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La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

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Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 344 : Francophonie et néocolonialisme - Menace la sécurité alimentaire en Afrique

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Commentaires & analyses, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Courrier




Sommaire de cette édition

CHRONIQUES
Discours sur La Francophonie

ANNONCES
Numéro spécial : La justice de transitionnelle en Afrique

COMMENTAIRES & ANALYSE
Dans le combat contre Ebola, Cuba joue dans la catégorie poids lourds

PLAIDOYERS & CAMPAGNES
Comment la nouvelle alliance du G8 menace la sécurité alimentaire en Afrique




Chroniques

Discours sur La Francophonie

Malick Noël Seck

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/features/93222


cc AN
Quand on parle de Francophoniie, ce n’est pas du français de Danton et de Saint-Just qu’il s’agit, mais bien celui de Foccart, de Messmer, de Bouygues, de Bolloré, de Bob Denard, c’est-à-dire celui du chasseur d’homme avec son filet, sa muselière, ses tirailleurs et son chien !

Du 29 au 30 novembre 2014 se déroulera à Dakar, l’infâme sommet de la Francophonie. Organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), l’ancienne Agence de coopération culturelle et technique (Acct), on voudrait nous faire croire que son projet est purement linguistique et culturel, or il n’en est rien ! L’Oif n’est qu’une administration de plus, instituée par la Francafrique afin de soutenir les leaders politiques qui ont choisi l’Élysée/Matignon contre leur peuple. Il ne faut pas confondre le français et la Francophonie !

Le français est une langue, et comme toutes langues il fait partie du patrimoine universel. Il appartient à ceux qui l'apprennent, le comprennent ; il exprime les idées de ceux qui le parlent ! C’est en français que Sékou Touré dit à de Gaule dans son discours de Septembre 1958 : « Nous sommes Africains et nos territoires ne sauraient être une partie de la France ».

La Francophonie, c'est le colonialisme!

Il existe déjà un programme de Francophonie militaire encadré par le ministère français des Affaires étrangères, qui s’étend sur 75 pays et qui consiste à l’envoi de « professeurs » de français (avec ou sans treillis) à l’intérieur des casernes militaires des pays du tiers monde pour y enseigner le français et surtout établir des liens précieux entre les États-majors !

Il n'appartient pas aux administrations françaises (la gauche étant pire que la droite) de nous rassembler autour d'un concept aussi nébuleux que la francophonie à des fins soi-disant humanistes. Mais enfin pour qui se prennent-elles ?

C'est elles qui balkanisent, effectuent en Afrique des ajustements structurels par l'assassinat politique et le coup d'État militaire, commanditent les génocides, divisent pour mieux régner en contrôlant nos banques centrales, notre monnaie et en supervisant les organes de presse chargés de nous désinformer. Elles ont dissout les anciennes fédérations d'Aof et d'Aef, créé des micros États, soutenu les dictatures qui leur étaient favorables, fait de l'Afrique francophone une chasse gardée exclusivement réservée à leurs grandes entreprises. Elles nous ont réduit, avec la complicité de notre « élite politique », à l'état de mendicité absolue et à l'heure où elles sont engagées dans la construction de l'Europe, elles voudraient que nous nous contentions d'être des francophones !

Et comme dans toute entreprise coloniale dont le but ultime est toujours d'asservir pour mieux s'implanter, d'abrutir pour mieux exploiter, elles ont besoin de complices, de collaborateurs, d'Africains qui jouent le jeu en se cantonnant au rôle qu'on leur assigne et en respectant la bienséance édictée par leurs maitres, pour mieux recevoir les Prix qu’on leur paye.

Tout dans cette Francophonie relève de la mise en scène et du faux-semblant, et le relativisme moral, comme toujours, y côtoie l'imbécilité. C’est une pensée qui renvoie à l’essentialisme colonial, selon laquelle il existerait une essence nègre qui fait de l’Africain un Homme identique sous tous les cieux et à travers les âges.

On nous dit que le thème de ce XVème sommet sera centré autour des "Femmes et des Jeunes en Francophonie", car selon les organisateurs, les Punus et les Fangs du Gabon, les Bassas, les Doualas, les Bamilékés et les Bamouns du Cameroun ; les Konos, les Soussou et les Peuls de la Guinée, les Sérères, les Diolas et les Wolofs du Sénégal comme la Tunisienne ou les Baoulés de Côte d’Ivoire,… qu’ils soient animistes, chrétiens ou musulmans, quelle que soit leur appartenance sociale, dans des pays où l’ampleur de l’illettrisme est symptomatique d’une déliquescence générale, ils ont pour dénominateur commun le français.

Et ce n’est pas du français de Danton et de Saint-Just qu’il s’agit, mais bien celui de Foccart, de Messmer, de Bouygues, de Bolloré, de Bob Denard, c’est-à-dire celui du chasseur d’homme avec son filet, sa muselière, ses tirailleurs et son chien !

Mais si la pensée nous semble incohérente, la démarche est insidieuse. C’est l’Oif, flanquée de son secrétaire général, qui n’est autre qu’un ancien président de la République du Sénégal, qui reconnaissait la réélection du dictateur Paul Biya au Cameroun en octobre 2011, c’est elle qui valide les dictatures héréditaires du Gabon des Bongo, du Togo des Eyadema. Elle tient ses conférences à Brazzaville chez Sassou-Nguesso ou à Ouagadougou, chez l’assassin de Sankara. C’est vous dire l’intérêt qu’elle porte à la « démocratie ».

Elle est responsable de la « prévention des conflits ». C’est-à-dire que de projet linguistique et culturel, elle devient une organisation politique. Elle est désormais, selon la déclaration de Saint-Boniface, adoptée par l’Oif en mai 2006, chargée par la France de « ... jouer pleinement son rôle spécifique dans l’observation, l’alerte précoce, la diplomatie préventive, la gestion des crises, l’accompagnement des transitions et la consolidation de la paix, et ce dans le cadre d’une coopération systématique et rationalisée avec les Organisations internationales et régionales. »

Comme le disait si bien le roi Christophe dans la Tragédie d’Aimé Césaire : « Le crime de nos persécuteurs nous cerne les talons et mon peuple danse » !

Arrêtez de danser et de rire du mal que l’on vous fait. Réveillez-vous au grand jour de cette terre qui est vôtre! Que les larbins de l’Élysée s’inclinent et que les peuples se relèvent, car nous ne sommes pas les Nègres de la France des lobbies et de la haute finance. Il faut oser organiser un sommet de la Francophonie dans des pays minés par une pauvreté endémique, par la famine, l’enrichissement illicite, l’absence d’infrastructures hospitalières où la démocratie est une farce et les jeunes sont sans avenir.

La Francophonie gangrène tous les aspects de la vie sociale. Elle corrompt les générations futures en instituant les Conseils nationaux de jeunesse comme seul interlocuteur de la jeunesse et à travers le financement des organisations et des associations dites de la société civile. L’idée sous-jacente est que chaque contestataire supposé ou réel soit pourvu d’un poste, d’un titre, d’une bourse, d’un visa qui lui fasse passer l’envie de protester, et qu’il se résigne à sacrifier le destin de son peuple en échange de la pitance qu’on lui offre.

