiques jusqu’en cette année 2006, année des langues africaines ? Le Prince Kum’a Ndumbe III s'en explique dans cet article et présente en même temps les méthodes d’approche que la fondation AfricAvenir a essayé de mettre en application pour contribuer à clarifier le rapport entre langue et développement dans la conscience des populations et des décideurs.
1- Langue, pensée et situation coloniale
Langue et articulation de la pensée
Quand un enfant naît et que sa langue reste « attachée ou comme collée », tant que cette langue n’est pas déliée, l’enfant ne parviendra pas à articuler correctement la parole. L’organe qui nous permet de moduler les sons de notre parole, qui nous permet d’articuler les mots que nous voulons prononcer, cet organe lui-même doit impérativement être libre pour remplir sa mission d’articulation de notre parole. Si cette libération de langue ne s’opère pas, alors nous restons handicapés pour la vie. Dans ma tradition duala, on procède assez tôt à cette opération bénigne, et quand on veut qu’un enfant devienne particulièrement éloquent plus tard, il est de tradition qu’on lui casse une noix spéciale dans sa bouche de bébé (ba bo mo kasso o mudumbu).
La langue que nous utilisons nous permet d’articuler notre pensée, nos entiments, notre foi, nos rêves, notre vision du monde. C’est la langue qui nous permet de dire notre quotidien, d’interpeller notre passé, de projeter notre futur, c’est elle qui nous permet d’articuler la pensée créée. Or la pensée est porteuse de développement ou de régression.
C’est grâce à la création de la pensée et à sa mise en application pratique, technique ou technologique que les réalisations se font, que des acquis sont conservés, que les mutations initiées s’opèrent, que les prévisions et les probabilités sont programmés, que les dangers éventuels sont prévenus. Mais c’est aussi grâce à la pensée que la haine est matérialisée, que les destructions et les guerres se font. La pensée et son articulation sont donc au centre de notre existence humaine, elles déterminent la qualité et le rythme de notre progression sur terre.
L’expérience coloniale des pays africains a mis un frein déterminant dans l’articulation de la pensée collective des peuples africains. En imposant la langue du colonisateur comme seule langue officiellement reconnue, en rejetant les langues africaines dans le domaine folklorique de « langues vernaculaires » ou « patois », la pensée elle-même pouvait continuer à s’articuler au niveau de chaque individu dans son « patois » non reconnu et marginalisé. Mais l’articulation collective de la pensée d’un peuple africain donné ne pouvait plus s’identifier à cette pensée transportée par la langue officielle du colonisateur. Dans la rencontre entre l’Europe et l’Afrique sur terre fricaine, l’articulation de la pensée devenait ainsi subitement une question de pouvoir politique.
Le choc des rencontres dans le contexte colonial africain ne
put admettre de compromis dans l’articulation de la pensée. La langue du colon s’arrogeant l’exclusivité dans la vie publique en terre coloniale, la pensée exprimée en langue africaine autochtone devenait marginalisée, elle reçut l’étiquette de pensée primitive, barbare, arriérée, incapable d’esprit scientifique, incapable d’apporter progrès ou développement. Le savoir
véhiculé par les langues africaines reçut ainsi le qualificatif de non-savoir par le maître colonial. Dans la réalité, une pensée qui s’exprimait dans la langue africaine portait un caractère subversif, elle ne pouvait être ni comprise, contrôlée, ni maîtrisée par le maître colonial et devait être combattue et réduite au silence.Or, les populations africaines n’ont pas arrêté de penser et d’articuler leurs pensées dans leurs propres langues, malgré la présence du colonisateur. Mais comme ces populations ont vécu en peuples vaincus, dominés et dont les territoires sont demeurés occupés militairement souvent pendant plus d’un siècle, tout support public fut supprimé à l’articulation de ces pensées qui sont devenues comme inexistantes dans tout espace public, à savoir dans l’administration, l’école, les médias, et dans une certaine mesure dans les églises, etc.
Langue et transformations en période postcoloniale
Les Africains eux-mêmes qui passeront par le filtre de l’administration, de l’école, des séminaires de l’église, oui les Africains qui n’auront plus d’autres sources d’informations que les médias s’articulant dans la langue du colonisateur, finiront par être convaincus que l’Afrique n’aurait pas produit de pensée originale digne de progrès et de développement, que la pensée qui mène au progrès ne saurait s’articuler que dans la langue du colonisateur
européen.Ce sont ces Africains qui prendront le pouvoir dans les pays africains après les indépendances des années soixante et soixante dix. Ils continueront l’application de l’œuvre coloniale en imposant à la population africaine l’articulation de la pensée dans la langue de l’ancien colonisateur. Malgré l’indépendance formelle que les pays asiatiques aussi ont acquise, la pensée en Afrique demeurera coloniale dans l’articulation linguistique de son expression. La pensée dans le domaine public africain demeurera donc embrigadée dans les normes de la langue européenne, dans les structures de diffusion de la pensée prévues par ces langues des métropoles européennes.
Or pour ces mêmes métropoles européennes, l’Afrique n’est qu’un continent en marge, un continent de la périphérie, un élément très secondaire dans la stratégie globale du partage du pouvoir dans le monde. Dans cette stratégie, l’Afrique doit être sévèrement contenue dans la marginalisation, contrôlée, affaiblie, dominée, pour que les vainqueurs de la mondialisation continuent à y puiser ce dont ils ont besoin pour asseoir leur pouvoir et leur suprématie mondialisée.
Les populations africaines, continuant dans leur écrasante majorité à vivre au quotidien avec leurs langues privées de support de communication et de supports administratifs, ne savent même pas vraiment dans quels jeux stratégiques elles sont embarquées, demeurent pour la plupart ignorantes des concepts, discours, programmes élaborés pour elles, aussi bien au niveau national que mondial. Ces populations demeurent dans un état de dépendance paternaliste, elles ne conçoivent pas, elles n’ont même pas accès au débat sur le sort qui leur
est réservé dans la grille de la compétition mondialisée.La langue officielle du domaine public fonctionne comme une barrière insurmontable pour ces populations africaines qui, dans une erreur fatale, ont parfois fini par intérioriser que tous ces discours dans la langue du blanc qu’elles ne comprennent qu’approximativement ne les concernaient pas, que l’élite africaine au pouvoir et les organisations internationales scellaient le sort des populations qui n’ont pas droit à la parole. Dans cet engrenage, on entend souvent les populations dire qu’elles sont devenues impuissantes face au destin et que seule une force divine viendrait à bout de la conjuration de puissance créée par l’implication des intérêts de l’élite locale postcoloniale
avec les puissances et les organisations étrangères.2- L’état postcolonial et la schizophrénie linguistique
Violence structurelle permanente et confiscation du discours
Les populations africaines vivent ainsi dans leur grande majorité dans une violence structurelle permanente, violence qui confisque toute élaboration de la pensée, tout discours fondamental sur la vie et le devenir d’une nation africaine donnée. La petite minorité passée par le filtre de l’école occidentale et qui est devenue incapable d’articuler pensée et discours dans sa propre langue maternelle africaine partage le discours étranger sur l’Afrique ou tente de s’y opposer avec des moyens dérisoires, cette opposition elle-même étant articulée dans une langue que la population comprend à peine ou ignore.
