L'effondrement du système éducatif zimbabwéen, autrefois salué comme le plus performant d'Afrique subsaharienne, est aujourd'hui comparé à la situation que vivent généralement les pays en guerre. « Il est difficile d'imaginer l'effondrement du secteur éducatif d'un pays en temps de paix. On ne voit ce type de dégénérescence que dans les pays secoués par des troubles civils ou déchirés par une guerre ouverte », a expliqué le secrétaire général du Syndicat progressiste des enseignants du Zimbabwe (PTUZ).
Tagged under Ressources ZimbabweLa Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) a exprimé son inquiétude sur la détérioration de la situation sécuritaire en République Démocratique du Congo (RDC), particulièrement au Kivu, avec la reprise des combats entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo et le Congrès National pour la Défense du Peuple de Laurent Nkunda. La CIRGL réitère son soutien au Programme Amani pour trouver une solution durable dans le pays et dans toute la région des Grands Lacs. De plus, le président de la Commission de l'Union Africaine (UA), Jean Ping, s'est entretenu avec les autorités de la RDC et celles de certains de ses pays voisins à la recherche d'une solution.
Par ailleurs, l'UA a invité ses états membres à ne pas reconnaître les auteurs du coup d'Etat en Mauritanie et a appelé à ses partenaires internationaux à mobiliser d'autres soutiens aux efforts déployés par l'Union pour le retour de l'ordre constitutionnel dans ce pays. L'Organisation internationale de la Francophonie, en solidarité avec l'UA et l'Union européenne (UE), a déclaré qu'aucune délégation de la junte militaire au pouvoir en Mauritanie ne sera autorisée à atteindre son sommet prévu du 17 au 19 octobre à Québec, au Canada. De plus, la Commission de l'UA, lors d'une réunion de son Conseil de paix et de sécurité, a demandé un financement immédiat, flexible et durable pour les missions de paix qu'elle initie sur le continent. Le groupe des sages de l'UA a tenu sa troisième réunion annuelle consacrée aux crises et tensions liées aux processus électoraux en Afrique et il organisera un atelier sur ce thème en décembre prochain auquel participeront les Communautés économiques régionales, des institutions africaines et internationales compétentes ainsi que d'autres experts. Une coalition d'organisations non gouvernementales kenyanes, Kenyans for Peace, Truth and Justice, a appelé mardi, entre autre, à la dissolution de la Commission électorale kenyane et a invité l'UA à aider le pays à nommer un comité de transition avant la formation d'un nouvel organe électoral. L'ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, le médiateur de la Communauté de Développement de l'Afrique australe était attendu au Zimbabwe pour résoudre l'impasse politique lié à l'attribution des ministères clés aux parties opposants.
Dans d'autres nouvelles, la Commissaire de l'UA au Commerce et à l'Industrie a déclaré que les Accords de partenariat économique négociés avec l'UE devraient principalement se concentrer sur le renforcement du processus d'intégration régionale ainsi que sur le commerce et les capacités de production et non pas seulement sur la libéralisation des échanges et l'ouverture. Finalement, la troisième conférence ministérielle sur la coopération économique entre la Corée et l'Afrique se tiendra du 28 au 31 octobre 2008 à Séoul sur le thème «Promouvoir des Synergies entre l'Afrique et la Corée ».
Tagged under Gouvernance ZimbabweDeux universités au Zimbabwe ont indéfiniment reporté leur rentrée universitaire, car confrontées à de nombreuses difficultés relatives notamment au manque de personnel, d’eau et de nourriture. L’une de ces institutions, l’Université Technologique Chinhoyi (CUT) a informé ses étudiants que l’ouverture du premier semestre de l’année académique 2008/09, initialement prévue en janvier a été reportée jusqu’à nouvel ordre.
Tagged under Ressources ZimbabweLe Syndicat des journalistes du Zimbabwe (ZUJ), qui représente les journalistes dans le pays, a lancé un programme pour fournir des médicaments antirétroviraux (ARV) à ses membres séropositifs. Selon le coordinateur national du ZUJ, le syndicat avait identifié des experts médicaux pour prescrire des ARV conformément aux directives gouvernementales et que les médicaments seraient disponibles gratuitement pour les membres de l’organisation et leur famille proche.
Tagged under TICs e Inovação ZimbabweLe régime zimbabwéen a demandé aux ONG de détailler leurs activités auprès du gouvernement, qui les avait autorisées le 29 août, à reprendre leurs programmes après trois mois de suspension. "Le gouvernement a introduit de nouveaux mécanismes pour les organisations non gouvernementales et les volontaires. Elles devront constamment référer au ministère leurs programmes, les lieux et modes d'opérations", souligne la presse zimbabwéenne. Elles doivent également détailler les fonds perçus entre juillet 2008 et juin 2009 et la façon dont ils ont été dépensés.
Tagged under Gouvernance ZimbabweAncien Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan pour assister les protagonistes de la crise en Côte d’Ivoire dans le cadre des stratégies de mise en application des accords de paix, de 2003 à 2005, Pr Albert Tevoedjre donne son point de vue sur les négociations qui se mènent autour de la crise zimbabwéenne. Hostile aux perspectives de partage du pouvoir entre les camps de Mugabe et de Tsvangirai, il écarte toute similitude avec la solution kenyane. Et s’il s’accommode de la formule trouvée entre Odinga et Kibaki, ce qui se pressent à Harare lui semble une hérésie.