Nous venons de vous exposer la supercherie francophone en Français. Nous avons tenu à dissocier la langue et la culture française de la francophonie qui n’est qu’un prolongement de la stratégie coloniale destinée à l'exploitation de nos matières premières, l'occupation militaire de nos territoires, la formation d'une élite politique aux ordres de l'Elysée et l'abrutissement de nos peuples. Ce combat ne s'exprimera ni en sérère ni en bamoum, ni en bété ni en lingala, mais en français car c'est une langue que nous pouvons tous comprendre, y compris nos amis du peuple de France dont nous avons besoin du soutien, car nous voulons toucher toutes les personnes solidaires de notre cause !

Il est regrettable de voir qu'un des réflexes les plus répandus est d'associer le français à la Francophonie et d'opposer à la langue française nos langues nationales ! Nous pouvons tout en conservant le français comme une langue vernaculaire, commerciale et politique, développer l'enseignement des langues nationales.

C'est pour l'ensemble des raisons évoquées que nous avons organisé un contre-sommet auquel nous convions les peuples d'Afrique et de France pour une action concertée afin d'exposer les mensonges que répandent les courtiers de l'impérialisme. Notre démarche devra inspirer d'autres mouvements en Afrique subsaharienne et en France métropolitaine car seule l'unité dans le discours et l’action peuvent nous garantir la souveraineté réelle sans laquelle aucun projet de développement ne saurait aboutir à une amélioration de nos conditions d’existence.


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** Malick Noel Seck est secrétaire général du Front pour le salut national (Sénégal)

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Madagascar : Réconciliation et pouvoir

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/features/93227


cc MBP
Les manœuvres que dénoncent certains hommes politiques sont celles-là même qu’ils ont eux-mêmes utilisées contre les autres, et toujours en lien avec la conquête ou la perte du pouvoir. Pour la population, le spectacle en est devenu lassant, voire révoltant, comme un mauvais film qui ne cesse de repasser à l’écran.

« Réconciliation » : quelle est l’exacte définition de ce mot, brandi par tous mais, comme c’est souvent le cas à Madagascar, compris différemment par chacun ? Le corollaire, qui est la question de savoir qui réconcilier avec qui, a déjà été maintes fois abordé, y compris par le Sefafi (1) : les anciens présidents entre eux ? Les politiciens entre eux ? Les politiciens avec le peuple ? Le peuple avec lui-même ? Dans ce contexte, la réconciliation ne consiste-t-elle pas à résoudre les problèmes liés à la conquête (et, inversement, à la perte) du pouvoir ?

Si c’est le cas, la réconciliation doit se faire à tous les niveaux de la classe politique et des militants des divers partis ou mouvances. Le citoyen sans engagement militant, par contre, n’est pas concerné à ce niveau, ce qui ne l’empêche pas d’avoir son avis sur la question. Par contre, il est interpelé par les véritables enjeux de la réconciliation.

SOMMET DES « EX »

Les doléances et griefs qui alimentent les animosités politiques (que le simple citoyen ne fait que subir) concernent essentiellement les détenteurs du pouvoir, présidents élus ou non-élus et leurs partisans irréductibles. Il semble donc logique qu’une rencontre soit organisée entre eux, sous réserve d’en définir clairement l’objectif. Lequel d’entre eux, en effet, pourrait prétendre n’avoir pas été alternativement provocateur et provoqué, embastilleur et emprisonné, expulseur et exilé, instigateur de procès et condamné ?

Les manœuvres que dénoncent certains sont celles-là même qu’ils ont eux-mêmes utilisées contre les autres, et toujours en lien avec la conquête ou la perte du pouvoir. Pour la population, le spectacle en est devenu lassant, voire révoltant, comme un mauvais film qui ne cesse de repasser à l’écran. Que ces « ex », à la fois manipulateurs et manipulés, se réunissent donc : ils se comprendront parfaitement, connaissant les raisons qui ont motivé les actions des uns et des autres pour en avoir été à la fois instigateurs et victimes. Ils pourront se pardonner les violences faites aux uns et aux autres, puisqu’ils y ont chacun contribué. Ils pourront rire des exigences de la conquête du pouvoir, comme du maintien au pouvoir. Ils pourront se noter, comparer les tactiques, les motivations, les victoires et les défaites, les traversées du désert. Ils pourront s’embrasser et se dire : « Oui, je t’ai fait ça pour garder le pouvoir et t’empêcher de le prendre, ou pour te le reprendre… C’était plus fort que moi, qui peut comprendre cela mieux que toi ? »

Mais au-delà, à quoi pourrait servir un tel sommet ? Les risques ne sont pas négligeables, car ce sont tous des mégalomanes qui s’en empareront pour flatter leur ego et en tirer un intérêt personnel, à commencer par son impact médiatique. Cette réunion se fera-t-elle à huit clos ou en public - à l’instar des audiences vérité et réconciliation sud-africaines ? S’agira-t-il d’avouer, de faire un mea culpa, de demander le pardon des victimes ? Les responsables reconnaitront-ils les crimes de sang de 1971, 1972, 1975, 1991, 2002 et 2009, et accepteront-ils comme gage de réconciliation de se retirer de la vie politique ?

Cette réunion se limitera-t-elle à un spectacle politique ou pourrons-nous en attendre des engagements susceptibles d’humaniser la conquête du pouvoir et la conduite des affaires de l’Etat ? Or la plupart de ces « ex » occupent le devant de la scène depuis des décennies et ont largement dépassé l’âge normal de la retraite. Il serait normal qu’on leur demande désormais de ne plus songer qu’à se mettre au service de l’intérêt national en sages et en « ray aman-dreny » désintéressés. En toute hypothèse, il faut impérativement limiter la portée de ce sommet, car la vraie réconciliation ne concerne pas seulement cette clique d’anciens dirigeants. Il s’agit plutôt de construire un système dans lequel la conquête ou la perte du pouvoir soit plus sereine, et l’exercice du pouvoir plus inclusif. Beaucoup a déjà été fait pour y parvenir, mais la résistance aux réformes vient des élus eux-mêmes.

FAVORISER L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE ET UN MEILLEUR PARTAGE DU POUVOIR

Maintes tentatives de réformes ont voulu améliorer les conditions d’accès et de sortie du pouvoir, ainsi que les modalités de son partage. Le Sefafi a toujours été de ceux-là (2). Ces efforts n’ont pas été concluants, le moment est venu de proposer quelques nouvelles avancées.

STATUT DES ANCIENS PRESIDENTS : Pour inciter les teneurs du pouvoir à le quitter, la loi 2013-001 accorde un statut spécial aux anciens présidents. Elle se focalise malheureusement sur les seuls privilèges qui leur sont accordés, sans exiger la moindre contrepartie. Le sommet des « ex » est l’occasion de revoir cette loi de manière constructive, en y incluant des dispositions qui garantissent leur retrait définitif de la vie politique, faute de quoi la retraite dorée et les autres privilèges leur seraient retirés. Ils jouissent tous des avantages considérables, à vrai dire exorbitants, que leur vaut ce statut. Qu’ils s’y tiennent, et ne cherchent pas à mettre leur confortable retraite au service de nouvelles ambitions politiques.

Le peuple les a assez vus et a trop souffert de leurs errements, qu’ils laissent la place aux plus jeunes. Pour la plupart, cela reviendra à se renier eux-mêmes, mais cela leur évitera de se faire jeter dehors une fois de plus par les citoyens excédés. Un tel retrait contribuera à former une culture de l’alternance démocratique, base de l’État de droit et de la stabilité politique. Et puis, il n’est pas interdit de rêver !