Ainsi, un soutien structurel manquera à cette opposition qui va réclamer l’articulation de la pensée et du discours dans la langue utilisée tous les jours par les populations, car ces populations, quoique concernée, n’auront pas accès à ce discours de l’opposition articulée en leur faveur dans la langue du
blanc. Certains pourraient m’opposer que le français, l’anglais, le portugais et l’espagnol seraient devenues des langues africaines puisque ces langues jouissent dans la plupart des cas de l’exclusivité à l’école, dans l’administration, dans les médias, bref dans la vie publique de tous les jours, et ceci depuis plus d’un siècle.Les statistiques comptabilisent souvent le nombre des populations africaines d’un pays et les considèrent tout simplement comme locuteurs de l’ancienne langue coloniale. Le Nigéria avec ses 470 langues africaines devient ainsi un pays anglophone, les deux Congo avec leurs 221 langues pour la République Démocratique et les 60 langues pour le Congo Brazaville deviennent ainsi deux pays francophones. Certaines rencontres en Afrique aujourd’hui tentent de démontrer avec de plus en plus d’insistance que les langues européennes comme le français, l’anglais et le portugais seraient devenues des langues africaines et devraient bénéficier de ce statut, compte tenu aussi d’un développement linguistique particulier qui aurait permis l’enrichissement de ces langues européennes grâce au terroir africain. Seulement, l’imposition des langues européennes en Afrique n’a pas réussi à effacer l’utilisation au quotidien des langues africaines par les populations.
Schizophrénie linguistique et développement
Les Africains d’aujourd’hui vivent ainsi dans une situation de schizophrénie linguistique permanente dans laquelle les choses intimes et personnelles peuvent être articulées dans les langues africaines à la maison, lors des rituels, des séances de guérison, dans l’espace strictement privée, alors que les choses reconnues importantes se dérouleront dans l’espace public dans les langues européennes peu maîtrisées ou ignorées. La violence structurelle
engendre une schizophrénie linguistique qui écarte le citoyen de la sphère de l’élaboration de la pensée et du discours sur les enjeux de la nation.L’Afrique moderne assiste comme impuissante à un génocide intellectuel devenu structurel, car perpétré au quotidien par l’administration, l’école, les médias, etc.. Celui qui n’arrive pas à se détourner de façon fondamentale de sa langue et de sa culture africaines et qui ne parvient pas à une maîtrise de
la langue du blanc (bwambo bwa mukala) est rejeté du système. Ce citoyen-là sera condamné à survivre ou pas dans le secteur dit informel délaissé par les structures administratives et la coopération internationale car ce n’est que dans ce secteur dit informel ou secteur de la « débrouillardise » que l’articulation de la pensée et du discours est permise au quotidien dans
les langues africaines.Ainsi, seuls ces Africains passés avec succès au filtre de la violence structurelle linguistique sont en mesure de lire et peut-être de comprendre le discours étranger sur le développement des pays africains, discours articulé exclusivement dans les langues européennes. Le discours sur le développement de l’Afrique reste un discours conçu, élaboré, prononcé dans des langues que l’écrasante majorité des populations africaines ne comprend pas ou maîtrise à
peine. Ces populations ne peuvent ainsi pas participer à ce discours, elles ne peuvent pas le comprendre, le critiquer, l’amender ou le rejeter, et pourtant, ce sont elles qui sont invitées à le mettre en application.Nous vivons dans ce cas d’espèce un discours anti-démocratique dans son essence même, puisqu’il n’est ni porté, ni partagé par la majorité de la population. Il s’impose tout simplement par le jeu de la violence structurelle. Le discours sur le développement de l’Afrique aura du mal à devenir un discours africain sur le développement de l’Afrique, tant qu’il ne saura être conçu, élaboré, critiqué, amendé ou rejeté par les populations africaines elles-mêmes dans les langues qu’elles utilisent au quotidien et maîtrisent. C’est terrible comme situation, car il y va de la vie de plusieurs centaines de millions de personnes qui devraient, mais n’arrivent pas vraiment à se prendre en charge.
Le nouveau cadre politique et juridique international
La situation historique actuelle met l’élite africaine au pouvoir dans un profond dilemme. Pour rester ou accéder au pouvoir, elle doit se conformer aux règles de jeu qui régissent le système de domination sur le continent africain, elle sait qu’elle doit gérer le pouvoir et l’administration en s’efforçant à plaire à ceux qui, hors du continent, déterminent celui qui peut ou qui ne doit pas rester au pouvoir dans un pays africain donné. Cette donne demeurant
primordiale dans la plupart des cas aujourd’hui encore, l’acteur politique africain se gardera par sagesse de trop forcer sur la nécessité des populations africaines à se réapproprier l’articulation de la pensée dans les langues africaines, certains refuseront tout simplement de soutenir la revendication d’une réappropriation africaine du discours sur le développement de l’Afrique. Ils y percevront plutôt un signe de déstabilisation de leur propre poste politique.Les résolutions des conférences internationales, les conventions signées par les Etats et ratifiées par les parlements comme la convention de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel du 17 octobre 2003, la déclaration de l’Union africaine qui a fait de l’année 2006 l’année des langues africaines ou les programmes actuels de la francophonie en faveur des langues partenaires africaines à l’école primaire offrent des bases politiques et juridiques
nouvelles, elles permettent de donner un cadre d’action reconnu et au-dessus de tout soupçon de déstabilisation des régimes en place. Mais comme nous l’indique la réalité, peu de leaders politiques africains montent vraiment au créneau pour rendre à leurs peuples le pouvoir de l’articulation de leur destin.Les directives de l’Union Africaine sont pourtant suffisamment claires aujourd’hui, grâce à la détermination de certains pays comme le Mali, l’Afrique du Sud, le Nigéria, etc. A côté de ces mesures des instances officielles, les actions de courage civil et l’engagement de la société civile africaine permettent de concevoir des initiatives menant à une réappropriation du discours sur le destin collectif des peuples africains
3 - Méthodes d’approches expérimentées par la Fondation AfricAvenir
C’est dans cette perspective que notre modeste structure, la fondation fricAvenir, Fondation pour la Renaissance de l’Afrique, le Développement, la Coopération internationale et la Paix à Douala tente depuis quelques années de provoquer un débat médiatisé sur l’insertion des langues africaines dans le domaine public, tout en suggérant quelques méthodes d’approche. Les forums de dialogue et palabres africaines. Les forums de dialogue organisés à Douala et les palabres africaines qui se sont déroulés dans les villages environnant de 2004 à 2006 ont démontré l’engouement des populations pour leurs langues camerounaises et surtout la volonté des citoyens à contribuer personnellement à
leur promotion. Ils demandent cependant un cadre institué par une volonté politique, afin de rassembler et canaliser les efforts individuels.Le concours des langues africaines dans les établissements scolaires
Les concours de langues camerounaises organisés par la fondation AfricAvenir en 2004/2005 ont confirmé l’engouement des 1600 élèves représentant 16 établissements scolaires qui ont pris part aux concours. Pour la première fois de leur vie, ces élèves scolarisés exclusivement en français ou/et en anglais participaient à un concours dans lequel ils devaient articuler leur pensée, leurs sentiments dans leur langue camerounaise à travers expressions de rhétorique, traduction, lecture, chants, poésie, lecture, danse, etc.. Cependant, aussi bien les élèves participant au concours que leurs parents qui les accompagnaient prirent conscience de la gravité des lacunes dans la connaissance de leur propre patrimoine culturel, et il naquit une détermination générale à plus utiliser sa langue au quotidien.
