• Dans son rapport annuel de 2006, l’OMS indique que sur 57 pays, 36 pays de l’Afrique sub-saharienne souffrent d’une pénurie grave d’agents de santé, tels que les docteurs, les infirmiers, les pharmaciens, les techniciens de laboratoires, les radiologues et d’autres membres du personnel d’avant-garde et de soutien. Rotimi Sankore soutient que la « fuite des cerveaux » est en train de tuer le continent lentement et indirectement.

    Dans les temps de crise et d’épidémie, la diplomatie est un luxe auquel les moribonds ne peuvent s’adonner, spécialement lorsque des millions d’Africains savent qu’une insistance exagérée sur les bonnes choses ne va mener presque sûrement qu’à des millions de morts supplémentaires.

    Il est de la sagesse conventionnelle que l’Afrique souffre actuellement de la crise du SIDA. En réalité, l’Afrique est en train de souffrir d’une crise en santé publique, et la pandémie au SIDA est le symptôme le plus significatif de cette crise, qui a été empirée par la fuite de la force de travail de l’Afrique en matière de santé vers l’Occident ».

    Le diagnostic politique curieusement faux des problèmes éprouvants de soins de santé auxquels l’Afrique, et en effet la planète font face, a émoussé le fait évident que la tuberculose, la malaria, une foule d’autres maladies qu’on peut prévenir, et la malnutrition font toujours mourir plus d’Africains que les 2 millions de morts attribués au VIH/SIDA chaque année. Combinées avec le VIH et le SIDA, ces maladies sont en train de changer rapidement l’Afrique en un cimetière continental. Pourtant l’accent reste mis principalement sur le SIDA, qui a été couronné le criminel le plus sexy.

    Les pays ayant peu ou pas de pénuries d’agents de santé et une infrastructure sanitaire meilleure ont réussi à mieux gérer le VIH/SIDA parce qu’ils sont plus capables de faire face à des maladies que l’on peut prévenir comme la TB, les infections sexuellement transmissibles, l’éducation sur les droits sexuels et reproductifs et la malnutrition. Le SIDA est un problème à part, mais il est également en train d’être alimenté par d’autres problèmes sanitaires non résolus et par le manque de volonté politique et de courage.

    La résolution de la crise de soins de santé publique de l’Afrique va résoudre la plupart d’autres questions et ce sera un pas vers l’isolement du SIDA auquel on pourra alors s’attaquer plus facilement. Le premier pas doit être de résoudre le problème de pénuries d’agents de santé, ce qui inclut la recherche d’une solution à la « fuite des cerveaux ».

    2006 a été une année historique pour le VIH/SIDA en termes du nombre de très grandes réunions et conférences internationales organisées. Ces dernières incluent le Sommet Spécial de l’Union Africaine à Abuja sur le VIH/SIDA, la Tuberculose et la Malaria en juin ; la Session Spéciale de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA (UNGASS) ; et la 16ème Conférence Internationale sur le SIDA de Toronto en août.

    Ces événements reflètent les grands progrès qui ont été réalisés dans le cadre de s’attaquer au problème du VIH/SIDA. A l’exception de la plupart des gouvernements et institutions moins rétrogrades, la majorité des gens ont clairement compris que l’inégalité dans les rapports entre les genres est l’un des facteurs les plus significatifs qui se trouvent derrière la transmission hétéro-sexuelle.

    D’autre part, ces événements mettent en vitrine les échecs énormes et les opportunités manquées dans la lutte contre le VIH/SIDA, le plus grand de ces échecs étant pourtant le l’échec inclusif de ne pas parvenir à résoudre la crise des ressources humaines et des infrastructures sanitaires en Afrique.

    Le problème semble être que reconnaître, considérer comme prioritaire et agir sur le problème de « fuite de cerveaux » signifie que les gouvernements des pays doivent prendre la responsabilité, et cesser leur recrutement des agents de santé en provenance de l’Afrique. De la même manière, beaucoup de gouvernements africains vont aussi s’occuper de leurs problèmes de gouvernance et des conditions de travail pour les agents de santé comme moyen de contrer la « fuite des cerveaux ».

    Les chercheurs des Nations Unies en démographie concluent qu’à moins que la propagation du VIH ne soit arrêtée ou inversée, l’Afrique sera à la tête de la ligue des morts du SIDA dans le monde avec autour de 100 millions de morts d’ici 2025. Ceci est plus que le double des projections pour l’Inde et la Chine qui sont de 31 et 18 millions respectivement, les deux ayant des populations dépassant celle de l’Afrique. Les gens dont l’âge se situe entre 16 et 45 ans seront les plus affectés.

    Il est remarquable que tant les institutions que les mouvements sociaux se penchent non seulement sur les crises des soins de santé du continent, mais uniquement sur les médicaments anti-rétrovirus. Les médicaments anti-rétrovirus sont utiles mais quand il n’y a pas d’agents de santé pour les administrer aux patients, ils deviennent inutiles.

    Pour aller tout droit au but, permettez-moi de l’exprimer en ces termes, aucune guerre ne peut être menée victorieusement sans soldats.

    En avril 2006, l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) a officiellement reconnu ce que les intellectuels africains ont continué de dire pendant les trois dernières décennies, que la « fuite des cerveaux » en provenance de tous les secteurs de la société africaine, mais spécialement du secteur de la santé, est en train de tuer le continent lentement et indirectement.

    Dans son rapport annuel de 2006, l’OMS indique que sur 57 pays, 36 pays de l’Afrique sub-saharienne souffrent d’une pénurie grave d’agents de santé tels que les docteurs, les infirmiers, les pharmaciens, les techniciens de laboratoires, les radiologues et les autres membres du personnel d’avant garde et de soutien. Le rapport a noté que les pays les plus riches sont en train de répondre à leurs pénuries en drainant hors du continent des docteurs, des infirmiers et d’autres en provenance des pays moins développés.

    Comme résultat, un docteur sur quatre et un infirmier sur vingt parmi ceux qui sont formés en Afrique travaillent actuellement dans les 30 pays les plus industrialisés. En conséquence, l’Afrique est le seul continent où le nombre absolu de pénuries d’agents sanitaires (817.992) dépasse de loin le stock actuel de 590.198.

    D’autres études ont montré que « la majorité des pays de l’Afrique sub-saharienne également ne remplissent pas le rapport recommandé par l’OMS de 1 à 1.000 [médecins]. En effet, il y a moins de 10 médecins pour chaque 100.000 personnes dans 24 pays sur les 44 en Afrique sub-saharienne dont les statistiques sont disponibles ». (Orji, Utsimi & Uwaje dans un article présenté à International eHealth Association en 2005).

    Par contraste, le Cuba a un rapport médecins – population de 1 pour 165, la Corée du Sud 1 pour 337, le Royaume-Uni 1 pour 610, les Etats-Unis 1 pour 358, et l’Italie 1 pour 165 (PNUD/Rapport sur le Développement Humain, 2004). Des chiffres de l’International Development Research Centre (IDRC) (ou Centre International de Recherche en Développement) indiquent qu’en moyenne, « Le rapport médecins – nombre de patients est actuellement un pour 500 dans les pays riches, et seulement un pour 25.000 dans les pays les plus pauvres ».

    Le facteur principal qui contribue au faible rapport médecins – nombre de patients en Afrique est la « fuite des cerveaux » Citant les chiffres de l’OMS et de l’OECD entre autres, l’IDRC illustre le problème au Nigeria et en Afrique du Sud. « Un tiers contre la moitié de tous les médecins diplômés en Afrique du Sud migrent vers les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, et ce à un coût annuel énorme pour l’Afrique du Sud (perte d’investissement en éducation (formation).

    En y incluant tout le personnel de santé, les pertes pour l’Afrique du Sud atteignent 37 millions de dollars US par an. Ceci dépasse les estimations combinées des assistances (multilatérale et bilatérale) en éducation pour tous les objectifs, pas juste la formation des professionnels de soins de santé, reçus par l’Afrique du Sud en 2000 ». Parallèlement avec ceci, « plus de 21.000 médecins nigérians sont en train d’exercer aux Etats-Unis, tandis qu’il y a une pénurie aiguë de médecins au Nigeria ».

    Sans surprise, l’IDRC conclut qu’ «une autre raison pour la détérioration des systèmes de soins de santé dans les pays en développement est la « fuite des cerveaux » des professionnels de santé… qui bénéficie essentiellement aux nations plus riches, tels que le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada, [et] met en cause les engagements du G 8 de soutenir les pays en développement pour qu’ils atteignent les cibles des objectifs internationaux et les Objectifs de Développement du Millénaire dans le domaine de la santé ».

    Les conclusions de l’IDRC révèlent en outre que « les pays en développement investissent environ 500 millions de dollars US chaque année dans la formation des cadres professionnels de soins de santé, qui sont alors recrutés ou autrement se déplacent vers les pays développés… Entretemps, les Etats-Unis, avec ses 130.000 médecins étrangers, a réalisé une épargne de 26 milliards de dollars US dans les coûts de formation pour les nationaux… Tandis que les estimations suggèrent que l’Afrique dépense approximativement 4 milliards de dollars US chaque année pour les salaires de 100.000 experts étrangers (tous les secteurs, pas uniquement la santé) pour « renforcer les capacités » et/ou fournir l’assistance technique, et subit une perte de 184.000 dollars US par Africain professionnel qui migre. »

    Dr Peter Ngatia d’AMREF l’énonce en des termes plus tranchants : « Littéralement, l’Afrique donne des subsides à l’Occident. Il s’agit de l’inverse des subsides du pauvre au riche….L’histoire est pleine de cas de sorties de ressources humaines de l’Afrique vers le reste du monde. Le commerce déshonorant et honteux des esclaves incarne cette sortie, qui a ravi des parties du continent africain de ses hommes et femmes jeunes et physiquement forts.

    Ceci fut suivi par l’exploitation coloniale de même que les guerres impériales à l’intérieur du continent, guerres qui n’avaient rien à faire avec l’Afrique. La récente migration de travailleurs, de l’avis de beaucoup de gens, n’est pas quelque chose de nouveau. C’est une perpétuation et une perfection de ce qui a commencé il y a des siècles et qui est resté inchangé.»

    Il va plus loin en disant « Selon l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), l’Afrique a déjà perdu un tiers de son capital humain et elle continue de perdre son personnel ayant des aptitudes suivant un taux croissant, avec une estimation de 20.000 docteurs, professeurs d’université, ingénieurs et autres cadres professionnels qui quittent le continent chaque année depuis 1990. Cette même source estime qu’il y a actuellement 300.000 Africains hautement qualifiés dans la diaspora, 30.000 parmi eux ayant un diplôme de doctorat (PhD).

    En tenant compte de ces facteurs, une coalition dirigée par les organisations basées aux Etats-Unis « Physicians for Human Rights, » HIV Medicine Association » et « Association of Nurses in AIDS Care » a publié un plan de 15 points lors du sommet du G8 en juillet 2006, avec pour objectif de mettre fin à la pénurie d’agents de santé en Afrique. La déclaration a souligné que « les pays du G8, en particulier les Etats-Unis et le Royaume-Uni, devraient réduire leur dépendance envers les agents de santé en provenance de l’étranger et chercher à devenir auto-suffisants en réponse à leurs besoins en matière d’agents de santé.

    Les Etats-Unis devraient aussi élaborer un code de pratique sur le recrutement international des cadres professionnels de santé, qui inclut ne pas activement recruter des agents de santé en provenance des pays en développement sauf dans le cadre d’un accord avec des pays, un accord qui respecte le droit à la santé dans ces pays et qui soit mutuellement bénéfique.

    L’Association Médicale Britannique a également lancé une mise en garde sur cette pénurie grave d’agents de santé en Afrique sub-saharienne à cause de la migration vers les pays développés qui est une composante importante de la crise du SIDA en Afrique, et que les pays comme le Royaume-Uni doivent mettre fin à leur dépendance envers les médecins et les infirmiers d’outre-mer.

    Il est crucial de continuer de souligner le rôle de la « fuite de cerveaux » dans le blocage du développement de l’Afrique en vue de combattre le mythe selon lequel des millions d’Africains sont en train de mourir du SIDA parce que l’Afrique est un continent inutile incapable de se sauver de n’importe quoi. Mais il ne suffit pas de souligner ceci. Les Africains doivent également se placer à la tête, ou se plaindre pendant tout le parcours jusqu’à leurs tombes, où seul le silence des pierres des tombes va parler pour eux.

    Il n’y a aucun doute que l’Afrique peut reconstruire sa main d’œuvre en matière de soins de santé à la fois par l’augmentation de la formation et le fait d’attirer certains de ceux qui se trouvent dans la diaspora pour qu’ils rentrent chez eux. Le fait qu’un petit pays comme le Cuba, en dépit des contraintes politiques et économiques, a un meilleur rapport médecin nombre de patients que la plupart des pays développés du monde montre aussi que cela peut être fait par n’importe quel pays grâce à des priorités appropriées en matière de soins de santé.

    Il n’y a aucun droit humain plus important que le droit à des soins de santé publique de qualité. Les personnes infectées et celles qui sont mortes doivent d’abord vivre avant que tous les autres droits soient significatifs. C’est pourquoi, comme une contribution en faveur du respect du droit à la vie saine en Afrique et de la résolution de la crise de soins de santé en Afrique, le Programme SIDA et santé Publique de CREDO – Afrique, conjointement avec des partenaires en Afrique et de par le monde, sont en train de lancer une campagne visant ce qui suit :

    • Que les gouvernements africains font de la résolution du problème de pénurie d’agents de santé leur priorité numéro un en matière de soins de santé publique.
    • Que les gouvernements des pays qui ont le plus bénéficié de la « fuite des cerveaux » cessent de telles politiques et examinent les voies et moyens de compenser le système sanitaire de l’Afrique pour les dégâts occasionnés par leurs politiques de recrutement.
    • Que le thème de la prochaine Conférence Internationale sur le Sida est focalisé sur la mise à l’échelle des ressources humaines et les infrastructures de soins de santé, spécialement en Afrique.
    • Que toutes les organisations intergouvernementales telles que UNAIDS et ses agences clés mettent l’accent et agissent rapidement sur la résolution des pénuries de ressources humaines et d’infrastructures en Afrique et l’infrastructure au cours des huit à 10 ans à venir.

    *Sankore est Coordinateur de Centre for Research Education &Development of Rights in Africa CREDO-Africa. Il peut être contacté en passant par l’adresse : [email][email protected]

    * Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou faites vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org

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  • Les élections en RDC font l’objet de contestation de la part du camp du candidat malheureux Jean-Pierre Bemba, Me Joseph Yav Katshung apporte un éclairage sur la question en révélant que « la jurisprudence en matière de contentieux électoral a toujours été dominée par le principe dit de l'influence déterminante : En vertu de ce critérium fondamental, le juge de l'élection ne prononce l'annulation d'une élection que si les faits invoqués par le requérant ont eu une incidence directe certaine, une influence suffisante pour fausser le résultat du scrutin ».

    Il est sans conteste que les élections constituent un des piliers de la démocratie. Elles sont également dans certains cas, comme celui de la RDC, l’aboutissement d’une longue période de transition, marquant la fin des pouvoirs illégitimes. C’est dans ce contexte socio-politique que le peuple congolais s’est rendu massivement aux urnes en juillet et octobre 2006, pour élire le futur président de la république.

    En effet, aucun candidat n’ayant obtenu plus de 50% des voix après le premier tour des élections du 30 juillet 2006, le second tour de l’élection présidentielle avait été organisé le 29 octobre 2006 entre le président Joseph Kabila et le vice-président Jean-Pierre Bemba. Après l’annonce des résultats provisoires par la Commission Electorale Indépendante (CEI), le 15 Novembre 2006, Jean-Pierre Bemba contestera lesdits résultats et déposera le 18 Novembre 2006, un recours - à la Cour Suprême de Justice - contre lesdits résultats qui donnent le président sortant Joseph Kabila vainqueur avec 58,05% des suffrages exprimés.

    Selon la loi électorale, la Cour Suprême de Justice est chargée de proclamer les résultats définitifs et dispose de sept jours ouvrables à compter de sa saisine pour rendre ses décisions, puis proclamer les résultats. Le présent article essaie de réfléchir sur le principe de « l’influence déterminante », le critérium fondamental dont se servira le juge électoral (la Cour Suprême de Justice) pour trancher ce contentieux électoral. Il essaie aussi, d’éclairer le juge électoral, les parties au procès et la population Congolaise de l’incidence des « présumées » fraudes et irrégularités sur la décision définitive du juge électoral et l'issue des élections. Tout en notant que la présente réflexion ne préjuge pas du fond du contentieux.

    I. CONFLITS ET CONTESTATIONS AU RENDEZ-VOUS ELECTORAL

    A chaque étape de l'élection - avant, pendant, après... -, des irrégularités peuvent se commettre. Cela va de la falsification des listes électorales jusqu'aux faits de propagande mensongère, en passant par les erreurs dans le décompte des bulletins ou le dépassement des comptes de campagne. Ainsi donc, les violences, les fraudes et les altérations à la sincérité ont toujours été au rendez-vous électoral aussi bien en Afrique qu’ailleurs.i

    L'histoire et l'actualité montrent que les élections même dans les démocraties libérales établies, ne sont pas toujours conformes à l'idéal démocratique. Les élections peuvent donc, générer des conflits et même amener aux guerres, comme ce fut le cas de l’Angola en 1992, de la Côte-d'Ivoire depuis 1999, Madagascar en 2001-2002, Togo en 2005, etc.ii

    Fort de ce qui précède,d’aucuns n’hésitent plus à affirmer que les élections, considérées comme une voie privilégiée de sortie de crises et d'expression du pluralisme retrouvé, se voient attribuer la responsabilité des tensions voire des ruptures de consensus qui affectent la vie politique en Afrique.iii

    Notons que le danger des conflits liés aux élections est spécialement haut dans les sociétés qui sortent des situations des conflits et guerres et dans lesquelles les démocraties sont jeunes et fragiles. Tel est le cas de notre pays. Le problème le plus souvent demeure dans la nécessité de garantir la transparence du processus électoral et de gestion du contentieux afin de renforcer l’acceptation et la crédibilité des résultats électoraux.

    II. LE ROLE DE LA COUR SUPREME DE JUSTICE DANS LA GESTION DU CONTENTIEUX ELECTORAL EN RDC

    L’instauration de l’Etat de droit est une exigence constitutionnelle qui occupe une place de choix dans les préambules de plusieurs constitutions et, la RDC ne fait pas exception. Le corollaire de cette exigence étant la tenue régulière d’élections libres, transparentes et sincères.

    La Constitution de Transition de la RDC du 4 avril 2003, en son article 150, donne compétence à la Cour Suprême de Justice pour juger du contentieux des élections présidentielles et législatives, ainsi que du référendum. De même, la nouvelle Constitution de la RDC passée au referendum les 18 et 19 décembre 2005, donne à son article 161, la compétence à la Cour constitutionnelle de juger du contentieux des élections présidentielles et législatives, ainsi que du référendum.

    C’est fort de son mandat qu’elle (la CSJ) a été saisie par Jean-Pierre Bemba et son recours porte notamment sur les "votes par dérogation", le "bourrage des urnes", le "taux de participation" jugé surévalué dans les provinces de l'est acquises à Joseph Kabila, "l'inégalité des moyens de campagne", la "falsification des résultats" et l'"empêchement des témoins d'accéder aux bureaux de vote".

    La Cour devra donc se prononcer sur ce recours et elle peut "annuler le vote en tout ou en partie. Mais, pour le faire, les irrégularités retenues devraient avoir une influence déterminante sur le résultat du scrutin.

    III. PRINCIPE DE « L’INFLUENCE DETERMINANTE » : CRITERIUM FONDAMENTAL DONT SE SERT / SERVIRA LE JUGE ELECTORAL

    Il est une réalité que les questions litigieuses de droit électoral sont dans la plupart de cas examinées par une institution qui est investie de la fonction de juger. Celle-ci statuera, comme il se doit, selon des impératifs proprement juridiques. Elle rendra des décisions revêtues de l'autorité, en principe absolue, de chose jugée.

    Ainsi, la solution juridictionnelle est souvent préférée dans l’examen des litiges ou contestations afférents au déroulement, au recensement ainsi qu'aux résultats des opérations électorales. Ainsi, dans la gestion des prétentions des parties en présence, le juge de l'élection se pose les questions suivantes :

    - Les irrégularités alléguées s'avèrent-elles constantes ?
    - S'analysent-elles en manœuvres frauduleuses ?
    - Si oui, ont-elles été de nature à altérer la sincérité du scrutin, et à modifier son issue ?

    C'est selon la réponse à de telles interrogations que le juge de l'élection sera en mesure d'adopter la solution requise par l'espèce sous examen. A ce sujet, Bruno Genevois relève que : « L'office du juge de l'élection est de vérifier si telle ou telle irrégularité a été ou non de nature à altérer la liberté ou sincérité du scrutin…. Le Juge dispose d'une marge d'appréciation. Il prend en compte l'ampleur des irrégularités, les comportements respectifs des candidats en lice et l'importance des écarts de voix les séparant. »iv

    Le Juge de l'élection dispose ainsi d'une grande latitude d'appréciation des conséquences qu'il doit tirer des anomalies relevées. Il est conduit principalement à rechercher quelles ont été les incidences effectives de l'irrégularité sur les résultats du scrutin, car, dans ce domaine spécifique, la simple constatation d'une violation ou méconnaissance formelle des textes légaux ne saurait suffire pour justifier nécessairement le prononcé d'une annulation de l'élection ou du jugement y afférent.v

    En tout état de cause, la jurisprudence en matière de contentieux électoral a toujours été dominée par le principe dit de l'influence déterminante : En vertu de ce critérium fondamental, le juge de l'élection ne prononce l'annulation d'une élection que si les faits invoqués par le requérant ont eu une incidence directe certaine, une influence suffisante pour fausser le résultat du scrutin.

    En matière de contentieux électoral, le juge ne doit pas confondre le jugement à porter sur des actes illicites, immoraux, délictueux, avec le jugement même de l'élection. En cas de fraude, le scrutin n'est annulé que si celle-ci a eu une influence sur le résultat, le juge électoral n'étant pas juge de la moralité du scrutin mais de sa sincérité et donc de l'adéquation entre le résultat proclamé et la volonté majoritaire librement exprimée des électeurs.

    Ainsi, il ne suffit pas que le processus des opérations électorales soit, par endroits, émaillé d'irrégularités formelles ou de dysfonctionnements, pour faire annuler les résultats des élections. Il faut que ces irrégularités formelles ou de dysfonctionnements aient pu exercer une incidence déterminante sur l'issue des élections, de nature à altérer les scrutins ou à en fausser les résultats.

    Par exemple, l’élection peut-être valable quoiqu'on y relève des cas isolés de corruption ou d'abus d'influence, lorsqu'il est avéré qu'ils n'ont pu agir que sur un nombre restreint d'électeurs, et que l'annulation de leurs suffrages, en les supposant acquis à l'élu, ne l'empêche pas de conserver une majorité appréciable. C'est la raison pour laquelle l'écart de voix joue souvent un rôle décisif dans ce type de contentieux. Cependant, en cas de manoeuvres frauduleuses massives, l'atteinte à la sincérité du scrutin est présumée.

    QUE CONCLURE ?

    Il faut reconnaître que le travail du juge électoral est un exercice délicat en soi; il l'est particulièrement lorsqu’en dépend le cours d'une évolution politique ou l'issue d'un conflit que les acteurs politiques n'ont pu ou n'ont voulu régler,vi tel est le cas de la RDC. A juste titre, quelqu’un pourrait se poser la question pertinente: celle de savoir si les juges des élections ne se trouvent pas investis de compétences et de pouvoirs disproportionnés à leurs moyens et à leur statut mais aussi aux conséquences politiques que peuvent engendrer leurs jugements dans un contexte démocratique encore fragile.

    Ainsi, les magistrats chargés de la gestion du contentieux électoral, doivent se rendre compte qu’une responsabilité importante pèse sur eux. La Cour Suprême de Justice, ce lieu stratégique où se croisent élections et démocratie doit faire montre de sa neutralité, impartialité, indépendance, compétence et dévouement afin de départager les deux parties. En toute objectivité, un seul critère doit guider les magistrats de la CSJ: L’influence déterminante.

    Aussi, pour que la RDC renaisse de ses cendres tel qu’un phoenix, les deux parties (Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba), y compris le public, doivent se plier et accepter le verdict de la Cour Suprême de Justice.

    Notes:

    (i) Il est sans conteste que le recours aux élections, n'est pas aujourd'hui sans rencontrer des réserves et susciter des appréhensions. Les difficultés semblent parfois empirer si l'on en juge par la gravité des crises liées à l'organisation de certains scrutins.

    (ii) Pour une comparaison des élections et des conflits liés aux élections en Afrique australe, lire TOM LODGE, DENIS KADIMA, DAVID POTTIE. (eds), Compendium of Election in Southern Africa (Johannesburg: EISA, 2002), p.9- 30. In Angola, the opposition group UNITA restarted fighting in the aftermath of the elections of 1992. Opposition leader Jonas Savimbi refused to accept the defeat against MPLA leader Eduardo dos Santos, who has ruled Angola until now. Other examples like the Ukraine, Kyrgyzstan, Togo or Ethiopia provide more recent
    evidence of the conflict potential of elections.

    (iii) Professeur JEAN DU BOIS DE GAUDUSSON, « Les élections à l'épreuve de
    l'Afrique », in Cahiers du Conseil constitutionne,l n° 13, Études et doctrine, La sincérité du
    scrutin, p.34

    (iv) BRUNO GENEVOIS, « Le nouveau rôle du juge de l'élection », in Revue Pouvoirs, n°70 - septembre 1994 - Pages 69-71

    (v= Intervenant dans une matière qualifiée de plein contentieux spécialisé, autrement dit d'un contentieux mixte dans le cadre duquel l'appréciation de la légalité ne saurait être dissociée de celle des faits.

    (vi) Sur ces questions, cfr. Aspects du contentieux électoral en Afrique, Organisation internationale de la francophonie, 1998; ALIOUNE FALL, " Le juge, le justiciable et les pouvoirs publics: pour une appréciation concrète de la place du juge dans les systèmes politiques en Afrique ", in Les défis des droits fondamentaux, sous la dir. de J.-Y. MORIN et G. OTIS, AUF, éd. Bruylant, Bruxelles, 2000

    *Me Joseph Yav Katshung est Coordonnateur de L’antenne de la Chaire UNESCO
    des Droits de l’Homme/Université de Lubumbashi.
    Il peut être joint à cette adresse e-mail : [email][email protected]

    *Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou faites vos commentaires en ligne à l’adresse www.pambazuka.org

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  • À l'occasion de sa retraite, Issa Shivji, professeur de droit à l'Université de Dar es-Salam, aborde le sujet du rôle des avocats soutenant le système néolibéral. Voici un extrait de son exposé. Vous aurez accès à la version complète en cliquant sur le lien à la fin de l’article.

    Le néolibéralisme engendre une intelligentsia transnationale pour le servir. La mondialisation mondialise le capital d’entreprise. L'élite néolibérale mondialise la « règle de la loi ». Ceci n'est pas la « règle de la loi » telle qu’elle fut établie lors du siècle des Lumières suivant des valeurs politiques libérales. C'est la « règle de la loi », fermement ancrée dans les exigences de la « règle du capital », qui est au service d'un système autocrate corporatif.

    Comme l’affirme Cutler, la « loi qui est en train d'être mondialisée est essentiellement d'origine américaine ou anglo-américaine, favorisant les valeurs des ordres néolibéraux de contrôle ». Au cœur de ces valeurs se trouvent l'expansion et la protection des relations de propriété et l'appropriation privée de la valeur additionnelle [1].

    Aussi l'élite légale se voit-elle impliquée dans la rédaction de la législation sur la privatisation, ainsi que dans la création des cadres institutionnels d'habilitation par lesquels le capital d’entreprise peut fonctionner librement. Elle est engagée dans la rédaction de contrats pour permettre au capital social d'exploiter des minerais souterrains et des ressources naturelles.

    Elle facilite la provision de systèmes éducatifs, de soins médicaux, de ressources énergétiques et en eau, de terres ancestrales et de plantes médicinales traditionnelles. Elle s'engage également à rédiger des lois sur la propriété intellectuelle pour protéger le plasma modifié de semences et les médecines à base d'herbes, dont la connaissance se pille des paysans et des agronomes des pays du Quatrième Monde.

    Des consultants à ordinateur portable voyagent d'une capitale à une autre ; ils mènent des « évaluations rurales rapides » pendant une ou deux semaines, émettent en série des documents légaux et font des présentations sur ordinateur lors d’ateliers auxquels sont invités tous les acteurs, et où des politiques d'état sont définies et approuvées.

    L'intelligentsia légale transnationale est également divisée entre les pays du Premier et ceux du Quatrième Monde. L'élite légale est basée dans le Premier Monde ; les « masses » juridiques, autrement dit les « messagers », sont basées dans le Quatrième Monde. La rémunération d’un conseiller international est cinq fois plus importante que celle d'un conseiller local et 10 fois plus importante que celle d'un fonctionnaire local.

    Les recherches et les analyses locales sont faites par le « messager juridique », tandis que le conseiller international fait la présentation sur ordinateur et disserte sur les normes de la « meilleure pratique internationale ». Un avocat local me dit que, pour faire un appel d’offres, il doit s'associer à un cabinet juridique du Nord. Un certain nombre de cabinets juridiques locaux sont ainsi associés.

    Chaque année la consultation engloutit des milliards de dollars. Selon Action Aid, près d'un cinquième de l'aide globale est alloué à des consultants et à des ‘experts techniques’. Les donateurs emploient 100,000 experts techniques en Afrique. La Tanzanie verse annuellement 500 millions de dollars américains à des conseillers étrangers - ce chiffre est plus de trois fois plus important que ce que le pays a encaissé annuellement grâce aux investissements étrangers directs entre 1994 et 1999 [2].

    Le projet de la nouvelle Charte claironne la consultation en tant que l'une des fonctions principales de notre université. Dans les années 70, grâce à la méthode historique et socio-économique, la Faculté de Droit avait pour but de former des avocats sensibilisés aux réalités de la société. À l’époque nous offrions une aide judiciaire aux ouvriers, aux paysans, aux femmes et aux enfants. À présent nous cherchons à former des juristes d'entreprise. Selon le projet de charte, l'université atteindra ses objectifs « en étroite collaboration avec l'industrie et le commerce ».

    Le système organisationnel de l'université fait partie de l'attaque idéologique néolibérale contre la pensée critique, contre les intellectuels qui veulent « dire la vérité aux détenteurs de pouvoir », pour reprendre l'expression d'Edward Said [3]. Ce système sape ce que fait l'université en tant que miroir de la société dans le but de faire développer cet élément si important - l’esprit critique. Sans doute, les tentations sont grandes et personne n'y est insensible.

    Comme la fin de mon discours est imminente, permettez-moi d'être un peu nostalgique et de faire quelques réflexions. Et puisque j’ai 60 ans, je crois que vous me pardonnerez également d'être un peu présomptueux. En 1968, nous - les membres de USARF - avons lancé un journal polycopié intitulé Cheche – nom fait de L'Etincelle de Nkrumah et de Iskra de Lénine. Les premiers rédacteurs furent trois jeunes, Zakia Meghji, Henry Mapolu et Karim Hirji.

    Dans la première édition figurait mon exposé « Les Barbares instruits ». Parcourant le document aujourd'hui, on se sent quelque peu gêné. Sur douze pages il y a environ 20 notes de bas de page, le texte lui-même occupant la moitié de la page, avec de nombreuses citations tirées de Baran, Nkrumah, Fanon, De Castro et ainsi de suite. À l'époque aucun éditeur "respectable" n’a voulu l'accepter mais cela nous était complètement égal. Nous n'écrivions pas dans le but d’être publiés. L’écriture faisait partie de notre lutte idéologique. Elle était sans doute maladroite, de style brut, et quelque peu mécaniste en termes de raisonnement. Mais il est clair que le texte « Les Barbares instruits » traduit la colère, la passion et l’engagement. Nous étions dans la période du nationalisme radical dénommé « socialisme ».

    Les jeunes étaient montés contre l'état du monde et ils s’engageaient intellectuellement à mieux le comprendre, étant passionnément motivés par la possibilité de le changer pour le meilleur. Nous discutions de Fanon pendant que nous cultivions le cajou dans des fermes situées dans les alentours de l'université ; à Mlalakuwa nous faisions cours d'alphabétisation basés sur la Pédagogie des Opprimés de Paulo Freire, nous bâtissions nos propres abris, que nous désignions de maisons, c’était de l'auto aide. Notre camarade Joe (le professeur Kanywanyi) pourrait en témoigner.

    Aujourd'hui, mes écrits sont peut-être de nature plus académique, plus intellectuellement raffinés. Je ne suis pas censé le dire. Uniquement mes collègues sont en mesure de les juger. Ali Mazrui est le seul à savoir faire des autoévaluations! Mais quel que soit le verdict intellectuel sur mes écrits, je suis en mesure d’affirmer une chose, et personne ne le contredira : ces écrits ne sont pas fervents comme « Les Barbares instruits ».

    Peut-être que maintenant je suis plus instruit, mais également moins ému par l'injustice, et donc, peut-être, plus barbare ! Récemment, en lisant un brouillon de mon article, ma fille a raillé, « Papa, tu n'es pas assez en colère ». Et ce n'est pas une question d'âge ; on ne passe pas l'âge de l’engagement, de la passion ou du dévouement! Nous devons chercher des explications et non pas des justifications ; et les explications se trouvent ailleurs.

    Le néolibéralisme a fait ses ravages et le langage de la consultation a déplacé et remplacé le langage de la conscience et de l'engagement. En tant qu’individus, nous ne pouvons être que tourmentés avant d’oublier peu à peu même la nécessité d'identifier les maux de notre société. « Organiser, et non pas agoniser », dit mon ami Chachage, et de retour à son bureau il reprend la rédaction de Makuadi wa Soko Huria. Et nous nous devons de le faire car cela est bien plus important que d’aller à Johannesburg assister à encore une conférence sur la mise en œuvre du NEPAD, organisme de persuasion impérialiste.

