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La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Cette édition

Pambazuka News 357 : Dictatures, tyrannie, intégrisme et complicités

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Commentaires & analyses




Sommaire de cette édition

ANNONCES
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CHRONIQUES
- Gambie : 50 ans d’indépendance, 20 ans de terreur
- Le piège intégriste
- Rafale à l’Égypte : Paris tourne la page des printemps arabes

ANALYSES & COMMENTAIRES
- Sénégal : Les incohérences d’un référendum pour réduire le mandat présidentiel
- Madagascar : De la nécessité de faire des choix stratégiques
- « Courrier International », le produit offshore du « Monde »




Chroniques

Le piège intégriste

Fatou Sow Sarr

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/features/94034


c c BBC
Il est devenu confortable d’accuser le colonialisme, le post-colonialisme, l’impérialisme, l’Occident et sa modernité qui ont leur part essentielle de responsabilités dans ce monde globalisé. Mais il est plus difficile d’aller au-delà de l’islamophobie. Elle existe, mais elle ne peut excuser les violations de droits et les crimes de toutes les extrême-droites fondamentalistes de nos pays et de nos régions.

Les attentats des 7 et 9 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo et un supermarché juif et à Paris ont causé de profondes émotions et affecté toutes les sensibilités.
Beaucoup d’Africains les ont vécus presqu’en direct, via les media. Le 11 janvier, le président du Sénégal, Macky Sall, participait à la marche de protestation à Paris contre les attentats, dans le cortège de chefs d’États africains et étrangers qui avaient fait le voyage. Pressé de questions à son retour à Dakar, il affirmait avoir témoigné sa solidarité contre le terrorisme.

Vivement critiqué par les leaders religieux et une bonne partie de l’opinion publique sénégalaise peu habitués aux caricatures, le président faisait interdire le numéro spécial de Charlie Hebdo perçu comme une insulte à l’islam. Des marches de protestation suivirent, les 16 et 23 janvier, à Dakar et d’autres villes de l’intérieur. Si certains pouvaient regretter que les attentats aient été commis au nom de l’islam, les foules n’étaient manifestement pas « pour Charlie » ; elles élevaient des pancartes très hostiles aux caricatures. Celle du 23 janvier comptait, en tête de la marche, le Premier ministre, des dirigeants de partis politiques, des personnalités religieuses et des membres de la société civile.

Les marches étaient certes très bruyantes, mais bien encadrées, elles n’avaient pas donné lieu à des dérives. Des slogans anti-français et drapeaux français brûlés avaient été les seules marques de violence. Le président avait sans doute envoyé son Premier ministre pour légitimer sa présence à Paris. La condamnation des caricatures, lors des manifestations, aura surtout servi de prétexte à attaquer vivement la laïcité, la démocratie et les libertés fondamentales. On est même allé jusqu’à proposer une loi pour la protection du culte au Sénégal. N’est-ce pas une autre forme de loi contre la diffamation des religions ?

Le Niger, dont le président avait aussi participé à la marche de Paris, n’avait pas connu la même fortune face aux caricatures. Le pays avait vu éclater une série de manifestations d’une brutalité inouïe qui faisaient une dizaine de morts. En deux jours, une vingtaine d’églises étaient incendiées, leurs fidèles brutalisés, des bâtiments et des commerces saccagés. Ces violences faisaient des dizaines de blessés et de morts. On constatait les mêmes scènes de violence dans plusieurs pays musulmans au Moyen-Orient et en Asie.

MORTS POUR QUOI, PAR QUI ?

Tous ces évènements nous ont interpellés et ont provoqué nos colères pour des raisons sans doute diverses selon notre contexte, nos convictions et nos appréhensions. Tous les défis que nous rencontrons comme réseau Women Living Under Muslim Laws (Wluml) nous ont été jetés en pleine figure, de la manière la plus violente qui soit. Ces évènements surviennent à la suite ou en même temps que d’autres évènements, tout aussi douloureux et insupportables : meurtres de masse commis par Boko Haram qui fait actuellement le siège de Maiduguri, une grande ville du Nord Nigeria ; exécutions de manifestants lors de manifestations partout; arrestations, mises en procès, condamnations et exécutions sauvages, avec ou sans justice, de militants de droits humains de toutes les générations.

J’aurais pu, comme Africaine du Sud du Sahara, citer aussi les atrocités commises par les rébellions au nom de la religion devenue arme politique auxquelles les États répondent de manière tout aussi violentes. L’Armée de résistance du seigneur (Lord's Resistance Army-LRA,) s’est posée comme mouvement chrétien. Depuis 1988, elle n’a cessé, au nom de Dieu ou de Jésus, de massacrer et d’enlever des masses d’adultes, de jeunes et d’enfants des deux sexes et d’en abuser comme soldats ou esclaves, en Ouganda, au Soudan, à l’Est du Congo et en Centrafrique.

Depuis décembre 2012, les rebelles de la Séléka « libellée » musulmane et les Anti-Balaka étiquetés chrétiens se disputent le pouvoir en Centrafrique avec une rare violence, occasionnant des milliers de morts. Que dire des djihadistes du Mali qui, en 2012, coupaient le pays en deux et appliquaient des lois musulmanes iniques dans le territoire qu’ils contrôlaient? Il y eut tant de violences commises au nom de l’islam durant cette période que le gouvernement du Mali se voyait obligé de clamer haut et fort que la laïcité était un principe constitutionnel. L’État avait pourtant donné un coup de canif aux principes de la laïcité en transformant, en 2009, le nouveau Code de la famille « progressiste » en un code musulman ultra archaïque, proposée par les associations islamiques très conservatrices.

Dans tous ces cas, comment comprendre ces évènements, où situer les responsabilités, sans commettre d’amalgame ?

Il est extrêmement utile de pousser les analyses au-delà de nos sentiers battus. Il est devenu confortable d’accuser le colonialisme, le post-colonialisme, l’impérialisme, l’Occident et sa modernité qui ont leur part essentielle de responsabilités dans ce monde globalisé. Mais il est plus difficile d’aller au-delà de l’islamophobie. Elle existe, mais elle ne peut excuser les violations de droits et les crimes de toutes les extrême-droites fondamentalistes de nos pays et de nos régions. On ne doit pas passer sous silence ou ignorer les oppressions des idéologies politiques, religieuses et culturelles et leurs dérives.

La montée des fondamentalismes culturels et religieux est source de menaces devenues quotidiennes. On n’en est plus aux signes précurseurs, mais ils participent de nos réalités. Que de troubles et de persécutions au nom de la diffamation de la religion ! Nous en sommes tous des victimes potentielles. L’islamisme qui nous concerne a prouvé, dans ces manifestations, qu’il continuait à soutenir les crimes perpétrés au nom de l’Islam et quelles que soient les circonstances. Les milliers de victimes de Boko Haram, au Nord Nigeria, subissent le même sort que celles du Front islamique du salut de l’Algérie de la Décennie noire des années 1990.

Une petite fille de dix ans se fait exploser sur un marché de Maiduguri : elle a été exécutée, comme les lycéens et les étudiants égorgés dans leurs dortoirs. Des couples dits adultères ont été lapidés au Nord Mali. Des populations y ont été pourchassées, martyrisées, blessées et tuées. Les enfants de Peshawar ont été exécutés. Les caricaturistes de Charlie Hebdo ont été exécutés. Asia Bibi au Pakistan et Mohamed Cheikh Ould Mkheitir en Mauritanie devaient l’être bientôt pour crime d’apostasie.

L’intégrisme autorise des violences insoutenables car il leur donne des justifications. Il nous faut l’audace de les dénoncer.