La crise du Kenya a accouché d’une solution inventée par Kofi Annan, qui a permis de gérer une situation périlleuse par le biais d’un arrangement bancal sans doute, mais provisoirement efficace. La solution kenyane pouvait se comprendre et se défendre. Les élections avaient été menées à leur terme. Les résultats, contestables, affichaient des chiffres qu’il fallait vérifier plus minutieusement. Le climat des violences à responsabilité partagée ne permettait aucune décision électorale définitive et convaincante. Dans un tel schéma, l’ingénieuse trouvaille de Kofi Annan pouvait signifier « la raison » qui ne tourne pas le dos à la vérité politique. Le partage devenait l’unique issue acceptable par tous. Au Zimbabwe, les réalités sont totalement différentes.
Il y a eu un premier tour de l’élection présidentielle, un premier tour clairement gagné par un opposant que beaucoup d’observateurs estimaient déjà élu. Devant cette situation, le parti au pouvoir qui impose un deuxième tour, déclenche une guerre atroce qui obstrue et empêche le processus électoral d’aller normalement à son terme.
Pour tout observateur honnête, Mugabe ne peut être reconnu légitimement réélu président du Zimbabwe. C’est à une tragique farce que nous avons assisté, puisque le processus électoral a été violemment détourné au profit d’une grossière parodie de plébiscite. Dans les débats à huis clos au dernier sommet de l’Union Africaine à Charm el Cheikh, ce point de vue est clairement apparu. Et c’est bien aussi ce qui rend la communauté internationale particulièrement sévère.
On ne peut donc pas répéter, au Zimbabwe, la solution kenyane. Cela constituerait un précédent fâcheux et un risque majeur pour tout le continent. Imaginez, par exemple, un Sénégal ou un Bénin avec un Abdou Diouf ou un Mathieu Kérékou refusant le verdict des urnes, s’entourant d’une horde de miliciens et de mercenaires enragés pour contraindre Abdoulaye Wade ou Yayi Boni à se muer en « Premier Ministre », par le truchement d’arrangements internationaux médiocres. Qu’aurions-nous dit et qu’aurions-nous fait ? Or, ce scénario ne sera plus à exclure si la crise du Zimbabwe n’est pas davantage circonscrite et plus adroitement gérée.
Alors, je pense qu’il faut sortir de l’impasse d’un mimétisme dangereusement mécanique et inventer un autre chemin qui soit à la fois intelligent, crédible et républicain. Dans le cas du Zimbabwe en effet, la vérité historique nous force à reconnaître que Robert Mugabe est le père légitime de la Nation, le fondateur incontesté de la République, l’unique vrai représentant vivant de tous ceux qui s’illustrèrent dans la longue lutte qui fit notre fierté. Il a combattu le bon combat de l’indépendance et de la dignité. Il a triomphé vaillamment d’Ian Smith et de sa raciste et meurtrière arrogance. Il a reconquis pour les siens la terre de leurs ancêtres. Le reconnaître n’a rien d’humiliant pour un démocrate sincère.
En revanche, il est tout aussi clair que l’usure du pouvoir, les rides dissimulées ou non qu’inflige à chacun de nous l’irréparable outrage d’un calendrier parfaitement inexorable, la misère accusatrice d’un peuple accablé par l’inflation et des atrocités de toutes sortes, les dures vérités d’un suffrage universel absolument impitoyable, tout cela commande à Mugabe de ne plus trop insister, de ne plus chercher à se prévaloir des prérogatives d’un pouvoir qui lui a déjà échappé.
A mon humble avis, la meilleure issue, dans ce cas, pourrait être soit une révision de la Constitution du Zimbabwe, soit l’adoption d’une loi spéciale consacrant l’existence d’un Président fondateur de la République, reconnu comme tel toute sa vie avec les privilèges, les honneurs et la considération qui lui sont dus. Cette fonction officielle et constitutionnelle lui permettrait de signifier l’Histoire, d’être le garant de la continuité de la lutte pour l’indépendance et l’inspirateur des meilleurs choix possibles pour l’avenir du pays et de l’Afrique.
C’est le rôle non constitutionnalisé que joue aujourd’hui Nelson Mandela en Afrique du Sud. C’est ce rôle qu’il convient de faire accepter à Robert Mugabe, qui ne peut plus, qui ne doit plus exercer un pouvoir exécutif qu’il détient depuis bientôt trente années. Ce pouvoir exécutif doit être confié à un président de la République démocratiquement élu et chef d’un gouvernement qui gère le pays et le conduit selon les normes républicaines. Pourquoi ne pas tenter aussi une telle approche ?
Mugabe, président à vie, comme fondateur de la République, sage reconnu, honoré et respecté de tous, cela durera le temps qu’il faudra. Mais l’aurions-nous oublié ? « Qu’est-ce que dix ans, qu’est-ce que vingt ans, puisqu’un seul instant les efface ! »
Mieux, avec Aimé Césaire, je veux renchérir : « Ma seule consolation est que les colonisations passent, que les nations ne sommeillent qu’un temps et que les peuples demeurent ». La colonisation a passé. Le temps de Mugabe, hier révolution triomphante, aujourd’hui, langoureux crépuscule, ferme lentement une petite parenthèse dans l’histoire qui se poursuit.
