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La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 350 : APE, Françafrique, Total : Le cercle infernal

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Collecte de fonds & ressources utiles




Sommaire de cette édition

CHRONIQUES
- Les Ape, symptômes de la crise du capitalisme ? La francophonie et les Ape au secours de la France en crise
- Ape : L’Union européenne sur le point de réussir à imposer à l’Afrique son agenda libéral ?
- La diplomatie française ou le mollétisme en action
- Envahis par le gaz, les paysans du Nigeria face à Total
- Une entreprise TOTALement françafricaine
- Chez Total, il n’y a pas que les patrons qui meurent
- D’Obama à Michael Brown

COMMENTAIRES & ANALYSES
- Les responsables de la torture sous l’administration Bush doivent être poursuivis
- Français et langues nationales : vaincre le complexe d’infériorité
- Jamais deux sans trois: Après Kompass et Ndiaye, vient Khan

PLAIDOYERS & CAMPAGNES
- Appel aux mouvements sociaux pour la mobilisation pour le prochain Fsm 2015

RESSOURCES UTILES
Solidarité internationale : Quand les travailleurs s’organisent par delà les frontières




Chroniques

Les Accords de partenariat économique, symptômes de la crise du capitalisme ? La francophonie et les Ape au secours de la France en crise

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/features/93580


cc SLT
Les Ape c’est le colonialisme ! La francophonie c’est aussi le colonialisme ! Quand deux colonialismes se suivent l’un est forcément au service de l’autre. C’est pourquoi le bras armé du capitalisme européen qu’est l’Ue négocie des accords avec les différentes parties d’un monde dépecé. Tafta, Ceta, Tisa, Ape... Quelle que soit leur dénomination, ils sont tous des accords de libre-échange. Liberté pour le pot de fer d’écraser le pot de terre.

Contrairement au Forum social africain qui s’est déroulé du 15 au 19 octobre 2014, la thématique Ape, « libre-échange » et mondialisation capitaliste ne retiendra pas l’attention du XVe sommet de la francophonie à Dakar qui a pour thème : « Femmes et jeunes en Francophonie : vecteurs de paix, acteurs de développement ». Il faut sinon éviter les sujets qui déculottent du moins les aborder sous l’angle « du côté positif de la colonisation ».

Ainsi, il y a quelques jours, au Sénégal, un nouveau directeur des douanes est nommé, après la réunion des douanes francophones, qui affirme que les Ape sont si positifs pour les entreprises sénégalaises que les pertes de recettes douanières seront compensées par une augmentation d’impôt. C’est en rupture avec les Assises nationales. Le mardi 24 novembre est dévoilé le plan opérationnel du Programme accord de partenariat économique pour le développement (Paped) du Sénégal d’un coût estimatif de 574,376 milliards de francs CFA (environ 1,148 milliards de dollars).

Malgré cette « rémunération pour bonne conduite », appelée pudiquement compensation ou aide, le contre-sommet de la francophonie de Dakar se devait de révéler la francophonie comme espace de légitimation des Ape, instrument d’un pillage accru des ressources des peuples, ce 30 novembre 2014, à la Fondation Rosa Luxembourg. Cent cinquante gendarmes aux ordres de Macky Sall ont empêché la tenue du colloque. Voici une partie de ce que Macky Sall ne veut pas qu’on partage avec le peuple.

Il y a eu 0,8% de taux de croissance pour l’Union Européenne (Ue) et 1,3 et 1,2% pour l’Allemagne, la locomotive de l’Ue, en 2014 et 2015 a annoncé le Fmi il y a quelques jours. Risque d’une troisième récession, ajoute-t-on. Le capitalisme est en crise. C’est un secret de polichinelle. Cette crise est aggravée par la perte de marchés.

La météo économique est aussi mauvaise pour la France impérialiste, deuxième pays moteur de l’Ue, et ses entreprises en Afrique. Sur les neufs premiers mois de l’année 2013, la Chine socialiste, avec 4,95 milliards de dollars d’exportation, devient en 2013 le premier fournisseur de l’Algérie devant la France qui suit avec 4,7 milliards. Entre 2000 et 2011, « la part de marché de la France au sud du Sahara a décliné de 10,1% à 4,7% ».

Entre 2005 et 2011, la part de marché de la France a fondu de 18 points en Côte d’Ivoire, de 6 points au Sénégal et de 8 points au Gabon. En 2011 et 2012, la France fournit respectivement 12,8 et 11,8% des importations du Cameroun contre 10,8 et 10,4% pour la Chine. « En dix ans, la France a perdu la moitié de ses parts de marché en Afrique subsaharienne », a reconnu récemment Pierre Moscovici. Que l’on est loin, par exemple, de 1996 où la France était premier fournisseur de l’Afrique avec 21% des parts de marchés et une balance commerciale bénéficiaire de 30 milliards de francs français.

Devant la perte de beaucoup de marchés, l’état d’esprit de rente français réagit. Peu importe où les parts de marchés perdues se trouvent dans le monde, l’impérialisme français considère que la géographie se trompe, et qu’elles sont situées en France surtout lorsqu’elles sont dans son ancien empire colonial. Le Zambèze doit davantage venir au secours de la Corrèze ! Même si le prix à payer est que sur les 10 derniers pays du classement Pnud en 2014, les 7 soient francophones.

Ces 70% doivent être mis en corrélation avec un autre chiffre. Sur un total de 67 coups d’Etat qui se sont passés en Afrique dans 26 pays, au cours des 50 dernières années, 16 de ces pays sont des ex-colonies françaises. CE qui signifie que 61 % des coups d’etats en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises. C’est là un premier élément de réponse à ceux qui se demandent pourquoi les Ape sont passés plus facilement aujourd’hui qu’en 2007. Les « Blaise Diagne » (Ndlr : premier député noir français, d’origine sénégalaise, qui contribua a recrutement des tirailleurs sénégalais pour le seconde Guerre mondiale) d’aujourd’hui sont plus nombreux qui jouent les rabatteurs au service de la France dans sa guerre économique contre ses autres compères impérialistes et les Etats dits émergents.

Vous voulez d’autres liens entre les Ape et la francophonie ? L’Etat français se bat dans le cadre de l’Ue pour l’imposition des Ape aux pays africains. Mais en même temps, il espère après l’imposition des Ape aux peuples damer le pion aux autres impérialistes. Quel est l’atout de la France dans le cadre des contradictions inter capitalistes ? Ecoutons Jacques Attali :
- « Il existe bien une corrélation entre le taux de pénétration du français dans un pays et la part des exportations françaises dans ce pays.»
-« Il existe une corrélation entre la proportion de francophones dans un pays et la part de marché des entreprises françaises dans ce pays.»
-«(…) les Français peuvent inverser la tendance d’abord en faisant comprendre aux Chinois et aux Japonais que la meilleure façon d’aller en Afrique c’est de passer par la France, parce que c’est en français qu’on peut le mieux commercer, investir en Afrique… Le développement de l’enseignement du français crée les conditions pour les entreprises françaises de se développer.»

Les Ape c’est le colonialisme ! La francophonie c’est aussi le colonialisme ! Quand deux colonialismes se suivent l’un est forcément au service de l’autre. C’est pourquoi le bras armé du capitalisme européen qu’est l’Ue négocie des accords avec les différentes parties d’un monde dépecé. Tafta, Ceta, Tisa, Ape... Quelle que soit leur dénomination, ils sont tous des accords de libre-échange. Liberté pour le pot de fer d’écraser le pot de terre.

Comment produire plus, à moindre coût et réaliser un maximum de bénéfices ? Telle est la question à laquelle répondent ces accords. Pour ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest notamment, rien n’a changé entre 2007 et 2014. Les Ape sont toujours ce qu’en disait une délégation de l’assemblée nationale française avant 2007 : «Projet constituant une erreur politique, sociale, économique et stratégique».

Rappelons que les Ape sont contenus dans l’Accord de Cotonou (articles 34 à 37) qui a été signé, en connaissance de cause, par les chefs d’Etats africains en exercice le 23 juin 2003. Cet accord de Cotonou régit la nouvelle coopération entre l’Union européenne et les Acp. Une coopération dont la nature véritable n’a pas pris de ride depuis 1958, quand Michel Debré faisait remarquer : «On parle beaucoup de l’Eurafrique. C’est un mot qui cache des pensées grandioses et d’autres malsaines. Derrière la vision d’une entente entre le monde blanc et le monde noir, certains dissimulent leur calcul : associer, dans un échange inégal, les matières premières de l’Afrique et la capacité industrielle de l’Europe ».

Voici ce que dit l’article 37 de l’Accord de Cotonou, alinéa 1 : « Des Accords de partenariat économique seront négociés durant la phase préparatoire qui se termine au 31 décembre 2007 au plus tard. Les négociations formelles pour les nouveaux arrangements commerciaux débuteront en septembre 2002 et les nouveaux arrangements commerciaux entreront en vigueur le 1er janvier 2008….». Et l’alinéa 7 de l’article 37 de poursuivre tout aussi clairement : « Les négociations des Accords de partenariat économique auront principalement pour objet d’établir un calendrier pour la suppression progressive des barrières commerciales entre les parties, en conformité avec les règles de l’OMC ».

Pour résumer les Ape disons : « On permet à 100 % de vos produits d’entrer sans droits de douane en Europe et vous faites la même chose pour au moins 80 % des nôtres.»

Comme le dit la sagesse populaire sénégalaise : dire la vérité participe de la discussion. Quelle est-elle cette vérité ? Les Ape sont un élément parmi d’autres qui l’ont précédé, d’autres dont il est contemporain et d’autres qui lui succéderont et qui constituent une camelote néolibérale, un corset de force capitaliste que l’on veut nous fourguer sous le pavillon – rien de plus faux - de partenariat. Dans un partenariat on ne presse pas, on ne corrompt pas, on ne menace pas, on ne fixe pas d’ultimatum.

Mais l’attitude du capital Ue se comprend par cette sentence si actuelle : « Le capital a horreur de l’absence de profit ou des très petits profits comme la nature a horreur du vide. Quand le profit est adéquat, le capital devient audacieux. Garantissez-lui 10 pour cent, et on pourra l’employer partout ; à 20 pour cent, il s’anime ; à 50 pour cent, il devient carrément téméraire ; à 100 pour cent il foulera aux pieds toutes les lois humaines ; à 300 pour cent, il n’est pas de crime qu’il n’osera commettre, même s’il encourt la potence. Si le tumulte et les conflits rapportent du profit, il les encouragera l’un et l’autre. La preuve : la contrebande et la traite des esclaves.»

Les dernières preuves contemporaines de cette sentence : les guerres en Irak, Syrie, Ukraine, Libye, Mali, Côte d’Ivoire et République Centrafricaine. Les intérêts en jeu dans ces machins que sont les pays de la zone franc…sont compris entre 100 et 300%.

La coopération commerciale entre l’Ue et les pays de la Cedeao est basée sur le principe de non-réciprocité : les produits en provenance d’Afrique de l’Ouest sont admis librement sur les marchés de l’Ue, sans droits de douane, alors que les produits Ue peuvent être frappés de droits de douane lorsqu’ils entrent en Afrique de l’Ouest. Plus la crise est forte pour le Capital Ue, plus l’Ue demande le respect des règles de l’OMC et donc l’application des Ape. Avec l’application des Ape ce sera le principe de réciprocité : les produits Ue entreront sur les marchés africains sans droits de douane, exactement comme c’est le cas aujourd’hui pour les produits africains sur le marché européen.

La question qu’il faut se poser est : pourquoi l’Ue n’a-t-elle pas choisi l’option inverse du principe de réciprocité consistant à demander aux produits en provenance d’Afrique de l’Ouest de payer désormais des droits de douane ? Selon la Déclaration de la Société civile de l'Afrique de l'Ouest sur l’Accord de partenariat économique, en date du 14 février 2014, « Le Ghana et la Côte d’Ivoire pourraient subir des pertes de revenus de l’ordre de 378 et 159 millions de dollars respectivement, en cas de mise en œuvre de leur Ape. Cependant, en cas de non mise en œuvre de ces Ape, les dépenses auxquelles leurs entreprises feront face, du fait des droits de douane additionnels sur le marché européen, seront de l’ordre de 51,9 et 121 millions de dollars respectivement ».

Déjà en 2008, la parlementaire Taubira, actuelle ministre de la Justice française, prophétisait dans un rapport commandé par Sarkozy : « Après la suppression des recettes fiscales douanières qui constituent parfois près de 40 % des ressources budgétaires des États, les Ape vont procéder durablement sinon définitivement au désarmement des États ». En mai 2006, comme nous le rappelle l’économiste Jacques Berthelot, la délégation pour l’Union européenne de l’Assemblée nationale française adoptait à l’unanimité le rapport du député Jean-Claude Lefort, qui s’interrogeait : «Pouvons-nous vraiment prendre la responsabilité de conduire l’Afrique, qui abritera dans quelques années le plus grand nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour, vers davantage de chaos, sous couvert de respect des règles de l’Omc ? ».

