• Depuis un certain temps, on assiste à une réelle "présence africaine" dans les médias en général, et à la télévision en particulier. Il y a comme un regain d'intérêt pour ce continent si souvent oublié. Et, comme c'est souvent le cas, l'Afrique n'y apparaît pas sous un jour favorable. Comme c'est souvent le cas, avec l'Afrique, on a comme l'impression que les médias se départissent de cette pudeur qui est - ou devrait être - leur caractéristique. On a l'impression que les vannes lâchent, emportant avec elles scrupules, responsabilité, déontologie, etc.

    Deux exemples récents illustrent parfaitement cette nouvelle lecture des événements "africains".

    Le premier, c'est la mésaventure des enfants tchadiens, victimes de la désormais célèbre Arche de Zoé. Plus rien à ajouter sur le dossier déjà très lourd de cette Arche, dont la justice française vient d'adapter au droit français la peine infligée par la justice tchadienne (8 années de prison en 8 années de travaux forcés – Ndlr : Le président tchadien, Idriss Déby, a récemment déclaré qu’il était disposer à répondre favorablement à une demande de grâce introduite par le gouvernement français ; ce qui a été fait). Rien à ajouter, puisque tout - ou presque - a été déjà dit. Sauf…

    Sauf la dénonciation énergique de la mise en scène à laquelle se sont livrées les télévisions. Pas un reportage sur cette affaire sans de gros plans sur ces enfants sales, nus ou à peine habillés, le visage couvert de mouches et le nez qui coule en permanence. Et, derrière ce défilé d'images, les mêmes commentaires compassionnels, les mêmes épithètes déclencheurs d'émotion. Et aussi, les mêmes clichés, les mêmes propos à l'emporte pièce. Un, en particulier, m'a interpellé. Pour nous expliquer combien il est difficile de savoir si les enfants sont des "orphelins" comme le prétendaient les humanitaires de l'Arche, un reportage de la première chaîne de télévision belge montre des hommes venus voir et récupérer leurs enfants. Le journaliste conclut son reportage par cette phrase incroyable : "En Afrique, il n'y a pas d'acte de naissance. Il faut mener une petite enquête pour vérifier les liens qui unissent ces hommes et ces enfants".

    Deuxième exemple : le Kenya. Depuis la proclamation des résultats des dernières élections présidentielles, le pays a basculé dans la violence. Naturellement, ce sont des "violences ethniques" - les plus prudents disent "politico-ethniques". Car tout le monde sait que dans cette partie du monde, rien ne se fait en dehors de l'ethnie. Chaque jour, la violence est plus terrible. Et plus visible. Et les caméras ne se font pas prier pour tout montrer. Oui, tout : gros plans sur des têtes éclatées, des blessures de machette, des corps amputés, des fosses remplies de corps sans vie, etc. Et, pour bien montrer la barbarie, on pousse le bouchon plus loin.

    Bien sûr, le journaliste prend soin de prévenir le téléspectateur qui, probablement, est en train de dîner : "attention, certaines images peuvent être dures". Et la "violence ethnique" kenyane rentre dans votre salon. Les images défilent, toutes plus terribles les unes que les autres. Et puis, une séquence terrible. Des assaillants s'en prennent à un fourgon. Un homme en descend et tente de prendre la fuite. Il ne va pas bien loin. C'est une meute qui lui tombe dessus. Quelques minutes plus tard, l'homme est mort. La caméra n'a rien manqué, elle a tout montré. Même ce manifestant qui, avant de s'en aller, ne se gène pas pour frapper, de son gourdin, le corps sans vie.

    Big brother impitoyable. C'est encore sur la première chaîne belge que j'ai vu cette terrible séquence. Je ne sais pas ce que les autres ont montré, ni comment ils l'ont fait.

    D'accord, des morts, on en voit beaucoup à la télé. D'accord, il faut montrer la violence, pour la rendre plus réelle, plus concrète, plus palpable. D'accord, il faut sortir de l'abstrait. D'accord, ce n'est pas la première mort en direct. Mais jusqu'où faut-il aller pour montrer les ravages de ces "violences ethniques" ? En quoi cette séquence renseigne-t-elle sur la crise politique au Kenya, sur la lutte pour le pouvoir, sur le respect des choix électoraux, etc. ?

    Il y a quelques années, les caméras de France 2 ont montré la mort d'un garçon palestinien, dans les bras de son père, essuyant les tirs de soldats israéliens. Ces images ont soulevé de violentes protestations, de toutes parts. Combien de temps faudra-t-il attendre pour assister à une mobilisation similaire pour ce Kenyan ? Combien de temps faudra-t-il attendre pour que l'on arrête cette volonté de tout montrer, d'aller vers toujours plus de sensationnel ?

    Difficile, dans un tel contexte, de ne pas y voir la volonté de montrer combien on peut être violent en Afrique. Difficile de ne pas y voir la stigmatisation, le renforcement des clichés sur l'Afrique, ce "paradis de la cruauté", selon l'expression d'un "africaniste" adulé. On nous a déjà expliqué "pourquoi l'Afrique meurt". Maintenant, on sait aussi "comment" elle meurt. Espérons que le cours magistral s'arrêtera là.

    * Marcel-Duclos Efoudebe est un écrivain camerounais. Il est notamment l’auteur de L’Afrique survivra aux afro-pessimistes. (Source : Africultures)

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  • Contributor | Gouvernance

    En décembre dernier [2007] Jacob Zuma a été élu président de l’ANC. Dans la tradition du parti, le dirigeant du parti au pouvoir devient le candidat à la présidence. Ceux qui ont voté pour Zuma supposent qu’il sera le prochain président d’Afrique du Sud et remplacera Thabo Mbeki lors des élections nationales de 2009. La nouvelle de l’élection de Zuma a provoqué une onde de choc dans les milieux d’affaires. La bourse de Johannesburg a connu une crise temporaire et la presse internationale a prédit un renversement de la stabilité.

  • Synonyme de s’en aller ou de se déplacer, la migration est la manifestation d’un mouvement continu ou discontinu, à savoir le flux et reflux migratoire à l’intérieur d’un ou différents espaces. C‘est dire que le phénomène migratoire est mouvement. Mouvant, cette mobilité s’inscrit dans le temps ou durée. En fait, on a souvent un mouvement cyclique, dont la durée de vie est nécessairement subordonnée à la volonté du migrant et de l’Etat d’accueil. Au plan historique, la migration constitue un phénomène ancien sans lequel il n’y aurait certainement pas eu d’économie mondiale (esclavage, recrutement de gré ou de force des travailleurs étrangers). Après l’esclavage, la récession économique mondiale et les dictatures en ont fait un fléau. C’est ainsi que l’humanité compte officiellement, en l’an 2006, 200 millions de migrants, pour des causes multiples :

    - persécutions (questions sécuritaires, ostracismes politiques, guerres);
    - recherche d’un meilleur niveau économique ou mieux-être social;
    - regroupement familial.
    Que faut-il entendre par migration? Quels sont ses causes et ses effets?

    I - Définition de la migration

    Ambivalent, le phénomène migratoire se construit autour de plusieurs référents, distincts ou complémentaires. Au sens large, la migration, synonyme de mouvement, vise aussi le déplacement à l’intérieur de l’espace national, c’est-à-dire quitter une contrée pour s’établir dans une autre. Du moins, définie lato sensu, en fonction du seul référent mouvement, la migration englobe à la fois, les réfugiés, les personnes déplacées, les migrants économiques. Mais dans sa définition restrictive, la migration incorpore à la fois, les concepts d’émigrant, immigrant, émigré, immigré. C’est dire qu’immigration et émigration s’incrustent dans la migration. Ce sont en fait, deux notions distinctes et complémentaires.

    Deux notions distinctes

    L’immigration vient du verbe immigrer. Du point de vue sémantique, elle désigne l’entrée des personnes étrangères dans un pays autre que le leur, afin de s’y établir durablement ou définitivement. Ce qui exclut les séjours temporaires. En revanche, par opposition à l’immigration, l’émigration ou action d’émigrer, signifie quitter son pays pour s’installer dans un autre. De ce fait, la migration met nécessairement en relation au moins deux pays. Cela revient à considérer que les déplacements à l’intérieur de l’espace national ne devraient pas relever de la définition de la migration. Certes, il y a mouvement. Toutefois, du point de vue juridique, la règle applicable aux personnes concernées est d’ordre interne, tandis que le migrant est régi par le droit international. Mais au fond, dans le processus migratoire, l’immigrant ou immigré, est-il si différent de l’émigré ou émigrant? N’est-ce pas le même individu en mouvement, avec un double statut, dissocié ou associé, en fonction de l’espace?

    Deux notions complémentaires

    Du côté du pays de départ, celui qui quitte son pays d’origine pour se rendre dans un autre, est un émigré. C’est un national qui émigre dans un espace différent du sien. Cependant, dès que l’émigré franchit les frontières nationales pour s’établir dans un autre espace, s’y installe ou s’y établit durablement ou définitivement, il s’inscrit dans un mouvement d’immigration. Il devient ainsi un immigrant ou immigré.

    Au sens de l’article premier de la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, l’expression «travailleurs migrants désigne les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un Etat dont elles ne sont pas ressortissantes»1. Ainsi défini dans le mouvement, le temps et dans l’espace, le migrant est soit, un émigré ou émigrant, soit un immigré ou immigrant.

    Au total, l’émigration s’insère dans la migration, de sorte qu’on a un transfert de populations d’origine étrangère vers un autre Etat, afin de s’y fixer pour une longue durée. Cette population étrangère, ayant sa culture, sa religion ou son particularisme, vient se greffer ou s’intégrer à la population locale d’un Etat. Dans ce sens, le phénomène de migration s’analysant en une sorte d’addition, il peut y avoir crise identitaire, lorsque la population immigrante aspire à une intégration. De la sorte, dans certains pays, la lutte contre le flux migratoire sert souvent de prétextes à des pratiques discriminatoires, telles que la xénophobie et le racisme. Aussi, conviendrait-il, pour une maîtrise du phénomène migratoire, d’inventorier ses causes ainsi que ses effets.

    II - Causes structurelles de la migration

    La migration peut être volontaire, forcée ou choisie. Si la migration volontaire ou choisie requiert a priori le consentement du migrant, il en va autrement pour la migration forcée ou migration contrainte (persécutions, famine, pauvreté, guerres), même si les deux se réalisent pratiquement dans les mêmes conditions. En effet, la migration forcée ou trafic illicite des personnes à des fins lucratives est souvent clandestine. En fait, elle s’analyse en un franchissement illicite des frontières des Etats par des demandeurs d’emploi ou d’asile. Ce qui constitue une violation des lois relatives à l’entrée sur le territoire d’un Etat. De façon générale, au-delà de ce que l’on pourrait qualifier de migration légale, distincte de la migration illégale, on identifie au moins trois principaux facteurs : alternatifs, convergents ou cumulatifs.

    Migration économique

    Définie au sens strict, la migration économique exprime la dégradation des conditions de vie des personnes dans leur espace national. En effet, sous l’effet conjugué de la mauvaise gouvernance, notamment en Afrique et des effets mal maîtrisés de la mondialisation, on assiste de plus en plus au démantèlement des services publics nationaux, à la faillite des entreprises, à la déforestation et à la désertification des espaces. Ce qui provoque un exode des populations à la recherche d’un mieux-être.

    Fondamentalement, la migration économique prend sa source dans la pauvreté, de sorte que désormais, la migration décrit un processus de déplacement d’individus fuyant la misère. Aussi, ces personnes vulnérables, empruntent-elles des embarcations de fortune, et tentent de franchir clandestinement ou illégalement des frontières, en quête de la prospérité. Certaines d’entre elles sont abandonnées en plein désert, tandis que d’autres sont jetées par-dessus bord à la mer. En dernière analyse, c’est la recherche de ce gain espéré qui justifie la migration économique, distincte de la migration politique.

    Migration pour raison politique

    Ce phénomène migratoire est essentiellement lié aux excès des régimes répressifs ou à des conflits. En effet, poussées par la crainte d’être persécutées ou agressées, ces personnes franchissent illégalement des frontières, pour se soustraire à des persécutions politiques, religieuses, ethniques, raciales. Ces migrants dont certains proviennent des zones de conflits, ne sont pas à assimiler aux migrants économiques. On en dénombre plus de 6,6 millions dans le monde à la recherche du droit d’asile. Cependant, à la pratique, du point de vue sémantique, la distinction entre migrants pour cause économique, politique et regroupement familial, est souvent d’application malaisée.

    Regroupement familial

    A l’aspect individuel de la migration, s’oppose le regroupement familial, synonyme de migration collective. Ce droit est certes consacré, notamment par l’article 16 alinéa 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme: «La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’Etat». Mais, ce principe est gravement contrarié dans son application par la législation sur l’immigration des Etats d’accueil. A preuve, la France impose désormais aux candidats au regroupement familial, le recours au test d’ADN.

    Diversement interprété, ce projet de loi uniquement fondé sur le «référentiel biologique, ethno-racial», est un sujet qui divise. Si le Premier ministre français M. Fillon le considère comme de nature à «rendre à la France le droit de contrôler son immigration», de sorte qu’il qualifie l’amendement relatif au test d’ADN, de «détail», en revanche, le Comité consultatif d’éthique, déplore la présomption de fraude et l’atteinte au «secret de filiation», qu’il implique. Ce qui est à craindre pour «famille recomposée après le divorce, enfant adopté». Ces clefs d’explication de la migration ainsi exposées, quels peuvent être les effets susceptibles d’en résulter ?

    III. Migration et situation de précarité du migrant

    La migration affecte à la fois l’économie et les rapports sociaux. Qu’elle soit économique, politique ou d’ordre familial, la migration peut résulter pour certains, d’une quête d’identité, d’un déracinement ou encore d’une situation sociale précaire due à la guerre ou à la misère. Du reste, dans ses effets discriminants, ce phénomène migratoire, se traduit au moins d’une part, par la vulnérabilité du migrant clandestin, et d’autre part, par l’exploitation sexuelle du migrant.

    Vulnérabilité du migrant clandestin

    En cas de migration clandestine, le risque est que le migrant clandestin, dans la crainte de se faire dénoncer, peut s’abstenir de déclarer la naissance de ses enfants (incitation à la dénonciation des élèves sans papiers en France). Dans cette hypothèse, l’enfant non déclaré se retrouverait a priori sans nationalité, synonyme d’apatridie. Au surplus, il serait privé de certains droits vitaux de la vie courante, du fait qu’il serait inconnu à l’état civil (difficulté d’accès à l’éducation, à la formation et à l’emploi ; difficulté de contracter mariage, de vendre ou d’acheter des biens meubles et immeubles etc.). Et pourtant, aux termes de l’article 29 de la Convention Internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, «Tout enfant d’un travailleur migrant a droit à un nom, à l’enregistrement de sa naissance et à une nationalité»2.

    Exploitation sexuelle du migrant

    La migration apparaît comme une des clés d’explication de la traite des femmes et des enfants. En effet, dans le cadre du commerce sexuel illégal, de milliers de femmes, de jeunes filles ainsi que des enfants sont pris de leur pays d’origine et convoyés vers d’autres. Ils sont l’objet de vente ou de prostitution. Tandis que d’autres, se livrent au vol et à la mendicité pour le compte de réseaux criminels. De façon générale, cette exploitation sexuelle touche en particulier les personnes qui vivent dans une extrême pauvreté. Selon les chiffres estimatifs de l’OIT, en 2000, pas moins de 1,8 million d’enfants sont exploités à des fins de prostitution ou de pornographie dans le monde. Certains réseaux criminels prétextent des demandeurs d’asile, pour introduire en Europe, uniquement à des fins d’exploitation sexuelle, des femmes et jeunes filles déplacées, originaires des zones de conflits, et déjà rendues vulnérables par le déracinement, les traumatismes, les humiliations, à la suite des abus sexuels de la part des groupes armés.

    Conclusion

    C’est un truisme que la migration n’est, ni une recette miracle ni une alternative durable pour des Africains en vue d’un mieux- être. Comment inverser cette tendance et sortir de ce cercle vicieux ? Cela suppose :

    - l’option irréversible en faveur de la démocratie, synonyme de liberté et de réprobation des persécutions politiques, de manière à éviter la migration pour cause politique ;
    - la bonne gouvernance, facteur de redistribution équitable des pouvoirs et des richesses, de transparence dans la gestion de la chose publique, de sorte à conjurer le gaspillage et le détournement des deniers publics, et ainsi limiter l’ampleur de la migration économique et le regroupement familial ;
    - l’intensification des contrôles aux frontières et le recours à un fichier d’état civil sécurisé, afin de lutter efficacement contre la double identité des personnes, les mariages et adoptions fictifs, la migration clandestine, au point de rassurer les partenaires extérieurs de l’Afrique, quant à sa volonté de sanctionner la fraude et la corruption;
    - la prise de conscience des migrants africains, quant à la dégradation récursive de leur identité, afin que la délinquance ne soit plus pour certains, minoritaires soient-ils, un remède miracle à leurs problèmes, de façon à modifier progressivement le regard accusateur du pays d’accueil sur le migrant.

    (1) Convention adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 45/158 du 18 décembre 1990 (non entrée en vigueur en 2002).
    (2) Convention adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 45/158 du 18 décembre 1990(non entrée en vigueur en 2002).

    * M. Ouraga Obou est professeur de Droit constitutionnel à l'Université d'Abidjan-Cocody – Il a fait paraître ce texte dans le quotidien ivoirien Fraternité Matin.

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  • L'économie chinoise est en plein essor. Les ressorts du modèle chinois qui sont peu connus, pourraient servir d'inspiration aux économies de plusieurs pays africains. Le processus de transition économique en Chine est très instructif dans la mesure où il peut fournir un certain nombre d’enseignements intéressants et importants pour d'autres économies en transition, quant à la stratégie de réforme à poursuivre : son rythme, les secteurs à cibler en priorité, son ordonnancement et les ingrédients clés.

    Premièrement, l’état initial de l’économie à réformer détermine laquelle de l’approche graduelle ou de la thérapie de choc est la stratégie de réforme la plus appropriée. Ainsi, la Chine a commencé son processus de réforme dans une position relativement avantageuse. En effet, même si l'économie ne fonctionnait pas efficacement en raison des distorsions générées par le système de planification, il n’en demeure pas moins qu’elle affichait une croissance positive, une inflation et des déficits faibles, une épargne élevée et un faible endettement extérieur.

    C’est la raison pour laquelle, l’économie chinoise n’avait pas besoin de commencer sa transition avec un programme de stabilisation macroéconomique. Par ailleurs, la Chine a maintenu le contrôle politique centralisé entre les mains du parti communiste, à la différence des autres économies de transition en Europe qui ont vu la fin de leurs Etats communistes. Pour la Chine la réforme politique n'était pas à l'ordre du jour. Ainsi, le point de départ de la réforme économique en Chine résidait dans une relative stabilité économique et politique.

    Deuxièmement, la réforme a été initialement focalisée sur un secteur de l’économie qui offrait les plus fortes chances de réussite. Dans le cas de la Chine, c'était le secteur agricole. Il s’agit d’un secteur clé en termes d'emploi, qui a été sacrifié pendant la période de planification centralisée. Etant donné le potentiel considérable et la probabilité de réussite de sa réforme, il représentait un bon tremplin pour la mise en œuvre de réformes ultérieures.

    Sa croissance rapide pendant la première période de réforme a amélioré considérablement la productivité à travers la réallocation des ressources, la croissance de la production et l’augmentation du revenu des paysans. Cette dernière a généré une épargne rurale considérable et donc des fonds pour l'investissement dans les entreprises des communes et des villages, qui allaient constituer la composante dynamique majeure du secteur non étatique. Suite à ce premier succès, la cible des réformes est devenue le secteur industriel, au milieu des années 1980, où l’accent a été mis sur une plus grande autonomie des entreprises.

    Troisièmement, dans le secteur industriel, la Chine possède un ingrédient unique et dynamique : les Entreprises des Communes et des Villages (ECV). En effet, les ECV contribuent de façon majeure aux exportations, au développement de l’économie de marché, elles ont créé environ 100 millions de nouveaux emplois depuis le début du processus de réforme et favorisé l’industrialisation du monde rural. Bien que les aspects du phénomène TVE soient spécifiques à la Chine, leur expérience fournit des enseignements intéressants pour les autres économies en transition, notamment l'importance de la libéralisation des marchés et de la concurrence, la nécessité de soumettre les entreprises à la sanction de la contrainte financière, et le besoin d’incitations appropriées pour les collectivités locales.

    Quatrièmement, les économies en transition devraient s’intégrer, le plus vite possible, à l'économie mondiale. A cet égard et depuis le début de la réforme économique, la Chine s’est progressivement ouverte et intégrée dans l’économie mondiale, ce qui s’est traduit par une augmentation de son commerce extérieur et des flux d’investissements directs étrangers en sa faveur. Il faut souligner ici que le choix par le gouvernement chinois de l’ouverture et de l’intégration économique a été en grande partie inspiré par les expériences de ses voisins régionaux dynamiques.

    Un choix payant puisque en moins de deux décennies, la part de la Chine dans les exportations mondiales a presque triplé. La politique d’ouverture a permis à la Chine d’accéder à la technologie et aux idées occidentales par le biais des investissements directs étrangers (IDE), lesquels ont joué un rôle clé dans son processus de développement économique. Par ailleurs, la Chine jouit d’une position avantageuse grâce à ses liens culturels, familiaux et historiques avec Hong-Kong et Taïwan. Enfin, avec une main-d'oeuvre relativement bon marché, qualifiée et flexible, la Chine restera une destination attractive pour les IDE, notamment ceux portant sur les industries à forte intensité en main d’œuvre.

    James Kathuri est enseignant à l’Université Méthodiste du Kenya.

    Avec la collaboration de l’African Executive et

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  • Les 9 et 16 mars 2008, les élections municipales et cantonales vont décider du renouvellement des conseillers municipaux et généraux en France. Au cours de ces élections, un certain nombre de candidats appartenant aux populations noires et membres des partis politiques (PS, UMP, Modem, PC, FN, Verts, LCR …) seront soit têtes de liste, soit membres des listes présentées par les partis politiques. Cette présence sur les listes, ils ne la doivent qu’à eux-mêmes, à leur implication et à leur résistance dans le combat politique en France.

    La plupart des dirigeants des fédérations et associations noires utilisent le discours de la représentation et de la participation politique des noirs uniquement pour leurs propres intérêts et non pour la promotion des noirs de France. Trop souvent, la plupart de ces fédérations et associations se satisfont d’images et de situations de Noirs en politique venues d’ailleurs surtout des Etats Unis. On a l’habitude de transposer en France sans intelligence et sans méthode et modération la situation des noirs américains en politique.

    C’est le cas pour la victoire de Barack Obama dont je me félicite pour le cas américain, car Obama s’est imposé le 3 janvier 2008 dans les caucus de l’Iowa avec 38 % des votes en sa faveur chez les démocrates. Ce vote le place devant John Edwards (30 %) et devant sa principale concurrente Hillary Clinton (29 %). Certains dirigeants d’associations et fédérations noires de France se félicitent de cette victoire (qui est une fierté pour nous en tant que Noirs, même si ces mêmes fédérations et associations préfèrent s’abriter derrière le mot diversité pour parler des noirs dans la société française) et demandent aux partis politiques de faire de la place aux Noirs dans la composition des listes.

    Allons jusqu’au bout du raisonnement : il faut donc des quotas pour les Noirs. Quels sont les thèmes que les noirs vont défendre, si c’est le cas, pendant la campagne électorale ? Le problème est que ces mêmes associations refusent les quotas pour les Noirs tout en demandant que l’on fasse quand même la place aux Noirs et qu’on les aide à émerger en politique. Nous sommes en pleine schizophrénie et les dirigeants d’associations et fédérations noires n’aident pas beaucoup les populations noires à exister politiquement en France.

    Il y a le discours sur l’intégration des Noirs en France, sur la lutte contre les discriminations nécessaire et puis il y a la pratique sur le terrain qui montre l’éloignement de ces associations et fédérations vis-à-vis des populations dont elles prétendent être le porte-parole. Nous sommes là au coeur d’un problème central de la représentativité des noirs au sein de la vie politique française.

    Esquissons quelques éléments d’analyse pour éviter que les dirigeants des fédérations et associations s’attribuent un rôle qu’ils n’ont pas au regard de la participation des Noirs dans la vie politique française. Cette participation est minoritaire, tous partis confondus. Elle est le fait d’actes individuels et non d’une conscience plurielle qui émanerait d’associations ou de fédérations au nom de la diversité. Les partis politiques comme l’UMP ou le PS ont créé des commissions Diversité.

    Ces commissions Diversité ne sont que des postures de présentation et ces postures sont ouvertement soutenues par les dirigeants des associations et les fédérations noires uniquement pour des raisons relatives à leur propre promotion, car ces deux associations et fédérations, au-delà du discours et des communiqués de presse, ne disposent d’aucun agenda, d’aucun mandat, d’aucune stratégie concrète ni moyen financier réel et déclaré pour la promotion des Noirs au sein des partis politiques en France, la seule stratégie étant : il faut participer à la vie politique française. Avouez que c’est un peu mince et cette minceur est étoffée par le recours à une nostalgie perdue qui, dans les années 1940 et 50 a vu la participation de Houphouët Boigny, de Senghor et de Gaston Monnerville, président du Sénat de 1959 à 1968.

    Ces dirigeants d’associations et de fédérations noires ont compris que pour exister il fallait du « bruit institutionnel » pour interpeller les dirigeants des partis politiques français. C’est regrettable et dommageable pour les dirigeants d’associations noires qui n’ont pas compris que le « bruit institutionnel » est peut-être une bonne chose mais que l’organisation actionnelle sur le terrain doit être la référence. Combien de fédérations et d’associations sont-elles prêtes à travailler avec les candidats issus, selon elles, de la diversité pour le «tractage», le «phoning» et les participations aux réunions locales ? La réponse est aucune, car au-delà du discours et du verbiage sur le bruit institutionnel autour de la diversité, les dirigeants des fédérations et associations noires passent beaucoup plus leur temps à s’entredéchirer, à s’ostraciser et à imiter le maître blanc français qu’ils critiquent.

    On peut s’étonner de ce qu’il se passe aujourd’hui au Kenya. Vous me direz où est le lien avec la situation des Noirs en France. Réponse : l’incapacité conceptuelle et pratique des dirigeants des populations noires en général et africaines en particulier à travailler ensemble au-delà des discours et à s’approprier les mérites qui sont d’abord individuels. Quels que soient les résultats des élections municipales et cantonales des populations noires, les 9 et 16 mars 2008, une chose est sûre : les fédérations et associations au travers de leurs dirigeants n’ont nullement contribué à l’impulsion et au choix de ses candidats par les partis politiques.

    Il sera toujours possible pour ces dirigeants de s’attribuer, à la fin de la campagne, des victoires ou des défaites des représentants de populations noires pour s’en glorifier ou pour dénoncer comme à l’habitude les discriminations en cas d’échec … jusqu’aux prochaines élections. Notez que pour certains de ces dirigeants, échec ou pas, c’est une manière de se réaliser professionnellement, de vivre et de continuer à exister sur le dos de leurs compatriotes au nom de leurs propres intérêts et sous couvert de la défense collective et médiatique des populations noires de France et en France.

    * Lucien Pambou est candidat investi par l’UMP aux cantonales à Alfortville, en France, à l’occasion des élections cantonales et municipales des 9 et 16 mars

    * Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou faire vos commentaires en ligne à l’adresse suivante www.pambazuka.org

    Cet article est aussi paru sur le site Grioo.com

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  • Paul Rogers | Gouvernance

    Le monde entre dans la septième année d’une guerre sans fin en vue. Il y a à peine six ans, à la fin décembre 2001, tout semblait différent. La campagne dirigée par les États-Unis avait mis fin au régime des talibans en Afghanistan, et les discussions à Washington concernaient déjà l’Irak de Saddam Hussein. Après le traumatisme des atrocités du 11 Septembre, l’administration de George W. Bush était en marche - et la force de ce que l’on commençait à peine à appeler la « guerre contre le terrorisme » commençait déjà à recréer la vision d’un « nouveau siècle américain ».

    En janvier 2002, le discours sur l’Etat de l’Union du président célébrait la victoire en Afghanistan et élargissait la guerre contre Al-Qaida à un « axe du mal » d’Etats voyous (l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord). Ce message a ensuite été durci dans le discours qu’il a prononcé lors d’une cérémonie de remise de diplômes à West Point, en juin 2002, date à laquelle il a réaffirmé le droit de l’Amérique d’agir préventivement contre les menaces futures.

    Il devenait alors évident que le régime des talibans n’était que le premier à devoir être éliminé, et que les ambitions de Washington s’étendaient au « changement de régime » dans un certain nombre de pays. A l’époque, sa devise dans les relations internationales devenait « Vous êtes avec nous ou contre nous » - et ceci s’est amplifié quand les préparatifs en vue de la confrontation avec l’Iraq se sont intensifiés en 2002-03.

    Le renversement du régime de Saddam Hussein dans la guerre de mars-avril 2003, a été saluée en mai dans un nouveau discours solennel sur le pont du porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln, avec en toile de fond une bannière géante ou on pouvait lire « Mission accomplie. » A ce moment, marquant peut-être le point culminant de la démesure américaine - l’Afghanistan et l’Iraq étant considérés comme des succès, et l’insurrection en Irak n’ayant pas encore atteint un point critique - la voie semblait libre pour le plus grand et le plus audacieux projet politique et militaire de Washington : la transformation radicale du Moyen Orient et de sa périphérie.

    L’Afghanistan lui-même était censé évoluer vers un Etat pro-américain avec des bases militaires permanentes à Bagram et Kandahar ; le pays devait aussi fournir un accès aisé pour de nouveaux oléoducs vers l’océan Indien. Dans le voisinage, les bases établies en Ouzbékistan (et peut-être d’autres Etats d’Asie centrale) auraient pour effet, à la fois, d’assurer l’influence considérablement augmentée des États-Unis dans les régions riches en pétrole dans le bassin de la Mer caspienne et d’accomplir le dessein géopolitique primordial consistant a contrer l’influence de la Russie et de la Chine.

    Le projet de rêve

    Cela seul constituait déjà un projet extraordinaire, mais l’Irak promettait d’être une récompense encore plus grande. La domination de Saddam Hussein avait été remplacée par le contrôle exercé par l’Autorité Provisoire de la Coalition (CPA) sous la direction du «vice-roi» Paul Bremer. Les réécritures complaisantes de l’histoire du CPA suggèrent aujourd’hui qu’il n’a représenté et supervisé guère plus qu’un chaos imprévisible. C’est faux : la réalité était qu’il existait un plan néo-conservateur précis visant la création d’un régime client des Etats-Unis, dont le rôle serait de favoriser une économie de marché libre extraordinairement flexible.

    L’intention était de procéder à une privatisation complète de tous les avoirs de l’Etat (des sociétés israéliennes faisant partie des investisseurs étrangers), une participation étrangère massive dans l’industrie pétrolière, un système fiscal à taux d’imposition unique, le tout sous-tendu par une quasi-absence de réglementation financière. Le résultat imaginé aurait été une sorte d’«économie de rêve », d’un genre qu’il serait impossible de créer même aux États-Unis, étant donné la présence de syndicats gênants, de mouvements citoyens, de régulation des entreprises et d’autres obstacles réglementaires.