Vive donc le peuple du Zimbabwe à la tête ou au cœur d’une Afrique qui marche.
Oui, il y a, pour ce douloureux pays, une autre solution, plus juste, plus courageuse et certainement plus digne de nous !
* Albert Tevoedjre est un homme politique béninois, professeur de Sciences politiques. Le 1er juillet 1999, il avait été nommé Coordonnateur du Projet «Millénaire pour l’Afrique» qui fonctionne sous l’égide des Nations Unies à travers une Commission indépendante chargée de réfléchir et de présenter des propositions significatives, originales et efficaces dans le but d’aider l’Afrique à s’emparer réellement des nouvelles chances qu’elle peut découvrir en elle-même ou que la Communauté internationale peut encore lui offrir à l’orée du Troisième Millénaire.
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance ZimbabweUn projet d'accord entre le pouvoir et l'opposition zimbabwéenne prévoit une amnistie et un statut de président honorifique pour Robert Mugabe, a assuré le quotidien sud-africain The Star, qui cite une copie du document. Selon ce projet, présenté aux représentants du pouvoir et de l'opposition qui négocient une formule de partage du pouvoir, le poste de Premier ministre reviendrait au leader de l'opposition Morgan Tsvangirai.
Tagged under Gouvernance ZimbabweDans quel pays du monde peut-on être multimilliardaire et continuer de souffrir de la faim ? La réponse est, bien sûr, au Zimbabwe. Une miche de pain coûte 100 milliards de dollars zimbabwéens (approximativement 1,25 dollar américain, selon le cours officiel), un kilogramme de viande 450 milliards de dollars zimbabwéens (environ 5,60 dollars américains), tandis que le demi-litre de lait se vend à 200 milliards de dollars zimbabwéens (environ 2,50 dollars). Sur le marché parallèle, où s’approvisionnent la plupart des habitants, les prix sont nettement plus élevés.
Tagged under Gouvernance ZimbabweL’Union Européenne a adopté le 22 juillet des sanctions contre 37 proches du président zimbabwéen Robert Mugabe, ainsi que contre quatre entreprises soutenant son régime. Elle espère que les interdictions de voyager et les gels d’avoirs permettront d’influencer le cours des négociations politiques entre le pouvoir et l’opposition, qui doivent
Tagged under Gouvernance ZimbabweLes principaux protagonistes de la crise zimbabwéenne ont signé le 32 juillet à Harare un accord qui établit un cadre pour des négociations de fond pour mettre fin à la crise qui paralyse le pays depuis des mois. L'information a été confirmée par le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères. L'accord a été signé par le président Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai. Le président Thabo Mbeki, principal facilitateur des pourparlers était à Harare pour la cérémonie de signature.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLa présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf a évoqué la situation du Zimbabwe le 11 juillet, en rappelant qu’une élection truquée en 1985 avait plongé son pays dans trente ans de guerre civile. "En 1985, le Liberia a connu un simulacre d’élection, reconnu par l’Afrique et le reste du monde", s’est souvenue la présidente. "Trente ans de guerre civile et de dévastation ont suivi, avec des milliers de morts et des millions de déplacés. Cela n’aurait pas dû se produire"…
Tagged under TICs e Inovação ZimbabweAmnesty International, CIV ICUS, l'Alliance Mondiale pour la Participation Citoyenne et l'Alliance Mondiale contre la Pauvreté (AMCP) ont prévu de lancer, le 18 juillet, une campagne panafricaine de solidarité avec le peuple du Zimbabwe, « qui souffre de la violation persistante de ses droits ». Dans un communiqué commun rendu public à Lusaka, le 11 juillet, les organisations coordinatrices ont indiqué que le lancement de cette campagne à Johannesburg, qui sera suivi de l'organisation d'évènements à travers le continent, représente le début d'une campagne dans toute l'Afrique au niveau de la base.
Tagged under Gouvernance ZimbabweSi Robert Mugabe conserve le pouvoir, ce n’est pas seulement grâce à une machinerie auto élective qui permet aux dictateurs de rester aux commandes quel que soit l’avis du peuple. C’est aussi par le fait qu’il a habilement utilisé les sanctions internationales prises à son encontre pour se bâtir une légitimité d’hyper nationaliste contre l’impérialisme occidental incarnée dans l’imaginaire populaire subsaharien par les anciennes puissances coloniales.
En effet, si, sur le plan international, l’unanimité est établie sur Mugabe une fois pour toute typifié comme un dictateur sans scrupules, dangereux et infréquentable, tel n’est le cas ni au Zimbabwe, ni en Afrique Noire. Ceci résulte du fait qu’en post colonies subsahariennes, autant la légitimité internationale des Chefs d’Etats est très souvent parrainée par les anciennes métropoles alors que les populations locales la contestent, autant la même légitimité internationale peut aussi tomber en discrédit auprès de la même population subsaharienne lorsque, à tort ou à raison, elle se convainc qu’un leader africain n’est plus soutenu par l’ancienne puissance coloniale parce qu’il est contre le néocolonialisme.