Le Parlement européen, tout comme Taubira, a rallié la cause de la commission européenne. Que ceux qui nous demandent une alternative aux Ape méditent cela. En vérité, c’est parce qu’après 20 ans l’Ue économisera (selon le centre de calcul South Center) près de 1 300 milliards de droits de douanes sur les produits exportés vers l’Afrique et les pays africains n’en économiseront que 98 milliards. D’où une perte sèche en recettes douanières de 1 202 milliards. En vérité, les Ape sont à l’image de cette convention à laquelle faisait allusion Jean Jacques Rousseau et au détriment des pays Acp. « Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira. »

C’est ainsi que Rousseau, dans le Livre I, chapitre IV de son Contrat social, décrit le droit d’esclavage. Ne décrit-il pas le droit à la recolonisation en cours sous nos yeux ?

Nous pourrions paraphraser Jean Jaurès qui disait : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage », en affirmant que le capitalisme porte en lui la recherche effrénée du profit maximum comme la nuée porte l’orage. Autrement dit, les guerres ne sont pas le symptôme d’un capitalisme en crise. Mais du capitalisme tout court. De la même manière, les Ape, tactique capitaliste de recherche effrénée du profit, ne sont pas le symptôme d’un capitalisme en crise mais du capitalisme tout court. L’article 37 des Accords de Cotonou disent clairement que la suppression des barrières douanières est conforme aux règles de l’Omc.

C’est pourquoi, nous pouvons dire que la lutte contre les Ape est objectivement une lutte anti libérale, anti capitaliste et contre le néo colonialisme. Cependant, dans la lutte contre les Ape, tout comme dans le mouvement alter mondialiste, il y a différentes tendances qui s’affrontent.

Réformer ou combattre les Ifi (Ndlr : Institutions financières internationales) ? Combattre des excès libéraux ou ultra libéraux ou remise en cause du système capitaliste ? S’opposer aux Blancs ou à un empire ou s’opposer au système impérialiste ? Démocratiser la mondialisation ou se battre pour la souveraineté nationale ? Sortir le capitalisme de la crise ou sortir du capitalisme en crise ?

Parallèlement à la lutte contre les Ape, le débat entre les différentes tendances du mouvement altermondialiste se fera. La vie tranchera !

Ce qui est constant, c’est qu’à chaque fois que le capitalisme a été en crise, le Capital a imposé aux travailleurs et aux peuples du centre et de la périphérie, et au besoin par la guerre, le règlement de celui-ci. Les dominés et les opprimés ont toujours payé le coût de leur domination dans l’histoire. C’est comme cela qu’il faut comprendre les expériences d’austérité des peuples grec, italien, espagnol, chypriote, irlandais, portugais. Cela confirme P. Barnevick, ancien président de la multinationale ABB qui disait : « Je définirai la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales. ».

En attendant, poursuivons, tous ensemble, la lutte contre les Ape dans le cadre, par exemple, de la coalition nationale Non aux Ape au Sénégal. Afin d’éviter à notre pays et au peuple les perspectives d’un sous-développement accru, d’une misère plus grande, d’un plus grand taux de chômage consécutif sinon à la fermeture des entreprises du moins aux licenciements pour motif économique, d’une plus grande dépendance alimentaire, de l’assassinat des exploitations familiales agricoles…

Comment le faire ?

1- initier et soutenir tout projet d’unification des forces et organisations opposées à l’impérialisme et/ou anti libérales et/ou anti capitalistes. Dans cette perspective, leurs organisations doivent montrer l’exemple notamment en se démarquant des stériles querelles de leadership et de chapelles.

2 - participer à l’unité d’action pour l’élaboration d’un programme alternatif anti libéral et/ou anti capitaliste à la domination impérialiste fondé sur la souveraineté nationale;

3 – identifier les couches sociales objectivement intéressées par un projet souverain

4 - réaliser de larges fronts patriotiques par l’unité d’action contre les politiques de recolonisation et ceux qui les représentent.

5 - œuvrer dans les différents pays africains à l’édification d’un solide rassemblement des forces anti impérialistes éparpillées pour, à terme, briser le bipolarisme politique marginalisant cette famille politique ou la confinant à un rôle d’éternel faiseur de roi. Car ne nous méprenons pas, cette situation pose aussi la question de qui détient le pouvoir politique et au profit de quel projet politique. Projet impérialiste ou projet anti impérialiste ?

6 - en attendant, il nous faut mobiliser au sortir de ce contre-sommet pour dire à des présidents comme Macky Sall : «Si tu signes les Ape tu ne signeras plus rien »

La lutte contre les Ape continue ! Nous vaincrons !


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** Guy Marius Sagna est membre du collectif « Non aux Ape» - Délégués à la Coalition nationale « Non aux Ape », Membre du comité restreint du contre-sommet de la francophonie

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


REFERENCES
- Makhtar Diouf, in Wal Fadjiri, le 4 février 2008, « Regard sur les Ape : Après les clameurs, tambours et trompettes »
- Mamadou Diop « Decroix », 20 août 2006, «Ape et Omc : ne faut-il pas un plan « B » à l’Afrique ?»
- Jacques Berthelot, le 6 septembre 2014, «Pertes de recettes douanières liées à l’Ape, Afrique de L’Ouest»
-Déclaration de la Société Civile de l'Afrique de l'Ouest sur l’Accord de Partenariat Économique (Ape), 14 février 2014
- Guy Marius Sagna, «L’intervention en Centrafrique, fille de la décadence française »
- Guy Marius Sagna, janvier 2013, «Mali: conchions sur le serval français semi colonial en menant la guerre aux djihadistes et à la recolonisation»
- Guy Marius Sagna, décembre 2010, «Afrique : Vers une nouvelle vague de luttes de libération populaire démocratique»
- Mawuna Remarque Koutonin in Mondialisation.ca, 20 février 2014, «Le saviez-vous ? 14 pays africains contraints par la France à payer l’impôt colonial pour les “avantages” de l’esclavage et de la colonisation»
- Jacques Berthelot, Le Monde Diplomatique, Septembre 2014, P.12 -13, APE : «Le baiser de la mort de l’Europe à l’Afrique»


Accords de partenariat économique : L’Union européenne sur le point de réussir à imposer à l’Afrique son agenda libéral ?

Front de gauche (France)

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/features/93579


cc EU
La Commission européenne, à la solde des multinationales européennes avides de marchés et de profits sur les marchés africains, a réussi, à force de pressions et de manœuvres, à faire avancer son agenda libéral. Comment en est-on arrivé là alors que, depuis quatorze ans, la plupart des pays africains avaient résisté à ces pressions, souvent grâce à la forte mobilisation de la société civile africaine contre les Ape ?

Le 10 juillet dernier, les 16 chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest ont signé l’Accord de partenariat économique (Ape) les liant à l’Union européenne (Ue). Peu de temps après, un autre Ape était paraphé par la plupart des pays d’Afrique australe et un APE individuel était ratifié par le Cameroun.
Les Ape sont des accords de libre-échange dans lesquels les pays africains s’engagent à libéraliser leurs marchés pour la plupart des produits européens. Dans le cas de l’Afrique de l’Ouest, cela correspondra à 75% des produits, ou encore 82% de la valeur totale des produits importés de l’Ue (1). La libéralisation s’étale sur 20 ans, mais l’essentiel sera réalisé à l’issue de 15 ans. En contrepartie, les produits africains continueront à bénéficier d’un accès au marché européen sans droits de douanes ni quotas d’importation, comme c’est le cas depuis les années 1960.

Avec ces accords, les recettes douanières des pays de l’Afrique de l’Ouest baisseront fortement (1,9 milliards d’Euros par an) (2), alors que le budget de leurs Etats en dépend en grande partie. La promesse de l’Ue d’aider ces pays à s’adapter à cette nouvelle situation au travers d’une « aide au développement » constitue une véritable hypocrisie : les montants promis ne correspondent qu’à un recyclage des actuelles aides apportées par le Fed (Fonds européen de développement).

La libéralisation se traduira par l’importation à bas prix de produits européens qui concurrenceront ceux fabriqués localement, même si 25% des produits sont considérés comme « sensibles » et ne sont pas concernés. Du fait des différentiels de productivité (et aussi du fait des subventions européennes à l’agriculture), des pans entiers des secteurs agricole et industriel africains sont menacés. De plus, l’accord interdira à l’avenir aux pays africains de recourir à de nouvelles mesures de politique commerciale concernant tous les produits échangés avec l’Ue (hausse des droits de douanes ou limitation des exportations). Les pays signataires renoncent ainsi de façon indéfinie à leur souveraineté politique en matière commerciale.

Certes, leurs droits de douanes sont déjà souvent très insuffisants pour garantir une protection réellement efficace contre les importations à bas prix d’Europe, mais aussi d’autres pays (Etats-Unis, pays émergents). Mais, désormais, ces dernier pays vont probablement exiger des pays africains les mêmes avantages commerciaux que ceux qu’ils ont accordés à l’Ue, entraînant une ouverture accrue de leurs marchés.

Enfin, les pays signataires s’engagent à ouvrir des négociations avec l’Ue dans les six mois suivant la conclusion des Ape en vue d’une libéralisation encore plus poussée de leurs économies, intégrant les services, les marchés publics, les investissements, la propriété intellectuelle et la concurrence.

Ainsi, la Commission européenne, à la solde des multinationales européennes avides de marchés et de profits sur les marchés africains, a réussi, à force de pressions et de manœuvres, à faire avancer son agenda libéral. Comment en est-on arrivé là alors que, depuis quatorze ans, la plupart des pays africains avaient résisté à ces pressions, souvent grâce à la forte mobilisation de la société civile africaine contre les Ape ?

Pour répondre à cette question, il faut revenir en arrière : au travers des conventions de Yaoundé et de Lomé, la plupart des produits issus des anciennes colonies de pays européens, les pays dits Acp (Afrique-Caraïbe-Pacifique), bénéficiaient, depuis les années 60, d’un libre accès au marché européen. Ces préférences commerciales non réciproques -les pays Acp n’étant en effet pas contraints en retour d’ouvrir leurs marchés aux produits européens - sont apparues contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (Omc), créée en 1995. En effet, ces règles n’autorisent que les accords de libéralisation réciproque (c’est-à-dire les accords de libre-échange) ou les préférences commerciales unilatérales bénéficiant à la totalité (et non pas à une partie d’entre eux) des pays en développement (Ped) ou des « pays les moins avancés » (Pma).

En 2000 (accord de Cotonou), l’Ue et les pays Acp, regroupés en grandes régions, se sont donc engagés à négocier des accords de libre-échange régionaux (entre l’Ue et chaque région Acp), c’est-à-dire les Ape. Dans la pratique, le processus a traîné, les pays Acp étant très réticents à engager une telle libéralisation de leurs marchés. A la date butoir pour la mise en œuvre des accords, en 2007, ceux-ci n’étaient pas encore signés. La Commission européenne a alors fait pression sur certains pays pour qu’ils signent des Ape individuels dits « intérimaires ». Mais là aussi, les pays concernés ont tardé à ratifier et à mettre en œuvre de tels accords.

Face à cette situation, l’Ue a, en 2012, décidé d’un moyen de chantage majeur : les produits des pays qui n’auraient pas, au 1er octobre 2014, pris des mesures effectives pour la ratification et la mise en œuvre d’Ape (intérimaires ou définitifs), perdraient le libre accès au marché européen. Des produits comme la banane de Côte d’Ivoire ou du Cameroun risquaient ainsi, une fois soumis à des droits de douane, de ne plus être compétitifs sur le marché européen, notamment par rapport à des importations issues d’autres pays (dans cet exemple, les bananes d’Amérique centrale et du Sud) (3).

Outre ce chantage de nature économique, des facteurs de nature politique expliquent cette évolution. Plusieurs nouveaux dirigeants africains sont d’orientation néo-ibérale, comme Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, l’arme financière de l’Europe peut être considérablement efficace auprès des dirigeants politiquement fragiles ou ayant besoin d’aide face à la montée de l’islamisme radical, comme dans le cas du Nigeria et du Mali.

UNE AUTRE VOIE EST POSSIBLE

Les Ape ne sont pas une fatalité, même dans le cadre de l’Omc ! Les produits de tous les pays classés comme Pma bénéficient d’un libre accès au marché européen. Si elle en avait la volonté politique, l’UE pourrait très bien :

- traiter l’ensemble de la région Afrique de l’Ouest – qui est par ailleurs engagée dans un processus d’intégration régionale dans le cadre de la Cedeao - comme une « région Pma» et donc maintenir l’ouverture actuelle de son marché aux produits africains sans pour autant exiger en retour la libéralisation des marchés africains ;

- proposer aux pays africains des accords de solidarité et de coopération qui ne seraient pas basés sur le libre échange.