    Je ne sais si le monde d'aujourd'hui est meilleur que celui d'il y a trente ans. Mais je sais que ni notre pays ni le continent ne l'est. Les Programmes d'Ajustement Structurel des années 80 ont détruit les petits accomplissements réalisés durant la période nationaliste dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'espérance de vie et de l'alphabétisation. Les mesures néolibérales des dix dernières années ont détruit le petit secteur industriel mis en place lors de la période de substitution à l'importation.- textiles, huile, cuir, acier, équipements agricoles, usines de noix de cajou.

    Mais ce qui est encore plus important, c'est que nous avons perdu le respect, la dignité, l'humanité ainsi que le droit à l'opinion personnelle que représente l'indépendance. La majorité de notre population, les travailleurs et les paysans mis en valeur par la Déclaration d'Arusha, sont devenus des "pauvres inconnus".

    Les travailleurs et les paysans, censés être les artisans de l'histoire et les moteurs du développement, se sont transformés en thèmes pour les PRSP - Plans Stratégiques pour la Réduction de la Pauvreté. « Le secteur privé est le moteur de la croissance » nous affirme-t-on à longueur de journée, « l'histoire s'est terminée », nous prône-t-on. Des consultants à ordinateur portable reproduisent les répliques des PRSP de pays en pays. Les stratégies destinées à réduire la pauvreté sont une condition préalable pour bénéficier d'une réduction de la dette. Entre-temps, la dette augmente; du seuil de 8 billions de dollars américains, elle a maintenant passé la barre des 9 billions. Régler les dettes - autant chasser un mirage! Les règles du jeu sont en constante évolution !

    Alors que nous sommes financés par des billions de dollars en aide additionnelle, nous louons une De Soto pour entendre dire que nous sommes trop idiots pour reconnaître "le mystère du capital" ou comprendre « pourquoi le système capitaliste réussit à l'Ouest et échoue ailleurs ». Nous sommes assis sur des trillions de dollars de « capital mort ». Nous n’avons qu’insuffler une vie légale à l’intérieur de ce capital mort et voilà ! Nous voici tous devenus tout aussi capitalistes que les Occidentaux.

    La question à se poser alors est qui, au bout du processus, possédera les trillions et qui sera mort ? L'Histoire nous apprend que les trillions s'accumulent dans les centres capitalistes laissant derrière eux, à la périphérie, les morts, les mutilés, les mal nourris ainsi que ceux que les conflits ont désunis.

    Durant les années 80, la Commission du Sud, financée par Mahatir Mohammed de Malaisie, fut présidée par Mwalimu Nyerere dans le but de savoir comment le capitalisme de l'Ouest passe outre du reste (mes paroles, leur message). La Commission conclut entre autres que le monde était de travers, divisé et souffrait d'inégalités au sein des relations de pouvoir. De plus, elle déclara que cette situation découlait à la fois de l'histoire du colonialisme et des conditions d'inégalité mondiales contemporaines.

    Dans un langage restreint, la Commission déclara que « les disparités énormes entre le Nord et le Sud sont dues non seulement aux différences de progrès économique mais aussi à la croissance du pouvoir du Nord par rapport au reste du monde » [4]. Selon la Commission du Sud, il y avait un revers du mouvement des ressources depuis le Sud (pauvre) vers le Nord (riche). Quant aux dettes, plus récemment, « les pays en voie de développement ont dû transférer annuellement des sommes de presque 40 milliards de dollars aux pays développés et il existe peu de chances que cette perverse tendance de transfert de capital depuis les pauvres jusqu’aux riches soit révolue» [5].

    En 2000, le Président Mkapa fut nommé par Tony Blair, comme membre de la Commission africaine sur la pauvreté. En deux phrases la Commission a résumé 50 années d'histoire africaine comme suit:

    L'histoire de l'Afrique de ces 50 dernières années a été souillée par des faiblesses dans deux domaines : d’abord celle de la capacité d'élaborer et de mettre en œuvre des politiques et deuxièmement, celle de la responsabilité – la mesure dans laquelle un Etat peut répondre aux attentes de son peuple (p. 14) [6].

    Par là l’on comprend que les Africains ne sont pas capables de réfléchir et que les Etats africains ne savent pas élaborer de politiques. Ceux-ci sont anéantis par le manque de responsabilité, ce qui est un code de référence pour la corruption légendaire ou ce qu'on qualifie de « mauvaise gouvernance ».

    Dans les années 60, les Allemands de l'Ouest furent priés de plier bagage et de s'en aller car ils manipulaient l'aide pour exercer une pression pour que la Tanzanie refuse le statut diplomatique aux Allemands de l'Est. De nos jours, la « bonne gouvernance » exige que nous adoptions des lois antiterroristes, et cela même au risque de diviser notre peuple, car c'est la politique étrangère de quelques tyrans de ce monde.

    Oui, le monde a en effet changé. Oui, les temps ont changé. Oui, nous avons effectivement une nouvelle forme d'impérialisme surnommé la mondialisation. Oui, effectivement, nous devons changer. On se pose alors la question: changer mais dans quelle direction, au bénéfice de qui, au profit de qui ? Selon Edward Said, la question fondamentale de tout intellectuel est « comment dire la vérité ? De quelle vérité s'agit- il? Pour qui et où? » [7]

    La question fondamentale de nos jours est de savoir si cette contre-révolution néolibérale thatchérienne profite aux masses ou à une élite néolibérale restreinte? Aucun changement social, économique ou politique ne peut être décrit, analysé ou compris sans tenir compte d'une classe sociale, d'un peuple ou d'une nation spécifique et, au niveau mondial, de l'humanité tout entière. De plus, il est évident que le présent ne peut être ni compris ni amélioré sans que l'on comprenne mieux le passé. Aucun intellectuel qui se respecte n'approuverait la bestialité qu'incarne l'impérialisme.

    Pour nous, hommes de loi, le moins que l'on puisse faire est de se poser la question posée déjà par Edward Said: comment nous hommes de loi devons-nous traiter de la relation autorité – pouvoir - en tant que professionnels suppliants ou comme les représentants de la conscience de cette relation, rien que des amateurs mal rémunérés?

    Notes:
    [1] A. Claire Cutler, 'Historical Materialism, globalization, and law: competing conceptions of property', in Mark Rupert and Hazel Smith eds. (2002) Historical Materialism and Globalization, London: Routledge.
    [2] Action Aid International (2005), Real Aid: An Agenda for Making Aid Work, p. 22.
    [3] Dr. Ali Mohamed Shein, Vice President, The Guardian, 10/06/2006.
    [4] Tanzania Investment Centre, Tanzania Investor,
    [5] Edward W. Said (1993), Representations of the Intellectual, The 1993 Reith Lectures, London: Vintage.
    [6] The South Commission (1990), The Challenge to the South, Oxford: Oxford University Press, p. 3.
    [7] Ibid. p. 19.
    [8] Said 1993, op. cit. p. 65.

    *Cet extrait provient d'un document intitulé « Avocats du camp neolibéraliste », présenté à l'occasion de sa retraite par Issa G. Shivji, professeur de Droit à l'Université de Dar es- Salam en Tanzanie. Pour avoir accès au document complet, veuillez cliquer sur le lien ci-dessous.

    *Le texte a d’abord paru dans le numéro 266 de l’édition anglaise de Pambazuka News. Voir : [email protected] ou faites vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org

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  • La libéralisation des échanges des produits agricoles a comme fondement une profonde injustice car elle compromet la sécurité mondiale, estime Babacar Ndao. Les inégalités des rapports de force dans le commerce mondial des produits agricoles ne manquent pas en effet de détériorer davantage la situation économique et sociale des paysans africains. L’auteur prône pour une mobilisation plus accrue à l’échelle mondiale pour venir en aide aux laissés-pour-compte de ce système que sont les paysans africains.

    La mal gouvernance mondiale qui est la résultante des rapports de forces inégales devrait être régulée par les institutions mises en place à cet effet. Ceci n’est pas le cas. Les conséquences en sont terrifiantes car les bouleversements se sont produits à tous les niveaux.

    • Au niveau international,
    o la technostructure payée par ceux qui possèdent le capital s’est emparée du monde au détriment du politique qui est élu.
    o Les transnationales et les institutions financières internationales font la marche du monde, elles qui ne son élues par personne ;

    • Au niveau national,
    o nombre d’institutions publiques qui devraient réguler ses rapports de forces inégales ont été progressivement affaiblies et/ou supprimées sur proposition de la technostructure ;

    • Au plan local,
    o les impératifs de marché et de la mondialisation sont entrain de détruire les familles et les communautés.

    Il faut retrouver la souveraineté de nos Etats pour réguler le commerce afin de sauver le monde

    Les pays riches ont mis l’agenda de développement de côté pour poursuivre un autre qui leur est propre à savoir le maintien de lourdes subventions et de tarifs douaniers élevés pour les grosses multinationales agroalimentaires et très peu pour leurs propres producteurs. Le dumping des surplus de production qui en découlent en faisant pression sur les pays en développement pour qu’ils ouvrent leurs marchés, sans le moindre égard par rapport aux coûts en terme de développement. Le maintien des subventions et l’obligation de l’ouverture des marches sont fondamentalement incompatibles et injustes voire dramatiques pour nos pays Africains.

    La perte de souveraineté des Etats Africains qui ne peut pas dire non à tout ceci constitue la principale cause de la crise agricole de l’Afrique. Les politiques d’ajustement des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale, Fonds Monétaire internationale – FMI), les règles commerciales internationales (OMC) ainsi que les accords ACP/UE (futurs APE) constituent les aspects les plus significatifs de cette situation. En dépit des changements intervenus, deux constantes ont marqué l’histoire de l’agriculture ouest-africaine :

    • un déficit de souveraineté pour plusieurs pays qui ont du mal à définir des politiques de développement aptes à améliorer la situation ;
    • une détérioration continue des termes de l’échange au détriment des économies africaines.

    En effet, sous le prétexte d’une certaine assistance technique dans le cadre de l’aide bilatérale et les conditionnalités liées à l’aide dans la cadre multilatéral les décideurs africains ont souvent été dépossédés de leurs prérogatives de définition libre des politiques et programmes auxquels aspirent leurs populations.

    L’Afrique est le seul continent au monde où le volume de production agricole et alimentaire baisse alors que sa population croît. Si les tendances actuelles se maintiennent, elle n’atteindra pas les objectifs de réduction de la faim et de la pauvreté de moitié en 2015, objectifs fixés par le Sommet du millénaire pour le développement (OMD). Elle peut même voir sa situation empirer.

    Tout le monde reconnaît aujourd’hui qu’en Afrique, la souveraineté alimentaire et la lutte contre la pauvreté passent inévitablement par le développement substantiel de l’agriculture qui emploie 70 % de la population et représente 30 % du produit intérieur brut (PIB).

    En plus d’être une source importante de devises étrangères pour les Etats, l’agriculture assure pour les populations des fonctions essentielles comme :

    • le droit à une alimentation saine, en qualité et en quantité suffisante ;
    • le droit à un revenu décent ;
    • le droit à un environnement saint.

    Pourtant, malgré son importance, l’agriculture traverse depuis quelques décennies une crise dont la cause principale est les mesures injustices de l’Accord sur l’Agriculture (AsA) au sein de l’OMC. L'amplification de la pauvreté et sa complexité combinée à une croissance démographique exponentielle (3% par an) fait fléchir l’indice de la pauvreté qui varie entre 72 % et 88 % en milieu rural et de 44 % à 59 % en milieu urbain. Compte tenu de la faiblesse des revenus agricoles, très peu de ménages ruraux arrivent à couvrir leurs besoins alimentaires 7 mois sur 12 et nombreux sont ceux qui n’atteignent même pas les 4 mois de couverture.

    Des conséquences sur le plan économique et social

    Les politiques d’ajustement notamment celles portant sur la libéralisation du commerce des produits agricoles sont sources d’importants dégâts en Afrique. Depuis leur instauration on note une progression de la faim, de la pauvreté, des inégalités, du chômage et la dégradation des ressources naturelles. Hormis de timides progrès en matière de démocratisation fragilisée par l’absence de souveraineté et la paupérisation grandissante qui vide progressivement la démocratie de son sens, les résultats ont été partout en-dessous des espoirs. Elles ont entraîné l’agriculture, toutes filières confondues, dans un processus avancé de déclin.

    La crise et la pauvreté qu’elle génère façonnent un cadre de vie continuellement dégradé et précaire. Elles entraînent l’effritement des valeurs et remettent en cause le modèle sociétal. D’autre part, la perturbation des repères éthiques et culturels provoque de nouvelles stratégies d’organisation et de survie. En effet, tandis que certains sont déjà victimes de déviation, d’autres sont exposés à de graves risques sociaux bien connus : vols, agressions et crimes, mendicité et travail précoce, risques éducatifs et sanitaires, exode et émigration. Autant de phénomènes dont l’explication se trouve pour une bonne part dans l’accroissement de la pauvreté et la dégradation des conditions de vie.

    Des conséquences sur le genre.

    Le plus grave danger est surtout lié à l’exclusion plus prononcée encore dont la femme fait l’objet dans le secteur de la production agricole. En effet, c’est elle, la femme, qui est le dernier refuge et le dernier rempart pour ne pas tomber dans l’insécurité alimentaire totale. Le fait de rendre le secteur totalement marchand a réduit celle-ci à ne plus avoir la plus petite parcelle de sécurité. Un fait illustratif est la culture du riz pratiquée uniquement par les femmes dans le Sud du Sénégal en Casamance et où un processus de paix vient d’être enclenché dans une Région qui était en guerre depuis plus de 25 ans.

    Avant, 1970, ces familles n’ont jamais connu la faim et faisaient de cet état de fait une fierté. Avec la libéralisation du secteur du riz, ces familles n’arrivaient plus à s’en sortir. Il n’y avait plus aucune mesure incitative pour la culture du riz pluvial. L’insécurité alimentaire et les conflits fonciers sont une des raisons probables d’un mécontentement généralisé au niveau de cette région Sud.

    Des conséquences sur le plan commercial

    La situation n’est point plus reluisante car la part de l’Afrique dans les échanges mondiaux est passée de 4 à 1 %. Cette situation trouve ses causes dans plusieurs phénomènes : l’étroitesse des marchés nationaux ; les entraves au commerce intr régional (déficit d’infrastructures, barrières douanières, etc.) ; et les difficultés d’accès aux marchés des pays développés.

    A cela s’ajoutent la chute vertigineuse des prix des produits agricoles et agroalimentaires et l’accroissement des difficultés dans l’écoulement des produits locaux sur les marchés domestiques compte tenu de l’ouverture des marchés africains et la forte concurrence déloyale des produits importés.

    Les solutions et les moyens de mise en œuvre des instruments et des mécanismes pour s’en sortir

    Lutter contre la pauvreté commence par arrêter de la générer.
    il est indispensable d’investir massivement en milieu rural, alors que l’aide internationale pour le développement agricole a chuté d’un tiers par rapport aux chiffres de 1984 et que l’agriculture à perdu la faveur des pays donateurs.

    La nécessité d’une mobilisation internationale

    Ces éléments qui agitent la base fondamentale de l’agriculture mondiale et qui constituent le terreau de la fracture agricole mondiale expliquent que les solutions à la mondialisation de l’agriculture passent inévitablement par la réforme du système libéral à l’origine de cette situation. Ils justifient également la nécessaire mobilisation à l’échelle internationale pour trouver les moyens de solutions viables à la crise.

    Pour un commerce mondial, solidaire et complémentaire par des mécanismes de contrôle et de régulation

    Cet enjeu est réel car un prix rémunérateur ne peut être assuré par des marchés entièrement libéralisés, dépouillés de toutes possibilités de régulation.

    Pour une protection externe et une ouverture interne

    L’orientation du commerce doit plutôt favoriser l’émergence et le développement de tels marchés en leur assurant la pleine possibilité d’une protection en externe et une ouverture en interne. Il est nécessaire pour nos pays qui ont le même niveau de développement d’avoir des espaces protégés.

    Réinventer une nouvelle façon de vivre ensemble dans l’intérêt de la planète
    En Afrique, tout particulièrement, les conditionnalités de l’aide internationale à travers certaines institutions comme le FMI et la Banque Mondiale, les Accords de Partenariat Economique (APE) et les accords de préférence commerciale comme l’AGOA, de même que la plupart des coopérations bilatérales constituent pour les agricultures des entraves aussi graves sinon plus que celles de l’OMC.La recherche d’un monde apaisé épris de justice doit conduire à l’instauration d’éthique dans les rapports internationaux particulièrement au sein des grandes institutions (assurer une meilleure gouvernance mondiale .

    Un soutien au développement rural

    Il est urgent que le développement rural se concrétise. Plus de 80% des pauvres de la planète vivent dans des zones rurales et la promotion de la croissance agricole est un élément essentiel de toute stratégie qui vise à les faire sortir de la pauvreté. Des investissements devraient être bien plus importants dans l’infrastructure et les marchés ruraux sont plus que nécessaires, afin de promouvoir la croissance agricole.

    *Babacar Ndao est le responsable de l’Appui Technique pour le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA). Le réseau regroupe les Organisations paysannes de 12 pays de l’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée conakry, Guinée Bissau, Sierra léone, Mali, Togo, Bénin, Ghana, Burkina faso, Côte d’ivoire, Niger).

    *Veuillez envoyer vos commentaires à ou faites vos commentaires en ligne à l’adresse www.pambazuka.org

    Tagged under Alimentation & Santé

  • L’année dernière, le journal britannique « Sunday Herald Online » a indiqué dans son reportage que « …des milliers d’hommes forts, jeunes, à la frontière faite de rasoir de fil de fer de ces possessions espagnoles à moitié oubliées, ont lancé leur raid le plus spectaculaire jamais vu contre la forteresse européenne…. » Sokari Ekine explique que ce qui pousse la plupart des Africains à abandonner leurs pays d’origine est la crise sociale. Elle discute le fait que la réponse des pays occidentaux de l’Europe au problème est influencée par un préjudice culturel contre ceux qui proviennent du soi-disant « Tiers-Monde ».

    Les rapports indiquent que 20.000 hommes, femmes et enfants ont atteint les côtes de l’Espagne depuis le début de l’année, 1.300 d’entre eux étant arrivés il y a deux semaines. Dans huit mois, les nombres seront trois fois plus élevés par rapport à l’année dernière. Ceux qui parviennent à atteindre les côtes, souvent après avoir nagé une centaine de mètres, arrivent à demi-morts et éparpillés sur les plages parmi les touristes qui prennent leurs bains de soleil.

    Dans un article intitulé « The Canaries, The Threatened Paradise » (en français, Les Canaries, Paradis Menacé), le quotidien espagnol El Pais a écrit : « Ce qui était, il y a quelques années, un égouttement lent et sporadique de pateras (bateaux en bois), qui débarquaient dix, douze Marocains, Sénégalais, Guinéens ou Gambiens sur les plages de Fuerteventura, est devenu une arrivée presque quotidienne de bateaux avec 80, 90, une centaine de Sub-Sahariens , la plupart du temps».

    Des arguments se bousculent entre les diverses autorités des provinces et des cités quant aux nombres de migrants que chacun accepte d’accueillir parmi ceux en provenance des deux points de débarquement, les Canaries et l’Andalousie. Jusqu’à présent, le nombre de gens qui ont été déportés dans leurs pays d’origine est à peu près 1.800.

    Il y a une diversité de réalités autour de l’Immigration en Espagne et en Europe. Le pays a bénéficié d’une main d’œuvre marocaine et ouest - africaine qui est bon marché sur les sites de construction et dans leur secteur agricole, ce qui a conduit à une croissance de 2,6% de l’économie pendant les 10 dernières années. Les projections sont telles que sans le travail des immigrants, elle aurait baissé de 0,6% chaque année. Une croissance reflétant les mêmes chiffres s’applique à l’ensemble de l’Europe.

    Aussi longtemps que l’Espagne continue de bénéficier des avantages d’une main d’œuvre à bon marché, la rhétorique du gouvernement espagnol selon laquelle il ne va plus tolérer l’arrivée continue de migrants ne peut pas être prise au sérieux. La différence entre aujourd’hui et il y a une année peut s’expliquer en termes de nombres.

    Une autre réalité pour les Espagnols est qu’ils se trouvent confrontés au fait que l’Espagne est l’espace géographique où l’Europe « baise presque l’Afrique » (Caryl Phillips, The European Tribe), ou est-ce juste le contraire ? Le contraste entre l’Espagne et l’Afrique est remarquable. L’existence de la pauvreté de ceux qui habitent cette dernière et l’existence de riches Espagnols juste de l’autre côté est ce qui pousse avec force beaucoup de gens à traverser la Méditerranée dans des chaloupes bancales. Pour certains de ces gens, c’est comme si l’Espagne était une terre promise.

    Certains quittent leurs propres pays à cause des guerres et des conflits interminables. Et il faut souligner que pour chaque migrant, irrégulier ou régulier, il y a des familles entières – et dans certains cas des communautés – qui survivent grâce aux envois de ceux qui parviennent à traverser.

    L’Espagne et l’UE sont à présent en train d’initier un nombre de projets et de politiques dans une tentative de ralentir, et finalement de stopper, la migration des Africains vers leurs côtes. Cependant, les politiques proposées ressemblent à quelqu’un qui utiliserait un chiffon pour essayer de stopper un robinet qui goutte. Ceci appelle à une question : ces politiques visent-elles à réduire les nombres ou à éparpiller les arrivées plutôt qu’à stopper l’immigration purement et simplement ?

    Une ONG espagnole est en train d’ouvrir une école au Sénégal pour 800 élèves. L’objectif est d’éduquer tant les femmes (qui forment jusqu’à 50% de la population de l’école) que les hommes. Le but ultime de l’école est de communiquer des aptitudes à ces jeunes gens et jeunes filles afin qu’ils puissent trouver l’emploi dans leurs pays d’origine, plutôt que d’être poussés à traverser la Mer Méditerranée pour l’Europe.

    Il y a des millions de jeunes qui sont présentement en train d’essayer de migrer vers le Nord – cette nouvelle politique devrait être reproduite des centaines de fois dans les pays à travers l’Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est de même que le Sud-Est de l’Asie, le Moyen-Orient et au-delà. L’école est un pas positif mais la réalité est qu’il s’agit d’un sac de farine parmi un million de gens affamés.

    En juillet, dans un autre signe de désespoir, le gouvernement espagnol a signé un accord sans précédent avec le Sénégal pour permettre à la Guardia civil (Garde Civile) de patrouiller les eaux sénégalaises en vue d’empêcher les migrants de quitter leur terre natale. L’UE est en train de mettre sur pied un programme qui permettrait de financer une série de camps de transit à travers le continent et au Nord de l’Afrique (depuis l’Ukraine jusqu’en Libye) en tant que partie d’un « système de contrôle » holistique en accompagnement de l’accord de Schengen, la fermeture des deux enclaves espagnoles au Maroc, Ceuta et Melilla, qui va effectivement « faire la ceinture autour de l’Europe par un fil de fer barbelé »

    La contradiction est que beaucoup de pays européens telles que la Bretagne et l’Espagne ont désespérément besoin de migration accrue à la suite de la chute des taux de natalité et de l’émigration de leurs propres citoyens autochtones. Il y a quelque 4 millions d’Espagnols qui travaillent à l’étranger et seulement 2 millions d’étrangers en Espagne. La procédure contournée autour de la nécessité de la main d’œuvre des migrants – professionnels, possédant ou ne possédant pas des aptitudes – est de présenter l’immigration « légale » en termes d’économie et répondre à des besoins temporels, pendant qu’on se sert des demandeurs d’asile et des réfugiés comme moyen de rejeter la migration « illégale » suivant des arguments ethniques et nationalistes.

    Il n’y a aucun doute que les politiques espagnoles et européennes en matière d’immigration ont un élément racial fort. Ces nouvelles politiques sont-elles dirigées contre l’arrêt du mouvement des migrants africains, en réponse à la disponibilité de la main d’œuvre peu coûteuse en provenance de la Roumanie et de la Bulgarie ? Il est important de noter que ces deux pays vont bientôt rejoindre l’UE.

    Je ne pense pas que l’Espagne ait atteint le point de saturation dans ses besoins de main d’œuvre à bon marché mais maintenant les Africains sont en compétition pour des emplois avec des gens de l’Europe orientale qui arrivent également en grands nombres.

    Bien évidemment, l’attrait de l’argent liquide gagné en Espagne pousse les migrants à risquer leurs vies (souvent à plusieurs reprises) pour atteindre l’Europe. L’une des pires tragédies a commencé le jour de Noël de l’année dernière, lorsqu’à peu près 53 Sénégalais, dont la plupart venaient du village de Casamance, ont quitté par bateau le Cap Vert pour les Canaries. Le bateau était relativement grand mais ne disposait ni de couverture ni d’abri. Il semble qu’il y aurait eu un peu de chaos à propos du départ du bateau vu qu’apparemment l’Espagnol en charge du bateau a sauté de ce dernier à la dernière minute. Les rapports disent que cinq des Sénégalais ont aussi quitté le bateau et qu’un autre fut pris de peur après que le bateau a démarré et a sauté puis rejoint la côte à la nage.

    On pense que le bateau aurait passé par la Mauritanie mais qu’une fois arrivé à Nouadhibou (Mauritanie) il y a eu une tempête et que les passagers ont perdu le contrôle du bateau. Ils ont alors commencé à appeler des amis et leurs familles. L’une des personnes qui furent appelées était un pirate espagnol. Quelques heures plus tard ils furent sauvés par un autre bateau qui les tira vers le milieu de l’océan et puis les abandonna. Ils n’avaient que 40 litres de carburant, qui s’épuisa et, comme si cela ne suffisait pas, ils ont dû faire face aux tempêtes et les hautes eaux de l’Atlantique.

    Les rapports indiquent qu’il y a eu une série de tempêtes, avec approximativement une tempête tous les dix jours, et des hauts vents ont poussé le bateau vers Barbade au bout d’une période de quatre mois. Les gens sont morts de faim et de soif, leurs corps étaient jetés hors du bateau l’un après l’autre au fur et à mesure qu’ils mourraient.

    Il y a beaucoup d’Ouest-Africains qui ont réussi à se créer des vies en Espagne et ailleurs en Europe mais beaucoup demeurent également appauvris et vulnérables. Chose intéressante, j’ai dernièrement eu la chance d’avoir une causerie avec une personne qui est arrivée par bateau il y a deux mois en provenance de la Mauritanie et qui avait été envoyée à Grenade à partir des Canaries par le gouvernement. Tout son dossier fut traité avec le schéma selon lequel il allait travailler sur un site de construction et devait obtenir ses papiers en deux ans.

    Nul besoin de dire qu’il y a très peu de chance pour cette personne d’obtenir des documents en deux ans. Plus probablement, elle sera exploitée et on se débarrassera d’elle lorsqu’elle ne répondra plus à ses objectifs.

    A Grenade, il y a une augmentation remarquable des nombres d’hommes essentiellement Sénégalais dans les rues comparativement à il y a une armée. J’ai mentionné ceci à ma tresseuse de cheveux qui a été résidente à Grenade depuis cinq ans. Elle a répliqué, « Il y en a beaucoup trop qui viennent aujourd’hui. On n’était pas nombreux avant. Actuellement, il y en a beaucoup trop et il n’y a aucune occupation pour eux, la seule source de revenu qui leur est ouverte est la vente de CD. Ça ce n’est pas une vie».

    En termes de droits juridiques et de statut, les migrants peuvent être divisés en trois groupes : l’élite éduquée et les experts, qui sont sujets à très peu de restrictions et de désavantages sociaux ; la masse de migrants qui d’habitude cherchent du travail saisonnier, dont les droits sont sérieusement restreints et dont la situation est caractérisée par des conditions de travail pauvres, un haut niveau de chômage, et de pauvres conditions de vie ; et des « étrangers irréguliers » dont on a besoin sur le marché du travail, mais qui sont politiquement exclus et n’ont pas quelques droits que ce soit.

    L’ironie est qu’il y a seulement 30 ans, des milliers de migrants espagnols saisonniers, spécialement en provenance d’Andalousie, passaient leurs étés en travaillant au nord de l’Europe, de l’Allemagne et de la France principalement en cueillant des fruits, mais aussi sur des sites de construction et comme travailleurs occasionnels, juste comme les Marocains et les gens de l’Afrique de l’Ouest le font en Espagne aujourd’hui. A cette époque, les frontières étaient ouvertes et la couleur de la peau n’était pas un problème. Il est intéressant de noter jusqu’à quel point les relations internationales se sont détériorées, mais, chose plus importante, la manière dont l’Etat des affaires semble être influencé par un préjudice culturel contre ceux qui proviennent du soi-disant « Tiers Monde ».

    *Sokari Ekine produit le blogue Black Looks (Regards Noirs),

    *Ce texte a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° : 269.
    Voir : www.pambazuka.org

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  • A la date 30 Juillet 2006, la République Démocratique du Congo (DRC) a connu ses premières élections libres et démocratiques après plus de quarante ans. Le deuxième tour des Présidentielles devant se tenir le 29 octobre prochain, MaîtreDieu-Donné WEDI DJAMBA soutient que l’urgence est principalement de faire de l’électeur analphabète un électeur indépendant et efficace. Selon lui, cette tâche incombe à la société civile et à la commission électorale indépendante, mais surtout aux formations politiques et aux candidats indépendants qui feraient mieux de se concentrer en amont sur la sensibilisation de leurs électeurs.

    Pour les présidentielles, 32 candidats avaient concouru pour un post a la présidence tandis que pour les législatives près de 10000 candidats avaient concouru pour 500 sièges au parlement national.

    Les élections présidentielles ont vu l’émergence des deux candidats ,le président sortant Joseph Kabila Kabange avec 43,8% et le vice-président sortant Jean Pierre Bemba Gombo avec 20,03%. Aucun des candidats n’ayant remporté la majorité absolue(50% + 1 voix), le deuxième tour devrait opposer les deux candidats ayant fait un plus grand score au premier tour. A savoir le président sortant Joseph Kabila Kabange et le vice président Jean Pierre Bemba Gombo.

    Mais l’annonce des résultats du premier tour le 20 Août passé a été suivi des violences entre les militaires de la garde du président sortant Joseph Kabila Kabange et ceux de la garde du vice-président sortant Jean-Pierre Bemba Gombo dans les rues de Kinshasa, la capitale de la DRC. Ces affrontements qui ont duré trois jours ont fait plus de 18 morts.

    Après l’installation du Parlement issu des élections du 30 juillet, le 22-09-2006, l’attention du peuple congolais est maintenant focalisée sur les élections du 29/10/2006. La première étape passée, l’électeur congolais attend les autres échéances électorales notamment, les provinciales, urbaines, locales et le deuxième tour des présidentielles. Au total quatre scrutins.

    Toutefois, avant d’arriver à cette date, un élément sur les élections du 30-07-2006 passé mérite de faire objet d’une analyse. Il s’agit du vote de l’électeur analphabète congolais. La population congolaise étant en majorité analphabète, l’électorat congolais l’est aussi. Notre objet en ce jour est de voir comment faire de l’électeur analphabète congolais un électeur indépendant et efficace.

    En effet, la loi 06-006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielles, législatives, provinciales, urbains, municipales et locales stipule à son article 58 al 1 ce qui suit : « l’électeur qui se trouve dans l’impossibilité d’effectuer seul l’opération de vote a le droit de se faire assister par une personne de son choix ayant la qualité d’électeur ».

    Bien que la loi n’ait pas spécifié le genre « d’impossibilité », nous osons penser qu’il s’agit de l’handicap physique et du niveau d’instruction. L’handicap physique peut être inné ou accidentel. Quant au niveau d’instruction, nous pensons aux analphabètes.

    Si l’assistance autorisée par la loi est avantageuse aux personnes avec handicap, elle n’a pas par contre le même effet sur les personnes analphabètes. Car si l’assistance fait de l’électeur handicapé un électeur efficace, elle fait par contre d’un électeur analphabète un électeur dépendant. En plus, l’analphabétisme en lui seul fait de l’électeur analphabète un électeur inefficace.

    Partant des élections du 30 juillet 2006, notre analyse va consister premièrement à démontrer les cas de la dépendance et de l’inefficacité de l’électeur analphabète en RDCongo, deuxièmement les conséquences de cette dépendance et de cette inefficacité, troisièmement les voies de sortie et nous terminerons notre analyse par une conclusion.

    La dépendance et inefficacité de l’électeur congolais analphabète

    La dépendance

    L’électeur analphabète sollicite l’assistance d’un tiers quand il ne sait pas déceler le candidat de son choix ou encore quand il ne se sait pas comment voter. Tel que nous l’avons souligné dans notre précédente analyse , tels des robots les analphabètes répètent par coeur les instructions de leur leader.

    Pour ne pas se tromper, plusieurs analphabètes répétaient par coeur en longueur de journée les numéros des candidats qu’ils devraient voter aux présidentielles comme aux législatives. D’autres ignoraient même de visage du candidat à élire. Le plus important et le moins compliquer pour cette catégorie d’électeur était le numéro du candidat, pour ceux qui ne pouvaient pas retenir le nom et le numéro à la fois.

    Pour cette catégorie, l’assistance d’un tiers était plus que nécessaire. Et dans ce cas d’espèce, la bonne foi de l’électeur analphabète pouvait être abusée par la personne qui l’assistait. Elle pouvait lui désigner un autre numéro ou un autre nom c’est à dire les coordonnées ne correspondant pas au candidat de l’électeur analphabète.

    L’inefficacité de l’électeur analphabète

    Lors d’un scrutin, porter un choix sur un candidat est une étape, concrétiser ce choix par un bulletin en est une autre. Au cours de scrutin tous les bulletins ne contiennent pas les voies pour les candidats, il y a aussi des bulletins d’abstention et les bulletin nuls. Si les bulletins valables expriment la volonté du votant en désignant le candidat ou en s’abstenant, le bulletin nul par contre est la conséquence de la non conformité du bulletin à la loi.