Aussi, la dualité de postures (pour ou contre Mugabe) qu’on observe au Zimbabwe en particulier, et en Afrique Noire en général, prouve que l’enfer c’est les autres comme le disait Jean Paul Sartre. En effet, en dehors de l’Africain politiquement neutre ou politiquement médian, le cas Mugabe divise les Subsahariens politiquement engagés. D’un côté, se dressent ceux qui épousent l’avis de la communauté internationale et qui font de Mugabe la réincarnation du diable (les anti Mugabe). De l’autre, s’érigent ceux pour qui Mugabe est un héro africain contre l’impérialisme occidental et le néocolonialisme inhérent (les pros Mugabe). Les pros Mugabe et les anti Mugabe réactualisent et incarnent ainsi les conflits idéologiques au sein d’un continent noir où certains Africains sont pour la continuité de la lutte anticoloniale quand d’autres estiment qu’il est plus que jamais temps de laisser tomber la victimisation pour emprunter le train démocratique et les règles de jeu qu’il implique dans l’acquisition, l’exercice et la transmission du pouvoir politique.
En conséquence, si le discrédit international qui frappe le président zimbabwéen a du sens pour les anti Mugabe, il est jugé nul et de nul intérêt pour les pros Mugabe qui pensent qu’il est une pure orchestration de l’Angleterre qui n’a jamais digéré la réforme foncière initiée par Mugabe au détriment de nombreux fermiers blancs, et au profit des populations noires autochtones et sans terres. En dehors de la lutte d’indépendance, cette réforme foncière est l’acte fondateur de la symbolique politique de Robert Mugabe. C’est elle qui permet la naissance d’une communauté de similitudes et d’une communauté de circonstances entre lui et plusieurs Africains toujours en « guerre silencieuse » contre les anciens colons et la communauté internationale qui, d’après eux, en constitue la reproduction systémique.
Donc, autant Mugabe se maintient au pouvoir par une machinerie auto élective au service de la perpétuation de son régime, autant les sanctions internationales lui permettent de se présenter à une partie d’Africains et de Zimbabwéens comme une victime de l’impérialisme occidental. Il s’ensuit inéluctablement que les sanctions internationales prises contre lui ne font que renforcer une légitimité locale d’anti-Occident, d’anti colons et d’anti impérialistes qui, à côté des contestations, lui vaut aussi des ovations dans de nombreux sommets où il est invité. D’où la question de savoir si les sanctions internationales sont toujours bien réfléchies et indiquées étant donné qu’elles entraînent, dans le cas d’espèce, non seulement une hypertrophie symbolique de Robert Mugabe comme figure anticoloniale, mais aussi une sanction des populations pauvres plus exposées à leurs effets que les dirigeants. Si les dirigeants peuvent très bien vivre avec les sanctions internationales, les populations qui les subissent de plein fouet peuvent se résigner et développer un comportement anti-politique qui laisse le champ libre à la dictature.
Remédier à ce genre d’effets contreproductifs des sanctions internationales en postcolonies subsahariennes semble impliquer au moins trois dispositions indispensables en amont des instances de décisions :
1 / Réfléchir sur l’impact des sanctions internationales sur le régime d’historicité de la postcolonie subsaharienne. C’est à dire sur un ensemble de faits subjectifs et objectifs à travers lesquels des groupes humains interprètent des faits en liant ainsi leur présent, leur passé et leur future. L’analyse du régime d’historicité subsaharien aurait permis à ceux qui prennent les sanctions internationales contre un régime postcolonial de remarquer que celles-ci allaient renforcer la proximité affective entre Mugabe et de nombreux Africains qui gardent une longue mémoire des méfaits l’Etat-colonial.
2/ Toujours privilégier le choix des peuples à celui des idéologies, des Etats, des institutions et des hommes qui les incarnent.
3/ Renoncer aux sanctions et laisser faire le temps en travaillant sur le long terme si l’analyse prouve que les souffrances sociales seront supérieures aux objectifs visés par les embargos.
Ne pas faire ce genre de réflexions préalables entraîne que le populisme nationaliste d’un dictateur puissent toujours trouver un ancrage local en instrumentalisant les sanctions internationales pour le renforcement de sa légitimité d’anti système international. La preuve, Robert Mugabe a prêté serment en déclarant : « Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie ». Dénonciation hyperbolique à dominante contestataire au service de sa légitimité anti-colons. Ça marche parce que le moment colonial reste un puissant structurant mental en Afrique Noire.
* Thierry Amougou est doctorant et assistant de Recherche à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe coup de force de Mugabe a du mal à passer dans la presse africaine. La « complicité » des chefs d’Etat et de gouvernement qui l’ont accueilli et avalisé son forfait, lors du 11e sommet de l’Union africaine à Sharm-el-sheik, est tout aussi décriée. Mais dans le flot de critiques, un constat revient : les chefs d’Etat africains ont les mains liées. Tous ont pêché, tous ou presque ont été mal élus et se trouvent mal placés pour jeter la pierre à Mugabe. Mais après le cas kenyan et l’épisode zimbabwéen, la crainte est plutôt de voir se développer une nouvelle forme de conservation du pouvoir par la terreur électorale.