Les Ape doivent encore être ratifiés par les Parlements nationaux africains et par le Parlement européen. Ce processus pourrait prendre un an. La bataille n’est donc pas terminée pour éviter que la politique de l’Europe n’amène nombre de pays africains à approfondir une libéralisation qui menace les possibilités d’authentiques processus de développement économique et social.

NOTES :

1- Jacques Berthelot, association solidarité, http://www.solidarite.asso.fr

2- Jacques Berthelot, op. cit.

3- Pour plus d’informations dur les Ape, voir notamment « Ape et agriculture : quels enjeux pour l’Afrique », www.coordinationsud.org


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** Front de gauche (France) st une coalition de partis politiques français

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


La diplomatie française ou le mollétisme en action

Michel Rogalski

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/features/93583


cc SLT
La diplomatie française a une histoire dont les sinuosités ont ciselé autant de phases et de repères marquants. Elle doit faire face à un ensemble de grands dossiers qui structurent le monde et dans lesquels elle est impliquée et qui constituent autant d’occasions d’imprimer sa marque. Il est d’usage de l’évaluer à l’aune de ces grands traits en prenant la mesure des inflexions réalisées.

Il est vrai qu’une diplomatie ne peut s’inverser en quelques semaines tant il y va de la continuité de l’État et des engagements souscrits. Mais à mi-parcours d’un mandat présidentiel, la marque nouvelle a pu et dû s’imprimer et le sillon se tracer, être compris et pris en compte par la communauté internationale attentive aux nouveaux signaux d’un pays qui reste encore l’une des principales puissances de la planète et dont la diplomatie a rarement été isolée. Un pays dont les atouts, façonnés par l’histoire, ne sont pas mince.

Ancien empire colonial sur lequel le soleil ne se couchait jamais, partie prenante du côté des vainqueurs de deux conflits mondiaux, détenteur de l’arme nucléaire et donc assurée de la pérennité de son siège permanent au Conseil de sécurité, dotée d’une langue largement partagée dans le monde, et enfin grande puissance maritime par l’étendue de ses côtes, la France est un pays qui compte encore sur la scène mondiale même si elle ne fait plus jeu égal avec l’Allemagne en Europe, continent lui même en déclin relatif.

La diplomatie française a une histoire dont les sinuosités ont ciselé autant de phases et de repères marquants. Elle doit faire face à un ensemble de grands dossiers qui structurent le monde et dans lesquels elle est impliquée et qui constituent autant d’occasions d’imprimer sa marque. Il est d’usage de l’évaluer à l’aune de ces grands traits en prenant la mesure des inflexions réalisées.

Pour nous en tenir au cadre de la V° République, la présidence actuelle fait suite à celles de De Gaulle, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Les trois premières ont connu la guerre froide, pas les trois dernières. À l’inverse, seules les trois dernières ont connu les contraintes de la mondialisation et de sa forme accusée, l’intégration européenne.

De Gaulle sortit la France de son Empire colonial pour l’insérer dans l’Europe et esquissa une prise de distance d’avec l’atlantisme marqué par une soumission aux Etats-Unis. La parole fut audacieuse – discours de Phnom Penh et du Québec – et les décisions fermes – fermeture des bases de l’Otan et sortie de son dispositif militaire intégré. Malgré sa volonté, Giscard ne put revenir sur l’essentiel de ces orientations sauf à rompre avec les gaullistes, ce que le rapport de forces ne lui permit pas. Il est d’usage de considérer qu’en matière de politique étrangère, la continuité fut forte entre Mitterrand et Chirac au point qu’on put parler d’une diplomatie gaullo-mitterrandienne, souvent ramenée, cohabitation oblige, au consensuel Hubert Védrine.

Toute autre fut la phase incarnée par Sarkozy qui, au delà de son agitation centrée sur l’événement, marqua un retour vers un atlantisme décomplexé et un goût prononcé pour les expéditions guerrières inspiré par un droit-de-l’hommisme douteux et générateur de chaos. En fait, son atlantisme consistait à faire retour dans le giron du monde occidental, alors même que la guerre froide était terminée.

C’est dans un tel contexte que François Hollande, avec ses prérogatives de chef d’État, prend en charge la diplomatie française. Allait-il renouer avec le consensus gaullo-mitterrandien du rapport aux Etats-Unis – alliés, mais pas soumis –, continuer le nouveau sillon tracé par le prédécesseur ou imprimer sa marque esquissée par les points programmatiques de sa campagne et attendue par ses électeurs ?

Aucune inflexion marquante ne fut prise. Par défaut le pire fut donc choisi ! Oubliées les quelques vagues promesses de campagne ou de postures adoptées lorsqu’il était dans l’opposition. Car sur l’essentiel, l’inflexion sarkozyste fut préservée et délibérément assumée au point même d’aller demander, non sans malice, à Hubert Védrine de rédiger un Rapport expliquant que tous comptes faits il y avait plus d’avantages à continuer à rester dans le commandement militaire de l’Otan, inflexion adoptée par Nicolas Sarkozy, qu’à revenir à la posture traditionnelle de la France.

Exit donc la position développée par François Hollande, alors parlementaire de l’opposition, et qui déclarait à l’Assemblée nationale, lors d’une motion de censure débattue en 2008 : « Ce retour vers l’Otan n’est pas simplement contraire aux intérêts de la France et même de l’Europe, il est aussi contradictoire avec la stabilité du monde. Car la décision du président de la République intervient au moment où l’Otan change d’identité. »

Au lieu de tout cela, il faut évidemment sortir de l’Otan qui depuis la fin de la guerre froide n’a plus de raisons d’être sinon de permettre aux Etats-Unis d’exercer leur emprise sur ses membres et les pousser en situation de servitude volontaire. Il convient également d’exiger la dissolution de l’Otan devenue anachronique et d’en tirer toutes les conséquences en matière de désarmement et de lutte contre la prolifération nucléaire.

Sur l’Europe, le cap fut par ailleurs très vite tranché. Les velléités, un temps envisagé, de renégocier le Traité « Merkozy » se transformèrent en codicille sur la croissance mais sans portée obligatoire. Ligotée, la France ne put donc prendre la tête d’une coalition anti-austéritaire et dut au contraire, très vite, sous diktat de Bruxelles, s’appliquer les pires mesures régressives. L’ambition de campagne proclamée de peser sur les modalités de la construction européenne s’est évanouie et la France se retrouve sans voix originale pour peser en Europe, alors que sa nécessité est d’une urgence criante.

Au moment du scandale LuxLeaks qui révèle les faveurs fiscales accordées depuis des années par le Luxemburg à des centaines de firmes multinationales leur permettant de spolier leur État d’origine, Pierre Moscovici vole au secours de Jean-Claude Juncker, responsable de la dérive fiscalo-maffieuse de son pays dont le coût est évalué à 1000 milliards d’euros par an. Michel Sapin aurait là beau jeu de faire valoir les rentrées fiscales perdues par la France à cause du paradis fiscal luxembourgeois. Et en alléguant combien ces pertes fiscales ont contribué à la montée de l’endettement aujourd’hui reproché, la France pourrait solidariser avec elle bon bon nombre de pays européens également touchés et soumis à des politiques régressives et des hausses d’impôts.

Mais pour prendre une telle posture, encore aurait-il fallu donner corps aux propos de campagne laissant croire que « mon adversaire c’est la finance ». Pourtant les occasions furent nombreuses de le réaffirmer. Passons sur les visites à Londres du président Hollande puis de son Premier ministre pour rassurer les financiers de la City, puis les patrons. La vraie lutte contre la finance commençait en France même pour réguler le secteur bancaire. Les engagements de campagnes avaient été prometteurs. Une nouvelle loi devait séparer les activités bancaires de dépôt de la clientèle des activités de marchés où la banque engageait de façon risquée ses propres capitaux. Mais dans ce domaine la timidité a été de mise. Seuls à peine 1 ou 2 % des activités des grands groupes français sur les marchés de capitaux se trouveront concernés par la « loi de séparation et de régulation bancaire » adoptée en juillet 2013. C’est une séparation qui ne coupe pas dans le vif et laisse à la finance tout loisir de continuer, avec l’argent du public, ses pratiques. Dans la même lignée, la France agit dans le cadre européen pour limiter le champ d’action de la « taxe Tobin » sur les transactions financières.

L’attitude du gouvernement français à propos de l’amende infligée par les autorités américaines au groupe Bnp-Paribas a été révélatrice. Surtout ne pas parler du fond – du rôle du dollar et de la souveraineté nationale – ou de la leçon – le politique peut contraindre la finance - mais marchander et plaider l’indulgence ou le risque systémique afin d’atténuer la peine pour la rendre « raisonnable », tel fut le propos confus de nos dirigeants, partagé en cela par les principaux commentateurs et faiseurs d’opinion. Seul positionnement possible pour tous ceux rassemblés à l’unisson autour du respect de la finance et de l’allégeance aux États-Unis.

La banque a payé – 9 milliards de dollars – et a dû s’acquitter de très lourdes peines annexes. En silence ! La profession qui ne manque pas de relais a fait profil bas. Car ce que tous ont voulu cacher c’est que la donne avait changé aux États-Unis depuis la crise de 2008. Les sanctions pleuvent en cascade sur les banques et institutions financières. L’administration est sans pitié et les pénalités se négocient. Les établissements financiers ayant joué un rôle central dans l’affaire des subprimes ont déjà dû débourser plus de 100 milliards de dollars de pénalités ou de dédommagements à leurs victimes. C’est le politique qui est aux commandes et aucune position établie aussi respectable soit-elle, financière ou industrielle, ne semble pouvoir résister à un État qui ne badine pas et qui entend que les règles édictées soient respectées.

C’est bien ce message que nos dirigeants politiques, Medef (Ndlr : le patronat français) et commentateurs associés ont surtout cherché à ne pas entendre. Car cela pourrait donner des idées. Imposer de quelques milliards nos établissements financiers pour quelques infractions vraisemblables et les faire ainsi abonder au budget de l’État qu’ils ont contribué à déstabiliser eut été une leçon raisonnable de ce qui se passe outre-Atlantique que l’on tient pour notre Mecque.

L’affaire de la Nsa, révélée par le courageux Edward Snowden, a montré au monde entier que les Etats-Unis s’étaient lancés dans un vaste programme d’interception des communications téléphoniques et informatiques à l’échelle du monde sans aucun discernement entre pays amis ou ennemis. Toutes ces révélations dévoilent l’ampleur du processus coopératif qui a accompagné la mise en œuvre de ce vaste réseau de surveillance. Certes, il profitait essentiellement aux Etats-Unis, mais grâce à la complicité des dirigeants des pays qui se présentent aujourd’hui comme des victimes.

L’attitude de la France ne fut pas glorieuse. Avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, elle interdit, sur injonction américaine, le survol de son territoire de l’avion du président bolivien Moralès, suspecté de transporter Edward Snowden. Bloqué en Autriche, l’avion fut fouillé. France en tête, les gouvernements européens ne peuvent pas prétendre avoir été bernés, car tous leurs abandons ont été consentis. Dos au mur, il leur faut faire oublier qu’ils ont accepté que des millions de données personnelles concernant leurs citoyens aient été livrés aux Etats-Unis, en échange d’une réciprocité dérisoire. Circonstances aggravantes pour la France, quand on sait que cet espionnage se faisait en large partie à travers le contrôle de câbles sous-marins par lesquels transitaient toutes ces opérations et que le fleuron industriel français qui les construisait – Alcatel – a été fusionné avec… la société américaine Lucent.

Dans ses rapports avec le monde en développement, à l’exception de la séquence sarkozyste, la France a toujours eu la volonté de sortir de son statut de pays occidental et d’adopter une attitude spécifique et indépendante et de miser sur une politique de coopération et de co-développement. Elle pouvait s’appuyer, pour ce faire, sur sa langue partagée, des amitiés solides dans son ex-empire et des positions remarquées et courageuses vis-à-vis des engagements américains aussi bien au Vietnam qu’en Irak. Ce capital diplomatique, dilapidé notamment par l’opération libyenne de Sarkozy, n’a pas été regagné par la diplomatie actuelle.

Qu’on en juge ! Trois premières années de mandat présidentiel, trois guerres : Mali, Centrafrique, coalition anti-Daech en Irak. Quatre avec la Syrie, si les États-Unis et la Grande-Bretagne n’avaient pas été plus sages que nous. Trois guerres décidées dans l’urgence et la précipitation, sans plan d’action à long terme, sans objectifs politiques précis voire atteignables par le seul engagement militaire. Tout annonce bourbiers, enlisements voire revirements de nos alliés. Le sens de ces engagements – la lutte contre l’islam radical parfois habillé de l’étiquette « terrorisme » - est brouillé par des actes qui l’ont encouragé – l’intervention en Libye - ou par un jeu d’alliances incohérent avec des États comme le Qatar, l’Arabie saoudite, voire la Turquie reposant plus sur des intérêts circonstanciels où les armes, le pétrole, la finance pèsent plus qu’un partage d’objectifs communs.