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** Fatou Sow est Directrice Internationale du Réseau international de solidarité, Women Living Under Muslim Laws

*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Gambie : 50 ans d’indépendance, 20 ans de terreur

Fatou Diagne

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/features/94036


c c FN
Celui-là même qui se faisait passer pour un militaire différent, qui avait promis de ne pas rester au pouvoir et de ne jamais instaurer de dictature, a fini par prendre le pays en otage. Qui disait que le pouvoir rend fou et que le pouvoir absolu rend absolument fou ?

La Gambie célèbre ses 50 ans d’accession à la souveraineté internationale. Cette indépendance loin d’être célébrée dans la concorde et la joie, se tient au moment où le pays est meurtri, divisé et assombri par les persécutions vécues ces 20 dernières années et qui n’ont épargné presque personne. Des officiers de l’Armée, des mères de famille, des juges, avocats, ministres, imams, parlementaires, journalistes, opposants politiques, hommes d’affaires ont tour à tour subi les affres du régime : violences physiques et psychologiques, emprisonnements, confiscations de biens et de titres de voyage, disparitions forcées, meurtres et des centaines d’exilés. Un bilan peu reluisant.

La Gambie vit depuis vingt ans sous un système de terreur orchestré par le président de la République et sa police politique.

LE DEFICIT D’INFORMATIONS MAINTIENT LES POPULATIONS DANS UN SEMBLANT D’INDIFFERENCE

Dans un pays où personne n’est épargné, où tout peut conduire à l’arrestation arbitraire, à la prison ferme et même à la mort ou à la disparition forcée, l’extrême prudence devient la règle.
Dans un pays où les médias sont muselés, les radios sont contraintes de distraire et de donner des informations non politiques comme pour éloigner les populations des réelles préoccupations du pays. Toutes les radios locales émettant de Banjul n’ont pas le droit de faire de l’information, de donner la voix aux populations et encore moins de critiquer le régime.
Elles sont toutes obligées de synchroniser avec la radio d’Etat pour transmettre et amplifier l’information aseptisée, la propagande du Chef suprême. Cet état de fait justifie l’autocensure qui caractérise les médias gambiens.

L’internet est surveillé et les sites d’information critiques au régime émanant de la diaspora sont bloqués. Il y a juste quelques curieux qui osent un peu essayer de braver les interdictions en surfant discrètement sur les sites prohibés afin d’avoir une bouffée d’informations et partager ainsi les perspectives des Gambiens de l’extérieur. Seulement, ces informations n’arrivent pas aux masses, encore préoccupées par leur sécurité et leur survie quotidiennes.

Oui, en 2015 voilà comment les Gambiens de l’intérieur s’informent sur leur pays.

La plupart des populations ne savent pas ce qui se passe réellement dans leur propre pays. Le blackout et le verrouillage du système d’information ont permis au régime de se perpétuer, de continuer à opérer dans le secret et de commettre dans une extrême atrocité des violations graves et massives des droits humains.

A cela s’ajoutent des pratiques souterraines pour faire comprendre au peuple entier que tout le pays est sur écoute téléphonique. Cette astuce a tétanisé les populations, qui sans trop chercher à savoir, ont décidé d’opter pour la prudence en évitant les questions politiques ou qui pourraient être perçues comme telles.

LA DESCENTE AUX ENFERS

Dès la prise de pouvoir, le régime de Jammeh avait pris l’option de la répression. Il avait alors suspendu la Constitution pour gouverner par décret, ce qui lui donnait tous les pouvoirs. Au contact du général Sani Abacha, il avait appris de lui, allant jusqu’à copier les décrets liberticides que le général utilisait pour réprimer son peuple et ses opposants. Ce sont ces décrets qui ont permis aux juges nigérians compromis de légitimer l’exécution de Ken Saro Wiwa, d’entraîner la mort de Moshood Abiola en prison, de fermer des organes de presse et de traquer les militants des droits humains.

Le régime de Banjul ayant bien compris l’utilité de tels décrets n’avait pas hésité à demander l’assistante technique de juristes mercenaires pour l’aider à verrouiller le système et gouverner sans partage dans la terreur et la brutalité.

La transition vécue entre 1994 et 1996 a permis au président Jammeh de consolider son pouvoir et de faire le vide autour de lui. Certains de ses alliés du début ont été éliminés au fil des années, tandis que les plus chanceux se sont retrouvés à l’écart. La première tentative par le corps constituant, qui avait proposé d’inclure dans la Constitution une limite pour le mandat du président, a été rejetée d’un revers de la main par le maître de Banjul et sa cohorte de «révolutionnaires». Celui-là même qui se faisait passer pour un militaire différent. Il avait promis de ne pas rester au pouvoir et de ne jamais instaurer de dictature. Il a fini par prendre le pays en otage. Qui disait que le pouvoir rend fou et que le pouvoir absolu rend absolument fou ?

Progressivement, le régime s’est attaqué à l’élite, en la poussant à l’exil forcé et en l’obligeant ainsi à ne plus avoir son mot à dire sur la marche du pays. La Gambie a perdu plus du tiers de ses ressources humaines qualifiées. Quel énorme gâchis pour un pays qui a besoin de se développer ! Le schéma est classique : limogeage, mise en quarantaine politique et sociale, asphyxie économique, dénonciations vicieuses, intimidations judiciaires et attaques physiques. Voilà comment le régime s’est construit et a écarté l’opposition et toutes les voix dissidentes qui pourraient le gêner dans son entreprise de construction d’un pays soumis.

Dans les années 2000, sentant les résistances des populations à travers le score des opposants, surtout lors de l’élection de 2001, le régime a accéléré les réformes pour barrer la route à toute possibilité de changement par les urnes et freiné le processus de décentralisation des Collectivités locales qui prévoyait de donner plus d’autonomie aux populations pour gérer les affaires locales.

Tout cela s’est fait sur le dos des populations silencieuses et a été légitimé par les changements multiples de la Constitution, dans des conditions on ne peut plus obscures. Toutes les institutions, qu’elles soient religieuses, locales, législatives et judiciaires sont sous le contrôle strict du régime.
 Pendant ce temps, le projet d’un Etat-parti se concoctait par l’entremise des juristes du Palais qui ont commencé à changer les règles du jeu et à limiter le rôle des populations dans les choix des dirigeants notamment locaux, à renforcer les lois régressives pour museler toutes les possibilités d’expression indépendante.

Dans le but de les punir, les populations des zones favorables aux opposants ont été privées de manière éhontée des programmes de l’Etat. Le message était clair et le président y va constamment pour rappeler sans détours que le développement ne se limitera qu’aux populations des zones qui votent pour lui.

En avril 2000, lors de manifestations pacifiques des élèves qui protestaient contre les abus des forces de l’ordre à l’encontre de leurs camarades, une douzaine d’entre eux a été tuée par balles, d’autres blessés, torturés et emprisonnés. Les procès qui ont suivi cet incident ont été un «real test». Les juges qui ont osé demander la libération des élèves emprisonnés et d’examiner les cas des autres victimes en ont payé le prix.

Depuis, l’organisation dite des élèves et étudiants libres a été dissoute. L’université est sous haute surveillance et le chef de l’Etat «himself» en est le président. On comprend bien la peine éprouvée par les enseignants pour dispenser leurs cours dans le respect des libertés académiques.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la répression s’est renforcée

Entre 2004 et 2009, les journalistes et les populations ont vécu des années de détresse et de violences encore restées impunies : meurtre de Deyda Hydara, disparition forcée de Ebrima Manneh, arrestations et tortures de journalistes, saccages et liquidations d’organes de presse, campagnes contre la sorcellerie avec son lot d’humiliations et de morts, avec des populations forcées à boire des potions, trouvaille du «remède» contre le sida et les autres maladies, avec le désastre et la descente aux enfers des personnes vivant avec le Vih. Et la liste continue.