    Les États-Unis auraient soutenu ce fantasme économique en maintenant fermement au pouvoir un État irakien client, en le protégeant (et le supervisant) par l’intermédiaire d’un réseau de grandes bases militaires à travers le pays. Le fait qu’un dixième des réserves mondiales de pétrole soit en territoire irakien (et représentant quatre fois celles de l’ensemble du territoire américain, y compris l’Alaska) signifiait qu’un Irak sous contrôle américain améliorerait grandement la sécurité pétrolière de la patrie. Enfin, et peut-être surtout, le succès de cette stratégie porterait un coup au véritable ennemi, l’Iran, dans la mesure où il ne serait peut-être même pas nécessaire de mettre fin au régime de Téhéran. Après tout, avec deux des voisins de l’Iran (à l’est, l’Afghanistan et l’Iraq à l’ouest) fermement aux mains des Etats-Unis, et avec la marine américaine contrôlant le golfe Persique et la mer d’Arabie, l’élite au pouvoir à Téhéran - quelle que soit sa couleur politique - hésiterait à mettre en péril sa sécurité nationale désormais vulnérable.

    Le grand fossé

    En mai 2003, tels étaient les plans et les attentes. A quoi tout cela ressemble-t-il aujourd’hui, vu à la dure lumière de la réalité ?

    En Afghanistan, les talibans et d’autres milices ont fait un retour remarquable et font maintenant pression sur les 50 000 soldats étrangers. Au-delà de la frontière, dans l’ouest du Pakistan, de vastes zones sont hors de contrôle du gouvernement et à la disposition d’Al-Qaida, des Talibans et de leurs affiliés comme autant de territoires sûrs à partir desquels ils peuvent se préparer, lancer des opérations et se replier.

    En Iraq, plus de 100 000 civils ont péri dans les violences, plus de 4 millions d’Irakiens ont été déplacés de leurs foyers (près de la moitié d’entre eux contraints de chercher refuge dans d’autres pays). Des dizaines de milliers d’Irakiens ont succombé à la maladie et la malnutrition, y compris des maladies nées de la pauvreté, tel que le choléra. Plus de 100 000 Irakiens ont été détenus sans jugement. Le coût humain inclut aussi la mort de 3895 soldats américains (en date du 19 décembre 2007) et des blessés par dizaines de milliers.

    En 2007, un renforcement des effectifs américains a eu un certain effet dans la lutte contre la violence en Iraq ; mais la stratégie n’est pas soutenable et a utilisé des tactiques à courte vue qui pourraient n’avoir que gelé des problèmes qui risquent de resurgir plus tard. En dépit de la rhétorique de l’administration Bush au sujet d’un « retrait » d’Irak, la volonté d’y rester est évidente comme cela apparaît dans les négociations pour une présence à long terme avec le gouvernement de Nouri al Maliki et la construction de la plus grande ambassade du monde à Bagdad.

    Dans le même temps, la pression des talibans sur l’armée américaine en Afghanistan (ainsi que sur d’autres contingents de l’OTAN) implique qu’il sera nécessaire d’y consacrer plus de troupes. La plupart des Etats de l’OTAN, cependant, sont résolus dans leur détermination à ne pas s’engager encore plus ; il n’est même plus acquis désormais que les importants contingents néerlandais et canadiens puissent être maintenus au niveau actuel.

    Dans ce contexte, le mouvement Al-Qaida continue d’opérer. Son « image de marque » est capable d’attirer des recrues, d’entretenir des réseaux, s’insérant lui-même dans des conflits locaux, et (comme en Algérie, le 11 décembre 2007) de monter des opérations meurtrières. L’utilisation par les Etats-Unis de la « force brute » s’est révélée être un cadeau pour ses ennemis.

    La mauvaise réaction

    Le constat de cette réalité projette une lumière plus réaliste sur les décisions prises et la stratégie adoptée dans la période qui a immédiatement suivi le 11 septembre 2001.

    Dès le début, les réponses aux atrocités commises à New York et Washington ont été inadaptées. Le mouvement Al-Qaida a été vu comme une bande d’extrémistes sataniques n’ayant pour objectif que la mort et la destruction plutôt qu’un mouvement transnational révolutionnaire complexe, centré sur une idéologie perverse aux fondements religieux. Avec de telles fondations, ses dirigeants et idéologues n’ont pas, comme la plupart des mouvements révolutionnaires le font, prévu de réussir de leur vivant. Même des objectifs à court terme tel que l’éviction des forces « croisées » des terres musulmanes et la destruction des régimes de l’« ennemi proche » au Moyen Orient pourraient prendre des décennies, alors que les objectifs à plus long terme tels que la création d’un califat islamiste pourrait prendre un siècle.

    Pour une telle organisation, la réponse de l’administration de George W. Bush à ces assauts - reposant presque entièrement sur l’utilisation de la force - est exactement ce qu’elle voulait. Les campagnes successives en Afghanistan et en Iraq purent ainsi être habilement présentées (par l’intermédiaire d’une machine de propagande sophistiquée utilisant les nouvelles technologies et faisant appel à des sentiments populaires existants) comme des agressions commises par des « croisés » (et des « sionistes ») contre le cœur du monde islamique. En outre, Al-Qaida et ses alliés dans ces deux pays bénéficièrent d’un avantage précieux en se voyant fournir des zones d’entraînement au combat pour les nouvelles générations de jeunes combattants.

    Une réponse aux attaques du 11 septembre, basée sur une compréhension et une prévision raisonnées, aurait eu bien plus de chances de connaître une issue juste et humaine. Elle aurait dû considérer ces évènements meurtriers comme d’horribles exemples de criminalité transnationale, et permis aux Etats-Unis, avec de nombreux partenaires volontaires, de construire une redoutable coalition dans le monde entier pour traduire les coupables en justice. Il aurait sans doute fallu des années et cela aurait été un processus complexe et difficile, mais les bénéfices en auraient été évidents : couper l’herbe sous les pieds du mouvement al-Qaida, qui ne bénéficiait alors en 2001 que d’un appui limité, et éviter les désastres de l’Afghanistan et de l’Irak avec leur énorme coût humain.

    Au lieu de cela, l’administration Bush est tombée droit dans le piège. Depuis lors, des dizaines de milliers de personnes innocentes ont été tuées (en Afghanistan, en Iraq et dans d’autres théâtres de la « guerre contre le terrorisme »), plus encore ont été détenus, avec de nombreux cas de tortures et mauvais traitements. La réponse de Washington au 11 septembre a créé les bases d’un conflit qui peut durer des décennies.

    Le prochain paradigme

    La nature du « paradigme du contrôle, » profondément ancré dans la pensée militaire des Etats-Unis, signifie qu’un changement significatif de la politique est difficile à envisager et sera extrêmement difficile à entreprendre, même si les Démocrates s’emparent de la Maison Blanche en novembre 2008. À un certain stade, cependant, il faut que la réalité s’impose et elle s’imposera : l’impact profondément contre-productif de la conduite de la guerre contre le terrorisme viendra à être reconnu et des politiques plus judicieuses mises en œuvre.

    En effet, c’est dans le caractère profondément contre-productif des politiques des six dernières années que se trouvent peut-être quelques motifs d’espoir. L’échec cuisant de ces politiques offre un espace pour une remise en cause de la posture occidentale à l’égard de la sécurité qui pourrait s’étendre à bien d’autres questions de sécurité globale.

    Les vrais moteurs de conflit entre 2008 et 2030 seront probablement des questions de profonde inégalité mondiale, de désespoir économique, de mouvements de migrations, et de limites de l’environnement - toutes accentués par le changement climatique. Dans de telles circonstances, il serait trop facile que la principale exigence de l’Occident en matière sécurité soit le maintien du contrôle dans un monde fracturé. Dans la septième année d’une guerre sans fin en vue, les défaillances du renseignement qui ont marqué son début peuvent après tout être le point de départ d’une nouvelle approche de la sécurité humaine et planétaire dans les décennies à venir.

    * Paul Rogers enseigne à l’université de Bradford dans le département Peace Studies (Cet article est aussi publié sur le site Alternatives Internationales)

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  • La gestion des migrations est devenue un enjeu de débat qui influence fortement les relations publiques internationales et réveille les tensions entre peuples de différentes régions, l'Europe et l'Afrique en particulier, comme a pu récemment en témoigner le récent sommet UE-Afrique. Aujourd'hui, l'Europe cherche à déconstruire ce paradigme qui a longtemps nuit à la qualité du dialogue Nord-Sud, pour lui substituer un modèle nouveau qui vise à porter un regard plus positif sur le phénomène migratoire et la politique qui la sous-tend. Le concept de « co-développement » qui véhicule une idée de solidarité, de rapports plus profitables aux deux parties est de plus en plus usité. Cependant, une analyse critique et plus approfondie de cette politique et de sa mise en pratique est nécessaire si l'on veut véritablement prendre la mesure des enjeux et préserver les intérêts du continent.

    Nouveau paradigme de la migration et enjeux globaux

    La gestion des flux de migration irrégulière a connu des développements importants au cours de ces dernières années, tout particulièrement depuis le ralentissement de la croissance en Europe et concomitamment à la montée de l’extrême droite d’une part, et à une fuite des cerveaux et des forces vives du continent africain d’autre part. Désormais, il ne s'agit plus de réagir à des situations ponctuelles nécessitant le rapatriement de clandestins mais d'anticiper une politique à long terme pour une gestion effective et rationalisée de ce phénomène.

    Dans ce sens, l’expérience de valorisation de la femme à travers la prise en considération de la dimension genre enseigne que le « mainstreaming » des anglophones apparaît comme un outil de mise en relief. Tout comme une meilleure prise en compte du genre dans les stratégies de développement permet de faire participer, au même titre, les hommes et les femmes, dans la définition des politiques de développement et leur mise en œuvre ; le « mainstreaming » de la migration doit permettre à nos gouvernements de développer une politique de migration maîtrisée, pour œuvrer en faveur du développement.

    Le « mainstreaming » suppose dans ce contexte une approche de gestion de la migration qui s'insère dans un cadre global et amène les pays en développement à définir une politique de migration en tant que levier d'un développement harmonieux et durable pour leurs populations. Cette approche suppose qu'on puisse analyser et traiter la migration en tant que stratégie de développement dans la formulation des politiques publiques. Si une telle démarche présente quelques avantages pour les pays en développement, force est de reconnaître que l'Occident a beaucoup plus intérêt à ce quelle soit mise en œuvre, et pourrait en tirer beaucoup plus profit que les pays en développement.

    La vérité est qu'aujourd'hui, la migration est devenue cette complexité autour de laquelle se jouent des enjeux de relations à la fois politiques, sociales, économiques et culturelles et qui organisent les nouveaux rapports entre l'Afrique et l'Occident. Cet effet pervers de la mondialisation, système basé sur « le laisser-faire », vient troubler le schéma d'un nouveau « Berlin » qui définit les règles bien plus subtiles du partage des ressources du monde, disons de l'Afrique, qui seule se prête généreusement à ce jeu de partage.

    La mondialisation accepte que l'on déplace les biens et les capitaux, mais pas la force de travail. N'y a-t-il pas là un paradoxe qui s'oppose au principe de rationalité économique ?

    L'indignité politique des africains à aller chercher les ressources là où elles se trouvent, prend un sens dans une certaine forme d'économisme. En effet, c'est l'Europe qui doit dire aux Africains comment entrer dans la mondialisation, non pas qu'il faille partir pour être dans la mondialisation, mais que la mobilité des biens et des capitaux s'accompagne forcément de mobilité des hommes et des femmes. A travers les accords signés par des pays comme le Sénégal, l'Europe nous indique comment entrer dans ses statistiques économiques de façon à se rendre prévisible. En revanche, la planification économique des Etats africains est injustement bouleversée par les mesures de l'OMC, qui renforcent les règles dictées par les institutions de Bretton Woods, qui leur demandent de laisser faire. L'Etat perd des recettes qu'il compense difficilement au profit d'un secteur privé national qui a du mal à s'imposer pour prendre la relève. Rappelons à cet égard, que la période récente de libéralisation du commerce a valu à l’Afrique sub-saharienne de perdre les deux tiers de ses parts de marchés internationaux, et une bonne partie de ces marchés domestiques nationaux et régionaux.

    Devant cette situation, c'est toute la notion de souveraineté qui est déconstruite avec l'arrivée de nouveaux paradigmes qui viennent légitimer l'arbitraire d'un système déséquilibré de compétition tous azimuts.

    Vers une instrumentalisation de la notion de co-développement

    Le terme « co-développement » est quasi systématiquement mis en lien avec les questions de migration telle que la participation de la diaspora au développement de leur pays et de leur région d'origine. Sa vocation est, dit-on, de « valoriser les efforts des migrants décidés à mettre leurs compétences et savoir-faire au service de leur communauté ou encore d'y promouvoir des activités productives et des projets sociaux ». Le différentiel de change aidant, il est évident que les migrants ont plus de facilité à investir dans leurs pays d'origine plutôt que dans celui d'accueil.

    Le concept de co-développement en soi peut également présenter un intérêt en ce qu'il permet de revendiquer, aussi, une défiscalisation de l'épargne des migrants, l'allégement des conditions de transfert dont le cumul annuel serait supérieur à la totalité de l'Aide Publique au Développement.

    Si les projections intellectuelles permettent d'envisager d'énormes possibilités pour les gouvernements africains, il y a un risque de déboucher sur une vision instrumentale qui, d'ailleurs, ne pourrait s'appliquer qu’à un nombre relativement restreint de ces migrants.

    Par ailleurs, il faut souligner que dans sa pratique, le co-développement est encore limité par une approche sécuritaire de la migration. En France par exemple, le co-développement est rattaché au ministère chargé de gérer les flux migratoires. Une telle association suscite quelques inquiétudes, notamment le paradoxe qui s'observe entre les efforts de rationalisation pour rendre l'aide publique plus efficiente et une réorientation en quelque sorte des priorités des bénéficiaires autour des priorités des donateurs.

    En effet, les « actions de co-développement » vont être comptabilisées au titre de l'aide publique au développement, censée obéir aux principes d'appropriation et d'alignement derrière les priorités définies par les Etats bénéficiaires et non pas par les pays donateurs. D'ailleurs, on ne s'étonnerait pas de voir les hélicoptères et autres moyens de surveillance alloués au ministère de l'Intérieur, figurer dans l'enveloppe d'aide allouée au titre de l'aide publique au développement ; ce qui réoriente les destinations de l'aide.

    L'autre paradoxe est qu'actuellement « les plus gros bénéficiaires de l'aide publique au développement ne sont pas les pays qui présentent le plus grand risque migratoire ». Selon certaines sources, il y aurait en France dix fois plus de Maliens que de Gabonais, mais le Gabon reçoit dix fois plus d'aide que le Mali. Y aurait-il un autre lien entre co-développement et le statut de producteur de pétrole ? Qui sait … ?

    A l'évidence, les contours du co-développement demandent à être affinés pour que l'Afrique puisse y trouver son compte. Autrement, il ne constituera qu’une vaste illusion d'un pseudo-partenariat qui viendra s'ajouter au panier de frustrations déjà exprimées par une Afrique qui se débat encore timidement.

    Que disent les Organisations de la Société Civile (OSC) ?

    Les OSC sénégalaises, en dépit de l'indépendance qu'on leur prête, seraient de grands consommateurs de clichés et de modèles souvent importés d'ailleurs. Tout porte à croire que leur souveraineté est tout aussi compromise que celles de leurs Etats, si tant est que cette souveraineté existe. Les OSC sénégalaises oublient que les modèles sont des construits humains déterminés à prendre en charge une préoccupation particulière, en rapport avec des intérêts ciblés. Au Sénégal, nombre d'OSC se sont engouffrées allégrement dans les interventions qui leur ont été proposés pour soi-disant, arrêter le désastre de l'émigration clandestine. Ce faisant, elles exécutent l'agenda de l’Europe.

    Les messages de campagne et les plans d'action qui les accompagnent condamnent fortement le départ des migrants qui passent par la mer, et tentent d'y apporter une solution mais, n'interrogent jamais les causes de cet acharnement de toute une génération à regagner l'autre rive. Ainsi l'on pourrait, dans les cinquante prochaines années, continuer à combattre l'émigration irrégulière à travers différents projets sans jamais attaquer le mal à la source.

    Cette complicité des OSC pourrait être analysée soit comme hypocrisie, soit comme absence de vision stratégique qui les rendrait incapable d'analyser ce phénomène en rapport avec les inégalités, l'incidence des mesures de l'OMC sur les économies locales, la problématique de l'APD, la mal gouvernance, etc.

    Ces organisations qui prétendent représenter les populations qu'elles assistent dans leurs difficultés ne sauraient-elles pas poser les bons diagnostics ? Comment expliquent-elles qu'un problème d'une si grande portée sociale et politique soit placé sous la responsabilité du Ministère de l'Intérieur qui joue les premiers rôles ?

    * Cheikh Tidiane Touré est Coordinateur régional du programme Non Governmental Diplomacy au Conseil national des Ong africaines pour le Développement (Sénégal)
    Email: [email][email protected]

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  • Pour beaucoup de par le monde – et même pour nombre des Kenyans, la violence qui a suivi l’élection présidentielle du 27 décembre 2007 au Kenya se présente comme une surprise. Malheureusement, cela n’aurait pas dû être le cas. La conjugaison de facteurs économiques et ethnico-politiques au Kenya avait créé un mélange explosif qui n’attendait que le bon – ou « mauvais » moment pour exploser. Lors de l’élection de 2002, on avait presque frôlé la catastrophe; cette fois par contre les circonstances favorables qui l’avaient entourée ne se sont pas présentées à nouveau.

    La « démocratie » dans la vie politique au Kenya

    Pour comprendre la crise au Kenya dans le contexte de sa situation nationale, régionale et mondiale, il est nécessaire de s’intéresser à la nature du régime qui a suivi l’indépendance en 1963. La Grande Bretagne s’était retiré du pays sur fond de peur bleue que la révolte anticoloniale Mau Mau de 1952-1960 pourrait empiéter sur la pratique politique du nouvel Etat et déboucher sur une violence accrue. Rien de pareil ne s’est passé, en partie grâce à l’accession à la présidence du leader du mouvement nationaliste Jomo Kenyatta qui, une fois arrivé au pouvoir, est passé d’un nationalisme radical à une pratique politique conservatrice de type bourgeois.

    Kenyatta appartenait au groupe ethnique des Kikuyu (ou Gikuyu) et l’énigmatique mouvement Mau Mau était en grande partie un phénomène Kikuyu (la plupart des 12 000 rebelles ou "suspects" tués par les forces coloniales dans une brutale campagne étaient des Kikuyu). Ceci avait fait croire à tort aux Britanniques que Kenyatta était le leader des Mau Mau. Mais dans tous les cas, en devenant président, Kenyatta – chef de l’Union Nationale Africaine du Kenya (Kanu) dans un système de parti unique – adhérait à la politique extrémiste tribaliste et a gagné à ses vues la nouvelle bourgeoisie « kenyane » composée des Kikuyu et des membres des tribus connexes telles que les Embu et les Meru. Au moment de sa mort en 1978, la plupart des richesses du pays et le pouvoir étaient entre les mains de l’organisation qui regroupaient toutes ces tribus : L’Association Gikuyu-Embu-Meru (GEMA).

    Le Kenya compte quarante huit tribus, dont trois à elles seules - les Kikuyu, les Luo et les Luhyia – représentent près de 65% de la population. Au même moment, les tribus GEMA qui pendant le règne de Kenyatta (1963-78) représentaient près de 30% des Kenyans, s’étaient concentrés dans la région montagneuse de la province centrale. (…) Pendant le règne de Kenyatta le deal était simple: les Kikuyu et leurs parents de moindre envergure, après s’être mis en accord avec les tribus minoritaires, géraient tout. Les Luo, qui ont finalement tenté de défier ordonnancement, ont été marginalisés par la force sous les yeux des Luhyia plutôt prudents.

    Après la mort de Kenyatta en 1978, son vice-président Daniel arap Moi – qui appartenait à la tribu minoritaire des Kalenjin – a hérité du pouvoir, avec l’assentiment qu’il ne violerait pas l’arrangement conçu pour maintenir les deux autres grandes tribus (et en particulier les Luo) hors du pouvoir. Mais Moi a utilisé son nouveau statut pour diviser de manière intelligente ses alliés Kikuyu (parmi eux l’homme qui devait lui succéder comme président, Mwai Kibaki), dans le but évident de les reléguer au second plan.

    Avant 1986, Moi avait concentré la réalité du pouvoir – et l’essentiel des avantages économiques qui vont avec – entre les mains de sa tribu des Kalenjin et une poignée d’alliés appartenant à des groupes minoritaires. Mais la domination des Kikuyu avait seulement été contenue, pas détruite. Sous le règne de Jomo Kenyatta, ces derniers – qui jouaient les martyrs en raison de leurs souffrances pendant “l’état d’urgence” Mau-Mau, et comptant sur le soutien tacite du gouvernement - avaient étendu leur influence bien au-delà de leurs territoires traditionnels et « repris les terres qui leur volées par les Blancs », même lorsque ces dernières appartenaient précédemment à d’autres tribus. Ainsi, les « colons » Kikuyu s’étaient déployés partout au Kenya, créant souvent de sourdes hostilités en milieu rural.
    Daniel arap Moi, fera montre d’un art consommé pour tourner l’équilibre ethnico politique à son avantage. Les deux premières élections multipartites, suite à l’émergence d’autres mouvements défiant le Kanu (en 1992 et 1997), ont ainsi été l’occasion pour l’Etat de gérer avec doigté la violence ethnique en vue de réaliser deux objectifs : mettre les kikuyu hors d’état de nuire et dresser les alliés minoritaires des Kalenjin les uns contre les autres afin de mieux les contrôler.

    Cependant, au moment où survient l’élection de 2002, le système avait fini de suivre son cours : les bailleurs de fonds étrangers se détournaient du pays, le président Moi (après vingt-quatre ans de règne) vieillissait, et l’opposition “démocratique” prenait de la vitesse. Mais si tout le monde s’accordait sur le principe de débarrasser le Kenya de son Etat autoritaire dirigé par les Kalenjin, la question de savoir qui le remplacerait restait ouverte.

    Moi pensait que la meilleure façon pour lui de maintenir son influence sur la politique, après avoir quitté la présidence, serait de choisir le propre fils de Kenyatta, Uhuru, comme candidat du parti au pouvoir. Cette manœuvre, à ses yeux, rallierait tous les Kikuyu derrière un symbole prestigieux mais vide (Uhuru n’était pas particulièrement brillant et son nom sonnait plus fort que sa personnalité). Mais le stratagème a eu l’effet inverse et l’opposition se rallia à l’homme politique chevronné kikuyu qu’était Mwai Kibaki, créant ainsi une situation exceptionnelle dans laquelle tous les deux candidats les plus en vue appartenait à l’ethnie kikuyu. Toutefois, ils étaient très différents à bien des égards : l’un incarnait le fantôme de la quasi-dictature d’hier, tandis que l’autre était perçu comme une lueur d’espoir de voir l’ouverture démocratique se produire.

    Ce contraste a fort heureusement débarrassé l’élection de son caractère ethnique, la transformant en une confrontation entre l’ancien et le nouveau. A l’époque, Raila Odinga, homme politique le plus en vue de l’ethnie luo, battait une campagne sans relâche pour Kibaki et mobilisait ses partisans tribaux derrière un homme perçu comme le candidat du changement. Le marasme économique qui a caractérisé les années précédentes a fait que la plupart des espoirs placés en Kibaki étaient à caractère économique, avec cette vision qu’il relancerait l’économie et procéderait ensuite à une répartition plus équitable des retombées.

    L’Administration Kibaki

    Mwai Kibaki a été élu président de la république en décembre 2002 avec plus de 62% des voix. Les bailleurs de fond étrangers du pays se sont empressés de qualifier le scrutin de “triomphe de la démocratie”. Ils avaient raison d’une certaine manière – le scrutin avait été libre et démocratique, et le candidat du changement avait été élu. Mais, sous un autre rapport, c’était comme prendre ses désirs pour des réalités, car ce qui apparaissait comme une “détribalisation” de l’élection était plus un concours de circonstances fortuites qu’une perte de vitesse de la force d’attraction de la politique à caractère ethnique.

    N’empêche, les mots clés qui ont dominé la campagne avaient été l’« espoir » et le « changement », et dans une certaine mesure la nouvelle administration Kibali a réussi à tenir ses promesses. L’économie a effectivement été relancée et le Kenya a enregistré une reprise économique spectaculaire largement basée sur les recettes économiques keynésiennes et profitant d’un environnement international favorable.

    Ceci s’illustre par le taux annuel de croissance durant la période 2002-2007, qui révèle une amélioration progressive passant de -1,6 % en 2002 à 2,6% en 2004, 3,4 en 2005 et une estimation de 5,5% en 2007. Mais ceci n’était qu’une seule face de la pièce. De l’autre côté, les inégalités sociales se sont intensifiées, les fruits de la croissance économique ont été distribuées de manière disproportionnée en faveur des riches (et, parmi ceux-ci, aux riches Kikuyu) et la corruption a atteint des proportions inédites qui rappellent à bien des égards les excès des années du règne de Moi.

    Lorsque John Githongo, l’homme nommé par le président Kibaki pour combattre la corruption, a sonné l’alerte en janvier 2005, il a dû aller se réfugier en Grande Bretagne craignant pour sa vie. Githongo est lui-même Kikuyu, et sa dénonciation d’une longue série de scandales financiers dans laquelle des centaines de millions de dollars avaient disparu avait été perçue comme une trahison de sa tribu ainsi que du gouvernement qu’il servait.

    En outre, la situation sécuritaire au Kenya s’était vite détériorée, les citoyens ordinaires étant les principales victimes d’un triple processus:
    - une montée fulgurante de la criminalité dans les zones urbaines,
    - des revendications agraires rivales débouchant sur des batailles rangées entre des groupes ethniques se battant pour la possession des terres, surtout autour du Mont Elgon et à Kisii,
    - une vendetta entre la police et la secte Mungiki, qui a causé la mort de plus de 120 personnes au cours de la période de mai-novembre 2000.

    Mungiki est un croisement bizarre le néo-traditionalisme pré-chrétien des Kikuyu et une bande d’extorqueurs de fonds. La secte a effectué des rackets de protection sur les itinéraires empruntés par les matatu (taxi collectifs), qui l’ont aidée à prospérer dans les voisinages urbains les plus pauvres et dans les squatter des paysans sans terres de la province centrale ; elle a également une tradition consistant à louer les services de ses nervis à des candidats en lice au cours des campagnes électorales.

    En 2002, les Mungiki avaient soutenu le camp perdant d’Uhuru Kenyatta. Cette alliance leur ayant coûté cher en termes d’influence politique, ils ont tenté en vain de reconquérir le terrain perdu en intensifiant leur emprise terroriste sur la population vivant dans des taudis et sur les propriétaires des matatu.

    Le résultat conjugué de ces diverses opérations était un sentiment de profond mécontentement – pas autant envers la personne du président Kibaki que de son entourage, avec ses inconditionnels voleurs, et avec son incapacité à compatir et à faire quelque chose au sujet du sort des pauvres Kenyans (rendu d’autant plus choquant par le niveau de croissance économique que connaissait le pays). Raila Odinga, le candidat du Mouvement Démocratique Orange (MDO), était alors en mesure de faire fonds de cette frustration d’une manière qui faisait apparaître des motivations de divers ordres:
    - ethnique : les Kikuyu s’étaient emparé de tout et toutes les autres tribus avaient perdu,
    - politique : Kibaki n’a pas tenu ses promesses de changement,
    - social : la criminalité et la violence sont hors de contrôle
    - économique : à quoi sert la croissance économique si ses retombées ne sont pas ressenties par les citoyens ordinaires.

    Alors que la campagne électorale s’approchait de son point d’orgue en décembre 2007, l’opposition représentée par le MDO jouissait d’une large avance dans les sondages d’opinion et semblait prête à bouter hors du pouvoir le Parti de l’unité Nationale de Kibaki (PNU)

    L’élection de décembre 2007

    Les élections du 27 décembre 2007 ont été à la fois des élections présidentielle et législatives. Au niveau législatif, 2.548 candidats issus de 108 partis politiques se sont disputés 210 sièges ; au niveau présidentiel, trois candidats – le président sortant Mwai Kibaki , le leader du MDO Raila Odinga et l’ex-ministre des Affaires étrangères Kalonzo Musyoka (qui est entré en dissidence contre le MDO) – étaient en lice.

    Tout le monde (y compris lui-même) savait que Kalonzo Musyoka n’avait aucune chance de remporter l’élection présidentielle et qu’il cherchait simplement à occuper la position stratégique d’allié post-électoral qui pourrait vendre son soutien au candidat sorti en tête du scrutin avec une légère avance sur son rival, pour lui reporter ses voix. Kalonzo Musyoka appartient à l’ethnie des Kamba, et les Kamba – quoique étroitement liés aux Kikuyus avaient choisi de soutenir le camp britannique durant la révolte des Mau Mau. Ceci leur confère un statut hybride dans le paysage ethnico politique du Kenya, dans lequel ils ont la capacité de s’allier aux Kikuyus ou de voter contre eux.

    Le scrutin a été controversé pour un certain nombre de raisons. Les listes électorales ont fait l’objet d’une révision incomplète ou, dans certains cas, n’ont même pas été révisées. Les noms de personnes décédées figuraient encore sur les listes électorales et les électeurs ayant changé de domicile n’ont pas vu leurs noms rayés et se sont réinscrits à leur nouvelle adresse. Les règles régissant l’assistance qui pourrait être donnée aux électeurs analphabètes (près de 80% du corps électoral dans des circonscriptions éloignées) n’ont pas été rigoureusement appliquées. Les observateurs nationaux et étrangers n’avaient pas toujours accès aux bureaux de vote, et plus tard aux bulletins de vote.

    Mais tout compte fait, la partie législative des élections s’est correctement déroulée. Vingt deux partis ont obtenu des sièges, quoique seuls quatre partis politiques puissent être considérés comme “sérieuses” (les dix-huit autres ont eu entre un et trois députés, partageant un total de vingt huit sièges) :
    - Le MDO de Raila Odinga a obtenu quatre-vingt douze sièges,
    - Le PNU de Mwai Kibaki a obtenu trente quatre sièges
    - L’ODM-K faction dissidente de Kalonzo Musyoka a obtenu seize sieges
    - Le Kanu de Uhuru Kenyatta a obtenu onze sièges.
    Les résultats parlent d’eux-mêmes : avec 45% des députés, l’opposition dispose d’une majorité absolue sur l’administration actuelle.

    Voilà ce qui explique que les résultats de l’élection présidentielle sont effectivement suspects. La Commission électorale du Kenya (ECK) a déclaré le 30 décembre que Kibaki avait recueilli 4.584.721 voix contre 4.352.993 pour son rival Raila Odinga, et a immédiatement procédé à l’installation officielle du président sortant comme président de la république. Cette faible marge (d’un peu plus de 230.000 voix, soit environ 2,5% des suffrages exprimés) est très fragile en raison des faits suivants.

    Dans soixante douze des circonscriptions électorales, les chiffres sur les feuilles d’émargement signés par les membres de la ECK et les représentants des candidats sont différents des chiffres publiés par la Commission nationale de recensement des votes. Dans la circonscription de Ole Kalou, par exemple, les chiffres de la ECK locale créditent Mwai Kibaki de 72.000 voix et Raila Odinga de 5.000 voix sur 102.000 suffrages enregistrés. Avant que les chiffres pour la même circonscription ne soient publiés au niveau central, le décompte des voix de Kibaki avait atteint 100.980 voix (soit 99% des électeurs inscrits).

    La même tendance s’était répétée ailleurs. Dans la circonscription de Elmolo, la ECK locale avait crédité Kibaki de l’avoir remporté avec 50.145 voix, ce chiffre a été porté par la suite à 75.261 voix au niveau national. Dans celle de Kieni, l’écart était de 54.337 (au niveau local) et 72.054 (au niveau national). Dans diverses autres circonscriptions (Lari, Kandara, Kerugoya) plusieurs autres centaines avaient "voté" dans l’élection présidentielle que dans les législatives, même si les deux scrutins ont eu lieu en même temps.