Sur l’Iran, la Syrie et le conflit israélo-palestinien, à côté de la France, Barack Obama fait figure de modéré et nous apparaissons comme ses neocons. Bref, dans notre engagement atlantiste et occidental, nous ne suivons pas, nous précédons et nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons tout fait pour faire capoter, il y a un an, les négociations des 5+1 avec l’Iran en rajoutant des conditions supplémentaires là où un compromis avait déjà été trouvé et permettait de mettre en place une séquence équilibrée – arrêt de l’enrichissement de l’uranium contre baisse du niveau de l’embargo – permettant la poursuite des négociations dans un climat plus détendu. Sur Israël notre pression est insignifiante quand elle n’est pas encouragement ou compréhension publiquement affichée comme lors du conflit avec Gaza l’été dernier.

Même sur le principe de la reconnaissance internationale de l’État palestinien, notre volonté de la lier au niveau des progrès de la négociation entre les deux parties nous fait apparaître à la remorque des déclarations de Mme Frederica Mogherini, nouvelle responsable de la diplomatie européenne.

Depuis quinze ans l’Amérique latine bouge. Un tournant à gauche y prend corps. Que Sarkozy l’ait ignoré était dans l’ordre des choses, mais que la diplomatie d’Hollande y soit moins attentive que celle de Chirac doit alerter. Il faut y voir le poids de l’Internationale socialiste (Is). En effet, partout ces changements se sont effectués contre des régimes militaires ou des équipes liées à l’Is dont la politique dans la région avait toujours été inféodée à la politique du grand voisin du nord. Ces équipes se sont retrouvées souvent marginalisées dans ces processus populaires et ont pour le moins perdu en influence dans le continent. Tout a été tenté pour déconsidérer et affaiblir ces tournants à gauche. De l’utilisation de Lula – ratée – contre Chávez à la désignation de ces régimes comme « populistes ». Cette politique française vis-à-vis de l’Amérique latine est aujourd’hui incompréhensible et déroute les forces qui là-bas sont dans une autre attente.

En matière de diplomatie, Guy Mollet est bien de retour.


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** Michel Rogalski est Directeur de la revue Recherches internationales. Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Envahis par le gaz, les paysans du Nigeria face à Total

Olivier Petitjean

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/features/93587


cc BNR
Littéralement envahies par les opérations pétrolières et gazières et le cortège de maux qui leur sont associés, les communautés du delta du Niger ne peuvent pas compter sur la protection des autorités publiques nigérianes. Celles-ci semblent souvent davantage intéressées par les avantages économiques légaux ou illégaux qu’elles retirent de la présence des multinationales et de leurs filiales. Total en profite de manière désastreuse et en toute impunité.

Depuis les années 1960, le Nigeria est l’un des principaux terrains d’action des multinationales pétrolières occidentales. Leurs activités y ont entraîné un désastre environnemental de grande ampleur, qui laisse les communautés locales de plus en plus dépourvues de moyens de subsistance, ainsi qu’une explosion de violences. Les opérations de Total dans le territoire du peuple Egi ne semblent pas déroger à la règle. Si le géant français vante ses relations « cordiales » avec les populations environnantes, les témoignages recueillis sur le terrain racontent une tout autre histoire.

«Tout a commencé par une « explosion souterraine, accompagnée d’un incendie sous la terre ». Ils ont été suivis d’« éruptions de gaz très explosives ». « Le premier jour de ces fuites, les gens fuyaient pour s’abriter, car le gaz sortait de terre mélangé à la boue, en faisant d’énormes trous. »
« J’ai des images vidéo, et lorsque vous verrez la manière dont le gaz rugit et bouillonne, vous comprendrez notre inquiétude. »
« L’éruption était si forte que la pression a transporté la boue jusqu’à la hauteur d’un très grand palmier. »
« Il y avait des expatriés [de Total] sur place et nous leur avons posé des questions. Ils nous ont dit qu’il n’y avait pas de solution au problème et qu’il fallait leur laisser quelques mois pour en trouver une. »
« Nous ne pouvons plus dormir à cause du vacarme causé par les gaz en furie. En plus du bruit, nous inhalons ce gaz et nous constatons des effets étranges sur notre santé. »
« Même dans mon champ de manioc, les feuilles sont toutes devenues anormales. Celles que nous avons réussi à récolter ne sont pas assez bonnes, et nous avons peur de les consommer. »
« Un homme d’Obite a commencé à creuser des fondations pour construire sa maison, et du gaz a commencé à jaillir. La compagnie pétrolière lui a interdit de poursuivre la construction. »
« Même l’eau de notre puits, on nous a dit de ne plus la boire, parce que le gaz est partout. Et c’est la même chose avec la source d’eau qui approvisionne toute la communauté. Je me demande comment nous allons tenir si nous ne pouvons même pas boire d’eau. »
« Comme vous pouvez le voir, il y a des panneaux de mise en garde dans toute la zone. Total vient de les installer pour avertir les gens des risques liés aux fuites de gaz. Imaginez-vous, on ne peut même plus utiliser un téléphone portable par crainte de provoquer un incendie ! »

Ces témoignages, recueillis quelques mois après les faits par l’Ong Environmental Rights Action (Era), membre nigérian du Réseau mondial des amis de la terre, offrent une image saisissante de ce que signifie vivre au quotidien dans une zone d’exploitation intensive d’hydrocarbures, comme l’est le territoire du peuple Egi, dans le delta du Niger [1]. Particulièrement lorsque tout ne se passe pas comme prévu, comme ce fut le cas en ce début d’année 2012 pour Total. Les enquêteurs d’Era ont confirmé la présence sur place de « panneaux de sécurité avertissant les gens de ne pas allumer leurs téléphones, de ne pas venir avec des flammes nues, et de ne pas conduire de motos » et celle du « bruit montant et descendant des éruptions de gaz, semblable à celui que font les vagues de l’océan, et très effrayant ». Sans oublier l’« importante présence policière ».

Le géant pétrolier et gazier français s’apprêtait alors à fêter ses cinquante années de présence dans la région. « Lorsque les éruptions de gaz sont survenues, les gens de Total qui préparaient les célébrations ont sérieusement paniqué. » Accidents, pollutions et violences sont une réalité quotidienne pour le peuple Egi depuis 1962. Les incidents de 2012 suggèrent que, malgré les timides tentatives de Total pour mettre un peu d’ordre dans ses relations avec les communautés environnantes, ce passé mouvementé est encore loin d’être révolu. Deux ans plus tard, les panneaux installés par l’entreprise pour mettre en garde les riverains contre les dangers du gaz dans l’air sont encore en place. Et l’entreprise se trouve aujourd’hui nominée, sur proposition d’Era, de Sherpa et des Amis de la terre France, au prix Pinocchio décerné à « l’entreprise ayant mené la politique la plus agressive en terme d’appropriation, de surexploitation ou de destruction des ressources naturelles ».

DES COMMUNAUTES SANS RECOURS FACE AUX MULTINATIONALES

Le sort du peuple Egi reflète celui de nombreuses autres communautés de la région du delta du Niger. Les grandes multinationales pétrolières occidentales – Shell, Bp, ExxonMobil, Chevron, Eni, Total… – se sont installées depuis les années 1960 dans cette vaste zone humide riche en hydrocarbures [2]. Alors qu’il ne représente que 7% du territoire du Nigeria, le delta du Niger abrite plus de trente millions de personnes, réparties en une mosaïque d’ethnies. Des communautés condamnées à une coexistence forcée avec l’industrie pétrolière et gazière. Dix mille kilomètres de pipelines – souvent anciens et mal entretenus – sillonnent la région. De nombreux rapports d’Ong ou d’organisations internationales comme le Programme des Nations unies pour l’environnement ont révélé l’ampleur de la pollution pétrolière qui sévit dans le delta du Niger, et le peu d’empressement des multinationales pour nettoyer les dégâts occasionnés directement ou indirectement par leurs activités [3].

La sévère pollution de l’air et de l’eau qui en résulte affecte directement les moyens de subsistance des populations locales, qui dépendent de la pêche ou de l’agriculture pour leur survie. Les bénéfices économiques du pétrole et du gaz n’existent pas pour ces communautés, qui vivent pour la plupart en dessous du seuil de pauvreté. Pire encore, le delta du Niger subit une violence endémique, attisée par les conflits liés à l’accès à la terre – de plus en plus rare - et par l’appât des revenus pétroliers. Conséquence : l’espérance de vie dans la région ne dépasse pas 43 ans !

NON-DROIT

Littéralement envahies par les opérations pétrolières et gazières et le cortège de maux qui leur sont associés, les communautés du delta ne peuvent pas compter sur la protection des autorités publiques nigérianes. Celles-ci semblent souvent davantage intéressées par les avantages économiques légaux ou illégaux qu’elles retirent de la présence des multinationales et de leurs filiales. Le Nigeria est classé 144e sur 177 dans l’indice de perception de la corruption établi par l’Ong Transparency international. Les décisions de justice favorables, lorsqu’elles existent, ne sont pas toujours suivies d’effet. Les communautés ont donc été contraintes de recourir au droit international, en saisissant la justice des pays d’origine des multinationales concernées. Des procédures judiciaires très médiatisées ont ainsi été lancées, avec des fortunes diverses, contre le groupe anglo-néerlandais Shell aux États-Unis, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas [4].

Le torchage du gaz constitue une bonne illustration de l’atmosphère de non-droit qui règne autour des activités pétrolières et gazières au Nigeria. La pratique consiste à brûler, pour des raisons purement économiques, le gaz s’échappant dans l’atmosphère lors des forages pétroliers, avec pour conséquence d’augmenter encore les émissions de gaz à effet de serre de ces opérations. La pollution de l’air qui en résulte entraîne des pluies acides, qui aggravent encore les difficultés d’approvisionnement en eau potable saine. « En ce moment, nous ne consommons plus d’eau de pluie dans notre communauté en raison de la pollution causée par le torchage de gaz. Nos toits en tôle ondulée n’y résistent plus non plus. » Si les multinationales ne raisonnaient pas uniquement en termes de maximisation de leurs profits, ce gaz pourrait pourtant être mis à disposition des populations environnantes, qui souffrent de difficultés d’accès à l’énergie.

Pour toutes ces raisons, la pratique du torchage est légalement interdite au Nigeria depuis 1984, mais les multinationales pétrolières et gazières continuent à y recourir, en profitant des atermoiements du gouvernement. Dans sa réponse aux Amis de la terre suite à sa nomination au prix Pinocchio [5], Total avance que « pour être plus précis, depuis 1984, le torchage est soumis à une autorisation ». Argument réfuté par les Amis de la terre et Sherpa [6], qui rappellent que la Haute cour fédérale du Nigeria a confirmé l’interdiction du torchage en 2005, et demandent à Total de publier ces « autorisations » dont le groupe se prévaut. Le groupe ajoute être engagé dans une démarche de réduction progressive du torchage « hors démarrage » dans ses opérations et être « très actif » dans un groupe mis en place par la Banque mondiale sur le sujet. Il ne précise pas à quelle date il envisage de respecter la loi nigériane.

ACCAPAREMENT
Autre enjeu, celui des terres et des ressources naturelles dont ces communautés dépendent pour leur subsistance. Celles qui ne sont pas rendues inutilisables par la pollution quotidienne et les accidents sont peu à peu grignotées pour les besoins des multinationales. Le gouvernement nigérian a mis en place une législation facilitant l’expropriation des paysans au bénéfice des opérateurs pétroliers, avec des obligations de compensation très limitées. Dans le territoire du peuple Egi, Total a engagé en 2006 un processus d’acquisition de nouvelles terres pour étendre son usine locale, contre le gré de leurs propriétaires, provoquant un mouvement de protestation qui a dégénéré en violences [7].

Dans d’autres cas, Total est accusée d’avoir délibérément ignoré les propriétaires traditionnels, s’accaparant leurs terres comme s’ils n’existaient pas ou comme si elles appartenaient à d’autres. Certains auraient même littéralement « inventé » une tradition de propriété collective de la terre dans la région - alors qu’elle semble avoir toujours été possédée individuellement - pour détourner l’argent des compensations. Et les éruptions de gaz de 2012 sont attribuées par beaucoup de riverains à l’usage mal contrôlé par Total d’une technique de forage horizontal, mise en œuvre pour opérer « sous » de nouveaux terrains sans avoir à compenser leurs propriétaires.