Les après-midi et les soirées de contes
Les après-midi de contes dans les établissements scolaires et les soirées de contes à la Fondation AfricAvenir en 2004 et 2005 ont fait découvrir un monde merveilleux africain auquel la jeunesse scolarisée camerounaise d’aujourd’hui n’avait plus accès. Les contes racontés dans les langues camerounaises avec une courte traduction en français donnée au début de la séance éveillaient plus que de la curiosité, les élèves se retournèrent vers leurs parents pour demander des soirées de contes dans leurs langues à la maison. Le conte nous révéla aussi que une fois le bref résumé fait en français, le même public suivait attentivement des contes en duala, en tpuri ou en ewondo pendant plus de trois heures !
Les chorales religieuses, le rap et les soirées de chansons
Les chorales chrétiennes invitées à la Fondation chantent dans les langues camerounaises les dimanches à l’église, ceci est déjà une tradition bien établie. Les chanteurs camerounais eux-mêmes utilisent surtout les langues camerounaises dans leurs chansons, la langue duala étant privilégiée dans ce domaine. Lors de ces manifestations à caractère religieux ou mondain, les
populations se retrouvent pleinement. Le phénomène nouveau que nous avons eu à constater lors des manifestations à AfricAvenir est le rap chanté en langues camerounaises. Les jeunes nous ont demandé d’organiser un concours de rap dans nos langues.Les mois de cinéma dans les langues africaines
Le cinéma dans les langues africaines nous a permis en 2005 et surtout en 2006 de dépasser le cadre camerounais et de montrer plusieurs films africains, dont p.e. ceux du sénégalais Sembène Ousmane, films en woolof, sous-titrés en français. Les auditeurs constatèrent qu’on pouvait parfaitement faire un film dans une langue africaine et avoir une audience internationale. Le film du Camerounais Bassek ba Khobio « Sango Malo » révéla au public que plusieurs langues camerounaises pouvaient être utilisées dans un même film, sans que
cela gène le moins du monde. Au contraire, quand on entendait sa langue parlée dans le film, on s’y reconnaissait plus et on appréciait le multilinguisme du Cameroun.La collection des livres et CD à la bibliothèque Cheikh Anta Diop
Pour soutenir l’apprentissage des langues nationales, la Fondation AfricAvenir a entrepris de collectionner les contes en langues camerounaises qui ont été édités dans des revues spécialisées de par le monde depuis la fin du 19è siècle. Une recherche fut donc entreprise dans les bibliothèques européennes des anciennes puissances coloniales, et ces contes parfois édités avant l’an 1900 ont été photocopiés et classés dans deux gros chronos aujourd’hui
consultables à la bibliothèque Cheikh Anta Diop à la Fondation à Douala.Une deuxième action fut entreprise pour cette bibliothèque de la Fondation. Une équipe fut chargée de chercher dans des librairies, les foyers culturels, les centres linguistiques et les centres religieux à Douala et Yaoundé tout livre et brochure édité en langues camerounaises. Ce travail s’avéra fastidieux, car les librairies et messageries diffusent les livres dans les langues officielles, en français et en anglais uniquement. Nous avons cependant réussi à rassembler actuellement 251 livres dans 81 langues camerounaises à la bibliothèque Cheikh Anta Diop. Le résultat de cette action sera médiatisé cette année.
L’édition d’ouvrages illustrés de contes multilingues
Une autre équipe de la fondation AfricAvenir est entrain de préparer l’édition d’un livre du conte « Masomandala » ou « Jeki la Njamb’a Inono ». Cette épopée éditée en langue duala et en allemand en Allemagne à l’époque coloniale allemande a été reprise par notre équipe composée d’une Camerounaise professeur d’Allemand, d’un spécialiste de la langue duala, d’un spécialiste de la langue ewondo, d’un écrivain et d’un illustrateur de livres. L’épopée « Masomandala » d’une cinquantaine de pages A4 existe actuellement en version duala, en version ewondo, en version française et en version allemande. Il est prévu une édition illustrée trilingue en deux tomes duala-français-ewondo pour le Cameroun, ainsi qu’une édition illustrée allemande.
En effet, cette épopée collectée vers l’an 1901 nous fait vivre un monde de l’Afrique profonde avec ses mythes, ses croyances, sa philosophie, son organisation politique et sociale, sa résolution des conflits, ses mécanismes économiques. Nous nous retrouvons interpellés par une Afrique d’une richesse insoupçonnée qui revendique sa place dans notre espace de modernité. Ces différentes méthodes d’une approche globale pratiquée par la fondation AfricAvenir n’ont pu être mises en application que grâce au soutien essentiel du ministère autrichien de la culture et de la science bm :bwk depuis 2004, et du Land Steiermark en 2006. Sans eux, nous serions restés au niveau purement théorique. Qu’ils trouvent ici notre profonde reconnaissance.
Comme nous l’avons constaté dans cet exposé, la langue est un support primordial pour l’articulation de la pensée individuelle et collective. Quand une langue est prise à son peuple, qu’elle lui est interdite ou qu’elle devient marginalisée dans la vie publique, la pensée de ce peuple est elle aussi marginalisée, le peuple perd ses mots et son pouvoir de conception et d’articulation de son devenir. La langue étrangère qui dès lors occupe l’espace public est accompagnée d’une violence structurelle politique et linguistique, elle importe sa vision du monde, ses projets du moment et de l’avenir, sa philosophie, ses valeurs, ses rêves et soumet le peuple dominé à l’accomplissement de ses besoins étrangers, souvent opposés aux besoins du peuple dominé.
Grâce au combat des Africains pour une renaissance profonde ducontinent, grâce aussi aux nouvelles conventions interafricaines et internationales, un cadre plus propice se met en place pour permettre aux peuples africains de se réapproprier l’articulation de leur pensée dans leurs propres langues, même si leurs populations, multilingues par tradition, utiliseront aussi des langues de communication internationales. Cette transformation, si elle est accompagnée d’une volonté politique conséquente, ouvrira une voie nouvelle pour le projet de développement articulé par les Africains eux-mêmes. La coopération internationale n’y gagnera qu’en qualité et en efficacité.
* Le Prince Kum’a Ndumbe III est Professeur à l’Université de Yaoundé (Cameroun). Il est le président de la fondation AfricAvenir (Voir : ).
Cette communication a été faite à l'occasion du symposum sur les langues africaines tenu en octobre 2006 à l'Université de Vienne, Autriche.* Commentaires à envoyer à [email protected] ou en ligne en visitant le site www.pambazuka.org
Tagged under GouvernanceLes Africains continuent de rester les non-nantis en bas de la pyramide mondiale. Même si « leurs » dirigeants baignent dans l’abondance de richesses et de privilèges. Il est raisonnable de conclure, selon Henning Melber, que jusqu’à présent, ni le NEPAD ni son appui de la part du G8 et d’autres qui prétendent en être préoccupés, n’est parvenu à donner une contribution susceptible de causer le changement.
Depuis le début de ce siècle, le G8 a commencé à cultiver des relations intimes spéciales avec les représentants d’une « nouvelle Afrique » en réponse à leur courtisanerie.
Ce n’est pas par hasard que la Chancelière Allemande Angela Merkel a annoncé que l’épanouissement accru de cette liaison en « partenariats de réformes » figurerait officiellement parmi les priorités à l’ordre du jour du prochain sommet à Heiligendamm sur la mer Baltique.