    L’article 64 de la loi n° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections présidentielles, législatives, provinciales, urbains, municipales et locales énumère les cas des bulletins nuls comme suit : - les bulletins non conformes au modèle prescrit, les bulletins non paraphés par le président du bureau de vote, les bulletins portant des ratures ou des surcharges, les bulletins portant plus d’un choix, les bulletins portant des mentions non requises, les bulletins déchirés.

    Parmi ces six cas de nullité du bulletin de vote, quatre nous concernent dans ce cas d’espèce. A savoir les bulletins portant des ratures ou des surcharges, les bulletins portant plus d’un choix, les bulletins portant des mentions non requises et les bulletins déchirés . Ces quatre cas de figure ont concernés plus les électeurs analphabètes que les instruits pendant les élections présidentielles et législatives du 30/07/2006.

    En effet, bien que la l’article 58 précité prévoie le principe d’assistance aux électeurs se trouvant dans l’impossibilité d’effectuer seuls l’opération de vote, certains électeurs par manque de cette assistance due soit à l’indisponibilité de la personne de son choix devant l’assister, soit à la méfiance de l’électeur vis-à-vis de l’assistance lui proposée par un tiers ou les membres du bureau de vote ou par l’indisponibilité des membres du bureau de vote pour une raison ou une autre ont effectué seuls leur opération du vote.

    Toutefois, avant d’expliciter les différents cas de nullité, il est préférable que tout lecteur ait une idée sur ces bulletins de vote. Le bulletin de vote pour les présidentielles était celui à la dimension du double d’un papier A4 divisé en trois colonnes. Chacune d’elles contenant la liste des candidat. La disposition était la suivante : l’appartenance politique du candidat ou son identité d’indépendant, suivi du logo, du numéro du candidat avec son nom juste en dessous de la photo et enfin la case vide où l’électeur devrait accomplir son acte de vote.

    Le bulletin de vote pour les législatives avait la même disposition que celle des présidentielles à la différence que celui-ci avait quatre colonnes des candidats. Le bulletin en forme de carnet avec des pages dont la dimension était le double du bulletin aux présidentielles. Pendant les élections présidentielles et législatives du 30/07/2006 ces différents cas de nullité de bulletin de vote ont pu se produire par le fait d’un électeur analphabète.

    Le cas des ratures ou des surcharges

    Un électeur qui après avoir fait une marque sur la case autre (celle portant les identités du candidat, son numéro ou sa photo) que celle indiquée pouvait naturellement effacer ses premiers écrits et refaire sa marque sur la case
    indiquée ; Ou encore, l’électeur pouvait commencer par remplir la case par une mention et vouloir la changer ou l’améliorer. Ce bulletin était nul selon la loi.

    Le cas de bulletin portant plus d’un choix

    L’électeur pouvait, après avoir apposer son empreinte sur la case indiquée, plier le bulletin avant que l’encre ne sèche et occasionner ainsi une tache d’encre sur un autre candidat et cette tache est susceptible d’être interprétée comme une mention et partant le bulletin se retrouvait avec plus d’un choix ; Ou encore, le cas d’un électeur utilisant le stylo pour faire une mention sur la case indiquée (le signe +, x , ?) prolongeait par inadvertance l’une de manche dans la case appartenant à un autre candidat. Ce bulletin était nul selon la loi.

    Le cas de bulletin portant des mentions non requises

    Seules quatre mentions étaient permises dans la case indiquée, l’empreinte digitale faite en l’encre indélébile disposée par la CEI les signes + , x .ou ? en dehors de ces quatre mentions, le reste des mentions sur le bulletins de vote et dans la case indiquée rendaient le bulletin nul. Pour un électeur qui faisait un petit cercle dans la case indiquée ou sur le visage de candidat ou qui signait dans la case ou reprenait le numéro de candidat dans la case. Le bulletin était frapper du nullité selon la loi .

    Le cas du bulletin déchiré

    Ce cas a pu être vécu uniquement aux élections législatives qu’aux présidentielles. Car contrairement au bulletin de vote aux présidentielles constitué d’une page, le bulletin de vote aux législatives était un carnet constitué de plusieurs pages.

    Ainsi, croyant que seule la page sur laquelle figurait leur candidat était concernée, certains électeurs ont arraché la page concernée pour l’introduire dans l’urne, d’autres par contre dont le nom du candidat se trouvait sur les pages du milieu du bulletin arrachaient les pages précédant celle sur laquelle se trouvait le nom du candidat. Tous ces bulletins étaient nuls (du moins conformément à la loi) parce que déchirés.

    Conséquences

    Si nous partons sur l’hypothèse selon laquelle dans notre pays la RDCongo la population est majoritairement analphabète. Que chaque bureau de vote avait enregistré au moins un bulletin nul dans chacun de ces quatre cas de nullité analysés ci- haut. Vous pouvez imaginer avec moi le nombre de voix perdues par les candidats aux présidentielles et aux législatives du 30/07/2006 sur les votant répertoriés par la CEI . De toute façon, quelque soit le nombre des votants, les cas de nullité de bulletin de vote affectent tant bien le candidat que l’électeur.

    Le candidat

    S’il est vrai qu’en démocratie les représentants du peuple obtiennent leur mandat de ce dernier, il est aussi vrai que ce mandat s’exprime par le scrutin. Et quel serait le sort d’un candidat dont la majorité d’électeur aurait commis l’un ou l’autre cas de nullité du bulletin de vote ? Il sera bien entendu préjudicié et au risque même de perdre les élections et par voie des conséquences n’est pas être le représentant de ce même peuple.

    L’électeur

    Si l’électeur en tant que peuple est le souverain primaire exerçant son pouvoir par le canal de ses représentants à qui il a donné mandant à travers les élections. Alors, celui qui occasionne l’annulation de ce son bulletin de vote par sa propre faute se rend un mauvais service. Car, qui sait si c’était cette voix qui allait faire la différence en faisant pencher la balance pour son candidat ?

    Les voies de sortie

    Depuis le 30/07/2006 les congolais ont renoué avec une pratique oubliée pendant dix neuf ans (la derniers fois que le peuple congolais est parti devant les urnes fut en 1987 pour élire les commissaires du peuple).

    Si l’exercice de voter est pénible après dix neuf ans de non pratique, à combien plus forte raison une pratique oubliée pendant plus de 40 ans ou encore une pratique jamais exercée ? Car si le peuple congolais a eu déjà dans son histoire à élire démocratiquement ses représentants au parlement et d’autres instances tant provinciales que locales, c’était la première fois par contre qu’il a élu démocratiquement et au suffrage universel direct son chef de l’Etat ( le feu président Joseph Kasa-Vubu fut élu au suffrage universel indirect tandis que le feu président Mobutu ne fut jamais élu démocratiquement).

    Mais, cet exercice de voter est devenu aussi plus pénible de par la nature de bulletin de vote. A cet effet, les bulletins de vote des élections du 30/07/2006 passent être pour les plus grands bulletins de vote du monde avec la dimension d’un double forma A4 pour les présidentielles et d’un qua triple forma A4 pour les législatives sans oublier son volume (un carnet contenant plusieurs pages) toujours pour les législatives.

    Cette particularité de ces bulletins de vote a causé des problèmes même à certains intellectuels qui ont eu du mal à retrouver les candidats sur les différentes colonnes des photos de candidats, surtout sur le grand et volumineux bulletin de vote aux législatives.

    C’est ainsi qu’il est en effet compréhensible que les analphabètes aient rencontré beaucoup de difficultés au moment du vote. Car si les intellectuels ont rencontré des difficultés pour voter à combien plus forte raison les non lettrés ! Après les élections du 30/07/2006, il est nécessaire que des leçons puissent être tirées afin d’améliorer la participation quant à la qualité de vote des électeurs en général et non lettrés en particulier aux autres échéances électorales se pointant à l’horizon.

    L’éducation des électeurs en général et les électeurs analphabètes en particulier s’avère capitale pour l’apprentissage de la démocratie dans notre pays. A propos de l’éducation de l’électeur , la tache revient en notre humble avis en premier lieu aux formations politiques et aux candidats indépendants. Car, les conséquences de l’acte de vote de l’électeur les concernent directement. Les bulletins nuls pris à certaines proportions peuvent influer négativement sur l’élection d’un candidat.

    Ainsi pensons nous qu’au lieu de rivaliser en avale avec une campagne telle que nous l’avons vécu pendant la campagne électorale pour les législatives et présidentielles du 30/07/2006 (cortège motorisé, distribution d’argent, pagnes, T-shirts, chapeaux, poisson), les formations politiques et les candidats indépendants feraient mieux de se concentrer en amont en sensibilisant leur électeurs. Car, en quoi cela servira-t-il à un candidat de drainer des foules pendant la campagne électorale et voir cet électorat ne pas se concrétiser à cause de l’ignorance des électeurs ?

    Cette tâche revient deuxièmement à la société civile (les associations sans but lucratif, les confessions religieuses…)

    La commission électorale indépendante quant à elle n’interviendrait qu’à troisième position.

    Quant à l’éducation des électeurs, nous pensons que la sensibilisation par le contact direct avec les électeurs est la mieux indiquée. Car, la sensibilisation à travers les médias (radio, télévision) connaît certaines limites (la misère fait que les appareils récepteurs fassent défaut dans beaucoup de maisons. Et pour ceux qui en ont, le problème de fournir d’énergie électrique se pose ou encore la lutte quotidienne pour la survie ne laisse pas assez de place).

    Le contact direct consistera à la présentation physique du bulletin de vote ou de modèle semblable aux électeurs pour leur permettre de s’habituer avec le bulletin ; l’organisation des séances simulant l’opération de vote pour permettre à l’électeur d’assimiler son comportement dans le bureau de vote, notamment le retrait du bulletin, l’isoloir, l’encre indélébile ou le stylo, l’application de l’empreinte digitale ou l’utilisation du stylo dans la case appropriée, le pli du bulletin et l’introduction du bulletin du l’urne.

    Ces séances simulant l’opération de vote devraient être effectuées par les électeurs eux-mêmes sous la supervision des organisateurs de séances.
    En plus, chaque candidat devrait veiller à ce que son électorat voie sa photo. En sensibilisant les électeurs de cette manière, les formations politiques ou les candidats indépendants se rassurent sur la participation indépendante et efficace de leurs électeurs.

    Conclusion

    Le processus électoral démarré le 30/07/2006 n’était qu’en son début en République Démocratique du Congo. Après les élections législatives et présidentielles, le peuple congolais aura à élire le Président de la République au second tour, les députés provinciaux, les conseillers urbains, municipaux et locaux au suffrage direct, et les sénateurs, les gouverneurs provinciaux, les maires des villes, les bourgmestres de communes seront au suffrage indirect. Cinq élections donc attendent encore les électeurs congolais au suffrage direct.

    Pour les élections futures, les électeurs congolais en général et analphabètes en particuliers sont appelés à être sensibilisés.

    Car tel que nous l’avons démontré dans cette analyse, les électeurs non lettrés qui du reste constituent un électorat considérable en RDC, devraient être bien sensibilisés afin de devenir indépendants et efficaces au moment du vote. Les différents cas de nullité des bulletins de vote prévus par la loi et imputables à l’électeur, notamment le cas de bulletins portant des ratures ou des surcharges ; les bulletins portant plus d’un choix ; les bulletins portant des mentions non requises et les bulletins déchirés ont été répertoriés pendant les élections présidentielles et législatives du 30/07/2006. L’annulation de chaque bulletin était bien entendu préjudiciable au candidat pour qui la voix était destinée. Le cas de l’électeur assisté par un tiers réduisait aussi l’indépendance de ce dernier.

    Ainsi pour faire de tout électeur congolais en général et analphabète en particulier, un électeur indépendant et efficace, une sensibilisation des électeurs par le schéma proposé ci haut s’avère d’une importance capitale pour les élections du 29/10/2006

    *Maitre Dieu-Donné WEDI DJAMBA est Avocat au Barreau de Lubumbashi ;Activiste des droits de l’Homme ;Assistant à l’Institution Supérieur de Droit Appliqué et Ecrivain. Actuellement en Afrique du Sud/Cape Town pour le ‘Fellowship Programme’ en justice transitionnelle organisé par le Centre International pour la Justice Transitionnelle (CIJT) et l’ Institut pour la Justice et la Réconciliation (IJR) en collaboration avec L’Université de Cape Town(UCT).
    Tel :+243812485222 ;+27738362921 ;+27216862044.
    E-mail : [email][email protected] or [email][email protected]

    *Veuillez faire parvenir vos commentaires à [email protected] ou veuillez commenter en ligne sur www.pambazuka.org

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  • Malgré le progrès déjà fait pour inclure plus de femmes dans le mouvement du Forum Social Mondial, il existe toujours des problèmes complexes qui pourront se manifester pendant les jours qui précèderont la prochaine réunion du FSM laquelle se tiendra à Nairobi en 2007, dit Onyango Oloo lors d’un débat public consacré à « L’équilibre de genre au sein du FSM». Mais tout n'est pas perdu. Selon Oloo, on peut encore agir pour encourager les hommes à se montrer solidaires envers leurs collègues femmes.

    Conceptions de base

    Tout d'abord, en parlant de ‘représentation des sexes’ au sein du Forum Social Mondial, il est crucial que mes lecteurs comprennent ce dont je ne parle PAS.

    Je ne traite PAS de «problèmes qui touchent aux femmes» ; je n'essaie pas non plus de « résoudre » « la question de la femme».

    Je vise plutôt à explorer les questions soulevées par les relations de pouvoir entre les hommes et les femmes telles que celles-ci existent depuis très longtemps, et à les mettre dans le contexte de l'histoire de la planification et de l'organisation des événements à venir du FSM.

    De plus, je me suis lancé dans cette tâche pour des raisons qui sont loin d’être « académiques » ; je ne suis pas motivé seulement par des préoccupations théoriques ou intellectuelles relatives au sujet du sexe de la personne.

    Je me trouve actuellement en train de régler, parmi d’autres, les aspects logistiques et programmatiques de la mobilisation sociale, la collecte des fonds, l'assistance et la publicité pour la prochaine rencontre du FSM, qui aura lieu à Nairobi au Kenya, du 20 au 25 janvier 2007.

    En tant qu’homme, je suis parfaitement conscient du privilège masculin que je détiens, ayant grandi dans un monde caractérisé par le patriarcat, la misogynie et d'autres formes d'oppression et de domination sur les femmes.

    Étant kenyan, je suis également conscient de la présence indéniable de l'économie mondiale capitaliste, ce qui renforce ces oppressions anciennes en délimitant tout en fonction des classes sociales, et en faisant plonger des sociétés historiquement déterminées dans un tourbillon impérialiste, ce qui dans le contexte kenyan et africain, se traduit en néo-colonialisme.

    Pendant les vingt-cinq dernières années, les politiques neo-libérales transférées au Kenya et à d’autres pays africains et austraux, par voie d’agences multilatérales telles que la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International (FMI), l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ont empiré la dynamique de pouvoir déjà inégale qui existait entre les hommes et les femmes dans les domaines de l'économie, de la représentation politique, des relations sociales et culturelles, sans oublier les impératifs idéologiques de nos jours.

    Alors que l'humanité se bat pour réaliser la vision d'un monde alternatif qui serait plus orienté vers l'égalité et la justice sociale, on est plutôt conscient que cette lutte se passe dans le contexte et des conflits entre les classes sociales et des tensions entre les deux sexes qui marquent nos quotidiens.

    Des femmes et des hommes progressifs continuent à se battre pour construire un monde meilleur, alors même que nous explorons toujours les rappels bruts du sexisme qui persiste, du patriarcat répandu et de la misogynie endémique qui infiltrent notre travail malgré nos engagements personnels et notre sincère refus d’accepter ces formes d'oppression, de marginalisation, de mépris ainsi que la haine pure et simple envers les femmes.

    Il n’est donc guère étonnant que le fonctionnement du FSM, se déroulant ainsi dans un contexte complexe de conditions sociales, ne puisse être hermétiquement isolé de toutes les manifestations inquiétantes d'inégalité entre les hommes et les femmes ni d'autres aspects de dynamique de pouvoir inégal entre les deux genres.

    Avant de procéder, permettez-moi de marquer une pause pour partager quelques brefs témoignages, perspectives et expériences du fonctionnement du Forum lui-même :

    Témoignages et critiques concernant genre et fonctionnement du FSM

    1. « …même en essayant de bâtir un monde alternatif fondé sur les principes de la démocratie directe et de la justice sociale, des contradictions internes demeurent au sein du FSM. L'une des plus remarquables concerne les faiblesses dans le maintien de la non exclusion de genre. La majorité des participants au FSM sont des femmes, mais la plupart des présentateurs de commissions sont des hommes, perpétuant ainsi le stéréotype des hommes en tant que ‘producteurs de connaissances’.

    Cela soulève la question : que fera le FSM pour assurer la démocratie directe en termes de l'équilibre de genre ? » - Marc Becker, le 12 avril 2006 (http://yachana.org/writings/beautyqueens.html).

    2. D'autres aspects du forum se sont révélés être plus problématiques. « Un problème d’envergure au FSM est la dynamique de genre, » dit Nadja Millner-Larsen, diplômée depuis peu de l'Université Bard à New York. « J’ai constaté une énorme absence de femmes sur les comités du Forum Social. J'ai assisté à un comité sur le mouvement anti-mondialisation et, à la fin, bon nombre de femmes se sont levées pour dire : « Comment peut-on créer un monde autre alors que la dynamique de genre de ces comités est malsaine ? »

    « Certains de ces hommes ont répondu : « Oui, il faut y faire attention ». Mais d'autres membres du comité ont eu recours à cette réponse classique qu’utilise la gauche depuis les années 60 et ont dit : « Eh bien, les classes ne sont pas représentées de manière équitable, ni la race, vous ne devez donc pas être tellement outragées par la sous représentation des femmes ».

    « Cela évite la vraie question, » continue Millner-Larsen. « Si un Noir, se trouvant dans un public blanc, demandait pourquoi il n'y avait aucun membre noir d’un comité quelconque, ses interlocuteurs ne lui répondraient pas, « Ne vous en faites pas - il n'y a pas de femmes non plus». Et voilà, trente ans plus tard et on compare toujours la classe et le genre aux femmes…C’est scandaleux. Le fait de permettre que cette distribution inégale de genre soit sanctionnée au sein du forum officiel a influencé à son tour, le Camp de Jeunesse. »

    En plus des centaines de vols et des nombreuses bagarres au Camp de Jeunesse, des viols ont aussi été rapportés. « Il y avait un niveau élevé de violence dans le Camp de Jeunesse, explique Millner-Larsen. De tous les voyages que j’ai effectués, je me suis sentie plus exposée là-bas. J'avais le sentiment qu'être toute seule au camp était vraiment dangereux » - Benjamin Dangl, commentant le FSM à Puerto Allegre.
    (http://upsidedownworld.org/main/content/view/177/63/)

    3. Pourtant, on estime que le mouvement des femmes n’est toujours pas au cœur du FSM. Dans son témoignage, Candido Grzybowski - sociologue, directeur de IBASE, et membre du comité organisateur du FSM - déclare que « les femmes représentaient seulement 43 % des délégués du FSM, même si elles constituent plus de 50 % de la population mondiale ! Il est triste de le reconnaître, mais le FSM continuait à être limité par rapport à sa représentation féminine. » Il reprend : « Au FSM, j’apprends une chose fondamentale, ce qui changera certainement mon rôle au sein du Forum et à IBASE. Les femmes sont une « minorité », division que nous avons créée au sein de la société civile.

    A cet égard, cela ne sert à rien de blâmer le capitalisme, le neo-libéralisme, la mondialisation, les états exclusifs, etc. Cela est un problème majeur qui est engendré, développé et soutenu à travers la culture de la société civile elle-même. » - (http:///www.dawn.org.fj/publications/docs/cardosawsf.doc).
    4. Un exemple valable serait les trains. J'ai rarement été prise d’une telle peur que lors d’un voyage par train pour me rendre un matin au Forum. Je ne suis pas montée au wagon des femmes. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de place - avant de comprendre que la place qu'on m'avait offerte dans un wagon rempli d'hommes était l’enfer.

    Dans cette situation quotidienne épouvantable, les femmes se battent pour se trouver une place, et d’une manière ou d’une autre, elles y parviennent. Au FSM, c'est la même chose : ni la question du genre en général ni les femmes n'ont été mieux représentées dans le programme officiel de cette année par rapport aux années précédentes. Les mêmes hommes ont dominé les comités les plus importants; certains qui s'apprécient un peu trop, ont participé à plusieurs séminaires à la fois. Qui n'a pas vu Walden Bello (pour n’en nommer qu'un) prononcer un discours et dire ensuite «Vous m’excusez, je dois partir », pour se précipiter vers le séminaire suivant?

    Bon nombre de comités se composent entièrement d'hommes. Plusieurs activistes
    populaires qui se croient « super féministes » parce qu’ils savent un peu de théorie du genre, ont accepté de faire partie des comités sans la présence d’une seule femme. Partout, on a pu constater des relations « homo sociales »: des hommes préférant discuter avec d'autres hommes, des hommes favorisant d’autres hommes lors de l'organisation d'un séminaire ou de la rédaction d'un livre. Les femmes ont été reléguées au même espace qu'occuperait une Indienne dans un train.

    Tout cela qui existe depuis le début au sein du Forum, était encore manifestement présent à Mumbai – mais, d'une manière ou d'une autre, cela a été défié et renversé par des femmes qui ont décidé d'occuper un espace plus important que celui qui leur avait été offert.

    J'ai entendu dire bon nombre de personnes : « Quelque chose doit se produire au sein du FSM. Cela ne peut pas continuer ainsi. » Mais, cette année-là en effet, quelque chose s'est passé.

    Une « nouvelle » question - les droits des femmes – est passée au premier plan.

    Il reste encore de « vieux » problèmes. La manière de les résoudre impliquera peut-être des propositions qui ne plairont pas à certains. C'est comme pour les wagons des femmes. Beaucoup de gens s'opposeraient certainement à l'idée de séparer les voyageurs hommes et femmes. Eh bien, avant d’émettre des jugements, vous devriez vous mettre à la place d'une femme voyageant dans un train en Inde. Les wagons « pour tout le monde » se composent seulement d’hommes, qui harcèlent et agressent toute femme osant monter à bord. C'étaient en fait les femmes elles-mêmes qui se sont battues pour avoir un wagon exclusif pour elles.

    Si les comités du FSM « pour tout le monde » comprennent uniquement des hommes, qui analysent et discutent de tout, et si les comités composés exclusivement de femmes ne débattent que des questions liées aux femmes, et que cette situation continue, sans égard pour ceux qui ne sont pas d'accord – peut-être qu’on devrait établir des règles. L’une de ces règles pourrait exiger que les comités au FSM composés exclusivement d’hommes n’aient le droit de discuter que de sujets relatifs aux hommes.

    S’il y a des gens qui refusent de comprendre ce qui est évident, on devrait peut-être établir des règles jusqu'à ce qu'ils comprennent ? Je ne dis pas que ce soit une chose positive, mais le succès qu’ont eu les femmes cette année-ci, aura un impact sur le fonctionnement du Forum, impact qui durera plus longtemps que ces quelques jours passés à Mumbai.

    Mais cette session du FSM (Mumbai 2004) ne devrait pas être caractérisée essentiellement comme une session où on s'est mis à établir des règles, mais plutôt comme une belle célébration politique dominée par les femmes. Selon des recherches qui ont été faites sur le genre, la perception est que les femmes représentent « la majorité» lorsqu’en réalité nous n’occupons que 30% de tout espace. Lors de cette session du Forum, la représentation des femmes a été plus ou moins en rapport direct avec notre proportion en termes de la population mondiale : environ 51%. Je pense que c’est la raison pour laquelle beaucoup d’observateurs ont eu l’impression que les femmes étaient partout présentes au Forum. - America Vera Savala.

    (http://www.zmag.org/content/print_article.cfm?itemID=4910&sectionID=1)

    Dynamique de genre qui prédomine en Afrique de l’Est

    Dès le tout début les femmes de l'Afrique de l’Est jouent un rôle crucial dans la planification et l'organisation de la prochaine rencontre du FSM qui aura lieu en 2007. Par exemple, le seul membre venant du Kenya - pays hôte, qui siège au Conseil International, est une femme; deux des quatre représentants kenyans au Conseil du Forum Social Africain sont des Kenyanes. La représentante principale du Forum Social Ethiopien aux réunions FSA/FSM est une femme; en Tanzanie, au moins cinq des organisateurs principaux pour le FSM sont des femmes; en Ouganda, presque la moitié des représentants du Comité Organisateur pour le FSM de Nairobi de 2007 sont des femmes.

    A la cérémonie inaugurale du Comité Organisateur pour le FSM de Nairobi de 2007, tenue à Nairobi du 22 au 23 avril 2006, les femmes représentaient la moitié des sièges à la séance plénière. A la même réunion, 27.5% (22 sur 80) des participants étaient des femmes. Les femmes étaient également très bien représentées au sein du Comité Organisateur lui-même. Avant et après cette réunion cruciale, FEMNET, l'une des principales associations de la société civile pour les femmes africaines (et représentée au sein de trois commissions pour le FSM de 2007) a amorcé une série de réunions pour réunir les femmes participant au fonctionnement du FSM.

    Simultanément, sur les sept commissions du Comité Organisateur du FSM, une seule est présidée par une femme malgré le fait que les femmes constituent près de la moitié des membres de ces commissions. Au sein de l’un des organismes clés en matière de prise de décisions – le Comité Local de Nairobi – deux des cinq membres sont des femmes. Le Secrétariat du FSM de Nairobi de 2007 est encore dominé par les hommes. A la cérémonie inaugurale du Comité Organisateur du FSM de Nairobi de 2007, les femmes ont fait appel à la mise en place d'une Commission pour la Femme – or jusqu’à ce jour, aucune décision n’a été prise.

    Il est donc évident que les femmes de l'Afrique de l’Est jouent un rôle central dans le planning, dans l'organisation et la mobilisation pour le FSM de Nairobi de 2007. En même temps le processus même de préparer cette réunion demeure déterminé et dominé par les hommes. On n’aurait pas tort de croire que les témoignages et les perspectives partagés dans la partie précédente, retrouveraient leurs équivalents dans notre contexte régional.

    La majorité de la population de la région de l'Afrique de l’Est se trouve toujours dans des régions rurales. Plus de la moitié de cette population est constituée de femmes. Pourtant, l'organisation et le planning pour Nairobi de 2007 se font principalement dans les principales villes urbaines, telles que Nairobi, Kampala, Dar es Salaam, la ville de Zanzibar, Mogadishu et Addis Abéba. Cela a des implications directes pour le FSM de Nairobi de 2007 lorsqu'il s'agit d'assurer la participation efficace au planning et à la mise en application de femmes venant de la classe ouvrière ainsi que de paysannes de l'Afrique de l’Est.

    De jeunes femmes (pas seulement en Afrique de l’Est d’ailleurs) se sont plaintes que « Jeune » signifie « Jeune homme », ce qui marginalise les jeunes femmes qui, dans notre contexte local, sont plus nombreuses que leurs homologues mâles. On pourrait citer d'autres exemples, mais il suffit de dire que la question de la marginalisation des femmes au sein du processus du FSM est aussi une réalité en Afrique de l’Est.

    Tout compte fait, cette réalité de la marginalisation des femmes ne devrait choquer personne. Le fonctionnement du FSM est un modèle en réduit des conditions concrètes qui existent dans le monde d'aujourd'hui. La dynamique de genre au sein du FSM reflète les relations de pouvoir actuelles entre les hommes et les femmes à travers le monde.

    Si l’on se limite brièvement à la situation seule au Kenya, on sait pertinemment que l'actuelle misère écrasante a un impact bien plus dévastatrice sur les femmes kenyanes - même si ce sont les femmes qui sont à la base de la production alimentaire, qui sont les principaux moteurs économiques non rémunérés aux foyers, qu’elles s’occupent des enfants et prennent en charge la responsabilité des aînés, des séropositifs ainsi que des orphelins. Il n'y a qu'une poignée de femmes parmi les ministres et leurs adjoints dans le gouvernement boursouflé du Kenya.

    Chaque jour sans exception, il y a littéralement des douzaines d'histoires dans la presse locale et par voie électronique au sujet de femmes tuées, violées, souillées, battues, brutalisées ou autrement agressées par leurs époux, leurs pères, oncles, frères, fils et d'autres hommes de leur entourage immédiat ainsi que des étrangers à part entière, qui considèrent que la gent féminine est vulnérable (allant du bébé de moins d'un an jusqu’aux grand’mères vieilles de presque cent ans), et qu’elle constitue donc une cible facile pour les excès de violence dont le but est de démontrer la suprématie masculine.

    Au niveau national une grande colère s’est récemment manifestée lorsqu'une femme parlementaire kenyane a introduit un projet de loi pour légiférer contre une grande variété d’abus sexuels y compris le viol conjugal. Les hommes parlementaires kenyans ont pris le dessus en ridiculisant et dénigrant le projet de loi, un parlementaire très connu lançant des railleries que les femmes africaines qui disent "non" aux avances sexuelles ouvertes, veulent en réalité dire "oui".

    Les colonnes des journaux étaient remplies de commentaires et de lettres aux rédacteurs déclarant que beaucoup d'hommes kenyans se sentent menacés dans leur bastion de privilèges réservés aux hommes, du coup réticents et/ou incapables de comprendre la terreur découlant du nombre croissant de cas de viols et de violences envers les Kenyanes. Les stations de radio étaient inondées d'appels téléphoniques et de texto venant de partout dans le pays au fur et à mesure que les remarques acerbes faites par les hommes à l’encontre du projet de loi de Njoki Ndung’u s’intensifiaient avec brio.

    Même si certaines parties du projet de loi avaient été ébauchées de façon peu satisfaisante (comme, par exemple, la responsabilité de fournir des preuves laquelle fut étonnamment transposée depuis l'accusateur à l'accusé), les parlementaires kenyans parvinrent à enlever du projet de loi certaines des recommandations clés. Par exemple, ces parlementaires et leurs amis non parlementaires partout dans le pays trouvaient que c'était un grand triomphe de voir disparaître du texte définitif et largement modifié, la clause condamnant le viol conjugal.

    Deux mois auparavant, l'auteur de cet article fut horrifié par la façon dont la foule réunie dans une boîte de nuit de Mombasa, acclamait avec approbation un comédien soliste qui se moquait d'une Kenyane victime d'un viol collectif commis avec violence une semaine plus tôt. En écoutant les commentaires sportifs à la radio ou en parcourant les colonnes hebdomadaires d’écrivains hommes, il est évident qu’au Kenya le sexisme et la misogynie dépassent l’âge, la classe sociale, la tribu, l’ethnie, le culte, la confession, les divisions urbaines / rurales ainsi que tout autre division sociétale.

    On ne devrait donc pas s'étonner que ce pouvoir inégal entre hommes et femmes se manifeste dans le déroulement même du FSM actuel. Ou encore que la situation en ce qui concerne le planning et l'organisation pour 2007 à Nairobi semble refléter une réalité qui dépasse les interactions au quotidien entre hommes et femmes kenyans et le reste de la région de l’Afrique de l’Est.

    Pour le Forum Social Mondial de Nairobi de 2007: ou comment tirer des leçons des erreurs de genre commises dans le passé par le FSM

    Lorsqu'on constate la dynamique entre les sexes dans la préparation du Forum de 2007, on est rempli d'optimisme et on déborde d'espoir. Cela malgré le tableau alarmant peint dans le texte précédent et en dépit du bilan global peu flatteur des relations de pouvoir entre hommes et femmes partout dans le monde.

    Pourquoi donc cet optimisme ? De quelle source jaillit cet espoir ?

    L'optimisme naît après avoir mesuré combien les femmes impliquées dans le fonctionnement du FSM à travers le monde ont défié avec succès les bastions et les privilèges des hommes; cet optimisme s'inspire du fait qu'un nombre grandissant d'hommes de la famille FSM s'autocritiquent pour interroger leur propre rôle, comprenant combien ce rôle continue à marginaliser les femmes.

    L'espoir, poétiquement surnommé "espoir têtu", provient de Dennis Brutus (vétéran du FSM à part entière) : l'espoir obstiné des opprimées et des marginalisées à reprendre des rôles de premier plan par le biais de combats collectifs bien résolus. Quant à l’Afrique de l’Est, l'optimisme et l'espoir viennent de la présence de plusieurs féministes rigoureuses qui ont aidé à mettre sur pied des forums sociaux en Ouganda, en Tanzanie, au Kenya, en Ethiopie, et en Somalie ainsi que d’un noyau d'hommes progressifs qui comprirent au tout début du processus que la participation active des femmes ainsi que le besoin d’interroger les croyances soutenant la domination masculine et la marginalisation de la femme, sont des indicateurs clés de l'évolution et de la maturité des Forums Sociaux dans cette région de l'Afrique.

    En dépit de ces acclamations, le chemin devant nous est rocailleux; il est montagneux et épineux.

    M'exprimant comme un homme soucieux de contribuer au réajustement de cette équation disproportionnée de l'égalité des sexes, je suis convaincu qu'il est grand temps pour les hommes de l’Afrique de l’Est de commencer à s'auto-interroger sérieusement.

    La question d'occuper de l’espace est l’un des fils conducteurs principaux qui peut servir à entamer cette réflexion et cette rectification. L’un des mantras du Forum Social Mondial est que chaque personne réclame son espace. Mais ce faisant, est-ce que nous les hommes absorbons tout l'oxygène? Est-ce que nous étouffons les autres? Est-ce qu’on ne les oblige pas à se taire? Ne prenons-nous pas, littéralement, TROP d’espace? Combien de fois et pendant combien de temps parlons-nous? En parlant souvent et à haute voix, peut-être que nous faisons taire les autres - en particulier nos amies les femmes dans leur lutte pour un monde meilleur, un monde où elles auront droit à plus de choix ?