De nombreux Egi et les associations qui les soutiennent n’hésitent donc pas à parler d’accaparement des terres. Total indique dans sa réponse aux Amis de la terre avoir mis en place une « équipe de 5 personnes, dont l’une des missions est précisément de visiter les communautés et de négocier les accords lorsqu’il y a acquisition de terrains, qui font l’objet de contrats agréés par les parties ». Mais, pour les associations, cela ne signifie pas grand chose dans le cadre d’un rapport de forces totalement déséquilibré, et que les paysans n’ont souvent pas d’autre choix que de partir. Qui est là pour s’assurer que la compensation est équitable et transparente ? Les témoignages recueillis sur le terrain font état de compensations partielles ou symboliques : « Ils ne nous ont pas donné de compensation proprement dit, il nous ont offert un peu d’argent, en parlant de ‘désagréments’. » « Ils ont seulement payé pour les cultures qui étaient sur les terres, rien de plus. »

Et, plus largement, quelle « compensation » pourrait-on envisager pour la pollution progressive de la terre, de l’eau et de l’air occasionnée par les activités pétrolières et gazières ? Les possibilités d’emploi offertes par Total sont loin de compenser la destruction des moyens de subsistance traditionnels. L’entreprise elle-même parle de 100 emplois directs, auquel il faut ajouter une multitude de petits boulots auxiliaires, pour une population de plusieurs centaines de milliers de personnes. Pour de nombreux Egi, les perspectives d’avenir sur leurs terres ancestrales s’amenuisent de plus en plus : « Nous attendons que Total vienne et nous reloge. Non pas que nous soyons désireux de céder nos terres et nos maisons à l’entreprise. Si nous voulons être relogés, c’est que nous ne voulons pas mourir. »

DIVISER POUR REGNER ?

Pour couper court aux critiques, Total ne manque pas une occasion de mettre en avant le « protocole d’accord » et le « plan de développement » qu’elle a initiés après les manifestations violentes de 2006. Avec un interlocuteur que l’entreprise s’est elle-même choisi, l’Egi People Assembly (« Assemblée du peuple Egi »), que Total considère comme représentative puisqu’élue « selon un processus local ».

Là encore, les associations sont loin d’être convaincues, citant des dizaines d’exemples et de témoignages de membres de la communauté critiquant l’Egi People Assembly ou lui déniant toute légitimité. « Total ne reconnaît et ne veut avoir affaire qu’avec les groupes avec lesquels ils se sentent à l’aise. » Ces critiques accusent notamment l’Egi People Assembly de regrouper des personnes ayant des relations commerciales avec Total, qui utilisent l’argent du « plan de développement » pour des projets fantoches, de manière autocratique, et qui n’hésitent pas à recourir à l’intimidation pour faire taire les critiques. « Si vous critiquez l’Egi People Assembly, soit ils cherchent à vous corrompre et à faire de vous un espion dans votre propre communauté, soit ils menacent de vous tuer. » Certains témoignages signalent même une augmentation des violences en lien avec la répartition de l’argent déboursé par Total aux représentants de l’Egi People Assembly.

Pour les Amis de la terre, derrière les programmes de responsabilité sociale affichés par Total en pays Egi se cache en réalité une stratégie consistant à « diviser pour régner », prenant le risque d’aggraver les tensions au sein des communautés pour dissimuler les conflits fonciers et les pollutions. Il est des circonstances où des réponses partielles et partiales, qui ne remettent pas en cause les fondements même du système – en l’occurrence l’absence d’état de droit –, ne font qu’aggraver les problèmes. La situation actuelle dans le delta du Niger semble bien être de celles-là.


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** Olivier Petitjean est en charge de l'Observatoire des multinationales (http://multinationales.org)

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NOTES
1] Les témoignages recueillis en 2012 sont rassemblés (http://bit.ly/1uHz2tX - en anglais). Les citations de riverains dans la suite de cet article sont issues soit de ce document, soit du rapport de la mission de suivi effectuée par Environmental Rights Action en octobre 2014, qui a été traduite en français par les Amis de la terre (http://www.amisdelaterre.org/rapportEgiland2014.html). Voir aussi une vidéo montrant les éruptions de gaz et donnant la parole aux riverains affectés (https://www.youtube.com/watch?v=f5IJU510e3Q).

2] Elle représenterait encore aujourd’hui environ 10% de la production globale de Total.

3] Voir notamment Pnue, « Unep Ogoniland Oil Assessment Reveals Extent of Environmental Contamination and Threats to Human Health » (http://bit.ly/1zR1XkG), 4 août 2011 ; Amnesty international, « Nigeria : Petroleum, Pollution and Poverty in the Niger Delta », 2009.

4] Plusieurs militants de la minorité Ogoni, dont le poète Ken Saro-Wiwa, ont été assassinés en 1995, après avoir réussi à chasser Shell de leur territoire, ce qui avait donné lieu à une procédure judiciaire contre l’entreprise aux États-Unis – procédure cassée en 2013 par la Cour suprême américaine (voir http://bit.ly/1BCG3kg pour plus de détails sur cette affaire). En quittant l’Ogoniland, Shell avait laissé derrière elle un véritable désastre environnemental, dénoncé par un rapport des Nations Unies de 2011, suite auquel l’entreprise avait promis de procéder à une restauration environnementale de la zone, pour un coût estimé à un milliard de dollars. Selon un rapport (http://bit.ly/1yNMRZa) publié il y a quelques semaines par les Amis de la terre et Amnesty international, Shell n’a encore rien fait malgré ses promesses. Parallèlement, plusieurs procédures judiciaires ont été initiées aux Pays-Bas et en Angleterre pour mettre en cause la responsabilité juridique de Shell pour des pollutions pétrolières dans le delta du Niger - voir par exemple http://bit.ly/1AwFYgM et http://bit.ly/1IPC094

5] À lire dans son intégralité ; http://bit.ly/1A8vSTC

6] Voir leur réponse à la réponse : http://bit.ly/1AwGpbb

7] Voir le rapport de mission de 2011 des Amis de la terre : www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/rapport_nigeria.pdf


Une entreprise TOTALement françafricaine

Paul Martial

2014-12-14

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cc BB
Avec Total, nous sommes toujours dans l’opacité financière avec une kyrielle de sociétés dont certaines basées dans les paradis fiscaux, moyen idéal pour mettre en place des politiques de corruption.

La puissance de Total s’est construite grâce à la politique impérialiste de la France en Afrique. Après la seconde guerre mondiale, de Gaulle savait que les indépendances des pays étaient inéluctables. Il confie donc à Foccart le soin de préparer ce changement politique sans altérer les intérêts Paris. La question de l’énergie est une importance stratégique. Ainsi deux activités vont être sous surveillance, celle du Commissariat à l’énergie atomique (Cea) qui lancera en 1983 Areva et le Bureau des recherches de pétrole, ancêtre d’Elf Aquitaine. Et quand on parle de surveillance le mot n’est pas trop fort puisque la gestion du Cea sera confiée à Raoul Dautry, ancien ministre de l’Armement et, pour le pétrole, Pierre Guillaumat ancien ministre des Armés puis en charge du contre-espionnage.

Elf dès le début se comportera en bras armé et financier occulte de la diplomatie française, ne reculant devant aucun coup tordu. Elle financera la guerre du Biafra, puis celle du Congo Brazzaville en armant les deux camps, elle soutiendra les pires dictatures de l’Afrique, et se révèlera une formidable machine à corrompre et participera sans rechigner le moins du monde aux financements des partis de droite puis de gauche en France. Ces millions proviennent du pillage des sous-sols africains, comme l’explique Loïk Le Floch-Prigent ancien Pdg d’Elf (« Imaginez... Là-bas, le pétrole est trouvé très bon marché, il sort à 3-4 dollars. Et il est revendu à 80 »(1)), ce qui permettra à Total d’être le géant pétrolier en absorbant la société Elf éclaboussée par le plus grand scandale politico-financier de la cinquième république.

NOUVELLE ENTREPRISE ET VIEILLE PRATIQUE DOUTEUSE

Avec Total, nous sommes toujours dans l’opacité financière avec une kyrielle de sociétés dont certaines basées dans les paradis fiscaux, moyen idéal pour mettre en place des politiques de corruption. En effet, de graves soupçons pèsent sur Total. Après avoir versé 400 millions de dollars pour mettre fin à l’enquête des Usa sur la corruption en Iran, de nouvelles affaires sont évoquées. En Libye pour des versements de commissions à de hauts dignitaires à l’époque de Kadhafi (2). Au Cameroun elle est accusée d’avoir soudoyé le directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (3). En Algérie, il s’agit de surfacturation pour faire sortir les devises du pays (4). Nuhu Ribadu, l’ancien patron de l’agence nigériane anti-corruption révèle notamment que le pays a perdu « 29 milliards de dollars à cause de prix inférieurs à ceux du marché dans la vente de gaz à la compagnie Nlng, dont Shell, Total, Eni et la société nationale de pétrole Nnpc sont actionnaires ». (5)

UNE EXPLOITATION DANGEREUSE POUR L’ENVIRONNEMENT

Si pour l’instant, le lobby de Total en France n’arrive pas à infléchir les politiques sur l’exploitation du pétrole non conventionnel comme l’huile de schiste, Total s’en donne à cœur joie à Madagascar un des pays les plus pauvres de l’Afrique. Pour son malheur et celui de la population, il possède un des plus grands gisements de sables bitumineux. Le permis d’exploitation est détenu par la société Madagascar Oil Ltd, Total en a acquis 60% suite aux interventions de Sarkozy en 2008 auprès de l’ex président Ravalomanana (6).

Comme à son habitude, l’entreprise Total va profiter de la faiblesse de l’Etat pour entreprendre une exploitation extrêmement néfaste pour l’environnement avec des effets catastrophiques pour les populations aux alentours comme elle le fait déjà au Nigéria dans la région du delta du Niger. Notre major française, avec ses comparses Shell et Ani, ont transformé cette magnifique région en une immense zone de marée noire, où toute activité vivante a disparu. Les habitants de cette région, après une terrible répression, n’ont pu s’opposer à la pollution liée aux activités de ces compagnies qui continuent impunément.

Enfin, Total mène des opérations de prospection gazière et pétrolière au large du Sahara occidental en accord avec le Maroc qui occupe illégalement ce territoire, se rendant complice de la politique colonialiste. Bref Total une sorte de quintessence de la françafrique.

NOTES
1) Françafrique : film documentaire français de Patrick Benquet, produit par la Compagnie des phares et balises.
2) http://www.lemonde.fr/libye/article..
3) http://www.cameroon-info.net/storie..
4) http://algeriesolidaire.net/total-s..
5) http://bit.ly/1zltFEP et http://bit.ly/12NLAbE


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** Paul Martial est rédacteur de Afriquesenluttes

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« Chez Total, il n’y a pas que les patrons qui meurent »

Santé et sécurité au travail

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/features/93584


cc TG
La mort du patron de Total dans un accident d’avion le lundi 20 octobre a été abondamment commenté par les médias. Un traitement médiatique qui occulte le fait que 79 salariés du groupe Total sont morts au travail entre 2008 et 2013.

La mort accidentelle de Christophe de Margerie, Pdg de Total, a suscité beaucoup de grands discours et d’émotions, dans un sens comme dans l’autre. Un traitement politique et médiatique sans commune mesure avec celui réservé aux salariés de Total décédés du fait de leur travail : 79 morts entre 2008 et 2013, comme le rappelle le site collaboratif d’informations locales La Rotative.

Huit accidents de travail mortels en 2008. Vingt-et-un en 2009. Dix-sept en 2010. Au fil des pages des « Rapports société et environnement » publiés par le groupe Total, on voit s’accumuler les morts. Une bonne part des décès recensés dans le groupe correspond à des accidents de transport, dans des pays où les infrastructures routières laissent à désirer, notamment en Afrique. Mais en 2013, sur les quinze accidents mortels enregistrés, sept ont eu lieu dans les usines de Total.

En interne, la Cgt dénonce une vision de la sécurité tournée uniquement vers les chiffres. Un militant explique : « Le dada de la direction, en matière de sécurité, c’est de se positionner par rapport à ce que déclarent les autres majors pétrolières. Or, nous, on a toujours dit que les chiffres des autres groupes étaient bidons, puisqu’on sait que nos chiffres sont bidons. On sait que certains accidents sont camouflés, notamment chez les sous-traitants, puisque la direction leur met la pression pour qu’ils diminuent leurs taux d’accidents. Total les menace de sanctions, voire de rupture de contrat. Donc on sait pertinemment que certains sous-traitants camouflent les chiffres d’accidents, et on en a chopé certains. »


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** Source : multinationales.org (Lire l’intégralité de l’article sur le site de La Rotative : http://larotative.info/chez-total-il-n-y-a-pas-que-les-654)

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D’Obama à Michael Brown

Abou Bakr Moreau

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/features/93586


cc MSH
Avec l’élection du premier Président noir des États-Unis, au soir du 4 novembre 2008, on a souvent entendu que le rêve de Martin Luther King d’une "Terre promise" post-raciale serait devenu une réalité. Mais, c’est une illusion.
Il y a quelques semaines, deux de nos compatriotes (Ndlr : des Sénégalais) ont été tués aux Etats-Unis, dans des conditions qui de notre point de vue ne seront pas élucidées de façon satisfaisante. La raison est bien simple : le peu de cas qui est souvent fait des victimes de bavures policières qui se trouvent souvent être des Noirs, et qui ne relève jamais du hasard.