Cependant, ceci ne signifie pas nécessairement que ça va se passer réellement. Nous avons déjà vu de cas où l’accent sur l’Afrique annoncé au départ a été rendu invisible par d’autres dossiers à Kananaskis, où les événements au Moyen-Orient ont remplacé l’Afrique comme une priorité, et à Gleneagles après les attaques de bombes à Londres; et les représentants africains se voyant obligés de paraître invisibles.
Cette fois-ci, il semble que le changement climatique va de nouveau pousser l’Afrique hors de vue- même si ses gens pourraient être parmi les plus grandes victimes des effets de la pollution non-contrôlée de l’environnement ; rabaissant ses dirigeants et les poussant à l’ombre.
Mais malgré cela, les chefs d’Etats africains favorisés semblent se sentir en quelque sorte à l’aise en jouissant de petits profits marginaux résultant du fait de s’asseoir à table pour partager le déjeuner avec les puissants. Après tout, depuis Gênes, le déjeuner a été le minimum qu’ils aient reçu de chaque sommet du G8. Même quand cela, en plus de la photo de groupe, était parfois la seule reconnaissance accordée.
Merkel s’est servie de son discours au Forum Economique à Davos pour déclarer que pendant les présidences allemandes du G8 et de l’UE, l’accent serait mis sur comment l’Afrique pourrait être mieux intégrée dans l’économie mondiale.
Son représentant personnel au G8, Bernd Pfaffenbach, a confirmé lors d’une débat sur l’Afrique au même lieu de ski des Alpes suisses, que le camp de l’été à la mer Baltique à Heiligendamm chercherait à encourager un partenariat entre le G8 et les dirigeants africains.
Ces intentions déclarées du programme par les hôtes de cette année ne devraient pas paraître comme soulageantes. Elles devraient plutôt sonner comme des cloches d’avertissement. Les deux priorités de l’intégration accrue dans l’économie mondiale et du partenariat plus rapproché avec les dirigeants africains dans l’interaction prévue méritent la question qui est en train d’être soulevée : où résident les intérêts des gens du continent?
Après tout, ni la mondialisation depuis l’époque de la vente des esclaves, ni la collaboration des dirigeants africains avec les puissants d’ailleurs, quelle que soit leur persuasion politique et idéologique, n’a fourni d’intérêts significatifs et durables aux majorités sur le continent qui luttent chaque jour pour la survie.
L’intégration accrue des sociétés et des économies africaines dans le marché mondial, un processus qui depuis la colonisation était de toute façon beaucoup plus avancé que dans la plupart des autres régions du monde, suggère, au contraire, même une exploitation plus systématique des ressources naturelles du continent, et l’élargissement intensif aux marchés locaux.
Sous les programmes actuels de la « mondialisation » promus et réglementés par l’OMC, l’accès pour que le capital extérieur fournisse des biens et les services publics privatisés, de même que le contrôle de la soi-disant propriété intellectuelle, en rajoute davantage à la réduction de l’autonomie de l’Etat et des capacités locales d’agir dans l’intérêt des gens.
La privatisation ne remplit pas bien certaines des principales tâches d’un Etat qui fonctionne: à savoir la livraison des services de base dans l’intérêt public, notamment celui des pauvres; et pour protéger les plus faibles – non pas que les gens en Afrique n’ont jamais vu ni eu l’expérience d’une grande part de ceci.
Depuis 2001, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (Nepad) est devenu la marque déposée africaine pour le genre de collaboration que le G8 et les autres pays OECD favorisent et soutiennent.
En perspective en tant que plan depuis la fin des années 1990, le Nepad a émergé comme un résultat d’une constellation fondamentalement nouvelle sur le continent. Après l’Afrique du Sud – depuis le milieu des années 1990, et le Nigeria –depuis la fin des années 1990, les deux puissances économiques régionales, avaient laissé derrière leur statut paria. Alors que l’apartheid, dans l’un des cas, et les dictatures militaires, dans l’autre cas, limitaient les sphères opérationnelles des régimes africains auparavant, les nouveaux gouvernements représentaient des récits de succès politiquement acceptables – si pas toujours loués – comme quoi la démocratisation marche.
Considéré comme les pays meneurs stratégiques dans la région pour l’Occident, ces deux économies totalisent les quelque deux tiers du PIB de tous les pays de la soi-disant Afrique sub-saharienne. Laissant de côté les économies basées sur les ressources, qui, à travers le pétrole, les minerais stratégiquement pertinents et d’autres biens naturels, tels que les diamants, stimulent le désir de faire des transactions avec les responsables et les oligarchies locaux, ce sont les partenaires potentiels les plus attirants pour le monde extérieur.
Les chefs d’Etats sud-africain et nigérian Thabo Mbeki et Olusegun Obasanjo étaient les deux principaux architectes du Nepad, avec l’autocrate sénégalais Abdoulaye Wade, et le soutien de l’Egypte et de l’Algérie. De fait, tous les trois dirigeants africains de ce triumvirat ont raté seulement un des six sommets du G8 depuis Gênes 2001.
Mais aux yeux de beaucoup d’observateurs critiques, y compris au sein de l’Afrique, le Nepad symbolise essentiellement les nouveaux vêtements de l’empereur. Il revient à la reformulation de la même vieille histoire d’ensemble de conditions, seulement cette fois-ci sous la propriété africaine
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Perçu comme une politique d’orientation néo-libérale imposée à partir d’en haut, on le met en cause et on le teste à partir d’en bas comme une approche technocrate des élites. Ou autrement comme une version locale du consensus de Washington.D’après cette vision, les défaillances et les déséquilibres structurels sont légitimés, mais pas mis en cause. Il reflète une coalition entre ceux sur le continent et à l’étranger qui profitent des économies de marché orienté vers l’exportation, sous un régime commercial, qui est avant tout orienté vers l’extérieur.
Ceci pourrait s’ajouter aux avantages relatifs d’une petite élite locale et des plus grands parmi les acteurs subalternes sur le continent. En particulier en élargissant le capital sud-africain, qui est en train de réussir à pénétrer beaucoup d’autres économies africaines. Mais il offre peu ou n’offre rien du tout aux hommes du commun. Ils restent encore une fois exclus des affaires. Ils sont chômeurs et ils continuent de vivre dans la pauvreté extrême.
Alors que certains des critiques plutôt acerbes marmottent des théories douteuses de complot, ce qui pourrait être injuste, ou du moins pas conformes aux intentions réelles de certains des nouveaux dirigeants africains, il est difficile de rejeter en bloc de telles analyses.
Le manque de matière significatif offre peu d’aisance du soutien du G8 pour le Nepad, qui serait obligé de faire correspondre les déclarations presque euphoriques depuis que les dirigeants africains ont toqué à leurs portes à Gênes.
Au milieu du désordre italien, les chefs d’Etats du G8 ont affecté des « sherpas » individuels pour qu’ils se regroupent et préparent un Plan d’Action Afrique. Son adoption une année plus tard, à la mi 2002, dans les montagnes canadiennes à Kananaskis, fut célébrée comme une percée majeure. Bien qu’elle fut (dis-)qualifiée par les critiques modérés tel que le directeur d’alors chargé de la justice et de la paix à la Conférence des Evêques Catholiques Sud-Africains d’ « air chaud » ou de « cacahuètes recyclées ».