Pambazuka vous propose quelques extraits d’analyse de la presse en Côte d’Ivoire, au Burkina et au Sénégal
Nord-Sud (Côte d'Ivoire)
Le fauteuil présidentiel n’est pas un bancPar Dembélé Al Seni
L'Afrique vient d'innover. Désormais, il faudra inscrire en lettres d'or la démocratie par terreur dans les chapitres des sciences politiques. Le grand maître de cette nouvelle façon de conserver le pouvoir a pour nom Robert Mugabe. L'homme qui a perdu les élections législatives et le premier tour du scrutin présidentiel a réussi à sortir son adversaire du jeu. Morgan Tsvanguiraï a été en effet contraint de jeter l'éponge. Avant le second tout prévu le dimanche 27 juillet, son bras droit, le secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a été écroué. Il est accusé de trahison et risque la peine de mort.
Ce fut le point culminant d'une campagne de terreur sans nom. Dans les rues, dans les cités et les campagnes, les partisans de l'opposition ont été traqués. Les biens brûlés, les maisons saccagées. Beaucoup fuient le pays pour ceux qui le peuvent et tentent de se réfugier dans les pays voisins. La politique de la terre brûlée et des massacres a permis d'éloigner l'opposition du terrain électoral. Il faut être serein et bien vie pour parler élection.
(…) Mugabe est désormais seul en lice. En roue libre pour un autre mandat. Son voeu de ne jamais voir le MDC aux affaires tant qu'il sera en vie prend une dimension concrète, lui qui se sent investi pour une mission divine. N'a-t-il pas affirmé « que seul Dieu peut lui arracher le pouvoir » ?Il ne s'agit ici ni d'une expression de foi, ni d'une envie de se battre loyalement et laisser la providence faire le reste. Mugabe s'inscrit, avec sa touche particulière, dans le mouvement des dénis de la liberté et de l'exercice du pouvoir souverain par les peuples africains.
Il y a eu dans cette mouvance les bourrages d'urnes, puis les tripatouillages des résultats. Dans un cas comme dans l'autre, les résultats étaient identiques. Les princes aux commandes organisaient les consultations, juste pour la forme. Montrer à l'extérieur que la démocratie a droit de cité, et que les dirigeants sont aimés par les leurs. Les résultats pouvaient être donnés de longs mois avant la tenue des élections. Mugabé montre une voie qui intéressera beaucoup de ses pairs au pouvoir sur le continent. Il y aura pluralité des candidats ; mais chacun devra retenir que le fauteuil présidentiel qui n'est pas un banc ne peut accueillir qu'un seul : celui qui tient le gouvernail.
Le Pays (Burkina Faso)
Quelle légitimité pour Mugabe?Les chefs d'Etat africains sont bien embarrassés par ce dossier zimbabwéen. Cèderont-ils pour une fois à la pression internationale alors que par le passé ils n'ont jamais monnayé leur soutien à leur pair zimbabwéen? Quelle formule trouver pour préserver leur image tout en contentant d'une part Tsvangirai et ses alliés occidentaux, et, de l'autre Mugabe et l'Afrique du Sud?
Une chose est sûre, la candidature unique en elle-même n'est pas un scandale en Afrique. Bien des dirigeants présents à Charm-El-Sheick (Ndlr : au XIe sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine) ont, à un moment ou à un autre, dû faire face à la politique de la chaise vide de leurs opposants. Cela ne les a nullement empêchés de se présenter et de se faire élire.
Pour des raisons diverses, des opposants ont souvent appelé au boycott d'élections présidentielles, législatives ou communales. En général, ils protestent contre le caractère irrégulier du scrutin. Même le président Wade, qui se montre virulent contre Mugabe, a été longtemps désavoué par son opposition qui avait déclaré sa réélection illégitime. Au Kenya, le Premier ministre a été contraint, en raison du parti pris des grandes puissances, de cohabiter avec un président qui lui a volé sa victoire.
Dans le cas zimbabwéen, l'opposition justifie surtout son retrait par les actes de violences perpétrés contre ses militants. Parce que sur la légalité de la décison de la commission électorale de convoquer le second tour de la présidentielle, il y a matière à débats. Sans se lancer dans du juridisme, on peut cependant noter que, sauf erreur, c'est la commission qui a déclaré le MDC vainqueur aux législatives et au premier tour de la présidentielle, qui a également donné son feu vert pour le second tour. C'est aussi elle qui a proclamé les résultats donnant Mugabe victorieux.
Au regard de tous les contentieux électoraux en Afrique, peu de chefs d'Etat africains peuvent se targuer d'avoir une légitimité que confèrent des élections sans taches. Ce n'est pas pour dédouaner Mugabe, mais il est temps d'appliquer la même rigueur démocratique à tous les pays. L'Union africaine devra prendre date à partir de son sommet en Egypte, en définissant une conduite claire à tenir, en cas de boycott des élections par l'opposition ou de prise en otage du scrutin par le parti au pouvoir.