Ces assassinats ne sont pas un précédent, loin de là. Il y a beaucoup de familles sénégalaises qui ont eu à perdre un proche aux Etats-Unis, sans pour autant savoir pourquoi et comment, de façon satisfaisante. On aurait tort de croire que ce sont des faits divers isolés, qui n’ont rien à voir avec les récents évènements (à Ferguson, New York, Phoenix) où de jeunes hommes noirs sans défense ont perdu la vie entre les mains d’un policier blanc ou même d’une bande de policiers (comme dans le cas d’Eric Garner à New York) qui seraient comme une meute de prédateurs s’acharnant sur un seul individu jusqu’à lui faire rendre l’âme.

Le verdict ayant, le 24 novembre, retenu la légitime défense dans l’assassinat du jeune homme noir Michael Brown par un policier blanc, le 9 août dernier, et les manifestations et heurts qui s’en sont suivis à Ferguson et dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis d’Amérique, ainsi que l’assassinat sans suite judiciaire de deux Noirs (Eric Garner à New York et un autre à Phoenix, Arizona), relancent la question d’une société post-raciale suite à l’avènement de Barack Obama.

Avec l’élection du premier président Noir des Etats-Unis au soir du 4 novembre 2008, on a souvent entendu que l’Amérique entrait de ce fait dans une ère post-raciale, ce qui signifierait qu’avec cette élection dans un pays qui a connu deux cents ans d’esclavage et cent autres années de discrimination institutionnalisée contre les Noirs, la question raciale serait comme devenue impertinente et injustifiée, et que les Américains seraient du coup devenus indifférents à la couleur de la peau (qu’ils seraient devenus color-blind), qu’en quelque sorte le rêve de Martin Luther King d’une «Terre promise» post-raciale serait devenu une réalité.

En vérité, on peut considérer que l’avènement du premier président noir aux Etats-Unis éloigne encore plus de l’ignominieuse pratique du lynchage atroce d’un nombre incalculable d’hommes noirs, une pratique qui était monnaie courante aux Etats-Unis pendant plusieurs décennies au cours des XVIIIème et XIXème siècles.

C’est ainsi qu’en 1899, pour ne donner qu’un exemple parmi les plus exécrables, le travailleur noir Sam Hose tua en légitime défense son patron Blanc qui menaçait de le tuer. En plus d’avoir été accusé à tort d’avoir violé la femme de son patron, Hose fut sauvagement tué à coups de couteau et brûlé vif sous le regard enthousiaste et jovial de quelque deux mille femmes et hommes blancs. Tenez-vous bien : son corps fut ensuite dépecé et vendu par pièces en guise de souvenirs. La pratique cannibale ignoble digne des animaux carnassiers les plus féroces dans l’espèce animale fut poussée par la communauté blanche au point qu’une épicerie d’Atlanta exposa même des parties du corps de Hose en vitrine pendant une semaine.

Au-delà du racisme, il y a la haine inqualifiable et inimaginable en même temps que les fantasmes les plus inavouables développés sur l’homme noir, son corps et son identité globale. Il serait naïf de croire qu’en 2008 avec l’arrivée de Barack Obama cette haine a totalement disparu de la société américaine, lors même qu’elle est au cœur du système politique américain, jusqu’à l’heure actuelle.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis d’Amérique, les bavures policières commises en toute impunité contre les jeunes Noirs sont comme la nouvelle forme de lynchage. L’élection de Barack Obama n’y a rien changé. Encore moins la nomination au poste d’Attorney General (ministre de la Justice), pour la première fois dans l’histoire du pays, d’un homme noir, Eric Holder, qui, devant le phénomène de ces bavures graves, a dû jeter l’éponge en démissionnant de son poste en septembre dernier.

Holder a été remplacé par Loretta Lynch, la première femme noire à ce poste. Lynch sera probablement confirmée à son poste, mais elle ne réussira pas ce que Holder n’a pas réussi. A l’analyse, les nominations ne sont que symboliques voire cosmétiques : c’est le premier président noir qui place à un poste prestigieux des membres de la communauté noire, bien formés et sans doute dignes de la fonction, mais le problème est bien ancré ; il est structurel, il parcourt le système politique américain et ce n’est pas demain que cela va changer fondamentalement.

La nature des attaques personnelles sans précédent dont le candidat Barack Obama a été l’objet lors de sa campagne électorale, la remise en question de son lieu de naissance, de sa nationalité jusque même bien après son élection, son investiture et la mise en place de son administration, au point que le président a eu à faire publier son bulletin de naissance en vue de couper court aux accusations et taire les plus irréductibles de ses adversaires, la remise en question de son patriotisme, sans compter les menaces de mort reçues et par le candidat Obama et par le président élu lui-même, la virulence des attaques du mouvement ultraconservateur du Tea Party, satellite du Parti républicain qui n’ont diminué que parce qu’Obama a été réélu et qu’il ne servait à rien de persister à le diaboliser, les attaques de parlementaires républicains qui ne sont fondées que sur la couleur de peau du président, tout cela renvoie à une Amérique où le racisme contre la communauté noire, jusqu’en ses figures nationales les plus dignes et les plus reconnus, a de beaux jours devant lui.

Aux Etats-Unis d’Amérique, l’avènement de Barack Obama a réveillé tous les mouvements racistes, prônant la haine de l’homme noir, qui étaient endormis au Sud du pays où l’esprit sécessionniste et ségrégationniste reste profondément vivace. Avant même son élection, le candidat Obama avait fait l’objet de menaces clairement identifiées venant d’individus et de groupes mettant en avant l’idéologie d’une société américaine racialement «pure», ce qui au demeurant n’a jamais existé dans ce pays fondé et construit sur l’immigration et le brassage des races et des cultures.

Ensuite, rien qu’au cours des premiers mois de sa présidence, plusieurs crimes de haine ont été commis par ces groupes tels que The Lone Wolves. Certains de ces groupes n’ont pas hésité à comparer Barack Obama à Adolf Hitler et leur pays sous son administration à l’Allemagne des années 1930.

En septembre 2009, un pasteur de Floride, Steven Anderson, a intitulé un de ses sermons, mot pour mot, « Pourquoi je hais Barack Obama » (« Why I Hate Barack Obama »). Interrogé, il est revenu à la charge, sans pouvoir donner des raisons, ni personnelles ni même religieuses ou morales. Globalement, la droite néoconservatrice, idéologue et réactionnaire, a été déstabilisée, comme assommée par l’élection du premier président noir. Dans les manifestations de rues contre la réforme du système de santé proposée par l’administration Obama, rebaptisée « Obamacare » par ses pourfendeurs, les attaques contre la figure personnelle du Président dégagent des relents racistes.

Un exemple : combien de fois des manifestants opposés à l’une ou l’autre des politiques de son administration n’ont trouvé aucun argument à mettre en avant, et n’ont pu que le diaboliser. Sur certaines pancartes, le président est représenté comme Hitler, sur d’autres comme un apprenti sorcier et vêtu d’une fourrure de singe…

Une autre fois, en pleine session du Congrès, devant les deux chambres réunies, le représentant de la Caroline du Sud, Joe Wilson, bondit de son siège et cria à l’endroit du président Obama qui fait son discours : « Tu mens ! ». Non seulement c’était un fait sans précédent, car aucun Pprésident américain, pas même ceux qui, comme George W. Bush, ont eu à mentir gravement et scandaleusement aux parlementaires et à l’opinion publique jusqu’à plonger le pays dans des guerres aussi inutiles et désastreuses (Irak, Afghanistan…), n’ont eu à subir un affront aussi direct et inacceptable.

Mais face à ce grave précédent, le parlementaire a vu sa cote de popularité monter en flèche dans les enquêtes d’opinion comme sur les réseaux sociaux… Ces faits ont amené l’ancien président Carter à déclarer clairement que le débat est devenu raciste. En somme, il y a davantage des sentiments de haine contre la personne du président Obama qu’une critique du contenu des politiques de réforme proposées par son administration, comme si les frustrés de la victoire historique de novembre 2008 voyaient dans les manifestations de rue un cadre idéal d’expression, parce qu’ils n’ont aucune alternative crédible à ces politiques.

Rien de tout cela n’est surprenant, car à peine un mois après l’investiture du président Obama en janvier 2009, le plan d’augmentation des dépenses publiques qu’il proposa se heurta à l’opposition radicale et sans aucune exception des parlementaires républicains ; en effet, aucun des 177 parlementaires républicains d’alors ne soutint le projet. Face à une question prégnante d’intérêt national, le ton était donné pour une opposition systématique et radicale, au risque de créer des blocages et des dysfonctionnements susceptibles de paralyser la marche du pays lors même que les observateurs s’accordaient sur la nécessité de relancer l’activité économique et favoriser la création d’emplois par l’augmentation des dépenses de l’Etat.

Le 26 février 2012, un jeune lycéen noir, Trayvon Martin, âgé de 17 ans, est froidement abattu à Sanford, en Floride, par George Zimmerman, membre d’une patrouille de surveillance de quartier. Le 13 juillet 2013, M. Zimmerman est acquitté par un jury composé de six femmes dont cinq de race blanche et une d’origine hispanique, ce qui déjà avait suscité l’inquiétude de la communauté noire sur l’impartialité des juges.

Dans une société où la bipolarisation raciale est très marquée, la composition du jury n’inspirait pas confiance et dégageait déjà, du point de vue d’une bonne partie de la communauté noire, des relents de racisme que le verdict est venu confirmer.

Interrogé sur la question, le président américain n’avait trouvé rien d’autre à dire que : « Nous sommes dans un état de droit, le jury a parlé. » C’est la même chose qu’il a répétée l’autre soir après le verdict de légitime défense prononcé par le jury dans l’assassinat de Michael Brown. La question n’est pas de savoir si le président a les moyens d’intervenir dans le débat encore moins d’influer sur le cours de la justice. Plutôt, le verdict montre que malgré l’élection d’un président noir, un maillon aussi essentiel de la démocratie qu’est le système judiciaire n’inspire pas confiance à toutes les communautés d’une société américaine marquée par la race et le racisme.

Dans le sillage de la réélection du président Obama, des voix se sont faites entendre au Texas, en lançant une pétition pour la sécession de l’Etat. D’autres Etats, comme la Louisiane et l’Alabama ont suivi. Même si une telle pétition n’a aucune chance de prospérer, et qu’elle est même dérisoire et ridicule face à la force de l’union des Etats, à la solidité de l’Etat américain, et enfin à la victoire sans bavure du président sortant (par rapport à la confusion née du scrutin de l’an 2000 ayant opposé Al Gore et George W. Bush), elle est très révélatrice du profond sentiment de haine nourri à l’endroit d’Obama.

Impuissant et discrédité par la communauté noire dont le taux de chômage reste plus élevé que la moyenne nationale malgré le redressement sensible du marché du travail, un taux de chômage endémique auquel s’ajoutent les bavures policières, Barack Obama va entamer une tournée d’explication dans plusieurs grandes villes du pays. Comme toujours, il va étaler tous ses talents oratoires, mais tout cela ne servira à rien.

Dans deux ans, l’homme va passer la main, au terme de son second mandat. On se rendra alors compte que la nomination d’un Noir à la tête du département de la Justice, et ensuite d’une femme noire, n’aura rien changé au racisme qui se dégage des décisions de justice. L’histoire des Etats-Unis est fortement marquée par le racisme. Les préjugés véhiculés contre la communauté noire restent un élément structurant non seulement de la vie politique de la nation américaine, mais aussi (fait plus grave encore dans une société qui prétend faire du droit son socle) des décisions de justice.

Certes, ces préjugés circulent et opèrent au sein d’un périmètre moins étendu qu’il ne l’était au lendemain du Mouvement pour les droits civiques des années 1960, mais c’est une illusion que de croire que l’Amérique est entrée dans une ère post-raciale avec l’arrivée de Barack Obama, qui va vers la fin de son magistère.

En tout, ce sont des individus désorientés par la montée en nombre des minorités raciales qu’ils prennent comme boucs-émissaires devant une nouvelle diversité de la population de fait, croissante et irréversible. Le malheur, c’est que ces individus trouvent des échos puissants auprès des parlementaires républicains qui ont pris le contrôle des deux chambres du Congrès le 4 novembre dernier. Ce sont ces parlementaires animés par la haine qui, tel que nous l’avons expliqué plus haut, s’opposeraient radicalement et systématiquement à toute législation de nature à établir l’équité et l’équilibre dans les jurys et dans les décisions de justice.
Ce n’est pas demain qu’il y aura un autre président noir, animé par la volonté de rupture et de transformation, si toutes les initiatives allant dans ce sens et d’autres qui auraient pu être plus consensuelles (comme le contrôle de la circulation des armes, le réforme de l’immigration, et même la réforme du système d’assurance-maladie) n’ont rencontré qu’une opposition massive, systématique et doctrinaire dégageant de forts relents d’une haine raciale incurable auprès de parlementaires qui auraient pu placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des leurs.


