Quatre mois et demi après la tentative de l'Arche de Zoé de les faire sortir du Tchad, les 103 enfants vont être réunis à leur famille à partir du 14 mars. Six enfants n'ont pas été identifiés. Ils resteront à Abéché alors que se poursuit la recherche de leur famille. Les 103 enfants que l'association française avait tenté de faire sortir du Tchad étaient maintenus dans un orphelinat d'Abéché, une ville de l'est du Tchad, depuis le 25 octobre 2007.
Tagged under Sécurité humaine ChadLe président tchadien Idriss Déby estime que la procédure sur la demande de grâce des six membres de l'Arche de Zoé devrait aboutir d'ici un mois, mais veut auparavant régler la question de l'indemnisation des familles. "La procédure est lancée, cela prendra comme je l'ai dit moins d'un mois", affirme-t-il. Idriss Déby se déclare "prêt à accepter la demande de grâce" pour les membres de l'association mais évoque un problème "qui n'a pas encore été évoqué", celui des indemnisations des familles, à savoir 8 millions d'euros.
Tagged under Gouvernance ChadLe gouvernement tchadien considère l'opposant Lol Mahamat Choua, arrêté début février après la bataille de N'Djamena, comme "un prisonnier de guerre", qui "ne sera pas libéré tant que la justice n'aura pas clarifié sa situation", selon le chef de la diplomatie tchadienne Ahmad Allam-Mi. L'ancien chef de l'Etat tchadien Lool Mahamat Choua a été enlevé chez lui dans la foulée de l'attaque ratée des rebelles tchadiens sur N'Djamena. "Il y avait des rebelles dans son voisinage, nous savons qu'il y avait des conciliabules entre eux", a affirmé le ministre.
Tagged under Sécurité humaine ChadUne délégation tchadienne, conduite à Dakar par le ministre d’Etat, ministre des Infrastructures du Tchad, a fait savoir que leur pays est favorable à l’implication du président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, dans la recherche de solutions de la crise que traverse leur pays. C’était à la sortie de l’audience que le chef de l’Etat du Sénégal leur avait accordée en fin de la semaine dernière.
Tagged under TICs e Inovação ChadLe soir, les rues sablonneuses de N`Djamena se vident vite et deviennent aussi silencieuses que le désert qui entoure la capitale tchadienne, des heures avant le couvre-feu imposé à partir de minuit. Les combats dans la capitale entre l`armée tchadienne et les rebelles qui n`ont pu renverser le président Idriss Deby Itno ont certes cessé depuis 19 jours, mais l`onde de choc semble traumatiser tous les habitants.
Tagged under Sécurité humaine ChadL'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), un des principaux groupes rebelles, a invité, le 24 février, la communauté internationale à faire pression sur le régime du président Idriss Déby pour qu'il ouvre un dialogue avec toutes les factions politiques et militaires du Tchad en vue d'"élections libres et transparentes". L'UFDD fait partie des trois groupes de rebelles armés qui ont participé à l'assaut raté contre de N'Djamena visant à faire tomber Déby, les 2 et 3 février.
Tagged under Gouvernance ChadLa France a qualifié, le 18 février, de "priorité" pour elle, le sort des deux dirigeants de l'opposition tchadienne non armée, Ibni Oumar Mahamat Saleh et Ngarlejy Yorongar, dont on est sans nouvelles depuis leur arrestation au début du mois lors d'une attaque rebelle. "Les autorités tchadiennes nous assurent que des recherches sont menées activement pour les retrouver et les identifier si elles les détiennent", a souligné le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères.
Tagged under Sécurité humaine ChadTrois fois ! Cela fait le troisième état d'urgence qu'Idriss Deby Itno, le chef de l'Etat tchadien, décrète en dix-huit ans de pouvoir (il est arrivé au pouvoir en janvier 1990). Autant dire qu'il commence à devenir coutumier de cette situation exceptionnelle, qu'il annonce pour régenter le Tchad ou plutôt pour régler ses comptes avec ses ennemis intérieurs ou supposés tels. En effet, le président a décidé le 15 février dernier d'instaurer l'état d'urgence pour 15 jours reconductible, consécutivement aux combats qui l'ont opposé aux troupes rebelles.