PROCESSUS ELECTORAL - Les élections de fin de Transition de 2013 ont mis en œuvre des réformes destinées à réduire les avantages des tenants de pouvoir en matière électorale, ainsi que les contestations postélectorales. Ainsi fut créé un organe indépendant d’organisation des élections ; ainsi vit le jour le bulletin unique ; ainsi furent votées les lois sur les partis politiques et le statut de l’opposition. Les résultats en sont mitigés, mais cela ne doit pas dispenser de s’atteler à une amélioration et à une application plus profonde de ces réformes. Il ne s’agit pas tant, ici, de voter une nouvelle loi ou de créer une nouvelle institution, que d’animer les unes et les autres de manière efficace, de les dé-politiser et de les utiliser au service de l’alternance.

DECENTRALISATION - La majeure partie de la population se sent délaissée par les tenants du pouvoir qui ne songent qu’à renforcer la centralisation. Un développement équilibré des régions s’avère indispensable pour conforter l’unité nationale. Et la réconciliation nationale ne pourra pas faire l’économie d’une décentralisation conférant à la fois le pouvoir et les ressources nécessaires à sa mise en œuvre (3)

LES CLIVAGES QUI NOUS DIVISENT : De nouvelles réformes devraient être envisagées pour surmonter les divisions que les politiciens exploitent à des fins politiciennes. Il s’agit des sujets qui fâchent ou qui inquiètent, tels les clivages ethniques, régionaux ou de castes, les oppositions croissantes entre riches et pauvres, les conflits entre traditionalistes et modernistes, entre ruraux et urbains, entre jeunes et anciens, etc. Tout cela implique ouverture et dialogue, discipline et bonne foi. Jusqu’à pouvoir se dire, pour citer Martin Luther King : « Mon avenir dépend de ton avenir ».

Toutes ces questions trop souvent occultées conditionnent pourtant le vivre-ensemble indispensable à l’unité nationale. C’est de ces questions que devrait traiter la réconciliation attendue, plutôt que de broutilles politiques aussi vaines que passagères. Or le principal ennemi de cette réconciliation est la classe politique, alors qu’elle pourrait, et devrait, y contribuer en priorité. Entamer la réconciliation veut dire débattre de ces sujets de fond, qui bloquent ou handicapent le développement d’une société harmonieuse. Et l’amélioration des problèmes de niveau de vie, d’éducation, de santé, de sécurité et de décentralisation en sera l’application concrète ; elle prouvera que les politiciens sont soucieux de réconcilier le pays, et non pas de manipuler les masses à des fins personnelles. Sur ces questions, la société civile se doit d’interpeler les dirigeants, de manière non-partisane, fût-ce au risque de se faire accuser de sabotage, de dénigrement ou d’opposition. Car la société civile, autant que la classe politique, est un acteur essentiel de la vie nationale.

NOTES

1) « Après les élections, mise en place des institutions et la réconciliation », 11 Février 2014

2) Chacun trouvera la preuve ou le témoignage des efforts et des propositions fait par le Sefafi, dans le volume à paraitre sous peu et qui reproduit la totalité de ses communiqués : Sefafi, L’Observatoire de la vie publique à Madagascar. D’une crise à l’autre (2001–2013), L’Harmattan – Foi & Justice

3) « La mise en œuvre de la décentralisation effective, par l’octroi de la plus large autonomie aux collectivités décentralisées tant au niveau des compétences que des moyens financiers » (Constitution, Préambule).


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** La Sefafi est l’Observatoire de la vie publique à Madagascar.

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Numéro spécial : La justice de transitionnelle en Afrique

Questionner les connaissances contemporaines, récits et praxis

2014-09-29

http://pambazuka.net/fr/category/announce/93006

Pambazuka news sollicite vos contributions sur la question de la justice transitionnelle en Afrique, pour aider les lecteurs à comprendre le débat qui se pose à ce sujet et jouer efficacement leur rôle en tant que citoyens d'Afrique.

Dans un passé récent, beaucoup de débats au sein des espaces scientifiques ont montré que la justice transitionnelle, comme domaine d'étude et comme pratique en est encore à chercher ses repères conceptuelles et politiques. A ce propos, il est intéressant de noter qu'il y a eu une avancée dans certaines régions du monde, l'Afrique y compris, pour se pencher sur les legs des violations passées commises par la communauté internationale.

Mais la tendance en Afrique, pour la recherche de solutions aux atrocités de masse commises pendant les guerres civiles et autres formes de violences politiques dans des pays comme le Burundi, le Kenya, la Rd Congo, le Zimbabwe, le Mozambique, le Mali, la Côte d'Ivoire, la Guinée et l'Ouganda - pour n'en citer que quelques-uns - a été de faire appel à la communauté internationale dont les interventions ne se sont pas avérées des solutions efficaces.

Divers mécanismes ont été proposés, notamment la recherche de la vérité sur les violations des droits humains ou sur les violences, la poursuite d'individus portant la plus grande responsabilité dans des conflits, les réparations pour les victimes de la violence et de la réforme institutionnelle.

Nombre de critiques remettent en cause ces mécanismes de justice transitionnelle dans leur capacité à résoudre les causes profondes des violences et des conflits en Afrique, à garantir la justice pour les victimes, à assurer la réconciliation des communautés et la sécurisation de sociétés démocratiques stables. Ces débats soulèvent des questions fondamentales sur les hypothèses qui façonnent la justice transitionnelle, en rapport avec les réalités et le contexte du continent.

Les définitions de la justice transitionnelle et ses concepts opératoires sont contestés. Elle est perçue dans certains milieux comme une industrie destinée à attirer plus de financements, avec une prolifération d’Ong locales et internationales, championnes de la mise en œuvre de divers ensembles de mécanismes de règlement des abus passés.

Cette tendance montre que de nombreuses questions difficiles doivent être posées par les citoyens africains, en vue d'analyser les différentes complexités et les réalités des processus actuels de justice transitionnelle, mais aussi les pratiques pour répondre aux préoccupations des sociétés post-conflit. Il y a, sans doute, un besoin de penser une production autonome d’approches endogènes durables et prospectives pour remédier aux séquelles des violations passées et favoriser la reconstruction des sociétés affectées.

Dans cette perspective, des questions se posent :

• Quand on parle de la justice transitionnelle, de quelle transition s’agit-il et à partir de quoi ? De quelle justice s’agit-il ?
• Comment les processus de justice transitionnelle peuvent-ils s’appliquer en l'absence d'un régime ou d’un changement démocratique ?
• Pourquoi y a-t-il eu beaucoup d'accent mis sur les mécanismes et les processus purement juridiques sans tenir compte de la pertinence et di rôle important des contextes socio-économiques et politiques qui pourraient mieux expliquer les origines et d'autres facteurs dans le continuum des conflits ?
• Pourquoi y a-t-il eu tant de déséquilibre des pouvoirs à l'échelle mondiale dans les discussions sur la justice transitionnelle ?
• Le monde est témoin d'une baisse des pouvoirs politique et économique de l'Occident, en particulier des Etats-Unis. Cela pourrait-il être une opportunité, pour les pays du sud, de modéliser de nouvelles visions sur la justice transitionnelle pour l'avenir ?
• Dans quelle mesure les processus de justice transitionnelle ont-elle pu transformer le rôle des femmes au-delà des victimes de violations ?
• Comment les mécanismes de justice transitionnelle peuvent-ils être préservés d’une tendance à consolider les hiérarchies et la discrimination qui existent déjà entre les sexes ?
• Les mécanismes de justice transitionnelle prennent-ils réellement en compte les enjeux émergents en Afrique, tenant compte des violences comme celles relatives à l'exploitation des ressources naturelles?
• Pourquoi les Africains n’ont-ils pas entièrement soutenu et financé l'économie de la justice transitionnelle?
• Quel est le rôle de la communauté internationale et des bailleurs de fonds dans une perspective tendant à influencer le discours et les processus de justice transitionnelle en Afrique ?
• Peut-il exister un processus de justice transitionnel afro-centrique et autonomes?