L’année 2012 a été celle de la révélation de la nature de la brutalité gratuite exercée par le régime gambien, avec l’exécution arbitraire et extrajudiciaire de 9 prisonniers, dans des conditions inhumaines, qui a choqué le monde entier. Mais cet acte n’est que la face visible de l’iceberg. Combien de personnes ont été portées disparues ? Que s’est-il passé avec les 44 Ghanéens exécutés, les purges dans l’armée, les nombreux cas de personnes dont des civils, tués pendant les détentions, etc. ?

Pourquoi ce silence dérangeant sur la Gambie ?

L’histoire sait se répéter et les hommes peinent à en tirer les conséquences. Peut-être que la Cour pénale internationale ou une Commission vérité pourront un jour éclairer les lanternes sur ces atrocités.

Aux personnes tuées, portées disparues, privées de liberté, aux familles privées d’enterrer leurs proches dans leur propre patrie, aux exilés forcés qui vivent dans la précarité, à toutes les victimes des 20 ans de la répression, célébrer 50 ans d’indépendance n’a point de sens dans ces conditions où la liberté est piétinée chaque jour.


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** Fatou Diagne est directrice du bureau Afrique de l’Ouest d’Article 19

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Rafale à l’Égypte : Paris tourne la page des printemps arabes

Warda Mohamed

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/features/94037


c c NBC
Les révoltes qui ont secoué l’Égypte en 2011 ont démontré que ce pays n’était pas le modèle de stabilité tant vanté, notamment par la France. Quatre ans après le départ de Hosni Moubarak et malgré le retour à la dictature, les relations entre les deux partenaires sont revenues au beau fixe. Elles devraient se concrétiser par la signature d’un contrat d’armements qui marquera la première vente de l’avion Rafale à l’étranger. Pour Paris, la page des « printemps arabes » est tournée.

Le contrat qui devrait être signé lundi 16 février au Caire entérine la normalisation des relations entre la France et l’Égypte. Evalué à 5,3 milliards d’euros, il comprend la vente et la livraison de 24 avions de combat Rafale (Dassault), de deux frégates Gowind et d’une frégate Fremm (Groupe Dncs – État et Thalès), ainsi que d’un lot de missiles de défense anti-aérienne Mbda (Groupe Airbus).

Cet intérêt de l’armée égyptienne pour le Rafale n’est pas nouveau. Après le déclenchement des révoltes du 25 janvier 2011 et le départ de Hosni Moubarak, l’armée, alors au pouvoir à travers le Conseil suprême des forces armées (Csfa), approche la France pour acquérir des Rafale. À la tête d’un empire dont les revenus et le budget ne sont pas connus et échappent au contrôle du Parlement, l’armée dispose de fonds conséquents à investir. Mais à cette époque, Dassault ne prend pas son interlocuteur au sérieux.

La donne change quand Abdel Fattah Al-Sissi, qui a dirigé les forces armées jusqu’à son élection, devient président en mai 2014. Lors de sa réception en grande pompe à Paris, en novembre 2014, le sujet est de nouveau sur la table. Et cette fois, c’est lui qui impose ses conditions. Le Caire n’a pas les moyens de payer cette commande, alors l’État français accepte de garantir par le biais de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) la moitié de la commande (près de 3 milliards d’euros). Des banques françaises (Crédit agricole, Bnp Paribas, Société générale) accorderont un crédit au client pour couvrir le reste.

Cette vente, censée en déclencher d’autres, n’est par conséquent pas le succès économique annoncé. En terme d’emplois, Dncs annonce un transfert de compétences pour certains chantiers : aucun emploi ne sera créé en France. Le programme du Rafale, soutenu par l’État et donc le contribuable (1) est un échec industriel qui coûte déjà très cher aux Français qui, indirectement, paient cette commande de l’Égypte.

Pendant la répression, les affaires continuent

En France, la vente et l’exportation d’armes et d’armement sont par principe prohibées et soumises à une autorisation délivrée après enquête. Dans le cas présent, la décision a été prise par le premier ministre Manuel Valls, sur avis d’une commission pilotée par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, des Affaires étrangères Laurent Fabius et de l’Economie Emmanuel Macron. Les modalités de ces transactions ne sont pas connues. Ce contrat Rafale s’inscrit dans la continuité des relations militaires entre les deux pays, qui remontent aux ventes de Mirage après la guerre de juin 1967 contre Israël. Et il survient dans un contexte bien particulier.

Depuis la révolution du 25 janvier, l’Égypte connait une forte instabilité et les manifestations contre le pouvoir — durement réprimées — continuent. Des entreprises françaises prospèrent sur cette situation : de 2011 à 2013, les commandes d’armement au partenaire français augmentent de 50 %, passant de 43,1 à 64,4 millions d’euros. Des armements et technologies français sont même employés pour neutraliser des rassemblements. Ce sera le cas le 14 août 2013 : des véhicules Renault sont utilisés pour évacuer les sit-in des sympathisants de Mohamed Morsi ; plus de 1 000 civils seront tués en une journée. L’Union européenne décide alors de suspendre les exportations d’armes. Et tandis que le président François Hollande convoque l’ambassadeur égyptien pour qu’il transmette au pouvoir « sa très grande préoccupation » et que Fabius saisit Ban Ki-moon et ses partenaires pour « une réaction internationale en urgence » en réclamant « un arrêt immédiat de la répression », la France appuie les demandes de ses industriels et poursuit les transactions.

Les traités européens et internationaux (2) dont la France est signataire concernant la vente et l’exportation d’armes édictent pourtant des critères à respecter pour chaque vente : Paris doit « évaluer l’attitude du pays destinataire à l’égard des droits de l’homme », « refuser l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements mili¬taires servent à la répres¬sion interne » et prêter attention à la situation économique du pays et à la cohérence entre ses besoins et ses commandes. L’Égypte ne répond à aucune de ces conditions. (3)

PLUTOT LA DICTATURE QUE « L’EXTREMISME »

Nicolas Sarkozy avait fait de Moubarak, « garant de la stabilité dans la région », le coprésident de son grand projet d’Union pour la Méditerranée (Upm). Son gouvernement et lui avaient réagi avec prudence au début des révoltes en janvier 2011 et à la destitution du raïs. Au nom du refus de toute ingérence, la France s’était tenue à distance et avait simplement affirmé « être au côté du peuple égyptien » et de « ses aspirations légitimes pour la démocratie ». Pour elle, l’Égypte demeurait un acteur incontournable sur les dossiers israélo-palestinien, syrien et libyen : Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères au moment du déclenchement de la révolution, n’a cessé de le répéter. Comme le ministre des Affaires étrangères de l’époque Alain Juppé après elle, puis Laurent Fabius dans le présent gouvernement.

Les changements à travers le monde arabe ont toutefois amené Paris à une autocritique : « Trop longtemps, nous avons pensé que les régimes autoritaires étaient les seuls remparts contre l’extrémisme dans le monde arabe », déclare en avril 2011 Alain Juppé. Mais la résistance des anciens régimes l’amène à revenir à ses anciens tropismes. C’est particulièrement le cas avec les hésitations face à ce que la France n’a pas voulu qualifier de « coup d’État » en juillet 2013.