    Tout ceci laisse penser à une forme limitée mais généralisée de bourrage des urnes qui n’aurait pas eu de telles conséquences désastreuses si la course à la présidence n’avait pas été si serrée. Le 1er janvier, le président de la ECK, Samuel Kivuitu, a reconnu : "Je ne sais pas celui qui a remporté l’élection et je ne le saurai que lorsque j’aurai accès aux archives originales, ce que n’est actuellement pas dans l’ordre du possible à moins que les tribunaux ne l’autorisent".

    Il semble que le vote en faveur de Mwai Kibali ait été artificiellement gonflé, et que celui pour Raila Odinga n’ait fait l’objet d’aucune manipulation. Les preuves en attestent à suffisance : même si le redécoupage abusif des circonscriptions électorales avait dénaturé le scrutin des législatives par rapport à la présidentielle (pendant le règne de Moi, les circonscriptions kikuyu “défavorables” avaient vu leur poids démocratique fortement érodé de cette manière là), comment la tendance pro-MDO au niveau parlementaire pourrait-elle se transformer en un soutien contradictoire en faveur du président anti-MDO ? La perspective d’un vote à double personnalité est lointaine, puisqu’elle requiert que presque tous ceux qui votent pour les partis minoritaires votent également pour Kibaki.

    La suite sanglante

    Les résultats de cette manipulation ont été désastreux (Ndlr : le chiffre de 700 morts est avancé). Presque immédiatement après que la ECK a déclaré Kibati vainqueur, les taudis de Nairobi et la province occidentale ont explosé, la violence des habitants des taudis exprimant leur frustration sociale et les attaques des habitants de la province occidentale à coup d’incendie criminel et d’attaques à la machette, le fruit de la haine des « colons » Kikuyu. La violence politique doit donc être perçue comme ayant un caractère à la fois tribal et socio-économique ; parce que, même si tous les Kikuyus bénéficient des largesses du régime, plusieurs bénéficiaires riches du régime sont des Kikuyus. Une telle situation rappelle – surtout pour les Luo – les frustrations des années 1960 et 70.

    Cependant, le vote en soi était d’abord et avant tout un vote contre le régime, plutôt qu’un vote simplement anti-Kikuyu : six membres du gouvernement seulement ont survécu au raz-de-marée, et nombre des victimes – y compris le vice-président Moody Awori, le ministre du plan Henry Obwocha, le ministre des routes Simeon Nyachae, et le ministre du tourisme Moses Dzoro – n’étaient pas d’origine kikuyu. Même les quelque Luo ou autres habitants de la province occidentale qui étaient membres du PNU ont perdu leurs sièges. Plusieurs survivants de l’administration Moi – tels que l’ex-ministre Nicholas Biwott ou le propre fils de Moi, Gideon Moi – ont également été battus à plate couture, souvent par des candidats inconnus qui ont facilement conquis leur siège. C’est la raison pour laquelle les partis minoritaires ont remporté autant de sièges : le fait d’être député sortant était un handicap et les électeurs semblaient être prêts à élire quiconque emblait prêt à promouvoir le changement.

    C’est lorsque la tendance vers le changement tant attendu semblait sur le point d’être bloquée, encore une fois, par l’homme qui l’avait déjà trahie après 2002 que la violence a explosé. La configuration des deux rapports - Luo-Kikuyu, et Kikuyu avec le pouvoir – signifiait, dans les circonstances actuelles, que la situation ne pouvait tourner qu’au désavantage des Kikuyus.

    Pendant que les Luo ont massacré les colons Kikuyu en leur sein dans l’ouest, les bandits Mungiki ont rallié la tribu et se sont mis à tuer les Luo dans les taudis de Nairobi, espérant entrer dans les bonnes grâces des grands patrons de Kiambu, Nyeri et Murang'a. Il y a déjà 250 000 personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et des réfugiés (en Ouganda). Les usines ne fonctionnent pas, plusieurs routes sont fermées et les crises alimentaires et humanitaires pointent à l’horizon. En Ouganda, au Rwanda et dans la partie orientale de la RD Congo, l’interruption des approvisionnements en carburant venant de Mombasa constitue une menace contre le transport. Même la Tanzanie commence à sentir les contrecoups des perturbations. Selon une estimation conservatrice, l’économie kenyane est en train de perdre $30 millions de dollars par jour et les pertes pour la région dans ensemble doivent être beaucoup plus lourde.

    Le 2 janvier 2008, Kibaki a annoncé qu’il était prêt à dialoguer avec les parties concernées". Ceci constituait un bon départ mais, encore une fois, le président, âgé de 76 ans, semble prisonnier de son passé (et peut-être de son entourage). Il a fait patienter Desmond Tutu venu d’Afrique du Sud dans un effort de médiation (ce qui contraste avec l’attitude de Raila Odinga qui a immédiatement reçu Tutu) ; et lorsque le 3 janvier le procureur général Amos Wako a annoncé la création des trois comités destinés à trouver une solution à la crise (sur la paix et la réconciliation, sur les aspects médiatiques de la situation et sur les questions juridiques), ces structures étaient remplies de politiciens en perte de vitesse comme Simeon Nyachae, Njenga Karume ou George Saitoti, dont la plupart avaient perdu leurs sièges au terme de l’élection.

    Le 7 janvier, Kibaki a invité le président du Ghana, John Kufuor, à reprendre l’effort de médiation qui était proposé au tout début de l’escalade de la violence ; et a proposé de créer un gouvernement d’union nationale avec l’opposition qui (selon une déclaration officielle) "réaliserait non seulement l’unité des Kenyans, mais aussi aiderait dans le processus de salut et de réconciliation". Ceci constitue une rupture habile avec la vantardise de son mot de remerciement précipité du 30 décembre, lorsqu’il avait déclaré: "Mes chers concitoyens, vous m’avez accordé votre confiance en me confortant dans les valeurs et principes... que nous avions définies il y a cinq ans. Vous avez choisi les dirigeants que vous souhaitez être à votre service au cours des cinq prochaines années".

    Dans les circonstances actuelles, la prétention n’a été ni véridique ni réaliste. On ne sait pas si les dernières manoeuvres de Mwai Kibaki représentent un véritable changement de position ou un réajustement tactique à des conditions difficiles. De toute façon, la formation d’un gouvernement d’union nationale est maintenant le seul compromis, quoique pénible, disponible pour que la violence au Kenya puisse être contenue et que des progrès soient réalisés au delà ce cauchemar. Après tout, une appréciation juste et franche de ce qui est arrivé au Kenya doit être tenté.

    * Gérard Prunier, historien et chercheur au CNRS, spécialiste du Soudan, de l'Afrique de l'Est et de la région des Grands Lacs

    * Texte publié par OpenDemocracy, un site web sur les affaires internationales...
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    NDLR : voir d'autres articles sur la situation au Kenya dans la rubrique Conflits et urgences

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  • Misna | Ressources

    La conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud Kivu a tenu sa première plénière le 9 janvier 2008. En prélude à ces accises qui devraient prendre fin le 17 janvier, le chef du mouvement rebelle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le général dissident Laurent Nkundabatware Mihigo, aborde tous les sujets qui fâchent, entre autres : la problématique du retour des réfugiés Tutsis, la sécurisation des Congolais d'origine Rwandophone et des Tutsis en particuliers, la plainte déposée à la Cour pénale internationale contre le CNDP, etc.

    Laurent Nkundabatware Mihigo : Vu le flou qui entoure l'organisation de la conférence de Goma (le nombre pléthorique des participants 500 à 700 invités dont un tiers d'étrangers, les critères de sélection des participants sont complètement subjectifs, les thèmes à aborder sont imprécis, la mise à l'écart de la presse indépendante, la non-publicité des débats en direct sur les médias publiques et privés, la sécurité des participants n'est pas garantie…), pensez-vous que cette conférence aboutira tout de même à un résultat positif pour les populations martyres du Kivu ?

    Laurent Nkundabatware Mihigo : Nos craintes sur la possibilité d'un flop sont tout à fait légitimes. Le manque de neutralité des personnalités choisies afin de piloter cette conférence est en soi un problème. En effet, toute la société civile du Nord et du Sud-Kivu connaît très bien les limites de l'Abbé Apollinaire Mulu Malu Muholongu. Tout le monde sait d'où il vient, comment et pourquoi il fut littéralement parachuté à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI) lors de la signature des accords de Sun City le 22 décembre 2002. Personne n'ignore la raison de sa reconduite à la tête de la CENI ! (…) Tous les dossiers sérieux qui touchent à vie de la population congolaise y sont systématiquement renvoyés dans des commissions dites spéciales qui siègent toujours à huis clos, à l'image du sénat belge quand il s'agit des dossiers miniers congolais. La population sait aujourd'hui que ces commissions n'ont pour but que d'organiser l'enterrement en première classe des tous les dossiers compromettants pour le régime de Kinshasa.

    - Apparemment vous n'êtes pas très tendre envers le pouvoir de Kinshasa ?

    J'irai même plus loin. Je pense que le président Joseph Kabila doit personnellement rendre des comptes à la population à cause de ses mensonges et ses propos va-t-en guerre : Il a annoncé la reddition massive de mes hommes au mois de novembre ; il a promis l'écrasement total du CNDP ; il a insinué que le CNDP avait épuisé ses « carottes » et qu'il allait nous bastonner... Il m'a traité de criminel infréquentable et de tous les noms d'oiseaux. Enfin, il a prétendu qu'il ne me connaissait pas du tout… Quelle amnésie ! J'ai risqué ma vie à Kisangani en 1997 pour assurer la sécurité rapprochée de cet homme. Se souvient-il encore que j'ai pu déjouer au péril de ma vie une tentative d'assassinat perpétré contre lui à l'hôtel Palm Beach à Kisangani ? Moi, je n'ai pas du tout oublié tout ça… Plus de 90 % d'électeurs du Kivu ont voté pour ce Monsieur, mais il s'avère que l'homme est plus habile pour faire des promesses qu'autre chose…Aujourd'hui, c'est le bérézina total.

    - On sent de l'amertume dans vos propos face à ce qui apparaît comme de l'ingratitude de la part de votre ancien protégé. Comptez-vous éventrer le boa lors de cette conférence ?

    Tout dépendra de l'attitude de ses « émissaires » venus de Kinshasa. Les Congolais doivent savoir qu'on ne dirige pas un si grand pays comme la RDC avec des insultes, des effets d'annonces et des slogans vides de sens. Le Congo mérite mieux.

    - Voulez-vous dire qu'il y a un problème de leadership et de compétence en RDC ?

    C'est une évidence !

    - Après la défaite des FARDC, Vital Kamheré a déclaré : « on ne peut faire la paix qu'avec ceux qui ont fait la guerre… » Le CNDP a-t-il été officiellement invité par les organisateurs de cette conférence ?

    Affirmatif. Autrement cette conférence n'aurait aucun sens, ses résolutions sans objets et sans effets. Je vous rappelle que le CNDP a gagné la guerre. Cette nouvelle donne nous rend incontournable pour la crédibilité et la bonne tenue de ces assisses de Goma. Ceci doit être clair pour tout le monde.

    - Vous dites avoir gagné la guerre face aux FARDC. Pourtant les officiels de Kinshasa disent le contraire ou presque, et soutiennent que la situation dans le Nord-Kivu est sous contrôle. Pouvez-vous éclairer notre lanterne à ce sujet ?

    Qui contrôle quoi et où ? Notre victoire militaire sur les FARDC est indiscutable. Nous avons infligé de lourdes pertes aux FARDC ainsi qu'à leurs supplétifs du FDLR/ex-FAR et Intarahamwé. La RDC est tout de même mon pays, j'ai des craintes sérieuses sur les capacités offensives et défensives de notre armée nationale. Le peuple congolais a de quoi se faire beaucoup de soucis sur sa sécurité et celle de ses frontières.

    - Que dites-vous du bilan des pertes subies par les FARDC, notamment celui publié par le quotidien belge Le soir ?

    J'ai été stupéfait par le côté minimaliste de ce bilan. Je vous confirme que ces pertes dépassent largement les chiffres publiés par la presse belge. Par exemple : nous avons dénombré plus de 4.800 cadavres des FARDC, parmi lesquels des officiers et soldats angolais et zimbabwéens. En plus, nous avons saisi une quantité impressionnante de matériels militaires, notamment un lot de 20 missiles sol-air QW-1 de fabrication chinoise, 6 missiles sol-air Mistral de fabrication française et 5 missiles sol-air Misagh-1 de fabrication Iranienne, 25 missiles antichars AT-Kornet et 11 missiles Metis-M1 de fabrication russe ; ainsi que 5 missiles antichars Milan ER de fabrication franco-allemande… Des chars d'assaut et des transporteurs des troupes ; une quantité impressionnante des munitions… Tout cet arsenal nous donne aujourd'hui une suprématie et la maîtrise totale de l'espace aérienne de tout le Kivu.

    - Dans la presse kinoise, des journaux affirment que cette défaite est essentiellement due à la trahison des certains officiers de très haut rang. Quel est votre avis ?

    Le renseignement militaire est capital dans la lutte que nous menons.

    - Pouvez-vous affirmer ou infirmer l'information selon laquelle il y aurait des officiers et des soldats rwandais au sein du CNDP et des FARDC ?

    Si vous entendez par soldats rwandais tous ceux qui ont servi un jour dans le Front Patriotique Rwandais (FPR) et en suite dans l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) du général Paul Kagamé, alors le peuple congolais a un sérieux problème à résoudre, car son propre président élu au suffrage universel direct à plus de 58 % des voix, je cite Joseph Kabila, est non seulement d'origine tutsie comme moi, mais il est aussi un ancien soldat du FPR comme moi. Cherchez donc l'erreur !

    - Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que vous êtes de mèche avec Joseph Kabila, et que le président rwandais Paul Kagamé dirige la manœuvre de mise à mort du Kivu depuis Kigali ?

    C'est une chimère que certains politiciens vendent facilement aux esprits faibles. Toutefois, je comprends le trouble qui habite l'esprit du peuple congolais depuis la défaite militaire de l'armée gouvernementale congolaise face aux troupes de l'APR et du RCD-Goma à Pwéto au Katanga en 2000. Je rappelle que le général James Kabarebe nous avait mené vers une victoire écrasante sur les troupes gouvernementales dirigées par Joseph Kabila. Nous avions récupéré à l'époque plus de 20 millions des dollars américains en matériels militaires. Ce butin de guerre ajouté à notre nouvelle prise du Nord-Kivu, ça commence à faire beaucoup !

    - Selon Laurent Désiré Kabila, la défaite de Pwéto était due à une haute trahison au sein des officiers supérieurs engagés sur ce front. Raison pour laquelle il ordonna l'arrestation de Joseph Kabila et sa mise en résidence surveillée à Lubumbashi. Vu les lourdes pertes en hommes et en équipements militaires, l'opinion trouve qu'il y a une certaine similitude entre cette défaite de Pwéto et celle de Mushaki, Karuba et Mweso. Qu'en dites-vous ?

    Je laisse aux analystes politiques et militaires le loisir de faire ce travail de comparaison. Quoique « comparaison n'est pas raison», dit-on. Dans tous les cas, je fais toujours parti des gagnants, ce qui n'est pas le cas de Joseph.

    - Depuis le début de cette interview vous parlez du président congolais avec une certaine ironie à peine voilée et teintée des regrets, portez-vous encore ce dernier dans votre cœur ?

    Certainement ! En dépit de la conjoncture actuelle, ses excès et ses écarts de langage permanents, nous sommes et nous resterons malgré tout des frères d'armes. D'ailleurs, il m'avait demandé d'assurer officiellement la surveillance des bureaux d'enrôlement des électeurs, ainsi que celle des bureaux de vote dans les territoires sous mon contrôle, en sa faveur bien sûr. Choses que j'ai faites sans demander quoique ce soit en retour. Triste est de constater que depuis sa victoire électorale, Joseph ne respecte plus sa signature, ni sa parole d'homme.

    - Faites-vous aussi allusion aux accords de « Mixage » conclus à Kigali au début de cette année entre vous et l'émissaire spécial de Joseph Kabila, le général John Numbi, en présence du général James Kabarebe ?

    Entre autres. Mais, quand on se souvient de la brutalité et l'extrême violence avec laquelle il s'est débarrassé de son rival du deuxième tour l'élection présidentielle 2006, malgré les accords qu'ils avaient librement signés, les partenaires internationaux de la RDC doivent se poser des questions sur cet homme !

    - À propos des dividendes liés à votre victoire militaire sur les FARDC, certains affirment que les banyamulenges vont demander lors de cette conférence de Goma l'application stricte des accords de Lemera conclus avec l'AFDL le 23 octobre 1996. C'est-à-dire la création d'un Tutsiland autonome englobant presque la totalité des territoires des deux Kivu. Quelle est votre position ?

    Les accords de Lemera sont de l'ordre de la politique politicienne. La lutte du CNDP n'est pas dans ce schéma. Toutefois, l'AFDL dirige toujours la RDC sous d'autres labels : le CPP, le PPRD et l'AMP. Ceci implique que ces messieurs et/ou leurs ayants droit sont strictement tenus de respecter leurs propres signatures. Du reste, je pense que certaines clauses de ces accords sont fondées et méritent notre bienveillante attention.

    - Serez-vous prêt à soutenir une telle demande qui signerait la fin du Kivu ?

    Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. In fine, tout dépendra de la teneur des propositions que les uns et les autres mettront sur la table des négociations. Notre principale revendication est la sécurisation des populations du Kivu et particulièrement celles d'origine tutsi. Pour cette noble cause, nous sommes prêt à tous les sacrifices.

    - Suite à la récente découverte des charniers, mais aussi à cause des viols et massacres des populations civiles dans les territoires sous votre contrôle, une plainte vient d'être déposée contre vous et le CNDP auprès la Cour Pénale Internationale. L'éventualité d'être arrêté et ensuite transféré à la CPI ne vous fait-elle pas peur ?

    Je ne nie pas qu'il ait des dommages collatéraux suite à la guerre. Les gens ont décidément la mémoire bien courte dans ce pays. De toute évidence, s'il advenait que je puisse être un jour arrêté et jugé par la CPI , croyez-moi, aucun chef d'Etat des pays des grands lacs ne restera en liberté. Et, par extension tous leurs soutiens régionaux et internationaux.

    - Ce que vous venez d'affirmer est lourde des conséquences. Etes-vous d'accord pour que l'ONU et la communauté internationale se décident à créer un Tribunal Pénal International pour la RDC pouvant juger des faits commis depuis l'entrée de l'AFDL dans l'Est de la RDC en 1996 ?

    Je vais peut-être vous surprendre. Je suis tout à fait d'accord pour la création d'un TPI pour la RDC. Malheureusement, qui connaît l'histoire, la géopolitique, la géostratégie de la région et son importance économique, aucun décideur international sérieux ne peut soutenir cette thèse suicidaire au risque de se faire citer à comparaître un jour. Ainsi, ce n'est pas demain que les millions des victimes de la région des grands lacs obtiendront justice et réparation. C'est triste à dire, mais c'est comme ça.

    - Que pensez-vous du rôle de la Monuc dans la tragédie que traverse le Kivu ?

    La Monuc est une nébuleuse dont la politique et la stratégie militaire sont dictées par les puissances occidentales qui financent sa présence en RDC, selon leurs propres intérêts politico-économiques. Les Congolais ne doivent rien attendre de bon d'une telle organisation aux contours très flous.

    - Allez-vous partir en exil à la fin de la conférence de Goma, comme certains diplomates occidentaux vous l'ont suggéré ?

    Jamais de la vie ! Tout se passe comme si le Congo n'appartiendra pas aux Congolais. Le Congo est mon pays jusqu'à preuve du contraire. Je ne vois pas pour quelle raison je devrais partir en exil loin de ma terre natale et des miens, c'est absurde. En clair, aussi longtemps qu'il persistera sur ma communauté une menace venant des FDLR, des génocidaires ex-FAR et Intarahamwé, et/ou des FARDC, je n'abandonnerai pas d'un seul centimètre de mes positions chèrement acquises.

    * Misna (Missionary International Service News Agency) est une agence basée à Rome qui fournit des informations sur le Sud.

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  • Le Kenya a accumulé de nombreuses affaires de crimes économiques qui sont restées non abordées pendant des décennies. Les premières tentatives pour le faire, menées par le gouvernement Kibaki, sous la direction de John Githongo, furent les plus sérieuses jusqu’à présent. Cependant, comme on le sait bien, elles se sont effondrées et Githongo est en exil jusqu’à ce jour. Le débat sur cette question continue d’être à l’ordre du jour et a toujours été un aspect important des campagnes électorales en cours. The Africa Centre for Open Governance (AfriCOG), une initiative de la société civile qui met l’accent sur la lutte contre la corruption et la gouvernance, a commissionné une enquête afin de trouver ce que les Kenyans pensent à propos de la haute corruption et ce qu’ils souhaitent qu’on fasse en la matière.

    Les candidates à la présidence ont fait diverses déclarations sur la façon dont ils comptent aborder le crime économique du passé. Kalonzo Musyoka promeut la position consistant à « pardonner et oublier » sans condition. Raila Odinga a promis, à un certain moment, une action radicale et, à d’autres moments, il a offert la possibilité de pardon après la restitution des richesses volées. Mwai Kibaki a, en général, gardé une bonne distance des discussions au sujet de la corruption et préféré insister sur les réalisations de son régime.

    Les réponses reçues lors de l’enquête ont clarifié que les Kenyans ne soutiennent pas les notions de « pardon et oubli ». Leurs avis sur cette question sont si forts qu’il serait difficile aux politiciens de faire admettre aux Kenyans un accord négocié en coulisse, s’il y avait lieu d’en examiner les possibilités.

    L’enquête révèle que les Kenyans considèrent la corruption comme une question de préoccupation majeure. Quelque 89% d’entre eux classent la corruption comme une préoccupation prioritaire au niveau national ; 97% pensent que la corruption est un « grand » ou un « très grand » problème. Tous les groupes d’âge s’en préoccupent, mais chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans, 94% identifiant la corruption comme la principale question qui les dérange.

    Confirmant la nature endémique de la corruption, 85 % ont indiqué dans leurs réponses que soit eux-mêmes ou un membre de leur foyer avait connu la corruption. En dépit du travail fait par les nombreuses institutions au cours des quelques dernières années pour réduire leur problème de corruption, les personnes qui ont répondu ont indiqué qu’elles la rencontrent dans leurs interactions avec la police, les autorités locales, l’immigration, le domaine judiciaire et le Commissaire aux Terres.

    Une position montrant que l’habileté du gouvernement à communiquer sur la question se trouve en dessous de la moyenne, s’affiche à travers les 25% de Kenyans qui, en fin 2007, ne sont toujours pas informés des efforts officiels pour s’attaquer à la corruption. Ironie de la situation : seuls 13% de Kenyans ont spontanément indiqué avoir connaissance de la Campagne Nationale de Lutte contre la Corruption, qui a la responsabilité de véhiculer le message anti-corruption dans tous les coins du pays, et qui reçoit généreusement des indemnités pour faire ce travail.

    Alors que seulement 23% avaient connaissance des efforts institutionnels essentiels du genre, tels que ceux du Contrôleur et de l’Auditeur Général, 98% étaient informés de l’affaire louche des Frères Artur et du comité institué pour enquêter sur les événements qui les impliquent. Démontrant la futilité des efforts pour censurer voire camoufler l’information, 39% de Kenyans ont déclaré avoir connaissance du rapport Kroll commissionné par le gouvernement et qui avait émis des avis à ce sujet.

    Quand on leur a demandé de faire l’évaluation de la performance des différents efforts et initiatives du gouvernement sur une échelle de 1 à 10, les Kenyans ont été intransigeants : aucun des candidats n’est allé au-delà de la moitié.

    A la question de savoir ce qui devrait être fait à propos des divers crimes de corruption, les réponses des gens sont allées de la confiscation des biens à l’emprisonnement prolongé, en passant par le renvoi ou l’interdiction de servir dans la Fonction publique pour ceux qui auront été jugés coupables de corruption. Les Kenyans pensent que les richesses volées et gardées à l’étranger devraient être retournées au Kenya et qu’on devrait s’en servir dans les secteurs de la santé, de l’éducation et pour d’autres finalités de bien-être social.

    Ceci montre que les Kenyans considèrent la corruption comme très coûteuse et, en que pour eux il y a un rapport étroit entre la corruption et la perte d’opportunités de développement et qu’il ne s’agit pas que de la « propagande », ou « porojo » en swahili.

    Il y a eu une perception marquée du manque d ‘équité et de l’impunité dans le traitement des auteurs influents de crimes de corruption : 77% ont indiqué qu’il y a des vaches sacrées, ou des « intouchables » au Kenya. Des commentaires tels que « la justice n’a pas prévalu puisque la plupart de ceux qui ont été nommés négativement dans les dossiers de corruption sont toujours en fonction » ont été faits pour appuyer ces points de vue.

    Au sein de la petite minorité de 6% qui croyait qu’il faut qu’il y ait des intouchables, on a cité des craintes de possibilités d’éclatement de conflit ethnique ouvert si des dossiers de corruption contre des gens influents étaient poursuivis, étant donné la tendance de certains suspects de corruption à chercher refuge dans leurs communautés.

    Un total de 93% de Kenyans prétend qu’ils ne voteront pas en faveur d’un candidat généralement perçu comme corrompu. Paradoxalement, 48% ont aussi indiqué qu’ils accepteraient des pots de vin. La pauvreté et le cynisme semblent être les catalyseurs importants. Cependant, 80% ont indiqué qu’ils n’avaient aucune intention de voter en faveur d’un candidat dont ils accepteraient des pots de vin.

    Les gens qui ont répondu ont listé les types de pots de vin dont ils avaient connaissance, notamment l’argent, les habits, les emplois et, chose intéressante, les titres de propriété que le gouvernement était le seul capable d’offrir. A partir de leurs commentaires, les électeurs semblent être bien conscients que les «bonnes choses» que le gouvernement est en train de leur prodiguer sous divers paquets d’apaisement de l’électeur s’accompagnent de prix.

    « Pourquoi sommes-nous en train de recevoir ces choses maintenant? » ont demandé les personnes qui ont répondu. Tous les candidats devraient savoir que l’argent dépensé sur des pots de vin est fort probablement l’argent perdu, à condition que les conditions électorales soient libres et justes. Ils devraient plutôt centrer leurs efforts sur des campagnes basées sur des questions de fond afin de gagner et éduquer un électorat de plus en plus sophistiqué.

    L’aspect électoral qui reçoit le plus d’attention du public est la façon dont les gens évaluent les candidats à la présidentielle pour déterminer lequel d’entre est le plus engagé à combattre la corruption. Ceci reflète peut-être inévitablement et directement les résultats des différents sondages réalisés jusqu’à date, quant au candidat que les électeurs préfèrent dans l’ensemble.

    La subdivision régionale montre que tous les candidates jouissent de l’avantage “notre fils”- Mwai Kibaki se trouve en tête au Centre avec 84% ; Kalonzo se trouve en tête à l’Est avec 58%. Dans Nyanza, 81% préfèrent Raila, qui se trouve également en tête au Nord Est, à l’Ouest, dans la Vallée du Rift, à la Côte et au sein de Nairobi. La base de soutien de Raila est la plus forte parmi les plus jeunes Kenyans qui sont particulièrement fâchés à propos de la corruption, tandis que 39% de ceux âgés de plus de 55 ans ont choisi Mwai Kibaki.

    Chose intéressante, le sondage montre que les positions des candidats sont en contradiction avec leurs propres supporters. Par exemple, 77% des supporters de Kalonzo ne sont pas d’accord avec sa position de « pardonner et oublier » ; 36% veulent que les corrompus soient confrontés à la force totale de la loi, qu’ils soient emprisonnés pour de longues périodes et que leur propriété soit confisquée, 41% étaient prêts à accepter la restitution et la demande de pardon. Quarante-six pour cent des supporters de Kibaki soutiennent également des options plus radicales. Seule une infime minorité serait prête à réfléchir sur l’option de « pardonner et oublier » ; 7% des supporters de Kalonzo, 6% de ceux de Kibaki et 5% de ceux de Raila.
    L’intérêt d’AfriCOG était axé non seulement sur la période électorale mais aussi sur les espoirs post-électoraux des Kenyans. Quel que soit le gouvernement qui entre en fonction, il devra répondre devant le peuple. Que veulent-ils que le nouveau gouvernement fasse en ce qui concerne la corruption ?

    Quelque 94% disent que le prochain président ne devrait nommer aucun individu ayant trempé dans la corruption ; pour prévenir ceci il faudrait mener des examens et approuver les candidatures. Les personnes qui ont répondu ont aussi réclamé la reprise de toute propriété acquise illégalement, l’introduction de conditions sévères telles que les condamnations à de longues périodes d’emprisonnement, la démission immédiate de toutes les personnes mentionnées dans les dossiers de corruption dont les enquêtes se poursuivent ; un examen approprié des dossiers des gens devant servir au sein du gouvernement et une « chirurgie radicale » du secteur judiciaire est réclamée par 61%. Il faudra un leadership fort, focalisé, pour répondre à ces exigences et les gérer de manière responsable et transparente.

    Chose positive, 68% des Kenyans sont optimistes que la situation va s’améliorer sous le nouveau gouvernement en ce qui concerne la corruption. Ceci traduit les grands espoirs des Kenyans pour le changement de la façon dont le prochain gouvernement va s’attaquer à la corruption, quel que soit le candidat gagnant. Il est clair que la question de corruption préoccupe les électeurs kenyans ; ils veulent la voir éliminée et désirent que les coupables soient sévèrement punis. Les parties concernées ont un grand travail à faire dans l’élaboration de propositions bien réfléchies sur ces questions.

    * Gladwell Otieno est Diretcteur Exécutif d’Africa Centre for Open Governance (AfriCOG)

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  • Invité par le Conseil National Electoral de la République Bolivarienne du Venezuela, en même temps que 96 autres observateurs étrangers, venus de 33 pays des cinq continents, nous avons assisté, en tant qu'observateur, au Referendum du 2 décembre dernier (Ndlr : perdu par le président Chavez). Après avoir suivi le processus, notre conviction est que tous les pays au Sud du Sahara, en particulier et les autres Etats, en général, qui tentent de pratiquer la démocratie à travers les élections, devraient s'inspirer de l'expérience vénézuélienne. Si tant est leur volonté de faire dans le jeu démocratique.

    Commençons par le début du processus pour souligner que contrairement a ce qui se passe dans beaucoup de pays africains, la nomination des membres du Conseil National Electoral (CNE) est non pas dévolu au président de la République, mais à l'Assemblée Nationale, à partir de candidats sélectionnés venant des propositions des corps constitués de la société civile (2 candidats), des Facultés de Droit des Universités (2) et du Pouvoir Populaire. Ce qui confère à l'Institution un pouvoir dit « Pouvoir électorale». Soit dit en passant, il existe au Venezuela : le Pouvoir législatif, le Pouvoir exécutif, le Pouvoir judiciaire, le Pouvoir électoral, et le Pouvoir moral. Notons que le CNE, présidé par Mme Tibisay Lucena, est composé de trois femmes et deux hommes. Preuve, certainement, que le débat politicien sur la «parité», comme il se déroule ailleurs, ne serait pas à l'ordre du jour dans le pays.

    Une fois élu, le Conseil National Électoral dispose de tous les pouvoirs pour organiser les élections en amont et en aval. Autrement dit, ni le ministre de l'Intérieur ni quelque autorité que ce soit, n'a pouvoir à décider de ce qui concerne l'organisation des élections. La fiabilisation, la transparence, le droit d'exercer le vote est garanti par le CNE. Cela, à travers divers instruments modernes (cartes d’électeur numérisées, machines électroniques, registres électoraux). Notons que la carte nationale d'identité sert de carte d'électeur et l'age électoral est de 18 ans.