Contrairement à de telles conclusions qui poussent à la réflexion, le président sud-africain est rentré triomphalement avec le message comme quoi Kananaskis a marqué un moment décisif dans la naissance d’un système plus juste et plus équilibré de relations internationales. Dans le contexte historique, Kananaskis représentait pour lui la fin de l’ère coloniale et néo-coloniale. Classer ce genre d’interprétation osée comme « un raisonnement de rêve » semblerait le moins que l’on puisse dire.
Sur base de ces soi-disant récits de succès auto-proclamés, les dirigeants africains se sont servis de la transformation de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en Union Africaine (UA) directement après Kananaskis à leur sommet à Durban pour intégrer le Nepad comme un nouveau programme économique de l’organe continental.
Ils l’ont ainsi élevé à un statut officiel pour tous. Par la suite, en septembre 2002, l’Assemblée Générale des Nations Unies remercia le Nepad en lui donnant le titre de cadre général de coopération internationale avec l’Afrique, permettant de la sorte à Thabo Mbeki de déclarer, sans qu’on puisse le contredire, que le Nepad avait émergé comme le point de repère politico-économique dans l’interaction de l’Afrique avec le monde extérieur.
Même les résultats qui donnent à penser du sommet dans l’Evian français en 2003 et l’humble déjeuner offert au sommet américain en Georgie en 2004 ont servi comme plus de légitimité pour le Nepad-troika africaine. Malgré que Wade devenait de moins en moins enthousiaste, et dans l’entretemps ouvertement critique.
Leur patience fut moins récompensée par l’effort personnel de Tony Blair, qui utilisa la présidence du Royaume –Uni pour initier sa Commission pour l’Afrique. Son rapport, qui figura à l’ordre du jour du sommet de Gleneagles en 2005, prétendait présenter, à travers le soutien financier accru et l’annulation de la dette, un apport décisif dans le développement de l’Afrique. En effet, une portion considérable des dettes déjà payées ont lors été annulées pour les pays les plus pauvres parmi les pauvres.
L’élan moral qui est dû, en partie, non seulement au flair personnel de Tony Blair, mais aussi au document de la Commission Afrique, sous-titré « Notre Intérêt Commun », ne devrait cependant pas désorienter.
En effet, les prémisses fondamentales des recommandations reposent sur la supposition que ce sont les Africains eux-mêmes qui doivent porter la responsabilité d’être si pauvres, et qui ont besoin-avec l’assistance extérieure- d’arriver à agir ensemble.
Les réformes proposées ne citent ni ne blâment les inégalités structurelles qui en découlent en tant que résultat des processus historiques, au cours desquels le colonialisme et l’impérialisme européens se sont répandus jusqu’aux fonds fins de l’Afrique avec des conséquences dévastatrices et durables pour les sociétés là-bas. Elles ne mettent pas non plus en cause la base fondamentale du système mondial existant pour le moment et ses effets néfastes sur les économies africaines et les Africains.
Même si la Commission –avec toutes les réserves nécessaires- était considérée comme un progrès majeur pour au moins une sphère publique plus vaste, et aussi au moyen de la culture des vedettes qui conduit à des performances spectaculaires « fais du bien » (qui en général excluaient les artistes africains en leur refusant une part équitable dans la publicité) ; le sommet du G8 à St Petersburg en 2006 qui s’ensuivit n’a même pas prétendu faire le suivi de ceci de manière sérieuse.
Pour la première fois depuis Okinawa en 2002, seuls trois chefs d’Etats africains avaient décroché le privilège de jouer un rôle d’appui. A part le fait d’être un certain type d’aspect exotique cosmétique, le sommet n’avait absolument rien à offrir.
Selon le gouvernement allemand, les choses devraient être différentes au début de juin à Heiligendamm. Comme le suggèrent les exercices d’évaluation des progrès vers la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire, beaucoup laisse désirer quand il s’agit de la mise en œuvre des cibles définies.
Les Africains continuent de rester les non-nantis en bas de la pyramide mondiale. Même si « leurs » dirigeants – notamment dans les cas comme celui de l’oligarchie du pétrole angolais ou de despotes individuels tel que Mugabe- baignent dans l’abondance de richesses et de privilèges. Il est raisonnable de conclure que jusqu’à présent, ni le Nepad ni son appui de la part du G8 et des autres qui prétendent en être préoccupés, n’est parvenu à donner une contribution susceptible de causer le changement.
Il faudrait cependant reconnaître, en même temps, et ce malgré de telles réserves, qu’une part juste de responsabilité collective et de volonté d’intervenir dans les affaires des Etats membres a fondamentalement changé le programme politique de l’Union Africaine et ses principes directeurs.
Alors que jusqu’à présent ceci a eu peu d’impact en termes de changements nécessaires dans les impasses structurelles socio-économiques, et n’a pas réussi à produire des résultats décisifs quelconques dans plusieurs cas-pas moins au Zimbabwe, aussi politiquement, ça n’affecte pas les facteurs socio-économiques y relatifs tels que la sécurité, la participation politique, la transparence et la responsabilité.
Alors que beaucoup laisse à désirer, on ne devrait pas ignorer les changements fondamentaux, qui en termes d’abandon du saint principe actuel de non-intervention était un résultat direct de la transformation de l’OUA en l’UA.
Le Mécanisme Africain de Revue par les Pairs (MARP) en tant que partie intégrante volontaire, du Nepad, pourrait être là plus en tant que symbole qu’autre chose. Mais le fait de figurer au programme marque un nouveau chapitre dans la politique africaine. A une époque où les révolutions ne sont même pas à l’horizon à quelque distance, ceci semble toujours une vue trop pragmatique, bien que probablement réaliste.
Ironiquement, avec les nouvelles tendances multipolaires, et les pays BRIC (le Brésil, la Russie, l’Inde et en particulier la Chine) à travers leurs partenaires bilatéraux qui cherchent avec agressivité à explorer et à exploiter le continent africain avec peu de préoccupation ou sans du tout se préoccuper de la « bonne gouvernance »-quelle que soit la signification de ceci, les gains des économies africaines, selon leurs mesures en termes d’équilibres commerciaux et la croissance du PIB, sont remarquables.
Bien entendu, ceci ne veut pas dire que les économies africaines et les populations locales vont automatiquement en bénéficier. Il reste à ce niveau une question ouverte de savoir s’ils pourraient avoir une part modeste de la nouvelle bousculade pour les ressources africaines et comment cela pourrait se passer. Mais il est peu probable que le sommet du G8 à Heiligendamm va rendre plus proche la solution à ce défi.
*Henning Melber était directeur de la Branche Namibienne de la Recherche en Politique Economique- The Namibian Economic Research Unit (NEPRU) à Windhoek, Namibie, de 1992 à 2000. Il était directeur de la Recherche à l’Institut Nordique Afrique9The Nordic Africa Institute), Uppsala, Suède, 2000-2006. Il est actuellement directeur exécutif de la Fondation « Dag Hammarskjold ».
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Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 303. Voir :
Tagged under GouvernanceIssa Shivji poursuit le débat sur la création des « Etats-Unis d’Afrique ». S’inspirant de l’expérience du passé et des initiatives actuelles de coopération régionale en Afrique de l’Est, il suggère que l’accent économique devrait être placé au niveau de la production – le capital et la main d’œuvre, plutôt que sur le commerce. Politiquement, elle devrait être centrée sur les gens plutôt qu’orientée vers l’Etat.