Tagged under Sécurité humaine ChadMonsieur le Président,
J’ai été très étonné de voir la France solliciter et obtenir du Conseil de sécurité des Nations unies une condamnation des récents événements au Tchad. Puis d’apprendre que vous aviez un moment envisagé de la mettre à profit pour venir au secours du président Idriss Déby, acculé en sa capitale par une rébellion venue de l’Est du pays, avant d’affirmer sans ambiguïté le soutien de la France à ce régime au lendemain des combats. Je crains que vous n’ayez été mal informé sur la situation au Tchad. Autrement, vous n’auriez pas pris une position aussi erronée, tant au regard de l’opinion du peuple tchadien que des intérêts de la France dans cette partie du monde, ou encore du point de vue de cette rupture avec certaines pratiques du passé à laquelle vous êtes si attaché.Le soutien de la France au régime d’Idriss Déby ne se justifie aujourd’hui que par des pesanteurs historiques de plus en plus incompréhensibles et par des arguments juridiques dont on sait très bien, en Afrique plus qu’ailleurs, qu’ils servent de bouclier à l’injustice et au déni de la démocratie. En effet, Idriss Déby porte une responsabilité écrasante dans la situation actuelle de son pays, qui est dramatique. Sa popularité est plus basse que jamais, alors que les bases de son pouvoir n’ont cessé de se réduire pour se limiter à certains membres de son clan et à quelques opportunistes. Il n’a jamais réussi, en presque deux décennies, à se construire une légitimité.
Je ne parle pas ici de la légalité conférée par la reconnaissance internationale de trois élections présidentielles lourdement entachées de fraudes. La dernière, autorisée par une de ces modifications de Constitution qui portent en elles le blocage de tout espoir d’alternance, a constitué la provocation sans laquelle l’actuel recours à la violence aurait été sans objet. Car, vous le savez, l’élection, fût-elle transparente, ne fait pas la démocratie. En Afrique, et notamment au Tchad, les contre-pouvoirs issus des institutions ou de la société civile ne fonctionnent guère. Si l’appareil administratif de l’Etat est entièrement mis au service du pouvoir, que les leaders de l’opposition sont achetés – par des postes ministériels ou de prestige –, ou menacés (physiquement ou juridiquement), ou encore privés de possibilité d’existence économique, au point de rendre leur activité politique inaudible dans un continent où l’argent, plus qu’ailleurs, est le levier de la mobilisation, vous comprendrez bien qu’aucune vie démocratique digne de ce nom ne peut fonctionner.
La liberté vitupérante d’une presse d’opposition exprimant le ressentiment des fonctionnaires de la capitale ne fait évidemment pas illusion. Dans ces conditions, faire réélire indéfiniment le président est une formalité, et cette perspective reste la cause directe des événements actuels.
La légitimité d’un Etat telle que nous la concevons consiste à remplir d’autres fonctions que la répression : fournir aux citoyens un minimum de biens publics, une sécurité physique, matérielle et juridique, des services sociaux de base, un projet économique, les conditions de l’espoir d’un avenir commun. Il est peu de dire qu’au Tchad cet espoir n’existe plus. Depuis la guerre et les sécheresses des années 1980, un tacite partage des tâches s’est effectué entre le gouvernement du Tchad et le monde de la coopération internationale (agences d’aide, coopérations, ONG). L’Etat s’est contenté d’exercer la contrainte, laissant les fonctions médiatrices aux partenaires extérieurs. Il n’a pas utilisé l’opportunité que représentent les ressources pétrolières pour reprendre la main.
Ainsi, s’il est un pays d’Afrique qui, au cours des deux dernières décennies, n’a progressé ni sur le plan de la construction de l’Etat et de la nation, ni sur le plan économique et social, c’est bien le Tchad. Cinq ans après le début de l’ère pétrolière, en 2003, il est toujours au 170e rang (sur 177) du classement mondial du PNUD sur le développement humain. L’évocation des héritages de la guerre civile de 1979-1982 a bon dos. Ce ne sont pas eux qui expliquent l’installation, à un niveau caricatural et notoirement connu, de la corruption comme système de gouvernement – l’allégeance d’un ministre se mesurant à sa capacité à s’y plonger aussitôt nommé, se liant ainsi au destin du prince.
Où des combattants dépenaillés circulent-ils dans la capitale, potentiellement armés, à toute heure et en tous lieux, menaçant les populations d’une violence gratuite ? Dans quel autre pays des jeunes de vingt ans au volant de grosses cylindrées sont-ils au-dessus des lois ? Comment la médiocrité peut-elle être durablement le meilleur gage de promotion dans la haute administration, et toute forme de compétence découragée ? Comment laisser diffuser, auprès d’une grande partie de la population, le sentiment d’être totalement marginalisé ? Le poids de la jalousie et la tentation du nivellement par le bas, latents dans la société tchadienne pour des raisons anthropologiques sur lesquelles nous ne reviendrons pas, ont été encouragés parce que ses ferments servaient le dessein d’un système qui divisait pour mieux régner.