    Avant le début du scrutin, les lieux de vote sont gardés par les forces de sécurité plusieurs jours avant, selon les règles définies par le «Plan Republica», c'est-à-dire le dispositif général concernant la sécurisation du personnel et du matériel électoral. Des tests au niveau des machines, des simulations de vote sont organisés bien avant les Élections pour avoir une confirmation de la fiabilité des outils de vote.

    Chaque formation politique est représentée en tant que témoin, au processus du vote. Le scrutin commence à 6h du matin pour se terminer à 16h de l'après midi. Mais aucun bureau n'arrête le vote, si un électeur présent au lieu de vote n'a pas encore voté. Le scrutin arrêté, l'audit (le dépouillement) commence en présence de tous les témoins légaux. Ce dépouillement se fait par la confrontation des résultats du registre des votes, des votes enregistrés par la machine électronique et les tickets de vote déposés dans l'urne. La conformité de ces trois éléments autorise l'élaboration du Procès verbal de dépouillement signé par les membres du bureau de vote et les représentants des partis. Ensuite, toutes les pièces convoyées par les forces de sécurité sont acheminées au service du CNE chargé de leur centralisation. Après recensement de l'ensemble des procès verbaux, la CNE proclame les résultats. C'est ce processus qui a eu lieu le dimanche 2 décembre dernier.

    On peut dire que fiabilisation, la transparence, le droit de vote garanti à tous les citoyens a été la base du calme constaté tout le long de la journée à travers tout le pays.

    De l'Évaluation faite le 3 décembre par les observateurs étrangers (France, Grèce, JamaÏque, Chili, Guatemala, Suisse, Italie, etc.), s'est dégagée une forte unanimité pour souligner que le scrutin a été libre, transparente et démocratique. Plusieurs intervenants ont montré que la désinformation de la presse occidentale sur le caractère antidémocratique du régime du Venezuela, s'est révélée fausse. Un membre de l'Association des avocats des Etats-Unis a même souligné que son pays devrait apprendre beaucoup du Venezuela dans le domaine de la pratique démocratique. Une Française a précisé que le système vénézuélien est plus démocratique que le système français en ce sens que les responsables du bureau de vote sont tirés au sort parmi les électeurs inscrits au registre des électeurs du bureau de vote.

    Pour certains, organiser des élections sur un territoire de 912 000 km2, puis proclamer les résultats, sans contestation, moins de dix heures de temps après la fin du scrutin, n'est pas le fort de beaucoup de pays démocratiques. A signaler que le porte parole du groupe africain, originaire du Ghana, est allé dans le même sens que les autres observateurs, pour ce qui est des appréciations positives.

    Le Non l'a remporte par 50,70% contre 49, 29 % pour le Oui. Cela dit, la victoire du Non aura le mérite de refreiner les ardeurs des détracteurs de Chavez qui l'accusent d’être un dictateur, d'une part. D'autre part, elle a permis à la démocratie vénézuélienne de se renforcer au bénéfice de tous les démocrates vénézuéliens, mais aussi au profit des Vénézuéliennes et des Vénézuéliens. Au-delà du Venezuela, l'expérience de la pratique dÉmocratique qui s'y déroule, est un exemple à verser au patrimoine immatériel démocratique hérité de la Déclaration des Droits de l'homme de 1789 et de la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies.

    Si d'aucuns ont parlé de la victoire du Conseil Electorale National, d'autres ont souligné que c'est une victoire du peuple Vénézuélien, grâce a sa maturité, à sa dignité. Un vénézuélien partisan du Oui a dit : « Nous avons perdu, mais nous avons gagné».

    * Membre du Groupe de recherche et d’initiatives pour la libération de l’Afrique (Grila)

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  • Pius Adesanmi met en cause l'omission des érudits féministes africaines dans l'ouvrage "Norton Anthology"** et il lance un défi aux rédactrices en demandant "pourquoi un continent entier donne l'impression de n'avoir rien produit de la théorie sur le féminisme. "Je m'intéresse aux processus du conscient et du subconscient qui vous ont fait aboutir à la conclusion que l'Afrique, un continent entier de cinquante-quatre pays et de plus d'un milliard de gens, n'a donné rien, absolument rien, comme contribution aux cinq siècles de théories sur le féminisme. Après tout, en tant que chercheurs chevronnées aux Etats-Unis, vous connaissez toutes deux que les exclusions parlent plus fort que les inclusions.”

    Chères Sandra et Susan, je vous salue toutes deux au nom du féminisme, de la libération de la femme, de l'égalité des genres, et, plus important, de la solidarité féminine mondiale. La publication de votre ouvrage très attendu sous le titre "Feminist Literary Theory and Criticism : A Norton Reader" (Théorie et critique littéraires féministes: Recueil Norton), constitue un événement tellement historique que je dois interrompre le sommeil merveilleux et bien mérité qui me fut finalement accordé lorsque les gens et le gouvernement de la France, qui agissent plus que jamais en pères et en mères quand il est question de prendre soin de la pauvre Afrique, ont de bonne grâce retourné mon cerveau et mon derrière au gouvernement sud-africain pour enterrement dans ma terre natale il y a quelques années.

    Je rejoins la famille féministe américaine et mondiale pour vous féliciter toutes deux pour la publication de ce volume véritablement merveilleux. Il est évident que le travail intellectuel féministe ne sera plus jamais le même. Succès éclatant, dois-je dire, est devenu synonyme de la longue histoire de collaboration intellectuelle entre vous deux. Après tout, The Mad Woman in the Attic (La femme folle dans l'Atlantique), le premier cadeau de vos efforts de collaboration au profit de l'humanité, est restée la seule bible inévitable, incontournable de la recherche académique féministe depuis sa publication.

    La référence à la magnanimité de la France en remettant mes restes au gouvernement et aux gens de l'Afrique du Sud aurait dû, à présent, faire ressortir mon identité. Cependant, il est toujours plus sûr et plus sage de jurer par l'invisibilité naturelle de l'Afrique et des Africains dans les dossiers d'importance mondiale. Et dans votre contexte immédiat aux Etats-Unis, il est absolument fou de supposer qu'il y ait une personne quelconque qui considère la connaissance de quoi que ce soit sur l'Afrique comme une nécessité. Sauf, évidemment, la famine, la mort par la faim, la pauvreté, les guerres, le Sida, la famine et la charité occidentale ou le "fait de donner" (excuses auprès du président Bill Clinton). Je dois dès lors supposer que vous ignorez totalement mon identité et me présenter. J'espère que vos cœurs pourront me pardonner ma présomption si vous connaissez déjà très bien mon histoire.

    Je m'appelle Sarah Baartman, également bien connue à l'échelle internationale comme "la Hottentot Venus". Je vais vous épargner les détails insolents de mon histoire et me concentrer uniquement sur l'essentiel. Je suis tombée dans le piège et arrivée à Londres en 1810 où je devins aussitôt une prisonnière du voyeurisme rapace et capitaliste de l'Europe. Je suis sûre que je ne suis pas obligée de vous raconter l'histoire de l'Europe au 19e siècle et ses façons de traiter les Autres en Afrique et à d'autres endroits. Sans aucun doute, vous vous souvenez toujours de votre orientalisme- Edward a indiqué qu'il a été un très bon ami depuis mon arrivée ici. L'Europe de cette période était aussi un théâtre formidable de toutes sortes d'expositions. La zoophilie était en vogue. L'Autre de couleur devait être exposé publiquement et régulièrement à Londres, à Paris et à Lisbonne en tant que faune coloniale.

    Comme le sort se débrouille toujours pour arranger ces choses, j'étais ce que les Européens appelaient – et continuent d'appeler- une "femme de tribu africaine" douée d'une partie arrière exceptionnelle. La science de l'Europe tira vite la conclusion que mon derrière avait souffert d'une déformation biologique connue sous le nom de stéatopygie.
    Mes lèvres en tant que femme étaient aussi jugées trop immenses et allongées par rapport aux standards du monde civilisé déterminées par les lèvres de la femme blanche. Et ainsi, de la Bretagne en France, ma partie arrière et mes lèvres en tant que femme devinrent l'objet de consommation visuelle dans les sphères publiques du patriarcat du blanc. Moyennant le paiement de frais supplémentaires, les hommes blancs pouvaient même palper mon derrière pendant que j'étais en exposition.

    Pour finir la mort m'emporta. Vous devez savoir que là d'où je viens en Afrique, la mort n'est pas une finalité. Je fis tout simplement la transition vers le statut d'ancêtre suivant la façon dont mes gens conçoivent le monde, d'où la révérence avec laquelle les Africains traitent les morts. Il n'en est pas tellement ainsi des Européens. Ils prirent leurs couteaux et objets de sculpture, sculpté et enlevé mon cerveau, les lèvres de ma féminité, et mon derrière, ils les ont mis dans des bouteilles, et ils les ont exposés au public au Musée de l'Homme à Paris. Oui, je peux vous voir embarrassées. Vous devriez. Toutes les féministes sensibles devraient. L'idée, juste l'idée ! La tragédie amère des parties les plus vitales d'une femme capturées par des hommes, arrachées par sculpture de son corps mort par des hommes, et stockées au Musée de l'Homme !

    Mes parties sont restées sous la vue du public dans ce musée, preuve ultime de la victoire du patriarcat sur le féminisme, jusqu'en 1974, lorsqu'elles furent retirées et placées dans un sanctuaire privé. Finalement, en 2002, la France retourna sa précieuse conquête aux gens de l'Afrique du Sud.

    Chères sœurs, la signification de mon histoire à la cause féministe et au travail intellectuel féministe dans le monde devrait être dès lors assez évidente. Pendant presque deux siècles, j'étais une célébrité internationale de la cause féministe, l'incarnation même du contrôle patriarcal de la sexualité féminine africaine, la sexualité féminine noire, et, j'ose le dire, la sexualité féminine. Permettez-moi d'être claire : l'histoire de mon corps dans l'économie internationale des significations est l'histoire de vos propres corps, l'histoire du corps de toute femme. La différence réside dans le détail ou dans ce que vos collègues post-modernistes appelleraient particularités locales.

    (…) Il est logique que toute personne raisonnable s'attendrait à ce que je fasse une entrée grandiose, mémorable dans votre volume Norton à travers le travail de l'une ou l'autre des nombreuses femmes africaines, érudits de renom international, qui ont écrit à mon sujet. Sous peine de manquer de modestie, personne ne songerait à retenir une sommation de cinq siècles de travail intellectuel féministe – que votre anthologie Norton représente - et faire chou blanc en ce qui concerne l'histoire de Sarah Baartman. Après tout, j'ai été théorisée, post-colonisée, et post-modernisée dans toutes les versions compliquées du féminisme. Je ne pensais pas qu'il m'était possible d'être réduite au silence dans un décompte historiographique quelconque qui se veut sérieuse en matière de théorie féministe.

    Croyez-moi, mes chères sœurs, je n'ai pas été poussée à vous écrire par une quelconque auto-indulgence narcissiste. Vous conviendrez, à partir de ce que vous savez de mon histoire, que je suis presque habituée à être réduite au silence, à aller aux oubliettes. Je suis en réalité plus préoccupée par les implications idéologiques plus vastes, plus profondes du fait que vous m'ayez fait disparaître doucement de votre volume Norton. Je suis intéressée par les histoires racontées – ou non racontées – par vos choix et options sur le plan de la rédaction, l'instinct d'inclure et l'impulsion d'exclure. Je m'intéresse aux processus conscients et subconscients qui vous ont fait aboutir à la conclusion que l'Afrique, un continent entier de cinquante-quatre pays et plus d'un milliard de gens, n'a donné rien, absolument rien, comme contribution à cinq siècles d'élaboration de théories féministes. Après tout, en tant que chercheurs chevronnées aux Etats-Unis, vous connaissez toutes deux que les exclusions parlent beaucoup plus fort que les inclusions. Je sais que nous sommes à la même page ici.

    Certaines gens pourraient vous faire des éloges pour avoir confectionné ce volume réellement mondial et représentatif en incluant les voix d'horizons diversifiées de l'Autre. Ils auraient raison de faire cela. Après tout, vous avez inclus un si grand nombre de dissertations, par Hortense Spillers, Alice Walker, Toni Morrison et Audre Lorde, preuve de votre connaissance des voix et pratiques féministes africaines ; vous avez inclus des dissertations par Gayatri Spivak et Chandra Mohanty, preuve que vous connaissez le domaine en expansion du Tiers Monde/voix et pratiques féministes post-coloniales/transnationales ; l'entrée par Paula Gunn Allen a fait éviter la honte pour les féminismes des natives de l'Amérique ; Gloria Anzaldua – une autre bonne amie à moi ici – en toute reconnaissance, garantit la présence des féminismes "chicana" dans votre volume. De nature, la présence de ces Autres voix, qui sont introduites de manière stratégique dans le texte, est une preuve louable de ce que vous avez fait attention lorsque Hazel Carby s'est écrié dans un article: "Femmes blanches Ecoutez" ! Vous avez écouté.

    Vous avez convenu avec elle que le féminisme pourrait et ne devrait plus être l'évangile de la femme blanche de l'Occident selon Betty Friedan, Germaine Greer, Gloria Steinem, Kate Millett, Judith Butler, Diana Fuss, Elaine Showalter et les autres trop nombreuses pour être mentionnées. Vous avez convenu avec Carby que les récits de la délégation française – Simone de Beauvoir, Luce Irigaray, Hélène Cixous, Monique Wittig, et Julia Kristeva – ne devraient plus être considérés comme universels. Vous avez convenu que les femmes chinoises sont probablement mieux placées pour parler à propos d'elles-mêmes et pour elles-mêmes que d'être représentées par le titre de Julia Kristeva "About Chinese Women" (A propos des femmes chinoises").

    C'est votre connaissance de ces choses qui rend encore plus alarmante votre exclusion des théories et des théoriciennes féministes africaines de votre volume. Serait-ce parce que vous imaginiez que les voix des femmes africaines que vous avez sélectionnées parlent adéquatement pour leurs sœurs du même continent ? C'est possible. Si tel est le cas, je dois vous dire que les femmes africaines américaines ne peuvent pas être interposées et parler au nom des femmes africaines du continent. Selon un proverbe africain, le singe et le gorille pourraient prétendre être les mêmes, mais le singe reste le singe et le gorille le gorille.

    Peut-être que vous imaginiez que les femmes africaines seraient mieux servies si elles trouvaient de l'espace dans le Troisième parapluie féministe mondial/postcolonial/transnational que vous avez représenté avec les voix de Gayatri Spivak et Chandra Mohanty ? C'est possible. Pourrait-ce être que vous ne connaissez tout simplement pas le corps considérable de l'intellection féministe africaine, juste là derrière vous à l'académie américaine ? C'est possible. Pourrait-ce être que vous avez juste choisi de tout simplement les faire disparaître comme vous m'avez faite disparaître ? C'est possible.
    Je suis sûre que vous savez que ce n'est que maintenant en 2007 que Bill O'Reilly, le fameux fondamentaliste de droite, qui est bavard dans Fox News, vient de découvrir que les Africains Américains sont capables de manger convenablement avec la fourchette et le couteau, comme des gens réels, comme des gens normaux. Maintenant, je ne veux pas que vous preniez le même chemin. Je ne voudrais pas que vous découvriez, en 2007, que les femmes africaines continentales ont développé, et continuent de développer, des théories féministes pendant très longtemps dans l'académie américaine et qu'elles ont produit un corps considérable de travail, dont un ou plusieurs devraient avoir mérité de passer par l'aiguille de Norton.

    Puisque vous avez inclus le travail par Alice Walker, je considère que vous connaissez toutes deux comment sa théorie de "womanism" (militantisme féministe) a si bien circulé aux Etats-Unis et à travers les programmes et départements d'études féministes mondiales. Le problème c'est que, en 1985, avant que Walker n'utilisa le terme, Chikwenye Okonjo Ogunyemi, érudit féministe nigériane basée aux Etats-Unis, avait publié une dissertation en Signes sous le titre: "Womanism: The Dynamics of the Contemporary Black Female Novel in English". Maintenant, «Signs» n'est pas une nouvelle que vous deux pourriez avoir ratée. C'est le journal d'études féministes analysé par les pairs le plus prestigieux aux Etats-Unis. Mais supposons que, d'une certaine manière, vous l'avez manqué, Ogunyemi a par la suite publié un livre très important sous le titre "African Wo/Man Palava", avec l'imprimerie de l’Université de Chicago, en 1996.
    Avez-vous également manqué cela ? Nous parlons de la Presse de l’Université de Chicago, pour l'amour de Dieu ! Il y a aussi Obioma Nnaemeka, une formidable théoricienne du féminisme basée à Indiana University. Elle est de réputation mondiale. Certainement. Franchement parlant, sa dissertation titrée "Feminism, Rebellious Women, and Cultural Boundaries" (Le féminisme, la femme rebelle et les barrières culturelles) ne se préoccupe en rien de ne pas faire partie de votre Manuel Norton. Il y a bien sûr son formidable travail sur la circoncision féminine en Afrique. A propos, n'est-ce pas que la circoncision féminine en Afrique – mutilation génitale en langage occidental – est supposée constituer un sujet de prédilection sensationnelle pour les féministes et ONG occidentales ? Si ce n'est pas le cas, un seul extrait du volume édité d'Obioma Nnaemeka, sous le titre "Female Circumcision and the Politics of Knowledge: African Women in Imperialist Discourses," (La circoncision déminine et la politique du savoir: la femme africaine dans les discours Impérialistes) a réussi à entrer dans votre volume, ne pensez-vous pas qu'il y a quelque chose qui cloche terriblement ?

    Il y a également Oyeronke Oyewumi, une importante théoricienne féministe basée aux Etats-Unis. Minnesota Press a publié son livre titré "The Invention of Women : Making an African Sense of Western Gender Discourses" (L'Invention de la femme : Donner un sens africain aux discours occidentaux en genre), et ce avec des acclamations critiques en 1997. Cela ne mérite-t-il aucun chapitre dans ce livre ? Il y a également Ifi Amadiume. Elle enseigne à Dartmouth. Son ouvrage "Male Daughters, Female Husbands: Gender in an African Society" (Filles mâles, maris femelles : Le genre dans la société africaine) est un titre classique d'une valeur inestimable. Avez-vous aussi raté cela ?

    Il y a Molara Ogundipe et Nkiru Nzegwu. Qu'en est-il de l'Egyptienne Nawal El Saadawi et de l'Algérienne Assia Djebar ? Ces deux figures mondiales d'écriture féminine et de travail intellectuel féministe n'ont écrit rien qui aurait pu secourir le continent entier ? Vous remarquerez que je me suis gardée de mentionner qui que ce soit parmi les nombreuses penseuses féministes importantes basées en Afrique. Je ne veux pas vous ennuyer. C'est aussi mieux de citer celles dont on croirait que vous ne sauriez, en toute raison, avoir manqué l'altérité suivant le langage académique américain.

    J'ai lu avec peine dans votre préface que "nos conversations au sujet de la construction du présent livre ont été améliorées par beaucoup de collègues et amis qui ont échangé avec nous des syllabus, ont mené des débats sur leurs pratiques pédagogiques et fait des suggestions concernant ce qui pouvait être inclus". Une longue liste de noms suit et c'est ici que réside la tristesse : que mon histoire et l'histoire de la contribution de l'Afrique à la théorie féministe ne soient apparues à aucun moment dans ces conversations avec la longue liste de consultantes. Pas une seule personne, pas une seule collègue à travers le paysage d'études féministes aux Etats-Unis n'a relevé cet oubli grave – s'il s'agit effectivement d'un oubli – de votre part ? Obioma Nnaemeka est une voisine de Susan Gubar à Indiana, pour l'amour du Christ !

    Il y a toutefois quelques bonnes nouvelles. On ne manquera pas d'intellectuels africains contents qui se soucieront d'avoir la sagesse de s'attendre même à ce que l'Afrique n'ait pas été incluse dans votre travail pour commencer. Pourquoi gémissons-nous et nous plaignons-nous toujours quand les Occidentaux nous ignorent, diront-elles ? Notre inclusion ne rentre pas dans leurs responsabilités. Nous devrions nous inclure nous-mêmes en créant nos propres structures, point trait ! Après tout, Oyeronke Oyewumi, comme par anticipation de ce qui se passerait avec votre projet Norton, avait édité le titre "Gender Studies: A Reader" en 2005. De telles opinions ignoreraient bien entendu le simple fait que votre travail a une base universalisante au regard de son étendue historique et de son champ thématique et l'Afrique a été exclue de cette image. Elles ignoreraient le fait que ceci c'est Norton et qui dit Norton dit canons ! Elles ignoreraient le fait que, même si nous devions adopter l'approche réductionniste, tout ce que vous avez fait ici c'est de refléter les multiples voix qui ont modulé les études féministes, le genre et la femme dans l'académie américaine au fil des années, et que le produit fini exprime le message fallacieux comme quoi aucune femme africaine n'a fait partie de ce processus.

    Je sais que vous vous demandez comment une femme africaine, qui est décédée il y a tant d'années sans aucune preuve qu'elle a fréquenté une quelconque université, parvient à être si habituée au langage et à la procédure académiques. Vous devriez connaître la réponse à ça: je suis maintenant un ancêtre, un esprit. Je ne suis pas humaine. Je suis supposée tout savoir. C'est ce qui sanctionne mon intervention dans les affaires de vous autres les mortels!
    Paix et Amour
    Sarah Baartman

    **Feminist Literary Theory and Criticism: A Norton Reader (Paperback - Théorie et critique littéraire féministes: Manuel Norton - Livre de poche]
    Par Sandra M. Gilbert (Auteur), Susan Gubar (Rédacteur en chef)

    * Pius Adesanmi est Professeur Associé d'Anglais et directeur du Projet sur les Nouvelles littératures africaines (www.projectponal.com) à Carleton University, Ottawa, Canada. Outre son œuvre académique, le Dr. Adesanmi publie régulièrement des articles d'opinion dans divers forums internet. Il gère un blog régulier pour "The Zeleza Post" ( et il a contribué à Counterpunch, Slepton et Chimurenga en ligne. Tél: (613)520 2600, ext. 1175 Visitez-nous aujourd'hui sur : www.projectponal.com

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  • A la fin du gouvernement de transition en République démocratique du Congo (Ndlr : en juillet 2006) alors que ses deux institutions soeurs issues des Accords de Sun City (Ndlr : signés le 19 avril 2002), à savoir la Commission électorale indépendante et la Haute autorité des médias étaient reconduites sous une autre forme, sous la Troisième République, la Commission vérité et Réconciliation, elle, n’avait pas fait objet d’une reconduction. Et quand le président de cette commission, Mgr Kuyendundu, plaidant pour sa reconduction, avait été reçu par le président de l’Assemblée nationale, d’aucuns se posaient la question de la pertinence d’une telle démarche, alors que la RD Congo a déjà ses institutions démocratiquement élues et installées. A cette préocupation il y a lieu de préciser que la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation est une nécessité et une urgence pour une paix durable et une réconciliation sincère en RD Congo.

    Lors des assises de Sun City ayant réuni les Congolais en Afrique du Sud, en vue de mettre fin au conflit armé qui a endeuillé le pays pendant plus de quatre ans, avec un bilan macabre de plus des quatre million de morts, des centaines des déplacés ou refugiés, sans compter d’autres atrocités et destructions, il avait été décidé la création d’une structure consacrée à la «vérité et reconciliation», parmi les cinq institutions d’appui à la démocratie. A savoir la Commission vérité et réconciliation, la Haute autorité des média, l’Observatoire national des Droits de l’homme, la Commission éthique et lutte contre la corruption et la Commission électorale Indépendante. Parmi tous les objectifs poursuivis par ces structures, l’impératif de vérité et de réconciliation était une urgente nécessité.

    Une nécessité

    La RD Congo, en tant que pays indépendant et souverain traîne derrière elle des années de dictatures et de guerres. Durant ces deux périodes de son histoire beaucoup d’injustices, d’assassinats politiques et des violations des Droits de l’homme ont été commis. Toutes ces injustices ou violations ont divisé le peuple Congolais tandis que d’autres portent un deuil jamais levé, car ne sachant pas si les leurs sont réellement mort ou non. Il devient donc impérieux que toutes ces injustices soient corrigées et que l’histoire de la RD Congo soit réécrite.

    Ce souci de réécrire l’histoire de la RD Congo a été perçu dans la décision du président du Sénat, Léon Kengo wa Dondon de répertorier tous les sénateurs de la RD Congo ayant oeuvré pendant les deux premières législatures (1960-1965 et 1965-1997). La tentative de la correction des injustices et de la relecture de l’histoire fut aussi observée lors de la Conférence nationale souveraine, mais cela n’aboutit pas à un résultat concret suite à la fin brutale desdites assises, au point que la commission, dite sensible, n’eut pas le temps de lire son rapport.

    Pendant les périodes troubles, plusieurs familles ont déploré non seulement la mort de leurs, mais aussi les disparitions, à telle enseigne qu’ils continuent à porter le deuil jusqu’à la confirmation de la mort. Connaître la vérité sur le passé est un remède pour ceux dont les coeurs sont blessés par l’incertitude, alors que d’autres n’attendent que la reconnaissance du préjudice subi pour se guérir de leurs blessures intérieures. Plusieurs communautés qui ont connu des conflits ethniques à cause des frustrations dues aux injustices du passé continuent de se regarder en chien de faïence. Ces communautés trouveront là un cadre idéal pour se parler, se pardoner et se réconcilier.

    Une urgence

    Un pays qui oublie son passé risque de répéter ses erreurs. Après des régimes dictatoriaux et des guerres meurtrières, la RD Congo qui se veut un pays de paix et de justice a besoin de connaître son passé pour non seulement corriger les erreurs commises, mais aussi éviter pour de les répéter.

    Etant donné qu’il est irréaliste de remonter le temps jusqu’à l’avènement de l’Etat indépendant du Congo, il est important que le Congolais sache son histoire même celle allant de l’accession du pays à l’indépendance. Or, après quarante-sept ans de souveraineté nationale, il y a plus de chances qu’un bon nombre d’acteurs et témoins de l’accession de notre pays à l’indépendance soient déjà morts. Alors que ceux qui le sont pour le reste de l’histoire de la RD Congo, de 1960 jusqu’à nos jours, continuent à prendre de l’âge.
    Ce cadre donnera aux survivants des années 1960, qui sont des bibliothèques vivantes, l’opportunité d’édifier les Congolais sur beaucoup de zones sombres qui jonchent l’histoire de leur pays. La restitution de l’histoire permettra de repartir sur des bonnes bases.

    L’urgence se justifie aussi à cause des victimes des violations des Droits de l’homme et diverses injustices qui attendant une réparation pour les préjudices subis. En effet, les injustices des régimes dictatoriaux, les affres des conflits ethniques et des guerres ont causé des préjudices incalculables dans la population congolaise. Des communautés se sont séparées, des personnes physiques ont vu leurs biens expropriés ou détruits, des villages entiers ont été brûlés, des femmes et filles de tout âge violées, mutilées, infectées délibérément par le virus de sida, des villages entiers déplacés, des personnes tuées, disparues ou torturées. Tout ce bilan macabre a laissé des milliers de victimes qui crient nuit et jour pour une réparation.

    Les propositions de réparation équitable ne peuvent venir que d’une commission constituée des personnes éprises de justice et de paix et dont l’intégrité morale n’est sujet à aucun doute.

    Conclusion

    Lors des assises de Sun City, une structure fut établie pour réconcilier le peuple congolais déchiré par les guerres et les dictatures. Mais vue les failles qui l’ont caractérisée, il est inapproprié d’en parler comme d’une commission vérité et réconciliation comme le soutient aussi Roberto Garretton . Il est donc temps d’instaurer ladite structure. En effet, si les participants aux assises de Sun City n’étaient pas l’émanation du peuple congolais pour comprendre ses profondes aspirations, les institutions démocratiquement élues, elles, le sont. Et parce qu’elles sont l’émanation de la volonté du peuple congolais, qui leur a confié un mandat, elles sont habilitées, en particulier le Parlement, pour établir une Commission pour la vérité et la réconciliation. Car il s’agit là d’une urgence pour une paix durable et une vraie réconciliation en RD Congo.

    * Dieu-Donné Wedi DJAMBA est avocat au barreau de Lubumbashi, en RD Congo, consultant indépendant en Justice transitionnelle, activiste des Droits de l’homme, Assistant à l’Institut supérieur d’étude juridique appliquée de Lubumbash et écrivain.
    Tel :+243812485222;+27834296724
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  • Les 11 et 12 septembre 2007, la Conférence Consultative régionale Afrique - Diaspora africaine en Europe se tient à Paris. Les discussions portent sur le rôle que peut jouer la diaspora africaine en Europe dans le développement du continent. Entre autres questions abordées à cette occasion, on s’est demandé comment la diaspora africaine pouvait financièrement «impacter» sur le développement du continent. Mettant en pratique une des conclusions de cette réunion consultative, des compétences africaines se sont mises en ensemble pour donner une orientation plus positive, plus utile au transfert d’argent de la Diaspora vers le continent. C’est ainsi qu’ils ont créé Hope Finance, une structure qui a lancé ses activités à la fin du mois d’octobre à Paris. Son réseau couvre dix-huit pays en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et dans le Maghreb.

    Cette initiative part d’une conviction, aujourd’hui partagée, que la diaspora africaine peut avoir un impact sur la marche du développement en Afrique. Que le pouvoir financier existe à ce niveau pour aider à mettre le continent sur les bons rails. Qu’il existe aussi une expertise avec un réel potentiel d’influence sur le développement et le progrès social en Afrique.

    La masse financière qui circule entre la Diaspora et l’Afrique est importante. Rien que dans sa partie visible, à travers des circuits formels, les chiffres officiels font état de 8 milliards d’euros transférés en 2006 depuis la France. Si on y ajoute les chiffres estimés de l’informel, on atteint approximativement les 30 milliards. De tels fonds, investis dans une logique de développement ou gérés de façon plus utilitaire pour leurs destinataires, plutôt que de servir seulement à une consommation directe, peuvent changer la logique continue de déperdition et de dépendance qui s’est créée entre la Diaspora et les communautés d’origine.

    Compte tenu du volume que représente ce transfert d’argent vers le continent, la question s’est posée de savoir comment en faire un levier économique, en rendant ces opérations plus productives. En somme, ne plus se limiter au transfert d’urgence et à la consommation pure et simple, mais en arriver à un transfert utile, équitable et accessible.

    Le transfert financier à travers les circuits formels coûte cher. Une mutualisation des fonds a permis à Hope Finance d’agir sur les coûts, permettant de minorer les commissions pratiquées. Les migrants peuvent bénéficier des économies ainsi faites. Elles leur sont répercutées pour minorer les frais importants payés pour les faibles montants qu’ils mettent à disposition. L’importance des transferts effectués, en profitant des bas prix, permet de rembourser les sommes injectées au départ.

    En plus d’être accessible, le pari est d’offrir ce service sans que les impératifs de qualité, de rapidité, de sécurité et de fiabilité ne soient remis en cause. Mais le plus important reste que ce projet innove dans la philosophie qui accompagne le transfert d’argent.

    Le constat a été fait que les besoins des migrants africains n’étaient pas pris en compte dans les prestations offertes. Le transfert d’argent classique n’intègre pas les dimensions culturelles et sociales qui caractérisent ces mouvements de fonds. Car dans ce flux financier qu’elle alimente, la diaspora africaine n’obéit pas souvent à une logique individualiste de consommation ; elle cherche à répondre à des besoins sociaux et communautaire. Le pari est d’adapter les transferts aux finalités auxquelles ils sont destinés.

    L’innovation consiste à ne plus seulement envoyer de l’argent, mais aussi des services. D’importantes sommes d’argent alimentent le flux financier de la Diaspora vers l’Afrique, mais rien ne garantit la destination finale des sommes envoyées. Des détournements d’usage ne manquent pas et la complainte reste la même. Que ce soit à travers le circuit formel ou informel, l’argent envoyé passe souvent par des intermédiaires qui maîtrisent les circuits (savoir lire, écrire, signer) avant d’arriver au destinataire. Ces intermédiaires, des proches, y greffent parfois leurs propres besoins. A moins que ce ne soit le destinataire lui-même qui oublie les priorités qui ont motivé l’envoi pour se tourner vers l’accessoire. Et il faudra, pour le migrant, encore transférer de l’argent pour satisfaire ce besoin qu’on croyait déjà évacué.