La rédaction de Pambazuka News lance un appel à contribution sur ces sujets et sur les questions connexes qui pourraient en découler, pour les besoins d’un numéro spécial sur la justice transitionnelle en Afrique. Sa parution est prévue en novembre 2014.

DATE LIMITE DE SOUMISSION DES ARTICLES : Vendredi 31 octobre 2014.

LONGUEUR DES ARTICLES: Les articles doivent être rédigés sous Microsoft Word, police : Times, taille 12 et avoir entre 1000-3000 mots

Veuillez accompagner votre texte d’une biographie en deux lignes à la fin de votre article et l'envoyer à: editor@pambazuka.org


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** Henri Makory est éditeur à Pambazuka News

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Commentaires & analyses

Dans le combat contre Ebola, Cuba joue dans la catégorie poids lourds

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/comment/93225


cc IN
Alors que la communauté internationale a été accusée de traîner les pieds sur la crise de l’Ébola, Cuba, un pays de seulement 11 millions d’habitants qui jouit encore d’une relation tendue avec les États-Unis, a émergé comme un fournisseur essentiel de l’expertise médicale dans les pays d’Afrique de l’Ouest frappés par le virus Ebola.

Jeudi (Ndlr : 2 octobre), 165 professionnels de la santé du pays sont arrivés à Freetown, en Sierra Leone, pour se joindre à la lutte contre le virus Ebola - la plus grande équipe médicale d’une nation étrangère unique, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Et après avoir été formés pour faire face à Ebola, 296 médecins et infirmiers cubains supplémentaires se rendront au Libéria et en Guinée, les deux autres pays les plus touchés par la crise.


Cuba, à tous égards, n’est pas un pays riche. Son produit intérieur brut (Pib) était légèrement supérieur à 68 milliards de dollars en 2011, selon la Banque mondiale, ce qui la place à quelques places au-dessus de la Biélorussie. À 6051 dollars, son Pib par habitant était inférieur à un sixième de celui de la Grande-Bretagne. Cependant, sa réponse officielle au virus Ebola semble beaucoup plus robuste que de nombreux pays bien plus riches - et apporte une preuve supplémentaire que les professionnels de santé sont à parité avec le rhum et les cigares en termes d’exportations cubaines.


Le système de soins de santé universel de Cuba permet une telle exportation. Le pays a nationalisé ses soins de santé peu après sa révolution, en mettant fin aux soins de santé privés et en garantissant la gratuité des soins dans sa Constitution. Les résultats ont été largement salués. En 2008, dans une évaluation de 30 ans de « révolution des soins de santé primaires » à Cuba, l’Oms a souligné les progrès impressionnants que le pays avait accomplis dans certains indicateurs de santé. « Ces indicateurs - qui sont proches ou égaux à ceux des pays développés - parlent d’eux-mêmes, » a relevé Gail Reed, de l’Oms, en montrant une énorme réduction du nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans et une grande espérance de vie à Cuba, de 77 ans.


Le succès de soins de santé de Cuba repose sur sa formation médicale. Après la révolution cubaine, la moitié des 6 000 médecins du pays ont fui et le pays et a été contraint de reconstruire sa force de travail. Le système de formation a connu une telle croissance qu’en 2008, il formait 20 000 étrangers par an pour devenir médecins, infirmiers et dentistes, en grande partie gratuitement.


Ce n’est pas la première fois, avec Ebola, que les travailleurs de la santé cubains sont envoyés pour faire face à une catastrophe mondiale. Même en 1960, immédiatement après la révolution, Cuba a envoyé des médecins au Chili à la suite d’un tremblement de terre dévastateur et la pratique a continué depuis. En 2005, Cuba a même offert d’envoyer des travailleurs de la santé aux États-Unis après l’ouragan Katrina en 2005 (ils ont apparemment été repoussés).


Reuters rapporte que Cuba compte actuellement environ 50 000 travailleurs de la santé qui interviennent dans 66 pays. Malgré quelques actes de charité très médiatisés, la diplomatie médicale semblait le plus souvent s’exercer à des fins plus pratiques - environ 30 000 travailleurs de la santé sont actuellement au Venezuela en guise de paiement partiel de pétrole, par exemple. L’exportation de l’expertise médicale devrait rapporter 8,2 milliards de dollars à Cuba en 2014, selon un rapport récent paru dans le quotidien officiel Granma. On espère que le tourisme médical et l’exportation de la technologie médicale pourraient un jour fournir des chiffres similaires.


L’affaire n’est pas simple. Des critiques se sont plaints que Cuba a commencé à sacrifier la santé de ses citoyens pour faire de l’argent en envoyant de travailleurs médicaux à l’étranger, et les conditions de ces travailleurs médicaux eux-mêmes ont été critiquées - Le Los Angeles Times a rapporté plus tôt cette année qu’un nombre important de travailleurs de la santé cubains au Venezuela ont fui le pays pour échapper à une charge de travail « écrasante ».
 Malgré tout, la réponse surdimensionnée de Cuba au virus Ebola semble avoir balayé ces critiques, pour l’instant du moins.

Le nombre de personnel médical cubain en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée semble supérieur à ceux envoyés par des pays bien plus riches, comme la Chine. Israël, un pays riche avec une population similaire, a déclenché une controverse cette semaine en rejetant les appels à envoyer des équipes médicales.
« L’argent et le matériel sont importants, mais ces deux choses ne suffisent pas pour arrêter la transmission du virus Ebola, » a déclaré le mois dernier le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé. « Il est clair que notre besoin le plus pressant, ce sont les ressources humaines. »


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** Adam Taylor (source : http://bit.ly/1FP4uyh)

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Message de Mariam Sankara pour le 15 octobre 2014

Déclaration à l’occasion du 27e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara

Mariam Sankara

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/comment/93226

Vingt-sept ans après l’assassinat du président Thomas Sankara, les libertés fondamentales des Burkinabés sont bafouées. Les valeurs éthiques, fondements de la révolution du 4 août 1983, ne sont plus d’actualité pour les gouvernants. Malgré la situation désastreuse qu’endure te peuple burkinabé, le régime de Biaise Compaoré veut se maintenir à tout prix au pouvoir.

Mesdames. Mesdemoiselles, Messieurs, chers camarades.

Nous voilà encore réunis pour le 27ème anniversaire de l’assassinat du Président Thomas Sankara et de ceux qui sont tombés ce jour, 15 octobre 1987 avec lui. Cet acte odieux a été suivi par tant d’autres crimes crapuleux qui ont marqué les esprits tant à l’intérieur du Burkina qu’au-delà de nos frontières.