Finalement, la faillite du régime Déby s’illustre autant dans l’immoralité de l’enrichissement rapide des proches du pouvoir, dans un des pays les plus pauvres du monde, que dans sa totale inefficacité politique et économique. Le cycle des rébellions n’a jamais cessé, au point d’apparaître comme partie prenante d’un système qui se nourrissait de leur répression – en justifiant notamment l’entretien, loin de la capitale, d’hommes en armes remuants, et la distribution de prébendes afférant à la guerre.
La filière cotonnière, parmi les premières d’Afrique dans les années 1960, subsiste à peine, appauvrissant les paysans et fragilisant l’Etat. Or, dans d’autres pays tout aussi enclavés, également soumis aux pressions du marché mondial, comme le Mali ou le Burkina, elle s’est développée au point de porter l’appareil administratif et le monde paysan à bout de bras. De même, le projet pétrolier ne s’est traduit ni par une amélioration de la situation économique du pays ni par celle des finances de l’Etat : inefficacité, détournements et dépenses militaires ont consommé l’essentiel d’une rente d’autant plus maigre qu’elle avait été mal négociée. La part restée au Tchad s’est stérilisée dans l’immobilier, les grosses voitures et les dépenses somptuaires.
Le système éducatif, dont des niches d’excellence avaient pu être préservées du naufrage de 1979, a accompagné le délitement de l’Etat et de la société. Violence et corruption y ont élu demeure comme dans les autres parties du corps de l’Etat. Grâce au talent militaire et à l’habileté politicienne d’Idriss Déby, le système a finalement développé une redoutable et exclusive capacité à se reproduire.
De quels espoirs les rebelles qui convoitent le pouvoir de N’Djaména sont-ils alors porteurs ? Ils forment une coalition hétéroclite, dont les dirigeants ont été longtemps étroitement associés aux régimes d’Hissein Habré puis d’Idriss Déby. Du combattant de base au chef, l’appât du gain promis par le contrôle de l’Etat n’est pas étranger à nombre d’engagements. Ce n’est pas sous l’angle de la moralité qu’il faut les comparer aux hommes du président qu’ils combattent – ils sont issus du même système.
En revanche, vous savez comme moi que la dénonciation de leurs liens avec le Soudan est de peu de portée. Le président Déby a beau jeu de se poser aujourd’hui en victime, après avoir aidé les rebelles soudanais contre Khartoum. Certains auraient d’ailleurs combattu à ses côtés contre les « mercenaires soudanais » qu’il dénonce. Ces liens avec le Soudan ne représentent à terme aucun danger de perte de contrôle par la France ou la communauté internationale, ni de risque par rapport aux enjeux du Darfour : toute l’histoire récente de l’Afrique montre que les rebelles arrivés au pouvoir avec l’aide d’un voisin s’immergent rapidement dans les enjeux de pouvoir nationaux, et prennent très vite leurs distances avec leur encombrant mentor. Les rebelles auraient très vite besoin d’aide et de reconnaissance extérieure. Leur soutien par le Soudan ne saurait justifier leur diabolisation : le président que la France défend aujourd’hui est arrivé au pouvoir dans des conditions exactement identiques.
Ainsi, contrairement à l’aphorisme si souvent utilisé par des diplomates aussi brillants que dénués d’imagination, le futur du Tchad ne se dessinera pas nécessairement entre « Déby ou le chaos ». Il pourrait être « Déby et le chaos », si la rébellion conservait sa capacité militaire sans parvenir à l’emporter. Plus probablement, la victoire à la Pyrrhus du président, qui semble se dessiner, verrait la poursuite d’un long pourrissement des structures de la société et de l’Etat, qui peut être plus grave qu’un de ces brefs épisodes de crise où se forge l’histoire des peuples. Un premier geste de rupture dans la politique africaine de la France pourrait être, justement, de laisser ces pages d’histoire s’écrire sans autre intervention que celle qui en abrégerait l’issue – en offrant, par exemple, une sortie honorable à l’actuel président.