    L’approche innovante est qu’on peut désormais peut transférer un service. Quand le migrant paye par exemple à Paris, des prestataires identifiés dans le pays destinataire sont commissionnés pour l’exécuter. Différents domaines vont être couverts. De l’électroménager à la santé, en passant par l’éducation. Jusqu’ici, les migrants, pour certains services demandés, n’hésitent pas à les acheter dans leur pays de résidence pour les envoyer en Afrique. Quand le produit est acheté ou le service assuré localement, on bénéficie de la garantie et on contribue aussi au chiffre d’affaires local. Dans le domaine de la santé, des réseaux de médecins seront commissionnés pour fournir des prestations payées depuis la France. Des réseaux de pharmacies vont garantir la fourniture de médicaments selon le même principe. Pour l’éducation, il sera possible de mettre à disposition des manuels scolaires et autres outils à travers un réseau de librairies.

    Autre avantage : le migrant qui achète un service depuis son pays d’installation le paye suivant les prix pratiqués dans le pays où il doit être assuré. Des cahiers de charge sont signés avec les prestataires pour assurer la livraison à la personne désignée dans les délais requis de vingt-quatre heures. Avec la même qualité, la même fiabilité, la même sécurité et la même rapidité que dans le cadre d’un transfert d’argent classique.

    Une autre innovation majeure introduite par Hope Finance est qu’une partie des fonds récupérés de ces envois va servir à alimenter un fonds d’investissement en direction de l’Afrique. Il pourra servir à la création d’entreprise et à l’accompagnement de projets jugés économiquement viables. Et en plus de l’apport financier, une expertise technique va accompagner les initiatives qui se développent pour aider à leur réussite.

    Ce projet, nourri par la philosophie panafricaniste d’une réponse globale aux défis qui se posent au continent, est porté par des promoteurs des Africains nationalités et de compétences diverses (ingénieurs, financiers, informaticiens, etc.) qui se sont fédérés autour du Camerounais Jean-Emmanuel Foumbi, spécialiste des problématiques du développement, administrateur des entreprises, aérodynamicien inventeur. A la Conférence consultative de septembre 2007, à Paris, ce dernier déclarait : «Et si la Diaspora prenait ici à Paris date, pour faire de l’innovation un atout stratégique majeur. Car l’innovation est très rentable : elle donne du rêve à la jeunesse et libère son potentiel créateur, encore faut-il qu’elle ait des modèles à qui s’identifier ; elle crée de la richesse et des emplois ; elle change l’image d’un pays en lui conférant prestige et respect dans le concert des nations ;- elle réduit les coûts à terme ; elle garantie à un peuple la maîtrise de son destin. L’innovation est une négation de la fatalité ; c’est, à notre sens, le sel qui manque à la soupe africaine, loin devant bien de considérations qui sont actuellement prioritaires. En s’y prenant bien, la mobilisation de la matière grise de la Diaspora peut être une réponse pertinente aux problèmes de santé, de rendement agricoles, de déficit de la balance commerciale, de chômage et de la dette.»
    Des propos qui venaient en échos à ceux du ministre des Affaires étrangères de la République d’Afrique du Sud, Dr Nkosazana Dlamini Zuma, qui soulignait dans son discours d’ouverture de la conférence consultative : «L’Union africaine a fait un appel de clairon à l’attention de la Diaspora africaine afin qu’elle mette en avant des propositions concrètes en vue d’une coopération entre l’UA et sa Diaspora. Nous, qui sommes en Afrique, sommes conscients des raisons pour lesquelles les citoyens les mieux éduqués et les plus productifs d’Afrique se trouvent de ce côté-ci de l’Atlantique, et non chez eux, où leurs compétences, leurs ressources et leur énergie seraient pourtant très utiles.

    «En réponse à l’appel de l’Union Africaine, nous devons tenir dûment compte du fait que nous bâtissons sur le fondement de nombre de bonnes initiatives qui ont déjà été lancées en Afrique, auxquelles nous devons apporter notre fervent soutien.

    «L’un des éléments cruciaux dans notre quête de la réunification de l’Afrique et de sa Diaspora est le besoin de reconnaître et accepter notre diversité en tant qu’Africains, au même titre que nous pouvons adhérer à la quête d’une plus grande unité. L’Afrique est grande et comprend nombre de pays, nations, nationalités, religions, tribus et défis.»

    Derrière le projet se trouve aussi la princesse Esther Kamatari du Burundi, nièce du dernier monarque burundais Mwambtusa IV, présidente du Comité d’honneur, dont la candidature avait été annoncée pour l’élection présidentielle de son pays en 2005. Sa pertinence, son envergure et ses chances de succès ont été reconnues par PlaNet Finance, une institution dont le Conseil d’administration est présidé par l’économiste-essayiste français Jacques Attali.

    Aujourd’hui, il s’agit pour ses initiateurs de fédérer le plus grand nombre de compétences de la diaspora derrière ce projet. Focalisé pour l’instant sur l’Afrique, le modèle est reproductible partout dans le monde. Il s’agit simplement de passer par la micro-finance pour étudier les besoins d’une population donnée et de savoir comment y répondre.

    Les bases du projet ont été jetées en France, avec l’ouverture d’une première agence à Paris. Les dix-huit pays qu’il couvre sont ceux dans lesquels opère Money Express, un circuit formel de transfert d’argent créé par des Africains, sur lequel il s’appuie en se basant sur une nouvelle philosophie. A terme, il s’agit d’essaimer en Afrique pour intervenir jusque dans le financement du micro crédit. Des projets pourraient alors être financés dans les communautés, avalisés par des migrants qui se chargeraient du remboursement suivant un échéancier. L’argent qu’ils transfèrent régulièrement pour entretenir les proches servirait ainsi d’investissement pour une activité qui génère des revenus et entretient la famille. La finalité est de rompre avec une logique qui voudrait que la diaspora continue d’alimenter un flux financier sans fin, créant une situation d’assistanat et de dépendance.

    * Haoua Mamoudou, d’origine nigérienne, est directrice de l’agence parisienne de Hope Finance – Elle est aussi chargée du marketing et de la communication ([email protected])

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  • Pour Vincent Kitio, la récurrence de la famine à travers l'Afrique ne peut pas être simplement justifiée par le manque d'eau. Selon lui, un certain nombre de technologies traditionnelles d’irrigation peu coûteuses, dont on s'est servi dans différentes régions arides et semi-désertiques du monde, pourrait aider dans l'allègement de la famine à travers le continent.

    Des images qu'on a fait voir sur la télévision kenyane ne pouvaient pas manquer de faire tomber des larmes. C'était écœurant de voir des femmes serrer désespérément les corps inertes de leurs enfants, victimes de la famine impitoyable qui a fait rage à travers le pays. Beaucoup d'appels ont été lancés par le gouvernement, les églises et même le monde des entreprises, pour aider à limiter les dégâts de cette catastrophe.

    A travers le continent, il se reproduit un événement semblable presque tous les deux ans. Des appels sont généralement lancés par les gouvernants pour aider les victimes. De telles situations m'amènent à réfléchir sur la façon dont les intellectuels africains peuvent contribuer à alléger les souffrances que nos populations subissent.

    Le problème de famine récurrente est plus profond que la raison qui est souvent avancée comme cause, à savoir le manque d'eau pour produire davantage dans les champs ou pour abreuver le bétail. Les réserves d'eau disponibles au Kenya suffisent, par exemple, pour maintenir une nation libérée de la faim. Dans certaines parties du Cameroun, les gens souffrent de la famine bien que le pays se targue d'abriter le climat le plus arrosé de la planète.

    Des exemples abondent quant à la façon dont, ailleurs, des populations sont parvenues à surmonter une telle équation. En dépit de la rareté de l'eau dans les territoires semi-désertiques et arides de l'Afrique du Nord, du monde arabe, des pays méditerranéens et d'une partie du sud-est de l'Asie, les agriculteurs y jouissent d'une plus grande sécurité alimentaire, comparativement à l'Afrique sub-saharienne. Longtemps avant la découverte du combustible fossile, la plupart de ces pays jouissaient déjà de la sécurité alimentaire.

    En vue de faire face aux conditions climatiques farouches liées une basse pluviosité, les habitants de ces terres sèches ont développé des connaissances traditionnelles autour des techniques de soulèvement d'eau des rivières et des eaux souterraines à des fins d'irrigation, en vue d'augmenter la production alimentaire. Dans ce processus, toutes les formes disponibles d'énergie sont utilisées, telles que la force humaine, la force des animaux, la force des eaux et la force du vent.

    Ces anciennes techniques dont on s'est servi en Europe, dans le monde arabe et dans une partie de l'Asie pendant des siècles, sont toujours ignorées en Afrique sub-saharienne. L'agro-élevage y dépend lourdement de la pluviosité et de la main d’œuvre. En tant que partie d'une solution durable à la sécheresse et à la famine récurrentes, il y a une nécessité pressante de documenter, d'adapter et de transférer ces technologies dans les zones où leur application convient.

    La famine en Afrique a atteint des niveaux excessifs. Tous les pays d'Afrique subsaharienne sont affectés par une sécheresse dont beaucoup de gens soutiennent qu'elle aurait pu être prévue et ses effets minorés. Beaucoup attribuent cette situation à la mauvaise gouvernance, à la corruption, au changement climatique, au syndrome de dépendance de l'aide alimentaire tirée de l'assistance étrangère. Cette dépendance réduit le nombre de récoltes par an et donne peu de liberté au fermier de se programmer convenablement. Il y a plusieurs années, une agriculture dépendant de la pluviométrie ne constituait pas un handicap en Afrique, puisque des communautés entières pouvaient migrer des zones frappées par la sécheresse vers des pâtures plus vertes. Tel n'est plus le cas faute de terres disponibles.

    Les Romains comptaient sur les systèmes d'irrigation pour assurer la sécurité alimentaire dans l'empire. Des architectes et ingénieurs romains ont élaboré différentes techniques, tel que le décrit Vitruvius en 01 avant-J.C. dans ses Dix Livres sur l'Architecture, afin d'appuyer leur agriculture. Certains de ces systèmes d'irrigation ont survécu jusqu'à ce jour.

    La noria
    En 1913, le dictionnaire "Webster's Revised Unabridged Dictionary" donnait cette définition : « Noria - une grande roue hydraulique, tournée par l'action d'un cours d'eau contre ses flots, et transportant à sa circonférence des seaux, par lesquels l'eau est soulevée et déposée dans une auge; utilisée en Arabie, en Chine, et ailleurs pour l'irrigation des terres. »

    Les norias trouvées en Espagne furent introduites pendant la domination musulmane, avec deux ensembles de seaux de chaque côté de leurs jantes. D'autres ont deux roues sur le même arbre, permettant au système d'augmenter la quantité d'eau puisée. Des prêtres espagnols introduisirent les norias en Mexique au cours de la période coloniale. Certains d'entre eux sont toujours en activité dans les fermes situées dans la partie nord du pays. Leurs seaux sont en plastique contrairement aux pots en argile ou aux seaux en bois.

    Un autre témoignage vivant de cette magnifique technologie qui a passé l'épreuve du temps est la plus grande noria (plus de 20 mètres) connue sous le nom de Al-Mohammediyyah à Hama, en Syrie. Elle fut l'objet de l'un des programmes de télévision célèbres aux Etats-Unis qui s'appelle "Ripley's Believe it or Not!" (Que vous y croyiez ou non !) sous cette présentation : "Une roue hydraulique sur la Rivière Ornotes en Syrie reste en activité, malgré qu'elle fût construite en l'an 1000."

    Certains fermiers à Hama utilisent la noria dans l'agriculture urbaine. Et occasionnellement, lorsque la circulation de l'eau ne suffit pas pour faire tourner la roue hydraulique, on a besoin de jusqu'à cinq pompes à moteur pour soulever l'eau vers l'aqueduc. Cette technologie aussi vieille que le monde convient bien au mode de vie rurale en Afrique, surtout avec la montée du prix du carburant qui est déjà en train d'avoir un impact négatif sur la croissance économique.

    La roue perse
    La roue perse, également connue sous l’appellation Saqiya, est un dispositif fabriqué grâce à des roues à deux vitesses et une chaîne interminable de pots ou seaux, capable de soulever l'eau, tant à partir d'un puits superficiel que d'un puits profond. Le système se sert de la force d'un ou de deux animaux (l'âne, le cheval, le chameau, le bœuf, le buffle). Des roues ont été utilisées depuis des temps immémoriaux afin de fournir l'eau pour l'irrigation en Egypte, dans les pays méditerranéens, en Inde et en Chine.

    Les animaux tournent autour de la première roue et génèrent des rotations horizontales, qui sont transformées en rotations verticales à travers les vitesses et apportent la chaîne de pots (seaux) qui transportent l'eau à partir du puits et la vident dans un conduit. Puisque les animaux n'aiment pas la marche ennuyeuse en révolution, ils se voient bander les yeux. Cette technologie a été utilisée pendant plus de 2 000 ans. Un géographe américain qui a visité l'Egypte en 1727 a estimé qu'il y avait plus de 200 000 roues perses en activité, conduites par des bœufs, à des fins agricoles.

    Dans la région entre l'Inde et le Pakistan, les roues perses, connues comme des Rahat à Urdu, sont des instruments traditionnels utilisés pour l'irrigation. Avant leur introduction dans la région, l'irrigation était une activité très ennuyeuse et inefficace, comme elle le reste aujourd'hui dans les zones rurales africaines où les gens doivent marcher sur de longues distances pour chercher de l'eau. L'introduction de cette technologie a amélioré la productivité agricole de façon sensible en Inde au moyen-âge. Comme conséquence du succès du programme d'électrification rurale à travers l'Inde, les pompes électriques remplacent de plus en plus ce dispositif qui a résisté au temps. Mais malgré la disponibilité de l'énergie moderne, les roues perses restent populaires dans la région indienne de Rajasthan. On estime qu'une roue perse peut irriguer jusqu'à un hectare de terres.

    Sakia
    Un autre dispositif servant à soulever l'eau, qui mérite d'être mentionnée, est le sakia. Il s’agit d’une ancienne technologie qui a été utilisée intensivement en Egypte, d'où elle a tiré son origine depuis les temps immémoriaux. Le dispositif, efficace et efficient, est largement utilisé dans la Vallée et le Delta du Nil. Le Sakia se fabrique grâce à une grande roue vide avec des pelles autour de sa périphérie, et l'eau se déverse à son centre. Les diamètres du Sakia vont de 2 à 5m ; et ils soulèvent l'eau de 0,8 à 1,8m respectivement.

    Au départ, les sakias étaient en bois, aujourd'hui on les fabrique en feuilles d'acier galvanisé avec un système de vitesses qui convertit la rotation horizontale en rotation verticale. Ils se servent essentiellement de la force des animaux, mais récemment on a commencé à les doter de moteurs électriques ou à essence. Selon la Station égyptienne de recherche et d'expérimentation hydraulique, plus de 300 000 sakias sont en utilisation dans la vallée et le delta du Nil, surtout conduits par des animaux. Un sakia de 5m de diamètre peut puiser 36m3 d'eau par heure, tandis qu'un modèle de 2m de diamètre génère m3/h.

    Pompe à vent
    De simples pompes à vent, par opposition à celles qui sont sophistiquées et coûteuses que l'on voit occasionnellement dans certaines zones rurales africaines, constituent une autre solution appropriée pour l'irrigation. Sur le plateau de la montagne de Lassithi à Crète, en Grèce, de simples pompes à vent ont été utilisées pendant plus de 400 ans pour irriguer la terre et produire des légumes, des fruits et du blé. Ces pompes à vent, construites par les artisans du village, furent au départ fabriquées en bois et en étoffe. Le bois fut plus tard remplacé par le métal afin de prolonger la période d'utilisation.

    Il y a une décennie, plus de 10 000 moulins à vent pouvaient être trouvés sur le plateau, chaque fermier en possédant au moins une pour l'approvisionnemen pour l'irrigation. Aujourd'hui, moins de 2 000 sont en activité, conséquence des politiques de l'Union européenne permettant d’outiller les fermiers. Ainsi les moulins à vent traditionnels sont de plus en plus remplacés par des pompes électriques. On les vend aux touristes en guise de souvenirs. Lorsqu'il y a du vent, chaque moulin pompe l'eau à partir d'un puits, qui sera utilisée plus tard par les fermiers pour irriguer leurs jardins grâce à la gravité. Les zones côtières de l'Afrique et les régions montagneuses ayant des vents en permanence sont des endroits idéaux pour l'application de cette technologie.

    Conclusion
    Cette technologie propre et abordable pour puiser l'eau reste inconnue aux fermiers d'Afrique subsaharienne. Si on les met à leur disposition, et avec les nombreuses rivières et ruisseaux disponibles pour irriguer les terres non-exploitées, les marchés locaux pourraient être approvisionnées en trois mois, le temps moyen pour faire pousser et récolter des légumes dont on a tant besoin pour arrêter la malnutrition.

    L'aide alimentaire ne devrait pas être perçue comme une solution à long terme. Les populations gagneraient être autonomisés grâce à des technologies abordables qui peuvent les aider à surmonter les périodes actuelle et future de pénuries alimentaires.

    Toute cette connaissance traditionnelle en techniques de puisage de l'eau peut être ajustée pour une appropriation selon les structures locales, en se servant des matériaux courants sur les lieux ; aucun élément importé n'est requis, aucun combustible fossile n’est nécessaire et on épargne de l'énergie humaine.

    Cette technologie pourrait sembler vieille, mais son efficacité dépasse celles des pompes à moteur importées. Il est regrettable de constater qu'en dépit de la haute technologie du 21e siècle, une personne sur six n'a pas accès à l'eau potable. Donc toute solution abordable susceptible de rapprocher davantage l'eau des populations devrait être considérée comme une innovation plutôt qu'une tentative de faire reculer le développement.

    Pour faire de la famine un fait qui n'appartient qu'à l'histoire en Afrique, il nous faut introduire auprès des agriculteurs ces connaissances abordables, aux résultats tangibles, démontrées et traditionnelles du monde aride. La créativité du secteur informel de l'Afrique va se rénover et adapter la technologie aux différentes conditions sociales et économiques locales.

    Pendant qu'on explore la technologie moderne pour faire face à la famine en Afrique, il serait aussi sage de prendre en compte le savoir-faire qui est du domaine public et ne requiert aucune exigence de négociation des droits d'auteur. Les technologies décrites ici sont encore opérationnelles en Egypte et en Syrie. Il serait utile pour ceux interviennent dans la lutte contre la faim en Afrique de visiter Medina El Faiyum en Egypte et Hama en Syrie pour être témoins de la manière dont ces technologies traditionnelles simples peuvent transformer des terrains arides en forêt. Ce serait le commencement de la fin de la famine en Afrique.

    * Camerounais de nationalité, Vincent Kitio est architecte et expert en énergie renouvelable et en technologies appropriées pour le développement durable. Il travaille au siège de l'organisation onusienne sur l'habitat, UN-HABITAT, à Nairobi, en qualité de conseiller en énergie.

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  • L’auteur argumente que l’opposition de l’Afrique à l’adoption des droits des peuples autochtones - qui sont presque toujours des nomades ou des chasseurs et cueilleurs- a été en grande partie informé par des fausses conceptions et des mythes. Il précise que le droit à l’auto-détermination cherché par ces groupes marginalisés a été reconnue par l’Union Africaine comme étant conforme aux principes de l’intégrité territoriale d’un pays.

    On est à la fin de juillet 2006. Une visite d’étude et d’information du Groupe de Travail sur les Populations/Communautés Autochtones en Afrique est en cours en Ouganda, l’un des quelques pays africains dont la Constitution se targue d’un régime de droits humains beaucoup orienté vers les droits civils et politiques, de même que les droits économiques et sociaux. La visite, destinée à diffuser les conclusions d’un rapport de 2004 de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) sur la situation des peuples autochtones en Afrique et par conséquent à s’engager dans un dialogue constructif avec les autorités gouvernementales à Kampala ainsi qu’avec les acteurs de la Société Civile, est cependant confrontée à un obstacle insurmontable. Se trouvant à la tête de la délégation ougandaise et chargée de superviser la visite, Rosette Nyirinkindi, chef de la division Union Africaine au sein du ministère ougandais des affaires étrangères, est d’avis que les objectifs de la visite sont contraires à l’esprit de la Constitution Ougandaise, qui cherche, entre autres choses, à renforcer la cohabitation pacifique des communautés de l’Ouganda. Car, d’après Nyirinkindi, diplomate expérimentée qui a jusqu’ici servi à la mission de son pays à New York, la Constitution ougandaise identifie toutes les 56 communautés ethniques résidant dans le pays comme des autochtones, et ainsi mettre à port certaines de ces communautés, et se pencher sur elles à l’exclusion des autres, comme le rapport de l’CADHP l’avait fait, constituait une violation flagrante de l’engagement constitutionnel et politique de l’Ouganda pour l’égalité et un raccourci vers des crises ethniques.

    Il s’agit ici d’un scénario classique qui s’oppose au plaidoyer des droits des autochtones en Afrique. Soulever les questions des autochtones sur le continent exige immédiatement que l’on réponde à la question de statut d’autochtone et précisément à qui les droits d’autochtones pourraient être attribués. Ce qui alors ouvrirait la voie à d’innombrables autres interrogations, y compris la question du rôle joué par cette identification dans la promotion des droits humains des bénéficiaires et le lien avec la question d’intégrité nationale. Le présent article va s’attaquer à certaines de ces questions et, on l’espère, donner la voix aux millions d’éleveurs et de communautés vivant dans des forêts qui s’identifient comme des autochtones en Afrique.

    Le cadre asymétrique

    Il est difficile d’analyser la question de droits des autochtones en Afrique sans y associer la question de statut d’Etat, et il est strictement impossible d’aborder cette dernière sans considérer, comme question de nécessité, ses origines douteuses. L’entreprise coloniale, marquée par la domination et l’annexion du territoire en Afrique, fut téléguidée par Léopold, le monarque belge et Bismarck, Chancelier allemand, et elle atteignit son paroxysme à la Conférence de Berlin en 1884, convoquée manifestement pour réglementer les relations commerciales parmi les diverses puissances européennes. Le résultat fut le morcellement du continent en 53 Etats multiethniques et bizarres sans aucune rationalité scientifique ou sociale à part celle de trancher les territoires parmi les différents colons, un fait qui certainement met de l’eau au moulin au mouvement naissant d’unification de l’Afrique.

    En se basant sur la croyance ethnocentrique selon laquelle la morale et les valeurs du colon européen étaient supérieures à celles de l’Africain colonisé, le colonialisme constituait une discrimination raciale évidente liée aux théories pseudo scientifiques étayées dans le sel de la religion chrétienne des 17ème et 18ème siècles. Cette forme de Darwinisme social qui a placé les blancs au sommet du royaume des animaux, «naturellement» portant la responsabilité de dominer les populations autochtones non européennes semble avoir trouvé une justification philosophique forte dans les travaux du philosophe allemand Hegel, entre autres auteurs, qui prétendaient que l’Afrique sub-saharienne était une ancienne utopie qui était restée - à toutes fins de connexion avec le reste du Monde – fermée sur elle-même : «la terre d’enfance, qui s’étendant au-delà de la journée de l’histoire consciente d’elle-même, est enveloppée dans le sombre manteau de la nuit. » Son caractère isolé, soutenait Hegel, a son origine non pas uniquement dans sa nature tropicale, mais essentiellement dans sa condition géographique. Hegel prétendait que les nègres des hautes terres ont continué d’exister dans un état de conscience qu’il a appelé « l’enfance de l’humanité» d’où le concept juridique de découverte qui a inspiré l’ensemble des rapports de propriété coloniale avec les territoires des peuples conquis.

    L’Etat post-colonial en Afrique, issu de cet artifice colonial, non enthousiaste à se remodeler et ayant renforcé les frontières coloniales à travers l’ancienne doctrine de droit international d’uti possidetis, est donc caractérisé par des faiblesses qui se sont souvent manifestées en conflits ethniques graves, gouvernance médiocre, les inégalités visibles et la pauvreté chronique. Les droits des autochtones en Afrique doivent donc être évalués et affirmés à partir de ce contexte.
    Comme l’écrit Howitz dans «Paradigm Wars» (Guerres de Paradigme), les processus coloniaux de l’acquisition territoriale et la formation des Etats de même que la consolidation post-coloniale des Etats a eu des conséquences dramatiques pour les droits en matière de ressources et les identités des communautés en Afrique: «Les biens, les intérêts et la propriété des peuples autochtones ont été vendus, loués à bail, commercialisés, et spoliés; les communautés ont été dépossédées, déplacées et appauvries; les terres ont été submergées, dégagées, clôturées et dégradées ; les mers, les rivières et les lacs ont été pollués … et appropriés pour usage privé; des sites sacrés ont été dynamités, cassés, profanés et endommagés de toutes manières; des connaissances et matières culturelles ont été volées, affichées, appropriées en tant qu’héritage national, et commodifiées comme des biens économiques; et même les peuples autochtones eux-mêmes ont été classifiés, assujettis à une législation répressive, déplacés arbitrairement de leurs familles par des structures des Etats, et plus récemment, assujettis à commercialiser leurs matériels génétiques.»

    Droits et peuples autochtones en Afrique

    Alors qu’il est indéniable que tout le continent fut ravagé et pillé par l’occident à travers l’esclavage, le colonialisme et le néo-colonialisme, il reste embarrassant que la réalité comme quoi ces forces ont occasionné des désavantages disproportionnés pour certaines communautés en Afrique au détriment des autres et au-delà des autres est en train d’être niée vigoureusement. Pourquoi est-il trop difficile de comprendre que les Maasai qui ont cédé plus d’un demi-million d’hectares de terrain pastoral dans la grande vallée du Rift au Kenya aux Britanniques constitueraient aujourd’hui l’une des communautés les plus pauvres dans le pays ? Est-ce question d’être génie pour comprendre que l’expulsion des Batwa des Parcs nationaux de Bwindi et Mgahinga en Ouganda pour donner la priorité à la protection du gorille de montagne, un objet-clé d’attraction des touristes, a mené à la quasi-décimation de cette communauté de chasseurs et cueilleurs ? Faut-il chercher à savoir ce qui contribue à la pénurie des Herero en Namibie, que les Allemands ont massacrés en masse et dont ils se sont servis comme des cochons d’Inde à l’aube du 19ème siècle ?

    La pire partie du cauchemar est que le départ des colons, plutôt que de frayer le chemin à reconstruction de l’ordre politique et économique de l’Afrique, a déclenché une nouvelle série de dominateurs noirs, qui, profitant des instruments et des institutions de l’Etat colonial, ont continué de saccager et de piller les ressources du continent et complètement fermé la porte à la justice restauratrice.

    Ignorant l’ignominie du colonialisme et des forces successives, les décideurs en politiques publiques contemporaines en Afrique font une tentative vigoureuse de construire une réalité basée sur l’ « intérêt national » et non sur des dessins communautaires qu’ils considèrent provinciaux et, par conséquent, sectaires. C’est cette classification d’identités et la conflation de la question d’égalité pour tous les gens qui sont en grande partie responsables du déni de droits autochtones.

    Car les droits d’autochtones sont considérés comme un domaine de droits qui cherchent à disloquer les priorités nationales pour des finalités communautaires, qui ne rentrent pas dans la logique et le syllogisme du développement étatico-centriques. Le fait que certaines communautés aient refusé ou ignoré d’adapter leurs intérêts aux priorités nationales de développement est vu comme un échec de prendre la responsabilité et les exigences du progrès. Cette objection est l’affirmation classique qui met en cause la pertinence de reconnaître la diversité dans des sociétés divisées, une tendance qui hégémonise l’Etat. Une analyse critique des droits des autochtones et ses bénéficiaires démontrerait cependant l’erreur des dites objections.

    Tout d’abord, les droits des autochtones sont basés sur la notion générale d’universalité des droits dans un cadre multiculturel tel que respecté dans la reprise à Viennes du caractère des droits humains en 1993. C’est à partir de Viennes qu’une voix sans équivoque est sortie pour réaffirmer la dignité inhérente et l’unique contribution des autochtones au développement et à la pluralité de la société et lancé un appel à leur inclusion totale dans la vie de l’Etat. C’est par conséquent un anathème de mettre en cause la place des droits des autochtones dans le discours national, car les deux peuvent cohabiter aisément et se soutenir mutuellement ; le premier permettant au second d’attirer davantage de légitimité née de l’inclusion substantive des groupes marginalisés tandis que ce dernier profiterait de l’inclusion dans les processus nationaux. En renforçant l’Etat d’où il serait autrement absent, la promotion des droits des autochtones tels que la gouvernance d’autodétermination et le développement locaux conduirait à une paix positive et anéantirait le recours au conflit.

    Deuxièmement, les droits des autochtones doivent être vus comme une facilitation de la véritable égalité, répandant ainsi la lumière à un groupe jusqu’ici non atteint par la prémisse transformatrice de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Alors que des sièges de non-discriminations exaltés comme jus cogens, la réalité qu’il reste difficile d’atteindre l’égalité pour tous sur le plan de la Déclaration Universelle exige que les groupes marginalisés, que ce soit des femmes, les enfants, les minorités et les groupes indigènes, poursuivent des stratégies qui vont au-delà de l’égalité formelle pour réaliser la promesse de dignité pour tous les gens. Certains ont donc mis en doute l’efficacité des dispositions de non-discrimination en tant que rempart contre les lacunes de droits humains auxquels font face les groupes autochtones. Le professeur Kingsbury de l’Université de New York a par exemple soutenu que les mécanismes existants ont complètement échoué quant à répondre adéquatement aux préoccupations des groupes autochtones et n’ont par conséquent servi que pour des objectifs symboliques et didactiques, delà la demande de mécanismes plus spécifiques.

    Troisièmement, la conception collective des droits a souvent semblé être un enfant d’un dieu moins important au sein de la contestation des droits humains qui a historiquement opposé les droits civils et politiques aux droits économiques, sociaux et culturels. Les droits collectifs, qui sont centraux à la lutte des autochtones partout dans le monde, ont donc souffert d’une prémisse mal exprimée, qui leur a souvent dépouillé de sa normalité normative. Grâce à l’article 27 de la Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques (ICCPR en sigle anglaise) et la jurisprudence progressive qui est sortie du comité des Droits de l’Homme sur cet article, il a été un terrain suffisant pour la protection des droits fonciers et des droits au développement des groupes, entre autres choses. La bonne liste des droits de solidarité énoncés sous la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, qui peuvent bien s’apprêter à cause des autochtones, est l’œuvre de Keba M’ Baye, juriste sénégalais, dont l’évaluation de la dynamique de la société africaine a inspiré le document. Dans sa monographie sur les droits au développement « Le Droit du Développement comme un Droit de l’Homme » en 1972, M’Baye, empruntant beaucoup de Karel Vasak, directeur de l’UNESCO, articule les droits de solidarité pour inclure le droit au développement, le droit à la paix, le droit à l’environnement, le droit à la propriété de l’héritage commun de l’humanité, et le droit à la communication.