    Lorsque les femmes parlent, est-ce que nous les hommes les écoutons? Combien de fois ne se montre-t-on pas impatient en entamant des conversations à côté avec ‘nos frères’ ou en interrompant nos soeurs quand elles parlent? Lorsque les femmes interviennent, est-ce que nous les hommes approuvons ce qu'elles disent ou attendons-nous plutôt "Notre" chance de parler sans nous soucier de leur prêter une oreille attentive? Est-ce que lors de telles rencontres nous nous interrogeons sur les rôles sociaux des deux sexes (comme, par exemple, qui rédige le compte rendu, qui prépare le thé, qui fait le nettoyage) ?

    Plus d'une fois lors du fonctionnement du FSM, j'ai vu des hommes autrement progressifs rejeter les arguments des femmes en leur reprochant de faire de nouveau preuve de cette contagion si souvent ridiculisée : "la bourgeoisie féministe de l'ouest" - accusation qui souvent fait taire même les Africaines les plus extroverties.

    En accusant ainsi les femmes, même les hommes les plus ouvertement progressifs, radicaux, anti-impérialistes de l'Afrique de l’Est sont souvent coupables de participer consciemment ou inconsciemment à une manœuvre sexiste à peine déguisée dont l’objectif est de faire déprécier les inquiétudes et les requêtes des femmes.

    Le mot F - Féminisme - est redouté de façon surprenante même par des socialistes invétérés, des panafricains et des révolutionnaires auto proclamés – ce qui est malheureux car je pense qu'on ne peut être socialiste, panafricain ou révolutionnaire auto proclamé si l’on rejette les conséquences directes du credo féministe, à savoir l'égalité entre hommes et femmes.

    Les adversaires les plus implacables de la cause féminine dans la région de l’Afrique de l’Est sont parfois malheureusement des Africaines qui, dans un étrange élan d'obligation envers leurs frères africains, se précipitent à prendre fait et cause contre leurs propres sœurs militantes qui insistent à mettre l'accent sur ce qui manque dans la dynamique entre les sexes dans le déroulement d’un organisme tel que le FSM.

    Faisant partie du Secrétariat du FSM de 2007, je dois faire face à la tâche pratique de prêcher par l’exemple.

    En d'autres mots, que peuvent faire, de manière concrète, les hommes de l’Afrique de l’Est participant au fonctionnement du FSM, pour réajuster le planning menant pour que puissent exister des relations plus équitables entre hommes et femmes?

    A mon avis, un point de départ serait le nombre grandissant d'hommes de l'Afrique de l’Est qui prêtent une oreille attentive aux appels des femmes telle que Roselynn Musa de FEMNET laquelle a réclamé l'instauration d'une Commission pour la Femme comme l’une des filières du Comité Organisateur du FSM de Nairobi de 2007. Les arguments qui ont été avancés contre l’instauration d’une Commission pour la Femme sont que les femmes sont déjà représentées au sein de toutes les commissions et que la dynamique entres les sexes est cruciale à tout le procédé de planification -- ce sont là des arguments qui ne peuvent être retenus.

    La jeunesse aussi est représentée au niveau de l'exécutif et les sujets relatifs à la jeunesse sont aussi cruciaux. En effet il n'y a pas que la Commission pour la Jeunesse, mais tout un procédé pour l'installation et l'implémentation d'un Camp de Jeunesse.

    Encore un point de départ serait de concevoir des stratégies, des principes, des moyens et des structures qui puissent réduire le taux de violences contre les femmes assistant en 2007 à la réunion du FSM à Nairobi. Je fais directement référence aux viols qui ont été perpétrés lors des dernières manifestations du FSM et à comment nous pouvons tous travailler ensemble pour remédier à cette situation. Il ne suffit pas de considérer le viol comme étant un problème d'ordre public, pouvant être amélioré en expédiant plus de policiers sur le site du FSM.

    En agissant ainsi, on montre que l’on ignore les complexités dont sont entourés le viol et d'autres violences envers les femmes et on réduit un problème épineux à un seul phénomène unidimensionnel où les femmes sont assaillies et prises au piège par des hommes ‘étranges’ qui rôdent près du Centre de Conférences International Kenyatta et dans les parages du Parc Uhuru, en quête de femmes victimes, étrangères ou locales.

    Si on devait adopter cette attitude aveuglée pour le FSM de l'an prochain, nous ferions du tort aux femmes participantes car nous laisserions au large les éventuels coupables. Je fais référence aux cas prouvés scientifiquement, à la réalité que les femmes sont le plus souvent violées et assaillies par des hommes qu'elles connaissent, avec qui elles travaillent et qui leur sont connus.

    Comment les femmes peuvent-elles se protéger contre leurs confrères participants au Forum ou même contre des délégués venant de la même organisation ou du même pays ? Le viol est extrême mais qu'en est-il des cas mal rapportés de harcèlement sexuel, d'attouchements et de caresses non désirées, de plaisanteries sexistes grossières et d'indécence pornographique ?

    Ces problèmes ne sont pas facilement résolus par une réglementation mécanique comme la tendance à recourir à une présence policière plus importante – sans parler du fait qu’à travers le monde les forces policières sont souvent impliquées dans des cas de viol et d'autres formes de violences et de harcèlement envers les femmes.

    Je suggère que tout en militant contre le viol ainsi que toute forme de violences envers les femmes lors de la prochaine réunion du FSM qui aura lieu en 2007 à Nairobi, les hommes et les femmes travaillent ensemble dans le but de sensibiliser tous les délégués au viol et à la violence envers les femmes que ce soit sous forme de sexisme, de misogynie ou de patriarcat – concepts qui sont totalement inconnus de la Charte du FSM.

    Au delà de la sensibilisation, on devrait voter des sanctions exécutoires pour ceux qui sont pris en flagrant délit de tels outrages. De plus, la Commission pour la Programmation, la Méthodologie et les Contenus pourrait demander que soient organisés notamment des ateliers, des comités, des séminaires ainsi que des séances d'informations traitant de problèmes de viol, de harcèlement sexuel et de violences envers les femmes. La Commission pour la Logistique pourrait placer des bannières, des autocollants, des brochures et des dépliants menant campagne contre le viol et le harcèlement sexuel auprès des délégués du FSM.

    La Commission pour la Jeunesse pourrait organiser une session d'orientation soutenant massivement les mêmes thèmes. La Commission pour la Culture pourrait organiser des projections ou des spectacles mettant l'accent sur les expériences des rescapées de viol ainsi que des femmes battues et des victimes de telles formes de violences.

    La Commission pour la Mobilisation Sociale pourrait mener campagne pour identifier et recruter des hommes et des femmes ayant travaillé dans des centres abritant les victimes de viol et ayant donné des conseils aux victimes de violences avec pour but de mettre sur pied de tels centres dans les parages de l’endroit où se tiendra en 2007 le FSM de Nairobi. La Commission pour les Médias et la Publicité pourrait produire des dépliants bien spécifiques ou de courts métrages militant contre le viol et la violence envers les femmes.

    La Commission pour la Mobilisation de Ressources pourrait essayer de récolter des fonds pour recruter et former des officiers de sécurité intérieure pour traiter des cas de viol et de violences envers les femmes. Peut-être qu’il devrait exister des dispositions spécifiques pour les femmes rescapées de viol et de violences sexuelles pour leur procurer des facilités de logement diminuant ainsi leurs craintes d'être de nouveau victimes - en choisissant des logements de solidarité avec d’autres femmes, des foyers réservés exclusivement aux femmes, etc.

    Et il faudrait certainement déployer plus de membres de la force policière et d'autres agents de sécurité, ce qui pourrait aider à réduire le nombre de viols et de violences à l'égard des femmes lors du FSM qui aura lieu à Nairobi l'an prochain.

    Tout en faisant tout cela, le Comité Organisateur du FSM de Nairobi de 2007 doit travailler en collaboration avec des organismes tels que la Coalition contre la Violence envers les Femmes, FEMNET, FIDA, ‘Equality Now’, AWEPON, la Fondation des Sœurs Sahiba, TAMWA, la Troupe théâtrale Cinq Siècles, WIPPET, ENDA-Ethiopie, la Commission des Droits de l’Homme du Kenya, OXFAM, ‘Action Aid’, MS Kenya, la Fondation Heinrich Boll ainsi que d'autres organismes civils qui sont reconnus dans ces domaines.

    Et les hommes de l’Afrique de l’Est que peuvent-ils faire d’autre pour changer pour le mieux la dynamique entre les sexes dans le fonctionnement du FSM ?

    Peut être qu'ici je marquerai un temps d’arrêt.

    Je recommande vivement à tous les lecteurs de cet article de se munir d'une copie de la présentation de Roselynn Musa sur le même thème lors du Forum tenu récemment avec le soutien de la Fondation Heinrich Boll, sur ‘L'équilibre de genre au sein du FSM’, forum tenu le jeudi 25 mai 2006 à la Salle Ufungumano.

    *Onyango Oloo est le coordinateur national du Forum Social du Kenya.

    *Veuillez faire parvenir vos commentaires à ou veuillez commenter en ligne au www.pambazuka.org

    *Le texte a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 264. Voir :

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  • Le vendredi 25 août dernier, un comité de l'Assemblée générale des Nations Unies a approuvé une convention des Nations Unies sur les droits des personnes frappées de handicaps. Cette convention constitue le premier traité du 21eme siècle consacré aux droits de l'homme et a pour but d'encourager les gouvernements à voter des lois pour protéger les personnes autrement capables ainsi qu'à éliminer toute loi et pratique discriminatoires. Lina Lindblom qui travaille au sein du Secrétariat de la Décennie Africaine des Personnes Autrement Capables analyse la portée de cette convention pour les quelques 60 millions de personnes handicapées vivant en Afrique.

    Le premier traité du 21e siècle consacré aux droits de l’homme vient d'être mis au point auprès des Nations Unies. Il servira à promouvoir et à protéger les droits de 650 millions de personnes autrement capables à travers le monde. En Afrique, la décennie de 1999 à 2009 a été proclamée par l'Union africaine: la Décennie Africaine des Personnes Autrement Capables. Cette toute première convention portant sur les droits de l’homme pour les handicapés sera un outil important pour le Secrétariat qui facilitera la mise en œuvre du plan d'action adoptée pour la Décennie Africaine.

    Il y a presque 60 millions de personnes autrement capables qui vivent en Afrique. Ces individus ne sont presque pas aperçus dans les sociétés africaines et ont rarement l'occasion de pouvoir faire entendre leur voix ou exprimer leurs opinions sur des sujets d'ordre général auxquels les médias attirent notre attention. La plupart de ces personnes sont privées de scolarité, de possibilités d'emploi et de participation aux programmes de développement. L’action africaine des handicapés qui milite pour les droits de l’homme vise essentiellement à éliminer cette exclusion et la pauvreté débordante qui en découle.

    Le Secrétariat de la Décennie africaine des personnes autrement capables prône l'inclusion de l'invalidité dans les priorités actuelles de développement parmi les états membres de l'Union africaine puisque l'exclusion conduit à la pauvreté et au désespoir des Africains autrement capables. La nouvelle convention constitue une structure importante consacrée à l'infirmité, aux droits de l’homme ainsi qu’au développement.

    Il sera de plus en plus important d'associer toute étude sur l'infirmité à cette convention, y compris les éventuels moyens de réduire la pauvreté. La Décennie Africaine des Personnes Autrement Capables, 1999-2009, fut proclamée par l'Union africaine dans le but de traiter des droits de l'homme ainsi que des besoins de développement des Africains autrement capables.

    Des représentants d’organisations pour les personnes autrement capables et des agences auprès des Nations Unies ont proposé un plan d'action continental pour la Décennie Africaine. Ce plan a été approuvé par le conseil exécutif de l'Union africaine en 2002. En 2003 le gouvernement sud africain a accepté d'être le siège du Secrétariat de la Décennie Africaine, ce dernier étant installé au Cap en 2004. Le Secrétariat facilite la mise en œuvre du plan d'action continental de par son programme Décennie Africaine pour les Autrement Capables (ADDP), programme financé principalement par les gouvernements suédois et danois.

    L’un des principaux centres d'intérêt de l’action consacrée aux autrement capables, est l'intégration du concept de l'infirmité, c'est à dire, le besoin d’inclure la notion d'infirmité et celle des personnes autrement capables dans tout développement communautaire en cours. Pour les gouvernements et les organisations de développement, il s’agit d'inclure l'infirmité dans leurs politiques et leurs programmes ainsi que d'inviter les personnes autrement capables à participer au développement de ces politiques et programmes. L’action qui milite pour les autrement capables rejette toute notion de procédés séparés, exclusifs, qui les tiennent hors du circuit normal sociétal.

    Puisque l'intégration est un mot clé dans l’action consacrée aux autrement capables, vous vous posez peut-être la question : comment se fait-il qu'on ait élaboré une nouvelle convention des droits de l'homme tout à fait à part et consacrée uniquement aux handicapés? Au fait, certains à l'intérieur de l’action auraient souhaité que la notion du handicap fasse déjà partie des dispositions actuelles concernant les droits de l’homme; mais la majorité soutient avec ferveur la nouvelle convention.

    Petronella Linders, employée du gouvernement sud africain, qui a apporté sa contribution à la délégation sud africaine lors des délibérations à New York, se déclare convaincue que la nouvelle convention obligera les pays à revoir leurs propres lois, tout en considérant la notion d'infirmité. Aussi une convention à part pourra-t-elle en fin de compte renforcer et faire valoir l'intégration de l'infirmité dans la législation nationale.

    Auparavant, l'approche de plusieurs gouvernements africains était de faire appliquer de façon ponctuelle des lois concernant les droits de l'homme pour les personnes autrement capables. Dorénavant, si les gouvernements ratifient la convention, ils seront tenus d'appliquer les contenus de ce document qui aura force de loi.

    Thomas Ong'olo, de nationalité kényane et responsable de dossiers auprès du Secrétariat de la ADDP, partage cet avis. Il déclare que la nouvelle convention sera un instrument crucial « pour rappeler aux gouvernements notre présence». Auparavant, les personnes autrement capables étaient trop souvent simplement écartées. S’y ajoute aussi l'argument que les personnes frappées d'un handicap se voient dans un encadrement légal qui les défavorise par rapport aux autres groupes vulnérables (tels les réfugiés ou les femmes) car ces derniers sont eux protégés par des organismes bien distincts tenus de faire appliquer les dispositions spécifiques prescrites par les conventions de droits de l’homme.

    La convention sur les droits de l'enfant est jusqu’à présent la seule à mentionner de façon formelle les personnes autrement capables. Les autres conventions mentionnent ces mêmes personnes comme faisant partie de « groupes vulnérables ou marginalisés ». Les gouvernements ratifiant la nouvelle convention seront tenus par la loi de traiter des personnes autrement capables non seulement comme un groupe vulnérable ou une minorité, mais aussi en tant qu’individus possédant des droits clairement définis par la loi.

    Il ressort qu’il y a eu une forte participation aux étapes menant au développement de la nouvelle convention et que cette participation s’est passée sans difficultés. Depuis 2002, plus de 400 délégués et avocats défenseurs des autrement capables du monde entier ont assisté aux huit sessions tenues aux Nations Unies à New York.

    Parmi les problèmes sérieux soulevés a été l’impossibilité pour plusieurs handicapés en provenance de pays en voie de développement et représentant des organismes de handicapés d’assister aux réunions, ce qui signifie que leurs problèmes et leurs points de vue n'ont pas été suffisamment pris en considération dans la version préliminaire de la convention, ce qui est, une fois de plus, une conséquence du problème de pauvreté. Parmi ces organismes africains, plusieurs n'avaient simplement pas les moyens de payer à leurs délégués le voyage jusqu’au siège social des Nations Unies à New York.

    Selon Phitalis Were Masakhwe, conseiller international auprès des Nations Unies chargé de l'infirmité, il semble qu'il y ait un grand écart entre les attentes, les besoins et les aspirations des personnes autrement capables venant de pays en voie de développement par rapport à ceux en provenance de pays dits développés. En Afrique et dans certaines régions asiatiques, on aurait préféré une convention qui mette l’accent sur les défis majeurs : la pauvreté, l'infirmité, les conflits ainsi que l'exclusion de l'infirmité dans la coopération et le développement internationaaux.

    Thomas Ong'olo, qui travaille au sein du Secrétariat de la Décennie Africaine est du même avis. Il affirme que les points de repère pour les discussions qui ont eu lieu à New York avaient été décidés par les pays riches : « Parfois les discussions peuvent tourner autour d'un problème qui n'a simplement aucune pertinence pour la majorité des Africains, comme, par exemple, le choix de services. Choisir votre mode de transport ou l'heure exacte de votre trajet ne représente pas un enjeu majeur dans les pays en voie de développement. Le problème majeur africain est la survie de base ».

    Comment faire aboutir est maintenant le souci principal : pendant la huitième session du comité pour la nouvelle convention le consensus s’est révélé être difficilement atteignable sur deux facteurs en particulier - comment contrôler la mise en œuvre des principes adoptés par la convention ainsi que la coopération internationale dans ce domaine ? – ce qui est peut-être plus grave en Afrique que dans d'autres régions du monde, en raison du manque de capacités et de fonds au niveau national.

    Beaucoup d'Africains s'inquiètent que la Convention ne soit jamais qu’encore un document qui ne soit pas mis en pratique par leurs gouvernements respectifs. Le manque de fonds demeure une préoccupation prédominante. La mise en application des dispositions de la convention sera coûteuse. On craint que le manque d'argent gêne les états dans leurs efforts de répondre aux besoins, même les plus pressants. Tous les pays auront à faire face à des coûts, mais les pays en voie de développement seront les plus affectés.

    L’ambassadeur Don MacKay, président du Comité ad hoc pour la convention auprès des Nations Unies, souligne que la coopération internationale devra y jouer un rôle important, en ce qui concerne l’insertion d’éléments visant à aider les infirmes aux programmes collaboratifs de développement, pour n’en citer qu’un exemple.

    Un deuxième souci - on s'attend à ce que les organisations représentant les personnes autrement capables (les DPO) veillent à ce que les gouvernements appliquent les dispositions prescrites par la convention, mais dans de nombreux pays elles sont plusieurs à ne pas détenir assez de pouvoir. Des stages de formation ont lieu, mais le problème persiste. Il faut développer beaucoup plus les capacités et améliorer les structures.

    Dans les cinq pays pilotes du programme d'infirmité de la Décennie Africaine [1], des Comités de coordination pour la Décennie (les DSC) ont été créés, comprenant des représentants de ministères d’état, d’organisations pour les autrement capables, de la société civile, des médias, des experts sur l'infirmité ainsi que des organisations internationales. Dans ces pays on exhorte le secteur privé à y participer. Un partenariat entre les secteurs public et privé est crucial si l’on veut créer des emplois et centraliser avec efficacité les ressources.

    Parmi les fonctions principales des Comités nationaux de coordination pour la Décennie est celle de jouer un rôle clé dans la préparation d'un plan national exhaustif et dans le développement de la politique nationale. Ces comités surveillent également la mise en œuvre de politiques et de programmes élaborés pour les handicapés dans leurs pays respectifs.

    Le projet du Secrétariat de la Décennie Africaine est de faciliter la mise en place de nouveaux comités dans au moins 15 autres pays africains avant la fin de 2009 [2]. La mission du Secrétariat est d’encourager les gouvernements, les DSC, les organismes pour les autrement capables ainsi que les organisations de développement à travailler en partenariat pour que l'infirmité et les personnes handicapées fassent partie de politiques et de programmes dans tous les secteurs de la société en Afrique.

    L'accent est donc mis sur le processus pour que ces acteurs puissent travailler ensemble. L’un des avantages qui existe au sein du Secrétariat est que nous pouvons tirer des leçons des initiatives en vigueur dans un certain pays, pour les reproduire (ou éviter) ailleurs.

    De plus, nous engageons de grandes organisations internationales dans la lutte pour l’inclusion de l'infirmité dans le circuit normal des sociétés. Une fois leur soutien garanti, d’après notre expérience, il ne faut souvent qu'une seule réunion, qu'un tout petit effort pour atteindre de gros résultats.

    L’une des initiatives actuelles est une collaboration entre le Secrétariat et l'UNESCO, pour former des journalistes africains à rapporter sur des sujets touchant l'infirmité d'une manière qui respecte les droits de l'homme et ne perpétue pas les stéréotypes. Une seconde initiative consiste à collaborer avec l'UNICEF pour que les enfants handicapés soient inclus dans leurs programmes.

    Le préjudice, l'exclusion, la stigmatisation et la tendance à toujours voir l'infirmité sous l’angle d’œuvres bénévoles ou en termes médicaux, plutôt que dans le contexte des droits de l'homme –cette mentalité crée de véritables obstacles à la participation de personnes autrement capables vivant aujourd'hui en Afrique. Vu aussi le taux très élevé de pauvreté, l’action africaine pour les droits des handicapés est confrontée à une tâche difficile. Il existe néanmoins des signes positifs, des occasions positives, de vraies opportunités.

    Depuis quelques décennies déjà, le sujet de l'infirmité et du développement est présent dans les discours portant sur le développement. Au niveau mondial et régional, il existe bel et bien des discussions et des engagements dont l’objectif est de rendre accessibles aux personnes autrement capables politiques, programmes et ressources tout en prenant compte des besoins de tous.

    Une dizaine de pays africains, (tels le Ghana, le Malawi, le Kenya et l'Afrique du Sud), ont élaboré des projets de loi relatifs à des stratégies nationales en matière d'infirmités. Ce sont des documents modèles pour l'intégration des infirmes. Ces dernières années l'Union africaine a pris des initiatives importantes et prometteuses, telle que l’instauration de la Décennie Africaine des Personnes Autrement Capables.

    Toutefois, les Africains frappés d'un handicap se voient de plus en plus frustrés par les belles paroles, et demandent quelque chose de concret. Pour cette raison, la mise en place du Secrétariat de la Décennie africaine des Personnes Autrement Capables représente une étape importante reliant les paroles à la mise en œuvre.

    La Décennie a été proclamée en 1999. Au sein du Secrétariat ce n’est qu’en 2004 que nous nous sommes mis à la tâche. Nous pourrions regretter ce délai, mais nous choisissons plutôt de nous concentrer maintenant sur le rôle que nous jouons, rôle qui consiste à faciliter la mise en œuvre du projet d'action continental, à favoriser le développement de capacités, la conscientisation, la lutte continue pour l’intégration de l'incapacité et contre la pauvreté et l'exclusion des Africains handicapés. Nous avons maintenant plus de pouvoir avec un nouvel outil important, la toute première convention des droits de l'homme pour les personnes autrement capables.

    Notes:

    [1] Les pays pilotes sont l'Ethiopie, le Kenya, le Mozambique, le Rouanda et le Sénégal.
    [2] Plusieurs pays africains - le Mali, la Mauritanie, la Guinée-Bissao et la République Démocratique du Congo - ont aussi créé des comités de coordination pour la Décennie africaine au delà du programme élaboré par le secrétariat.
    Pour de plus amples renseignements, voir:

    http://www.un.org/esa/socdev/enable/rights/ahc8.htm

    * Linda Lindblom, responsable communication auprès du Secrétariat de la Décennie Africaine des Personnes Autrement Capables

    * Cet article a d'abord paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News n° 267. Voir : www.pamabazuka.org

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  • Assodesire | Gouvernance

    Le dossier du Darfour est vu comme un tout premier test pour la nouvelle Union Africaine dans le domaine de la paix, selon Assodesire. Avec un bilan de plus de deux cent mille morts, deux millions de réfugiés et une situation de plus en plus aggravante sur le terrain, le conflit au Darfour met l’Union Africaine à rude épreuve. En ce moment où la situation sur terrain devient de plus en plus alarmante, l’auteur estime que l’Union Africaine doit montrer plus de fermeté et doit surtout vite agir.

    La récente réunion extraordinaire au niveau présidentiel du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union, tenue à New York le 20 Septembre dernier en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies, n’a pas donné le résultat escompté. Elle s’est bornée à prolonger le mandat de la Force Africaine dans la région (AMIS) jusqu’à la fin de l’Année 2006 sans réussir à convaincre le gouvernement soudanais à accepter une force des Nations Unies comme l’a prônée la résolution 1706 adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 31 Août 2006.

    Alors que ses quelques 7000 hommes, présents sur un territoire aussi vaste que la France n’arrivent pas à empêcher les tristement célèbres Janjaweeds de tuer, de piller et de violer, l’Union Africaine a de la peine à appliquer les dispositions de son propre Acte Constitutif qui consacrent le respect des droits et de la dignité de l’homme, la paix et la sécurité sur le continent. La communauté des ONG a été énormément déçue par les conclusions très faibles de la rencontre du Conseil de Paix et de Sécurité. A la veille de cette réunion extraordinaire, les ONG on présenté aux 15 Etats membres du Conseil une série de recommandations qu’on peut résumer en quatre points :

    - Prolonger la Mission de l’Union Africaine au Darfour jusqu’à la fin de l’Année avec une augmentation de son effectif et surtout un renforcement de son mandat ;

    - Soutenir la résolution 1706 des Nations Unies autorisant le déploiement d’une Force onusienne au Darfour et convaincre le Soudan à consentir à ce déploiement ;

    - Dénoncer le plan du gouvernement soudanais visant à déployer plus de 15000 hommes au Darfur pour chasser les rebelles et instaurer la paix par la force mais, appeler tous les parties en conflit au respect du cesser-le- feu ;

    - Appeler la communauté internationale à aider les Forces de l’Union Africaine jusqu'à la fin décembre 2006.

    La plus grande réalisation de cette rencontre a été le prolongement du mandat de l’AMIS jusqu’au 31 Décembre 2006 ainsi qu’une hypothétique augmentation de son effectif. Rien n’a été dit – du moins pas officiellement - sur son mandat qui demeure très faible mais surtout très flou. L’Union Africaine aurait consenti à l’augmentation de ses troupes au Darfur mais traîne toujours le pas pour le concrétiser alors la situation sur le terrain s’empire chaque jour avec une intensification des combats dans plusieurs endroits obligeant les organisations humanitaires à évacuer leurs personnels laissant derrière elles, femmes et enfants à la merci des criminels sans scrupule. Aujourd’hui, 40% au moins des populations déplacées n’ont pas accès à l’aide humanitaire.

    Devant cette situation, chacun doit jouer rapidement sont rôle :

    1) Une Union Africaine plus ferme et plus prompte

    L’Article 4 (h) de l’Acte Constitutif de l’Union Africaine lui donne le droit de d’intervenir dans un Etat membre sur décision de la Conférence des Chefs d’Etats, dans des circonstances graves, à savoir : les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité. Elle est habilitée à le faire même sans le consentement de l’Etat en question.

    En ce moment où la situation sur terrain devient de plus en plus alarmante, L’Union Africaine doit montrer plus de fermeté et doit surtout vite agir. Les mesures suivantes doivent être prises immédiatement et sans délai :

    - Redéfinir clairement le mandat de l’AMIS en le renforçant pour lui permettre protéger les populations civiles et désarmer les milices Janjaweeds. L’AMIS doit donc passer d’une Force d’observation de cessez-le-feu à une véritable force d’imposition de la paix et garante des droits et de la dignité de la personne humaine. Pour cela, tous les Etats membres doivent fournir d’avantage de troupes et de moyens militaires. Les armées à effectifs pléthoriques des Etats africains doivent enfin servir à quelque chose de positif ;

    - Exprimer clairement et publier ses besoins pour le déploiement d’une force plus grande et accepter toutes les assistances proposées par l’ONU et d’autres partenaires ;

    - Imposer des sanctions ciblées sur tous les responsables politiques soudanais de toutes les parties en conflits qui violent les accords de paix d’Abuja ou qui empêchent sa mise en oeuvre ;

    - Prendre clairement position en faveur d’un déploiement d’ici la fin décembre 2006 d’une opération des Nations Unies à laquelle elle doit pleinement participer.

    2) Une Communautaire Internationale plus cohérente et plus réactive

    La Communauté internationale doit être unies et doit parler d’une seule voix. La Chine et la Russie doivent se joindre aux Etats Unis, au Royaume Uni, la France et à l’Union Européenne pour faire plier toutes les parties y compris le gouvernement soudanais par toute sorte de sanctions y compris le gèle des avoirs à l’extérieur, un embargo sur les armes et même sur l’achat du pétrole et autres ressources soudanaises, l’interdiction voyager etc.

    Dans le même temps la communauté internationale doit immédiatement soutenir matériellement et financièrement l’AMIS pour lui permettre de se renforcer et de se déployer sur tout le Darfour. La Cour Pénale Internationale doit davantage se faire entendre sur son enquête sur le situation du Darfour et émettre des mandats d’arrêts si possible contre les présumés coupables quel que soit leur rang.

    Les Nations Unies doivent commencer à se préparer pour un déploiement robuste et massif au Darfour d’ici à la fin de l’Année avec le consentement du Soudan. Cependant elles doivent aussi envisager une intervention stratégiquement musclée sans le consentement du Soudan au cas où la situation humanitaire s’aggravait dangereusement.

    Le dossier du Darfour est vu comme un tout premier test pour la nouvelle Union Africaine dans le domaine de la paix. Bien évidemment, elle y a un rôle primordial à jouer. Cependant, eu égard à la gravité de la situation, toute la communauté internationale a le devoir d’y contribuer. Toutes les nations du monde ont la responsabilité de protéger les populations du Darfour car les génocides, les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité ne sont pas des affaires africaines mais des crimes odieux qui touchent l’ensemble de la race humaine.

    * Assodesire est un activiste africain qui travaille sur la crise du Darfur

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  • Dr Morissanda Kouyaté livre ici un compte-rendu détaillé de la Session spéciale de la conférence des ministres de la Santé de l’Union Africaine, tenue du 18 au 22 septembre 2006 à Maputo (Mozambique). Avec le thème ‘Accès universel aux Services intégrés de Santé en matière de Sexualité et de Reproduction en Afrique’, la conférence a aboutit à la mise sur pied d’un Plan d'Action (2007-2010) avec le but d’harmoniser les approches existantes et surtout de passer à une promotion effective des droits des individus en matière de sexualité, reproduction et de lutte contre le SIDA.

    Cette session spéciale de la conférence des ministres de la Santé de l’Union Africaine a été organisée en collaboration avec le gouvernement du Mozambique, UNFPA et IPPF, avec l’appui le soutien financier de l’Union Européenne et de.

    Les participants étaient les ministres de la santé des pays de l’Union Africaine, les organismes spécialisés des nations unies, des organisations non gouvernementales régionales et internationales, madame le vice-premier ministre de la République de Chine, plusieurs organismes privés dont les Fondations Bill & Melinda Gates, Packard Foundation etc.

    La conférence a été ouverte par Madame Dr Luisa Dias Diogo, premier Ministre du Mozambique.
    La conférence avait deux objectifs :

    1. Adopter une approche globale dans le domaine de la santé en matière de sexualité, de reproduction et de lutte contre le VIH/SIDA.

    2. Adopter un plan d’action pour la mise en œuvre d’un cadre d’orientation pour la promotion des droits et de la santé en matière de sexualité, de reproduction et de lutte contre le VIH/SIDA.

    Les travaux de la conférence se sont déroulés en deux phases : la première (18-20 septembre 2006) a été consacrée à l’examen, à la discussion et à l’amendement des textes techniques de travail, notamment le plan d’action, par les experts ; la deuxième (21-22 septembre 2006) a connu la participation des ministres de la santé qui ont entériné les textes proposés.

    Les thèmes ci-dessous ont été présentés et discutés :

    1. Bonnes pratiques en prestation de services de santé de et de droits en matière de sexualité et de reproduction (SDSR) ;

    2. Interventions efficaces pour la prévention de la morbidité et de la mortalité maternelles, y compris l’avortement dans de mauvaises conditions ;

    3. Macroéconomie de la santé en matière de sexualité et de reproduction ;

    4. Elimination des pratiques traditionnelles néfastes, y compris la prévention et la gestion de la fistule obstétricale en Afrique (préparée par Dr Morissanda KOUYATE);

    5. Approches et programmes pour l’établissement d’un lien entre les droits, les services de santé en matière de sexualité et de reproduction ainsi que les services de lutte contre le VIH/SIDA ;

    6. Repositionnement de la Planification Familiale pour réduire les besoins non satisfaits ;

    7. Sécurité d’approvisionnement en produits de santé de la reproduction ;

    8. Stratégies pour l’amélioration de la qualité des soins maternels et périnatals ;

    9. Situation de la population en Afrique en 2006 : composante de la santé en matière de reproduction ;

    10. Meilleure utilisation des ressources humaines et financières pour la santé en matière de reproduction et participation du secteur privé.

    Ces importants exposés ont suscité un grand intérêt auprès des participants qui les ont largement discutés. L’utilisation du terme ‘’avortement’’ a été discuté car il très sensible ; cependant, du fait que l’avortement demeure un grave problème de santé, les pays ont été sollicités pour en tenir compte conformément aux contextes nationaux.

    Le Plan d'Action (2007-2010) pour la mise en œuvre du cadre continental pour la promotion des droits et de la santé en matière de sexualité et de reproduction en Afrique a été élaboré dans un cadre comprenant a) le Plaidoyer, b) la mobilisation sociale, c) le renforcement des capacités, et d) les services.
    Le coût global du Plan d'Action a été évalué à 8 milliards de dollars US sans que l’on ne sache clairement les sources de financement.

    Au cours des discussions, nous (moi-même appuyé par plusieurs autres partenaires) avons insisté sur le fait que l’Union Africaine doit absolument tenir compte de ses acquis notamment le Protocole de Maputo qui comporte une valeur certaine et une grande avancée dans le domaine de la Santé de la Reproduction.

    Le Pratiques Traditionnelles Néfastes notamment les Mutilations Génitales Féminines (MGF) et les mariages précoces ont occupé une importante place dans les discussions au point que certains ministres ont proposé d’organiser une session spéciale sur ce sujet.

    Exceptionnellement, les participants ont écouté une communication sur la grippe aviaire particulièrement sur les objectifs de la prochaine conférence africaine sur ce sujet prévu en novembre prochain à Bamako au Mali.

    En conclusion, il faut noter que l’engagement de l’Union Africaine dans la santé et les droits en matière de sexualité et de reproduction est un engagement politique et stratégique fort pour la région africaine. En dépit de cet acquis, la société civile doit rester mobilisée pour encourager et accompagner l’Union Africaine pour la réalisation de ses objectifs dans ce domaine.