La question qui se pose aujourd’hui au Tchad n’est pas de savoir qui va l’emporter entre Idriss Déby et les mouvements rebelles qui lui disputent le pouvoir. Elle est de savoir comment sortir par le haut du cercle vicieux où ce pays est enlisé depuis près de trois décennies, où des mouvements armés animent de manière cyclique des rébellions à partir des périphéries du territoire. Les pays voisins (Libye, Soudan) qui les appuient exploitent des faiblesses récurrentes qui sont avant tout internes. Quel que soit le vainqueur d’aujourd’hui, les mêmes causes produiront demain les mêmes effets.
Plutôt que d’afficher un soutien impudique à un président miraculé, qui profite du tumulte des armes pour arrêter et menacer les responsables de l’opposition politique et ceux de la société civile , la France devrait plutôt explorer les marges de manœuvre nées de la crise pour sortir d’un système qui ne se régule que par la catastrophe. Un scénario à la mauritanienne verrait la communauté internationale accompagner sur le moyen terme une (re)construction de l’Etat sur des bases démocratiques. La clé de sa réussite reposerait sur l’engagement de celui qui organiserait de nouvelles élections présidentielles et législatives – le président Déby ? Un gouvernement provisoire investi des pleins pouvoirs ? Un sage respecté retiré de la scène politique, comme l’ancien président Goukouni Oueddeye ? – à ne pas se présenter et à garantir la neutralité de l’administration. Cela impliquerait de maintenir l’équilibre entre les forces, le temps d’initier cette dynamique, et donc de ne pas renforcer davantage la position du président Déby.
Les forces françaises d’Epervier, si elles devaient rester au Tchad, trouveraient dans l’appui explicite à un tel processus une légitimité neuve. Européanisées sur le modèle de l’Eufor, elles pourraient avoir mandat d’empêcher une déstabilisation du gouvernement issu de ce processus démocratique par de nouveaux mouvements armés venant des pays voisins. On n’empêchera pas leur reconstitution sans un programme ambitieux de DDR (démobilisation, désarmement, réinsertion) tirant les leçons des échecs du passé (car, au Tchad, on a beaucoup dépensé en pure perte dans ce domaine). Faut-il s’inspirer des modèles du Liberia ? De la Sierra Leone ? Quoi qu’il en soit, on ne sortira du cercle vicieux où le Tchad est enlisé sans résorber l’abcès que constituent les « combattants », ce groupe flottant à la composition hétéroclite toujours prêt à s’embarquer dans une aventure armée sous l’influence d’un chef charismatique et de quelques subsides libyens ou soudanais.
La constitution devrait évidemment être revue, pour interdire tout nouveau blocage absolu aboutissant à l’enkystement d’un homme au pouvoir (pas plus de deux mandats consécutifs). La décentralisation, prévue par la Constitution de 1996, serait mise en place avec les moyens nécessaires, pour décentraliser aussi les enjeux de captation de la rente étatique et faire baisser la pression qui s’exerce à ce niveau sur le pouvoir central. La réorganisation de l’administration devrait permettre un changement de génération au profit de jeunes diplômés désormais relativement nombreux, parfois formés à l’étranger, dont on peut espérer qu’ils sont moins conditionnés par les rivalités interpersonnelles et les rancoeurs « géopolitiques » que leurs aînés. La société civile, mûrie par les débats autour du dossier pétrolier, serait mise à contribution.
Certes, ces options n’écarteront pas les difficultés, tant les méfiances entre groupes et individus ont été creusées au cours de ces dernières décennies, et tant la confiance en un avenir commun, portée par un Etat impartial, a été sacrifiée par la stratégie de gouvernement ayant conduit à l’impasse actuelle. Ce n’est pas dans l’absence d’imagination en faveur des autocrates africains que la France aidera la construction d’Etats apaisés susceptibles de fournir à leur jeunesse nombreuse un cadre d’épanouissement à court et moyen terme. La rupture en Afrique peut passer par l’appui à l’émergence démocratique. La crise au Tchad fournit l’occasion de créer un espoir. Il serait dommage de le sacrifier à un conformisme sans perspective.