    Ainsi la notion d’autochtones et de leurs droits en Afrique doit être comprise non pas uniquement sur base de ses racines étymologiques et textuelles qui mettent l’accent sur l’autochtonie. C’est l’interprétation analytique moderne du terme « peuples autochtones », avec son accent sur l’expérience vécue la marginalisation systémique, de la discrimination, la différence culturelle et l’auto-identification, qui devrait être considérée en ordre par rapport à la pratique émergeante de l’CADHP. Le Groupe de Travail International sur les Affaires Indigènes (IWGIA en sigle anglais) a soutenu que, «la question des autochtones tourne autour de l’affirmation selon laquelle certains groupes marginalisés sont discriminés de manières particulières à cause de leurs cultures particulières du mode de production et de la position de subordonnés au sein de l’Etat et du fait que les cadres juridiques et politiques de l’Etat ont été impuissants pour lever ces défis. Ceci est une forme de discrimination dont les autres groupes au sein de l’Etat ne souffrent pas. Il est légitime pour ces groupes marginalisés d’en appeler à la protection de leurs droits afin d’alléger cette forme particulière de discrimination». Pourtant, c’est aussi à ce niveau d’abstraction que la notion d’autochtones en Afrique s’amalgame avec le concept de droits des minorités, une autre expression problématique mais moins controversée sur le continent.

    Cependant, ce sont des fausses conceptions et des mythes qui ont en grande partie influencé la position de l’Afrique en s’opposant à l’adoption des mécanismes de fixation de principes et des normes pour les peuples autochtones. L’année dernière, une attaque dirigée par la Namibie et le Botswana sous le Groupe Africain chargé du Projet de Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones a amené l’Assemblée Générale de l’ONU à reporter la prise de décision sur la déclaration, tenant ainsi en otage la reconnaissance substantive par le droit international des droits des autochtones. Et quand l’Assemblée des Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’UA s’est tenue au début de cette armée à Addis-Abeba, ils ont justifié la position du Groupe Africain en se basant sur le fait que les droits des autochtones tels que détaillés dans la déclaration auraient un impact sur l’intégrité territoriale. La question qui dérange beaucoup de gens est celle de savoir si les Batwa en Ouganda, les Endorois au Kenya ou les Bushmen au Botswana ont ou non des plans de créer leurs propres Etats distincts. N’est-il pas évident que le droit à l’auto-détermination recherché par ces groupes est celui qui peut les habiliter et mener à la reconnaissance et à la participation accrue aux affaires publiques ? Une telle tentative serait consistante avec la jurisprudence de la Commission de l’Union Africaine proposée en 1976 dans la communication Katanga contre le Zaïre, qui a établi qu’une variante d’auto-détermination qui garantit l’inclusion des groupes marginalisés au sein d’un Etat est consistante avec le principe d’intégrité territoriale. Ceci était la position réitérée presque vingt ans plus tard dans la décision Ogoni contre le Nigeria de l’CADHP.

    Le terme «autochtones» devrait par conséquent revêtir une forme utilitaire constituant une tentative d’attirer l’attention sur la forme particulière de discrimination, et d’alléger cette forme dont souffrent les communautés qui, presque toujours, sont nomades ou groupes chasseurs dans le contexte africain. En s’identifiant au terme, il y a un sentiment comme quoi les particularités de leurs souffrances sont articulées de façon plus approfondie et peuvent s’apprêter à la protection de la loi internationale des droits humains et aux normes morales.
    L’adoption d’une liasse flexible de droits qui sont attribuables aux groupes autochtones, plutôt qu’une guerre perpétuelle autour d’un accord unanime sur la terminologie, qui en tout cas a été irréalisable durant les débats des deux dernières décennies sur les droits des autochtones au niveau de l’ONU, me semble offrir la véritable possibilité de reconnaître les droits des peuples autochtones en Afrique.

    Un cri dans l’obscurité: vivre en marge de la société

    Il est indiscutable que les groupes qui s’identifient comme autochtones mènent une vie de marginalisés, un coefficient de négligence ou d’abus ouvert. La plupart de gouvernements en Afrique n’ont pas de données ou indicateurs spécifiques sur les niveaux sociaux, économiques et politiques des autochtones. Comment peuvent-ils donc suivre de près les progrès vers les objectifs de développement du millénaire (ODM) si les plus pauvres des pauvres ne sont pas adéquatement reconnus? Une question majeure de préoccupation est que beaucoup d’Etats vont mettre l’accent sur le résultat final d’atteindre les ODM, plutôt que le dossier de qui les atteint ou comment. Ce risque fut noté dans le Rapport de Développement Humains 2003 « Les Objectifs de Développement du Millénaire : Un compact parmi les nations pour mettre fin à la pauvreté humaine».

    Prenez l’exemple des Twa du Burundi, au Rwanda, au Congo et en Ouganda. Leur mode de vie et les progrès du déboisement les ont poussés à se déplacer pendant des décennies, les laissant vulnérables – tombant entre les dents d’un système social et juridique moderne, qui normalement préserverait la propriété tant de leurs terres que de leurs biens de subsistance. Avec le besoin croissant de préserver les quelques forêts tropicales dans les pays les plus densément peuplés de la région des Grands Lacs d’Afrique, ils se retrouvent exclus de leurs habitats traditionnels.

    Étant donné la nécessité de plus de politiques protectrices de conservation, la croissance de l’industrie touristique et les préoccupations en matière de sécurité le long de la frontière avec le Congo, le Burundi et l’Ouganda, par exemple, l’Etat rwandais a pendant des décennies renforcé le contrôle des Zones forestières. Les Batwa ont été les plus affectés par ces mesures, qui les ont déracinés de leur mode de vie traditionnel et de leurs moyens de subsistance et ils ont été incapables de réussir à passer une transition vers une vie sédentaire et une économie du marché.

    À cause de leur marginalisation traditionnel et d’un cadre juridique et politique défectueux, la plupart de communautés d’autochtones y compris les Twa n’ont jamais été compensés lorsqu’ils ont été chassés des « Zones protégées » ou des « réserves de l’Etat » où ils étaient habitués à vivre et ainsi leurs conditions de vie se sont détériorées davantage. Aujourd’hui la plupart de Batwa mènent une vie de pauvreté choquante et un rapport récent du Programme des Peuples Forestiers, une organisation caritative britannique, prédit que les Twa sont en danger d’extinction, à moins qu’une action d’envergure et concertée ne soit entreprise pour renverser leur déclin.
    Tel est l’état de beaucoup d’autres groupes d’autochtones aussi bien d’éleveurs que de chasseurs, des Barabaig de la Tanzanie aux Tuaregs du Mali.

    La voie la moins empruntée

    Les droits des autochtones, évités par les politiciens du continent, ont trouvé de la place chez le quatrième pouvoir moins sûre – le pouvoir judiciaire. Avec la réputation d’être incorrigiblement corrompus et inefficaces, les chargés de justice du continent ont toujours à se faire reconnaître comme bastions de la justice pour le pauvre. Pourtant c’est ici que la lutte de reconnaissance et le respect des droits des autochtones a été le plus menée. Du Botswana au Kenya, et de l’Afrique du Sud à l’Ouganda, les cours sont devenues le théâtre de dramatisation de la souffrance des droits des autochtones et l’étendue grave de leur destitution. Au Kenya, une chèvre édentée a été produite comme élément de preuve pour persuader une cour de l’allégation de génocide environnemental perpétré contre la communauté IL Chamus tandis qu’au Botwana, de centaines de membres de la communauté Basarwa ont supporté 200 jours d’audience étant vêtus de leurs costumes traditionnels éclatants pour démontrer qu’ils constituaient en effet un groupe identifiable contrairement aux affirmations de l’Etat. Les audiences judiciaires ont donc été utilisées, avec des effets divers, pour entre autres choses, réclamer la restitution de terres à un groupe d’autochtones en Afrique du Sud ; mettre fin au déplacement par l’Etat des Ogiek au Kenya de la forêt Tinet dans la Vallée du Rift ; pour offrir des services sociaux aux Benet en Ouganda ; pour empêcher une société multinationale d’exploitation minière d’obtenir une concession de terres dans la région de Magadi au pays des Maasai pour la production de cendre de soude; et pour garantir les droits linguistiques en Namibie.

    Chose décevante, comme à l’époque de Brown contre le Conseil de l’Education au plus chaud du mouvement des droits civils aux Etats-Unis lorsque la Cour Suprême a publié des jugements en faveur de la déségrégation mais où les Etats racistes et belligérants ont refusé de les mettre en œuvre, les gouvernements africains n’ont pas été enthousiastes à accueillir à bras ouverts les décisions de leurs propres organes judiciaires. Le gouvernement du Botswana, par exemple, a évité la décision de sa Cour constitutionnelle et refusé de permettre aux Basarwa de faire la chasse comme source de revenus au Parc Central de Kalahari, tandis qu’une année plus tard la Cour Constitutionnelle du Kenya a pris la position comme quoi il faudrait créer une circonscription pour la Communauté IL Chamus à Baringo afin d’assurer leur participation aux choix de politiques, aucune mesure n’a été prise. Une situation semblable prévaut en Ouganda où deux ans après qu’un jugement consenti fut adopté garantissant aux Benet de jouir de leurs droits de faire brouter leurs troupeaux sur des terres qu’ils occupent et qu’ils cultivent, aucune mesure administrative appuyant la décision de la cour n’a été prise. Dans un continent qui professe le respect de l’Etat de droit en tant que principe clé dans leur ordre institutionnel, le fait de ne pas parvenir à garantir la mise en œuvre des décisions judiciaires est en effet un acte d’accusation ridicule de l’engagement de l’Afrique à la bonne gouvernance et aux idéaux démocratiques.

    Sans découragement, les groupes autochtones ont saisi les mécanismes régionaux pour élaborer des antécédents qui dictent les normes en matière de droits des autochtones. Cependant, leurs tentatives n’ont pas encore produit de résultat. En 2006, la plainte foncière des Bakweri contre le gouvernement camerounais fut perdue lorsque l’CADHP a déclaré la communication inadmissible. Les autochtones en Afrique attendent en retenant leur souffle la décision de la commission en ce qui concerne la communication des Endorois contre le gouvernement kenyan, une communication qui cherche la restitution du territoire ancestral à la communauté autochtone des Endorois.

    Et c’est à partir de ces effets dramatiques que les maisons de presse ont tardivement puisé les données et commencé à faire ressortir la folie de non-reconnaissance du malheur des communautés autochtones en Afrique permettant au public Africain et aux décideurs politiques d’examiner leur misère. Les principales organisations de la société civile telles qu’Aide et Action et CARE en Ouganda ont également commencé à réclamer que l’Etat accorde l’attention aux questions de droits des autochtones en tant que moyen de réaliser les questions des objectifs de développement du millénaire. La montée des organisations comme le Centre de Développement des Droits des Minorités au Kenya et le Comité de Coordination des Autochtones d’Afrique en Afrique du Sud, uniquement consacrés à la lutte pour les droits des autochtones en Afrique, est aussi en train de contribuer à rendre visibles ces questions.
    La bonne nouvelle, qui est difficile à rencontrer en rapport avec les droits des autochtones sur le continent, est en train d’émerger peu à peu. Les pays comme l’Afrique du Sud et le Cameroun ont pris des mesures claires d’entraver les processus conduisant à ratification de la Convention 169 de L’Organisation Internationale du Travail, convention qui attribue un régime substantif de droits aux peuples autochtones, y compris le droit de consentir librement, préalablement et à bon escient en matière de processus de développement dans les territoires autochtones.

    On n’est pas encore sorti d’affaire…

    Les luttes des peuples autochtones pour la reconnaissance de leurs droits doivent êtres considérés dans le cadre de la construction des sociétés multiculturelles en Afrique, où les diverses entités contribuent au bien-être de toute l’entité. À moins que ce changement de paradigme ne soit réalisé, les droits des autochtones en Afrique continueront de cumuler des dividendes négatifs en tant qu’instruments de fermeture sur soi et de division. Pourtant pour réaliser ceci, l’Afrique doit maîtriser le défi de sa propre identité. Avant d’y arriver, ce n’est pas encore «uhuru», comme on dit au Kenya, pour les groupes autochtones en Afrique.

    * M. Sing’Oei est co-fondateur et directeur du Centre de Développement des Droits des Minoriteés (CEMIRIDE) basé au Kena et au Zimbabwe.

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  • D'après Otto Saki le cas du Zimbabwe a fourni un excellent exemple des pailles et des accomplissements du propre système africain pour défendre les droits humains de ses citoyens contre des attaques provenant de leurs propres gouvernements.

    Introduction

    La situation au Zimbabwe a continué de se dégrader et d’attirer l’attention et l’intérêt aux plans international, régional et sous-régional. La Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples (la Commission) est l’une de telles organisations intergouvernementales qui ont reçu plusieurs appels portant sur des violations de droits humains: sur la liberté d’expression, la torture, la violence liée à la politique et causée par la politique, entravant les opérations des mécanismes juridiques et indépendants à l’échelle nationale, des évictions forcées sous prétexte de campagnes de nettoyage, entre autres questions. Les interventions ont été organisées compte tenu des violations et affronts à l’endroit de la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples (la Charte) à laquelle le Zimbabwe est partie. Le niveau, la nature et la mesure de l’intervention par la Commission sont très discutables, connaissant son mandat, l’exécution et la nature des recommandations. Alors que l’Afrique est perçue comme connaissant les abus de droits humains les plus nombreux et les plus affreux, ses mécanismes de droits humains demeurent sérieusement inadéquats ou dans la majorité de cas délibérément bloqués par les actions des Etats. Ceci se moque indubitablement des efforts des hommes et des femmes qui offrent leurs prestations comme commissaires et comme juges à la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples (la Cour). Cela dit, il faudrait noter que la Commission a traversé une phase remarquable de croissance et a vécu sa bonne part de défis, mais on peut en conclure sans se tromper que c’est l’une des institutions critiques dont dispose l’Afrique, et ce sans alternative, et pour certains Etats elle est devenue une source d’extase et pour d’autres une source de douleur, même si, à ce stade, on ne peut pas souhaiter la suppression de la Commission.

    Session de la Commission

    Le travail des institutions intergouvernementales régionales et sous-régionales de droits humains reste très étroitement lié au travail des organisations de droits humains et le Zimbabwe n’est pas une exception. À travers l’obtention du Statut d’observateur, les organisations sont effectivement reconnues non seulement par la Commission mais effectivement par l’Union Africaine. Actuellement, plus de 7[iv] organisations ayant le statut d’observateur devant la Commission ont été impliquées à plusieurs égards dans la mise en œuvre des droits de la Charte au Zimbabwe[v]. Le travail avec la Commission sur le Zimbabwe a gagné de l’espace considérable durant la 31ème session de la Commission, lorsque le Zimbabwe était à l’ordre du jour pendant le Forum des ONGs, ce qui a eu pour conséquence la prise d’initiatives par le gouvernement du Zimbabwe d’accepter une mission devant se rendre compte des faits sur terrain en matière de droits humains[vi]. Le Forum des ONGs africaines fut plus tard saisie de la communication de la part du Forum des ONGs de droits humains au Zimbabwe, en faisant la première communication substantielle sur le Zimbabwe[vii]. Avec l’adoption d’une décision par la Commission d’envoyer une mission devant se rendre compte des faits, Harare est devenu de plus en plus agressif dans sa position publique face aux organisations de droits humains et face à la Commission elle-même. Cela a marqué le début des attaques verbales croissantes contre la Commission et les commissaires, malheureusement avec peu ou pas de protection, du moins publiquement, du travail de la Commission par l’Union Africaine. [viii] Cela donne une base de supposer que les attaques à l’égard de la Commission étaient justifiées, pourtant elles étaient en effet sans pertinence.

    Mission d’etablissement des faits au Zimbabwe

    La Commission a mené sa première mission visant à établir les faits au Zimbabwe du 24 au 28 juin 2002[ix], plusieurs réunions furent tenues avec les ministères du gouvernement notamment celui de l’intérieur et de la justice, avec des membres du secteur judiciaire, des défenseurs et avocats de droits humains de même que diverses organisations de la société civile.

    Quand le rapport fut présenté au gouvernement du Zimbabwe, des attaques et des critiques sans égales à l’égard de la Commission furent publiées. «The Herald», un journal contrôlé par l’Etat, écrivit le 6 juillet 2004: «Selon les sources, le rapport (de la Commission Africaine) ressemblait aux rapports produits par la fondation « Amani Trust » qui est financée par la Grande-Bretagne, qui est très bien connue pour sa position anti-Zimbabwe et falsifiait la situation dans le pays. » Un éditorial dans le Sunday Mail du 11 juillet indiquait: «En lisant le rapport [de la Commission Africaine], on détecte la main d’un avocat zimbabwéen connu et des racistes d’Amani »

    Dans une autre diatribe y relative, les papiers se sont plaints: «Les Panafricanistes qui veulent prendre au sérieux l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et son successeur, l’UA, trouvent assez confus et démoralisant le débat sur le rapport frauduleux à cause de l’échec des journalistes africains, qui spécialement, ne sont pas parvenus à aller au-delà des événements superficiels contenus dans l’histoire : c’est-à-dire que la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples a tenu quelques audiences et produit un rapport frauduleux avec l’assistance des Britanniques, d’autres bailleurs de fonds et de certaines ONGs (organisations non gouvernementales) racistes. Ce qui manque dans l’histoire est le fait que ce rapport est le plus récent d’une série de mensonges, spécialement à propos du Zimbabwe et contre le Zimbabwe.[xi]»

    Plusieurs autres déclarations furent faites plus tard par le gouvernement en attaquant le travail de la Commission. Le rapport de la mission sur les faits fut adopté par la Commission dans son 17ème Rapport d’Activités, le gouvernement du Zimbabwe créant un cafouillage dans l’adoption du rapport par le Conseil Exécutif des Ministres et effectivement l’Union Africaine.[xii] Il fut accordé au gouvernement du Zimbabwe l’opportunité de fournir des réponses supplémentaires aux questions soulevées et finalement le rapport fut adopté par l’Union Africaine avec la réponse du Zimbabwe presque 3 ans plus tard.[xiii] Il convient de rappeler que les conclusions de la Commission restent en grande partie non-exécutées et que les droits sont davantage bafoués. [xiv]

    Suivant les évictions forcées en mai 2005, les Nations Unies ont expédié un envoyé spécial chargé de l’habitat humain, alors que l’Union Africaine ont envoyé dans la précipitation le Rapporteur Spécial sur les Réfugiés, demandeurs d’asile et personnes déplacées en Afrique pour une mission semblable. Le gouvernement du Zimbabwe refusa aux Rapporteurs Spéciaux l’opportunité d’effectuer toute visite sous l’argument que les procédures requises de l’Union Africaine n’avaient pas été suivies. [xv] L’envoyé de l’Union Africaine a passé une semaine en « cantonnement solitaire » à son hôtel, une évolution très malheureuse si l’on considère le rôle, l’importance et la présence des institutions régionales.

    Communications et mécanismes spéciaux

    Avec l’augmentation des attaques à l’égard des défenseurs des droits humains, des femmes activistes, des journalistes, il y a eu une réaction limitée pour les divers mécanismes sous la Commission Africaine, y compris les Rapporteurs Spéciaux sur les Défenseurs de Droits Humains[xvi] et sur la Liberté d’Expression[xvii]. La difficulté avec de tels mécanismes, comme sous d’autres systèmes semblables, est le fait de ne pas arriver à fournir des ressources humaines et financières appropriées pour faire le suivi total de la plupart de leurs appels. Les gouvernements ont, dans une grande mesure, pris au sérieux les appels urgents, et le gouvernement du Zimbabwe semble avoir répondu à la plupart des appels, même si l’on peut disputer si les réponses ont abordé les questions soulevées ou créé des justifications pour les violations continues sous la couverture de contrôler la loi et l’ordre. La Commission a dirigé une audience sur le Zimbabwe aux termes de l’Article 46 [xviii] de la Charte qui permet à la Commission de recourir à n’importe quelle forme de mécanisme pour faire des enquêtes ou poser des questions sur la situation des droits humains dans un Etat partie. Dans sa manifestation habituelle de dédain à l’égard de tout travail pratique et critique de la Commission, la délégation venue du Zimbabwe a refusé de participer à la réunion en citant des pratiques injustes et des irrégularités au niveau des procédures dans la constitution de l’audience. Il est intéressant de noter que durant la même session la délégation du Zimbabwe distribuait des éditions imprimées du magazine « New African » et deux rapports produits par la Police de la République du Zimbabwe (ZRP en sigle anglaise)[xix]. La crédibilité de la police nationale et en particulier ses branches et unités chargées de la collecte du renseignement a été défiée [xx].

    Des victoires devant la Commission

    Le travail avec la Commission a présenté et présente beaucoup de défis tout comme il est bénéfique. Des communications soumises au moins une s’est terminée et a conclu que le Zimbabwe a violé les obligations de la Charte. En avril 2006, la Commission a publié des mesures provisoires en rapport avec les évictions forcées, instruisant le gouvernement de prendre des mesures urgentes et appropriées pour apaiser la détérioration générale de la santé des individus souffrant des maladies mortelles qui, à la suite des évictions forcées menées sous Opération Murambatsvina [xxii], manquaient d’accès au traitement anti-rétrovirus, aussi pour assurer que les enfants en âge scolaire ne sont pas privés des opportunités de faire leurs examens de fin d’études, de même que donner l’abri et le traitement médical aux personnes âgées et aux malades.

    Alors que les procédures de la Commission continuent de nécessiter des réformes, il est critique de noter avec honneur l’importance de la décision sur l’admissibilité d’une communication. En pas moins de quatre incidents séparés; la Commission a jugé que les communications soumises par le Zimbabwe étaient admissibles. L’effet d’une telle décision fournit une preuve de l’insuffisance des mécanismes et institutions de protection des droits humains au Zimbabwe et l’absence de remèdes efficaces locaux aux violations de droits élaborées dans les communications.

    De telles décisions constituent un acte d’accusation à l’endroit du secteur judiciaire de même qu’un indicateur significatif et sans aucune ambiguïté que le secteur judiciaire et le système de livraison de justice au Zimbabwe ne garantissent plus la jouissance des droits humains et des libertés fondamentales universellement reconnus. [xxiv]

    Dans la communication 245/02, Zimbabwe Human Rights NGO Forum/ Republic of Zimbabwe, la Commission a fait des recommandations en rapport avec les violations de la Charte concernant la violence liée aux élections de 2000 et 2002, de même que la violence orchestrée au cours de la réforme foncière chaotique. Dans une déclaration, le forum des ONGs a noté que la «Commission a trouvé le Gouvernement du Zimbabwe en violation des articles 1 et 7 de la Charte Africaine. Ceci signifie que le Gouvernement du Zimbabwe avait violé le droit à la protection de la loi et qu’il n’a pas réussi à mettre en place des mesures d’assurer la jouissance de ces droits par les Zimbabwéens. L’endossement de la décision par l’Union Africaine est la reconnaissance par les Chefs d’Etats qu’il y a des violations de droits humains au Zimbabwe »

    Ingérence politique et blocage du travail de la Commission

    Vu que les organisations de la société civile et de droits humains ont enregistré et célébré de tels succès, le gouvernement du Zimbabwe a élevé son accent sur le travail de la Commission. Il a créé des synergies avec des pays ayant le même esprit qui ont également une histoire moins impressionnante de s’attaquer à la Commission, de bloquer et de se moquer du travail de la Commission.

    De telles péripéties de procédures ont causé les retards dans la publication du rapport de la mission d’Etablissement des faits de 2002 de même que la décision sur la Communication 245/05. S’agissant de la Communication 245/05, le gouvernement du Zimbabwe a fait des requêtes à la Commission bien après la fin de toutes les enquêtes et auditions. Il est préoccupant de noter l’agrément et le silence visible des Chefs d’Etats à l’Union Africaine[xxv], qui dans une grande mesure, n’a pas réussi à soutenir la Commission à la lumière des gouvernements qui font des grimaces. De plus, la non-mise en œuvre des recommandations de la Commission demeure une grande préoccupation.

    Leçons pour l’Afrique : rien d’appris et rien d’oublié!

    La Commission est une création de l’Union Africaine, avec un mandat de faire le suivi, de promouvoir et de protéger les droits tels qu’ils sont repris dans la Charte, la même Charte qui rend obligatoire de mettre en œuvre les mécanismes législatifs et administratifs suivant l’accomplissement des droits que contient la Charte. Conscient du fait que l’ascension à la Charte et aux instruments semblables est un acte volontaire limitant la souveraineté de l’Etat, la Commission assume un statut unique qui ne cherche ni à handicaper les institutions nationales telles que les Cours ni à les remplacer.

    Le Zimbabwe a régressé en passant d’un pays que l’on saluait comme le symbole du progrès et du développement à une antithèse de tout principe de développement, d’adhésion aux droits humains, à leur promotion et leur protection. L’importance des institutions supra-nationales dans l’application des normes universelles et régionales de droits humains reste critique, la faiblesse inhérente à ces institutions constitue un acte accusatoire à l’égard des dirigeants du Zimbabwe, et en Afrique. Ça reste la prérogative de tout citoyen progressiste de l’Afrique de sauvegarder ces institutions contre des individus qui se sont attribués les pouvoirs de gouverner, de mal gouverner, de construire et de détruire. S’ils ne sont pas contrôlés et limités par l’invocation des normes universelles célébrées en matière de droits humains, de tels pouvoirs nous conduiront à l’époque du joug et de l’esclavage sous nos yeux. Cette époque sera en effet une époque triste pour l’humanité et l’Afrique.

    * Otto Saki est coordinateur de Programmes, intérimaire et gestionnaire des projets, « International litigation and Human Rights Defenders Projects» auprès des «Zimbabwe Lawyers for Human Rights»

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  • Contributor | Gouvernance

    La Commissaire Faith Pansy Tlakula, membre de la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples ayant une responsabilité spéciale pour la liberté d’expression parle à Hakima Abbas à propos du fonctionnement du système africain des droits et les défis auxquels elle fait face.

    Hakima Abbas (HA): Pourriez-vous nous donner un bref aperçu sur la situation de la liberté d’expression en Afrique ?

    Faith Pansy Tlakula (FPT): Il est difficile de donner un aperçu de la situation en Afrique dans son ensemble. Comme je l’ai fait remarquer à plusieurs reprises depuis mon affectation, les normes existent en principe et la liberté d’expression est en effet protégée en Afrique par différents instruments. Ainsi, pour ce qui est de l’adoption des instruments, il ne semble y avoir aucune question. Cependant, dans la pratique, la liberté d’expression n’est pas encore une réalité pour beaucoup de gens sur le continent donc la question réside dans la mise en œuvre des principes qui existent. Alors qu’en Afrique les médias ont commencé d’agir comme la pierre angulaire de la démocratie et la source de l’information équilibrée dans certains Etats, il est clair qu’il y a toujours lieu de s’améliorer dans le domaine de la liberté d’expression.
    Dans mes rapports à la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples (ci-après désignée la commission), j’ai à maintes reprises exprimé mes préoccupations concernant les rapports faisant état de violations du droit à la liberté d’expression dans un certain nombre d’Etats africains et je reçois constamment a certain nombre de rapports du genre.
    Ces allégations incluaient, mais sans s’y limiter:

    • au harcèlement, aux menaces et à l’intimidation de journalistes et de praticiens des médias, à l’interférence politique injustifiée dans la presse, à la victimisation des maisons de presse considérées comme une presse qui critique les politiques gouvernementales, à la saisie des publications et à la destruction de l’équipement, et à la fermeture des établissements médiatiques privés

    • à l’adoption de lois ou d’amendements répressifs de la législation existante qui limitent la liberté d’expression et la libre circulation de l’information
    • à des rapports de disparitions, d’arrêts arbitraires et de détention de journalistes et de praticiens des médias qui, dans certains cas, sont détenus incommunicado et pour de longues périodes de temps sans actes d’accusations ou sans procédures judiciaires normales

    • à des meurtres de journalistes dans l’impunité, à la torture et aux autres formes de mauvais traitements et à la mort en détention de journalistes et de praticiens des médias.

    HA: Quels sont les mécanismes mis en place en Afrique pour garantir la liberté d’expression?

    FPT: La Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples fut créée en 1987 en vertu de l’Article 30 de la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples (ci-après désignée la charte) avec mandat spécifique de promouvoir les droits humains et des peuples et d’assurer leur protection en Afrique. Le mandat promotionnel de la commission implique l’éducation et la sensibilisation afin de créer une culture de respect des droits humains sur le continent. Le mandat protecteur de la commission entraîne essentiellement la réception et l’examen des plaintes alléguant les violations de droits humains. En plus de ces deux mandates principaux, la commission est aussi habilitée d’interpréter la charte sur demande d’un Etat partie, de l’Union Africaine (UA), ou d’une institution reconnue par l’UA.

    Sous l’Article 9, la Charte garantit à tout individu le droit de recevoir l’information et d’exprimer et diffuser ses points de vue dans les limites de la loi. Même si ce droit est considéré comme la Pierre angulaire du développement, on pourrait dire que sa protection sous la charte a été sérieusement diluée par la clause de récupération insérée au sein du même article. En effet, alors que le premier paragraphe garantit à chaque individu le droit illimité de recevoir l’information, le droit à chaque individu d’exprimer et de diffuser leurs points de vue dans les limites de la loi, tel qu’en dispose le paragraphe 2, pourrait être interprété par certains Etats d’une manière qui lui impose des limites non-raisonnables.

    Consciente de l’importance de respecter le droit à la liberté d’expression dans le développement de la démocratie, des droits humains et du développement durable, et face aux nombreuses violations du droit à la liberté d’expression, la commission a, au fur des années, adopté différentes mesures pour renforcer la promotion et la protection de ce droit.
    L’une des premières initiatives prises par la commission était à travers des déclarations et des recommandations faites dans le cadre des communications individuelles. En effet, la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples a, à travers sa procédure de communication et la vaste interprétation des pouvoirs dont ils jouit sous la charte, développé la jurisprudence sur les droits humains et des peuples en général, et le droit à la liberté d’expression, en particulier.

    La commission s’est également occupée des questions de liberté d’expression en Afrique à travers des résolutions, des déclarations et en promouvant le dialogue avec les Etats membres lors de l’examen des rapports des Etats, ou quand les commissaires effectuent des missions promotionnelles et d’établissements des faits.

    Bien plus, à sa 32ème session ordinaire tenue à Banjul, La Gambie en octobre 2002, la commission a adopté, par résolution, la Déclaration sur les Principes de Liberté d’Expression en Afrique. La déclaration fixe d’importantes phases et donne en détails la signification précise et l’étendue des garanties de liberté d’expression inscrites sous l’Article 9 de la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples.

    Au vu de la situation du droit à la liberté d’expression en Afrique, la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples a au départ affecté un Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression en Afrique en décembre 2004. Je fus affecté comme détenteur du mandat en décembre 2005.

    L’état de la liberté d’expression sur le continent africain a poussé la commission à adopter une résolution en novembre 2006. Exprimant ses préoccupations portant sur la situation actuelle, la commission lança un appel aux Etats de:

    Prendre toutes les mesures nécessaires afin de respecter leurs obligations sous la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples et d’autres instruments internationaux, y compris la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques qui guarantissent le droit à la liberté d’expression mais également de:
    Accorder leur totale collaboration avec le mandat du Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression en Afrique, afin de renforcer le droit à la liberté d’expression sur le continent africain et le travail vers la mise en œuvre effective des principes que contient la Déclaration des Principes sur le Liberté d’Expression en Afrique et les autres normes de droits humains applicables dans la région afin d’atteindre cet objectif.

    Enfin, afin d’assurer la mise en oeuvre effective de la charte, l’UA a créé la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples (la cour) sous le Protocole à la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples créant une Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples (le protocole). Le protocole fut adopté en juin 1998 et il est entré en vigueur en janvier 2004. Vingt-trois Etats ont jusqu’à présent ratifié le protocole et la cour est maintenant opérationnelle. La cour va servir en qualité d’arbitre et de conseiller. Selon le préambule et les Articles 2 et 8 du protocole, la cour complète le mandat de protection de la commission sous l’Article 45 (2) de la charte. Contrairement à la commission, les décisions de la cour sont obligatoires et finales et ne peuvent pas faire l’objet d’un appel.
    Sous l’Article 3 du protocole:

    1. La Cour a compétence pour connaître de toutes les affaires et de tous les différends dont elle est saisie concernant l’interprétation et l’application de la Charte, du présent Protocole, et de tout autre instrument pertinent relatif aux droits de l’homme et ratifié par les Etats concernés.
    2. En cas de contestation sur le point de savoir si la Cour est compétente, la Cour décide.