LA TRANSITION DEMOCRATIQUE A BON DOS

À la question « Morsi est-il légitime à rester au pouvoir ? » après les manifestations d’une ampleur sans précédent du 30 juin 2013 contre lui, Paris répond (4) : « On ne peut pas, sauf à changer complètement nos règles, dire, quand il y a un raz-de-marée populaire : ceux qui ont été élus cessent d’être élus », insistant sur la crise économique responsable du mécontentement avant, le 3 juillet, de « prendre acte » de la destitution du premier président civil élu un an plus tôt, en évoquant l’importance de nouvelles élections.

Si François Hollande parle, le 5 juillet, d’un « échec », quand la diplomatie est interrogée sur le terme adéquat à utiliser pour désigner ce qui vient de se passer « Un coup d’État militaire ? », elle parle « d’évolutions » en précisant : « Nous travaillerons avec ces nouvelles autorités avec un objectif très précis qui est la poursuite de la transition démocratique ». (5) Ce terme de « transition démocratique », que Paris a eu du mal à prononcer en janvier 2011, revient désormais systématiquement.

Un mois et demi plus tard « l’un des plus importants massacres de manifestants de l’histoire récente » a lieu, alors que le pays est dirigé par l’armée n’y changera rien. Paris saluera sans nuance l’élection du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi : « La France lui souhaite du succès dans l’accomplissement de sa haute mission. Elle encourage l’Égypte à suivre un processus de transition politique vers des institutions civiles respectueuses de l’État de droit, des droits de l’homme et des libertés publiques » (6). Depuis, les relations entre les deux partenaires n’ont cessé de se consolider.

La France, qui se disait particulièrement soucieuse du respect des droits humains, de ceux des « minorités », femmes et coptes, de la liberté de la presse et de l’opposition sous Morsi, ne condamne plus que très timidement les violations -– quand elle le fait encore — ; la répression est pourtant actuellement à un niveau jamais vu depuis trente ans selon des Ong comme Amnesty International. L’accueil en grande pompe de « l’ami de la France » selon les mots du président Hollande, à Paris, en novembre dernier, confirme que la France conserve la même politique qu’avant les révoltes. La preuve qu’avance la France pour dire que l’Égypte est sur le bon chemin ? Sissi a été largement plébiscité. En fait élu avec environ 97 % des voix, un faible taux de participation et un boycott massif (7), notamment des jeunes.

Les élections législatives de mars sont également un indicateur de stabilité d’après le pouvoir français. Déjà repoussées, en dépit du calendrier électoral et des engagements de la Constitution (8), elles pourraient de nouveau l’être. Et toute forme d’opposition est quasiment impossible et très sévèrement réprimée. Oubliant l’autocritique de 2011, Paris compte désormais sur cet « allié » qu’elle considère « sur la voie de la démocratie » — comme elle le disait de Moubarak — pour mener la « guerre contre le terrorisme ». Cette guerre que le pouvoir instrumentalise justement pour réduire à néant toute opposition.

UN ACCORD ECONOMIQUE SUR FOND D’AMNESIE

Car pour le pouvoir égyptien, la définition des « terroristes » est très large. Sont d’abord concernés les Frères musulmans — première force politique du pays et d’opposition, classés terroristes. Des centaines d’entre eux ont été condamnés à la peine capitale, l’Égypte détenant en 2014 le record mondial de condamnations à mort. Ensuite, Sissi, comme le gouvernement israélien qui le soutient depuis la première heure et avec lequel il a une relation d’une qualité sans précédent pour un président égyptien, ne fait aucune distinction entre la confrérie, le Hamas ou l’Organisation de l’État islamique (Oei).

Mais cette guerre vise aussi les manifestants — une loi rend quasiment impossible les manifestations —, les journalistes, étudiants et activistes. Ainsi, le Mouvement du 6-Avril, l’un des fers de lance de la lutte pour l’égalité et contre Moubarak, pourrait être classé comme « terroriste » par la justice. Ses fondateurs sont détenus, condamnés à la prison à vie. Si les Frères musulmans restent la cible numéro 1 du pouvoir égyptien, ils sont aussi ceux de la France désormais. Manuel Valls a en effet dit : « Il faut combattre le discours des Frères musulmans […] » (9). Une déclaration qui a pris tout son sens trois jours après, quand l’accord sur la vente des Rafale a été annoncé. (10)

Le Parti socialiste, qui déclarait il y a quinze jours que « tout opposant au régime du général Al-Sissi est devenu aujourd’hui la cible d’une répression encore plus forte que sous le régime de Hosni Moubarak » se réjouit que « pour la première fois, la France signe un accord pour la vente à l’étranger de son avion de combat Rafale. Ce succès est dû aux efforts continuels du gouvernement et du président François Hollande » (11).

En 2007, le parti s’indignait de l’accueil réservé à Mouammar Kadhafi alors que Sarkozy espérait que sa venue permette de « signer un certain nombre d’accords économiques » avec la Libye. Les membres du Parti socialiste avaient dénoncé cette position, qualifiant Kadhafi de « dictateur » venant « avec ses pétrodollars acheter des armes » par la voix de leur premier secrétaire de l’époque,... François Hollande. Quatre ans plus tard, la France continue à parler de démocratie, de droits et de libertés pour les Égyptiens et les populations arabes. Mais ce ne sont toujours que des paroles.


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** Warda Mohamed est Journaliste freelance, elle collabore notamment avec Le Monde diplomatique. (Source : http://orientxxi.info)


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NOTES

1) Yann Philippin, « L’État prêt à racheter Dassault Aviation en cas de mauvaise succession », Libération, 1er décembre 2014.

2) Notamment le Traité sur le commerce des armes (TCA) et la Position commune 2008/944/PESC du 8 décembre 2008 « définissant des règles communes régissant le contrôle des exportations de technologie et d’équipements militaires » :
a) respect des engagements internationaux ;
b) respect des droits de l’Homme dans le pays de destination finale ;
c) situation intérieure dans le pays de destination finale ;
d) préservation de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales ;
e) sécurité nationale des États membres, ainsi que celle des pays amis et alliés ;
f) comportement du pays acheteur à l’égard de la communauté internationale et notamment son attitude envers le terrorisme, la nature de ses alliances et le respect du droit international ;
g) existence d’un risque de détournement de l’équipement à l’intérieur du pays acheteur ou de réexportation de celui-ci dans des conditions non souhaitées ;
h) compatibilité des exportations d’armement avec la capacité technique et économique du pays destinataire.

3) Le pays n’est d’ailleurs signataire d’aucun traité sur le contrôle des ventes d’armes.

4) Déclarations officielles de politique étrangère du 03 juillet 2013.

5) Ibid.

6) Déclaration de Laurent Fabius (30 mai 2014).

7) Alain Gresh, « Égypte, le premier échec du « maréchal » Sissi », Nouvelles d’Orient, 29 mai 2014.

8) Adoptée à près de 97 % des voix après un boycott massif, son texte a été changé révélait Claire Talon dans Mediapart.

9) Europe 1, 9 février 2015.

10) Manuel Valls visait aussi les salafistes, relativement épargnés par le pouvoir égyptien : le parti salafiste Al-Nour soutient Sissi.

11) « Égypte : toute la lumière doit être faite sur le meurtre de Shaima al Sabagh ».





Annonces

Rejoignez Mapinduzi Afrika!

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/announce/94038

Fahamu a lancé ce Mailing list à l’endroit des individus et des groupes progressistes et panafricains pour faire des aspirations des Africains une réalité mondiale en partageant les idées, expériences, activités, stratégies de luttes, opportunités et capacités à renouveler les efforts dans le cadre du combat contre les systèmes d’oppression contre les populations.