En espérant que votre ambition de changement aura trouvé dans ces lignes des pistes à explorer, je vous prie de croire en mon dévouement au service d’un renouveau des relations franco-africaines,
* Simon Tulipe
Le texte est signé par un pseudonyme – L’auteur vit en France mais séjourne régulièrement au Tchad* Veuillez envoyer vos commentaires à ou faire vos commentaires en ligne à l’adresse suivante www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance ChadPeu après la fin des combats dans la capitale, début février 2008, plusieurs journalistes ont échappé à une arrestation par des hommes en tenue militaire, soupçonnés d'être des agents des Renseignements généraux. Reporters sans frontières s’est dit préoccupé par ces opérations de police lancées par les autorités tchadiennes et qui ont déjà conduit à l’arrestation de plusieurs figures de l'opposition.
Tagged under TICs e Inovação ChadLes affrontements ont pris fin à N'Djamena, capitale du Tchad, il y a près d’une semaine, mais de nombreuses personnes parmi les dizaines de milliers de Tchadiens qui ont trouvé refuge dans le nord du Cameroun ne se disent pas prêtes à rentrer chez elles pour l’instant. Kousseri, la ville camerounaise qui a accueilli la majorité des réfugiés tchadiens, se situe à deux pas de la capitale tchadienne et les deux populations traversent toujours le fleuve pour se rendre d’une ville à l’autre. De plus, bon nombre de réfugiés se sont mêlés à la population, choisissant de ne pas dormir à la belle étoile dans les camps de réfugiés de fortune, désignés par les autorités camerounaises locales. ?
Tagged under Sécurité humaine ChadLe Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que 70 à 75 pour cent de femmes et d'enfants figurent parmi les quelque 30.000 réfugiés tchadiens recensés à Kousseri, une ville du nord du Cameroun, séparée de N'Djamena par le fleuve N'Guéli, après les combats de début-février dans la capitale tchadienne. Avec 58 cas déjà recensés la semaine dernière, la situation des orphelins est considérée encore comme la plus préoccupante…
Tagged under Gouvernance Chad"Nous avons un accord avec le Tchad, nous mettrons en oeuvre cet accord." Le ministre de la Défense, Hervé Morin, s'est-il trop avancé, le jeudi 31 janvier à Washington, en évoquant la crise tchadienne? Officiellement, la France et le Tchad sont liés par un accord bilatéral "d'assistance logistique et de renseignement". Mais il existe aussi un accord secret toujours en vigueur... Dans le laboratoire des liens militaires franco-africains, les africanistes ont coutume de décrire le Tchad comme le coin supérieur droit du pré carré. S'il tombe, alors tout l'édifice s'écroule. Une vision un peu mécanique, mais qui a toujours inspiré les chefs des Armées de la Ve République.
Le Tchad fait en effet partie des premiers signataires des accords de défense ratifiés par la France dans la période des indépendances. Puis, en 1976, sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing, les deux pays remplacent l'accord de défense par un accord de coopération militaire technique. La principale différence de ce type d'accord tient au contenu de l'article 4, qui définit le cadre d'intervention des forces françaises: "Les personnels militaires français servent dans les forces armées tchadiennes avec leur grade. Ils revêtent l'uniforme tchadien ou la tenue civile suivant les instructions de l'autorité militaire tchadienne. (...) Ils ne peuvent en aucun cas participer directement à l'exécution d'opérations de guerre, ni de maintien ou de rétablissement de l'ordre ou de la légalité." En théorie, les soldats français de la coopération militaire n'ont pas le droit de faire la guerre.
En pratique, il suffit qu'ils soient en dehors de ce cadre de coopération pour jouer un rôle actif. Tous les observateurs ont en mémoire le massif déploiement aérien d'avril 2006 qui, non content d'effrayer les rebelles, avait surtout permis de fournir aux forces tchadiennes des renseignements indispensables pour mettre en déroute la colonne de pick-up menaçant N'Djaména. Une convention secrète de maintien de l'ordre remontant à l'indépendance. Cette précision sur le "maintien de l'ordre" n'est pas anodine, car dans plusieurs états africains, une convention secrète de maintien de l'ordre a été signée, dès les années 60, pour garantir aux potentats locaux la tranquillité. Une sorte d'assurance-vie ou plutôt d'assurance de conserver le pouvoir.
Ces textes secrets prévoient une intervention, à la discrétion du président de la République française, en faveur des présidents africains qui en font la demande :
- Premier point : la France "peut" intervenir, mais n’a aucune obligation de le faire. C’est à la discrétion du président de la République française, seul décisionnaire sur ce sujet. La demande passe par l’ambassadeur de France.