Vingt-sept ans après l’assassinat du président Thomas Sankara, les libertés fondamentales des Burkinabés sont bafouées. Les populations, dans leur majorité, sont au chômage. Leurs besoins essentiels ne sont pas satisfaits : nourriture, eau, électricité, logement, éducation, habillement et santé.

Le peuple ne se fait plus d’illusion sur des politiques qui mettent en péril le développement et la réputation du Burkina.

En outre, les valeurs éthiques, fondements de la révolution du 4 août 1983, ne sont plus d’actualité pour les gouvernants. Contrairement à la période de la révolution, le régime en place ne joue pas de rôle significatif dans la compréhension des vrais enjeux de l’intégration nationale, africaine ; et plus généralement, de la globalisation de l’économie mondiale. Enjeux qui se déclinent à différents niveaux tels que le développement durable (dégradation de l’environnement et disparition des ressources), la recherche-développement, la formation, la promotion de la culture, l’émancipation de la femme, la lutte contre les inégalités, la promotion du partenariat et de la solidarité aux plans national, continental et international.

Malgré la situation désastreuse qu’endure te peuple burkinabé, le régime de Biaise Compaoré veut se maintenir à tout prix au pouvoir en modifiant l’article 37 de la Constitution.

Face à ce nouveau défi, le peuple burkinabè a décidé, dans son écrasante majorité, majorité, de résister par des marches qui sont l’expression du rejet de la politique mise œuvre, de la désapprobation tant de la mise en place d’un Sénat que de la modification de l’article 37 de la Constitution.

Ces marches sans précédent, sont la traduction de la lassitude du peuple par rapport à la politique du Cdp dont l’échec n’est plus à démontrer.

En effet, ce régime a créé un Burkina à deux vitesses où une minorité est de plus en plus riche alors que la majorité du peuple crève dans la misère. La colère du peuple burkinabé qui gronde est largement justifiée. Au lieu de répondre aux requêtes du peuple, le régime semble opter pour l’impasse politique. Tout en sachant qu’une telle option peut être de nature à provoquer une conflagration qui pourrait avoir des conséquences néfastes pour le pays et pour la sous-région déjà plongée dans des conflits interminables.

Le peuple doit rester vigilant tout en préparant le changement Notre priorité aujourd’hui est la paix, la vraie démocratie et le développement pour un Burkina prospère. Pour notre pays, le véritable enjeu est l’organisation d’élections libres et transparentes avec des partis qui proposent une véritable alternative à notre peuple. Alternative assise sur des valeurs éthiques et sur la réconciliation des fils et des filles du Burkina.

Pour terminer, j’en appelle au rassemblement des sankaristes et de toutes les forces progressistes qui aspirent au changement pour le mieux être des burkinabés.

La patrie ou la mort nous vaincrons !

Madame Mariam SANKARA
Montpellier, le 14 Octobre 2014


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** Mariam Sankara est la veuve de Thomas Sankara (Source : http://thomassankara.net/spip.php?article1672)

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Plaidoyers & campagnes

Comment la nouvelle alliance du G8 menace la sécurité alimentaire en Afrique

Rapport : «La faim un business comme un autre» :

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/93220

Derrière des objectifs affichés de lutte contre la pauvreté, la Nasan met en péril le droit à l’alimentation des plus pauvres

La Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (Nasan) est une initiative internationale lancée à la réunion du G8 de Camp David en mai 2012. Elle regroupe actuellement les Etats du G8, l’Union africaine, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), son Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (Pddaa), les gouvernements de dix pays africains et 227 entreprises nationales et internationales.

L’objectif affiché de cette initiative est d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition et d’aider quelques 50 millions de personnes en Afrique sub-saharienne à sortir de la pauvreté d’ici 2022, en « libérant le pouvoir du secteur privé », et en poussant les Etats africains à mettre en œuvre des mesures de dérégulation et d’ultralibéralisation de leur secteur agricole.

Or, pour Acf, le Ccfd-Terre solidaire et Oxfam France, tout comme pour leurs partenaires de la société civile africaine, cette initiative met en péril la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations et porte atteinte au droit à l’alimentation des populations les plus vulnérables.

LA POSITION AMBIGÜE DE LA FRANCE :
Stratégies d’influence, diplomatie économique et financements cachés accordés aux multinationales

Le gouvernement de François Hollande a critiqué à de nombreuses reprises la Nasan, négociée par le gouvernement précédent. Pourtant, il a décidé de rester membre de cette initiative, officiellement afin de pouvoir l’influencer de l’intérieur et d’en faire un instrument de renforcement des agricultures familiales et paysannes. Plus de deux ans après le lancement de la Nasan, force est de constater que la France n’a pas pu mettre en place cette stratégie de changement, ou manqué de volonté politique pour le faire.

Pire, les études menées par ACF, le Ccfd-Terre solidaire et Oxfam France montrent que la France occupe en réalité un rôle central dans cette initiative. Elle compte en effet parmi les trois premiers contributeurs de la Nasan et fait preuve d’un manque total de transparence quant aux prêts et garanties accordés aux multinationales membres de l’Alliance via Proparco, la filière de l’Agence française de développement (Afd) dédiée au secteur privé. Au final, la Nasan semble bien constituer l’un des bras armés de la diplomatie économique, dont le gouvernement de François Hollande a fait la colonne vertébrale de sa politique étrangère.

Plus de deux ans après le lancement de la Nasan, force est de constater que la France n’a pas pu mettre en place cette stratégie de changement, ou manqué de volonté politique pour le faire. Où va l’aide publique au développement française ?

LES FINANCEMENTS NON DECLARES DU GROUPE AFD.

Officiellement, les seuls financements que la France déclare dans la Nasan sont ceux directement imputables à son Apd (Ndlr : aide publique au développement), soit 521 millions d’euros qui concernent des projets dans huit des dix pays impliqués. Cependant, si on regarde l’ensemble des outils financiers mis à contribution par la France pour des projets en Afrique, et notamment ceux destinés à des entreprises multinationales via Proparco, la branche secteur privé du groupe Afd, 233 millions supplémentaires pourraient être comptabilisés.

En effet, 5 entreprises membres de la Nasan (Sifca, Olam, Etg, Ethiopian Airlines et Ecobank) ont obtenu des prêts de Prooarco. Selon les informations disponibles sur site de l’Afd, les descriptifs des projets pour lesquels ces financements ont été accordés correspondent aux pays et au type de projet également déclarés par ces entreprises dans le cadre de la Nasann. Cela porterait alors la contribution française à 754 millions d’euros. On est loin d’une implication a minima ou d’une remise en question.

A QUI PROFITE LA NASAN ?
Des agriculteurs locaux marginalisés et un tapis rouge aux grandes multinationales de l’agrobusiness

L’ensemble des études de terrain menées au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal par les associations signataires du rapport, ainsi que l’analyse détaillée des cadres de coopération mis en œuvre dans les dix pays africains concernés par l’initiative et les entretiens réalisés auprès des acteurs de la société civile africaine révèlent que :

- la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition est une initiative opaque, imposée par le haut, et qui n’implique pas ou très peu la société civile des pays dans lesquels elle est mise en œuvre. Elle met de côté l’agriculture familiale et paysanne, et en particulier les femmes, qui sont pourtant les principales victimes de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Elle porte atteinte aux intérêts des Pme et Pmi africaines, au profit des grandes entreprises multinationales. Les réformes consenties par les Etats africains en contrepartie de leur adhésion à l’initiative mettent en péril les droits fonciers des paysans ainsi que leur accès aux semences et aux ressources naturelles.