Fahamu vient de lancer une plateforme sur internet dénommée Mapinduzi Afrika Mailing list. Un réseau devant regrouper des individus et des groupes progressistes, panafricain pour partager leurs idées, expériences, activités, stratégies, luttes et opportunités afin de renouveler leurs efforts dans le combat contre les systèmes d'oppression à l’endroit des populations.

«Vous ne pouvez pas prétendre à un changement fondamental sans rêver. Il faut refuser le conformisme, avoir le courage de tourner le dos aux vieilles formules, avoir le courage de construire l'avenir en nous inspirant des idées utopiques d’hier afin d’agir, aujourd’hui, avec une extrême clarté. Je préfère être un rêveur !»

Cette célèbre citation du capitaine Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso, traduit le mieux l'esprit de la tradition africaine de la lutte révolutionnaire : Le courage d'inventer l'avenir, le refus du conformisme, des actions radicales face à l’injustice des pouvoirs.

Mapinduzi signifie «Révolution» en swahili, rêver est une condition pour conduire à un changement fondamental.

L'objectif d'un activiste n’est pas de trouver une place de choix dans un ordre injuste, ou de croire qu’un changement fondamental se réalisera par un miracle ou par la grâce d’un messie. Un activiste réfléchit et s’active dans la souffrance, le sacrifice pour déloger le règne de l’injuste, de sorte que toutes les personnes puissent jouir pleinement d’une vie digne. L’activisme est un sacerdoce.

Fahamu a lancé ce Mailing list à l’endroit des individus et des groupes progressistes et panafricains pour faire des aspirations des Africains une réalité mondiale en partageant les idées, expériences, activités, stratégies de luttes, opportunités et capacités à renouveler les efforts dans le cadre du combat contre les systèmes d’oppression contre les populations.

C’est un forum ouvert dans lequel nous espérons accueillir les individus et les mouvements panafricain à travers le monde afin de partager nos rêves et d'apprendre les uns des autres pour renforcer les luttes pour la justice sociale, pour nous libérer de toutes les formes d’oppression. Oui, nous pouvons vraiment être libres!

Vive l’Afrique !

Pour s’inscrire dans Mapinduzi Afrika contacter :
tidiane@fahamu.org,
roy@fahamu.org
ou henry@fahamu.org





Commentaires & analyses

Sénégal : Les incohérences d’un référendum pour réduire le mandat présidentiel

Mandiaye Gaye

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94033


c c AoS
Si c’est uniquement dans l’objectif de mettre en exergue la décision personnelle et l’engagement volontariste du président Macky Sall de ramener son mandat de 7 à 5 ans, ses initiateurs s’y sont très mal pris dans la fixation de la date du référendum.

« Les sénégalais seront appelés aux urnes en 2016 pour se prononcer sur la réduction ou non du mandat du président Macky Sall de 7 à 5 ans. » Cette annonce, telle qu’elle est intitulée, supposerait que la raison fondamentale de ce référendum est effectivement la réduction du mandat présidentiel, alors que ceci n’est qu’un élément qui est justement compris et réglé dans un ensemble global cohérent que constituent les réformes institutionnelles souhaitées, avec une nouvelle Constitution que nous propose la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri), présidée par Pr Amadou Makhtar Mbow.

Alors, cet élément formulé comme cité plus haut, c’est exactement, comme si le président donnait plus d’importance à la réduction du mandat présidentiel, qu’à la réforme fondamentale des institutions de la République et au projet d’une nouvelle Constitution. Au demeurant, une nouvelle Constitution qui dépasserait positivement et en tout ce que nous avons connu jusque-là au plan des institutions, de la démocratie, de légalité des citoyens, de la justice sociale et du respect des libertés fondamentales des citoyens, sans aucune discrimination.

Voilà pourquoi il est incohérent, à mon avis, de procéder de la sorte, si vraiment l’intention, c’est de vouloir bien faire. Parce que l’objet de la durée du mandat présidentiel est bien compris et réglé dans cette œuvre complète formant un tout cohérent, qui est le projet de Constitution à soumettre au référendum. Mais dès lors, à quelle fin objectivement ou pour quelle raison, les rédacteurs cherchent-ils à mettre en évidence cet élément hors de son contexte ?

Si c’est uniquement dans l’objectif de mettre en exergue la décision personnelle et l’engagement volontariste du président Macky Sall, notamment le fait de ramener son mandat de 7 à 5 ans, ses initiateurs s’y sont très mal pris ; plus que de raison. Et une telle démarche manque de pertinence à bien des égards. En plus, elle est maladroite et passe complètement à côté. Je pense que le président de la République doit enfin rompre, définitivement, avec certaines pratiques de politique politicienne de son prédécesseur qui n’ont pas prospéré et ne militent pas en faveur d’une bonne gouvernance démocratique, efficiente, efficace et vertueuse. Et s’il veut effectivement respecter ses engagements comme il le déclare, il doit agir avec courage et responsabilité pour être en phase avec ses engagements et sa lettre de mission à la Cnri.

Il peut certes, parce que c’est dans ses prérogatives, faire ses observations et même apporter ses amendements sur le document. Mais, après avoir fait cela, il doit, dans les meilleurs délais, prendre en considération les conclusions cohérentes et pertinentes de la Cnri avec le projet de Constitution. Parce que c’est une œuvre collective d’une équipe d’experts en qui il avait placé toute sa confiance. Ensuite, à qui il avait demandé de lui proposer, conformément à des termes de référence précis, des institutions démocratiques, fortes, crédibles, fiables et pérennes en vue de la consolidation et d’une avancée significative de notre démocratie, déjà tant vantée ailleurs.

Voilà ce qui correspond tout à fait, en ce moment, aux vœux et à l’attente de la plupart des citoyens qui l’ont porté au pouvoir. Bien entendu, au-delà, il y a cette autre exigence des citoyens épris de justice sociale, soucieux d’un Etat de droit et d’éthique, qui est la traque des biens mal acquis et de l’enrichissement illicite ; mission qui doit être menée fermement jusqu’à son terme, sans faiblesse coupable ni cruauté inutile.

Cela dit, pourquoi la date du référendum relative à la réforme des institutions est fixée arbitrairement en 2016 et non en cette année 2015 qui constitue le moment le plus approprié à deux ans à peu près de l’élection présidentielle ? Car il laisse assez de temps et le soin à l’Etat, après la consultation et l’adoption par le peuple, de mettre méthodiquement en place les nouvelles institutions. Le choix de cette date imprécise de 2016, prise au pif, est à déplorer et est vraiment incompréhensible, parce que sans aucune consultation préalable avec les autres acteurs et segments de notre société, pour arriver à une date consensuelle, même minimale.

Mine de rien, cela peut bien susciter des doutes légitimes auprès de certains citoyens de bonne foi, qui ne trouvent aucune raison majeure objective et valable pouvant justifier ce choix. Et on peut se poser légitimement les questions, à savoir : n’y a-t-il pas des non-dits, des intentions inavouables, des raisons politiciennes dissimulées, etc. ? En tout état de cause, on pourrait penser que le choix n’est pas innocent, au cas où l’Etat persisterait à maintenir à tout prix le choix de cette date, pour la consultation du peuple.

Ainsi et justement, pour lever toute équivoque, le président Macky Sall doit revenir sur le choix de cette date. Et par ailleurs, étant donné qu’il veut donner un gage de confiance aux Sénégalais, comme il le semblerait, il doit y mettre les formes en recueillant des avis pour une date plus rapprochée, opportune et consensuelle. De même, comme il a réitéré sa volonté de respecter ses engagements et donner au peuple le dernier mot pour trancher, il doit le faire dans les meilleures conditions optimales, qui mettront à l’aise tous les citoyens. Et non, d’attendre la dernière heure ou dans un temps limite et étriqué, pour organiser la consultation du peuple dans la précipitation et l’impréparation.