- Deuxième point: c’est le chef de l’Etat africain qui formule sa demande "dans une situation particulièrement grave". Laquelle situation n’est pas plus détaillée : il n’est pas fait mention d’agression extérieure ou de menace quelconque. Les termes restent suffisamment vagues pour justifier toute demande.
- Troisième point: le commandement des troupes locales et l’usage du feu sont immédiatement transférés à l’officier français envoyé sur place. Ces textes seraient toujours en vigueur, si l'on en croit du moins les explications données, en mars 2006, par le général Henri Bentégeat au Sénat, qui venaient compléter ces propos de 2002 tenus à l'Assemblée nationale: "Personne n'imagine aujourd'hui une application des accords de défense en dehors des situations ne correspondant pas à une agression extérieure, même si certains accords de défense passés par la France comportent des clauses secrètes prévoyant des cas d'intervention plus larges."
En résumé, si la France n'intervient pas, ce n'est pas parce que le cadre réglementaire le lui interdit, mais bien sur une décision politique. Un sujet auquel le législateur devrait s'attaquer, car ces textes semblent bien obsolètes dans le contexte actuel.
L'histoire du Tchad prouve que les nouveaux accords des années 70 n'ont rien changé à la conception foccaro-gaulliste de l'Afrique. Aussitôt conclus, les nouveaux accords de coopération vont se doubler d'un dispositif ad hoc baptisé «Dami», qui signifie Détachement d'assistance militaire et d'instruction. Officiellement, il s'agit de promouvoir une coopération plus légère, plus efficace et plus professionnelle.
En fait, les Dami, composés de troupes issues des forces spéciales -très souvent les 1er et 8e RPIMa-, vont devenir des unités de renseignement et de protection du pouvoir en place. Placés du sommet à la base de la hiérarchie de l'armée tchadienne, les conseillers Dami forment une chaîne de commandement parallèle à la hiérarchie officielle. Cela permet à la France de maintenir ou de changer les dirigeants en place, avec l'intervention discrète de la DGSE si nécessaire. Hissène Habré, puis Idriss Déby en sont les exemples achevés. Ainsi, au printemps 2006, lors d'une précédente tentative de coup d'Etat, Idriss Déby fut protégé par un petit Dami composé d'hommes du 1er RPIMa. Des "gros" -leur surnom dans le milieu- pour assurer une protection personnelle au chef de l'Etat. Aujourd'hui, cette protection a disparu.
Nul hasard. La coopération militaire est donc loin de jouer son rôle officiel, dont l'objectif est ainsi décrit sur le site de l'ambassade de France:
- "Accompagner d’une part l’armée nationale tchadienne dans sa réorganisation conforme à la stratégie nationale de bonne gouvernance.
- Conforter d’autre part sa capacité à garantir la souveraineté de l’Etat tchadien."
Au sud du Sahara, la "bonne gouvernance" est toujours aussi fluctuante.* David Servenay est journaliste français. Il est co-auteur du livre «Une guerre noire - Enquete Sur Les origines Du génocide rwandais (1959-1994)»
* Veuillez envoyer vos commentaires à ou faire vos commentaires en ligne à l’adresse suivante www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance ChadN'Djamena, traumatisée par les violents combats entre rebelles et armée, renaît dans l'extrême difficulté : quelques écoles et banques rouvrent, le marché reprend, mais tous les habitants craignent une reprise des violences. Ici et les traces des combats violents sont encore visibles, avec les impacts de munitions de gros calibre sur les murs, les vitres éclatées, les faux plafonds écroulés, etc.
Tagged under Sud Global ChadLes rebelles tchadiens font route vers le sud-est du pays après avoir échoué dans leur tentative de prendre le pouvoir à N'Djamena, mais on s'interrogeait encore, le 11 février, sur leur destination et l'éventuelle stratégie de ce mouvement, surveillé par un contrôle aérien. "Ils ont quitté Mongo (centre) après quelques jours d'occupation, ils sont 200 à 300 pick-up à rouler en file indienne sur plusieurs kilomètres vers la zone des trois frontières", selon le commandant des forces françaises stationnées au Tchad.
Tagged under Sécurité humaine ChadSelon plusieurs sources indépendantes recueillies sur place dans la capitale tchadienne, une chape de plomb s'est abattue, depuis le week-end dernier, sur l'opposition politique et les organisations de défense de droits de l'homme. Des enlèvements auxquels s'ajouteraient, selon l'ONG Amnesty international, des exécutions sommaires. Parmi les opposants arrêtés et dont les familles sont sans nouvelles de leurs lieux de détention, si toutefois elles sont toujours en vie, on compte l'ancien chef de l'Etat, Lol Mahamat Choua.