Les suggestions de Wade à Mugabe
Avec l’Agence de Presse Sénégalaise
De retour du sommet de l’Union africaine en Egypte, le chef de l’Etat sénégalais est revenu, devant la presse, sur les élections au Zimbabwe. «J’ai dit à Mugabe : vous devez faire face à vos militants, le monde entier est contre vous. Dites à vos militants que lors des dernières élections Tsvangirai a eu 47% des suffrages (...) On n'ignore pas un parti qui a 47% des voix", a indiqué à la presse le président Wade, à son retour du sommet de l’Union africaine. Mais selon iui, Mugabe a justifié son rejet des solutions de gouvernement d'union qui lui avaient été proposées avant, par la désapprobation de ses militants.
"J'avais proposé Mugabe comme président et Tsvangirai comme vice-président", avant les élections, s'est souvenu le président Wade, ajoutant que la proposition du président sud-africain Thabo Mbeki consistait en ce qu'il garde son fauteuil pendant deux ans, avec son rival comme vice-président exécutif. "Mugabe n'a pas accepté mais Tsvangirai a accepté", selon le président Wade. La constitution du Zimbabwe prévoit que le vice-président succède au président de la République en cas de vacance du pouvoir, a relevé le chef de l'Etat sénégalais.
Il a ajouté avoir dit aux deux protagonistes avant les élections : "Si vous gagnez les élections vous ne pouvez pas gouverner seuls", tout en soulignant qu'il savait que "Mugabe ne pouvait pas perdre". Evoquant son expérience personnelle, il a fait cependant remarquer au président zimbabwéen qu'il ne pouvait pas gouverner en ayant la moitié des électeurs "de l'autre côté".
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe Zimbabwe a annoncé, le 7 juillet, le lancement prochain d'un nouveau médicament pour lutter contre la tuberculose liée au sida. Selon le ministre de la Santé, ce médicament, l'Isoniaside, met les séropositifs à l'abri de l'infection par la tuberculose, l'une des maladies les plus souvent associées au sida. Malgré la baisse du nombre des infections au cours des dernières années, le Zimbabwe est l'un des pays les plus durement touchés par le VIH/sida. Environ 5.000 personnes meurent chaque semaine de l'infection dans le pays.
Tagged under Alimentation & Santé ZimbabweAlors que s'est ouvert, le 8 juillet, le sommet du G8 à Toyako au Japon, le Premier ministre britannique Gordon Brown, a appelé les dirigeants présents à adresser un message de fermeté au Zimbabwe afin, selon ses termes, d'y garantir la démocratie, après la réélection controversée du président Robert Mugabe. Son appel n'a toutefois pas semblé être unanimement partagé par les sept dirigeants africains invités à l'ouverture du sommet…
Tagged under Sud Global ZimbabweLe président zimbabwéen Robert Mugabe a posé le 4 juillet comme préalable à toute négociation la reconnaissance de sa réélection à la tête de l'Etat. Si l'opposition est "d'accord" avec ce préalable, "alors nous pourrons engager un dialogue et écouter leurs idées", a-t-il ajouté devant 3.000 à 4.000 partisans venus l'attendre à l'aéroport de Harare. "C'est une condition préalable irréaliste et nous n'allons pas l'accepter", a réagi le porte-parole du principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa.
Tagged under Gouvernance ZimbabweComme dans un remake de la solution kenyane, l’Union africaine a proposé un gouvernement d’union nationale au Zimbabwe, avec Mugabe comme président et Tsvangiraï comme Premier ministre. Le leader du MDC a rejeté la proposition, soulignant qu’il pouvait s’accommoder du maintien du chef de la ZANU PF au pouvoir dans la seule perspective de préparer une autre élection libre et démocratique. Dans cette logique, il est certain qu’avec la terreur qui règne depuis plusieurs mois au Zimbabwe, l’avenir de ce pays ne peut s’écrire sur la base d’un compromis bancal. Dans cet article, Mary Ndlovu rappelle le contexte qui avait poussé Tsvangiraï a renoncer à se présenter au second tour, le 27 juin dernier, et montre que le Zimbabwe a plutôt besoin d’un nouveau départ, au risque d'une descente aux enfers.
Un soupir de soulagement collectif et audible pouvait être entendu partout au Zimbabwe, au soir du dimanche 22 juin, lorsque la nouvelle du retrait de Morgan Tsvangirai du deuxième tour de l'élection présidentielle s'est répandue. Mais il y a eu, à coup sûr, des signes de consternation et de colère devant le fait que nous serons privés de la possibilité de parler grâce à nos bulletins de vote et de parachever l'oeuvre de libération. Les deux réactions se fondaient sur de fausses hypothèses : d'abord que la violence peut prendre fin si les deux candidats ne sont pas en lice, ensuite que le deuxième tour allait inéluctablement déboucher sur une défaite de la ZANU PF.
Les raisons avancées par Tsvangirai pour expliquer son retrait étaient clairement affirmées et incontestables : dans des circonstances marquées par la torture, la mise à feu des maisons, le viol, la destruction systématique des structures du MDC, les tueries et arrestations, on ne pouvait organiser des élections dignes de ce nom. Mais ce qui l’a surtout poussé à se retirer, c'est le changement de position de la majorité des gouvernements des pays membres de la SADC.