L’Union Africaine s’apprête à un débat critique sur l’unité panafricaine. Ceci se rapproche profondément des lutes nationalistes qui ont produit l’indépendance de l’Afrique. A l’époque, le thème de définition et le cri de ralliement des nationalistes – de Nkrumah, Nyerere, Banda jusqu’à Babu – était le panafricanisme. Le nationalisme africain par définition, soutenaient-ils, ne pouvait être autre chose que le panafricanisme.
L’actuel débat sur le panafricanisme présente une moment propice pour que le continent affronte certains des défis clés auxquels il fait face, parmi lesquels figure l’impérialisme. Le nationalisme africain est né au milieu de la lutte contre l’impérialisme. Il ne pouvait durer qu’aussi longtemps qu’il resterait anti-impérialiste.
Aujourd’hui, un petit nombre de nos pays peuvent prétendre être vraiment indépendant. Nous n’avons pas le pouvoir de prendre les plus élémentaires de nos propres décisions. Notre souveraineté est vendue au plus offrant. Notre politique extérieure est alignée sur la super puissance. Nos lois – fabriquées au sein du FMI – sont imposées sur nos parlementaires. Les sociétés multinationales tordent chez nous des concessions atroces dans des accords, qui sont des ‘top secrets’, même pour les représentants élus par les gens.
L’actuelle recherche d’unité panafricaine doit reconnaître la menace, et non pas craindre le défi pose par l’impérialisme. Au moment où la mondialisation, une forme même plus vicieuse d’impérialisme, nous engouffre, nous devons retourner aux racines de nos indépendance: le grand mouvement nationaliste post-guerre qui a mené à l’indépendance de plus de 50 pays africains..
Aujourd’hui, alors que nous nous enfonçons davantage dans des contextes inexplorés de la mondialisation, et que nous laissons les usuriers et les requins du marché mondial dévorer nos ressources tout en nous dictant nos politiques, nos sociétés sont en train d’être mises en pièces sur base de diverses divergences insignifiantes d’ethnie, de race, de région et de clan. Si jamais il y a eu une époque où il faut raviver le rêve et la vision de panafricanisme, alors c’est bien maintenant.
Même pendant que l’Afrique place lentement son accent sur l’unité panafricaine, on voit une raison d’espérer et des promesses dans les efforts qui se poursuivent vers l’intégration régionale. Il y de sérieuses bases historiques derrière la quête d’unité régionale. Les visionnaires panafricanistes tels que Nkrumah et Nyerere ont anticipé et vu les dangers de devenir indépendant seul.
Mwalimu par exemple était prêt à retarder l’indépendance du Tanganyika si les quatre pas de l’Afrique de l’Est (Kenya, Ouganda, Tanganyika et Zanzibar) pouvaient le faire en tant qu’une unité fédérale. Les efforts en cours vers l’intégration régionale doivent donc être pesés dans le cadre du panafricanisme.
En Afrique de l’Est, les chefs d’Etats ont déjà décidé de re dynamiser la Coopération Est-Africaine et un traité a été déjà conclu. Des consultations ont été désormais initiées pour la recherche des avis des gens sur la création d’une fédération Est- Africaine.
La Communauté de l’Afrique de l’Est, qui a précédé à la Coopération Est-Africaine, s’est écroulée dans les années 1970 sous les difficultés dues aux différences entre les Etats et une rivalité acerbe en ce qui concerne leurs intérêts matériels.
Cette fois-ci, on espère que les leçons ont été apprises et que les erreurs du passé ne vont pas se répéter. L’objectif doit être de placer la coopération sur une base plus solide en adoptant des approches meilleures et durables à la question de l’unité.
Au moment où l’Afrique marche vers la consolidation de l’unité panafricaine, il y a des leçons qui peuvent être tirées aussi bien des expériences passées que des initiatives actuelles vers la consolidation de la coopération régionale en Afrique de l’Est.
L’ancienne coopération était caractérisée par deux grands moteurs. Sur le plan économique, elle était centrée sur le commerce. Tandis que sur le plan politique, c’était l’Etat qui se trouvait au centre. Son approche générale était économique plutôt que politique.
Une leçon utile à la vision panafricaine est que l’unité économique doit être basée sur la complémentarité des structures. Les pays ne peuvent coopérer que quand la question d’unité économique est traitée sous une approche politique. Par exemple, une approche commune en ce qui concerne la fixation des prix des exportations agricoles ou le remboursement des dettes peut être une base réelle de coopération. Ceci exige des décisions politiques.
Dans le cas de l’Afrique de l’Est, les structures de production dans les trois pays étaient en compétition au lieu d’être complémentaires. Etant des économies orientées vers l’exportation, les trois entités exportaient Presque les mêmes cultures agricoles. Elles faisaient la compétition en courtisant les mêmes investisseurs. Les trois pays étaient donc en rivalité au marché international au lieu d’être en coopération, ce qui rendait leur unité fragile.
L’entreprise panafricaine peut tirer trois leçons vitales de l’expérience de l’Afrique de l’Est. Premièrement, l’approche devrait être explicitement politique. Deuxièmement, sur le plan économique, la fondation de l’unité devrait se situer au niveau de la production – le capital et la main d’œuvre; plutôt que le commerce. Troisièmement, sur le plan politique, elle doit être centré sur les gens plutôt qu’orientée vers l’Etat.
Une autre région où la création d’une véritable coopération peut grandement soutenir la vision panafricaine est la région des Grands Lacs. Au sein d’un plus grand regroupement politique, il est peut-être plus facile et plus faisable de contrôler les guerres civiles qui ont débordé et devenues des guerres frontalières entre les pays de cette région. Un projet qui aboutirait à la paix dans cette région relancerait de façon dramatique le véritable panafricanisme rendrait plus proche la réalisation du rêve de l’unité africaine.
L’unité panafricaine peut fournir un espace pour l’interaction accrue spécialement dans les domaines tels que le développement des ressources humaines au profit des pays qui en ont besoin. Les pays en phase de réorientation tel que le Rwanda par exemple pourraient profiter des réserves de talents se trouvant dans d’autres pays exactement comme cela s’est passé dans les années 1960 lorsque le Nigeria a envoyé beaucoup de ses magistrats pour soutenir le secteur judiciaire de la Tanzanie.
La même chose pourrait s’appliquer au niveau de l’enseignement supérieur. Le Rwanda est dans le processus de reconstruire son université. Des universités britanniques sont rapidement en train de s’offrir pour les fonds des bailleurs en vue d’envoyer leurs équipes d’experts, des conseillers, professeurs etc. De telles opportunités devraient être consciencieusement utilisées pour créer des voies pratiques de coopération au lieu de s’adonner à la manipulation par de grandes puissances. Une telle coopération et l’assistance entre nous-mêmes seraient mutuellement bénéfiques et dans l’intérêt de l’idéal d’unité africaine.
La coopération à chaque niveau – régional ou continental – doit procurer un cadre propice d’implication de la société civile et des autres intervenants. Le raisonnement est simple. La coopération à tous ces niveaux est trop importante pour être laissée aux seuls chefs d’Etats. Le domaine direct que les chefs d’Etats identifient pour la coopération c’est la défense et la sécurité, surtout leur propre sécurité bien sûr.