    * Dr Morissanda KOUYATE est le Secrétaire Général CPTAFE et aussi Directeur des Opérations du Comité Inter-Africain

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  • Un des principaux avatars de la féminisation de la pauvreté est la vulnérabilité des femmes africaines face à des fléaux comme le VIH Sida, affrirme Mouhamadou Tidiane Kassé. Peu d’argent est investi sur la recherche médicale des pandémies qui affectent plus les femmes et les stratégies néo-libérales dénient à ces innocentes victimes l’un de leurs droits les plus élémentaires, à savoir l’accès à des soins de santé. Malheureusement, le mouvement altermondialiste n’a pas encore pu infléchir cette dynamique dictée d’en haut.

    Deux concepts vont ensemble aujourd’hui. En parallèle mais aussi en convergence, parce que, fatalement, les deux réalités qu’ils recouvrent se nourrissent l’une de l’autre. Depuis le début des années 1980 et la mise en place des politiques et stratégies néo-libérales en Afrique, qui culminent aujourd’hui avec la mondialisation, la féminisation de la pauvreté est devenue un engrenage irréversible. Entre autres corollaires de cette situation, les années 90 ont, par exemple, vu le sida, dans sa propagation en Afrique, commencer à se parer de féminité.

    Autant la pauvreté se féminise, autant donc le sida en prend les atours. Cette maladie qui, dans la première décennie de son apparition, sévissait en majorité chez les hommes, a ainsi vu ses ratios s’inverser au détriment des femmes. Sur les 25 millions de personnes vivant avec le Vih en Afrique (37,8 millions dans le monde), 58% sont des femmes. Les mêmes proportions prévalent parmi les 9000 Africains qui contractent chaque jour le virus du sida.

    La féminisation de la pauvreté et ses impacts sur la santé de la femme ne sont pas une fatalité. Le lit a été dressé par les politiques néo-libérales qui ont commencé à régenter l’Afrique à partir des années 80. Aux Programmes de redressement économique et financier (Pref) entamés à la fin des années 70, ont succédé les Programmes d’ajustement structurel (Pas) des années 80, avant que les Documents de stratégies de réduction de la pauvreté (Dsrp) ne bouclent la fin des années 90.

    Le glissement sémantique indique les échecs successifs de ces politiques initiées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, qui ont enfermé l’Afrique dans une spirale de pauvreté sans fin. Toutes ces politiques débouchent aujourd’hui sur une mondialisation qui place la fragilité du continent à un échelon supérieur, pour les mêmes effets désastreux. Le scénario en vase clos de naguère, à l’intérieur des Etats, se joue désormais à l’échelon d’une économie mondiale qui transcende les frontières et les souverainetés.

    Dès les années 80, les contours du drame actuel avaient déjà été tracés. La libéralisation a commencé par frapper les secteurs sociaux. Devant la raréfaction, voire la disparition des investissements publics, des secteurs névralgiques comme la santé et l’éducation ont périclité. Les législateurs ont fait le reste et, derrière le slogan du «moins d’Etat mieux d’Etat», des secteurs de souveraineté et d’expression de l’Etat providence ont été offerts à des privés dont les intérêts se situaient aux antipodes des préoccupations sociales des populations. L’école, les services de santé sont devenus un vaste marché sous l’emprise d’une idéologie néolibérale en vogue dans les pays africains déjà à l’aube des années 1980.

    Les femmes souffriront le plus de leur impact, de par les traditions et leur position sociale. Dans les choix pour l’accès à une éducation de plus en coûteuse, les filles commençaient à venir en second plan et vingt ans plus tard, on investit des milliards dans leur scolarisation pour corriger les effets du désastre. Dans le même temps, les taux de mortalité maternelle et infantile ont dépassé les limites du scandale et leur réduction constitue de nos jours un des objectifs de développement du millénaire. Tout se passe comme si on s’amusait à vider un tonneau, pour ensuite le remplir. Avec cette gravité que ce sont des vies humaines qui sont en jeu.

    Stratégies de survie

    Dans une étude intitulée «Les familles dakaroises face à la crise», les constats étaient accablants dès les premières années de mise en œuvre des politiques libérales. «Ce sont en fait les salariés du secteur privé qui sont le plus durement touchés par la crise des années 80. Chez les hommes, les chômeurs représentaient 13,7% de la branche de l’industrie. Dans le bâtiment, le chiffre est de 14,3%, dans les services et la production privés de 14,6% et il est de 9,1% dans le commerce. Ce sont les salariés du secteur de l’agriculture et de la pêche qui sont les plus touchés par le chômage (18,8%).

    «Mais la situation est plus dramatique pour les femmes chez qui le pourcentage de chômeuses est de 21,6% dans l’industrie, de 15,0% dans les services et la production et de 19,2% dans le commerce. Ce plus grand chômage des femmes est d’autant plus remarquable qu’un certain nombre d’entre elles ont dû se déclarer ménagère, découragées après avoir vainement cherché du travail. Les chiffres que nous avançons pour les femmes sont donc des estimations basses du chômage féminin» (Cf. Les familles dakaroises face à la crise – Ifan, Orstom, Ceped – 1995).

    Le processus continu de libéralisation du commerce mondial a créé un contexte de déstructuration économique et social dont les femmes souffrent le plus en Afrique. Dans les sociétés à deux vitesses qui s’instaurent, les effets s’accumulent et se sédimentent au bout d’une chaîne dont elles constituent le dernier maillon – le plus faible par ailleurs. Les filles sont privées de scolarité, les adolescentes ruinent leur avenir dans des grossesses précoces et les femmes vivent des contextes de violences conjugales de toutes sortes (latentes ou apparentes, codifiées ou non par la société) qu’exacerbent la pauvreté et l’absence des moyens primaires d’existence.

    Les stratégies de survie qu’elles ont mises en place, en s’insérant dans les activités de production ou dans l’industrie de transformation comme main d’œuvre, ne résistent pas aux nouvelles lois sur la déprotection. Les usines ferment ou compressent du personnel et l’importation tue des pans entiers des secteurs productifs dans lesquels elles s’investissent. Aujourd’hui, les commerçantes africaines doivent aller toujours plus loin pour faire face à des produits asiatiques qui inondent les marchés. Confidences d’une commerçante sénégalaise : «Dans les années 80 j’allais en Gambie. Avec les années 90, il a fallu pousser jusqu’à Nouakchott et à Las Palmas pour alimenter mon commerce.

    Aujourd’hui c’est à Dubaï, Taïwan ou Hong Kong qu’il faut aller pour concurrencer des marchés qui se sont implantés chez nous. Notamment avec les Chinois. L’investissement est plus important, les voyages plus longs et les difficultés plus grandes de concilier nos rôles de piliers de famille et nos fonctions économiques. Dans le groupe de femmes avec lesquelles je m’organise pour des voyages alternés et des achats collectifs à tour de rôle, nous brassons des centaines de millions de francs de chiffres d’affaires par an. Mais parce que nous sommes dans l’informel, parce que n’offrons pas les garanties jugées nécessaires, l’Etat ne nous soutient pas et les banques ne nous font pas plus de crédit».

    Les textes ne les favorisent donc pas, le contexte social encore moins. «Les femmes d’affaires rencontrent-elles des difficultés supplémentaires pour étendre leurs activités grâce à l’exportation parce qu’elles sont des femmes ? C’est précisément la question fondamentale à laquelle les sociétés doivent répondre et sur laquelle elles doivent se mettre d’accord afin d’accélérer le changement. Pour les petites entreprises, l’accès au financement, à l’information sur les marchés et à la formation est essentiel.

    Les femmes qui exportent ont pourtant moins de possibilités d’accès aux réseaux d’appui que bon nombre de leurs homologues masculins. Le type d’assistance dont elles ont besoin est différent aussi. Ainsi, la plupart des entreprises appartenant à des femmes agissent dans le secteur des services, et le principal moyen de développer de telles entreprises est la constitution de réseaux, en vue de créer une base de référence de clients» (Natalie Domeisen, CCI Forum du commerce international).

    Vie et santé

    Pour la grande masse des femmes, on est cependant loin de ces soucis de conquête de marché. Les préoccupations quotidiennes tournent plutôt autour des stratégies de survie et de santé. Préoccupation vitale aujourd’hui, des millions de femmes n’ont pas accès aux soins de santé maternelle qui pourraient sauver leur vie. Par exemple, seuls 53% des accouchements dans les pays en développement se font avec l’aide d’une personne qualifiée (médecin, sage-femme, infirmière). Avec le mauvais état nutritionnel des femmes avant la grossesse, à cause de soins de santé inadéquats, inaccessibles ou trop chers, sans compter le manque d’hygiène et de soins pendant l’accouchement, les maternités à risque se multiplient.

    Par-delà les faillites des politiques nationales, la mondialisation a fait de la santé un domaine mercantile et du médicament une marchandise. Le débat et les conflits entre pays du Sud et du Nord autour des Accords sur les droits de propriété intellectuelle (Adpic) dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, ont été édifiants à cet égard. Arc-boutés aux brevets qu’ils détiennent, des multinationales du médicament se sont opposés à la fabrication de certains produits dans des pays du Sud, où l’industrie locale pouvait le faire pour en réduire les coûts d’accès et améliorer la santé des populations.

    L’affaire avait ainsi fait grand bruit en 2000, quand trente-neuf firmes de médicaments ont intenté une action en justice contre l’Afrique du Sud, pour avoir mis à la disposition de ses populations des médicaments à bas prix, notamment des antirétroviraux. En avril 2001, elles renonçaient à leur plainte, devant la levée de boucliers des Etats africains accrochés à des clauses de sauvegarde.

    L'accord sur les Adpic impose aux gouvernements membres de l'Omc, l’assurance, pendant vingt ans, de la protection par copyright et par brevet de différents nouveaux produits, dont des produits pharmaceutiques. Sauf accord de son inventeur, personne ne peut utiliser, fabriquer ou vendre ce produit pendant cette durée. Pendant ce temps le sida tue. De plus en plus de femmes en particulier. En Afrique subsaharienne, les données de l’Onusida en 2005 montrent que 58% des adultes infectés en Afrique subsaharienne sont des femmes.

    Pour faire à cette pandémie et ralentir ses effets, le traitement aux anti-rétroviraux nécessitait à un moment 600 000 F Cfa par mois (environ 1 000 dollars ; les coûts ont baissé depuis lors et ils sont même gratuits dans certains pays grâces aux subventions publiques). Or il était possible de produire localement des génériques qui réduisent les coûts. En Inde, une société pharmaceutique avait ainsi mis au point des Arv au prix de 600 dollars (par personne et par an) pour les gouvernements africains.

    Et pourtant, entre les droits des détenteurs des brevets et le droit à la vie de centaines de millions de millions de personnes, il a fallu en arriver à un contentieux juridique. Ainsi le Brésil a dû faire face aux attaques des Américains, pour avoir adopté une loi autorisant la production locale de médicaments anti-rétroviraux, dont l’Azt qui aide à prévenir la transmission mère-enfant.

    C’est devant la mobilisation des pays du Sud que la morale l’a emporté sur le profit. Et après avoir un moment menacé l'Afrique du Sud de sanctions, dans son bras de fer avec des firmes pharmaceutiques américaines, le président Bill Clinton avait signé un décret pour changer les textes américains sur la propriété intellectuelle s'appliquant à la distribution de médicaments contre le Vih/sida en Afrique subsaharienne. Ce décret interdisait de porter plainte auprès de l'Omc pour s’opposer à la volonté où la démarche de pays d'Afrique subsaharienne de produire ou d'obtenir des médicaments contre le sida.

    La logique commerciale qui s’empare de la santé tient au fait que ce secteur est une énorme source de revenus, entre les médicaments, les fournitures médicales, le matériel de laboratoire, etc. Et jusqu’à présent, dans le cadre de l’Omc, la primauté du droit à la santé sur le droit aux brevets n’est pas encore réalité. Si de petites ouvertures sont faites, les Etats Unis restent accrochés à l’idée qu’un accord élargi sur les droits de propriété pourraient être demain étendu à des affections qui génèrent des profits beaucoup plus élevés pour les laboratoires.

    En effet, même si le débat s’est concentré sur les pathologies que sont la tuberculose, le paludisme et le sida, la recherche médicale sur ces trois pandémies les plus meurtrières est inférieure à 5% du montant total des budgets de recherche des dix plus importantes firmes pharmaceutiques du monde. Mais lâcher du lest à ce niveau est perçu comme la porte ouverte pour mettre en péril une cagnotte pluq juteuse. A titre d’exemple, les ventes de médicaments menacées par l'arrivée des génériques d'ici 2007 sont évaluées à 50 milliards de dollars, dont 17,8 milliards pour les firmes américaines Merck et Pfizer.

    Ainsi les milliards des uns font le malheur des autres. Dans la logique actuelle de la mondialisation, les règles du commerce mondial régentent les politiques nationales. On assiste à des pertes de souveraineté et les accords internationaux influent directement sur les politiques publiques. Dans les domaines sociaux comme la santé ou l’éducation, ce sont les ministères des Finances qui déterminent les investissements et les réalisations selon les normes du marché financier international. Dès lors, la logique désincarnée des agrégats économiques prend le pas sur les nécessités du bien-être social.

    Au Mali, la lutte contre le paludisme ne dispose par exemple ni de moyens financiers suffisants ni d'un statut institutionnel adéquat. Le programme national n'est que l'un des secteurs de la Division prévention de la Direction nationale de la santé et dispose d'un budget de 1,5 milliard de francs Cfa par an. Et pour mettre en oeuvre la moindre activité, il doit passer par de nombreuses étapes pour la faire avaliser (Cf. Panos Infos à paraître).

    Or, selon le Rapport des Nations Unies sur les objectifs de développement du millénaire 2005, le paludisme détruit un million de vies par an, essentiellement parmi les femmes et les jeunes enfants, ralentissant ainsi la croissance économique de 1,3% par an. Et 90% de ces morts surviennent en Afrique sub-saharienne où, chaque jour, plus de 2000 enfants sont emportés par cette maladie. Parmi les pays où cette maladie reste endémique, nécessitant une prévention et une prise en charge de tous les instants, on retrouve le Mali.

    Depuis les années 80 les pays africains n’ont fait qui subir. Mais ont-ils les moyens de résister ? L’échec, en partie, du dernier sommet des ministres de l’Omc à Hong Kong, en décembre 2005, qui devait clôturer le cycle de Doha après l’étape de Cancun en septembre 2003 (un échec aussi), est le fait d’une mobilisation des pays du Sud contre un processus qui les enferme dans un piège sans fin. Mais la résistance sur le coton où les réserves des pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique sur d’autres dossiers ne suffisent pas à arrêter la machine de la mondialisation. L’Omc n’est qu’un cadre de structuration qui a fait faillite. Pendant ce temps, le processus continue à vivre de par sa propre dynamique, porté par les multinationales.

    Les résistances de la société civile, à travers une mobilisation altermondialiste, restent encore une barrière bien faible, dont les prolongements ont du mal à s’ancrer au niveau des populations à la base. Et dans ce mouvement, le segment des femmes reste bien faible. Dans les manifestations du Forum social africain la dimension femme reste encore marginale. Elle est moins une vectrice des réflexions qui se mènent autour des résistances et des alternatives à la mondialisation, qu’un appendice dans les changements souhaités. On continue à débattre de ce qu’elle subit, plutôt que (violences physiques, violences morales,…) des solutions dont elles sont porteuses et des leviers pour les impulser.

    Dans le contexte actuel de féminisation de la pauvreté et de féminisation, le cercle vicieux s’élargit pour englobe de plus en plus de femmes, en même temps qu’il se referme sur elle dans la une dynamique de précarisation continue. «La subordination des femmes dans la société africaine, face à la pandémie du Vih/sida, entraîne leur mort prématurée et la rupture de millions de familles sur tout le continent (africain). Le fait que cela crée par la suite, une génération d’enfants sans racines et traumatisés a des conséquences graves pour la future stabilité de beaucoup de pays en Afrique. Alors qu’on se concentre seulement sur la prévention de l’infection et les soins des mourants, on néglige les possibilités de prolonger les vies saines et productives des Africains séropositifs, particulièrement celles des mères avec des enfants en bas âge» (Page ; 2000). La logique de la mondialisation n’est pas pour arrêter le processus.

    * Mouhamadou Tidiane KASSE, journaliste sénégalais, est Coordinateur de « Flamme d'Afrique », un quotidien publié par Ipao et Enda Tiers-Monde, à l'occasion des forums du mouvement social.

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  • Odile ASIM | Gouvernance

    Odile ASIM soutient que l’analyse genre été relevé à travers les études et recherches féministes sous les auspices des agences bi et multilatérales des différentes approches de développement l’intégrant les femmes à tous les niveaux. En Afrique, les femmes ont été les premières à ressentir les effets néfastes de la libéralisation. Le commerce international ne recherchant déjà pas d’égalité dans les bénéfices entre les pays du Nord et du Sud, il est inévitable de penser à une restriction des inégalités de genre et donc un gain particulier pour les femmes.

    Les femmes étant de façon générale victime de discrimination, dans le continent que ce soit dans la vie familiale ou professionnelle, une façon d’acquérir une indépendance économique est de se livrer au commerce notamment informel qu’il est plus difficile de contrôler dans un système patriarcal et qui leur donne plus de pouvoir dans ce type de communauté.

    Les pays africains occupent la position inférieure dans le commerce mondial en d’autres termes ils ne sont que fournisseurs de matières premières et, malgré le fait qu’ils appartiennent au groupe des pays ACP, ils n’influencent pas les politiques commerciales en vigueur. En effet, les deux dernières réunions des l’organisation mondiale du commerce que ce soit à Cancun ou à Hong Kong n’ont pas modifié la hiérarchie mondiale du commerce à par rapport à la position des pays africains.

    Cependant, La chine et l’Inde s’imposent de plus en plus dans les marchés qu’a ouvert la mondialisation et le démantèlement des subventions agricoles promis par les pays riches en 2013 est un espoir. En effet, ces pays émergents inquiètent de plus en plus les pourvoyeurs du néolibéralisme. Tant que les échanges ne concernaient que les pays du Nord, il n’avait pas d’inquiétude pour les travailleurs appartenant à la classe ouvrière des pays occidentaux voire aujourd’hui même les cadres. Lorsque l’on considère en plus le Brésil, on a finalement des producteurs de biens agroalimentaires, et de produits similaires à ceux exportés vers les pays en développement à savoir, les biens manufacturés et de services.

    Ces acquis et compromis acceptés dans le passé, posent problème en spécifiant certains pays d’exportateurs net et d’autres d’importateurs. On constate la volonté d’élargissement des marchés des entreprises qui n’ont plus la totalité des parts de marché dans ces domaines et la multiplication des multinationales qui se rabattent à des secteurs autrefois réservés aux entreprises nationales et étatiques où la main d’œuvre féminine était bien occupée. Les délocalisations deviennent la mode avec la remontée des interrogations sur le problème de l’emploi des femmes nationales pour la majorité pas très qualifiées.

    Dans le monde actuel, règne le néolibéralisme. La règle sur toute la planète est la maximisation des intérêts privés. Dans le tiers monde la question se pose avec plus d’acuité car les pouvoirs impériaux continuent de piller les ressources humaines et naturelles afin de remplir les poches des capitalistes transnationaux. Initié par Reagan et Tchather pendant les deux dernières décennies, le néolibéralisme est devenu la tendance dominante du point de vue politique et économique. La globalisation fait référence à l’interdépendance accrue des économies dans le monde à la suite de la fin de la guerre froide, la chute de la majorité des barrières commerciale et la frénésie de la libéralisation du commerce et de l’investissement.

    À la fin des années soixante dix et au début des années quatre vingt, le principal objectif de l’accord de l’Uruguay round était d’accélérer cette tendance. Cependant, nous devons garder à l’esprit que l’Afrique est un joueur marginal dans le marché mondial ; il compte pour moins de 2% du commerce mondial. L’explication vient de la faiblesse structurelle du continent tôt et de l’impact des politiques d’ajustement qui ont estropié la plupart des économies africaines et amené vers les exportations des biens et matières dont les prix ont brusquement ou fortement fluctué sur les vingt dernières années.

    Ainsi, on continue de considérer que l’exportation des biens comme principale source des échanges extérieurs va aggraver la marginalisation des économies africaines. Malheureusement, la division du travail actuelle confine l’Afrique au rôle de fournisseur des biens et matériaux de base qui est accentué par la mondialisation. La globalisation néolibérale affecte tous les domaines de la société pour atteindre la flexibilité du travail uniquement pour les intérêts du capital international ou transnational.

    L’industrialisation capitaliste a entraîné une augmentation des femmes dans le prolétariat et la globalisation néolibérale a plus tôt accru la discrimination par le genre et effectivement, les valeurs patriarcales traditionnelles continuent d’exploiter les femmes.

    Le marché du travail comme défini aujourd'hui n'existait pas à l'époque pré-coloniale. En effet, l'économie était caractérisée par des systèmes de production organisés pour l'autosuffisance et dans les régions côtières, par les relations commerciales existantes avec l'Europe. Les femmes se sont d’abord concentrées dans l’agriculture de subsistance, le travail rural salarial, le secteur informel et le secteur des services à faibles salaires dans le secteur formel (institutrice, secrétaire…).

    La mise en place des politiques d'ajustement structurel a entraîné le désengagement de l'Etat du marché du travail qui vise à donner plus de flexibilité à la gestion de l'emploi et à réduire les coûts de transaction et les rigidités jugées excessives pour les entreprises, en facilitant leurs capacités de réaction et d'adaptation aux lois du marché. Les emplois où les femmes sont prédominantes ont commencé à être transformées à la fin des années quatre-vingt avec le démantèlement de la forme de travail conventionnelles et l’expansion de la généralisation du travail informel.

    Cependant, ce processus visait principalement les travailleurs de sexe féminin et les hommes ne lui ont pas accordé beaucoup d’importance dans un premier temps. L’évolution des économies africaines n’a pas amélioré les condition de vie des femmes : elles restent exploitées. En effet, la majorité des femmes commerçantes exercent dans ce secteur. Elles s’adaptent ainsi plus facilement aux difficultés économiques conséquences des politiques économiques en cours. La difficulté d’accès au crédit bancaire, font que très peu d’entre elles sont chefs d’entreprises et restent pour la plus part des revendeuses.

    La prolifération des tontines leur permet d’intervenir dans le secteur productif et de se rendre à l’étranger pour choisir les produits en fonction du capital investi qu’elles peuvent revendre. De même, on voit l’activité de transformation de manioc à Pouma réalisée par une vingtaine de femmes qui abouti à des produits agroalimentaires et ménagers que l’on peut exporter.

    Dans le cas du Cameroun, la législation n’est pas discriminatoire. Malgré l’existence d’un code coutumier non écrit, les femmes ne rencontrent un frein à l’exercice d’une profession à moins que le mari ne saisisse le tribunal pour montrer les problèmes que pourrait encourir la famille. Ainsi, l’abolition de l’autorisation maritale pour le déplacement des femmes à l’étranger leur permet de réaliser un commerce transnational.

    Cependant, malgré le droit à ma liberté d’exercer une activité commerciale, l’article 7 du code du commerce confère au mari le pouvoir de mettre fin à l’activité commerciale de sa femme sur simple notification de son opposition au greffier du tribunal du commerce. De plus, un frein supplémentaire aux activités commerciales des freins et une réduction des bénéfices vient de ce que c’est l’homme qui choisit le lieu de résidence de son épouse indépendamment parfois des intérêts de celle-ci.

    Au niveau international, les préoccupations féminines sont mieux intégrées au niveau international. Certaines organisations non gouvernementales de femmes et organisations de la société civile ont de mandé la prise en compte de la promotion de la femme, l’égalité des sexe, de la lutte contre la pauvreté dans les différents accords commerciaux. Effectivement on se rend compte que les femmes et leurs organisations sont souvent absentes des négociations et renégociations. Jusqu’à preuve du contraire ce sont les gouvernements qui les représentent. Lorsque l’on prend en compte que ce sont ces mêmes structures qui appliquent les politiques néolibérales dont pâtissent en majorité les femmes, il y a lieu de s’interroger.

    L’aggravation de la pauvreté des plus démunis dont la majorité est constituée de femmes qui fait partie de leur actif inquiète plus que tout autre chose le femmes pou leur avenir dans le commerce mondial. On ne voit jusque là pas définitivement des produits de l’artisanat et des biens de consommation vendus sur le marché local dans lesquels les femmes sont fortement impliquées que l’on pourrait transformer et faire des vendeuses des exportatrices grâce à une formation.

    En attendant, la présence importante des produits venant des pays industriels entraînera la disparition progressive des produits des pays pauvres des marchés avec pour corollaire la désindustrialisation des pays africains, des pertes devises, d’emplois provenant des la fermeture des entreprises de ce secteur qui ne peuvent plus faire face à leurs charges, l’asphyxie progressive des économies nationales qui doivent faire face aux obligations des institutions financières internationales, la perte de revenus pour les Etats en raison de la diminution des recettes fiscales liées aux faibles importations et l’élimination progressive des droit de douanes et les pertes de devises qui vont avec.

    Le rêve est conforté par l’aide au commerce promise par l’organisation mondiale du commerce promise lors du cycle de Doha alors qu’elle est loin d’être une agence de développement. Les femmes doivent maintenant aller plus loin et s’unir aux peuples dans la lutte contre la globalisation néo libérale et exiger une discrimination positive. Ainsi, on aurait une correction des désavantages que subissent les femmes.

    * Odile ASIM est enseignante à l’Université de Doula, au Cameroun.

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  • Même si l’origine du terme est assez vague, il reste cependant lié à l’intensification de l’arrivée des enfants des émigrés burkinabè dans le système scolaire et universitaire du Burkina Faso à partir de la décennie 80. Le flux de retour était principalement, sinon quasi exclusivement, alimenté par le courant en provenance de la Côte d’Ivoire qui, confrontée aux tourmentes de la crise économique, a progressivement redéfini la place des étrangers dans la société ivoirienne ; ce qui s’est traduit par des restrictions des conditions d’accès aux emplois, aux bourses aux étrangers ainsi qu’à leur stigmatisation.

    C’est dans ce contexte que s’inscrit le départ des enfants des étrangers vers les pays de leur parents abusivement considérés comme leur pays d’origine.
    Initialement appelés au Burkina Faso « les enfants issus de la diaspora », cette catégorie de Burkinabè sera progressivement désignée par le terme « diaspo» que l’on peut retenir comme une contraction de l’expression « enfants issus ou venant de la diaspora ». Le terme n’est donc pas un diminutif de « diaspora » qui renvoie à une communauté nationale vivant à l’extérieur.

    «Diaspo» n’a pas d’équivalent dans les langues nationales, mais est plus proche de « tabouga » que les Moose utilisent pour désigner tous les enfants de père moaga nés hors de l’espace géographique traditionnel des Moose (le Mogho) ; ainsi au regard de la conception des Moose tous les enfants moose nés à Bobo, Banfora, Gaoua sont des taboussé au même titre que ceux qui sont nés en Côte d’Ivoire, au Ghana, etc.

    L’arrivée des « diaspo » au Burkina Faso offre des éléments à la fois empiriques et théoriques pour discuter les questions d’appartenance et de citoyenneté dans nos pays.

    En effet, considérés comme Burkinabè en Côte d’Ivoire à cause de leur patronyme (Sawadogo, Ouedraogo, Kabore, etc.), de leur langue (moore, bobo, etc.), de l’origine de leur parents, et contraints de (re)joindre « leur » pays (qu’ils ne connaissent pas ou qu’ils ne connaissent qu’à travers les médias), les « diaspo », une fois au Burkina Faso, sont confrontés à des situations auxquelles ils ne s’attendaient pas, notamment être traité d’ivoirien ou de petit ivoirien à la fois dans les familles d’accueil, dans l’administration, etc.

    L’établissement des documents administratifs offre au « diaspo » à son arrivée l’opportunité de découvrir son altérité: au Burkina Faso, l’obtention de la pièce d’identité est conditionnée à la production d’un certificat de nationalité d’au moins d’un des parents; outre le fait que beaucoup de Burkinabè de la diaspora de Côte d’Ivoire étaient installés bien avant les indépendances, la majorité de ceux qui étaient installés en milieu rural, pour des raisons multiples (analphabétisme, ignorance, facilité de circulation entre les deux frontières, etc.) ne se sont pas préoccupés des documents d’Etat civil.

    Leur descendants sont confrontés aux problèmes de papiers à la fois en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso où ils éprouvent des difficultés à prouver leur nationalité par défaut des pièces justificatives. Selon un étudiant de l’université de Ouagadougou (né en Côte d’Ivoire et ayant rencontré ces difficultés) : «c’est vraiment très difficile à comprendre; en Côte d’Ivoire, il suffit que je prononce mon nom Ouedraogo pour que même les enfants qui parlent à peine me disent que je suis Burkinabè.

    Une fois ici par contre, il faut que je prouve que je suis Burkinabè. Mon père n’avait pas de certificat de nationalité, heureusement que son acte de naissance a été établi au Burkina ici, même si lui même est né en Côte d’Ivoire. Le comble dans cette histoire, c’est que ce sont souvent des Ouedraogo qui me demandent la preuve de ma nationalité».

    La découverte que le patronyme ne suffit pas pour l’accès à la nationalité provoque des interrogations, du désenchantement et parfois de l’ironie : «être Ouedraogo, de père et de mère Ouedraogo et être apatride au Burkina Faso, pays dont une grande partie a été fondée puis structurée par des Ouedraogo, et dire après tout ça que le droit n’est pas tordu, il faut être un juriste pour comprendre tout ça» ironise le même étudiant. En dépit des difficultés, les diapos arrivent tôt ou tard à faire valoir leur droit à la nationalité, mais au delà des difficultés, c’est le sentiment d’être de nulle part qui alimente le sentiment de frustration.

    Outre les difficultés dans l’établissement des documents administratifs, les frustrations initiales vont non seulement se maintenir mais s’accentuer à cause des multiples difficultés dans les familles d’accueil et l’indexation sur le campus où ils sont accusés «d’indiscrétion» par les non – diaspo. En effet, le «diaspo» se remarque très facilement, d’abord par son « look à l’ivoirienne » (habillement, cheveux coupés très court voir crane rasé ou coco taillé), ensuite par son accent (ivoirien), son langage (phrase sans article), son complexe de supériorité, ses manières (expression assez vague et flou qui permet de synthétiser tout ce qui est différent).

    Les rapports avec les étudiants nés aux Burkina Faso ne s’inscrivent certes pas dans le registre conflictuel mais restent influencer par la réserve, la suspicion voire des accusations et indexations réciproques:

    - ainsi les étudiants «diaspo» sont traités de «pieds noirs», «petits ivoiriens ratés», «d’impolis», « de faire le malin », « des présomptueux ». Ils sont également accusés d’être facilement corruptibles et à ce titre ont été parfois présentés comme ceux sur qui les autorités de l’université ont pu agir pour briser les grèves des étudiants.

    Ils sont mêmes soupçonnés par certains d’être «la cinquième colonne» à cause des loyautés qu’ils conservent avec la Côte d’Ivoire. Cette accusation est généralement appuyée par le fait que leur arrivée au Burkina Faso n’a jamais été un choix mais une contrainte ; ce sentiment est très bien illustré par les propos d’un étudiant lors d’une discussion sur les migrations burkinabè : «c’est parce qu’ils ont été rejeté là bas qu’ils sont venus se réfugier ici ; s’ils n’avaient pas été contraints, ils ne seraient jamais venus ici.

    A leur arrivée, les propos qu’ils tiennent montrent bien qu’ils considéraient le Burkina comme un village. Si un jour la Côte d’Ivoire leur reconnaît certains droits, travailler par exemple, vous verrez, ils repartiront ; le Burkina, pour parler comme eux, «c’est en attendant ». Ils faut voir avec les rapatriés, au moment ou ça chauffait, ils se sont rappelés qu’ils ont un pays où ils sont venus se réfugier ; leur situation a même suscité l’indignation nationale. Mais depuis que la situation en Côte d’Ivoire a commencé à se calmer, beaucoup d’entre eux repartent, et discrètement » . Ils sont accusés pèle mêle d’avoir perverti les mœurs, d’être les vecteurs de la violence à l’université, etc.

    - En réaction à ces accusations, les « diaspo » traitent les étudiants nés au Burkina de «tinga» , «zoblazo 200% », «peu ouverts » «de jaloux». Selon un « diaspo », «avec nos frères Burkinabè, c’est un peu difficile ; nous autres qui venons de la Côte d’Ivoire, quand on discute, on dit ce qu’on pense et après c’est fini ; mais avec les nos frères «tinga», ils ne disent pas le fond de leur pensée et même après des échanges un peu animés, quand ils disent que c’est fini, c’est pas fini ; il y a manque de sincérité.»

    Face à ce qu’ils considèrent comme des entraves à leur épanouissement, les « diaspo » s’organisent d’une part à travers la création d’associations regroupant les ressortissants en provenance des mêmes zones en Côte d’Ivoire (associations des ressortissants de l’Agnéby, du Fromager, de Sinfra, de la Cité Djiboua, d’Adzopé, etc.) et d’autre part en se regroupant dans les zones d’habitation qu’ils n’hésitent d’ailleurs pas à baptiser; c’est ainsi que certaines cours habitées par des «disapo» sont dénommées (avec inscription sur le portail) la Sorbonne, le Château de Versailles, le Pentagone, la Knesset, le Kremlin, Matignon, la Maison Blanche, etc.

    Les associations et les cours baptisées jouent plusieurs fonctions : les associations tentent de récréer des espaces de rencontre et de solidarité car certains « diaspo » ne disposent d’aucune connaissance ni d’aucun contact dans la capitale tandis que d’autres ont été obligés de quitter les familles d’accueil.