En outre, les mesures visant à favoriser l’investissement privé, notamment les incitations fiscales, tarifaires et douanières, privent les Etats africains de recettes fiscales qui leur permettraient de renforcer l’investissement agricole public indispensable à la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. 


- La Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition incite à la dérégulation et à l’ultralibéralisation des secteurs agricoles africains et profite aux multinationales de l’agroalimentaire et aux grands traders de matières premières agricoles. Elle favorise la mise en place d’un modèle agricole basé sur l’agrobusiness, la privatisation des semences, l’utilisation massive d’intrants chimiques, et le développement des cultures d’exportation et des cultures de rente.

LES MULTINATIONALES PROFITENT DE LA NASAN ET METTENT EN PERIL LES AGRICULTURES LOCALES
Le cas de Louis Dreyfus Commodities en Côte d’Ivoire

L’une des filières privilégiée par la Nasan en République de Côte d’Ivoire est la filière du riz pour laquelle six entreprises se sont engagées, dont trois multinationales ayant d’ores et déjà engagé des projets pilotes. Une répartition géographique des terres pour les investissements a été définie : Novel investira à l’Ouest, Export Trading Group au Nord Ouest, et l’entreprise franco-américaine Louis Dreyfus Commodities (Ldc) au Nord.

C’est ce dernier investissement qui a fait le plus de bruit. Mentionné dans le cadre de coopération dès l’été 2012, le lancement du projet en janvier 2013 a bénéficié d’une importante couverture médiatique en Côte d’Ivoire. La dirigeante de l’entreprise – Margarita Louis Dreyfus - s’est rendue en personne à Abidjan afin de signer avec le président Ouattara un partenariat public-privé.

Alors que l’Etat doit renforcer les infrastructures environnantes (irrigation, transport, etc.), l’entreprise prévoit de développer un projet intégré comprenant une ferme pilote, en partenariat avec des producteurs de riz, et comprenant l’amélioration des moyens de production, la collecte, la transformation et la commercialisation. Les clauses et conditions de cet accord n’ont pas été rendues publiques mis à part le montant total du projet (estimé à plus de 20 milliards de francs Cfa) et la surface prévue de production (de 100 000 à 200 000 hectares, via des contractualisations avec plusieurs dizaines de milliers de petits producteurs).

Selon le rapport intermédiaire de la Nasan, Louis Dreyfus Commodities a finalisé une étude de faisabilité et procède à la recherche de partenaires locaux et le développement de différents modèles de soutiens en faveur des agriculteurs. Pourtant, il semble que sur le terrain l’entreprise soit entrain de remettre en question son investissement. Ainsi, selon les informations publiées dans la Lettre du continent de juin 2014, « près de 18 mois après sa signature, l’accord entre le groupe Ldc et les autorités ivoiriennes visant à tripler la production annuelle de riz du pays n’a pas connu l’ombre d’un début de commencement. Motif ? La grande patronne du groupe de négoce, Margarita Louis Dreyfus, a décidé de mettre ce projet en stand-by car elle est ulcérée par les sollicitations récurrentes - mais non moins amicales - de plusieurs proches d’A. Ouattara. Pour l’heure, le groupe Ldc préfère se concentrer sur l’importation de riz et sur les activités de sa filiale Stepc ».

L’entreprise de trading a ainsi préféré se repositionner sur son cœur de métier.

Ce projet interroge sur le statut des lettres d’intention du secteur privé et le niveau d’engagement réel. Par ailleurs, si tous les acteurs privés de la filière, qui sont du même cœur de métier, agissent de même et se réorientent en importateur de riz pour le marché ivoirien, ils viendront directement concurrencer les productions locales, et les producteurs censés initialement bénéficier d’une contractualisation.

PRINCIPALES RECOMMANDATIONS d’Action Contre la Faim, du Ccfd-Terre solidaire et d’Oxfam France au gouvernement français

La France doit obtenir une réforme radicale de la Nasan afin que soient assurées :

- la transparence, l’inclusion et la participation active de la société civile,
- la traçabilité et la redevabilité de l’initiative ; 

- la réorientation des financements et des engagements politiques en faveur de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de la réduction de la pauvreté ; 

- la cohérence avec les positions françaises déjà établies (favoriser l’agro écologie,
- lutter contre les accaparements de terres et la diffusion des semences Ogm,
- promouvoir le modèle de gouvernance du Cs).

Si ces mesures ne sont pas appliquées, la France doit quitter la Nasan ; à la prochaine réunion du G8, en juin 2015.


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** Julia Belusa, Action contre la Faim ; Karine Appy, Ccfd-Terre Solidaire ; Magali Rubino, Oxfam France

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La réforme foncière, l'équité et la transformation

Déclaration d'Antananarivo

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/93224


cc AN
Le forum foncier africain, organisé par International Land Coalition/ Afrique (Coalition internationale pour l'accès à la terre) en partenariat avec les organisations de la société civile malgache a permis de réfléchir sur les questions relatives aux droits fonciers des communautés et d'alimenter les débats sur la contribution des réformes foncières au développement équitable et inclusif des pays.

Nous, les représentants des organisations membres de L'Ilc Afrique (Ndlr : International Land Coalition/ Afrique - Coalition internationale pour l'accès à la terre) et les autres participants au 4eme Forum foncier africain, réunis ce jour à Antananarivo, à Madagascar, dans le cadre du Forum foncier africain, sous le thème de «La réforme foncière, l'équité et la transformation : Le rôle du Document cadre et lignes directrices sur les politiques foncières en Afrique»

- __Reconnaissant les efforts entrepris tant à l'échelle continentale qu'à l'échelle de nos Etats respectifs de mettre en place des instruments nationaux et régionaux pour répondre aux problèmes fonciers en Afrique, dont la Déclaration de l'Union africaine sur les problèmes et enjeux fonciers en Afrique (Syrte, 2009) et le Cadre et lignes directrices sur les politiques foncières en Afrique ;__

- Se préoccupant du fait que la privation de terres et l'expropriation foncière sont les causes principales de la pauvreté, de la faim et de l'inégalité parmi les hommes et les femmes en Afrique ;

- __Constatant les déficits dans la prise en compte des problèmes et droits fonciers dans les instruments de développement de nos Etats et la prééminence des considérations économiques sur les dimensions sociales, culturelles et environnementales dans les politiques publiques ;__

- Considérant le caractère transversal et multifonctionnel de la terre et son importance stratégique pour le développement de nos peuples et de nos Etats ;__

- Tenant compte des contextes spécifiques de processus de réformes foncières dans la plupart des pays africains, et déterminés à en tirer largement avantage ;__

- Soucieux de faire inscrire dans les priorités de développement national et continental l'urgence d'avoir des réformes foncières fondées sur des processus inclusifs, participatifs et concertés de planification et des usages coordonnés de terres ;__

Déclarons ce qui suit :

1. Les politiques publiques et les programmes de développement national doivent mettre au cœur de leurs priorités l'importance stratégique des questions de gouvernance foncière centrée sur les personnes en sécurisant, protégeant et promouvant les droits fonciers des pauvres et de personnes marginalisées.