Si on les laisse s’occuper comme bon leur semble, les Etats peuvent briser l’unité soit suite à la pression de la part des puissances internationales ou à des visions étroites suscitées par des intérêts matériels locaux. Les Africains doivent par conséquent ne pas abandonner la poursuite de l’unité panafricaine à leurs Etats et aux politiciens. C’est seulement lorsque les Africains seront unis que l’unité panafricaine peut être durable. Ils doivent élargir leurs horizons afin de tenir compte des nouvelles conditions et possibilités.
Alors qu’effectivement nous devons avoir la volonté suffisante et le sentiment de promouvoir l’unité africaine, nous devons en même temps être prudents en vue de protéger et renforcer nos intérêts nationaux. Cependant, ces deux éléments – le panafricanisme et le nationalisme – devraient être places dans des intérêts plus vastes de la majorité, et non succomber aux motifs étroits de certaines factions, ou à la cupidité des groupes et des classes. L’intérêt de la grande majorité – les classes populaires – devraient être test décisif.
L’unité africaine en tant qu’expression du panafricanisme est non seulement une vision souhaitable pour l’Afrique à ce stade de notre développement, mais une nécessité. C’est une nécessité parce que si nous sommes laissés à nous-mêmes, nous risquons de devenir – et nous devenons de plus en plus – des pions sur l’échiquier des puissances géopolitiques et militaires, sous l’hégémonie de la puissance la plus militarisée et la plus impitoyable de l’histoire de l’humanité.
* Issa G. Shivji était, jusqu’à sa retraite récemment, Professeur de Droit à l’Université de Dar es Salaam où il a enseigné depuis 1970. Il est auteur de plus d’une douzaine de livres et de nombreux articles. Parmi ses livres figurent Class Struggles in Tanzania (1976)- Les Luttes de Classes en Tanzanie), The Concept of Human Rights in Africa (1989)- Le Concept des Droits Humains en Afrique) Not Yet Democracy: Reforming Land Tenure in Tanzania (1998)- Pas Encore de Démocratie : Réforme de la Loi sur la Propriété Foncière en Tanzanie).
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 299. Voir :
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected]
Tagged under Gouvernance« Vos enfants ne sont pas vos enfants,
Ce sont les fils et les filles de la Volonté de « Vie » pour elle-même.
Ils viennent à travers vous mais ils ne sont pas de vous vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, pourtant ils n’appartiennent pas à vous. »
[ Khalil Gibran, Le Prophète]. Dikpak Naker s’exprime sur les raisons pour lesquelles il ne convient pas de frapper vos enfants.L’autre jour je parlais avec un collègue qui est activiste pour la prévention de la violence contre la femme. Quand je lui ai demandé si elle frappe son enfant, elle m’a répondu , « je ne tape pas sur lui mais s’il perd la ligne, je n’hésiterai pas à utiliser la gifle. » Sa réponse m’a étonnée et m’a amenée à commencer ma propre expérience de poser aux amis et collègues la même question. Le même genre de réponse a continué. La plupart d’adultes ont répondu en disant que si on le fait avec modération, frapper les enfants est un moyen utile d’orienter leur comportement. Certains ont ajouté des qualificatifs tels que « ça doit faire partie d’une approche disciplinaire plus vaste ou intervenir comme le tout dernier recours.
Néanmoins, beaucoup d’adultes croyaient avoir raison de recourir à la violence contre les enfants sous la couverture de contrôler leur conduite. Même ceux qui avaient vu l’effet corrosif de la dynamique qui mène à la violence d’un homme envers une femme ont répondu à la question par leur propre question : qu’est-ce qu’il y a de mal à frapper les enfants pour leur apprendre comment se comporter ? Certains posaient la question avec un étonnement réel, tandis que d’autres la posaient tout simplement parce qu’ils comprenaient pas d’interaction avec les enfants qui n’implique pas l’affirmation de la force sur les enfants.
Beaucoup d’entre nous ont eu des années d’expérience au cours desquelles nous avons appris que les adultes devraient contrôler les enfants autour d’eux et que dans cette entreprise, les frapper est une nécessité. La plupart d’entre nous avons été témoins de scènes où les enfants ont été giflés, où on leur a crié dessus et où ils ont été humiliés au nom de la « discipline ». Peut-être que vous avez survécu à une enfance où être frappé, recevoir l’ordre de se taire ou être intimidé était vu comme un fait normal et acceptable suivant le système de valeurs qui prévalait.
Si cela est la réalité dans laquelle vous avez grandi, pourquoi devriez-vous en arriver à penser autrement? Pourquoi devriez-vous abandonner tout ce que vous avez connu, pour apprendre une nouvelle sorte d’interaction avec les enfants? Pourquoi ne demanderiez-vous pas, en cherchant réellement à comprendre, ce qu’il y a de mal à frapper les enfants afin de leur apprendre à bien se comporter?
Si vous êtes en train de lire ceci, il se pourrait que vous ayez un certain intérêt personnel ou professionnel pour la question. Peut-être que vous travaillez pour une agence qui s’occupe essentiellement des enfants et où toute la littérature ou la culture qui prévaut déclare que battre les enfants est faux. Vous pourriez avoir lu les conclusions d’une Etude Mondiale de l’ONU sur la Violence contre les Enfants ou beaucoup d’autres documents semblables qui tirent la même conclusion: que battre les enfants, peu importe le nom que vous donnez à l’acte, est faux.
Si vous n’êtes pas convaincu par la rhétorique que vous pourriez avoir rencontré dans les documents habituels ou la littérature produite par les organisations de la société civile, vous n’êtes probablement pas la seule personne. Peut-être que vous ne voulez pas risquer votre boulot ou apparaître comme grossier en articulant un point de vue qui diverge de celui de certains cercles. Le présent morceau vous est adressé. Si des gens qui vivent dans votre communauté vous ont demandé ce qu’il y a de mal à frapper les enfants, et que vous avez été incertain au sujet de ce qu’il fallait penser, le présent morceau vous est destiné.
Ce que je vais soutenir n’est pas nouveau. Cependant, ce que je crois être imposant est que cela est sorti des enfants eux-mêmes. Enfin si vous êtes intéressé par la création d’un monde meilleur pour les enfants, à qui faudrait-il mieux demander ce qu’il faut faire, si pas les enfants eux-mêmes et les adultes qui prennent soin d’eux?
C’est exactement ce que nous avons fait en Ouganda. Nous sommes allés dans cinq districts différents, de l’est en ouest, du nord au sud. Nous avons demandé à 1.400 enfants et à 1.100 adultes, sous diverses formulations à propos de ce qu’ils pensent, leurs sentiments et leur expérience en ce qui concerne la violence contre les enfants. Nous avons posé des questions aux garçons et aux filles, aux enfants jeunes et aux plus âgés, à ceux qui étaient scolarisés et à ceux qui ne l’étaient pas.
Nous avons cherché des enfants qui vivaient en milieu rural et ceux du milieu urbain, aux orphelins de même qu’à ceux vivants avec leurs parents. Ils ont dit beaucoup de choses au sujet de la violence contre les enfants (voir mais sommes toutes, ils ont unanimement dit deux choses; il y avait trop de violence contre les enfants, et elle n’enseigne rien aux enfants sauf la peur et la honte.