    La cour peut ainsi appliquer les autres traits de droits humains ratifiés par les Etats africains.
    Le protocole permet également à la cour de publier des points de vue consultatifs, conformément à l’Article 4, qui dispose que:

    1. À la demande d’un Etat membre de l’OUA, de l’OUA, de tout organe de l’OUA ou d’une organisation africaine reconnue par l’OUA, la Cour peut donner un avis sur toute question juridique concernant la Charte ou tout autre instrument pertinent relatif aux droits de l’homme, à condition que l’objet de l’avis consultatif ne se rapporte pas à une requête pendante devant la Commission.
    2. Les avis consultatifs de la Cour sont motivés. Un juge peut y joindre une opinion individuelle ou dissidente.

    À part cela, la cour pourrait aussi « essayer d’aboutir à une résolution à l’amiable dans un dossier en attente auprès d’elle conformément aux dispositions de la Charte’.

    HA: Quels sont les défis pour garantir le respect de la liberté d’expression en Afrique?

    FPT: Visiblement, il y a beaucoup de défis mais ils diffèrent également de pays en pays. Dans certains cas, ça pourrait être le manque de compréhension des principes, dans d’autres, un mépris total à leur endroit, ce qui montre l’importance de l’adoption, pour cette question, d’une approche basée sur les spécificités des pays.

    Comme je l’ai mentionné auparavant, les Etats africains sont obligés de respecter les principes existants en matière de liberté d’expression. Ils doivent assurer le respect des droits reconnus par la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples et soutenir la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples dans son travail pour garantir la mise en œuvre de la charte. En outre, le Principe XVI de la Déclaration des Principes sur la Liberté d’Expression en Afrique dispose clairement que: « Les Etats parties à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ne devraient ménager aucun effort pour mettre application ces principes.»

    L’on ne devrait pas être trop pessimiste, cependant, puisque les progrès réalisés au cours des quelques dernières décennies ne méritent ni d’être sous-estimés ni oubliés. Ces réalisations, qui incluent l’adoption de la Déclaration des Principes sur la Liberté d’Expression en Afrique et l’affectation d’un Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression, doivent tout simplement être vues comme la fondation sur la quelle nous devons maintenant construire un continent africain caractérisé par une presse libre et la libre circulation de l’information.

    HA: Quels sont votre rôle et votre mandat en tant que Rapporteur Spécial pour la Liberté d’Expression?

    FPT: En un mot, mon rôle en tant rapporteur spécial est de suivre de près la liberté d’expression en Afrique et faire rapport à la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples en conséquence. Mon rôle inclut le suivi des violations du droit à la liberté d’expression sur le continent, de faire des recommandations à la commission en ce qui concerne les mesures pour aborder les violations et aider les Etats membres de l’UA à réviser leurs lois et politiques nationales en matière de médias afin de respecter les principes décrits dans la déclaration. Mon mandat est aussi en partie de prendre des mesures au nom des personnes dites victimes des violations du droit à la liberté d’expression, y compris en envoyant des appels aux Etats membres, leur demandant des clarifications sur les rapports qui me sont transmis par différentes sources dignes de foi.

    En plus des résolutions pertinentes de la commission, et conformément à ces dernières, mon travail reflète les dispositions de la Charte Africaines des Droits de l’Homme et des Peuples, la Déclaration des Principes sur la Liberté d’Expression en Afrique de même que les autres instruments internationaux et régionaux de droits humains pertinents y compris la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (spécialement l’Article 19), le Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques (spécialement l’Article 19), de même que les autres traités, résolutions, conventions et déclarations en rapport avec le droit à la liberté d’opinion et d’expression.

    Selon la résolution sur le mandat et l’affectation d’un rapporteur spécial sur la liberté d’expression en Afrique, mon mandat inclut:

    • Analyser la législation médiatique nationale, les politiques et la pratique au sein des Etats membres, faire le suivi de leur respect des normes pour ce qui est de la liberté d’expression en général et de la Déclaration des Principes sur la Liberté d’Expression en particulier, et en aviser les Etats membre en consequence

    • Entreprendre des missions d’investigation auprès des Etats membres là où les rapports font état de violations massives du droit à la liberté d’expression et faire des recommandations appropriées à la commission

    • Entreprendre des missions dans les pays et toute autre activité promotionnelle qui renforcerait la jouissance totale du droit à la liberté d’expression en Afrique

    • Faire des interventions publiques là où les violations du droit à la liberté d’expression ont été portées à l’attention du rapporteur. Ceci pourrait être sous forme de publier des déclarations publiques, des communiqués de presse, ou des appels urgents;

    • Garder des archives correctes sur les violations du droit à la liberté d’expression et publier ces données dans les rapports soumis à la commission

    • Soumettre les rapports à chaque session ordinaire de la commission, sur la situation de la jouissance du droit à la liberté d’expression en Afrique.

    En s’acquittant de ce mandat, il est possible et, je crois, hautement souhaitable pour moi de tenir des réunions avec des autorités gouvernementales afin de faire des recommandations à propos de l’application des normes acceptées en matière de liberté d’expression. Ce rôle de conseiller est crucial pour la réussite de ce mandat; j’espère que les Etats membres vont progressivement la voir comme un instrument utile qui doit les aider à respecter leurs obligations sous la loi internationale en matière humaine.

    HA: Quel est le rapport entre le rapporteur spécial et la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples?

    FPT: C’est un rapport très proche. En effet, contrairement aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies, par exemple, qui sont des experts indépendants, les rapporteurs spéciaux sont membres de la commission, de vrais commissaires, qui sont affectés pour assumer un mandat spécifique. Ceci signifie que je ne suis pas seulement Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression en Afrique mais aussi je suis l’un des 11 membres qui forment la commission.
    En outre, compte tenu du fait que nous travaillons à temps partiel comme commissaires, le gros du travail est confié au secrétariat de la commission. Le secrétariat, par exemple, aidera à la préparation des missions, à la rédaction des projets de rapports de missions, de discours, entreprendra des recherches, organisera des ateliers et séminaires, fera la recherche de financements des activités, etc. Pour le moment, il y a au secrétariat un responsable juridique qui est précisément assigné pour mon mandat.

    HA: Quel impact votre rôle en tant que rapporteur spécial, et le travail de la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples dans un sens plus large, ont-ils sur les droits humains pour les gens de l’Afrique?

    FPT: Le travail de la commission a un impact de plusieurs façons comme vous pouvez le constater à partir des réponses aux questions précédentes. Par exemple, sous son mandat promotionnel, la commission renforce la prise de conscience à propos des normes existantes en matière de droits humains et elle peut aider à l’élaboration de ces normes. Par exemple, en ce qui concerne la liberté d’expression, je pourrais mentionner l’adoption de la Déclaration des Principes de Liberté d’Expression, qui donne les détails sur l’Article 9 de la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples. La déclaration est en effet un bon exemple de l’impact du travail de la commission en général et du mandat du Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression en Afrique en particulier, qui a été la clé à l’élaboration de la déclaration.

    HA: D’aucuns pourraient dire que, vu la poursuite sans cesse des violations de droits humains qui secouent le continent, le système africain des droits humains y compris la commission est un échec. Seriez-vous d’accord ou pas d’accord et pourquoi?

    FPT: Bien entendu, je ne serais pas d’accord que le système est un échec. Clairement, il reste des défis énormes, mais nous devons aussi voir les réalisations, même si parfois ces dernières semblent très limitées comparativement aux défis. De façon réaliste, la situation sur le continent ne changera pas du jour au lendemain mais nous devons être optimistes et utiliser nos forces et construire sur nos réalisations pour aller de l’avant au lieu de penser à nos erreurs du passé – d’aucuns pourraient dire nos échecs – à moins que nous ne regardions en arrière pour tirer des leçons à partir de ces expériences du passé.

    HA: Qu’est-ce que vous considérez comme les défis et les points forts de la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples?

    FPT: Je pense que nous connaissons tous les défis, y compris les ressources limitées (financières et en personnel), qui créent un tas d’autres difficultés. Cependant, puisque nous célébrons le 20ème anniversaire, je voudrais mettre un accent sur les forces de la commission, qui incluent son « accessibilité ». La commission est le forum où les ONG, les individus et les autres personnes dites victimes de violations de droits humains peuvent faire entendre leurs voix. C’est aussi le lieu où un véritable dialogue peut être initié entre les Etats membres et les personnes présumées victimes ou les organisations qui veulent porter une situation à l’attention du public dans l’ensemble. Il convient de noter que depuis la dernière session ordinaire, le nombre d’ONG qui jouissent du statut d’observateur auprès de la commission a atteint 367 et que le nombre d’institutions nationales de droits humains avec statut d’affilié a également augmenté au fur des années.

    HA: En novembre 2007, la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples va célébrer sa 20ème année d’existence. Qu’est-ce qui vous semble être la plus grande réalisation de la commission?

    FPT: La sensibilisation et le reconnaissance accrues, par différents intervenants, du travail fait par la commission. Le fait d’avoir existé 20 ans est une réalisation en effet, mais en même temps, 20 ans c’est plutôt une période courte pour qu’une institution avec un mandat aussi vaste et de grande envergure comme celui de la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples, étant donné tous ces défis auxquels elle doit faire face. Nous devons voir ce qui a été réalisé jusqu’à présent, faire le bilan et nous fixer des objectifs réalistes pour l’avenir.

    HA: Qu’est-ce qui renforcera, à votre idée, le travail et l’impact de la CADHP?

    FPT: J’ai mentionné la reconnaissance croissante du travail fait par la commission, mais il faut que la commission atteigne une audience plus vaste, au niveau de la base. Je crois que mieux le mandat et le travail de la commission sont mieux compris par tout le monde sur le continent, et à l’étranger, plus grand est la légitimité de la commission et par conséquent plus de collaboration elle recevra des Etats membres de l’UA. Il nous faut construire davantage de ponts.

    HA: Comment la société civile et les citoyens en Afrique peuvent-ils aider à assurer la liberté d’expression sur le continent?

    FPT: Il est visiblement nécessaire que la société civile, les ONG et les autres acteurs y compris moi-même en tant que Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression en Afrique, de continuer à renforcer la prise de conscience des principes de liberté d’ expression en Afrique, de mener la campagne de mise en œuvre des instruments pertinents et de lancer des appels aux gouvernements pour qu’ils respectent leurs obligations sous la loi internationale en matière de droits humains en adaptant leurs lois aux normes internationales en la matière. La société civile et les citoyens de l’Afrique peuvent également aider en collaborant avec mon mandat, par exemple en continuant d’envoyer les informations sur les allégations de violations de droits.

    Seule la collaboration entre tous les acteurs impliqués, y compris, bien entendu, la pleine participation des Etats, peut finalement mener au respect total du droit à la liberté d’expression sur le continent africain, et ainsi à la véritable cohabitation des nations basée sur les principes de démocratie. En effet, ensemble nous pouvons aider les Etats à mettre en œuvre ces principes en adoptant une approche culturellement sensible, en tenant compte des différentes situations qui prévalent dans chaque pays et région du continent. C’est là que l’importance de renforcer la prise de conscience devient réellement pertinente et c’est de là que le travail d’un mandat tel que le mien tire toute sa signification.

    * Hakima Abbas est Analyste Politique de l’UA pour le Fahamu

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  • L’Union Africaine a établi des institutions et des lois pour sauvegarder les droits des enfants en Afrique, argumente Mireille Affa’a Mindzie, mais les gouvernements africains n’ont pas encore prouvé leur engagement à faire plus que multiplier ces mécanismes légaux.

    Les enfants ont le droit, sans discrimination, à des soins et à une protection spéciales de la part de leur famille, de la société et de l’Etat.[1] Tout en reconnaissant que les pratiques tel que le travail des mineurs ont une longue histoire sur le continent et que des pratiques culturelles ou traditionnelles particulières ont un impact négatif sur la santé et le développement des milliers d’enfants, on ne peut pas réfuter le fait que l’enfant africain a, de tradition, reçu les soins et la protection de ses parents et d’autres fournisseurs de soins.

    La modernisation a facilité ou renforcé une vaste gamme d’abus subis par l’enfant africain telles que l’exploitation économique et sexuelle, la discrimination des genres en ce qui concerne l’éducation ou l’accès à la santé, ou l’implication des enfants dans le conflit armé. On estime que l’Afrique sub-saharienne a le nombre le plus élevé du taux de travail des enfants dans le monde, avec un estimé 80 millions, ou 41 pour cent des enfants âgés de moins de 14 ans, qui travaillent.[2] Ces chiffres varient suivant les facteurs tels que la migration; le mariage précoce; les différences entre les zones urbaines et rurales; les foyers ayant à leurs têtes des enfants; les enfants de la rue et la pauvreté. Bien plus, alors que la mortalité infantile sur le continent avait chuté entre les années 1970 et le début des années 1990, cette tendance s’est renversée à la suite des défis que les maladies endémiques tels que le paludisme et la tuberculose ont imposés à l’arrêt de la propagation du VIH/SIDA et à leur atténuation.[3] On estime que 19.000 enfants africains meurent chaque jour des maladies facilement curables; et 80 pour cent des enfants séropositifs sous l’âge de 15 ans vivent en Afrique.[4] A l’égard du conflit violent, on estime que jusqu’à 100.000 enfants, dont certains ne sont qu’à l’âge de neuf ans, étaient impliqués dans les conflits armés au milieu de 2004.[5]

    Pour répondre à la question des abus contre les enfants et assurer une meilleure protection des enfants sur le continent, les Etats Membres de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) ont élaboré un cadre normatif et institutionnel original visant à faire le suivi et mener le plaidoyer en faveur des droits de l’enfant. En juillet 1990, par exemple, les gouvernements africains ont adopté la Charte Africaine des Droits et du Bien - Etre de l’Enfant.[6] Le Comité Africain des Experts en Droits et Bien - Etre de l’Enfant, l’organe superviseur de la Charte, est le mécanisme mandaté pour promouvoir et de protéger les droits de l’Enfant en Afrique. Avec la transformation de l’OUA en l’Union Africaine (UA) et le nouvel accent place sur les droits humains et la participation populaire, la protection continentale de l’enfant a évolué en passant de la rhétorique politique aux garanties juridiques. Le présent article va aborder comment le Comité Africain des Experts sur les Droits et le Bien- Etre de l’Enfant peut être renforcé afin qu’il réalise effectivement son mandat, quels mécanismes ont été en outre mis en place pour assurer une meilleure protection des droits de l’enfant en Afrique et ce qui reste à faire pour que cette protection soit vue sur terrain.

    Vers une protection effective des droits de l’enfant en Afrique: perspectives et défis du Comité Africain sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant

    La Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant est le premier instrument régional et inclusif liant qui proclame les droits humains de l’enfant. L’adoption de la Charte a étroitement suivi celle de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (UNCRC). Justifiée par plusieurs motifs y compris la participation limitée des pays africains dans la rédaction de l’avant-projet de la Convention de l’ONU; les multiples compromis qui étaient nécessaires pour réaliser l’adoption de la Convention universelle; et le manque conséquent de prise en compte des situations particulières sur le continent, la Charte proclame une série de droits qui englobent les droits civils et les libertés fondamentales, les droits économiques, sociaux et culturels, de même que les droits spécifiques à la protection de l’enfant. Outre l’UNCRC, la Charte de l’Enfant s’efforce d’assurer que l’enfant reçoive la protection et participe à la jouissance de ses droits dans le contexte africain.

    Certaines des spécificités de la Charte incluent une plus forte définition de l’enfant par rapport à la Convention de l’ONU; l’interdiction stricte de la participation des enfants aux conflits armés; la protection des personnes déplacées internes en plus des enfants réfugiés; la protection de prisonniers enceintes et mères de bébés ou de jeunes enfants; et la protection des filles qui tombent enceintes avant la fin de leur éducation. La Charte Africaine réitère l’appel à l’élimination des pratiques sociales et culturelles qui affectent le bien-être, la dignité, et le développement de l’enfant, y compris l’usage d’enfants mendiants, le mariage d’enfants et les fiançailles de jeunes garçons et filles. A l’instar de l’UNCRC, les principes fondamentaux pour mettre en uvre les droits proclamés incluent la non-discrimination, les meilleurs intérêts de l’enfant, la vie, la survie et le développement de l’enfant, de même que la participation de l’enfant. Outre les droits de l’enfant, la Charte Africaine dispose des responsabilités que chaque enfant a, suivant son âge et son habileté, envers la famille et la société, l’Etat et la communauté internationale.

    Le Comité d’Experts sur les Droits et le bien-être de l’Enfant, créé sous la Charte, est mandaté d’assurer la promotion et la protection des droits que contient le document; de suivre la mise en uvre de ces droits; d’interpréter les dispositions de la Charte quand les Etats Membres de l’UA le lui demandent, quand cela lui est demandé par une institution de l’UA, ou par une autre personne ou institution quelconques reconnues par l’UA ou par un quelconque Etat Partie et entreprendre toute autre tâche qui lui serait confiée par l’Assemblée des Chefs d’Etats et de Gouvernements, le Président de la Commission et tout autre organe de l’UA ou les Nations Unies. Le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant comprend 11 membres élus par le Conseil Exécutif de l’UA pour un mandat de cinq ans non renouvelable. Les premiers membres du Comité furent élus en juillet 2001, et le Comité a tenu sa première réunion en avrilmai 2002 à Addis-Abeba, Ethiopie. Le corps a, jusqu’à présent, tenu neuf réunions et ses membres actuels représentent le Botswana, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, l’Ethiopie, le Kenya, le Lesotho, le Mali, le Nigeria, le Sénégal et le Togo.
    Pour remplir son mandat, l’organe a compétence d’examiner les rapports périodiques des Etats Parties sur les mesures qu’ils auraient adoptées pour rendre effectives les dispositions de la Charte; analyser les communications ou les plaintes individuelles sur une quelconque affaire couverte par la Charte; de même que de mener des enquêtes sur n’importe quel dossier qui rentre dans le domaine de la Charte et les mesures que les Etats Parties auraient adoptées pour mettre en œuvre le traité. Le Comité a, jusqu’à présent, reçu cinq rapports d’Etats de la part de l’Egypte, du Kenya, de l’île Maurice, du Nigeria et du Rwanda.[7] Il va examiner deux communications individuelles qui allèguent la violation des droits de l’enfant en Ouganda et au Kenya. Des visites promotionnelles et des missions ont été entreprises dans les pays tels que le Madagascar, la Namibie, le Soudan ou le Nord de l’Ouganda, et des missions futures sont programmées en RDC, au Liberia, à São Tomé et Príncipe, en Tunisie et en Zambie.
    Des critiques ont entouré la création du Comité en tant qu’un organe spécifique chargé de la promotion et de la protection des droits de l’enfant, à côté de la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples qui existe déjà.[8] Un financement inadéquat et des ressources matérielles et humaines insuffisantes accordés au Comité depuis sa création ont en outre suscité des questions sur la nécessité d’un mécanisme séparé pour les droits de l’enfant en Afrique. Par exemple, aucun Secrétaire permanent du Comité d’Experts n’a, jusqu’à présent, été affecté suivant l’Article 40 de la Charte de l’Enfant.[9] De juillet 2001 jusqu’à date, le Comité a été privé du personnel nécessaire pour mettre en œuvre et coordonner ses activités. Le corps compte surtout sur un Département surchargé de l’UA, le Département des Affaires Sociales et, au cours de sa neuvième réunion, le Commissaire de l’UA aux Affaires Sociales a suggéré que le Comité réduise ses réunions de deux à une par an jusqu’à ce qu’il lui soit donné un secrétariat totalement fonctionnel.10 Le mécanisme continental manque en outre de financement suffisant pour soutenir ses programmes et activités et pendant les cinq dernières années, le Comité a survécu grâce à la générosité des agences internationales telles que le Fonds des Nations Unies pour l’Enfant (UNICEF) ou des organisations non - gouvernementales internationales dont Save the Children Suède et Plan International. Les autres partenaires de la société civile, comme l’Institut des Droits Humains et du Développement en Afrique basé à Banjul ont également été instrumentaux dans l’élaboration des documents juridiques nécessaires pour que le Comité exécute son mandat.

    Pour que le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant se développe en tant que mécanisme indépendant et efficace pour le plaidoyer et le suivi autour des droits de l’enfant sur le continent, le corps devrait être pris plus au sérieux par l’UA. En d’autres termes, le Comité de l’Enfant devrait recevoir toutes les ressources nécessaires pour qu’il s’acquitte de son mandat. Il devrait en outre être lié aux autres organes de droits humains de l’UA, à savoir la Commission Africaine et la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples, de même qu’à l’ensemble du cadre politique continental.

    Le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant au sein de l’ensemble de l’architecture de l’Union Africaine

    La protection effective des droits de l’enfant en Afrique en appelle à une interaction harmonisée de tout le cadre continental de droits humains. Plus spécifiquement, pour que le Comité sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant réussisse du court au moyen termes, des liens plus rapprochés devraient être forgés avec les mécanismes existants pour la promotion et la protection des droits humains et de l’enfants. Le Comité Africain a initié la collaboration avec des organes semblables tels que le Comité de L’ONU sur les Droits de l’Enfant concernant la procédure de présentation des rapports par l’Etat et, au niveau régional, avec la Commission Africaine et la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples.[11] Prenant en compte la ressemblance de la plupart de leurs fonctions et procédures, cette collaboration se développe davantage et le Comité d’Experts pourrait bénéficier en tirant profit de l’expérience gagnée au fur des années par la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples.

    Par exemple, la Commission Africaine pourrait inspirer le Comité sur les Droits de l’Enfant en ce qui concerne la mise en œuvre de son mandat promotionnel et protecteur. Le Comité pourrait en outre bénéficier des rapports de longue date qui se sont développés entre la Commission et les organisations de la société civile, à savoir les organisations non - gouvernementales de droits humains. A cet égard, il est important de noter qu’à sa 9ème réunion, le Comité a décidé de lier, à partir de sa 11ème réunion, la participation des Organisations Non-Gouvernementales (ONG) à leur demande préliminaire de statut d’observateur ou son octroi.[12] Comme indiqué ci-dessus, le Comité a adopté ses critères pour accorder le statut d’observateur aux Organisations de la Société Civile (OSC) et il est donc en train d’encourager la formalisation de son partenariat avec les ONG. Cependant, dans la mesure où le Comité compte considérablement sur la collaboration de la société civile pour disséminer la Charte et rendre public son mandat et son travail, soutenant ainsi et renforçant sa structure général, la restriction de la participation des ONG à uniquement celles qui ont obtenu le statut d’observateur a la potentialité d’affaiblir les réunions, aussi bien en termes d’effectif que de contenu.

    Au-delà de la collaboration initiée et encouragée au sein du Comité d’Experts et de la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples, il est proposé que la Commission et le Comité devraient œuvrer pour un corps intégré de droits humains, ayant mandat de promouvoir et de protéger tant des droits généraux que spécifiques sur le continent, y compris les droits de l’enfant.[13] Un organe combiné ainsi pourrait être élargi de 11 à 18 membres. Outre la nécessaire rationalisation de la promotion et de la protection des droits humains au sein d’une plus vaste UA, la fusion proposée aiderait à centraliser le financement pour la protection des droits humains sur le continent. Elle clarifierait également la collaboration tant du Comité sur les Droits de l’Enfant que de la Commission Africaine avec la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples et, dans l’avenir, la Cour Africaine de Justice.

    Conçue pour renforcer le mandat protecteur de la Commission Africaine, la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples fut créée sous le Protocole à la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples Portant Création D’une Cour Africaine Des Droits De L’homme Et Des Peuples de 1998. Bien que le Protocole portant création à la Cour ait été adopté avant l’entrée en vigueur de la Charte de l’Enfant, le document a établi la compétence de la Cour en ce qui concerne les instruments internationaux et régionaux pertinents en matière de droits humains ratifiés par les gouvernements africains,[14] y compris la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant. Cependant, le Protocole n’a pas spécifié les modalités de collaboration entre la Cour et le Comité d’Experts. En juillet 2004, la décision des Etats Membres de l’UA de fusionner la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples avec la Cour de Justice continentale proposée, donnant ainsi une opportunité d’envisager expressément le rapport du Comité des Droits de l’Enfant, à part celui de la Commission Africaine, avec la Cour des Droits Humains. Dans ce sens, l’avant-projet du Protocole de fusion sur la Cour Africaine de Justice et des Droits Humains reconnaît expressément le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant.

    Comme il en est pour la Commission Africaine, le Comité d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant joue un rôle clé dans le processus de saisir la Cour.[15] Ceci a été confirmé par l’article 29 du projet de document sur la fusion de la Cour Africaine de Justice et la Cour Africaine des Droits Humains et des Peuples, qui précise que la Cour aura jurisdiction sur tous les dossiers et disputes juridiques soumis en ce qui concerne l’interprétation de la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples, la Charte des Droits et le Bien-être de l’Enfant, le Protocole à la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples relatif aux Droits de la Femme en Afrique, ou n’importe quel instrument juridique en rapport avec les droits humains, ratifié par les Etats Membres de l’UA.[16] Outre les Etats Parties au Protocole fusionné, les organisations inter-gouvernementales, les institutions nationales de droits humains, et les individus ou les ONG pertinentes accréditées à l’UA ou à ses organes, la Commission Africaine et le Comité Africain d’Experts auront le droit de soumettre à la Cour des cas portant sur toute violation d’un droit garanti par la Charte Africaine, par la Charte des Droits et du Bien-être de l’Enfant, le Protocole à la Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples relatif aux Droits de la Femme en Afrique, ou tout autre instrument juridique pertinent pour les droits humains ratifié par les Etats Parties concernés. Le Statut indique aussi que la Cour gardera à l’esprit la complémentarité avec la Commission Africaine et le Comité d’Experts au moment de faire le projet de règlements de procédures.[17] La première session de la Cour Africaine, tenue à Banjul, la Gambie, en juillet 2006, a commencé avec des séances de briefing sur la Commission et sur le Comité.[18] La Cour a depuis lors commencé à rédiger le projet et elle a adopté une partie des règlements de Procédures. La collaboration devrait ainsi être davantage encouragée et rendue effective parmi les principaux mécanismes régionaux de droits humains.

    En tant qu’organe judiciaire central de l’UA, la Cour de Justice et de Droits Humains aidera à renforcer la valeur juridique des recommandations adoptées par le Comité d’Experts, en rapport avec les cas de violations des droits de l’enfant en Afrique. Les décisions de la Cour seront finales et auront un effet liant. Contrairement à la Commission et au Comité des Droits de l’Enfant, la Cour des Droits Humains pourrait, après avoir établi les violations de droits humains ou des peuples, ordonner les mesures appropriées à prendre en vue de remédier à la situation, et ceci peut inclure l’octroi d’une juste compensation.[19] Bien plus, malgré que le Comité Africain d’Experts ait été créé au sein de l’organisation continentale, l’Acte Constitutif de l’UA n’a pas fait de référence directe au Comité. En stipulant expressément que le Conseil Exécutif de l’UA aura notification des jugements de la Cour et suivra leur exécution au nom de l’Assemblée, l’article 44 du Protocole de fusion aide à renforcer la protection juridique des droits humains et de l’enfant sur le continent.

    Soutien politique de la protection des enfants

    Au-delà de la collaboration du Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant avec les autres mécanismes de droits humains de l’UA, la protection effective de l’enfant en Afrique en appelle à une plus forte interaction du Comité sur les Droits de l’Enfant avec les organes administratifs et politiques continentaux. Par exemple, la Commission de l’UA, à travers les départements et les bureaux des Commissaires spécifiques, à savoir le Bureau du Commissaire aux Affaires Sociales, aux Affaires Politiques et à la Paix et Sécurité, a un rôle crucial dans le processus de rendre public la préoccupation de l’UA en ce qui concerne l’enfant en Afrique, de même que de mettre cette question à l’ordre du jour des organes politiques de l’UA. Cependant, le Comité des Représentants Permanents, le Conseil Exécutif, et l’Assemblée de l’UA devraient renforcer leur implication dans les questions qui affectent l’enfant sur le continent. Il faudrait accorder un soutien sans équivoque au Comité d’Experts quand on adopte son budget, quand on élit ses membres, ou lors de l’adoption et du suivi de son rapport d’activités. En tant qu’organe suprême de l’UA[20] et le premier chargé de l’exécution des rapports et recommandations provenant des autres organes de l’Union,[21] l’Assemblée des Chefs d’Etats et de Gouvernements a en plus le pouvoir de suivre la mise en œuvre des politiques et décisions de l’Union concernant l’enfant,[22] de même q’assurer le respect par tous les Etats Membres à travers la pression par les pairs.[23]

    La nouvelle architecture de l’UA sur la paix et la sécurité offre une autre opportunité de renforcer la protection de l’enfant africain, spécifiquement celui qui est affecté par la guerre. Les objectifs du Conseil de Paix et Sécurité[24] incluent l’anticipation et la préemption des conflits armés, de même que la prévention des violations massives de droits humains. Le Conseil vise également à promouvoir et d’encourager les pratiques démocratiques, la bonne gouvernance, l’Etat de droit, les droits humains, le respect du caractère sacré de la vie humaine, et le droit international humanitaire.[25] Ces objectifs pourraient soutenir le plaidoyer en faveur des droits de l’enfant dans le cadre général de la prévention du conflit, du plaidoyer et du suivi des droits de l’enfant affectés par les conflits armés, et la supervision des processus de réinsertion de l’enfant et l’intégration des droits de l’enfant au sein des processus régionaux de construction de la paix et de reconstruction post-conflit.[26]

    Enfin, les organes et les mécanismes de suivi tels que le Parlement Panafricain,[27] la Conférence sur la Sécurité, la Stabilité, le Développement et la Coopération en Afrique (CSSDCA),[28] et le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) et son mécanisme associé, le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP),[29] peuvent jouer un rôle clé pour la protection harmonisée des droits humains et de l’enfant en Afrique.

    Visant à consolider le travail de l’UA dans les domaines de la paix, de la sécurité, de la stabilité, du développement et de la coopération, le processus CSSDCA offre un forum pour l’élaboration et la promotion des valeurs communes au sein des organes principales de politiques de l’UA. À travers le CSSDCA “calebasse de stabilité” qui met l’accent sur la nécessité de démocratisation, de la bonne gouvernance et de la participation populaire au sein des Etats Membres, et essentiellement à travers sa “calebasse de développement” qui aborde l’amélioration des normes générales des vies,[30] le Comité Africain d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant pourrait inspirer le processus et contribuer à suivre et faciliter la mise en oeuvre de la stratégie de l’UA en termes de ces thèmes. Sous l‘initiative du NEPAD et du MAEP, la promotion et la protection des droits de l’enfant et des jeunes personnes est l’un des neufs objectifs clés du domaine prioritaire «Démocratie et Bonne Gouvernance Politique» qui vise à assurer que les constitutions africaines reflètent les principes démocratiques et offrent une gouvernance clairement responsable et la participation politique. La Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant, la Convention de l’ONU sur les Droits de l’Enfant et, en principe, la nouvelle Charte Africaine sur la Jeunesse, servent comme normes pour faire le suivi de l’objectif indiqué. À la fin du processus de revue, les rapports sur les pays examinés sous le MARP devraient être analysés et publiquement considérés par le Comité d’Experts sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant, tel que c’est envisagé en ce qui concerne la Commission Africaine des Droits Humains et des Peuples et les autres structures régionales et sous-régionales clés.