Tagged under Gouvernance ChadLe premier ministre tchadien a demandé à la communauté internationale, le 11 janvier, de délocaliser les quelque 240 000 réfugiés du Darfour qui se trouvent sur son sol. Selon Nouradin Koumakoye c’est leur présence qui pousse Khartoum à attaquer N’Djamena par le biais de la rébellion tchadienne. Actuellement, le Tchad compte à l’Est 240 000 réfugiés de la province occidentale soudanaise du Darfour. D’après le HCR, 12 000 autres réfugiés sont venus grossir ces rangs le week-end dernier.
Tagged under Sécurité humaine ChadTrois partis politiques d'opposition burkinabé ont condamné, le 9 janvier, le soutien de la France au régime du président Idriss Déby du Tchad, invitant Paris à "chercher les voies et moyens de l'instauration d'une paix durable, en favorisant une concertation inclusive de tous les acteurs politiques et de la société civile de ce pays". "Au lieu de se pencher sur la cause fondamentale qui a conduit à une fracture nationale faisant basculer une partie de l'opposition dans la rébellion, les partenaires, et singulièrement la France, décident de soutenir le chef de l'Etat tchadien envers et contre tout.”, dénoncent-ils.
Tagged under Sécurité humaine ChadLes rebelles tchadiens ont mis en doute, le lundi 11 février, la neutralité de la force européenne (Eufor) en cours de déploiement au Tchad et en Centrafrique, en raison du rôle moteur joué dans cette opération par la France. Les rebelles demandant aux autres pays européens de s'en retirer. Cette position des rebelles s'explique par le soutien apporté par la France au régime d'Idriss Déby, lors de l'attaque qu'ils ont menée les 2 et 3 février à Ndjaména, jusqu'à assiéger ce dernier dans son palais présidentiel.
Tagged under Sécurité humaine ChadDes voix s’élèvent, au sein du gouvernement français, pour demander au Président Sarkozy la rupture d’avec les pratiques de la Françafrique dans les relations entre la France et l’Afrique. Ce serait entendre la raison. L’Afrique peut compter sur ses ressources humaines pour diagnostiquer de quoi elle souffre. Et elle dispose suffisamment de ressources matérielles pour son développement.
Il faut seulement que la France change de philosophie et des manières de faire. Elle ne peut continuer avec cette idée de vouloir faire le bonheur des peuples d’Afrique contre eux. Alors qu’elle continue de soutenir, par sa force et ses magouilles, des types de dirigeants qui n’ont ni le savoir, ni la volonté de changer leurs pays.
Le Tchad apparaît, dans cette relation France-Afrique, comme le maillon le plus faible du dispositif français. Voilà un pays à qui Dieu a donné le pétrole mais à qui cette ressource ne sert pratiquement à rien. Le président Idriss Déby Itno achète à tours de bras armes, avions, missiles et autres vétilles afin de s’imposer aux rebelles et museler son peuple. L’argent, le pouvoir, le prestige restent le privilège de la famille Itno. Les institutions de l’Etat sont complètement détruites. On tue et on pille à volonté.
(...) La colonie française au Tchad, à la tête de laquelle se trouvent l’ambassadeur et le consul de France, sait très bien que le Tchad ne remplit pas les normes internationales d’un Etat et que le pouvoir de Deby veut se maintenir à tout prix. Mais ces deux représentants de Paris clament haut et fort que Deby a la parfaite maîtrise de la situation. Les Tchadiens doivent comprendre que tant que Déby aura des soutiens dans l’armée française, les services spéciaux et bien sûr à l’Elysée, ils doivent se taire et subir ce que la famille Déby fait du Tchad et des biens de leur pays. Mais la mémoire collective des Tchadiens rejette ce diktat. Elle pense que Paris en fait trop et que la France doit changer de fusil d’épaule.
Les relations entre le Tchad et la France ne peuvent être effacées par les intérêts mafieux et conjoncturels. Ce sont des relations de sang, de souffrance et de lutte. La France doit une portion de sa gloire aux peuples du Tchad. Ils ont pris part aux guerres d’Indochine, de Madagascar, d’Algérie et du Cameroun, pour ne citer que celles-ci. Ils ont été le noyau dur de la colonne Leclerc. Pour avoir pris part à la deuxième guerre mondiale, une dizaine de tchadiens au moins ont la décoration et reconnaissance des « Compagnons de la libération ».