Nous sommes, en cette année 2015, dans une période idéale et favorable pour organiser tranquillement un référendum en bonne et due forme, parce qu’aucune élection n’est en vue ou en préparation. Comme il l’avait proclamé dès son élection, à savoir que « rien ne doit plus être comme avant », et pour lier l’acte à la parole, le président doit rompre avec les méthodes informelles et douteuses, comme celles de l’ère des prises de décisions unilatérales dans les cas d’espèce, comme ceux de la réforme fondamentale des institutions et la consultation du peuple sur les questions majeures. Dès lors, il est par conséquent temps et urgent d’innover dans les méthodes, en cherchant autant que peut se faire, par consultation, le consensus dans la prise de décisions.

Enfin, puisque nous en avons fini avec ce procès qui monopolisé inutilement tout le pays autour de lui, il faut maintenant s’attaquer aux urgences nationales de développement et aller à l’essentiel. Nous avons assez perdu de temps dans la politique politicienne, donc, il faut mettre fin à la récréation.


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** Mandiaye Gaye est observateur et analyste de la politico-sociale sénégalaise

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Madagascar : De la nécessité de faire des choix stratégiques

Razafindrakoto Raymond

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94035


c c IOT
On ne peut agir avec la même intensité sur l’ensemble des facteurs du développement car cela exigerait des moyens financiers et en ressources humaines considérables dont le pays ne dispose pas. Et c’est dans cela que réside la nécessité de faire des choix stratégiques pertinents d’actions, en termes d’efficacité des impacts positifs qu’elles entraînent, une fois qu’elles sont mises en œuvre de façon cohérente.

On entend souvent certains hauts responsables de notre pays, affirmer que l’on a toujours priorisé l’économie, au détriment du social et qu’il est maintenant indispensable de faire beaucoup plus du social et peut-être un peu moins d’économie compte tenu de la détérioration alarmante des conditions de vie de larges couches de la population ! Parler de cette façon, c’est tout simplement méconnaître la nécessité de raisonner en terme de développement qui est un concept multidimensionnel englobant les différents facteurs interdépendants et interactifs à savoir économique, politique, social, culturel, technologique, infrastructurel….

Il faut souligner, en effet, que si l’on néglige un facteur ou certains de ces facteurs ; cela provoque des disfonctionnements et des distorsions entraînant l’impossibilité de rationaliser la mise en œuvre de mesures et de réformes de politique visant la réalisation des objectifs de développement rapide, équilibré et durable, compte tenu de l’interdépendance et de l’interactivité de ces différents facteurs dont certains auront forcément, si on les néglige, des impacts négatifs sur l’efficacité des autres.

Il faut souligner, en effet, que si l’on néglige le facteur «économique » comme, par exemple, la promotion des entreprises de production, cela se traduit par des difficultés de créer des emplois, donc de revenus, nécessaires quand ils sont bien répartis, pour réduire progressivement les inégalités sociales.

De même, à l’inverse, on pourrait s’attendre, si l’on néglige les autres facteurs, autres qu’économique, à l’apparition de ce que l’on appelle le « Dutch Disease » ou la Malédiction des ressources naturelles qui consiste au fait que l’exploitation à grande échelle d’un important gisement minier - en l’absence d’un cadre macroéconomique stratégique intégrant des politiques intersectorielles et intra sectorielles bien conçues, - entraîne des effets pervers conduisant même à des résultats contraires à ceux attendus.

Ce qui précède a été largement développé dans les différents articles et livres que j’ai rédigés dont notamment : « Développement rapide et durable de Madagascar. Est-ce une utopie ? » et « Madagascar en péril. Un Projet de Société pour le sauver ».

Certes, l’on ne peut agir avec la même intensité sur l’ensemble des facteurs du développement car cela exigerait des moyens financiers et en ressources humaines considérables dont le pays ne dispose pas. Et c’est dans cela que réside la nécessité de faire des choix stratégiques pertinents d’actions, en termes d’efficacité des impacts positifs qu’elles entraînent, une fois qu’elles sont mises en œuvre de façon cohérente.

C’est ce que je propose humblement dans l’article qui va être développé ci-après.

Les résultats mitigés obtenus en termes de développement au cours des dernières décennies par beaucoup de pays africains dont, en particulier, le Nigéria, et ce en dépit de l’importance des moyens déployés, s’expliquent par le fait que les dirigeants de ces pays ont voulu tout faire en même temps et surtout en matière d’investissements en infrastructures, en l’absence d’un cadre stratégique permettant d’assurer une meilleure coordination générale des actions, de faciliter la recherche de synergie dans les actions entreprises, de permettre l’allocation optimale des ressources et au total d’obtenir des performances plus significatives dans la démarche visant l’accélération et l’harmonisation du développement.

Que pourrait-on proposer, alors, pour Madagascar ?

Depuis une dizaine d’années, j’avais suggéré la nécessité de procéder à la dynamisation et/ou la restructuration des pôles de développement régional qui constitue un excellent moyen devant permettre de contribuer à la réalisation des objectifs de développement humain, rapide et durable.

Ce concept de pôle de développement découle en fait de la prise en compte des côtés pragmatiques des théories développées par les économistes August Lösch, Jan Tinbergen et Albert Waterston se rapportant à la localisation spatiale des activités économiques et à l’exploitation optimale des potentialités d’une région.

Les propositions tirées de ces théories font ressortir que « créer un pôle de développement » signifie : localiser géographiquement l’implantation d’une ou plusieurs activités principales dans une région déterminée. Ces activités implantées conditionnent et impulsent directement ou indirectement diverses autres activités polarisatrices, sources de richesses, de revenus et d’emplois, conduisant, une fois qu’elles sont mises en œuvre de façon cohérente, à la réduction progressive des inégalités sociales.

Le choix de l’implantation de ces activités polarisatrices doit tenir compte :

- de l’étude des potentialités physiques liées, en particulier, à la nature des sols et aux possibilités d’exploitation optimale de la main-d’œuvre et des richesses naturelles de la région ;

- de la recherche de complémentarité et de synergie entre les activités développées dans les régions environnantes ;

- de l’étude spatiale des infrastructures existantes afin de les renforcer et d’améliorer leur rôle en matière de circulation des personnes et des biens ainsi qu’en tant que vecteur de croissance ;

- de la nécessité d’impulser une démarche progressive et itérative dans la mise en place de mécanismes et de structures adéquates de conception, de décision, de mise en œuvre, de suivi et de contrôle, impliquant la participation de l’ensemble des acteurs socio-économiques et des partenaires au développement, laquelle participation est fondamentale à l’efficience des activités entreprises ;

- de l’adoption d’une attitude pragmatique consistant à rechercher les possibilités d’exploitation optimale des réelles possibilités d’une région au lieu, avant d’agir, d’essayer de trouver les solutions optimales aux principaux problèmes qui se posent à cette région ;

- de la priorité à accorder également, en plus de la réhabilitation et/ou de la construction des routes, à la réhabilitation d’autres infrastructures complémentaires, tels les barrages et systèmes d’irrigation, ainsi que les infrastructures en matière de télécommunication, d’électricité et d’adduction d’eau, ou des marchés et des greniers communautaires.