Quatre-vingt dix pour cent des enfants ont dit avoir eu l’expérience de la violence physique, un tiers de ces enfants ont indiqué qu’ils en avaient l’expérience au moins une fois par semaine. Approximativement un sur huit ont dit qu’ils font face à la violence régulièrement de la part des gens qui sont supposés prendre soin d’eux; leurs parents, enseignants, voisins, frères ou sœurs plus âgés, les gens de la famille et les membres de la communauté. Quand on a demandé aux enfants comment ils se sentent face à cette violence, la réponse est allée de la rage à la résignation. Dans cet espace confidentiel, loin des yeux contrôleurs des adultes dont ils devaient avoir l’approbation, pas un seul enfant ne nous a dit qu’être frappé le remplissait de fierté ou d’un sens d’être aimé ou de sentir qu’on s’occupait de lui.
Cela pourrait vous surprendre. Après tout, n’avons-nous pas formé nos enfants suffisamment pour qu’ils avalent ce qu’Alice Miller, la fameuse psychologue pro-enfant appelle « pédagogie empoisonnante »; qu’être frappé c’est pour son propre bien? Ce n’était pas anormal que certains enfants aient commencé par cette défense au cours des groupes de discussions ciblées et tantôt l’abandonnèrent lorsqu’ils se sont rendus compte que nous n’étions pas là pour leur faire changer d’avis. Nous étions là tout simplement pour écouter et apprendre auprès d’eux à partir de leurs avis. Dès que la « défense fut jugée non-nécessaire, des sentiments et des idées authentiques sont survenus.
Nous avons appris beaucoup de choses au sujet de la violence contre les enfants à travers cette étude. La première chose que nous avons apprise est que les enfants ont différentes idées sur la violence exercée contre eux. Les adultes mettent l’accent sur l’acte alors que les enfants le mettent sur l’expérience. La signification de ceci est que lorsqu’un adulte est en train de frapper un enfant, il y pense comme s ;il s’agit d’un incident isolé qui se termine dès que l’acte physique prend fin.
Mais les enfants apprennent la peur et la honte de l’incident et le sentiment que l’acte leur inspire à propos de la personne qui le commet contre eux. Ils apprennent que les personnes plus grandes qu’eux peuvent les traiter injustement sans qu’il y ait des conséquences pour l’auteur de l’abus. De manière significative, ils apprennent à propos de la nature du pouvoir dans des relations intimes et que quiconque en a plus a plus de valeur. Les enfants apprennent que la meilleure façon de se protéger contre les abus est d’avoir plus de force par rapport aux gens. Nous connaissons tous très bien les conséquences de cette leçon lorsque ces enfants deviennent des adultes et acquièrent le pouvoir.
Deuxièmement, quand nous demandions aux adultes pourquoi ils frappaient les enfants, la majorité a indiqué que c’est pour guider les enfants et leur apprendre comment se comporter. Pourtant les adultes prennent du temps pour causer avec les enfants, discuter avec eux sur ce qu ils ont fait de mauvais ou leur expliquer l’erreur commise. Quand ils le faisaient, il était plus probable qu’ils utilisent l’alternative de les frapper en tant que forme de punition. Quand les enfants sont frappés pour des raisons qui se trouvent au-delà de leur compréhension, ils apprennent rarement ce qui était faux dans leur comportement et ils n’apprennent absolument pas comment mieux se conduire.
Troisièmement, les adultes sous-estiment gravement la réponse émotionnelle que leur violence provoque chez les enfants. Quand les enfants se sentent humiliés, leur réaction peut aller de la furie à la dépression. Vu que beaucoup d’enfants n’ont pas l’option d’exprimer leurs sentiments, ça finit par se stocker dangereusement en eux. Les enfants brutalisés pendant une longue période de temps peuvent aussi faire leurs propres victimes, ils ont un comportement anti-social ou ils se retirent pour former leur propre identité. Ils pourraient se sentir désespérés et certains pourraient devenir suicidaires. Cela affecte leur performance scolaire et cela affecte leur confiance en eux-mêmes. Cela affecte le genre de personne qu’ils devraient devenir.
Quatrièmement, bien que le fait de frapper les enfants soit commun, plus de la moitié des adultes n’étaient pas sûrs que ce fait de frapper créait le changement souhaité au niveau du comportement. Beaucoup ont admis que souvent ils frappent les enfants suite à la frustration plutôt que suite à une bonne réflexion sur la stratégie d’apprendre quelque chose aux enfants. Plusieurs fois les enfants sont frappés parce que ce sont des enfants plutôt qu’à cause de leurs actions.
Enfin, quand la dignité des enfants est insultée sous forme de routine, ils perdent confiance aux adultes qui font qu’ils se sentent ainsi. Ils apprennent de l’extérieur qu’ils faut avoir peur et intérieurement ils haïssent l’adulte qui leur inflige la violence. Ils développent des moyens de s’accommoder à la violence plutôt que de dépenser l’énergie en développant leur intelligence. Ils deviennent des individus plus petits que ceux qu’ils pourraient être devenus.
En menant une réflexion sur ces choses, il est devenu plus clair pour nous comment différentes sociétés en sont arrivées à légitimer la violence contre les enfants. Le seul moyen par lequel nous pouvons soutenir une telle injustice patente dans nos relations intimes est de refuser d’avoir de l’empathie avec l’enfant. Comment pourrions-nous autrement vivre avec un autre être humain au jour le jour, tandis qu’au plus profond de nos cœurs nous savons que nous sommes régulièrement injustes à leur égard? Après tout, c’est le truc le plus vieux dans l’art de dominer un autre groupe de gens. Nous avons appris d’autres moyens plus flagrants par lesquels les adultes ignorent l’évidence devant leurs eux. Si frapper enseignait quoi que ce soit à quiconque, personne n’aurait besoin d’être frappé deux fois ou du moins à plusieurs reprises, et pourtant c’est ce qui continue de se passer dans le cas des enfants.
Chose plus importante, nous avons appris auprès des enfants que frapper les enfants n’est pas un vice inoffensif auquel les parents succombent et sur lequel nous pouvons fermer les yeux. La violence a des conséquences fortes à court terme, et des conséquences profondes à long terme, non seulement pour l’enfant mais aussi pour la totalité de la communauté (peut-être même l’ensemble des pays). Pour ces raisons et pour beaucoup d’autres, frapper un enfant est anti-productif. Ça n’arrive pas à réaliser l’objectif de faire changer le comportement. Ça n’aide pas l’enfant à apprendre ce qu’il y avait de mal dans leur comportement. Ce fait réduit leur confiance en eux-mêmes et contribue à mener l’enfant à avoir moins confiance en vous. Si vous vous intéressez à aider les enfants à apprendre, les frapper est la dernière chose qu’il faudrait faire.
Si vous êtes toujours en train de lire le présent article, je suppose que vous voulez poser des questions plus profondes. Si je peux me permettre de supposer, je voudrais me vous poser la question suivante : Comment vos responsabilités en tant qu’adulte pourraient-elles être différentes, si vous n’aviez pas été frappé et ridiculisé en tant qu’enfant. Je me demande ce que vous auriez été, si vous n ‘aviez pas été humilié en tant qu’enfant.
Est-ce que vous pourriez persister à croire que cela ne vous a causé rien de mal ou vous seriez assez honnête pour voir la blessure que cela pourrait vous avoir causée? Attendez! Ne répondez pas encore. Laissez la chose circuler dans votre tête et revenez-y quand vous serez sur le point de dormir, la nuit…juste au moment où vous entrez dans cet espace intime et que vous êtes peut-être le plus profondément en contact avec votre cœur, et ensuite, répondez-vous vous-même de la façon la plus honnête possible.
* Dipak Naker est Co-Directeur de Raising Voices
Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 301. Voir : [email protected]
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