    Au delà de ce rôle de secours d’urgence, les associations permettent aux «diaspo» de récréer « un univers de notre passé récent», «de discuter de chose qui nous sont propres», «de faire la cuisine du pays » ; selon un responsable d’une association « on ne se retrouve pas seulement pour résoudre des problèmes matériels mais aussi et surtout pour exister ». Cette pratique chez les « diaspo » n’est pas vraiment originale dans la mesure où c’est une pratique adoptée par les émigrés burkinabè.

    Si ces pratiques permettent aux diaspo de s’organiser et de se retrouver, elles contribuent à renforcer le sentiment chez les autres que les «diaspo» sont des ivoiriens. «Voir des Burkinabè se dire ressortissants de Daloa, Soubré, Yamoussoukro ou Vavoua et en plus au Burkina ici, y’a un problème. Je n’ai jamais vu ces villes sur une carte du Burkina.

    Même s’ils sont nés à l’extérieur, leurs parents viennent de régions du Burkina non? Pourquoi ils ne s’associent pas aux ressortissants de ces régions pour démontrer leur volonté de s’intégrer. Or tout ce qu’ils font, c’est montrer qu’ils sont ivoiriens; tout cela montre leur volonté de se démarquer, ce sont vraiment des parents à problème ».

    Selon les « diaspo », c’est parce qu’ils sont confrontés dans ces associations au même problèmes d’indexation mais aussi et surtout parce qu’ils se retrouvent isolés avec des gens qui se connaissent, qui ont des histoires communes qu’ils n’éprouvent pas la nécessité de militer dans ces associations : « peut – on être ressortissant d’une région que l’on ne connaît pas ? où l’on est vraiment étranger? Moi je ne suis pas sur que mon père qui aime bien cette région du Burkina soit connu par ces gens parce qu’il est parti de là bas il y’a longtemps?»

    En fin de compte, les descendants des immigrés burkinabè se retrouvent écartelés entre une terre d’accueil qui ne les reconnaît pas comme les siens et un pays d’origine des parents qu’ils ne connaissent pas et qui est supposé être le leur. En définitive, citoyens de fait, ces produits de la migration se retrouvent étrangers dans leur zone de naissance mais citoyens de droit d’un pays qui ne les connaît pas, qu’ils ne connaissent pas ou pas assez, et qui à l’occasion des retours contraints leur renvoie leur altérité.

    En définitive, la situation des «diaspo» montre la complexité de la citoyenneté qui, au delà de certains aspects, notamment juridiques et formels (la pièce d’identité) et même objectif (la langue par exemple), combinent bien d’autres aspects qui sont parfois les élément de repère qui permettent de se faire identifier et se faire admettre comme membre à part entière de la collectivité. A ce titre, les confusions entre origine et appartenance, langue et nationalité se révèlent réductrice et participe à une vision statique de la vie sociale.

    * Mahmadou Zongo, sociologue, est enseignant et chercheur au département de Sociologie à l'Université de Ouagadougou, Burkina Faso.

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  • L’année 2006 marque les vingt ans d’existence de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples entrée en vigueur en 1986. Alors que les chefs d’Etats africains s’apprêtent à prendre part à la 7ème réunion africaine au sommet à Banjul en Gambie, Ahmed C. Motala évalue les grandeurs et faiblesses de la Charte pour la protection et la promotion des Droits de l'Homme du continent.

    La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Charte africaine) était adoptée le 27 juin 1981 par l’assemblée de chefs d’Etat et de gouvernements de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui précédait l’Union africaine (UA), à Nairobi au Kenya. Cette année marque le vingtième anniversaire de la Charte entrée en vigueur en octobre 1986. Certains commentateurs ont salué la Charte africaine comme un document progressif qui, entre autres choses, reconnaît l’indivisibilité des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, distincte d’autres traités internationaux concernant les Droits de l’Homme.

    La Charte africaine est aussi le premier traité des Droits de l’Homme qui fasse référence au droit au développement, bien que ce droit ne soit pas défini. D’autres ont critiqué la Charte pour ces nombreuses déficiences, particulièrement les clauses échappatoires qui subordonnent certains droits au droit national. Par exemple, art.9(2) de la Charte africaine déclare : « Chaque individu a le droit d’exprimer et de diffuser des opinons conforme à la loi ». D’autres droits tels que le droit à un espace privé ne sont pas inclus dans la Charte et d’autres encore, comme le droit à un procès équitable, est défini de façon inadéquate.

    La Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (Commission africaine), l’organe créé par la Charte pour évaluer la mesure du respect des Etats pour la Charte, fonctionne actuellement dans un environnement où plusieurs pays sont en proie à la guerre civile. ( Soudan, Côte d’Ivoire, République Démocratique du Congo et le Tchad). Les Droits de l’Homme sont gravement violés à travers tout le continent de l’Egypte à la Guinée équatoriale et l’Ethiopie. Le phénomène de coups d’Etat et de contrecoups continue de hanter nombres de pays. Les mesures anti-terroristes, adoptées par les gouvernements de toute l’Afrique, battent en brèche les acquis des valeurs découlant des Droits de l’Homme.

    Par contre, l’engagement croissant pour la cause des Droits de l’Homme par une poignée de pays progressistes incluant le Mali, le Bénin et l’Afrique du Sud, suscite un peu d’optimisme et permet de croire que le continent veut véritablement améliorer la situation des Droits de l’Homme.

    Lorsque la Charte africaine a été élaborée et adoptée, la Charte de l’OUA y a inscrit comme principe fondamental la souveraineté des Etats et la non-ingérence dans les affaires nationales. Ce principe a empêché l’OUA et les Etats africains d’intervenir afin d’empêcher de graves violations des Droits l’Homme comme le massacre de civils par des dictateurs tel Idi Amin en Ouganda, l’empereur Bokassa en République Centrale Africaine, Mengitsu Haile Mariam en Ethiopie, Valentine Strasser au Liberia, Hissene Habré au Tchad et Samuel Doe au Liberia. En fait d’anciens dictateurs, comme Mengistu et Habré, continuent de bénéficier de l’hospitalité du Zimbabwe et du Sénégal respectivement, les deux Etats refusant de les extrader.

    Après sa création, la Commission n’a pas été capable de gérer efficacement l’une des plus graves violations des Droits de l’Homme jamais commises sur le continent, le récent génocide au Rwanda. Etant une création de l’OUA, qui maintenant rend compte à l’UA, la Commission africaine a été entravée, entre autre, par le manque de volonté politique et l’absence d’initiatives de ses maîtres politiques pour aborder de graves violations des Droits de l’Homme. Après tout, les dictateurs et ceux qui enfreignent les Droits de l’Homme appartiennent au club même auquel la Commission africaine est requise de soumettre son rapport annuel qui contenait des informations sur de graves violations des Droits de l’Homme.

    Suite à l’établissement de l’Union africaine, il y a, du moins sur le papier, un engagement plus important en faveur des Droits de l’Homme. Les objectifs de l’Union africaine, tels qu’ils sont entérinés dans l’Acte de Constitution, incluent « la promotion et la protection des Droits de l’Homme et des Peuples, en accord avec la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ainsi que d’autres instruments des Droits de l’Homme pertinents ». L’Union africaine est aussi basée, entre autres principes, « sur le respect des principes démocratiques, les Droits de l’Homme, l’autorité de la loi et la bonne gouvernance ».

    La question clé est de savoir si les valeurs entérinées dans l’Acte Constitutif sont appliquées par les pays membres de l’Union africaine ou les institutions de l’UA. Il y a peu de preuves suggérant que l’UA est soucieuse de demander des comptes concernant des violations des Droits de l’Homme à un Etat membre. Le cas du Zimbabwe est un cas de figure. Bien que la Commission africaine ait présenté son rapport à l’Assemblée de l’UA en juillet 2004 sur la situation des Droits de l’Homme au Zimbabwe, rapport assorti de recommandations afin de remédier à la situation, l’Assemblée a renoncé à demander des comptes aux autorités du Zimbabwe et a préféré se rendre aux objections de celui-ci qui se plaignait du manque d’opportunités pour prendre connaissance du rapport, retardant ainsi l’adoption du rapport annuel de la Commission africaine de 6 mois.

    Cependant, le Conseil pour la Sécurité et la Paix semble avoir agi avec détermination lorsqu’il s’est penché sur les situations de conflit. Dans sa tentative de résolution du conflit dans la région du Darfour au Soudan occidental, le Conseil a autorisé le déploiement d’une mission de maintien de la paix allant ainsi à l’encontre de la volonté du gouvernement soudanais du président Omar El Bashir. L’Acte Constitutif a réduit la marge de la souveraineté des Etats en stipulant « le droit de l’Union à intervenir dans les affaires intérieures d’un Etat membre, suite à une décision de l’Assemblée, lors de circonstances graves, notamment lorsque des crimes de guerre, un génocide ou des crimes contre l’humanité sont commis ».

    Ce droit d’intervention est la conséquence des critiques sévères à l’encontre de l’OUA pour n’être pas intervenue au Rwanda alors qu’un génocide était en cours. Il est encourageant de voir que l’UA est prête à agir sur la base de son droit d’intervention même contre la volonté de l’Etat membre concerné. La question de savoir si la mission de l’UA au Soudan a réellement réduit le nombre de violations des Droits de l’Homme fait l’objet d’un autre article.

    Qu’est devenue la Commission africaine au cours de ces deux décennies ? Une analyse du travail de la Commission montrerait un progrès considérable au cours des vingt ans écoulés. Néanmoins nombre d’obstacles ont entravé son travail et par conséquent son efficacité sur le continent.

    La Commission africaine a rendu de nombreux jugements suite à des plaintes qui lui étaient adressées principalement par des ONG. Ces jugements visaient plusieurs pays qui incluaient l’Egypte, l’Algérie, le Soudan, le Malawi, le Nigeria, le Cameroun et le Botswana. Sa jurisprudence s’est considérablement accrue au cours des années et des jugements récents étaient fondés sur d’excellents raisonnements. Toutefois, la Commission africaine devra améliorer considérablement ses jugements si elle espère que la cour de justice pour les Droits de l’Homme et des Peuples, nouvellement instituée, les entérine.

    Le personnel de la Commission africaine est actuellement composé de juristes très engagés mais inexpérimentés. A moins de s'adjoindre du personnel permanent expérimenté dans la plaidoirie et la recherche dans le domaine du droit, la Commission africaine a peu de chance d’améliorer ses jugements jusqu’à un niveau qui satisfasse aux exigences de la Cour africaine. Regrettablement la plupart des Etats ont ignoré les jugements de la Commission africaine et l’organe dont il est issu l’Assemblée de UA a failli misérablement lorsqu’il s’est agi de demander des comptes aux Etats concernés. Aussi longtemps que les Etats africains qui sont l’objet de plaintes ignorent les jugements de la Commission africaine, son rôle d’organe principal du continent africain responsable de la protection et de la promotion des Droits de l’Homme, restera minimal.

    Le mandat de la Commission africaine inclut la formulation et l’établissement de règles sur lesquelles les Etats africains puissent fonder leur législation. De ce point de vue, la Commission africaine a fait une contribution considérable en adoptant toute une série de principes et de directives. Ceux-ci incluent : la déclaration du principe de liberté d’expression en Afrique, des directives et des mesures pour la prohibition et la prévention de la torture, de traitements ou punitions cruels, inhumains et dégradants en Afrique ainsi que des directives et les principes pour un procès équitable et l’assistance légale en Afrique. La valeur intrinsèque de ces déclarations de la Commission africaine réside dans la pertinence des standards énoncés par rapport à la situation prévalant actuellement en Afrique. Malheureusement les Etats africains ont fait peu de cas de ces déclarations lors du développement de leur propre législation.

    La Commission africaine est affligée d’une certaine inconstance dans sa prestation qui résulte de sa composition. L’efficacité du traité dépend de l’indépendance et de l’impartialité des Commissaires. Il est décevant de remarquer que les Etats africains ont miné l’indépendance de la Commission africaine en nommant et en élisant des Commissaires dont l’indépendance était compromise ou qui étaient perçus comme manquant d’indépendance en vertu de leur fonction dans le gouvernement. Au cours des vingt ans écoulés, différents Commissaires ont occupé des postes de ministre, de procureur général, d’ambassadeurs et de conseiller de leur président.

    Ceci a non seulement nui à l’image de la Commission africaine, mais a également inhibé toute initiative abordant les graves violations des Droits de l’Homme sur le continent africain. On citera l’exemple de ce Rapporteur Spécial de la Commission africaine sur la question des exécutions extra judiciaires, nommé à la veille du génocide au Rwanda en avril 1994. Durant son mandat, il a négligé d’investiguer les évènements au Rwanda et ne s’est pas rendu dans ce pays. Au cours de son mandat à la Commission africaine, le préposé était le représentant diplomatique de son pays d’abord à Ankara ensuite à Genève.

    Le manque de ressources adéquates a considérablement entravé le travail de la Commission africaine. Le budget annuel alloué par l’UA pour 2005 était de US$ 1 142 051, budget considérablement inférieur à celui de certaines grandes ONG nationales. En dépit des nombreuses résolutions adoptées par l’Assemblée de l’UA plaidant pour que la Commission soit adéquatement pourvue, la Commission africaine a dû avoir recours à l’assistance de donateurs étrangers incluant l’Union Européenne et des gouvernements européens individuels. Ceci est une source d’embarras pour l’UA qui s’est montrée incapable de fournir suffisamment de ressources à son principal organe des Droits de l’Homme. Il met aussi en cause la crédibilité de son engagement et celui des Etats membres en faveur de la protection et la promotion des Droits de l’Homme sur le continent.
    La protection des Droits de l’Homme en Afrique sera améliorée par l’établissement d’une cour africaine de justice des Droits de l’Homme et des Peuples.

    Cour africaine de justice

    Les onze juges de la cour africaine de justice ont été élus par l’Assemblée de l’UA en janvier de cette année et seront assermentés lors de la prochaine Assemblée au début juillet 2006. La cour africaine de justice ayant l’autorité d’émettre des jugements contraignants et le Conseil Exécutif de l’UA devant assurer leurs exécutions, la protection des Droits de l’Homme sur le continent peut désormais s’améliorer. Toutefois, les Etats dévoyés seront seulement susceptibles de se soumettre aux verdicts dès lors que le Conseil Exécutif manifestera sa volonté de prendre des mesures à l’encontre des Etats qui ignorent ou retardent l’exécution des décisions de la Cour de justice africaine.

    Le manque de ressources risque fort d’accabler la Cour africaine de justice, à moins que l’UA établisse le fond volontaire des Droits de l’Homme qui avait été recommandé lors de la première rencontre ministérielle de la conférence sur les Droits de l’Homme, qui s’était tenue à Kigali en mai 2003, et que les Etats africains fassent des contributions substantielles à ce fond.

    Nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle en ce qui concerne la protection des Droits de l’Homme. L’établissement de la Cour africaine de justice n’est que le premier pas de ce voyage à travers cette ère. Beaucoup reste à faire pour désigner le lieu approprié où la Cour africaine de justice aura son siège, pour l’octroi de ressources adéquates et le recrutement de personnel compétent et expérimenté. A chaque étape et à tous les niveaux, le bon fonctionnement de la Cour africaine de justice dépend du soutien politique de l’UA et de ses Etats membres qui sont d’une importance cruciale.

    Les Etats africains portent une responsabilité considérable dans la protection des Droits de l’Homme. Les institutions nationales, comprenant des commissions nationales des Droits de l’Homme ainsi que les tribunaux, portent la première responsabilité dans la protection des Droits de l’Homme. L’établissement et le renforcement d’un système judiciaire indépendant dans chacun des Etats africains ainsi que le respect et l’application des décisions des cours de justice nationales sont d’une importance vitale. Le système régional de protection des Droits de l’Homme ne devient pertinent que dans la mesure où les tribunaux manquent de faire prévaloir la protection des Droits de l’Homme ou dans les situations où l’Etat fait fi des décisions de ses propres cours de justice.

    *Ahmed C. Motala est le directeur exécutif du Centre d’Etudes de la Violence et de la Réconciliation.

    * Cet article a d'abord paru dansl'édition anglaise de Pambazuka News n° 260. Voir :

    *Veuillez adresser vos commentaires à [email protected] Vous pouvez également commenter en ligne sur : www.pambazuka.org

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  • Vers la fin de l’an 2005, l’International Labor Rights Fund a déposé à la Cour Fédérale des Etats-Unis en Californie une requête ayant trait à l’Acte portant sur les Allégations de Torture des Etrangers contre Bridgestone, faisant état de « travail forcé, l’équivalent moderne de l’esclavage » sur une Plantation de Firestone à Hargel, Libéria. Le procès indique : « Les travailleurs de la Plantation allèguent, entre autres choses, qu’ils restent coincés par la pauvreté et la coercition dans une Plantation gelée dans le temps exploitée par Firestone d’une façon identique à celle dont elle était initialement gérée quand elle fut ouverte pour la première fois par Firestone en 1926». Robtel Pailey examine le visage moderne de l’esclavage sur le « sol des hommes libres».

    Au début des années 1820, le Libéria s’est transformé en terre d’exil pour les esclaves américains rapatriés. En fait, le pays était un refuge proverbial des gens qui fuyaient les conditions dégradantes, déplorables du régime d’esclavage aux Etats-Unis. Ainsi, dès que le terme « plantation » était mentionné, les Libériens tremblaient visiblement de l’héritage historique que beaucoup de ses descendants ont enduré.

    Assez ironiquement, un développement récent suggère que le Libéria lui-même a servi de terrain propice pour le visage moderne de l’esclavage déguisé sous forme de ce que certains pourraient appeler servitude invétérée pour l’entreprise américaine, Firestone. Déclaré la première république de l’Afrique en 1847, le Libéria a été entraîné dans une relation asymétrique avec le géant du caoutchouc depuis que l’entreprise a atterri pour la première fois sur les côtes du pays en 1926. Quatre-vingts ans plus tard, des groupes de défense des droits humains ont dénoncé les pratiques abusives alléguées contre Firestone et ont intenté une action judiciaire contre la compagnie américaine pour violations des lois sur le travail des mineurs, pratiques de travail cruelles et inhabituelles, et dégradation de l’environnement. Ces pratiques, indiquent-ils, ne diffèrent en rien de ce qu’elles étaient à l’époque de l’ouverture de la plantation. Depuis 1926, Firestone se serait appuyé sur le travail forcé, l’asservissement involontaire, l’insouciance, la négligence dans le recrutement et la supervision, des pratiques d’enrichissement injuste et d’affaires non-équitables.

    Introduite au nom des travailleurs à la plantation et de leurs enfants en se servant de pseudonymes, la requête nomme la compagnie nippone parente Bidgestone, Bridgestone Americas Holding, Bridgestone Firestone North American Tire et d’autres branches en tant que prévenus.

    L’International Labour Rights Fund (ILRF) a intenté le procès au nom de 12 travailleurs libériens et leurs 23 enfants qui ont gardé l’anonymat pour se protéger contre les actes de vengeance. Les plaignants sont en train de déposer leur dossier aux USA parce que le système judiciaire libérien a été érodé dans le désordre de la décadence civile. « Les travailleurs de la plantation sont privés de leurs droits, ils sont isolés, ils sont à la merci de Firestone pour toute chose de la nourriture aux soins de santé et à l’éducation, ils risquent l’expulsion et la mort certaine de la faim s’ils soulèvent même les moindres plaintes, et la compagnie se sert délibérément de cette situation pour exploiter ces travailleurs comme ils l’ont fait depuis 1926, » allègue le procès. L’ILRF et ses alliés – les avocats et les activistes libériens des droits humains – servent comme un instrument de plaidoirie pour la défense des droits sanitaires et légaux des travailleurs de Firestone à Harbel, Libéria.

    L’histoire de Firestone au Libéria est révélatrice. En 1926, la compagnie a signé un accord de concession avec le gouvernement du Libéria pour une période de 99 ans. Cet accord couvrait environ un demi-million d’hectares de terrain, loué à bail à six cents par demi-hectare pour un prix annuel total de $ 60.000. De grands secteurs de population indigène furent déplacés pour céder la place à l’installation de la plus grande plantation de Firestone à Harbel. Même à l’époque du jeune âge de la compagnie, les Libériens étaient recrutés pour accomplir le travail forcé en récoltant et en cultivant des arbres du caoutchouc, après quoi ils s’engageaient dans le « tapage », l’acte plein de labeur intensif qui consiste à utiliser des instruments primitifs pour taper le latex à l’état cru hors des arbres de caoutchouc pour exportation. Les ouvriers étaient initialement appelés au travail sous la menace des fusils, et beaucoup de descendants de ces ouvriers servent de plaignants dans le dossier judiciaire contre Firestone aujourd’hui.

    Malgré une insurrection de mécontentement civil et des cris réclamant la démocratie en 2005, Firestone a signé un nouvel accord de 37 ans avec le gouvernement de Transition au Libéria pour qu’il octroie le terrain à 50 cents par demi-hectare, « une grande hausse » par rapport à l’accord original de location à bail. Selon un rapport récent publié par Save My Future Foundation, Firestone a exporté 167.165 tonnes de caoutchouc entre 2000 et 2003. Le prix du caoutchouc atteint des sommets astronomiques aujourd’hui à $ 486 par tonne. Suivant les calculs de transactions commerciales actuellement, Firestone reçoit $ 81.242.190 en provenance de sa production au Libéria. Tout le caoutchouc produit au Libéria est envoyé aux Etats-Unis pour le traitement des pneus, et d’autres matériaux. Il n’y a pas de traitement ni de fabrication ni d’autre production de valeur ajoutée qui se font au Libéria. Le niveau de pauvreté au Libéria est si étonnant que les gens accourent vers la plantation pour un simple repas. Le tapeur moyen génère $ 900 mensuellement pour la compagnie, et pourtant il reçoit de Firestone à peine un dixième de cela en tant que compensation une fois que les frais et les services sont déduits des rémunérations. Comme résultat, les tapeurs travaillent durement pour 3,19 dollars seulement par jour. Après avoir travaillé chez Firestone pendant 50 ans, certains ouvriers de la plantation qui vont en retraite reçoivent apparemment moins de $ 50 par mois comme frais de pension.

    A part le fait d’affronter la pauvreté due à la servitude grave, les ouvriers de Firestone doivent faire face aux infirmités liées à la santé. Les tapeurs exposent leurs yeux au latex qui a la potentialité de les rendre aveugles, en appliquant des pesticides et des fertilisants dangereux aux arbres du caoutchouc. Le latex à l’état cru en provenance des arbres du caoutchouc est fatal lorsqu’on l’applique aux yeux, si bien qu’il y a eu d’innombrables rapports de cas de travailleurs qui souffrent en permanence de problèmes d’yeux suite au fait de s’exposer. Ils sont forcés de transporter des seaux pesant 75 livres et débordant de quota de latex collecté pour le jour. N’étant pas informés des dangers qui accompagnent les produits qu’ils manipulent, les travailleurs ne savent pas demander l’équipement de sécurité. Beaucoup de tapeurs portent des traces graves de plaies et des anomalies d’os et de muscles qui résultent des activités de tapage.

    Les ouvriers travaillent entre 12 et 15 heures par jour, puis ils doivent faire la liste de choses que leurs familles (y compris les jeunes enfants et les épouses) vont accomplir afin de compléter un quota journalier pour s’assurer de leur rémunération hebdomadaire. Pas de congés, pas de vacances payées, pas de congé pour raison de maladie. Un phénomène honteux dans le mode de fonctionnement de Firestone est son soutien implicite au travail des enfants. La plupart des enfants travaillent sur les plantations au lieu de fréquenter l’école. Le peu d’enfants qui fréquentent l’école se rendent aux écoles ne remplissant pas les normes requises et dans des conditions misérables. Firestone prétend qu’il dispense un enseignement gratuit aux enfants de ses travailleurs, mais en réalité les travailleurs doivent payer une taxe sur le revenu, taxe déduite automatiquement de leurs rémunérations mensuelles en vue de couvrir les coûts des soi-disant dépenses éducationnelles.

    Les enfants et leurs familles triment sur la plantation pendant la journée, et ils rentrent la nuit dans les conditions sordides de vie primitive sans électricité ni eau de robinet. Firestone blâme la guerre civile qui a frappé le pays pendant plus d’une décennie pour la rupture de l’infrastructure, pourtant les membres du clan de Firestone ont aidé et encouragé le rebelle devenu président Charles Taylor afin d’éviter que la plantation ne soit endommagée quand la guerre faisait rage. Certaines des armées rebelles de Taylor étaient même stationnées à Harbel, jouissant des fruits du sang, de la sueur et des larmes -dans le sens littéral- de leurs frères et sœurs compatriotes.

    Se trouvant à mille miles des conditions de vie déplorables de la force ouvrière libérienne, les cadres chargés de la gestion de la compagnie bénéficient des richesses du caoutchouc, jouissant du luxe des bungalows climatisés et même arrêtant leur travail « qui casse le dos » comme superviseurs pour faire une séance de golf sur la cour érigée tout près. Des huttes en terre battue et celles faites de branchages cohabitent avec des maisons de fortune à l’air immaculée. Firestone prétend que les huttes en terre ont été créées par les Libériens déplacés à l’intérieur qui ont accouru vers la plantation au cours de l’escalade de la guerre civile dans le pays. Pourtant, Firestone possède le terrain et détient toutes les responsabilités relatives à son entretien. De plus, certaines des conditions existaient avant la guerre civile et s’étaient enracinées pendant des années.

    Le scénario complet représente un microcosme de règles commerciales non-équitables qui bénéficient aux grandes entreprises occidentales qui exploitent la matière première dans le monde en développement, laissant les peuples indigènes avec des débordements environnementaux, des souffrances physiques, et un moral brisé. Le cas de Firestone au Libéria est un microcosme de rachat d’une entreprise américaine et un mépris flagrant des droits indigènes. C’est une extension du commerce transatlantique des esclaves, et ça devrait être exposé en tant que tel.

    * Natif de Buchanan au Libéria, Robtel Neajai Pailey preste actuellement en tant qu’Editeur Assistant du journal communautaire de Washington, D.C, « The Washington Informer ».
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    * Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 240.
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  • Hawa Ba | Sud Global

    Salvador de Bahia (Brésil) était, du 12 au 14 juillet dernier, le point de convergence des éminences grises de l’intelligentsia africaine du continent et de la diaspora. Sous l’égide de l’Union Africaine et avec l’appui du gouvernement brésilien, la deuxième édition de la Conférence des Intellectuels Africains et de la Diaspora (CIAD II) a enregistré une participation de quelques 1000 femmes et hommes de lettres et de sciences, artistes, acteurs politiques et représentants de la société civile. Puisant ses fondements dans les assises de la CIAD I tenue à Dakar en Octobre 2004, la CIAD II a permis de consolider les acquis de la première édition en servant de cadre de synergie entre les intellectuels se réclamant d’une quelconque africanité qu’ils vivent au sein ou hors du continent. Un formidable succès mais beaucoup d’écueils se profilent à l’horizon.

    La CIAD II s’est tenue dans un contexte assez précaire du fait que pas plus tard que la semaine d’avant, les médias se faisaient l’écho des malversations financières qui seraient survenues lors de la première CIAD en 2004. Le spectre du vieux démon planait encore dans la mémoire de tous ceux qui avaient foi en une nouvelle ère avec la création de l’Union Afrique (UA) et avec son corollaire de nouvelles initiatives tels le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) et le Mécanisme Africain de Revue des Pairs (MARP).

    C’est justement dans la dynamique du nouvel enthousiasme engendré par l’UA que la CIAD a été initiée. La rencontre d’Octobre 2004 à Dakar (Sénégal) fut une première car jamais avant les intellectuels africains et de la diaspora n’ont été conviés dans un cadre aussi officiel que celui de l’UA pour réfléchir ensemble sur le destin du continent et celui de ses enfants vivant en son sein et dans d’autre contrées. Ces derniers ont été pour la plupart extirpés du continent dans des conditions dramatiques (traite des esclaves, main-d’œuvre ouvrière et agricole pendant la colonisation) et portent encore les stigmates d’un passé douloureux et d’un présent semé d’embûches car jalonné de discrimination raciale, d’extrême pauvreté et de précarité psychologique.

    En dehors de l’hôte, le Président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva¸ du Président la Commission de l’Union Africaine, Alpha Omar Konaré, la présence de sept chefs d’Etats et de Gouvernements (Abdoulaye Wade du Sénégal, John Kuffor du Ghana, Pedro Pires du Cap-Vert, Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, Festus Mogae du Botswana, Ali Mohamed Shein, Vice-Président de la Tanzanie et Portia Simpson Miller, Premier Ministre de la Jamaïque) témoignent de l’intérêt que suscite une telle manifestation.

    La tenue de la CIAD II à Salvador de Bahia (Nord-est du Brésil) est hautement symbolique pour deux raisons : le Brésil est considéré comme la deuxième patrie des Noirs après l’Afrique car il abrite la plus vaste population de Noirs en dehors du continent. La ville de Salvador, dans l’Etat de Bahia, au Brésil, était l’un des premiers ports d’entrée de millions d’esclaves extirpés d’Afrique et convoyés vers les Amériques pendant la traite négrière. C’est aussi le lieu où l’on a connu l’une des plus violentes révoltes d’esclaves survenues dans la diaspora. Donc, c’est à partir de perspectives historique, émotionnelle et épistémologique que les réflexions sur des relations plus étroites entre Africains vivant dans le continent et Africains de la diaspora ont été menées.

    Quatre sessions plénières avec des tables rondes regroupant jusqu’à dix intervenants et vingt-quatre sessions parallèles ont permis à plus de 1000 universitaires, artistes, leaders politiques et représentants d’organisations de la société civile africaine de passer en revue diverses questions liées à la renaissance politique, culturelle et économique de l’Afrique et des Africains de la diaspora. La lancinante question étant comment arriver à une participation effective et efficiente de tous les Africains à cette ambition qui se situe au cœur des missions que s’est assignée l’Union Africaine.

    Une large panoplie de sujets

    Le thème général de la CIAD II était celui de la renaissance politique, culturelle et économique de l’Afrique, et la rencontre a permis de mener des réflexions collectives sur la situation politique, économique et sociale des peuples africains. Sans être un exposé d’une litanie de diagnostics macabres et pessimistes sur le sort de l’Africain, la CIAD II a permis un dialogue franc et ouvert entre des enfants d’Afrique désireux de se retrouver pour une meilleure symbiose de leurs actions pour la mère Afrique et sa progéniture.

    De par la panoplie de thèmes à l’ordre du jour et de par la richesse des débats, l’organisation de la conférence a été un réel succès. La diversité des sujets était assez remarquable et elle reflète bien les questions-clés qui agitent l’Afrique et la Diaspora à l’orée du XXI ème siècle. Si le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies, Koffi Annan et bon nombre d’intellectuels africains de renom (dont en première ligne les lauréats des Prix Nobel : Wole Soyinka, John Coetzee et Desmond Tutu) sur la présence desquels les organisateurs comptaient beaucoup ont, malheureusement, été absents, il n’en demeure pas moins qu’une large part de la crème de l’intelligentsia africaine a convergé vers Salvador de Bahia.

    La présence du musicien africain-américain, Stevie Wonder, a été très remarquée. Invité spécial de la CIAD, son aura et son intervention ont marqué les cœurs et les esprits d’un public qui l’a fortement ovationné. Son cri du cœur fut l’appel à la réunification des histoires de l’Afrique et de la diaspora. Pour ce virtuose de la chanson « notre histoire a été écrite par d’autres. Il y a des gens en Afrique qui ne savent pas l’histoire de l’esclavage ; de même, il y a des gens dans la diaspora qui ne savent pas que l’Afrique abritaient de grands royaumes dans le passé. Toute notre histoire est à réécrire ». En Africaniste convaincu, Stevie Wonder estime que la meilleure manière de re-connecter ces deux peuples séparés par les tragédies de l’histoire est de profiter des miracles de la technologie.

    Il gratifiera le public de la lecture des lyriques de l’une de ses plus célèbres chansons ‘If your love cannot be moved’. La phrase “you can’t free the slaves to enslave them differently” fut particulièrement applaudie car en ligne de mire avec la préoccupation ambiante.

    D’ailleurs, la dénonciation de la mondialisation uni-directionnelle et du système capitaliste mondial a été l’une des constantes de la CIAD. Dans toutes les discussions, la marche actuelle du monde a été dénoncée et la conférence fut un forum pour réclamer d’une manière générale une connexion plus importante entre pays du Sud.

    Le Président brésilien lui-même, Lula, a violemment condamné les règles injustes de la politique mondiale dictées par les superpuissances qui imposent aux pays pauvres commerce inéquitable, lois du marché, et diktat de multinationales et d’organisations financières internationales, entre autres calamités. C’est pourquoi il appellera l'Afrique et sa diaspora à « ne pas s’attendre à de la charité de la part des Occidentaux mais à développer des politiques de coopération viables qui ne doivent pas partir du haut vers le bas mais émerger des masses elles-mêmes ». Il a insisté sur la nécessité pour les pays du Sud d’être plus solidaire, et de se faire un peu plus confiance.

    Concernant les Afro-Brésiliens, les grandes questions a l’ordre du jour sont ceux de l’affirmative action et des réparations. Depuis son arrivée au pouvoir, un certain nombre de mesures en faveur d’une meilleur intégration des Brésiliens noirs ont été prises, mais les écarts sont encore trop grands . Nous sommes plusieurs á avoir été frappés par la quasi invisibilité des noirs dans le centre ville de certains quartiers de Salvador, ou même dans les aéroports tels que ceux de Sao Paolo et Salvador.

    La table ronde sur Genre et Egalité a été l’une des grandes attractions et réussites de la deuxième CIAD. Neuf brillantes présentations ont été faites par des spécialistes des questions de genre du Brésil, de Costa Rica, de la Martinique, du Burkina Faso, du Tchad et du Sénégal. Du continent et de la diaspora, l’observation dominante est que la femme est la composante la plus vulnérable de la société.

    A partir d’angles d’analyses différents, les communications montrèrent que les femmes étaient les principales victimes de la pauvreté, des conflits, des pratiques culturelles et religieuses discriminatoires et de l’inégalité globale entre pays développés et pays sous-développés. Une présentation émouvante par moments de Waïna Sant’Anna, chercheure et activiste brésilienne permit de mieux cerner la situation désastreuse de la plupart des noires brésiliennes. Une profonde vulnérabilité causée par un appauvrissement chronique, une situation sanitaire précaire et bien sûr un faible accès au système éducatif font d’elles des parias de la société.