    En conclusion, un cadre clair et inclusif montre des efforts régionaux pour protéger les droits de l’enfant en Afrique. Cependant, pour que l’enfant participe effectivement en tant que composante clé des efforts du continent vers la paix et le développement durables, beaucoup plus reste toujours à faire et les gouvernements africains ont toujours à prouver leur engagement au-delà de la pure multiplication d’instruments et de mécanismes.

    * Dr. Mireille Affa’a Mindzie est cadre superieur chargé du projet, Centre pour la Résolution des Conflits, Le Cap, Africque du Sud

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    M. Bahame Tom Mukirya Nyanduga, le commissaire responsable d’appuyer la Charte Africaine sur les Droits de l’Homme et des Peuples parle à Hakima Abbas au sujet de l’engagement de l’Afrique de protéger les réfugiés et sa croyance que les Etats démocratiques qui tolèrent la diversité n’éprouvent pas des conflits qui mènent au déplacement de leurs citoyens.

    Hakima Abbas(HA): Pourriez-vous nous donner un bref aperçu sur la situation des réfugiés et les déplacées en Afrique.

    Bahame Tom Mukirya Nyanduga (BTMN): La situation des réfugiés et des déplacées en Afrique est, dans une large mesure, liée à la politique, l’économique et l’histore du continent, ou elle reflète ce dernier. Au cours des cinq dernières décennies, beaucoup de pays africains ont connu l’instabilité de l’une ou l’autre nature. Il y a ces pays qui ont atteint l’indépendance à travers la lutte armée. Leurs citoyens furent déplacés à cause de la répression coloniale et raciste, et les guerres de libération qui en ont résulté.

    Puis il y a de ces pays qui ont connu des régimes militaires, et à parti unique, qui ont invariablement supprimé les droits civils et politiques. Les politiciens de l’opposition et les différentes sections de la société qui ont exprimé l’opposition au régime non-démocratique, comme les mouvements estudiantins, les unions commerciales, et la population en général, ont fait l’objet de violation flagrante de droits humains.

    Pour la plus grande part de la période depuis le début des années 1960 jusqu’à présent, le continent a connu des guerres civiles basées sur des différences idéologiques, ethniques ou religieuses. Le génocide de 1994 au Rwanda a marqué la pire forme de violation de droits humains, le but visé étant l’extermination de la minorité ethnique Tutsi. Nous faisons face actuellement aux conflits dans la région soudanaise de Darfur, en Somalie, en République Centrafricaine, au Tchad, et au nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), ce qui cause des violations graves des droits humains. Tous ces conflits ont été responsables de la création de situations de réfugiés et de déplacées internes.

    Ainsi donc, nous ne pouvons pas perdre de vue les facteurs qui sont, ou qui ont été responsables de ces situations. En effet, ils devraient être des leçons sur comment mieux éviter les conflits, et, de là, réduire les situations de réfugiés et de déplacées internes. La population de réfugiés en Afrique a baissé serieusement au cours des dernières années, parce que beaucoup de conflits ont été résolus et les Etats respectifs ont adopté des réformes démocratiques, des constitutions démocratiques et ont réussi à tenir des élections.
    Je peux mentionner le Libéria, la Sierra Léone, le Burundi et la RDC comme exemples, même s’il y a toujours des poches de conflit qui exacerbe le déplacement de populations en RDC. Le déplacement de la population au nord de l’Ouganda est moins qu’un problème pour le moment, à cause des pourparlers de paix entre le Gouvernement de l’Ouganda et les rebelles de la LRA. La situation sécuritaire au nord de l’Ouganda s’est beaucoup améliorée, au point que le gouvernement est en train de fermer certains camps de déplacées qu’il avait mis en place, et les déplacées sont en train de rentrer à leurs villages.

    On ne peut pas dire la même chose de ces pays où les conflits continuent toujours. Le nombre de personnes déplacées continue d’augmenter à cause de ces conflits non-résolus. L’Afrique, le continent le plus pauvre de tous, a la distinction d’abriter le plus grand nombre de déplacées, que l’on estime à environ 13 millions, ce qui revient à plus de la moitié du total de 25 millions de déplacées dans le monde.

    Je dois souligner que ces chiffres reflètent la majorité de personnes déplacées par des conflits. Il y a en Afrique d’autres causes de déplacement non-liées au conflit, ce qui se passe régulièrement, tels que les projets de développement et les catastrophes naturelles, dans les différentes parties du continent. Les victimes de déplacements liés à des conflits et aux catastrophes naturelles reçoivent invariablement l’assistance humanitaire, contrairement aux personnes déplacées suite à des projets de développement et elles reçoivent peu de compensation tandis que leurs moyens de revenus sont détruits pour de bon. Il est grand temps que nos gouvernements adoptent des mesures positives afin d’aider toutes les victimes de déplacement pour restaurer leur dignité, et realiser le développement durable et la stabilité.

    HA: Quels mécanismes sont en place pour garantir les droits des réfugiés et des déplacées en Afrique? Pourquoi a-t-on besoin de mécanismes régionaux, les systèmes internationaux ne sont-ils pas suffisants?

    BTMN: Le mécanisme régional africain pour garantir les droits des réfugiés et des déplacés se trouve dans les instruments et institutions juridiques régionaux de base. L’Acte Constitutif de l’Union Africaine réitère la nécessité de promouvoir et de protéger le respect des droits humains et condamne toutes les formes susceptibles de mener aux violations de droits humains, c’est-à-dire la condamnation de l’accès inconstitutionnel au pouvoir. L’Union Africaine a créé des institutions telles que la Commission des Droits de l’Homme, la Cour Africaine des Droits de l’Homme, et le Conseil de Paix et de Sécurité, qui ont tous les mandats visant à protéger les droits humains en Afrique.

    Parlant des réfugiés, nous devons tout d’abord reconnaître la Convention de 1969 de l’OUA qui Régit les Aspects Spécifiques des Problèmes des Réfugiés en Afrique, en tant que le tout premier instrument qui a adapté la loi internationale sur les réfugiés aux réalités africaines. Cette convention fut adoptée à une époque où l’Afrique connaissait la lutte contre les régimes coloniaux et racistes, et la première vague de conflits ethniques dans les années 1960, les deux causes majeures des flux de réfugiés, à ce moment-là. La convention a élargi la définition du réfugié en Afrique, pour y inclure une personne qui fuit l’occupation et la domination extérieures et coloniales. Elle a inclus les causes autres que celles définies par la Convention de Genève de 1951. En d’autres termes, et en réponse à la question que le système international suffise ou non, je dois dire que le système régional fut mis en place pour répondre à des problèmes régionaux et caractéristiques particuliers en Afrique.

    Mais deuxièmement, et plus important, les instruments régionaux ne remplacent pas le système international. Ils fonctionnent en tandem. La Convention de l’OUA stipule qu’elle constitue un complément à la Convention de 1951 et reconnaissait l’importance de la coopération internationale dans le traitement des problèmes des réfugiés. La Charte Africaine stipule précisément qu’elle s’inspirera des instruments internationaux.

    C’est dans ce contexte que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), l’agence de l’ONU spécialisée responsable des réfugiés partout dans le monde, a travaillé étroitement avec les Etats africains affectés pour répondre aux situations des réfugiés. L’Union Africaine (et auparavant l’OUA) a travaillé étroitement avec le UNHCR. L’UA, à travers son Conseil Exécutif et la Commission, (auparavant le Secrétariat) a créé un cadre institutionnel et politique afin d’assurer que les questions des réfugiés reçoivent les réponses appropriées.

    La Charte Africaine des Droits Humains et des Peuples, en répondant à la question de déplacement, a établi le droit de chercher et d’obtenir l’asile. Tout individu qui est persécuté peut en jouir. La Charte reconnaît le droit de rentrer dans son propre pays. La Charte a créé la Commission qui a reçu des plaintes contre des Etats et détermine les violations de la Charte, y compris là où les réfugiés sont concernés. L’idée de créer ces mécanismes est de développer une culture de respect et de protection de tous les droits humains, y compris les droits des réfugiés et des personnes déplacées.

    La Commission a mis en place le mécanisme du Rapporteur Spécial pour les réfugiés et les personnes déplacées internes (PDI) afin de mettre constamment en relief la situation des réfugiés et des PDI en Afrique et de sensibiliser les gouvernements à propos de la nécessité de trouver des solutions durables à ces problèmes. Les droits des réfugiés africains sont reconnus dans d’autres instruments régionaux, tels que le Protocole sur les Droits de la Femme et la Charte sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant en Afrique.

    En ce qui concerne les déplacées internes, je dois souligner que la responsabilité de protéger les personnes déplacées à l’intérieur revient carrément à l’Etat dont elles sont citoyennes. Les PDI sont des citoyens qui restent sur le territoire d’un Etat quand elles fuient une partie du pays qui est affectée par un conflit, une catastrophe naturelle, ou un projet de développement. Chaque Etat a la responsabilité sous le droit international de protéger ses citoyens. Cette responsabilité ne cesse pas lorsqu’une personne est déplacée de son village ou de sa ville. C’est la tâche d’un Etat de continuer d’assurer la dignité humaine, la sécurité physique et l’intégrité des PDI.

    L’assistance humanitaire internationale, suivant la nécessité et en cas de besoin, continuera d’être fournie pour améliorer les conditions de vie des PDI pendant le déplacement. Cependant, ceci ne relève pas l’Etat de sa première responsabilité de protéger et d’aider les PDI, et d’assurer qu’elles sont en sécurité et qu’elles retournent à leurs lieux habituels de résidence, ou qu’elles sont réinstallées aussitôt que les conditions qui les ont forcées au déplacement se sont améliorées.

    Une plus large dissémination de ces instruments est nécessaire et importante afin d’affermir les droits des réfugiés et des personnes déplacées, parce qu’au fonds du problème se trouve le manque de respect de leurs droits au niveau de la communauté et au niveau national.

    HA: Où se trouvent l’interconnexion et la divergence entre la loi sur les réfugiés et la loi sur les droits humains en Africa ?

    BTMN: L’interconnexion et la divergence dans la loi sur les réfugiés et la loi sur les droits humains seraient une question particulièrement africaine. L’analyse que j’ai faite ci-dessus n’est pas celle d’une distinction entre la loi sur les réfugiés et la loi sur les droits humains, ou que l’Afrique traite ces cas différemment. Si l’on doit en dire quelque chose, on doit parler d’interconnexion plutôt que de divergence. L’Afrique reconnaît que la loi sur les réfugiés fait partie de la loi sur les droits humains. L’expérience africaine des réfugiés a introduit certains concepts qui, jusqu’en 1969, n’étaient pas connus à la loi internationale sur les réfugiés. Ceci a été le résultat des conditions historiques et politiques particulières à l’Afrique, que j’ai expliqué auparavant, de même que des conditions dans lesquelles vivaient les réfugiés africains, et dans lesquelles ils continuent de vivre, juste comme la Convention de 1951 ne les aurait pas inventées en l’absence de l’expérience à cette époque matérielle dans le temps.

    La reformulation d’un certain nombre de principes juridiques, dans la Convention de 1969 - tels que l’asile est un acte humanitaire et ne sera pas considéré comme un acte d’aggession, que les camps des réfugiés seront situés à une distance raisonnable de la frontière avec l’Etat d’origine, et l’interdiction expresse de l’implication des réfugiés dans des activités subversives - reflétait les situations et les préoccupations très particulières à l’Afrique, où des conflits armés et des guerres civiles étaient menés par des mouvements de libération et des groupes armés à partir des Etats voisins contre le pays d’origine.

    Les principes et les pratiques juridiques qui ont évolué à travers l’expérience africaine des réfugiés, tels que les principes de rapatriement volontaire et ceux mentionnés auparavant, constituent maintenant une partie des principes de base de la loi internationale sur les réfugiés.

    HA: Quels sont les défis pour garantir les droits des réfugiés et des déplacés en Afrique?

    BTMN: À mon avis, le premier défi majeur pour garantir les droits des réfugiés et des déplacés est le problème de manque de tolérance de la diversité, et de l’inattention à la situation des victimes. Les Etats africains qui reconnaissent la diversité d’opinions, de nationalités et d’ethnies ne rencontrent pas de tels problèmes comme ceux qui embrassent l’ethnisme, ou qui évitent le pluralisme politique. En l’absence d’un sens propre de nationalisme, de tels problèmes continueront de se produire dans beaucoup d’Etats africains. Il est un fait que les Etats africains qui ont embrassé des réformes démocratiques, des formes responsables de gouvernance politique et économique et reconnu la diversité raciale et ethnique, de même que la pluralité des points de vue politiques, ne connaissent pas de cas de conflits suite à la mauvaise gestion politique ou économique qui sont les causes de conflits et par là les causes des situations de réfugiés et de déplacés de l’intérieur.

    Le deuxième défi est la situation de pauvreté dans tous les Etats africains qui a pour conséquence le manque de provisions sociales et économiques adéquates pour la société. Ceci pourrait mener à la marginalisation de certaines couches de la population qui, suite au désespoir, s’impliquent dans des conflits, produisant ainsi des réfugiés et des déplacées internes. Le manque de ressources peut, d’autre part, conduire à ne pas parvenir à satisfaire les besoins élémentaires des réfugiés dans les pays d’asile.

    Le troisième défi est le manque de connaissances du côté des réfugiés, des déplacées, et de la population en général, à propos de leurs droits de base, de telle manière qu’ils ne peuvent pas plaider ou les réclamer quand ils deviennent réfugiés et personnes déplacées.

    HA: Quels sont votre rôle et mandat en tant que Rapporteur Spécial sur les réfugiés et déplacées en Afrique?

    BTMN: Mon mandat est repris dans une résolution adoptée par la Commission Africaine en décembre 2004, pendant sa 36ème session tenue à Dakar, Sénégal. Il me demande d’étudier et de mettre en relief la situation des réfugiés, des demandeurs d’asile, des déplacées internes et des migrants en Afrique, de collaborer avec les Etats et gouvernements africains, avec l’Union Africaine et la communauté internationale, et d’examiner les diverses stratégies pour la réduction de ces problèmes en Afrique, en faisant des recommandations à travers la Commission Africaine. Il implique le travail avec différent intervenants, comme je l’ai indiqué plus haut, y compris la société civile et les institutions nationales de droits humains, le traitement et la mise d’accent sur des problèmes, afin d’essayer et d’y trouver des solutions durables.

    Mon rôle est donc celui de facilitateur, qui doit aider à porter les questions de droits humains et les problèmes rencontrés par ces groupes spécifiques d’Africains à l’attention de leurs gouvernements et de l’Union Africaine. Le rôle d’un Rapporteur Spécial est un rôle très flexible. Il lui permet de répondre à l’une ou l’autre des situations ci-haut mentionnées, dépendamment de l’accès lui accordé par l’organisation et les Etats responsables, avec lesquels il ou elle doit avoir une interaction, en vue de promouvoir la prise de conscience sur les problèmes que rencontrent ces groupes et leurs droits, dans le but de leur protection.

    HA: De quelle manière sentez-vous que votre rôle en tant que Rapporteur Spécial, et le travail de la Commission Africaine dans un sens plus large, ont eu un impact sur la situation des réfugiés et des déplacés en Afrique ?

    BTMN: Il ne me revient pas d’évaluer mon rôle en tant que Rapporteur Spécial. Je laisserai ceci aux autres observateurs. Dans tous les cas ceci fut l’un des mécanismes créés par la Commission en 2004, contrairement aux autres mécanismes qui avaient été créés un certain nombre d’années avant. Je suis la première personne à tenir ce poste, donc il n’y avait pas d’expérience dont on pouvait en tirer des leçons. Cependant, permettez-moi de dire que je sens que j’ai contribué, dans une certaine mesure, à apporter la visibilité aux droits humains, aux questions des PDI et des migrants, en particulier. Ces questions sont maintenant soulevées et discutées régulièrement à chaque session de la Commission. En ce qui concerne les questions des réfugiés, le mécanisme leur a donné la possibilité d’être discutées à chaque session, puisqu’elles font partie de l’ordre du jour et des rapports du Rapporteur Spécial à chaque session.

    Parlant du rôle et de l’impact de la Commission, elle a pris un certain nombre de décisions concernant les plaintes soumises au nom des réfugiés, l’une d’entre elles concernant l’expulsion massive des réfugiés du Rwanda au début des années 1990. La Commission a trouvé que le Rwanda avait violé la Charte en expulsant les réfugiés burundais. Et plus récemment, elle a trouvé la Guinée coupable de violation des droits dans une plainte apportée au nom des réfugiés de la Sierra Leone. La Commission a recommandé que les deux Etats trouvent une solution aux violations commises contre les réfugiés.

    Les rapports d’activités de la Commission sont soumis au Sommet de l’UA tous les six mois, ce qui signifie que tous les Etats Parties à la Charte Africaine suivent étroitement les activités du Rapporteur Spécial et de la Commission en général. Je suis donc confiant qu’à travers notre travail, tous nos intervenants reconnaissent que beaucoup reste à faire dans le domaine de la protection des droits de tous ces gens.

    HA: Le dernier débat autour de l’unité continentale à l’Union Africaine a vu beaucoup d’avocats d’une Afrique sans frontières. Quel impact la citoyenneté africaine aurait-elle sur le sort des réfugiés et des déplacées internes en Afrique? Ceci constitue-t-il une solution efficace à la question?

    BTMN: Permettez-moi de dire que quelle que soit la réponse que je vais donner à cette question, elle reflète mes opinions personnelles, plutôt que d’être une réponse en ma qualité de Rapporteur Spécial. Ceci est dû au fait que la question plus vaste, ou le Grand Débat, n’a pas été soulevée pour qu’elle soit débattue au niveau de la Commission Africaine, et ainsi je ne peux pas supposer m’exprimer au nom de la Commission, ce qui devrait être le cas, quand on discute sur les réfugiés et les déplacés.

    Théoriquement parlant, la réponse à votre question serait qu’une Afrique sans frontières précipiterait la citoyenneté africaine, ce qui signifie liberté de mouvement pour tous les Africains du Cap au Caire, et de Dar es Salaam à Dakar, et ainsi l’absence de réfugiés. Il y aurait toujours des déplacées, parce que les gens sont susceptibles d’être déplacés suite à d’autres causes que les conflits intérieurs. En d’autres termes, un gouvernement d’unité africaine va signifier l’absence de conflits entre Etats et au sein des Etats.

    Le problème, à mon avis, est que l’intolérance face à la diversité, que j’ai expliquée précédemment, rend difficile aux valeurs démocratiques de se développer, dans plusieurs pays du continent. La répression contre les groupes d’opposition sur le continent dit tant de choses à ce sujet. Ceci veut dire que le genre de libéralisme politique et économique qui inspire la divergence d’opinions politiques, et une culture de liberté d’expression et d’opinion, fait défaut dans beaucoup d’Etats africans, y compris les dirigeants défenseurs du grand débat. Très peu d’élections générales se tiennent sur le continent sans qu’il y ait des allégations de vols de votes, d’intimidation, et de dédain direct envers l’opposition.

    Ainsi, dans la mesure où je crois à l’unité continentale, je ne suis pas défenseur de l’unité au détriment de la stabilité, et de la nécessité des valeurs sociales, économiques et politiques partagées. Une union précipitée sans valeurs communes partagées, tels que le respect non-ambigu des droits humains fondamentaux et élémentaires, va créer une situation pire. Pour moi le test ultime de l’unité continentale sera vu lorsque les objectifs et les principes incorporés dans l’Acte Constitutif de l’Union Africaine, les programmes de NEPAD, y compris le Mecanism Africain d’Evaluation par les Pairs, deviennent une réalité pour tous les 53 Etats membres, et que les processus des Communautés économiques régionales sont mis en œuvre de bonne foi.

    Si ces normes minimales sont difficiles à réaliser, alors j’ai l’intuition que l’Unité Africaine est encore très éloignée de notre époque. Si ces programmes réussissent, alors la fondation aura été posée pour l’unité continentale durable.

    HA: La Tanzanie, sous le Président Nyerere, avait une politique ouverte sur les réfugiés et les déplacées en Afrique, politique qui permettait une grande assimilation dans la société tanzanienne. Cette politique a semblé maintenir la stabilité du pays en dépit des flammes du conflit qui se sont répandues à travers la région. D’autre part, l’Afrique du Sud a, à ce jour, une politique très fermée envers les réfugiés et les travailleurs migrants, que le gouvernement justifie comme un moyen de maintenir la stabilité nationale. Comment les politiques nationales envers les réfugiés et les déplacées affectent-elles la stabilité politique et quelles sont les politiques idéales que les gouvernements devraient et doivent adopter?

    BTMN: La politique sur les réfugiés de tout Etat est inspirée non seulement par des obligations qu’il a assumées sous les instruments internationaux et régionaux, mais par les conditions matérielles qui prévalent dans le pays et au moment où la politique est adoptée et mise en oeuvre. En comparant les politiques des réfugiés poursuivies par le gouvernement du Président Nyerere, avec celles adoptées par le gouvernement sud-africain quelques années plus tard, il est nécessaire de reconnaître que les deux politiques étaient inspirées par des conditions et des époques différentes. Beaucoup de réfugiés du temps du Président Nyerere venaient de l’Afrique australe et de l’Afrique centrale. Les membres de mouvements de libération se son entrainés et sont allés lutter pour la libération de leurs pays. Les réfugiés en provenance de l’Afrique Centrale n’ont pas combattu leurs Etats d’origine jusque dans les années 1990, et de plus, ils ne l’ont pas fait à partir du sol tanzanien.

    Il faut dire également que, suite au fait d’héberger des réfugiés pendant les cinq dernières décennies, la politique de porte ouverte poursuivie par le gouvernement tanzanien n’est plus la même. Un certain nombre de facteurs pourraient avoir justifié un tel changement, à savoir la diminution de l’assistance aux réfugiés au début des années 1990, lorsque la communauté des bailleurs internationaux a déplacé son soutien et son assistance aux réfugiés de l’Europe orientale, après la chute des régimes communistes de l’Est de l’Europe. La Tanzanie, comme beaucoup d’autres Etats africains, c’est-à-dire l’Angola, le Tchad, le Kenya, l’Ouganda, le Soudan, la Guinée, la Zambie, et d’autres, ont porté le fardeau d’héberger les réfugiés, en dépit du fait d’être des économies pauvres, au détriment de leurs terres et de leurs environnements, dont le coût n’a jamais été calculé en termes de sommes d’argent. Pourtant ceci ne les a pas découragés pour ce qui est de leurs responsabilités à l’égard des réfugiés.

    D’autre part, après la démocratisation de l’Afrique du Sud, son gouvernement a dû affronter un influx de réfugiés et de migrants économiques. Le fait que le gouvernement démocratique avait à aborder les inégalités de l’ère de l’apartheid, pour satisfaire à la majorité de sa population, qui a vécu sous des conditions de pauvreté après un siècle d’apartheid, ne doit pas être ignoré. J’espère qu’au moment où elle fait face au défi d’aborder les questions des réfugiés, et en particulier la difficile situation politique et économique à travers sa frontière nord, et étant l’économie en tête en Afrique, sa politique des réfugiés doit distinguer les réfugiés authentiques et les migrants économiques, tout en abordant ces très sérieuses préoccupations. Le gouvernement doit aussi entreprendre des campagnes de sensibilisation pour encourager la tolérance par ses gens envers les citoyens étrangers, particulièrement ceux en provenance des pays africains touchés par des conflits, tels que les demandeurs d’asile somaliens, dont on dit qu’ils font l’objet de victimisation par des assaillants non-identifiés.

    Deuxièmement les questions de sécurité associées aux conflits qui se produisent dans la région des Grands Lacs sont devenues problématiques dans les zones où les camps de réfugiés étaient situés, ce qui n’était pas le cas au début des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980. Les conflits des années 1960 et 1970 n’ont pas beaucoup affecté les gens qui vivaient dans les régions frontalières de la Tanzanie. Les exceptions étaient les quelques cas de l’armée coloniale portuguaise qui a bombardé le sud de la Tanzanie. Dans les années 1990 jusque récemment, les actes de banditisme associés avec la circulation des armes portatives dans la région des Grands Lacs a affecté beaucoup de communautés à proximité des camps des réfugiés, et au-delà. Ceci a un impact négatif sur les populations locales, dont certains éléments deviennent défenseurs des politiques anti - réfugiés.

    Cela dit, je peux déclarer que la continuation persistente des conflits dans un pays d’origine ne peut pas encourager la stabilité politique dans le pays hôte. L’instabilité vécue au nord de l’Ouganda pendant environ vingt ans était liée à son soutien à SPLM/A et en conséquence le Soudan soutenait la LRA. La résolution d’un conflit a créé des conditions pour la résolution de l’autre. Il en est de même pour le conflit du Darfur vis-à-vis des conflits du Tchad et de la République Centrafricaine. La résolution du conflit du Darfur est susceptible de mener à une résolution des conflits au Tchad et en République Centrafricaine, qui ont tous engendré des situations majeures de réfugiés et de PDI.

    Ainsi, à mon avis, les Etats doivent respecter les droits de leurs propres citoyens, et leurs obligations de les protéger. Là où une situation de réfugiés ou de PDI survient comme résultat du conflit, les dirigeants politiques doivent chercher des solutions pacifiques plutôt que s’embarquer sur des stratégies militaires. L’expérience montre que les solutions militaires n’ont pas réussi dans beaucoup de conflits en Afrique, le Burundi, la RDC, le Liberia, le Mozambique, la Sierra Leone et le Sud du Soudan pour n’en citer que quelques-uns. La paix et la stabilité que nous avons vues dans ces pays est due au fait qu’elles sont soulignées par des accords de paix plutôt que par des victoires militaires directes.

    HA: Certains pourraient dire qu’étant donné les violations continues des droits humains qui secouent le continent, y compris, par exemple, la situation au Darfur, le système africain des droits humains est en échec. Seriez-vous d’accord ou pas avec ceci?

    BTMN: Je ne pense pas que la réponse à cette question soit un simple “oui” ou “non”. La situation en Afrique est plus complexe que ça. J’ai décrit auparavant les perspectives historiques et politiques de la situation des droits humains en Afrique. Nous devons reconnaître que l’Afrique a franchi des pas positifs dans un certain nombre de domaines. Par exemple, le nombre de gouvernements démocratiquement élus sur le continent aujourd’hui, comparativement à il y a dix ou quinze ans, quand les régimes militaires/à parti unique étaient la norme, est de loin plus élevé. Ceci ne signifie pas que le niveau de gouvernance démocratique sur le continent est parfait. Mais il y a, en définitive, des progrès pour ce qui est de développer une culture démocratique et de droits humains.

    J’ai indiqué auparavant que l’Union Africaine ne reconnaît pas les moyens non-démocratiques d’accès au pouvoir. Qu’est-ce que cela veut dire? Ça veut dire que l’Afrique n’aura pas un autre Idi Amin ou un autre Abacha, delà le genre de violations, qui étaient perpétrées à l’époque, ne sont pas susceptibles de se reproduire. Ce qui se passe maintenant est que, même quand il y a un “coup d’Etat progressif” dans un Etat africain, l’Etat est immédiatement sanctionné et suspendu des activités de l’UA. Il doit tenir des élections en une courte durée afin de restaurer la constitutionalité. C’est ce genre de mesures qui sont en train de restaurer la dignité dans le système.

    Avec ces genres d’évolutions, les restes des tendances non-démocratiques, et les conflits que nous voyons dans des lieux comme le Darfour ou la Somalie sont les derniers signes de vie des chevaux en train de mourir. Certains d’entre eux durent à causes idéologiques ou des intérêts économiques dût à l’appétit excessif des étrangers. Aucun d’entre eux ne sert les intérêts des gens sur place.

    Le système de droits humains en Afrique reflète les réalités africaines. J’ai mentionné auparavant l’un des défis pour la garantie des droits humains en Afrique, comme étant le manque de ressources. Les institutions, qui ont été créées pour protéger les droits humains sur le continent ne peuvent être condamnées comme des échecs quand nous connaissons les limites en capacité et en ressources. Je pourrais ajouter un autre défi, que la volonté politique est nécessaire pour les rendre efficaces. La création du Conseil de Paix et de Sécurité et son implication proactive dans les conflits au Darfour et en Somalie ne peut pas être sous-estimée. La contribution des troupes de surveillance de paix par un certain nombre d’Etats africains afin d’aider à la résolution de ces conflits doit être reconnue comme une partie du système qui s’occupe de ces conflits.

    Mon analyse ne donne pas l’image d’un continent rongé par des conflits, mais celle d’un continent où les conflits sont en diminution. Ainsi, pour moi, le système est en évolution, plutôt qu’en échec. Si vous regardez le système attentivement, vous allez voir des succès, petits qu’ils soient. Après tout, Rome ne s’est pas construit en une journée.

    HA: En novembre l’CADHP célébrera ses 20 ans d’existence, que croyez-vous être la plus grande réalisation de la Commission pour le moment?

    BTMN: La plus grande réalisation à mon avis est le fait que la Commission a continué d’exister, augmenté sa visibilite, et assumé son mandat dans des circonstances très difficiles. Le fait que les ressources ne conviennent pas n’a pas découragé l’engagement de son personnel et des membres de la Commission à continuer de travailler dans les limites leur imposées suite à des circonstances politiques et aux contraintes budgétaires. Les questions de droits humains sur le continent, comme c’est le cas partout ailleurs, sont politiquement des questions émotives. Elles touchent sur les sensitibilités des Etats et des gouvernements.
    Commentant sur les différentes questions et situations de droits humains à travers le continent sous forme des décisions rendues sur les communications, ou menant des enquêtes au cours des missions, et la publication des résolutions sur la situation des droits humains dans un certain nombre d’Etats africains a permis à la Commission d’influencer les politiques officielles dans ces pays, l’opinion à travers le continent, et ailleurs, à propos de ce qui se passe dans ces pays.
    Je crois qu’il y a toujours un grand espace pour augmenter sa visibilité et pour la réalisation de son mandat de promotion et de protection, si les ressources le permettent.

    HA: Qu’est-ce qui renforcera, selon vous, le travail et l’impact de l’CADHP?

    BTMN: La disponibilité de ressources assurera que la Commission recrute le meilleur personnel pour le Secrétariat. La Commission ne peut pas entreprendre beaucoup de ses activités programmeées à cause du manque de ressources. Ceci exige également la volonté politique des Etats et de la Commission de l’Union Africaine, les deux étant responsables d’assurer que les ressources appropriées et le personnel compétent sont mis à la disposition de la Commission.

    Enfin, les Etats parties à la Charte doivent coopérer avec la Commission. Il ne sert à rien d’avoir une Commission si elle ne peut pas relever les violations de la Charte, et lorsque de telles violations sont relevées, la Commission est prise comme un instrument servant des intérêts extérieurs. L’instrument de mesure d’une découverte quelconque de violations ce sont les faits sur terrain dans chaque cas et comment elles sont liées aux obligations assumées par les Etats membres sous la Charte Africaine.

    HA: Comment la société civile et les citoyens en Afrique peuvent-ils aider à garantir les droits des réfugiés et des déplacées sur le continent?

    BTMN: Comme je l’ai dit ailleurs, la dissémination de la Charte de même que celle des autres instruments régionaux et internationaux de droits humains vont permettre aux gens de connaître leurs droits. Je crois que la dissémination se fait le mieux par la société civile, parce qu’elle est toujours en interaction avec les populations à différents niveaux. Les citoyens ont tâche correspondante d’apprendre et de comprendre leurs droits, et de respecter les droits des autres. Des citoyens ignorants ne sont pas bons pour la démocratie, ni pour les droits humains. L’introduction de l’éducation sur les droits humains doit être une priorité que doivent poursuivre la société civile et la population en général. Il s’agit ici d’un processus à long terme qui a pas besoin d’être commencé immédiatement, et on espère que lorsque la culture de droits humains sera renforcée, nous verrons de moins en moins de conflits et, en conséquence, l’absence de réfugiés et de déplacées internes.

    * Hakima Abbas est Analyste Politique de l’UA pour le Fahamu

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