La création et/ou la dynamisation des pôles de développement favorisent l’utilisation des matériaux locaux et l’amélioration du cadre social et l’épanouissement humain grâce à la prise de mesures concrètes assurant le fonctionnement effectif des écoles et dispensaires ainsi que des pharmacies villageoises installées dans ces régions. Elles contribuent, ainsi, à l’amélioration de l'accès de la population aux services sociaux de base dont, notamment, les soins de santé primaire et aux médicaments essentiels, à l’éducation et aux loisirs grâce à la création de centres sanitaires, culturels et sportifs.

Bref, la création et/ou la dynamisation des pôles de développement s’inscrit dans l’élaboration et la mise en œuvre de Schémas de développement régional (Sdr) avec des programmes chronologiques cohérents d’actions complémentaires en matière de construction ou de réhabilitation d’urgence de routes qui favorisent les communications inter pôles de développement.

Ces pôles de développement constituent ainsi un vecteur puissant d’accélération de la croissance, un outil d’amélioration de l’allocation des ressources et un facteur de polarisation de la main d’œuvre contribuant, par ce fait, à la solution des problèmes récurrents de migration incontrôlée.

Faire des choix stratégiques d’actions consiste ainsi en choix judicieux des pôles de développement régional à dynamiser et/ou à restructurer, compte tenu des critères évoqués supra. Des exemples (comme Faratsiho et Bealalana) ont été proposés dans mes précédents ouvrages, mais il serait trop long de les redévelopper ici.

LES CONDITIONS DE SUCCES

Les conditions de succès de la démarche à entreprendre impliquent, au niveau de toutes les instances, l’augmentation de la capacité de planification stratégique et, en particulier, l’adoption d’une attitude prospective permettant aux responsables (à tous les niveaux, dont notamment les chefs de région) d’inscrire les solutions aux problèmes identifiés, dans une vision de long terme.

Mais de façon pragmatique cela nécessite tout d’abord la prise de mesures de stabilisation cohérentes et efficaces destinées à stopper le mal qui continue de provoquer des conséquences désastreuses sur l’ensemble des activités économiques et sociales, et partant sur la dégradation insupportable des conditions de vie de la grande majorité de la population.

Ces mesures d’urgence concernent entre autres :

- La mise en place d’un système juridique, juste, transparent, fiable, crédible et luttant sans merci contre la corruption ;

- La mise en œuvre de mesures destinées à instaurer un climat d’apaisement politique et social et à accélérer la réconciliation nationale ;

- La libéralisation des médias sous réserve du respect des règles de déontologie en la matière et la signature d’un pacte social engageant tous les acteurs politiques et autres du développement ;

- La mise en place des structures et mécanismes chargés d’assurer un respect plus strict des Droits humains et l’initiation, dans les plus brefs délais, de façon réellement inclusive et consensuelle, d’un processus itératif visant la mise en place des fondamentaux d’un Etat fort et juste ;

- La réalisation urgente des actions d’éducation civique et de culture de la participation citoyenne et de l’intégrité, impliquant un changement de mentalité et de comportements de la part de tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale et d’une manière générale, de tous les citoyens ;

- Le rétablissement de la sécurité aussi bien en milieu urbain que rural afin de redonner confiance aux investisseurs et à l’ensemble des producteurs ;

- L’amélioration des conditions de vie de la population, surtout les catégories les plus défavorisées et vulnérables, victimes des inondations et de la famine.

- Rien de concret et de positif ne peut être obtenu dans toute action entreprise tant que persiste le climat délétère qui prévaut actuellement dans le pays.

- Il faut cependant souligner la nécessité d’assurer la liaison entre l’urgence et le développement, c’est-à-dire, la nécessité d’assurer l’articulation logique entre les stratégies du court, moyen et long terme à partir de l’analyse approfondie des déterminants de la situation dans le passé et ce, afin de mieux comprendre le présent et de construire un futur meilleur désiré par tous. En d’autres termes les actions à entreprendre ne devront pas seulement être dictées par l’obligation de répondre à la dictature du court terme mais par la constante préoccupation de les inscrire dans une vision globale systémique et à long terme.

La plupart des grandes difficultés que l’on rencontre actuellement (déficit en matière d’infrastructures ; délestages ;surpeuplement de la capitale ; famine….) proviennent de la méconnaissance des recommandations, allant dans le sens précité, véhiculées lors de la rédaction du document « Madagascar, vision 2030 » par une trentaine d’experts malgaches pluridisciplinaires de haut niveau, dont je faisais partie, il y a une vingtaine d’années.

Pour renforcer ce qui est affirmé supra, il faut ajouter la nécessité de promouvoir le culte de l’excellence et de la discipline, associé au dynamisme, à la compétence et au sens du bien commun de la part des dirigeants ainsi qu’au degré élevé de civisme des administrés.

Ainsi il faudrait, par exemple, que tous les dirigeants pour mériter d’occuper des postes de haute responsabilité, soient pénétrés par l’obligation d’obtenir des résultats positifs et - être beaucoup plus en cela, des « Managers stratégiques » du développement qui n’excluent pas le fait qu’ils peuvent être en même temps, des politiciens au sens noble du terme.

Un point très important qu’il y a lieu aussi de souligner concerne la nécessité d’assurer la maitrise du mode opératoire c’est-à-dire la capacité à traduire en termes d’actions concrètes orientées vers des résultats palpables et vérifiables, la connaissance des itinéraires techniques, et ce, à partir des différentes études techniques qui ont été déjà entreprises dans différents domaines relatifs aux régions et qu’il suffit, bien souvent, de les compléter et/ou de les actualiser.

Des instruments comme la Gestion Axée sur des Résultats (GAR) pourraient donner en cela d’excellents résultats et j’ajouterais humblement que la mise en œuvre des différents documents (Politique Nationale de Développement ; Programme d’Urgence Présidentiel ; Politique Générale de l’Etat ; Axes Stratégiques du Programme Gouvernemental), gagnerait certainement en efficacité si l’on utilise de façon judicieuse ces instruments.


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** Razafindrakoto Raymond est ancien Economiste Principal du Pnud, Doyen des Ingénieurs statisticiens économistes malagasy

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« Courrier International », le produit offshore du « Monde »

Thierry Deronne

2015-02-24

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94032


c c CI
Entre amalgames, procès d’intention et distorsions des faits, tout un battage médiatique est entretenu pour décrédibiliser la révolution bolivarienne et le modèle de démocratie participe que représente le Venezuela.

Lorsque la Guerre froide cèdera la place à l’équilibre multipolaire, les historiens souriront en étudiant la propagande médiatique déployée autour de la démocratie participative la plus avancée de l’Amérique Latine. D’un Paulo Paranagua (Le Monde) écrivant que Chavez avait « nui à l’unité latino-américaine », au moment précis où l’ensemble des gouvernements, organismes multilatéraux et mouvements sociaux du continent saluaient « l’œuvre du principal artisan de l’unité » (1), à un François-Xavier Freland expliquant pourquoi des millions de Vénézuéliens saluaient la dépouille mortelle du « dictateur » Chavez : « oh vous savez il y a beaucoup de curieux » (2). Sans oublier ce Libération de 2006 où Jean-Hébert Armengaud, actuel rédacteur en chef de Courrier International, coupa et remonta un discours du président bolivarien pour prouver qu’il était antisémite (3).