2. Les processus de développement en cours dans les pays africains doivent être soutenus par des réformes en matière d'aménagement du territoire, incluant des directives contraignantes pour une planification intersectorielle (minières, pétrolière, forestière, infrastructures, agricole, conservation, etc.) concertée et inclusive.

3. Les textes législatifs régissant les différentes ressources naturelles devraient être harmonisés pour mettre fin aux conflits des lois et arrêter la compétition entre les institutions en charge de leur gestion.

4. Les mécanismes et cadres de suivi, évaluation et contrôle des processus d'affectation des terres doivent être mis en place pour garantir leur conformité aux lois, aux procédures prescrites et aux instruments de planification.

5. L'équilibre entre les considérations économiques, sociales, culturelles et environnementales doit être établi dans tous les processus de planification qui conduisent aux affectations des terres et aux droits d'exploitation des ressources naturelles de nos Etats.

6. Les terres doivent être gérées et affectées en tenant compte des principes de justice sociale fondée sur les compensations justes, équitables et préalables en cas de perte ou de modification des droits des personnes et communautés touchées.

7. Des mécanismes de consultation et de consentement préalables des personnes et communautés affectées ainsi que de partage des revenus doivent être intégrés dans les lois qui régissent les terres et les autres ressources naturelles.

8. L'égalité et l'équité dans la propriété, l'accès et le contrôle de la terre doivent être promues et consacrées comme des standards clés dans les politiques et législations foncières, pour combattre les déséquilibres entre les différentes catégories sociales, et en particulier les femmes, les jeunes et les populations autochtones.

9. Les pays membres de l'Union Africaine doivent allouer des ressources adéquates pour appuyer la mise en œuvre des politiques et législations foncières au niveau national et régional qui sécurisent, protègent et promeuvent les droits fonciers des pauvres et des groupes marginalisés.

10. Nous nous engageons à intensifier nos efforts à travailler avec les programmes fonciers continentaux, comme l'Initiative de Politique Foncière, et à appuyer l'intégration de cadrages harmonisés de l'Union africaine au niveau national.

Antananarivo, Madagascar (8 octobre 2014)


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Sénégal : La Bad bat campagne pour des technologies polluantes

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/93219

Dans un des projets dans lequel elle investit au Sénégal, la Bad n’a pas respecté sa propre politique de sauvegardes environnementales et sociales.

La Banque africaine de développement (Bad) ne devrait pas être très fière de son investissement et de son rôle dans la mobilisation des fiancements de la centrale électrique à charbon de 125 MW à Bargny-Minam (Ndlr : au Sénégal) qui devrait fournir 50% des besoins en électricité du pays. En effet, cette étude que Lumière synergie pour le développement (Lsd), une organisation membre de la Coalition des Osc africaines sur la Bad vient de publier, démontre que le projet est très fortement contesté à Bargny.

L’analyse de l’Etude d’impacts environnementale et sociale souligne des impacts négatifs qui ne sont pas pris en compte dans la mise en œuvre du projet, comme entre autres :

- La non acceptation sociale du projet ;
- L’empiétement sur le site de transformation de poissons et la perte d’emplois de milliers de femmes ;
- Les expropriations sur le foncier sans indemnisation juste et équitable ;
- La pollution de l’air et ses méfaits sur la santé ;
- Les rejets d’eaux chaudes, de polluants dangereux (Nox, So2, Co), d’où destruction de l’écosystème marin et de la biodiversité avec des impacts négatifs sur la pêche artisanale ;
- Les émissions de gaz à effet de serre et leurs effets sur les changements climatiques ;
- La compromission des mesures locales d’adaptation aux changements climatiques ;
- La violation du Code de l’environnement ; etc.

Enfin, de notre point de vue, la Bad n’a pas respecté sa propre politique de sauvegardes environnementales et sociales. Et pire encore, au lieu « de battre campagne pour appuyer les efforts déployés par les pays membres régionaux pour accéder aux technologies propres» selon sa politique du secteur de l’énergie, dans le cas de ce projet, la Bad est entrain de battre campagne pour des technologies polluantes !

Rappelons qu’en plus de la Bad (37%), le projet à charbon est cofinancé par la Boad (25%), la Fmo (23%) et la Cbao (15%).


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** Aly Sagne, président de Lsd/Sénégal, Fadel Wade est membres de l'Association Takkom Jerry

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Courrier

Ebola : Lettre ouverte aux présidents africains

Farida Nabourema

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/letters/93223

Je suis très déçue par votre indifférence et énervée qu’à ce jour, la majeure partie des efforts fournis par le monde pour contenir le virus Ebola soit étrangère au continent africain.

Chers chefs d’Etats africains,

Je viens par cette lettre ouverte solliciter votre attention sur un problème qui mine l’existence de notre peuple. Il est question du virus Ebola que vous savez avoir détruit des milliers de vie en Afrique de l’ouest depuis plus d’un semestre. Les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) indiquent que plus de 4500 personnes ont déjà succombé à ce virus qui se propage à une vitesse vertigineuse et plus de 9000 personnes sont présentement infectées.

Le plus effrayant est que l’Oms estime que d’ici la fin de l’année, le virus pourrait infecter en moyenne 10 000 personnes par semaine. Avec un taux de décès de près de 70%, ceci sous-entend que d’ici la fin de l’année, si rien n’est fait, près de 7000 africains décèderaient par semaine.

Jamais dans notre histoire nous n’avons été touchés par une épidémie de cette ampleur. Certes, le paludisme, le Vih/sida et la faim n’ont pas été tendres avec nous mais au moins dans ces cas, la contamination n’est pas aussi rapide que dans celui d’Ebola ; chose qui rend ce virus plus dangereux que tous les autres auxquels nous avons eu à faire face.

Si je vous écris cette lettre, messieurs les dirigeants, c’est parce que je suis écœurée, attristée et inquiétée par votre indifférence devant une situation aussi grave. Selon l’Onu, il faut un milliard de dollars pour contenir et éradiquer la fièvre d’Ebola dans les pays affectés, à savoir en Guinée, au Liberia et en Sierra Léone. A ce jour, nous avons les Usa et l’Union européenne qui disent avoir investi près de 250 millions de dollars dans ce combat. La Chine a, quant à elle, fourni des équipements médicaux d’une valeur de 5 millions de dollars. Le Japon a contribué pour 22 millions de dollars et Cuba a envoyé plus d’une centaine de professionnels de la santé dans les pays touchés. La Banque africaine de développement compte débloquer ensemble avec la Banque mondiale 400 millions de dollars dans ce même sens.

Mais, chers messieurs les dirigeants africains, le seul effort que vous avez officiellement fait de votre part pour contenir l’épidémie d’Ebola est d’isoler vos frères et sœurs de la Guinée, du Nigeria, du Liberia et de la Sierra Léone. Quand ce n’est pas le Kenya qui interdit les vols en provenance du Liberia, c’est le Ghana qui le fait avec le Nigeria ou c’est la Cote d’Ivoire et le Sénégal qui ferment leurs frontières voisines aux pays victimes de la fièvre d’Ebola ou encore le Maroc qui se retire de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) par peu d’Ebola.

Certes, ce sont des mesures préventives pour protéger vos peuples et je ne peux qu’encourager des efforts dans ce sens. Toutefois, laissez-moi vous dire que quand la maison de votre voisin brûle, il ne suffit pas de fermer vos portes et fenêtres pour empêcher aux flammes de consumer votre propre maison. Vos actions qui ne sont accompagnées d’aucun soutien à vos voisins se présentent comme suit : « Que ces gens ne viennent pas nous contaminer ici ; laissez le mourir entre eux ».