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** Abou Bakr Moreau est enseignant-chercheur, Etudes américaines, Faculté des Lettres et Sciences humaines, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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Commentaires & analyses

Les responsables de la torture sous l’administration Bush doivent être poursuivis

Reed Brody

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/comment/93590


cc TE
Les États-Unis ont raison d'insister pour que justice soit faite lorsque de graves crimes internationaux sont perpétrés dans des pays comme la Corée du Nord, le Sri Lanka et le Tchad, mais il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. Les pratiques de la Cia à Guantanamo, révélées par une enquête du Sénat américain, doivent faire l’objet d’une enquête criminelle.

Cette semaine, le Sénat américain a publié un résumé de son rapport d'enquête très attendu sur les techniques « d'interrogatoire musclé » utilisées par la Cia pendant l'administration George Bush. Le résumé, expurgé et déclassifié après une lutte bureaucratique de plusieurs années, est une dénonciation puissante de la torture, ainsi que des fausses déclarations de l’agence de renseignement à propos de l'efficacité de ces techniques.

Une lecture du résumé souligne la nécessité pour le gouvernement américain de déclassifier sans délai le rapport complet et sans caviardage, mais surtout d’enquêter et poursuivre les hauts fonctionnaires de l'administration Bush responsables des tortures décrites dans ce rapport. A ce jour, il s’agit de l'analyse la plus détaillée du programme de torture de la Cia. S’appuyant sur la documentation de la Cia elle-même, ce rapport montre que non seulement la torture pratiquée par cette agence était beaucoup plus brutale qu'on ne le pensait auparavant, mais aussi qu’elle n’était pas un moyen efficace d’obtenir des renseignements utiles. Les affirmations répétées de la Cia, selon lesquelles le programme était nécessaire pour « protéger » les Américains s’avèrent largement fausses. Par exemple, le rapport conclut que l'utilisation des « techniques renforcées d'interrogatoire » (le terme « torture » n’est pas utilisé) n'a pas produit de renseignements permettant de localiser Oussama ben Laden, comme le prétendait le Cia.

Le gouvernement américain ne peut plus pratiquer la politique de l’autruche. Même si le rapport affirme que des méthodes décrites comme l'alimentation rectale et les bains glacés ont été décidés par des agents de terrain, d’autres abus, tel que le simulacre de noyade (“waterboarding”) ou la privation de sommeil, ont bel et bien été autorisées par des responsables politiques.

Le président Obama a, de manière louable, mis fin à l'utilisation des techniques que lui-même avait qualifié, alors qu’il était candidat, et encore récemment, de « torture ». Toutefois, il n’a jamais consenti à une quelconque enquête criminelle d’envergure sur le recours à la torture après le 11 septembre 2001, n’autorisant que deux investigations très limitées qui n’ont abouti à aucune poursuite. En omettant de poursuivre ou même de discipliner ou de sanctionner les responsables qui ont autorisé le programme de torture et ses abus, les États-Unis ont gravement violé l'interdiction internationale de la torture et ont donné un terrible exemple aux autres pays.

Le président Obama a défendu cette semaine la publication du rapport, « espérant qu’il nous aide à ne plus répéter les mêmes erreurs ». Toutefois, il ne s’agit pas là d’erreurs, mais bien de crimes, et cela prendra plus que de l’espoir pour s’assurer qu’ils ne se répètent pas, il faudra des sanctions criminelles.

Dans un rapport de 2011, Human Rights Watch a conclu que les preuves accablantes obligeaient le président Obama à ordonner l'ouverture d'une enquête criminelle contre le président George Bush Jr, l'ancien vice-président, Dick Cheney, l'ancien secrétaire d'État à la Défense, Donald Rumsfeld, et l'ancien directeur de la Cia, George Tenet pour les pratiques qu’ils ont autorisées comme le « waterboarding », l'utilisation de prisons secrètes par la Cia et le transfert des détenus vers des pays où ils ont ensuite été torturés.

Si le gouvernement américain ne lance pas d’enquêtes criminelles crédibles, d'autres pays devront, en vertu du droit international, poursuivre en justice les officiels américains impliqués dans des crimes commis à l'encontre de détenus.

Deux plaintes criminelles sur Guantanamo sont actuellement ouvertes en Espagne et en France. Grace aux révélations de Wikileaks, nous savons que l’administration Obama a fait pression sur le gouvernement espagnol pour freiner l’enquête, tandis que les demandes d’information envoyées par le Tribunal de grande instance de Paris aux autorités américaines restent toujours sans réponse.

Le manquement par le gouvernement américain à son devoir de diligenter des enquêtes affaiblit tout autant ses initiatives visant à demander des comptes aux auteurs d’atrocités commises dans d'autres pays. Les États-Unis ont raison d'insister pour que justice soit faite lorsque de graves crimes internationaux sont perpétrés dans des pays comme la Corée du Nord, le Sri Lanka et le Tchad, mais il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures.

Les responsables américains qui ont autorisé, ordonné et supervisé les actes de torture devront donc faire l’objet d’enquêtes criminelles. Si les États-Unis souhaitent faire oublier un jour les horreurs d’Abou Ghraib et de Guantanamo et réaffirmer la prééminence du droit, il est crucial d’agir en répondant aux questions soulevées dans le rapport du Sénat.


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** Reed Brody est conseiller juridique de Human Rights Watch. Il a travaillé notamment avec les victimes dans les affaires Hissène Habré, Augusto Pinochet et Jean-Claude « Baby Doc » Duvalier. Il est l’auteur de quatre rapports sur le traitement des prisonniers par les Etats-Unis dans sa « guerre contre la terreur » et du livre “Faut-il Juger George Bush? »

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Français et langues nationales : vaincre le complexe d’infériorité

Arame Fal

2014-12-14

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C’est une question de développement et de démocratie. Aucun pays ne peut se développer lorsque la majorité écrasante de sa population ne comprend pas la langue officielle.

La présence du français compris par 29% de la population sénégalaise n’est pas en cause. L’anomalie, c’est l’absence des langues nationales dans la sphère officielle : vie politico-administrative, éducation, formation etc. Au plan linguistique, les conditions de base de leur intégration sont réunies, avec les recherches et publications réalisées au Sénégal et dans la sous-région (dictionnaires généraux et terminologiques, grammaires pédagogiques, manuels de calcul, littérature, traduction de la Constitution du Sénégal, traduction des programmes informatiques etc.). Il s’y ajoute que la recherche continue avec l’implication des professeurs de linguistique qui s’attachent à orienter les étudiants (au niveau des mémoires, thèses et autres) vers la satisfaction des besoins prioritaires.

C’est une question de développement et de démocratie. Aucun pays ne peut se développer lorsque la majorité écrasante de sa population ne comprend pas la langue officielle. On aime bien citer l’émergence de la Corée, de la Turquie et de la Malaisie sans relever que les populations de ces pays ont été éduquées dans leur langue maternelle, avec une communication directe entre gouvernants et gouvernés. C’est cette exigence de communication directe qui a amené François Ier à énoncer en 1539 l’Ordonnance de Villers-Cotterêts, par laquelle il prescrit l’usage du français à la place du latin (connu seulement par l’élite) pour l’administration de la justice, l’établissement de l’état-civil et la rédaction des actes notariés.

Philippe Lafarge, alors bâtonnier de l’Ordre des avocats, souligne les bienfaits d’une telle décision dans sa communication au 450ème anniversaire de l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (séance du jeudi 28 septembre 1989, pp. 21- 25) : « En rapprochant le juge du justiciable, en l’obligeant à parler sa langue, en le contraignant à un effort de transposition, en français, d’un droit issu d’une culture complexe, appris en latin, cette Ordonnance a fait naître l’irrésistible nécessité de la traduction du droit, puis ultérieurement de la construction d’un système de pensée cohérent où l’analyse précède la synthèse. La voie royale de l’École du droit français était ouverte ».


Le problème technique de l’adaptation des langues à l’exercice de nouvelles fonctions s’est toujours posé sous tous les cieux. Il s’agit en gros de trouver de nouvelles désignations pour les nouvelles notions. C’est un travail auquel sont assujetties toutes les langues, car elles sont obligées de rattraper la science. Mais heureusement les langues ont potentiellement les ressources pour entreprendre cette évolution. Cette forte conviction a toujours guidé l’action de Cheikh Anta Diop. L’objectif visé dans son article : «Comment enraciner la Science en Afrique : exemple walaf » (in Bulletin de l’Ifan, série B, Tome XXXVII, n°1, 1975, pp.154-23) va au-delà de l’extension du lexique, il s’agit pour lui, à travers l’exemple du wolof, d’installer les langues nationales dans la tradition d’un discours scientifique cohérent. Tant il est vrai que c’est en nageant qu’on apprend à nager. En traduisant des textes relatifs aux mathématiques et à la physique, il a proposé une terminologie qui sert de base de travail pour tous les chercheurs intéressés. En même temps, il a ouvert la voie pour d’autres disciplines et d’autres langues.

Comme le dit André Martinet, l’un des plus grands linguistes français (Le français sans fard - Puf, 1969, 219 pages) : « Le lexique d’une langue est ce qu’elle a de moins spécifique, ce qu’elle peut étendre à l’infini sans que sa structure interne en soit réellement affectée. On sait aujourd’hui qu’une langue peut se procurer par emprunt, calque, par adaptation consciente les instruments lexicaux nécessaires à l’exercice d’activités pour lesquelles on utilisait traditionnellement une autre langue ».

Un autre linguiste, Maurice Houis, grand spécialiste de la langue susu, créateur dans les années 60 du département de Linguistique de l’IFAN, centrant son propos sur les langues africaines vient conforter cette thèse : «…En tant que linguiste africaniste, je puis affirmer que les langues africaines ne présentent aucune particularité interne qui les rendrait moins aptes que les langues européennes à exprimer les concepts scientifiques. Sur ce point c’est presque du racisme : il s’agit d’u préjugé irrationnel que la meilleure argumentation ne peut détruire. Il y a l’attitude objective, scientifique d’un côté, et l’attitude irrationnelle de l’autre. » (Maurice Houis, « L’Afrique et l’avenir de ses langues », Table ronde réunissant, outre Maurice Houis, Ch. A. Diop et Pierre
Maes in La Nouvelle Critique, n° 93, avril 1976, pp. 21-27).

Dans le domaine de l’éducation, l’inadaptation de la langue d’enseignement est invoquée, parmi d’autres facteurs, dans la grave déperdition scolaire qui frappe l’école ; ainsi on estime que 40% des élèves inscrits à la première année de l’école élémentaire n’arrivent pas à la fin du cycle, autant dire que la plupart de ces enfants retournent à l’analphabétisme. Il y a faiblesse de niveau dans tous les domaines, mais l’enseignement des sciences, particulièrement les mathématiques, reste un sujet préoccupant pour les autorités.

Dans l’interview qu’elle a accordée au quotidien l’Observateur du samedi 22 août 2009, Maïmouna Wagane Diouf, bachelière, lauréate du prix de mathématiques au Concours général 2009, cite parmi les facteurs expliquant les difficultés des élèves dans cette matière, « la difficulté liée à la non-maîtrise de la langue d’enseignement ». Elle poursuit plus loin : « Il n’est pas rare de voir des élèves buter sur des exercices, voire des notions, faute de comprendre l’énoncé. En attendant donc que nos langues nationales deviennent langues d’enseignement (l’espoir est permis mais ceci est un autre débat), il est indispensable d’apporter des solutions à ce problème, afin de pouvoir résoudre celui des mathématiques ».

Souleymane Niang, mathématicien, alors doyen de la Faculté des Sciences de l’Université de Dakar, avait déjà mis l’accent sur la langue d’enseignement dans la formation en déclarant : « La nécessité d’une telle formation dès l’enfance et l’intervention d’une pédagogie adéquate à ce stade requièrent encore une fois l’utilisation d’une langue maternelle écrite ; surtout si l’on sait que le négro-africain n’arrive à penser véritablement dans la langue d’adoption (le français dans le cas du Sénégal) que vers la classe de seconde des lycées c’est-à-dire vers seize ans ». (Voir le quotidien le Soleil, Spécial Colloque sur la Négritude, 8 mai 1971, n°305 p. 51).

Un autre problème concerne l’intégration des langues nationales dans les structures interafricaines, à côté des langues européennes. C’est vrai, le français sert de langue de communication avec le reste du monde de la francophonie. Mais s’agissant précisément de l’Afrique, les échanges se limitent aux élites, dans l’indifférence des populations concernées. C’est pourquoi les organisations sous-régionales africaines (Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest, Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie, etc., ont du mal à faire participer pleinement les populations qui ne comprennent pas les langues européennes.

Pour terminer, l’important est d’insister sur le fait que l’alphabétisation dans les langues nationales et l’introduction des ces dernières à l’école, entreprises depuis une quarantaine d’années dans la plupart des pays de la Francophonie resteront inefficaces, tant qu’elles ne seront pas insérées dans une politique linguistique globale d’utilisation des langues que comprennent les populations dans tous les secteurs de la vie nationale, avec toutes les mesures requises.