Le MDC et la plupart des Zimbabwéens pensent que Tsvangirai est arrivé en tête au terme du premier tour. Il a gagné la bataille malgré que tout, à toutes les étapes du processus, a été fait pour le désavantager. Depuis le parti pris de la Commission Electorale Nationale, l'inscription sur les listes électorales, la délimitation des circonscriptions électorales, l'emplacement des bureaux de vote, jusqu'au décompte des voix et l'annonce des résultats.
La mascarade d'un deuxième tour a été mise en scène dans une atmosphère de plus en plus surréaliste, non en vertu de la loi ni pour la démocratie ou pour le peuple zimbabwéen, mais surtout pour les chefs d'Etat de la région dont le manque de sympathie pour le MDC, auquel ils tentent par tous les moyens de faire accepter les manœuvres d'un régime qui a perdu le soutien du peuple tout en continuant de contrôler les leviers du pouvoirs, ne fait l'objet d'aucun doute.
Robert Mugabe et la ZANU PF avaient perdu la légitimité de gouverner le Zimbabwe avant le 1er avril. Le premier tour de l'élection a eu lieu le 29 mars, et à la fin de la journée du 30 mars au plus tard, tous les résultats auraient dû être annoncés. Au contraire, la Commission Electorale Nationale, sous la houlette de la ZANU PF, a tergiversé et retardé les choses tout en ouvrant la voie à une longue tragi-comédie, feignant de re-conter les voix, de valider le vote, et s'est engagée dans toutes sortes de manœuvres souterraines pour évider d'admettre que le pouvoir avait été battu par la voie des urnes, tant aux élections législatives qu'à l'élection présidentielle.
Ils ont fait fi de toutes les dispositions pertinentes de la loi électorale, et sont même allés jusqu'à réécrire la loi par texte réglementaire. Ceci leur a donné le temps de retarder le second tour jusqu'à ce qu'ils puissent dérouler leur plan macabre destiné à terroriser les populations pour les obliger à se soumettre à leur volonté de s'accrocher au pouvoir. Mugabe, de façon éhontée, a convoqué de nouveau le gouvernement qui a été dissous avant l'élection; et sans même un simulacre de légitimité, ils ont repris leurs postes et continué à percevoir leurs salaires et autres avantages liés à la fonction, malgré le fait que plusieurs d'entre eux ont été battus dans leur propre circonscription du fait d'un électorat qui ne demandait qu'un changement de régime.
Depuis le mois de mars, le Zimbabwe ne dispose plus ni d'un parlement ni de conseils ruraux, ou encore d'un Exécutif légitime. La ZANU PF a gouverné le pays par décret, sous les ordres de la JOC, sigle désignant la junte militaire qui contrôle actuellement les destinées de la nation, aux côtés de M. Mugabe et du Gouverneur de la Banque centrale, M. Gono dont on a besoin pour émettre de la monnaie.
Les gouvernements des pays membres de la SADC ont permis la poursuite de la mascarade, en entretenant des relations avec le gouvernement illégitime comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Bien que les raisons de ce retard orchestré soient maintenant bien connues, il n'en est pas de même de celles qui expliqueraient pourquoi les présidents de la région l'ont soutenu.
Au cours des deux derniers mois, la guerre que Mugabe menace de déclencher s'il est battu par les urnes était déjà en train de battre son plein. La tactique utilisée pour terroriser les militants de l'opposition était la même que celle utilisée pendant la guerre de libération nationale. Les bases des milices ont recréé les bases des guérilléros des années 70, ainsi que les réunions qui duraient toute la nuit, appelées “pungwes” en langue locale, prétendant rééduquer la population. Ces « pungwes » ont été dans le passé et demeurent aujourd'hui des réunions auxquelles les populations sont obligées de prendre part, entonnant des chansons et scandant des slogans, pendant que ceux qui ne soutiennent pas ouvertement la ZANU PF sont battus, torturés et même tués.
Aux mois d'avril et de mai, la milice de la ZANU PF et les anciens combattants se sont mobilisés dans les circonscriptions électorales rurales pour éliminer les partisans connus du MDC. Des maisons ont été brûlées et plusieurs personnes torturées ou tuées en raison de leur allégeance politique, mais aussi pour celle de leurs enfants, grands enfants, parents et voisins. Au mois de juin, la terreur s'est étendue aux zones urbaines, surtout à Harare mais aussi aux petites villes. Les nervis de la ZANU PF avaient comme cibles non seulement les responsables politiques de l'opposition, mais aussi quiconque n'arbore pas leurs insignes. Les forces de police ont également été ciblées. Elles ne doivent pas intervenir dans des situations "politiques". De sorte qu’aucun des auteurs de cette violence n'a été arrêté ni accusé, tandis que les victimes ont fréquemment été mises sous les verrous et accusés d'incitation à la violence.
Organiser une élection dans de telles circonstances était déraisonnable. Dans cette parodie d'un processus par lequel la volonté du peuple doit s'exprimer clairement, les voix du peuple devaient être réduites au silence et remplacées par des refrains reprenant les slogans de la ZANU PF. On les informe qu'ils avaient "mal" voté et usage sera fait de la force pour s'assurer qu'ils voteront là où il faut à la prochaine occasion.