Je suis très déçue par votre indifférence et énervée qu’à ce jour, la majeure partie des efforts fournis par le monde pour contenir ce virus soit étrangère au continent africain. Je ne refuse pas que nous sommes presque tous démunis, mais je sais aussi en tant qu’Africaine que la solidarité existe dans notre culture et que dans nos communautés, quand un drame se produit, chacun participe à sa manière. Du plus riche au moins nantis, du plus grand au plus petit et du plus diplômé au moins lettré. Mais là, je me rends compte que vous dirigeants africains contemporains n’incarnez point cette culture et êtes tout le contraire de ceux qui ont lutté pour les indépendances de ces pays que vous prétendez diriger aujourd’hui. Au temps de Kwame N’Nkrumah, Sylvanus Olympio, Julius Nyerere, Modibo Keita, Abdel Nasser, Sékou Toure, Habib Bourguiba, Jomo Kenyatta, la Guinée n’eut pas de soucis à se faire quand la France a choisi de la dépouiller après son indépendance car les pays frères l’ont soutenu avec des ressources humaines, financières et matérielles. Mandela a su compter sur nombre de ces dirigeants pour combattre l’Apartheid en Afrique du Sud. Le Zimbabwe a aussi bénéficié du soutien des voisins et amis pour chasser les « Rhodésiens » et se libérer du joug de la Grande Bretagne ; les exemples sont légion.

Vous, la nouvelle génération de dirigeants africains êtes un véritable déshonneur pour vos prédécesseurs. Tellement vous êtes nonchalants, laxistes et passifs devant la souffrance de votre peuple et la douleur de vos voisins que je me demande si vous êtes vraiment des Africains. Vous faites partie des dirigeants les plus riches de la planète quand nous, vos peuples, sommes les populations les plus misérables au monde. Jamais il ne vous vient à l’esprit de penser à nous autonomiser et à œuvrer pour notre émancipation. Tout ce qui vous importe est comment piller nos ressources ensemble avec vos maitres de la métropole et quémander de l’aide à un soit disant développement qu’on ne voit jamais comme des mendiants. Aucun d’entre vous n’est capable de débloquer un petit million de dollars pour soutenir la Guinée, le Liberia et la Sierra Léone mais je suis persuadée que si Barack Obama vous invite à Washington pour un Sommet Us-Afrique Ebola, vous trouverez les fonds pour y aller ensemble avec une centaine de valets aux frais des contribuable pour vous amuser dans les hôtels les plus chers des Usa. Vous êtes les seuls dirigeants au monde capables de dépenser 1000 dollars pour aller quémander 10 dollars aux institutions internationales car vous êtes, semble-t-il, vaccinés contre le bon sens, la dignité et la honte.

Messieurs les dirigeants africains, je refuse de dire que j’ai honte d’être Africaine parce que mon continent est infesté par des leaders irresponsables de votre acabit. Je refuse de perdre espoir et de penser que vous demeurerez éternellement au pouvoir ou ne changerez pas. Je refuse de vous laisser détruire d’avantage la vie de votre peuple en ignorant votre indifférence face au virus Ebola. Je sais que bon nombre d’entre vous êtes sans cœur, mais vous avez une cervelle qui fonctionne parfaitement bien car ne peuvent être sottes des personnes qui détournent impunément des milliards de fonds publics. Alors je vous invite à demander à votre cervelle d’arrêter pendant quelques jours de penser à comment voler l’argent du peuple et de réfléchir sur quoi faire pour éradiquer le virus Ebola.

Sachez pour votre gouverne que personne n’a une immunité contre ce virus et que vos proches et vous pouvez aussi contracter ce virus. Je ne souhaite pas voir l’Afrique transformée en cette Europe du Moyen âge dont la moitié de la population fut décimée par la peste. Comme le roi d’Europe, vous aussi risquez de périr si ce virus n’est pas éradiqué. Et ne pensez surtout pas que de la manière dont vous allez en Europe, en Amérique ou en Asie pour vous soigner quand vous souffrez d’une carie dentaire, d’une indigestion ou d’une impotence sexuelle, vos hôtes vous recevrons quand il s’agira d’Ebola. C’est en Afrique que vous mourrez et personne ne vous offrira un cercueil en or serti de diamant dont vous amoureux de l’extravagance rêvez. C’est au four crématoire que vous finirez et personne ne vous pleurera parce qu’Ebola a aboli les funérailles pompeuses.

Sur une note moins sarcastique, je vous invite à faire preuve de solidarité et de bon sens pour une fois. Assistez la Guinée, le Liberia et la Sierra Léone qui sont des pays frères. Ne le faites pas pour nous, peuples africains parce que nous savons que nos intérêts sont les derniers de vos soucis. Faites-le pour vous-même afin d’avoir la chance de vivre longtemps pour continuer à piller éternellement nos ressources comme vous savez si bien le faire parce qu’en Afrique, aussi pénible qu’elle soit la vie, personne ne souhaite mourir.

Africainement Votre


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** Farida Nabourema, citoyenne togolaise désabusée – voir son blog : http://bit.ly/ZP1ikW

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Madagascar à la croisée des chemins

2014-10-27

http://pambazuka.net/fr/category/letters/93221

Dieu, merci. Madagasikara est de nouveau à la croisée des chemins. La lassitude du surplace et le virus du laisser-aller commençaient à asphyxier la bonne volonté des citoyens les plus engagés.

L’ancien président Marc Ravalomanana a enfin décidé d’abréger son exil volontaire. Peu importe le rocambolesque de son arrivée. Tout comme le grotesque de son escamotage pour raison d’Etat.

Dans tout le tapage qui s’en est suivi, seul un fait mérite d’être mis en évidence. Tous les protagonistes de notre récente histoire nationale sont désormais sur place. Que s’accomplisse donc la grande et noble destinée de notre Nation ! Ouvrons les bans.

Notre questionnement est à deux volets. Voulons-nous nous acheminer vers une véritable justice transitionnelle où le binôme « vérité – réconciliation » tiendra lieu de balise ? Ou optons-nous pour un nouveau chaos politico-politicien dont seuls les prédateurs patentés tireront encore bénéfice ?

Ce n’est ni à la nébuleuse communauté internationale, ni à la faune politicienne, encore moins aux protagonistes sus-évoqués, et surtout pas à nos gouvernants, fut-il président de la République, uniquement d’y répondre. Cette gente-là n’exécutera en définitive que ce que nous aurons décidé, ou au pire, laissé décider. Et précisons-le bien : chacun de nous.

Aussi, avant de rejeter sur qui que ce soit toute responsabilité dans le futur, que chacun de nous réfléchisse maintenant, autant que possible immédiatement. A chacun, et à commencer par moi-même, de prendre en compte le questionnement précédent. Dès lors, qu’est-ce que je veux ? Qu’est ce que je décide ? Qu’est-ce que je fais ?

Le présent est dans mes mains. Le futur de mon pays, comme le mien, en dépendra. Si immature, je vais demander à Dieu ce qu’Il ferait à ma place, … Paisible et contemplatif, Il me répondra avec un doux sourire : « Mon fils, tu es déjà à Ma place. Fais comme bon te semble. »


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