Le Tchad, malgré ses maigres ressources, a fait le bonheur de Boussac, qui s’est enrichi grâce à son coton. Les tchadiens ont participé massivement à la construction du chemin de fer Congo-Océan. Partout où l’honneur et la gloire de la France étaient en jeu, les tchadiens ont donné de leur sang et de leur vie. Ils voudraient, en retour, une coopération apaisée avec Paris où bénéficiant de la technologie et de la langue de Molière, construire leur propre destin et leur propre économie. Mais rien n’y fait. Ils ne récoltent que mépris et mort d’hommes.
En effet, de la colonisation à ce jour, l’armée française n’a pratiquement jamais quitté le Tchad. Mais notre pays n’a connu que la guerre et l’insécurité. La France, par son armée interposée, n’a cessé d’alimenter les conflits politiques, religieux et tribaux. Elle a soutenu toutes les dictatures dont celle de la triste Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) avec Habré et ses 40 000 morts. Elle regimbe avec Idriss Déby et ferme totalement les yeux sur le drame humain que charrie ce régime. Assassinats d’hommes politiques, de syndicalistes, d’hommes de presse et de leaders d’organisations de droit de l’homme. Massacres des populations innocentes dans toutes les régions.
A ces occasions, les avions de l’armée française transportent les soldats de Déby et la logistique opérationnelle. Et lorsque les forces expéditionnaires du président ont fini de réprimer, alors que fument encore les champs des durs affrontements, les soldats français récupèrent ceux de Déby et par Transal entiers les acheminent vers les hôpitaux où ils seront bien traités. Les civils, eux, seront évacués par des moyens rustiques vers des centres soi-disant médicaux où ils attendront patiemment que Dieu leur enlève le dernier souffle.
Oui, tous les ambassadeurs de France au Tchad savent tout ça. Mais jamais leurs rapports n’ont signalé une situation de crise politique grave dans notre pays. C’est ainsi que l’armée française sait combien de Tchadiens ont péri, de part et d’autre, dans les affrontements de Hadjer-Miram, Hadjer Marfeïne, Ganatir, Hadjer Hadid, Abou Gouleigne, Kapka… Des centaines de morts et des milliers de blessés. Mais elle estime que ces morts n’ont pas atteint le seuil de l’intolérable pour s’émouvoir. Tout le Tchad peut donc passer au compte de pertes et profits dans les corbeilles des échanges mafieux entre Paris et N’Djamena.
Ces genres de relations sont en effet celles de la mafia. Le parrain, par son soutien inconditionnel au protégé soumis, laisse ce dernier agir à sa guise. Pourvu que les intérêts de l’organisation et du chef soient préservés. Alors Déby, soutenu d’abord par Chirac, puis par Sarkozy, n’est tenu par aucun engagement et aucun serment. Les chefs d’Etat français peuvent ainsi se fabriquer des « amis » en Afrique contre leurs peuples et contre toutes les lois de protection du genre humain.
Si donc l’honneur et la grandeur de la France ont été les plus grandes valeurs du Gaullisme et qu’elles ne semblent plus caractériser les rapports à l’heure actuelle de la mondialisation, il reste tout de même un fond que le commerce et les chiffres de gains de calculettes ne peuvent effacer. L’Allemagne reste l’Allemagne avec ses peuples de l’Est. De l’empire austro-hongrois à l’Union Européenne, l’Allemagne reste l’Allemagne. D’où nous vient cette clique de responsables français qui n’ont aucune lecture de l’histoire, de la sociologie, de l’économie et de la politique des relations entre les peuples d’Afrique et de France ? D’où nous vient cette conception rachitique de la coopération qui détruit tous les bons sentiments qui unissent des populations qui ont partagé certaines douleurs dans leur passé ?
Les Tchadiens peuvent répondre à ces questions qui fâchent. Mais les autorités françaises le pourront-elles ? Si oui, qu’elles donnent un signal de renouveau dans ces rapports exécrables entre les locataires de l’Elysée et du palais Rose. A la grande satisfaction des peuples tchadien et français.
* Kamis, Wardougou, Eriteïro et Nadji : Les auteurs de ce texte l’ont aussi publié sur le site
* Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou faire vos commentaires en ligne à l’adresse suivante www.pambazuka.org
Tagged under Gouvernance Chad
Pagination
- Page précédente
- Page 15
- Page suivante