Cette campagne lancée par le « Guysen Israël News » et relayée par la section argentine du Centre Wiesenthal, fut démontée le 11 janvier 2006 par le site Acrimed, qui révéla le trucage (4). Le président de la Confédération des associations juives du Venezuela, Fred Pressner, expliqua que Chavez n’avait rien d’antisémite, critiquant le Centre Wiesenthal pour sa précipitation et son refus de s’informer auprès de la communauté locale : “Vous avez interféré avec notre statut politique, notre sécurité et notre bien-être en tant que communauté. Vous avez agi unilatéralement, sans nous consulter, sur des thèmes que vous ne connaissez pas et ne comprenez pas” (5). Tant l’Aj Committee (Global Jewish Advocacy) que le Congrès juif américain appuyèrent le point de vue de la communauté juive du Venezuela pour qui les propos du président bolivarien avaient été totalement manipulés. Ses autorités se réunirent ensuite avec Chavez pour souligner publiquement d’excellentes relations jamais démenties depuis, comme en témoigne la réunion du président Maduro avec les représentants du Congrès juif mondial en novembre 2014 à New York (6).

Jean-Hébert Armengaud a caché ces faits aux lecteurs et a refusé d’admettre sa faute professionnelle. Il est devenu en 2012 rédacteur en chef de Courrier International, un produit du groupe Le Monde qui recycle des articles puisés dans l’apparente diversité qu’assure l’hégémonie des grands groupes médiatiques internationaux…

En 2007 cet hebdomadaire publie un article intitulé « Poutine et Chavez, de drôles de démocrates ». Quelques jours avant la tenue d’un référendum sur la constitution au Venezuela, Philippe Thureau-Dangin parle de « coups d’Etat en forme de plébiscites » et parie sur une victoire de Chavez pour l’analyser par avance : « On ne fait plus de coups d’Etat baïonnette au canon ; on se contente de les faire avaliser, tout à fait légalement, par des peuples subjugués ». Hélas pour Courrier International Chavez perd le référendum et félicite aussitôt l’opposition ! (7)

Le Venezuela bolivarien a organisé un nombre record de scrutins (19 en 15 ans), reconnus comme légitimes et transparents par les observateurs de l’Union européenne, de l’Organisation des Etats américains ou de l’Association des juristes latino-américains. “Excès de démocratie” pour l’ex-président du Brésil Lula. « Meilleur système électoral du monde », selon Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde (8). En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’avancée de la démocratie (Fda), qui prend régulièrement le pouls des systèmes politiques, place le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie et d’équité sociale (9). L’Ong chilienne LatinoBarometro (10) soutenue entre autres par le Banque inter-américaine de développement, le Programme des Nations unies pour le développement, l’Organisation des États américains), l’états-unien Office of Research et les agences de coopération des gouvernements suédois, norvégiens et canadiens, a établi dans son rapport 2013 que le Venezuela bat tous les records de confiance citoyenne dans la démocratie pour toute l’Amérique Latine (87 %) suivi de l’Équateur (62 %) et du Mexique (21 %). Pour Latinobarometro, “le Venezuela est le pays où on observe la plus grande différence entre ce que pensent ses citoyens de leur démocratie et l’image qui circule dans la communauté internationale”.

Le 10 février 2015, dès qu’éclate le scandale de la fraude fiscale organisée par Hsbc pour ses clients, Courrier International tire à nouveau plus vite que son ombre et affirme que « la révolution bolivarienne confiait son argent à Hsbc » (11), laissant entendre qu’il y a eu fraude et que le gouvernement bolivarien refuse de s’expliquer. L’objectif de Sabine Grandadam est transparent : surfer sur le scandale Hsbc pour créer l’image d’une révolution corrompue. De fait, grâce à la convergence croissante des médias commerciaux et des médias sociaux, le buzz s’opère.

Or, la seule référence à l’Etat sur la liste vénézuélienne de Falciani concerne la Banque du Trésor qui, en 2005, avait ouvert trois comptes à HSBC et une quinzaine d’autres dans des banques étrangères. Il ne s’agit ni de comptes individuels, ni de comptes secrets ni d’une fraude avec comptes codés et société-écrans offshore. Les noms qui apparaissent sont ceux des fonctionnaires qui ont effectué les signatures administratives et l’information n’évoque pas d’irrégularités.

Ce ne fut pas la seule fois que l’Etat Vénézuélien déposa une partie de ses fonds dans des banques suisses pour défendre ses intérêts. En février 2008, en pleine bataille légale contre la plus grande compagnie pétrolière états-unienne, ce fut pour protéger une partie de ses revenus pétroliers d’un possible embargo de la part d’Exxon Mobil que le gouvernement bolivarien les transféra dans des banques suisses (en 2014 le tribunal trancha en faveur du Venezuela.) Trois ans plus tard, en 2011, le président Chavez annonça le rapatriement des réserves d’or du pays, qui se montaient à 11 milliards de dollars et se trouvaient dans des banques d’Angleterre, du Canada, de France et des Etats-Unis. Il décida aussi de transférer les fonds des réserves et du Trésor vénézuélien à des pays membres des Brics comme la Chine, la Russie et le Brésil, face à de possibles « sanctions » de la part des Etats-Unis.

Ces faits ultérieurs éclairent la relation de l’Etat vénézuélien avec la banque privée internationale mais n’ont aucun intérêt pour Sabine Grandadam puisque son objectif est simplement d’associer « révolution bolivarienne » à « corruption ». C’est aussi pourquoi elle reste muette sur les 99% de la liste « Venezuela » de Falciani (12) : 178 noms et 115 adresses de clients vénézuéliens possédant des comptes individuels à Hsbc. On n’y trouve pas de dirigeants politiques de la révolution, ni le président Maduro ou sa famille, mais pas mal de membres du secteur privé, notamment des médias ou de Pdvsa (compagnie pétrolière) avant sa récupération par le gouvernement. C’est plutôt une surprise quand on sait que la vulgate médiatique au Venezuela comme sur le plan international est de dénoncer « la corruption des chavistes ».

Bien sûr, un journaliste doué d’un minimum de conformisme n’a qu’à se baisser pour traduire les titres dont les grands groupes médiatiques usent pour faire campagne contre le socialisme bolivarien. Chacun est libre d’ajouter sa pierre aux milliers d’attaques subies par le Venezuela depuis qu’une démocratie de gauche y restitue les droits sociaux et politiques à une majorité d’exclus, et consciemment ou non, de renforcer l’environnement médiatique nécessaire aux coups d’Etat comme celui que le Venezuela vient de déjouer. Il est libre d’occulter à ses lecteurs l’ingérence états-unienne dénoncée par l’ensemble des gouvernements latino-américains (13), et de se refuser à effectuer le moindre reportage sur seize ans d’avancées sociales. Bref, libre d’ignorer la Charte du « Monde » : « 1/ Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité ; (..) 9/ Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste (14). »


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NOTES
1) « L’Amérique Latine et les Caraïbes saluent le principal artisan de l’unité continentale » par Maurice Lemoine, http://bit.ly/1w4pZEc

2) Ibidem

3) http://bit.ly/1DghMlx

4) http://www.acrimed.org/article2241.html

5) « Venezuela’s Jews Defend Leftist President in Flap Over Remarks« , http://bit.ly/1Aoy0co

6) http://bit.ly/17sdagR

7) Lire l’article de Maxime Vivas : http://bit.ly/1vtwO7r

8) http://venezuelanalysis.com/print/7272

9) http://democracychange.com/

10) http://www.latinobarometro.org/lat.jsp

11) http://bit.ly/1ADSA7u

12) Lisible ici : http://offshoreleaks.icij.org/

13) Lire « L’Amérique Latine serre les rangs autour du Vénézuéla : les États-Unis isolés (avec déclaration intégrale du sommet de la CELAC) », http://bit.ly/1FQFyZ0

14) « Charte de déontologie des journalistes du Monde », http://bit.ly/18gzpHS





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