    En guise d’illustration, elle révèlera que l’espérance de vie des brésiliennes noires n’est que de 69 ans (contre 73 ans pour les hommes). Le pire dans tout cela c’est que la précarité vécue par les Afro-brésiliens affecte davantage les femmes parce qu’elles en portent davantage le lourd fardeau. La dislocation des unités familiales est un phénomène très commun et quelques-unes des plus douloureuses tragédies auxquelles ces femmes ont à faire face est le sort réservé à leurs enfants.

    C’est avec une forte conviction et un militantisme à fleur de peau que Waïna Sant’Anna dénonce le “pernicieux” système qui, à travers « une politique sciemment orchestrée, tente de présenter les mères noires comme des gens incapables de prendre en charge leurs enfants et de leurs inculquer une bonne éducation car moralement et économiquement dépravées ». Elle disqualifie cet « hideux projet politique » qui vise à mettre enfants et mères noirs dos à dos et affecter dans ses pans les plus sensibles la population noire pour continuer à la dominer et la contrôler. Par-delà tout, Waïna Sant’Anna a cloué au pilori la « culture de dénégation » du système brésilien qui ne fait que « nier, nier et nier ».

    Parlant de la situation de l’Afrique, la sociologue sénégalaise, Maréma Touré Thiam, a souligné qu’à côté des discriminations et de la pauvreté, qu’une large frange de femmes africaines sont au quotidien confrontées à de sérieux défis posés par l’existence de diverses situations qui leurs sont très défavorables. Au problème racial, il faut rajouter les injustices du système des castes, les antagonismes de classes et les pratiques culturelles traditionnelles.

    Elle soulignera qu’en Afrique, malheureusement, les études féminines sont doublement colonisées car définies de l’extérieur et soumises à l’agenda des bailleurs de fonds. Elle plaide pour la liberté des Africaines de s’exprimer en fonction de leur propre sensibilité car l’Afrique et les Africaines doivent lire leur histoire, interpréter leur présent et modeler leur futur, non pas à partir des lunettes des autres, mais à partir de leurs propres concepts.
    Maréma Touré Thiam a tenu à insister sur le fait que les femmes de l’Afrique et de la diaspora sont des héroïnes de la résistance silencieuse en ce sens qu’elles sont à l’avant-garde de la résistance culturelle. Cette dernière étant le socle de l’émancipation de toute société.

    Une belle mobilisation des Afro-brésiliens

    Au niveau local, une mobilisation impressionnante des Afro-brésiliens, furent-ils universitaires, artistes ou activistes, a marqué de son empreinte la CIAD II. Pendant les trois jours qu’ont duré les travaux de la Conférence, les salles n’ont point désempli. En dehors des participants étrangers, des dizaines de Brésiliens convergeaient tous les matins vers le Centre de Convention qui abritaient les travaux et ne quittaient que le soir à la fin des séances. L’aspect le plus formidable de cette participation était la forte mobilisation de jeunes étudiants, femmes et hommes qui participaient activement aux débats.

    Il faut situer cet état de fait à un double niveau : d’abord, à n’en point douter un travail colossal de préparation et de sensibilisation a été abattu par la partie brésilienne ; ensuite, il est clair que la tenue de la conférence à Salvador revêt une importance capitale pour les Afro-brésiliens. Toute la Conférence, indifféremment du thème à l’ordre jour des discussions –que ce soit dans les plénières ou dans les sessions parallèles des groupes thématiques- a été marquée par un désir des Afro-brésiliens de conscientiser les participants sur la situation de désoeuvrement que vit cette communauté victime d’une profonde discrimination raciale. Tour à tour, la mauvaise situation sanitaire, la dépravation économique, le faible taux d’alphabétisation et d’insertion professionnelle et l’appauvrissement chroniques des Noirs ont été dénoncés par une communauté décidée à mettre à nu le racisme institutionnel du système brésilien.

    Près de 80% des trois millions de personnes qui constituent la population de Salvador de Bahia est noire. Mais un survol rapide de la ville permet au premier venu d’attester du profond dénuement des Noirs qui sont peu visibles dans les hautes sphères des secteurs clés de l’économie et d’une forte concentration de cette population dans des maisons superposées sur les plaines et dans les bidonvilles. Au niveau national, les chiffres officiels attestent que le Brésil compte 44,7% de Noirs (ces derniers pensent qu’ils constituent en réalité 60% de population) mais si on prend un secteur comme l’Université, le corps professoral ne compte que 1% de Noirs !

    Fait important, cette dénonciation et l’appel à la fin de la discrimination raciale émanaient aussi bien du public et des conférenciers afro-brésiliens que des officiels qui, du haut de leurs estrades (durant les plénières) où ils sont sensés véhiculés des messages teintés du filtre du ‘politiquement correct’ dénonçaient le système avec virulence. Ainsi, la médaille de l’Ordre de Rio Branco (l’une des plus hautes distinctions de l’État Brésilien) fut décernée au fervent militant des droits des Noirs, Abdias do Nascimento, qui l’a reçue des mains du président Luís Inácio Lula da Silva, mais cela n’avait rien de fortuit.

    La ministre Matilde Ribeiro, Secrétaire Spécial des politiques de Promotion de l’Égalité Raciale, dira que le créateur du Teatro Experimental Negro (Théâtre Expérimental Nègrer), aujourd’hui âgé de 94 ans, était une légende vivante de la lutte contre la marginalisation des Noirs que mène les Afro-brésiliens, en tant qu’instigateur de la reconnaissance officielle par l’Etat brésilien de l’existence dans le pays d’une discrimination raciale. Elle soulignera ensuite que le racisme est plus présent que jamais au Brésil.

    Une autre officielle brésilienne qui a fait forte sensation, c’est Nilcéia Freire, Ministre, Secrétaire Spéciale aux politiques pour les femmes, qui affirmera que la société brésilienne est marquée par une double subordination des femmes noires qui sont victimes à la fois d’hégémonies raciale et sexuelle, bien sûr venant des Blancs et de la gent masculine.

    L’élément qui a le plus marqué la CIAD II est indéniablement l’irruption au milieu d’une séance plénière (à laquelle participaient Gilberto Gil, Ministre de la Culture du Brésil, Wangari Maathai, prix Nobel de Paix, Frene Ginwala, ancienne présidente du Parlement sud-africain entre autres), d’une centaine de manifestants afro-brésiliens scandant des slogans, érigeant des pancartes dénonçant la discrimination des Noirs et appelant à l’élaboration d’une politique de discrimination positive dans le système éducatif brésilien et même appelant à des réparations. Ce fut un moment historique ! La manifestation était menée sous l’égide du Movimento Negro Unificado (Mouvement Noir Unifié).

    Une chose est sûre, les Afro-brésiliens ont réussi à rallier les Africains à leur cause parce que c’est debout et avec des applaudissements que ceux-ci ont salué l’incorporation de leur revendication portant sur la discrimination positive dans la Déclaration de CIAD II qui n’en faisait point référence dans sa mouture initiale.

    Perspectives d’avenir

    A l’heure du bilan, il faut citer parmi les aspects positifs de la CIAD II la formidable occasion de networking (réseautage) pour les intellectuels africains et de la diaspora, la tenue de manifestations culturelles dans différents endroits dans la ville de Salvador d’où une participation effective des populations brésiliennes aux activités de la CIAD et la prise de conscience au niveau des intellectuels africains-- qui ont découvert le Brésil et sa forte population d’Afro-brésiliens—de la complexité de la problématique de la diaspora africaine et de ses relations avec le continent.

    S’agissant des aspects les moins reluisants, il y’a le peu de dialogue véritable entre les chefs d’Etat et les autres intellectuels présents à Salvador. Les Présidents africains sont venus, ont livré leurs discours et sont repartis. Tout laissait croire qu’en réalité ils n’ont pas d’intérêt véritable à écouter ce que les intellectuels africains ont à dire. La preuve, le programme était élaboré de telle sorte qu’ils étaient les premiers panélistes et ils n’ont pratiquement eu l’occasion d’écouter aucune des communications faites par l’intelligentsia africaine.

    En outre, les dirigeants africains présents à la conférence, à l’exception de deux d’entre eux, ont manifesté peu de compassion à l’endroit des Africains de la Diaspora, y compris ceux du Brésil, en rapport avec la situation qu’ils vivent. Du moins, l’on n’a pas relevé une expression de sentiments de solidarité vis-à-vis de ceux-ci dans la plupart des discours prononcés par les chefs d’Etat et de gouvernement.

    En somme, tout se passait comme si l’Afrique attendait beaucoup des pays et ressortissants africains de la diaspora alors qu’il faudrait plutôt envisager nos rapports avec la diaspora avec beaucoup plus de réciprocité.

    Sur un autre plan, la conférence semblait manquer une vision d’ensemble, ou plus exactement un concept unificateur, même si un thème central (la renaissance africaine) a été défini. Les difficultés rencontrées pour rédiger une déclaration commune à la clôture de la CIAD II dénote de l’existence de certaines dissensions quant à l’orientation que les uns et les autres veulent donner à cette initiative. Tout laisse croire que l’emprise du politique est trop prégnante sur la rencontre qui se veut un forum des intellectuels africains et de la diaspora.

    Certes, le ‘politiquement correct’ a fini par dicter sa loi grâce à l’immense tact dont a fait montre une Frene Ginwala, dont l’expérience de négociations au parlement Sud-africain et à la Commission mondiale sur la Sécurité humaine a dû peser sur la balance. Il n’en demeure pas moins que la longueur des délibérations entre ceux qui étaient préposés à la finalisation de la Déclaration et par la suite la pression sur les panélistes, au vu et au su de tout le monde, de groupes et de pays visiblement insatisfaits de son contenu ont marqué les esprits des participants. Il faut dire qu’en fin de compte, la Déclaration ne sera point lue car il était clair que les différentes parties ne s’étaient pas accordées sur son contenu final.

    Un autre fait à relever est la faible représentation de l’élite politique de pays qui pèsent pour beaucoup sur la scène politique continentale, tels le Nigeria et l’Afrique du Sud, et l’absence de la quasi-totalité des pays de l’Afrique du Nord à l’exception de l’Algérie, dont le Président a fait parvenir son allocution. Une autre absence qui ne manque pas de susciter des interrogations est évidemment celle de la Libye, dont le guide s’est auto érigé chantre de l’Union Africaine et des Etats-Unis d’Afrique !!!

    Au total, la CIAD II a été un grand événement qui restera comme une étape marquante dans le tissage des liens entre intellectuels et masses africains vivant dans le continent et ceux de la diaspora. Il reste cependant beaucoup á faire pour que le dialogue et la solidarité entre les frères et sœurs africains du continent et de la diaspora puissent vraiment se traduire par une amélioration des conditions de vie de tous les africains, et un re-haussement de leur dignité, partout oú ils puissent être dans le monde. Reste à savoir si ce forum, la CIAD, saura trouver une forme d’institutionnalisation qui lui permettra de jouer pleinement et durablement un rôle positif dans le rapprochement des communautés africaines de la diasporas et du continent.

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  • Fatou Sarr | Gouvernance

    La situation des femmes africaines n'a pas toujours été morose, soutient l'Anthropologue Fatou Sarr. Elle revisite l’histoire d'une Reine sénégalaise Ndatté Yalla et affirme qu'elle "nous enseigne qu’en ce qui concerne le statut de la femme, les civilisations africaines étaient de loin en avance sur celles des vainqueurs". Des Reines avec plein pouvoir se sont succédées à la tête de royaumes puissants et ont même opposé une farouche résistance aux colons français. Cet article offre des éléments historiques fort instructifs et démontre encore une fois que le patriarcat est bel et bien un élément externe à bon nombre de sociétés africaine et qu'il a été imposé à l'Afrique.

    Mesdames messieurs, hier à l’ouverture de la deuxième conférence des intellectuels d’Afrique et de la diaspora, Le Président Alpha Omar Konaré s’est adressé au feu Président poète Léopold Sédar Senghor. Je crois, que du fond de sa tombe, il l’a entendu, car Birago Diop, l’autre poète sénégalais, nous a appris que les morts ne sont jamais morts, ils sont dans l’eau qui dort, ils sont dans le vent qui frémit…..

    Hier, de la fenêtre de ma chambre d’hôtel, face à l’autre rive de l’océan atlantique, les murmures du vent m’ont rapporté le message de Ndatté Yalla, dernière souveraine du Waalo au Sénégal, pour vous dire, que si le cours de l’histoire ne s’était pas arrêté, à la place hommes qui siégeaient à la table ronde des chefs d’Etats c’est des femmes qu’on aurait du y trouver.

    L’histoire de la Reine Ndatté Yalla, nous enseigne qu’en ce qui concerne le statut de la femme, comme ce fut le cas entre les Gaulois et les Romains, les civilisations africaines étaient de loin en avance sur celles des vainqueurs.

    La première force de résistance que les Français ont rencontrée dans leur politique de colonisation du Sénégal en 1855 avait pour chef une femme, qui non seulement gouvernait mais savait aussi conduire son armée. Or, Il a fallu attendre 1869 pour voir le premier état d’Amérique du Nord, le Wyoming accorder le droit de vote aux femmes. Quant aux vainqueurs de la Reine Ndatté Yalla, il leur a fallu attendre 1945, soit 90 ans plus tard, pour daigner accorder un statut de citoyenne à leurs femmes. Et un siècle et demi après la défaite de la Reine, on ose espérer que les Français atteindront le niveau de civilisation du Waalo du 19eme siècle, en portant Ségolène Royale à la Présidence de la république.

    Donc, en ce qui concerne le statut de la femme, l’Occident a beaucoup à apprendre des civilisations africaines. L’histoire de la dernière souveraine du Royaume du Waalo, suffit à elle seule, s’il en était encore besoin, pour convaincre ceux qui par manque de culture, par ignorance de notre histoire s’évertuent à nous faire croire, que c’est l’Occident et l’Occident seul qui doit nous donner la direction sur les question d’équité et d’égalité de genre.

    Elle n’était pas une reine fantoche, instrumentée par des hommes bien au contraire.

    Pour comprendre comment des femmes sont parvenues à un contrôle effectif du pouvoir, il faut remonter le fil de l’histoire et analyser les luttes pour le contrôle du pouvoir entre les trois familles DIOSS, LOGGAR et TEDIEK, renvoyant aux trois lignées fondatrices du Waalo qui seules pouvaient prétendre au trône.

    Auparavant, il est signalé qu’au 13ème siècle, huit femmes ont présidé successivement aux destinées de ce royaume (Boubacar Barry, 1985). Et à la fin de leur règne il fut mis fin à l’accession des femmes au trône. Mais le système politique leur accordait une fonction importante. En effet, à côté du Brack (nom donné au Roi), était désignée une Linguère. Cette fonction qui revenait selon des règles très précises à une femme de la lignée maternelle du Brack permettait de faire respecter un équilibre entre les familles. Ces femmes qui étaient les gardiennes du trésor familial, jouaient un rôle parfois déterminant dans le choix du Brack et très vite, elles vont utiliser cette position stratégique d’influence pour arriver à un contrôle absolu du pouvoir.

    Ce rôle d’influence peut être illustré par la lutte au pouvoir entre les LOGGAR et les TEDIEK au XVIIeme siècle. Sous le règne de Bër Tyaaka, arrivé au pouvoir en 1683, sa sœur la Linguère Dyambur-gel a exigé du Roi le limogeage de son neveu consanguin nommé au poste de premier dignitaire après le Brack pour le remplacer par un autre de la lignée maternelle. En posant un tel acte, elle voulait, qu’après la mort du Brack, le pouvoir restât aux mains de sa lignée maternelle. Cela a conduit à une crise et une tentative d’assassinat du Roi par les dissidents qui finirent par s’exiler. Ils se fixèrent à WUL ou OULI, dans un pays riche en or, situé probablement dans l’actuel Mali. Selon les archives coloniales « durant leur long séjour dans ce pays, ils envoyèrent souvent en cadeau de l’or en poudre, en vrac ou travaillé à leur parent Althiaca Diogamaay du Waalo » (Sèye, 2003).

    La famille Tédiek, évincée en 1683, finira par prendre le pouvoir en 1716 et le gardera jusqu’en avec 1766 (soit 50 ans). Le pays connaitra par la suite 29 ans de guerre civile durant lesquels, six Brack se succédèrent et seront tous éliminés physiquement par leurs concurrents. En 1785, les Tédiek reprendront le contrôle du pouvoir jusqu’en à la fin du royaume en 1855 (soit, 70 ans).

    La famille Tédiek à laquelle appartient la reine Ndatté Yalla s’est enrichie au cours de son exil au pays de l’or et son long règne lui a permis d’accumuler une fortune et des armes, grâce à des échanges avec les comptoirs français. Cela va jouer plus tard en faveur des femmes gardiennes du trésor familial.

    C’est en 1795 qu’on note un tournant décisif dans la stratégie de contrôle du pouvoir par les femmes. La Linguère Tègue Rella, suite à la folie de son frère, le Brack Ndiack Coumba, prit le contrôle après avoir pris soin de cacher la maladie du Roi en l’exilant hors de la capitale. A partir de cette date, ce sont les femmes qui dans l’ombre exerçaient le pouvoir.

    En 1805, la Linguère Fatim Yamar Khouriaye qui a remplacé sa sœur Tègue Rella, proposa son cousin exilé dans un royaume voisin au Cayor, du Nom de Kouly Baba Diop, pour occuper la fonction de Brack. Ce qui lui permit d’avoir le contrôle absolu du pouvoir, le Brack élu n’incarnait pas la légitimité, au regard des principes voulant que seul les Mbodj puissent assumer cette fonction.

    A la mort de Kouly MBaba Diop en 1816, la Linguère Fatim Yamar, détenant la réalité du pouvoir, épousa un homme du nom de Amar Fatim Borso et le fit élire Brak.

    Avec Fatim Yamar Khouriaye Mbodj, on comprend que les Linguères étaient préparées à diriger leur peuple, politiquement et militairement. Elles étaient formées au métier des armes et savaient défendre le Royaume, même en l’absence des hommes comme l’attestent les évènements de Nder.

    En effet, le mardi 7 mars 1820, les principaux dignitaires du royaume étaient à St Louis en compagnie du Roi qui devait s’y faire soigner. L’ennemi, composé de guerriers des deux états voisins maures et toucouleur, en profita pour attaquer la capitale. Surpris de la forte riposte des femmes déguisées en hommes, les assaillants se replièrent ; mais les femmes crièrent victoire très tôt, et en ôtant leurs turbans elles dévoilèrent leur féminité. L’ennemi dans un sursaut d’orgueil mâle revint à l’attaque et finalement eut raison de ces braves guerrières. La Linguère Fatim Yamar Khouryaye Mbodj qui avait organisé la résistance a préféré se brûler vive avec plusieurs de ses compagnes, préférant la mort au déshonneur. Mais en décidant de faire échapper ses deux filles, Djeumbeut Mbodj et Ndatté Yalla, pour disait-elle perpétuer la lignée, elle avait pris un acte de haute portée politique. En effet, ces dernières finiront par diriger le Royaume.

    A la mort de Fatim Yamar, sa fille Djembeut sera proclamée Linguère. En 1825, à la mort de son père Amar Fatim Borso, c’est leur cousin Yérim Bagnick Tëg Rela qui arrive au pouvoir. Mais en 1827, la Linguère Djeumbeut fort de l’expérience du pouvoir de sa mère proposa un Brack du nom de Fara Peinda Adam Sall, qui ne pouvait pas lui porter ombrage. La réalité du pouvoir était entre les mains de Djeumbeut, elle décida en 1833 de se marier avec le roi du Trarza, Mohamed El Habib. Au-delà des diverses interprétations parfois tendancieuses, elle voulait sauver son peuple face aux multiples agressions des voisins Toucouleurs et Maures. Mais aussi en fin politique, elle savait que le fils qui en naitrait pourrait par sa lignée maternelle prétendre être à la tête du Waalo (Sénégal) et par sa lignée paternelle régner sur le Trarza (Mauritanie).

    A la mort de Fara Peinda Adam Sall en 1840. Les deux sœurs Djeumbeut et Ndatté ont pu imposer leur candidat, Ma Mbodj Malick, au détriment de celui de la colonie, Yérim Mbagnik Mbodj. En fines stratèges, elles avaient réussi à influencer le collège des électeurs. Selon les archives coloniales, elles ont offert pendant les 3 jours que durèrent les consultations 1500F de l’époque. La tradition orale nous précise qu’elles ont offert des repas princiers et un kilo d’or par jour. Elles ont fait élire leur cousin Mambodj Malick, mais ce sont les deux sœurs Ndjeumbeut et Ndaté Yalla qui dirigeaient réellement le royaume.

    C’est d’abord Djeumbeut qui aura la charge du pouvoir. Son règne est marqué par la volonté de donner un répit à son peuple agressé de toute part par les voisins Maures et Toucouleurs.

    Dernière souveraine du Waloo, la Linguère, Ndatté Yalla Mbodj a été installée le 1er octobre 1846 à la mort de sa grande sœur. Elle a exercé le pouvoir comme un véritable BRACK en s’appropriant tous les attributs. C’est ainsi qu’elle fut prise par Abbé David Boilat, le 2 septembre 1850, fumant sa pipe d’honneur, entourée, de plus cinq cent femmes en grande tenue, en face desquelles se trouvaient tous les princes et les guerriers de la Reine.

    Son règne sera marqué par une défiance permanente des Français contre lesquels elle a livré une bataille acharnée. Dès 1847, elle s’opposa au libre passage des Sarakolés qui ravitaillaient l’Isle de St-Louis en bétail et adressa une lettre au gouverneur exprimant sa volonté de défendre le respect de sa souveraineté sur la vallée en ces termes : « c’est nous qui garantissons le passage des troupeaux dans notre pays ; pour cette raison nous en prenons le dixième et nous n’accepterons jamais autre chose que cela. St Louis appartient au Gouverneur, le Cayor au Damel et le Waalo au Brack. Chacun de ces chefs gouverne son pays comme bon le lui semble » (Barry, 1985 : 275).

    Elle finit par faire prévaloir ses droits sur l’ile de Mboye et sur l’ile de Sor (actuelle ville de St Louis) qu’elle affirma n‘avoir jamais vendu à personne. Ndatté continua les pillages autour de St-Louis et n’avait cure des menaces du gouverneur. Elle refusa de rembourser les dommages commis comme le réclamait les français.

    Le 5 novembre 1850 elle interdisait tout commerce dans les marigots de sa dépendance. Avec cette mesure, la guerre devait inévitable car les français voulaient assurer la sécurité de leur commerce dans la vallée du fleuve. Avec l’arrivée de Faidherbe en 1854, le Walo va être le premier à subir les coups de la politique de conquête du Sénégal. Le 5 février 1855 Faidherbe déclencha la bataille et les troupes du Waalo seront finalement battues le 25 Février 1855 par la puissance technologique de l’ennemi.

    Après sa victoire sur la Reine, Faidherbe emmena son fils Sydya, âgé de dix ans, à Saint-Louis où il sera scolarisé à l’école des otages et sera envoyé plus tard en 1861au lycée impérial d’Alger. En 1863, il demanda à revenir au Sénégal où, il poursuivit pendant quelques mois les cours de l’école des frères. Il fût baptisé et eut pour parrain Faidherbe qui lui donna le prénom Léon.

    En 1865, âgé de 17 ans, la Colonie lui confia le commandement du canton de NDER, mais il ne tardera pas à refuser d’être un relais docile de cette administration et finira par la défier. Il va poursuivre le combat nationaliste initié par sa mère.

    Devant une grande assemblée de dignitaires et de son peuple, il sacrifia à la tradition des Brack. Après s’être débarrassé de ses habits européens, il prit le bain rituel dans les eaux du fleuve, se rhabilla en tenues traditionnelles et jura de ne plus jamais parler la langue du colonisateur. Ensuite il se fit faire des tresses de Thiédo (actuels dread locks) à Thianaldé marquant le symbole de son appartenance sociale.

    En novembre 1869, SIDIYA dirigea une insurrection générale contre les français et fit subir de lourdes pertes aux troupes françaises. Mais l’administration coloniale ne cessa de le traquer. Arrivé chez Lat Dior pour la concrétisation d’un front de libération national, il fut trahi par ses guerriers qui le livrèrent au Gouverneur Valère à Saint-Louis le 25 décembre 1875. Il sera déporté au Gabon en 1876 où il mourut en 1878 à l’âge de 30 ans. Les cendres de Sidiya doivent rejoindre celle de sa mère.

    Pour être Sidiya, il fallait avoir comme mère la Reine Ndatté Yala

    Il a fallu une mère admirable pour avoir pu inculquer à un enfant âgé d’à peine 8 ans, les valeurs suprêmes, qui lui ont permis d’opposer aux français une résistance culturelle et militaire. Faidherbe a tenté en vain de le dépouiller de son identité et de sa religion traditionnelle en le nommant Léon et en le faisant baptiser comme un chrétien. Malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à dompter le fils de Ndatté, profondément enraciné dans la culture des siens, et porteur des valeurs de fierté et de nationalisme défendues par sa mère.

    Au terme du rapide parcours de la vie des Linguères du Waalo Ndatté Yalla, Djeumbeut MBodj, Fatima Yamar, Tègue Rella, Khouryaye Mbodj, Dyambur-gel et des huit femmes qui ont porté le titre de Brack, vous pouvez comprendre que quand nous parlons d’égalité des sexes et de conquête du pouvoir c’est de notre propre histoire que nous tirons nos références.

    Nous nous sommes arrêtée sur Ndatté, car c’est avec elle qu’on assiste au parachèvement du processus du contrôle du pouvoir initié par les Linguères, dès le 17 éme siècle. Ainsi, si en 1819, dans les accords signés entre le Waalo et les français il ne figurait que des hommes, à partir de 1846, tous les actes officiels portaient le nom de Ndatté Yalla. Elle finit par reléguer, le Brack et les autres dignitaires au second plan. Parfois les Français ne s’adressaient qu’à Ndatté, et il arrivait que les lettres envoyées au gouverneur ne portent que sa seule signature. Dans une correspondance adressée le 23 mai 1851 à Faidherbe, elle s’exprimait en ces termes : « Le but de cette lettre est pour vous faire connaitre que l’Ile de Mboyo m’appartient depuis mon grand-père jusqu’à moi. Aujourd’hui, il n’y a personne qui puisse dire que ce pays lui appartient, il est à moi seule ». Ndatté se considérait comme le seul souverain de ce Royaume.

    L’histoire des Linguères Ndatté Yalla et Djeumbeut MBodj, nous révèle qu’elles n’ont jamais été dans des compromissions avec le pouvoir colonial. Elles ont dirigé avec le sens du sacrifice de leur personne, le sens de la dignité. Cette histoire nous enseigne aussi que le Sénégal du 19eme siècle était sans aucun doute beaucoup plus ouvert et plus favorable aux femmes, les rapports sociaux entre les sexes y étaient plus égalitaires qu’au 21eme siècle.

    Nous avons encore beaucoup à apprendre de cet espace socio culturel, de l’histoire de ces femmes au pouvoir, mais surtout nous avons beaucoup à partager avec le reste du monde.
    .
    Au-delà de Ndatté et de toutes les Linguères, il s’agit de comprendre comment dans le Sénégal précolonial les femmes sont passées d’une position d’influence à une position d’exercice effective du pouvoir. Pour cela, nous pouvons relever deux faits :

    1) Il y avait une instabilité des hommes au poste de Brack et une plus grande stabilité des femmes au poste de Linguère. Djeumbeut et Ndatté ont cumulé à elles deux au moins 28 ans d’expérience de gestion du pouvoir (1827 à 1855). Leur lignée maternelle a cumulé 60 ans d’exercice du pouvoir. Le long séjour dans les couloirs du pouvoir à permis aux femmes de devenir des orfèvres de la politique

    2) Les femmes avaient des ressources économiques, fruit d’une longue accumulation de génération en génération et elles ont su l’utiliser à des fins politiques.

    Aujourd’hui, ce sont les hommes qui bénéficient de la durée dans l’exercice du pouvoir et qui en même temps détiennent les ressources économiques. Ce basculement est le fait du pouvoir colonial, qui est venu avec un projet de société patriarcal, excluant les femmes de l’espace publique en leur refusant toute possibilité de participer au jeu politique.

    D’une position où elles faisaient les rois et où elles dirigeaient leur peuple, les femmes se sont retrouvées subitement exclues de tout. Mais il est venu le temps de recourir à l’histoire, pour reconstruire une Afrique adossée sur ses propres valeurs fécondes et porteuses de progrès.
    Il est venu aussi le temps de voir émerger d’autres Ndatté Yalla.
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    Sources documentaires
    Mamadou DIOUF(1990) Pouvoir Ceddo et conquête. Paris Edition Karthala, 1990.
    Boubacar BARRY (1985) Le royaume du Waalo : Le Sénégal avant la conquête. Paris, Edition Kharthala.
    El Hadj Amadou Sèye (2003) Waalo Brack. Dakar, Les Edition Maguilen.
    Archives de Samba Thiamca Diaw acine Chef de canton de Louga
    Ckeikh Niang, Historien traditionaliste du Waalo
    Abbé David Boilat (1853 et 1984) Esquisse Sénégalaise. Paris Editions Karthala.

    * Fatou SARR est Chercheure à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (Ifan) - Université Cheikh Anta Diop – Dakar (Sénégal). Cette communication a été présentée à la Deuxième Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora (CIAD II), Salavador de Bahia, du 12 au 14 juillet 2006)

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  • Le monde n’a jamais pu aller sans l’Afrique, l’Afrique est partie prenante de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, du Programme des Nations Unies pour le Développement, et encore d’autres engagements internationaux et régionaux. Si ces actes traduisent un monde merveilleux dans le quel « règne » la satisfaction des besoins de base et d’accomplissement humain, la paix, l’égalité, l’équité, etc. l’Afrique, au vu de sa situation à la fois désastreuse et aliénante, devrait être tentée de classer ces instruments dans la sphère du normatif et juger le contexte global de « parjure », faute de pouvoir accéder aux avantages attendus.

    L’heure « du mouvement historique irrésistible qui tend à l’égalisation des conditions » préconisée par Tocqueville est loin d’avoir sonné pour ce continent où les multiples contraintes et fléaux rivalisent d’acuité. La mondialisation lui impose de se confronter aux plus grands, avec des règles de jeu bâties à la mesure des moyens de ces plus forts. Elle n’a pas la force de s’affirmer sur ce terrain où la performance, la compétitivité, etc.. qui sont de mise, relèvent d’un marché de dupe et la maintiennent dans une impasse.

    Les difficultés de l’Afrique à se hisser à un niveau de développement décent à la dimension de la marche de l’évolution du monde, de l’humanité, tiennent de facteurs à la fois internes et externes. Mais de la même façon que le vécu des difficultés la concerne exclusivement sinon au premier chef, les solutions dépendent de ses options et engagent sa propre responsabilité.

    Plus est, la mondialisation l’accule soit à lutter pour un repositionnement économique impliquant à la fois une rupture avec le fléau de la dette et l’impulsion d’un dynamisme économique endogène, soit à renoncer pour longtemps à la souveraineté et aux perspectives d’un développement auto-promotionnel. La crise économique et sociale qui se renouvelle sous différentes formes de plus en plus aigues, l’échec des programmes d’ajustement structurel (PAS) déployés au début des années 80 à juguler les facteurs qui perpétuent le non développement, ne peuvent constituer des prétextes lui évitant de « coopérer avec le monde dominé par des politiques et des institutions aux critères de globalisation à la mesure des possibilités des pays développés.

    Alors que le poids de ces politiques sur ses propres systèmes économiques et politiques, aggrave son état de dépendance, elle est plus que jamais confronté au défi, quelque soit ses possibilités, d’édifier des économies productrices de biens et de capitaux avec un taux de croissance viable, arriver à une maîtrise de son environnement géostratégique et à un pouvoir d’influencer l’économie mondiale ainsi que la géopolitique.

    Parmi les voies qui s’offrent à elle, l’intégration africaine se présente comme une bouée indispensable pour se maintenir « dans le bateau ivre de la mondialisation » - (pour reprendre le titre de l’ouvrage de Eric Toussaint et Arnaud Zakarie ) et tenter de tirer bénéfice de cette embarcation, en dépit du substrat d’inégalité et d’iniquité qui la défavorise et l’empêche d’émerger.

    La notion d’intégration se définit littéralement (cf. Petit Robert ) comme étant l’établissement d’une interdépendance plus étroite entre les parties d’un être vivant ou les membres d’une société. Elle renvoie aussi au processus par lequel plusieurs nations institutionnalisent et organisent volontairement un espace commun et définissent leurs propres relations dans ce cadre. L’expression d’intégration africaine traduit la localisation de cette démarche en Afrique en tant qu’aire géographique et entité socio-culturelle.

    L’Intégration Africaine est une initiative collective visant à permettre à l’Afrique, de pallier aux limites que rencontrent les micro-Etats dans leur quête de développement.

    La pertinence de cette thématique dans le cadre de la « thématique « Connaissance mutuelle entre l’Afrique et la Diaspora : Identité et Coopération » n’est pas à démontrer. Il convient cependant de noter s’il en est encore besoin, que l’intégration est une forme de coopération plus achevée où les parties prenantes impulsent une dynamique de mise en commun de leurs diversités au profit d’une identité commune forgée sur la richesse des apports de chacune.

    Dans la perspective d’une coopération entre l’Afrique et la Diaspora, l’intégration africaine pourrait être soit une base à partir de laquelle se développerait la coopération avec la Diaspora, soit un cadre intégratif de cette Diaspora. Des voies plus autorisées vont certainement approfondir cette dimension. La présente communication met l’accent sur l’expérience passée et la vision actuelle de l’intégration africaine.

    L’intégration africaine a été selon le contexte, une réponse à la domination et à l’exploitation, un cadre de lutte contre la marginalisation et l’exclusion des décisions sur les politiques et stratégies qui engagent l’avenir de l’Afrique.