Deux semaines avant le scrutin, les gouvernements des pays membres de la SADC ont émis, en chœur, le vœu que l'élection soit libre et transparente, essayant de faire semblant que quelque chose qui s'apparente à une élection fournirait une "solution" au problème zimbabwéen. Ce n'est qu'après que Thabo Mbeki a dépêché sa mission militaire voir ce qui se passait sur place, et que les premiers observateurs de la SADC ont commencé à témoigner de l'anéantissement et de l'horreur, que nous avons commencé à entendre des bruits venant des gouvernements des pays d'Afrique australe demandant à Mugabe à faire preuve de retenue.
L'un après l'autre, ils ont dénoncé la violence, demandant à Mugabe d'y mettre fin, et enfin, au cours des derniers jours, envoyant un message plus clair comme quoi s'il n'arrêtait pas, ils ne reconnaîtraient pas les résultats de l'élection. Ce n'est qu'à ce moment précis que Tsvangirai a décidé de prendre la mesure de se retirer de ce que la plupart des Zimbabwéens avaient perçu comme une punition inutile qui leur a été infligée par les gouvernements des pays de la région. Il était devenu clair que ceux qui avaient insisté pour que la mascarade soit mise en scène avaient compris la vraie nature du régime de la ZANU PF, et sa détermination de ne perdre le pouvoir par la voie des urnes.
Pourquoi le Zimbabwe s'est-il laissé entraîner par force dans cet enfer ? Pourquoi la SADC ne pouvait-elle pas faire ce qui aurait dû être fait en avril - insister que la ZANU PF respecte la loi électorale, produise des résultats au moment opportun, et accepte sa défaite ? Les Etats étaient-ils trop aveugles pour voir la vérité ? Où était-il trop pénible et difficile pour eux de dire la vérité, trop compliqué pour développer une stratégie de sortie pour Mugabe ? Ils sont les seuls à pouvoir répondre à ces questions, mais les conséquences de leur cécité, hypocrisie ou lâcheté sont nettement perceptibles de tous. Ils ont donné à la ZANU PF une marge de manoeuvre de trois mois pour faire connaître au Zimbabwe le mauvais sort de plusieurs milliers de nouveaux morts, plusieurs milliards de nouveaux billets de banque sans valeur qui ne font que saper une économie mourante, des institutions en ruine et les retombées négatives qui se font sentir partout dans la région.
Ces trois mois n'ont fait que rendre le problème plus insoluble - comment faire partir Mugabe ? (…) Ce que nous avons obtenu jusqu'ici de la communauté internationale, régionale et mondiale, est un accord selon lequel le résultat du scrutin ne produira pas un gouvernement légitime. Mais outre cela nous n'avons rien.
(…) Tsvangirai a appelé à la mise en place d'une autorité de transition sous les auspices de l'Union Africaine, et soutenu par les soldats de maintien de la paix. Le mieux que la SADC semble pouvoir faire est d'appeler à de nouvelles négociations entre la ZANU PF et le MDC – des pourparlers en cours depuis plus d'un an et qui ont accouché d'une souris.
(…) Si la SADC échoue dans la mission de gestion des catastrophes qu'elle s'est assignée, si l'UA est incapable ou peu encline à faire face à ses responsabilités, la faim, la terreur, les déplacements et la mort constituent une sérieuse menace qui plane au-dessus des Zimbabwéens. L'économie ne parvient plus depuis longtemps à assurer une vie stable aux populations; l'état de droit a simplement cessé d'exister depuis longtemps ; le contrôle du pays par l'armée est de rigueur, mais la perspective d'une descente aux enfers de l'anarchie, du règne des chefs de guerre et des foules déchaînées se dessine à l'horizon.
Même l'écho du soupir de soulagement du dimanche 22 juin s'est estompé, et les Zimbabwéens envisagent l'avenir avec anxiété et crainte.
*Mary Ndlovu est une militante zimbabwéenne des droits de l'homme.
Cet article avait été publié dans la version anglaise de Pambazuka News à la veille de l’élection présidentielle au Zimbabwe* Veuillez envoyer vos commentaires à ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance ZimbabweLe débat sur la crise du Zimbabwe a mis en évidence, pour la première fois dans l’histoire de l’organisation panafricaine, «l’insatisfaction unanime des intervenants, sur les conditions d’élection d’un de leurs pairs». Même si la conférence n’a pas tiré les conséquences logiques de cette insatisfaction «exprimée les yeux dans les yeux », au président Robert Mugabe, un «tel niveau d’agressivité n’a jamais été atteint dans un débat post électoral du reste fort rarissime sinon inédit» dans les rencontres panafricaines, selon des délégués.
Tagged under Gouvernance ZimbabweLa Zambie a mis en alerte la sécurité dans les villes frontalières avec le Zimbabwe après l'escalade des tensions dans le pays voisin. Selon le ministre zambien de la Défense, le gouvernement zambien continuera à surveiller la situation au Zimbabwe avant de prendre les mesures adéquates. Il a souligné lors d'une interview : "Nous suivrons les évènements au Zimbabwe, car nos villes frontalières reçoivent de nombreuses personnes venant de ce pays. C'est pourquoi nous mettons nos villes frontalières en alerte et nous continuerons à surveiller la situation".
Tagged under Sécurité humaine Zimbabwe
Pagination
- Page précédente
- Page 15
- Page suivante