    Tant dans sa vision que dans ses mécanismes d’institutionnalisation, l’intégration est une dynamique de construction et de prospection dont la constance a reposé sur la fermeté de l’engagement des leaders du continent. Du panafricanisme militant avec des idéaux exaltants, et des tentatives de renouveau de « privilèges » octroyés par l’ex-colonisateur, on en arrive aujourd’hui à la volonté d’autodétermination des parties prenantes face à une mondialisation qui les met face à cette responsabilité historique. La vision et les principes qui sous-tendent la création de l’Union Africaine, s’inscrivent dans une optique d’autonomie et d’auto-dépendance collective dont les gains devraient profiter au continent tout entier.

    Le nouvel élan en faveur de l’intégration africaine, s’inscrit dans un contexte mondial en pleine mutation sous la pression de multiples défis qui rivalisent d’acuité, où, comme le souligne A. Sall, «les enjeux géoéconomiques et géopolitiques d’hier se redéfinissent, en même temps que les nouvelles relations se renégocient (cf. Alioune Sall, 1999 )», où des blocs ou entités économiques et régionaux se constituent ou se restructurent partout à travers le monde. L’Afrique acculée par les Programmes d’ajustement structurel, la dette, le commerce inégal, etc. n’est pas en reste.

    La vision de l’intégration africaine à travers l’Union Africaine et le NEPAD, est à la fois large et dynamique, évoluant selon les enjeux d’actualité. Elle se définit comme une philosophie et une stratégie multi-sectorielles destinées à transformer les réalités africaines en vue d’une Afrique unie et développée et en tant qu’entité politique et économique, de conquérir un ordre international de développement dans l’égalité et l’équité pour tous. Elle émane de la grille de lecture des leaders africains qui dénoncent la dépendance des Etats aux pays envers les institutions pourvoyeurs de fonds pour le développement. Loin d’apporter des solutions de développement, ce lien fonctionne en tant que déterminant fondamental de la détérioration de la situation des économies en Afrique. La dépendance traduite à travers les termes éloquents de Adebayo Adededji qui notait que du fait que « leurs économies sont dépendantes de l’extérieur, les leaders du continent sont souvent obligés de faire passer la recherche de la légitimité vis-à-vis des agences d’aide, avant la recherche de la légitimité vis-à-vis de leur peuple (Adebayo Adededji, 2002) », a engendré un sentiment de refus et la prise de conscience qu’il n’est plus supportable.

    Les chefs d’Etat ont affirmé plus que jamais, leur détermination à rompre le cercle pernicieux de la dépendance, faisant face au dilemme tant soulevé au cours de cette décennie : « changer ou d’être changé » comme l’écrit A Sall « Changer nos vies sous notre propre orientation ou être changé par l’impact de forces dont nous n’avons pas le contrôle (A. Sall, 1999 – op. cit.) ».

    Ainsi, l’intégration africaine se trouve aujourd’hui au cœur des prospectives de développement de l’Afrique, de ses liens avec la Diaspora et des perspectives en faveur de relations internationales intégrant les valeurs d’égalité et d’équité entre les nations. Elle est conçue en tant que palliatif à la situation de dépendance économique, aux possibilités étriquées du fait des frontières artificielles. Elle devra fournie une sphère pour résister aux entraves de développement et générer des changements susceptibles de positionner l’Afrique sur l’orbite d’un développement effectif. Elle devra assurément constituer un cadre d’affinement ou de renaissance d’une personnalité africaine et de son affirmation au plan international et sera une réponse au besoin stratégique d’affirmation des (ou de la) nations africaines.

    La vision actuelle ambitionne la promotion d’une conscience panafricaniste favorable à la création des Etats-Unis d’Afrique avec possibilité d’un gouvernement continental.

    Dans ce débat qui engage les différentes catégories de parties prenantes ou acteurs ayant quelque chose à gagner ou à perdre dans toute perspective qui sera adoptée, les enjeux sont de plusieurs ordres.

    Le temps d’une communication ne nous permettant pas de procéder à une analyse systématique des différents enjeux liés à la vision de l’intégration africaine, nous mettons l’accent sur trois éléments clés à savoir :
    - la dépendance de l’Afrique,
    - la question des frontières,
    - les formes d’institutionnalisation envisagées en relation avec la participation citoyenne.

    A propos de la dépendance

    L’Afrique affronte le paradoxe de la recherche d’une légitimité d’être partie prenante de la constitution du leadership au niveau des dynamiques internationales, alors qu’elle supporte tous les désavantages du contexte de mondialisation inégalitaire.

    Toujours fidèles au nationalisme, les Etats se lient en rangs dispersés aux institutions de financement, mettant de coté leur cadre d’intégration régionale, ce qui amoindrit davantage leurs possibilités de préserver leur souveraineté. Leur soumission aux conditionnalités des institutions étrangères y compris l’obligation de traduire les macro politiques dans les mécanismes nationaux, prédomine sur leurs possibilités de partager et d’échanger sur leurs choix de politiques nationales.

    Les relations qu’ils développent avec leurs communautés sont tributaires des liens qui les lient à leurs bailleurs de fonds. Les gouvernements n’ont pas la pleine possibilité de déployer une réelle politique de décentralisation où les peuples éduqués et engagés font des choix et les exécutent. Or, une pleine participation des communautés déjà à l’échelle des territoires nationaux, serait un atout dans leur participation à a construction de l’unité africaine.

    Au plan économique, il ne fait aucun doute que les facteurs d’entrave de l’éclosion économique et de garantie de la souveraineté des Etats en Afrique, se répercutent sur les moyens de concrétiser une intégration régionale et d’en faire un levier efficace de développement. Le néo-libéralisme qui leur est imposé, dans leur situation de faiblesse présente, est incompatible avec un développement économique endogène. Leur état de dépendance ira crescendo et les conditions de vie des populations seront loin de pouvoir s’améliorer. La pauvreté implique le repli sur soi, sape la solidarité, développe la tendance aux conflits. Certains des mécanismes actuellement en cours de réalisation (communauté de monnaie) sont assez prometteurs mais ils demandent des mécanismes d’appui faisant appel à un transfert explicite de souveraineté au profit d’institutions supranationales dont la viabilité demeure problématique car n’étant pas inscrites dans les systèmes de base.

    La question des frontières et la participation des citoyens

    Les multiples expériences d’institutionnalisation ont souvent connu des blocages. Une des causes de l’échec du panafricanisme tient à la « balkanisation du continent, à son cloisonnement, en une multitude d’espaces économiques et de petits marchés non viables ( )». Or la question des frontières reste une problématique sérieuse qui freine les politiques d’intégration.

    Le Président A. Wade dans son livre Un destin pour l’Afrique où il analyse la problématique de l’avenir de l’Afrique, souligne que : « la déconfiture économique généralisée après plusieurs décennies d’expérience a convaincu chaque dirigeant africain de l’impossibilité du développement dans le cadre des morcellements actuels ».

    Il met un accent très fort sur l’unité, l’importance de décloisonner l’Afrique sur les plans économiques et politiques, le respect des droits de l’homme. Il souligne le caractère artificiel des frontières politiques actuelles et observe que rien ne s’oppose a priori à leur dépassement pour un vaste espace africain.

    Le contexte actuel pose la résolution de cette question de façon impérieuse, mais celle-ci implique celle de la conscience citoyenne et de la protection de leurs droits. Une telle vision de l’intégration où tout au moins les frontières n’auront plus la même valeur qu’aujourd’hui, devrait émaner des communautés en les impliquant dans la réflexion, dans l’établissement de repères historiques sans verser dans un retour à un passé avec possibilités de résurgence des structures hiérarchiques aliénantes.

    Des recherches participatives devraient être conduites par des chercheurs chevronnés en vue d’extraire de l’histoire des éléments pertinents de sensibilisation.

    Forme d’institutionnalisation et participation citoyenne

    L’option énoncée par les leaders africains sont la constitution d’un vaste espace politique africain, à la lumière du panafricanisme avec pour forme juridique le fédéralisme. La stratégie consisterait à « construire un espace politique continental : les Etats-Unis d’Afrique. Cette stratégie devra accorder une place réelle à la vision des communautés et particulièrement des femmes, à la recherche d’un fonds commun permettant de fixer des valeurs cardinales qui ne soient pas tout simplement normatifs et inapplicables.

    La création de valeurs susceptibles d’être partagées par tous les acteurs concernés par l’intégration africaine est une priorité. Elle doit concerner une panoplie des valeurs qui n’égrène pas vainement les valeurs normatives à tendance universaliste que les peuples ont du mal à traduire et dont ils s’approprient difficilement.

    L’éducation à l’intégration est également une priorité. Elle ne devrait pas se limiter aux Universités, mais commencer dans les écoles primaires et la maternelle. Les différents substrats culturels des communautés devraient alors intégrer des curricula d’enseignement.

    Globalement, la question de l’intégration africaine est complexe en ce sens qu’elle présente un caractère bipolaire liée à la dimension relations inter africains et aux dynamiques par lesquelles se structurent les relations internationales. Impliquant des parties prenantes avec une grande diversité de ressources, elle n’échappe pas aux différences d’intérêts susceptibles de générer des divergences. A cela s’ajoute le fait que les Etats africains, certes dans des relations de dépendance économique vis-à-vis des pays développés, sont parties prenantes de la structuration des relations internationales inégalitaires et fonctionnant à leur détriment. Il en découle de réels obstacles à remettre en cause les sources de cette inégalité qui assurément affectent la viabilité de l’intégration africaine. Celle-ci dépend fortement de son caractère bénéfique pour les parties prenantes directes et indispensable aux mécanismes de coopération interne et externe.

    L’intégration africaine pourra acquérir un rayonnement durable si elle se donne entre autres une vocation d’être porteur de changements sociaux susceptibles d’influencer la place de l’Afrique dans le monde. Pour cela, elle ne saurait se suffire des institutions d’exécution de ses missions et tâches supranationales, mais a aussi besoin d’être vivifiée par la participation des communautés et de la société civile.

    Dans le plaidoyer fait par certains leaders africains, les domaines patrimoine de l’humanité devraient bénéficier de fonds spéciaux, il devrait en être de même pour les infrastructures et pour l’éducation.

    * Oumoul Khayri Niang Mbodj est une Anthropologue sénégalaise. Elle est membre de l’Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement (AFARD). Une version plus longue de cet article a été présenté à la Seconde Conférence des Intellectuels Africains et de la Diaspora, tenue au Brésil du 12 au 14 Juillet 2006.

    * Veuillez envoyer vos commentaires à ou faire vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org

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  • Ce sont les femmes qui subissent le plus les effets de la libéralisation du commerce sur le développement social à travers un manque d’accès aux services sociaux de base. Mais, comme l’écrit Jennifer Chiriga d’ Alternative Information and Development Centre, l’un des impacts majeurs du commerce sur les femmes est la manière dont l’éthique capitaliste joue à construire la masculinité alors qu’en même temps elle diminue le rôle que les femmes jouent dans la société. Les alternatives sont en vue, soutient-elle.

    Les tendances définissant les relations actuelles dans les domaines du commerce et de l’économie à travers le monde et le processus à travers lequel les relations économiques internationales actuelles se jouent, et les marchés pour les produits et les services se définissent de plus en plus, tombent tous sous la rubrique de mondialisation.

    L’élargissement du commerce international a manifesté, au cours des quelques dernières décennies, une profonde transformation, avec l’émergence de l’intégration de l’activité économique, y compris l’élimination des restrictions en matière de circulation libre du capital, des biens, des ressources, de la technologie et des services à travers les frontières.

    Toutes les régions du globe se rapprochent les unes des autres à travers l’intensification des transactions commerciales, des transactions en investissement, des transactions financières, et la technologie de l’information. Malheureusement, l’expansion mondiale n’a pas affecté les régions en développement de la même manière, et l’Afrique continue de traîner derrière.

    La caractéristique principale de la mondialisation est une vague dans le pouvoir du capital mondial et la réorganisation de la production mondiale à travers des entreprises multinationales qui exercent une influence énorme sur les économies. La mondialisation a été assez judicieusement citée comme « en grande partie le jeu des plus forts… ceux qui sont forts font ce qu’ils veulent, et les faibles doivent rendre ce qu’il ne peuvent pas protéger » (Tandon, cité dans Vale and Maseko, 1998).

    D’autres caractéristiques pour définir la mondialisation sont une économie mondiale plus intégrée avec des interdépendances parmi les nations, mais dont les bénéfices s’en vont vers les économies développées ; le déclin en investissement dans le domaine de la production, avec des compagnies qui bougent davantage vers un investissement spéculatif, ce qui amène des profits plus rapides et plus élevés ; le secteur public en diminution, avec l’Etat qui devient plus orienté vers les affaires à travers la privatisation des entreprises de l’Etat, et le pouvoir phénoménal des entreprises multinationales qui ont l’influence pour diriger le commerce mondial et influencer les gouvernements, comme cela se voit par le pouvoir de la Banque Mondiale (BM), du Fonds Monétaire International (FMI) et de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

    L’OMC ne concerne pas juste le commerce, elle concerne le pouvoir et le contrôle des ressources. Les pays développés façonnent et contrôlent les régimes commerciaux qui affectent les pays en développement et cela mène à la dé-industrialisation, aux pertes d’emplois et à l’aggravation de la pauvreté. Ceci est prouvé par l’expérience des pays en développement qui sont en train de subir le commerce appliqué par le FMI/ la BM à travers des programmes d’ajustement structurel néo-libéraux, qui ont été forcés à libéraliser leur commerce extérieur, et ont en conséquence souffert de la destruction des industries locales conduisant aux renvois massifs des employés.

    En dépit de la compréhension conventionnelle au sujet de la création d’un système commercial mondial libre « ouvert », il y a un « commerce libre » très limité, particulièrement pour les pays africains. La pertinence de l’OMC dans le système mondial est qu’elle est vue comme une institution centrale dans une économie mondiale centralisée. Ceci a une pertinence majeure pour les pays africains au fur et à mesure qu’ils affrontent d’énormes défis en développement.

    L’orientation externe des pays africains a conduit à l’ouverture des marchés mondiaux, ce qui a eu pour résultat l’inondation des importations et la domination des produits, par exemple les produits agricoles et les textiles, pour n’en citer que quelques-uns, et ceci a conduit à la perte massive d’emplois dans les secteurs ruraux et urbains, à des menaces contre la sécurité alimentaire et l’abandon du projet de développement social. Les effets de la libéralisation du commerce sur le développement social sont prouvés par le manque d’accès aux services sociaux de base, un scénario dans lequel les femmes portent le plus grand fardeau.

    Genre et Commerce

    L’un des facteurs majeurs dans l’inégalité des genres a trait à la façon dont les perceptions négatives coulent les différences entre les genres et la façon dont l’éthique capitaliste joue dans la construction de la masculinité tandis qu’en même temps elle réduit le rôle que les femmes jouent dans la société où elles occupent le deuxième rang en matière de gains. Le genre est un déterminant clé de vulnérabilité à la pauvreté. Et les femmes, à cause de leur position désavantageuse sur le marché de l’emploi, tiennent les postes d’emploi les moins bien rémunérés, qui demandent un niveau plus bas d’aptitudes etc.

    Même si les analystes du genre ont, pour longtemps, mis l’accent sur les impacts négatifs de la libéralisation du commerce, le lien entre genre et commerce a été tenu, en grande partie parce que peut-être les considérations du genre ont été perçues comme étant sans pertinence et n’ayant pas de place à la table des négociations où les questions commerciales sont discutées. Si on les regarde à travers un prisme du genre, les politiques commerciales ont des implications sérieuses pour le développement et le bien-être des femmes, compte tenu de l’impact sur l’emploi, la pauvreté et le fardeau social porté par les femmes.

    Bien que les femmes soient une circonscription importante et significative, la politique commerciale au sein de l’OMC est formulée sans aucun élément prouvant une perspective tenant compte du genre. Une étude sur les liens politiques entre le genre et le commerce (Groupe Informel de Travail sur le Genre et le commerce, 1998) a dégagé un nombre de « points sur la réalité » qui lient le genre et le commerce, et elle défend l’importance de placer l’analyse du genre au centre de la politique commerciale.

    a)Les changements dans la fourniture des services sociaux affectent les femmes dans une proportion plus vaste. Les politiques commerciales et la libéralisation du commerce peuvent affecter l’habileté des gouvernements à financer les dépenses du secteur social. L’observation est que toute baisse de revenues qui conduisent à la réduction des dépenses des gouvernements affecte la fourniture du service social, et le fardeau est dévié vers les ménages et les femmes.

    L’étude indique qu’en 1993 les femmes ont donné à l’économie mondiale une contribution qui équivaut à plus de 11 trillions de US $ en travail domestique, et que la politique commerciale devrait, par conséquent, ne pas ignorer le travail non rémunéré des femmes dans la reproduction sociale. La planification du genre devrait être bâtie dans la conception des politiques commerciales. Un point très important qu’on fait ressortir est que le développement social devrait être la base de la politique commerciale puisque les rôles traditionnels des femmes ne leur permettent pas d’accéder facilement aux opportunités de s’engager dans le commerce mondial.

    b)Les inégalités entre les genres qui se sont enracinées sur le marché de l’emploi sont défavorables aux femmes. Le marché de l’emploi tend à être segmenté selon les spécificités des genres avec des inégalités en revenu, en avancement dans les carrières et en termes de conditions de travail. Selon la tradition, l’élargissement du commerce est basé sur l’accès au travail avec faible rémunération, qui est essentiellement le travail féminin. La libéralisation du commerce et la recrudescence du capital étranger et les entreprises transnationales maintiennent la compétitivité à travers la minimisation des coûts de production, spécialement les coûts de main d’œuvre.

    Alors que l’on peut généraliser les effets négatifs sur le marché de l’emploi, pour les femmes l’impact est plus élevé – elles sont moins rémunérées et elles ont moins de pouvoir de négocier les prix parce que les unions tendent à être dominées par un leadership masculin. Le danger de la libéralisation du commerce qui emmène plus de difficultés pour les femmes est très réel – parce qu’un travail de sous-contrat et flexible permet aux entreprises d’éviter la responsabilité financière directe pour les travailleurs.

    c)Les femmes ont moins d’accès aux ressources économiques : le crédit, les aptitudes, l’assistance technique. La discrimination institutionnalisée affecte l’accès des femmes aux terres et au crédit de la part des institutions financières, et, par conséquent, elle affecte de façon très fondamentale leur rôle dans l’économie. Lorsque les barrières commerciales sont réduites et qu’une infusion d’importations moins chères intervient sur le marché, les femmes pourraient perdre spécialement quand le contrôle de la qualité devient une question et introduit un manque de compétitivité.

    L’une des lacunes principales existantes est qu’au moment où les règles de l’OMC englobent tous les niveaux de développement économique, il n’y a pas d’analyse des genres qui fait l’évaluation de ces règles d’une façon structurée. Alors qu’il y a une source prête de la recherche scientifique qui documente les réalités des vies des femmes et comment l’économie a un impact sur elles, les liens conceptuels et politiques entre les genres et le commerce doivent recevoir davantage d’attention et les tentatives de générer une analyse plus poussée sur le lien entre les genres et la politique commerciale devraient soulever les questions suivantes:

    - les politiques commerciales sont-elles tournées vers l’élimination de la pauvreté et l’inégalité des genres ?
    - Les règles commerciales empêchent-elles les gouvernements et les
    affaires privées de formuler les politiques tenant compte du genre ; - les politiques commerciales sont-elles basées sur la compétition, qui ignore les tâches reproductives, c-à-d renforçant le modèle masculin de supériorité. Même au moment où nous nous colletons avec les dimensions spécifiques en matière du genre, la politique commerciale ne devrait pas être approchée isolément par rapport à la politique économique au niveau le plus large. Dans ce contexte, la discussion sur les alternatives soulève des sujets d’interrogation très étendus.

    Les stratégies alternatives pour le développement.

    Le changement est possible à travers une rupture avec le modèle général du capital mondial dominant. L’émergence des forums nationaux, régionaux et internationaux tels que le Forum Social Africain (FSA) et le Forum Social Mondial (FSM) est un signe qu’il y a une tendance croissante des organisations et mouvements sociaux qui se mobilisent à réfléchir et à échanger des idées sur des visions et actions alternatives.

    Le FSM a été conçu comme une réponse à la lutte grandissante contre le néo-libéralisme et une alternative au Forum Economique Mondial où les leaders des affaires provenant du monde entier se rassemblent en vue de discuter l’état économique du globe, et c’est une arène de débat, de même qu’une opportunité pour les mouvements sociaux et les militants du Nord et du Sud de se rencontrer et d’échanger des idées.

    Il y a déjà un langage puissant qui, cependant, est en train d’être miné par la concentration des richesses et du pouvoir anti-démocratique des entreprises mondiales puissantes. Néanmoins, l’émergence du régionalisme en tant qu’alternative est en train de gagner du terrain comme une solution possible à la dislocation du potentiel économique de l’Afrique. Les questions à poser dans toutes réflexions sur les alternatives sont :

    -Comment faire en sorte que la volonté politique nécessaire pour le projet régional tienne compte des genres ;
    -Comment le concept géopolitique du régionalisme peut-il être renforcé pour faire face au système mondialisé et défier celui-ci sous un angle plus fort;
    -Comment l’Afrique peut-elle transformer les regroupements de l’intégration et de la coopération régionales en cadres réels pour les modèles alternatives du développement.

    Déjà l’Afrique a quelques exemples d’un modèle d’intégration régionale unique qui a ses racines dans la solidarité panafricaine. Il y a la potentialité pour les blocs régionaux renforcés d’intégrer les besoins de développement des économies en émergence. L’intégration régionale a la potentialité de briser l’équilibre que les pays industriels ont sur l’Afrique, pays dont les gouvernements doivent se rendre compte du fait que la collaboration du local avec le régional et le continental est l’avenir en termes de développement économique.

    En réponse aux questions soulevées ci-dessus, l’une des considérations clés est que la mobilisation sociale de mouvements et organisations sociaux forts peut fournir la pression et l’insistance qui vont finalement causer un déplacement de l’équilibre mondial du pouvoir. Les mouvements sociaux devraient être la fondation du processus basé sur les gens qui promeut le régionalisme dans le domaine du développement, centré sur les droits humains, les droits de la femme et la justice sociale. L’engagement devrait être envers une région unifiée dans laquelle le développement local et celui basé sur la communauté est la pierre angulaire des programmes nationaux et régionaux de développement.

    A travers les interdépendances stratégiques, nous devons réorienter le commerce vers les espaces locaux et régionaux, accroître la fabrication et la production et valoriser nos produits primaires. En plus, les politiques de libéralisation et de privatisation devraient être remplacées et nous devrions créer des accords commerciaux et de coopération en développement qui devraient refléter les réalités et les besoins des gens, et qui ne sont pas pré-déterminés ou soumis au respect des termes et exigences de l’OMC.

    Le développement coopératif assurerait, par exemple, que les ressources partagées telles que l’énergie, l’eau etc., pourraient être approchées de manière complète pour l’intérêt de toute la région. Mais aussi longtemps que les économies puissantes comme celle de l’Afrique du Sud continuent de suivre un programme sous-impérialiste, ce sera une lutte perdue. Les gouvernements africains doivent coopérer, coordonner et combiner. Comme l’a indiqué quelqu’un lors d’un atelier tenu récemment, « les économies extroverties ne nous amèneront nulle part. »

    *Jennifer Chiriga est Coordinatrice du Département Mondialisation et Alternatives, Alternative Information and Development Centre (AIDC), le Cap.

    *Veuillez faire parvenir vos commentaires à l’adresse électronique suivante :
    ou commentez en ligne au http://www.pambazuka.org/

    L’article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 240.
    Voir :

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  • Hawa Ba | Gouvernance

    Le forum public du 24 juin, le symposium du 25 juin, le lancement du livre Breathing Life into the African Union Protocol on Women’s Rights in Africa (Vulgarisation du Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Africaine), publié par la coalition, le même jour, et la conférence de presse du 27 juin ont permis à des femmes et à des hommes activistes des droits de la femme africaine, venus de toutes les régions de l’Afrique, de mener avec brio une réflexion sur les stratégies de domestication et de réalisation effective des droits définis dans le Protocole pour chaque femme africaine.

    En coulisse, d’importantes activités de lobbying ont permis de mener sur un autre front le combat pour la conscientisation sur le sort de la femme africaine et sur les moyens de l’améliorer auprès des décideurs politiques dont certains ont confessé leur pêché d’ignorance.

    L’entrée en vigueur du Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Afrique, le 25 novembre dernier, a été une étape fondamentale mais pas finale. Le deuxième défi majeur, qui est celui de la réalisation et de l’application effectives de ces droits, est le thème qui a marqué la campagne de la coalition Solidarité pour les Droits des Femmes en Afrique à Banjul. D’abord, nombre de pays n’ont pas encore ratifié le Protocole.

    Le document ne porte encore que les signature des 19 sur les 53 pays africains. Ensuite, ceux qui l’ont ratifié tardent à le rendre effectif en adaptant les lois et législations nationales aux dispositifs du Protocole. Pour relever ces deux défis, l’adhésion populaire des hommes et des femmes africaines aux dispositions du Protocole s’est avérée essentielle.

    La campagne de Banjul a été ainsi précédée par des évènements majeurs qui reflètent bien cet état de fait : il s’agit en l’occurrence du rejet du Protocole dans son intégralité par l’Assemblée Nationale nigérienne au mois d’avril dernier et de la ratification de ce même Protocole par la Gambie au début du mois de juin.

    A ce sujet, au cours du symposium, Mouhamed Mabassa Fall, membre du comité exécutif de African Center for Democracy and Human Rights Studies (ACDHRS) a tenu à rappeler que les détournements d’objectifs, ralentissement et non application du Protocole sont essentiellement dû aux réserves qu’il suscite.

    Aussi, invite t-il les organisations de la société civile à veiller à ce que le Protocole soit compris et adopté par les communautés de base d’abord. Abondant dans le même sens, Amie Sillah, journaliste et activiste gambienne a insisté sur l’importance qu’il d’interroger nos systèmes sous l’angle genre et les amener à prendre en compte la protection des doits fondamentaux de la femme. Il est capital, selon elle, de s’approprier les valeurs traditionnelles africaines positives et de les utiliser comme points de repères pour faire adhérer les masses et rendre effectif le Protocole.

    Un accent important a aussi été mis sur les besoins de formation, entre autres, des officiers de police, des enseignants, du personnel médical et des corps judiciaires et para-judiciaires. Pour cette dernière catégorie, ce sont plus particulièrement les juges qui doivent être sensibilisés. D’abord pour qu’ils acquièrent une sensibilité genre, ensuite pour qu’ils prennent connaissance du contenu du Protocole. D’aucuns ont d’ailleurs estimé que les femmes ayant eu à faire l’objet de jugement pouvaient ainsi être des alliées de première importance.

    La communication de Janet Sallah-Njie, sur les perspectives d’application du Protocole en Gambie, a permis de retracer les péripéties des activistes gambiens pour retirer les réserves préalablement exprimées par les autorités gambiennes pour la ratification du Protocole. Elle a ainsi insisté sur l’importance de sensibiliser les Assemblées Nationales. Les députés ont souvent besoin d’être judicieusement informés et guidés car leur opposition est souvent mue par l’ignorance.

    Janet Sallah-Njie a attiré l’attention de l'audience sur une difficulté majeure dans la domestication du Protocole, relative à l’adaptation des lois nationales aux dispositifs qu’il offre. En Gambie, comme beaucoup d’autres pays africains d’ailleurs, lois coutumières et lois civiles coexistent avec les conventions internationales. Ces dernières, au rang desquelles le Protocole, ne peuvent être effectives que lorsqu’une révision des lois civiles permet de les incorporer dans de nouvelles dispositions législatives. Ceci pour dire que l’adoption du Protocole est une très bonne chose, mais son incorporation dans les législations nationales est une autre bataille de longue haleine.

    Eve Odete, de Oxfam GB Nairobi, membre de la coalition, s’appesantissant sur les stratégies émergentes en vue de l’application du Protocole, a estimé que le plus grand problème est l’ignorance par les filles et les femmes africaines elles-mêmes des dispositions du Protocole. C’est pourquoi elle considère qu’il faut conscientiser d’abord la gent féminine et le corps judiciaire, ensuite tester l’effectivité des textes avec des cas pratiques et enfin s’engager à organiser la corporation judiciaire aux niveaux sub-continentaux puis à l’échelle continentale.

    Le rejet par le Niger du Protocole est un revers important pour la coalition. La campagne de Banjul est largement revenue sur cet événement grâce à l’éclairage de Djatou Ouassa, présidente de CONGAFEN Niger. Pour cette dernière, « ce ne sont pas les femmes qui ont échoué, c’est plutôt tout le Niger ». D’ailleurs, SOAWR a invité la Vice-présidente de la Gambie, Madame Isatou Njie-Saidy, à s’inspirer de l’exemple de la Gambie pour faire du lobbying auprès de ses collègues nigériens afin qu’ils reviennent sur leur décisions et ratifient le Protocole.

    La Vice-présidente réaffirmera l’engagement de son pays à appliquer le Protocole. S’agissant des réserves suscitées ça et là, elle confessera que le secret réside en fait dans la patience, la persévérance et le sens de la négociation aussi bien vis-à-vis des décideurs que des femmes et autres lobbies.

    Le lancement du livre fut un moment émouvant. 'Breathing Life into the African Union Protocol on Women’s Rights in Africa' ('Vulgariser Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Africaine') est une formidable preuve de l’engagement constant d’activistes du continent depuis Maputo 2003 pour les droits des femmes africaines.

    Winnie Byanyima, Directrice du Directoire Femmes, Genre et Développement de l’Union Africaine affirmera à l’occasion que « les droits sont réclamés et gagnés, ils ne sont ni donnés, ni affirmés » ; raison pour laquelle les femmes africaines doivent réclamer leurs droits pour briser les chaînes qui les lient. Elle magnifiera l’excellent partenariat entre SOAWR et l’Union Africaine dont le point culminant est le présent livre.

    Caroline Osera-Agengo, responsable du programme Afrique de Egalité Maintenant (Equality Now) basé à Nairobi, membre de SOAWR, dira quant à elle que le livre vient à point nommé. Au moment où des millions de filles d’Afrique continuent de subir les méfaits de certaines pratiques culturelles et traditionnelles africaines telles les mutilations génitales féminines, le livre aide à comprendre que le Protocole offre des moyens de revoir et de renoncer à ces pratiques.

    Elle a profité de l’occasion pour annoncer qu’un Carton Vert de la SOAWR a été décerné à la Gambie qui vient pour avoir ratifié le Protocole.

    Avec le Protocole, 'il s’agit de transformer le continent africain, car changer la situation des femmes équivaut à changer la situation de l’Afrique', affirmera avec force l’Ambassadeur Said Djinnit, Commissaire au Conseil pour la Paix et la Sécurité à l’Union Africaine, un allié de longue date de la cause des femmes, selon Winnie Byanyima. Mieux, il dira que « nous devons accepter de faire subir à nos filles ce que nos mamans ont endurer ».

    Les évènements de la coalition Solidarité pour les Droits des Femmes en Afrique ont relevé deux défis : celui de la mobilisation et celui de la pertinence des sujets abordés. Tant pour le forum public que pour le symposium le plus est venu en masse pour rester toute la journée durant et participer activement aux débats.

    La salle de conférence du prestigieux Kairaba Hotel s’est en effet révélée petite pour contenir une audience rehaussée par la présence de parlementaires gambiens et de membres d’organisations de la société civile gambienne.

    La conférence de presse a vu la participation des journalistes de la presse nationale gambienne et de la presse internationale présents à Gambie. La campagne de Banjul a permis de rassurer ceux qui en doutaient encore que la cause de la femme africaine mobilisait bel et bien du monde.

    Des communications d’excellente facture présentées au cours du forum et du symposium ont permis de revisiter le Protocole dans sa genèse et son contenu, de revenir sur le cheminement effectué, d’écouter des témoignages sur des cas pratiques de femmes rurales et urbaines africaines dans leurs quotidiens semés de peines infligées par les coutumes, l’ignorance et la bêtise humaine, mais aussi d’espoirs de lendemains meilleurs si nous réussissons le formidable pari de faire leur le Protocole.

    Les enseignements de Banjul sont principalement la nécessité de mettre sur pied de vastes réseaux d’organisations de femmes et défense des droits humains pour faire ensemble du lobbying à des échelles sub-régionales et régionale. Ainsi, ces réseaux pourront partager des idées, définir des stratégies et des outils communs d’approche, mener des évaluations pour jauger de la pertinence des méthodes utilisées.

    Il importe enfin faire des études d’impacts à moyen et long terme pour non seulement documenter ce processus majeur dans la marche de notre continent mais aussi pour pouvoir fournir à d’autres régions du monde des productions scientifiques à même de démontrer le dynamisme du continent africain tant dans l’activisme que dans la réflexion épistémologique sur ces mouvements. Le Protocole est sur ce plan un instrument que d’autres régions du monde pourraient emprunter à l’Afrique, car il est en réalité beaucoup plus avancé que beaucoup de législations, y comprises occidentales, en matières de droits de la femme.

    Des concertations menées entre SOAWR, le Directoire Femmes, Genre et Développement de l’Union Africaine, sous l’égide de Winnie Byanyima et Femmes Solidarité Africa amenée par Marie-Louise Barrichego ont permis de prolonger la réflexion, surtout dans le sens de la conjonction des activités pour une meilleure efficacité. Les trois organisations se sont engagées à réfléchir sur les moyens de travailler en synergie et de rendre plus efficaces leurs plaidoyers en cherchant à influer en amont sur l’agenda des sommets de l’Union Africaine et en ne confinant pas leurs actions sur le seul aspect genre.

    En d’autres termes, il s’agit de réévaluer les modes d’actions pour un impact plus réel sur les prises de décisions concernant les destinées du continent.
    Ensemble elles ont adopté une résolution commune dans laquelle elles appellent à l’adhésion au principe de la parité genre et l’accélération du processus de ratification du Protocole et au-delà de promouvoir la sécurité humaine en général.

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