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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Jamais deux sans trois: Après Kompass et Ndiaye, vient Khan

Espionnage et complot contre le Front polisario

Malainin Lakhal

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/comment/93582

Les comptes rendus « confidentiels » de l’ambassadeur marocain à Genève, le fameux Omar Hilale, relatent beaucoup d’informations sur la collaboration partisan que le Maroc recevait de son « ami » au sein de cette institution onusienne sensée servir les réfugiés sahraouis comme d’autres.

Apres le scandale récemment révélé grâce aux documents publiés par le hacker « Chris Coleman24 », sur son compte Twitter, exposant l’ex-Haut-Commissaire des droits de l’Homme, Mme Navy Pillay, et ses deux plus proches adjoints, Anders Kompass et Bacre Ndiaye (voir : ), voilà que ce mystérieux hacker publie d’autres documents qui nous informent sur la trahison du Chef du Bureau du Haut Commissionnaire des refugiés, Athar Sultan Khan, aux obligations et éthiques qu’imposent son poste humanitaire de très haut niveau.

Cette fois aussi, les comptes rendus « confidentiels » de l’ambassadeur marocain à Genève, le fameux Omar Hilale, relatent beaucoup d’informations sur la collaboration partisan que le Maroc recevait de son « ami » au sein de cette institution onusienne sensée servir les réfugiés sahraouis comme d’autres.

COMPLOT CONTRE LE PRESIDENT SAHRAOUI

Un des plus frappants incidents clairement révélés dans les comptes rendus du diplomate marocain et racontant ses chevaleresques conquêtes de corruption, dans les coulisses des organisations internationales à Genève, concerne sa réussite à convaincre de hauts responsables de l’organisation onusienne en charge des refugiés a refuser de recevoir en audience le président sahraoui, M. Mohamed Abdelaziz, qui représente les réfugiés politiques les plus anciens en Afrique, les sahraouis.

Hilale rapporte à ses supérieurs, le 16 mai 2013, avec enthousiasme que « M. Athar Sultan Khan, chef de cabinet du Haut-Commissaire pour les réfugiés, vient de me téléphoner pour me confirmer que le Polisario a été officiellement informé de l’impossibilité pour M. Guterres de recevoir Mohamed Abdelaziz, en raison de son absence de Genève à la date du 29 mai. »

Rappelant qu’à la même période le président sahraoui avait un rendez-vous avec Mme. Navy Pillay, le 23 mai, qui a été lui aussi partiellement saboté par les autres pions de l’ambassadeur marocain au sein du Commissariat des droits de l’Homme, à savoir Andres Kompass et Bacre Ndiaye, qui ont tous mis à l’œuvre pour persuader Pillay de limiter la rencontre au minimum et même de refuser de se faire prendre en photos avec le président sahraoui, ce qui est surprenant de la part d’une représentante de l’Onu, sachant que son chef, Ban Ki-moon, n’a jamais hésité à prendre des photos avec ses hôtes sahraouis à plusieurs reprise au siège de l’Onu à New York.


Comme ses deux amis « pions » du Maroc au sein du Commissariat des Droits de l’homme, et pour gagner les faveurs de ses « maitres » marocains, M. Athar Sultan Khan n’hésitait pas a appeler son cher ami ambassadeur marocain pour lui donner des informations censés être secrètes de métier, sur les rencontres et conversations qu’il a eu avec les responsables sahraouis.

Selon Hilale, Athar a délibérément œuvré pour faire échouer toute possibilité de rencontre entre Mohamed Abdelaziz et Guterres. Et il a réussi dans sa démarche bien sûr. En contrepartie, le Maroc versait apparemment des contributions et des donations en abondance au Haut-Commissariat des refugiés, et qui sait ou encore il versait ces généreuses « donations » pour exprimer la gratitude du Royaume à ces ami(e)s fidèles. Ce qui est simplement honteux si vrais.

HILALE COMPLETEMENT SATISFAIT DU NOUVEAU SERVITEUR DU ROI

L’ancien ambassadeur marocain à Genève, exprime dans son compte rendu du 18 octobre 2012, publié par « Chris coleman24 », sa totale satisfaction pour Athar Sultan khan, indiquant qu’il est très important pour le Royaume de le soutenir à cause de «la bienveillance subtile dont il a toujours fait preuve à l’égard de notre cause nationale (le conflit du Sahara occidental)» en plus de sa « personnalité modéré et consensuelle, conjuguée à l’estime et le respect qu’il nourrit à l’égard de notre pays ».

Bien sûr, en lisant les quelques huit documents de l’Ambassade marocaine à Genève à propos des services rendus par Athar Khan à ses nouveaux maitres, on découvre pourquoi Hillale avait cette haute opinion sur son ami.

Dans le même document du 18 octobre 2012, Hilale souffle à ses supérieurs une information secrète sur des actions de lobbying entreprises par Khan auprès des Américains, pour qu’ils le soutiennent dans son désir de remplacer Christopher Ross au poste d’Envoyé personnel pour le Sahara occidental. On se rappelle que le Maroc avait déjà, en cette période, commencé sa campagne de dénigrement contre Ross, pour le pousser à quitter son poste comme son prédécesseur américain, James Baker. Et bien sûr, Hilale confirme la nécessité de soutenir l’ami du Maroc au cas où ces démarches aboutissaient, car selon lui : «La candidature de M. Khan, au cas où elle se formaliserait, serait importante pour notre pays, pour plusieurs raisons».

FONCTIONNAIRE ONUSIEN OU ESPION ?

L’acte d’espionnage de Khan contre M. Ross et le Front polisario est pleinement confirmé par les documents de l’ambassadeur marocain mentionnés.

Dans un de ces documents issue par l’ambassadeur, le 25 octobre 2013, Khan a volontairement saisi une opportunité de rencontre avec l’ambassadeur lors d’une réception pour lui donner un compte rendu détaillé sur les contacts et conversations que Ross a eu avec les responsables du Polisario dans les campements des refugies sahraouis, ainsi que les entretiens de l’américain avec le Chef des opérations des Cbm (Mesures de confiance, en Anglais : Confidence Building Measures) au Hcr.

Dans ce même dossier, Khan aurait avorté les efforts de Ross qui a contacté le Hcr, sollicitant sa contribution au rapport de son briefing informel du Conseil de Sécurité d'octobre 2013. Khan a clairement répondu qu'il n'avait rien à signaler pour le moment, d'autant plus que le briefing est oral et concerne le volet politique et non humanitaire, selon son argumentaire. Et bien sûr, il a fait ça en coordination et suivant des ordres directs de son ami, Hilale.

Plus encore, Khan ne se contente pas de donner l’information, mais comme tout serviteur loyal, il conseille le Maroc et donne des idées et des tactiques à son ami Hilale pour contrecarrer « l’ennemi », à savoir bien sur le Polisario et toute personne intègre au sein des institutions onusiennes qui ne cède pas à Rabat.

Il fait la même chose de ses propres contacts avec les responsables du Polisario. Ainsi l’on apprend qu’après avoir eu M. Mhamed Khaddad, au téléphone, à propos de la visite que le président sahraoui allait faire à Genève, Khan appelle l’ambassadeur marocain immédiatement pour lui donner le rapport détaillé de la conversation, lui révèle les propositions sahraouis, et va même jusqu’à donner son analyse de l’état d’âme de son interlocuteur sahraoui. Il confirme aussi à Hilale qu’il a tout fait pour ne pas permettre la tenue de cette rencontre entre le président sahraoui et le Haut-Commissaire des réfugiés, Guterres.

Khan a aussi donné des informations censées être secrètes sur une confidence que Mme. Kim Bolduc, la nouvelle Représentante spéciale au Sahara occidental, lui a faite sur ses intentions apparemment inquiétantes pour le Maroc. Et pour résultat, le Maroc refuse toujours de la recevoir pour la laisser prendre sa mission au Sahara occidental, faisant ainsi obstacle à la mission officielle d’une haute fonctionnaire onusienne servant un plan de paix et une opération onusienne de décolonisation au Sahara Occidental, qui a couté à la communauté internationale presque un milliard de dollars à cette date et le compte reste ouvert, sans parler de ses impacts sur la sécurité, la prospérité et la stabilité des peuples de l’Afrique du Nord et de l’Afrique en général..

SABOTAGE DES PROGRAMMES ONUSIENS EN FAVEUR DES REFUGIES

Pire encore, le fonctionnaire humanitaire s’est révélé être un grand acteur dans le sabotage de programmes humanitaires du Hcr, suivant les ordres du Maroc. Ainsi, il a tout fait, comme révèle Hilale, pour annuler une rencontre qui a été prévu par le Hcr à New York, dans le cadre des Mesures de confiance, et que Mme Kerry Kennedy, la présidente de la Fondation Robert Kennedy, devait animer comme invitée d’honneur.

Le premier paragraphe du compte rendu de Hilale à son ministère sur ce sujet suffit pour comprendre que « comme promis par M. Athar Sultan Khan, chef de cabinet du Haut-Commissaire pour les réfugiés, M. Udo Janz, directeur du Bureau du Hcr à New York, a procédé, ce matin, à l’annulation du séminaire que Mme Kerry Kennedy devait animer, le 17 octobre, dans les locaux de la Représentation du Hcr à New York, sur la situation humanitaire dans les camps de Tindouf.»

Hillale continue dans ce même message, que son succès à annuler cet évènement « a été rendue possible grâce aux excellentes relations (qu’il entretient) avec le haut-commissaire et ses principaux collaborateurs». Mais bien sûr M. Khan est à la tête de cette liste d’amis. Ce qui reste à découvrir est de savoir qu’elle autres « bonnes relations » cet expert marocain dans la corruption a encore au sein des institutions onusiennes qu’il entretient probablement encore à New York son nouveau poste de service.

On apprendra dans un autre compte rendu que c’était bien khan qui a tout fait pour accélérer l’annulation de ce séminaire à quelque jours de sa tenue. Il est allé à New York pour persuader le Directeur du bureau la bas à procéder à l’achèvement de cette tache pas honnête du tout auprès des participants qui s’apprêtaient à voyager à New York, y inclus Mme. Kerry Kennedy.

ET LE POGNON

Mais quand on sait que toutes les efforts et services de Khan son généreusement payé par le Maroc, on ne peut que comprendre bien sûr pourquoi le Fonctionnaire du HCR, et si attentif au désire de ses nouveau maitres.

Hilale écrits dans un compte rendu daté du 6 mars 2013 que Khan lui a fait part « du souhait du Haut-commissaire que le Maroc puisse transférer, dès que possible, la contribution volontaire annuelle au HCR » en raison, comme Khan « confie à son ami », toujours selon le texte « de la crise financière de l’organisation et l’augmentation du nombre des réfugiés au Moyen Orient et au Sahel ».

Cependant, ajoute Hilale « M. Khan a demandé à ces services de ne pas adresser de Note écrite au Maroc, (comme demandé par Guterres) pour ne pas le gêner. Il s’est chargé lui-même de me contacter à ce sujet et de le faire de manière informelle et ce, en raison des relations exceptionnelles du Hcr avec le Maroc. » Et bien sûr, le Maroc versa la contribution aux meilleurs délais pour garantir la loyauté de son Haut pion au Hcr.

CONCLUSION

Quelle conclusion peut-on tirer de toutes ces informations compromettantes et accablantes contre ce fonctionnaire du Hcr ? La réponse doit être donnée par les plus hautes autorités des Nations Unies, car il s’agit d’accusations très sérieuses, d’actes d’espionnages clairs contre de hautes personnalités internationales et, pire encore, un manquement criminel et intentionnel par un Haut fonctionnaire au secret de son métier et un conflit plus que clair d’intérêts qui a directement causé de sérieuses conséquences sur des efforts entreprises par des responsables et des agences onusiennes.

Il faut aussi penser au moyen de mettre un terme aux actes et comportement mafieux de l’ambassadeur Hilale, qui lui aussi assume la responsabilité d’actions d’espionnage, de corruption et de sabotages de programmes humanitaire et de droits de l’Homme. Pourtant, le Maroc, « l’exemple de respect des droits de l’homme », choisi par l’Europe et d’autres Etats soi-disant démocratiques, l’a simplement promu et affecté à New York, pour qu’il puisse approfondir ses efforts afin de corrompre de nouveaux responsables à New York.

Finalement, que doit faire le Polisario et la résistance sahraouie ? C’est une question existentielle maintenant pour cette partie qui a toujours respecté ses engagements envers une organisation et une communauté internationale qui semble tolérer le Maroc tant que ce dernier lui permet de prendre part au pillage systématique des ressources d’un peuple africain colonisé, abusé et dénigré en plus.

Les jours à venir vont répondre à nos questions, et les tambours de la guerre vont peut-être reprendre dans la région car cette soi-disant communauté internationale semble seulement respecter la voix de la violence.


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** Malainin Lakhal est un journaliste free lance, activiste pour les droits humains

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Plaidoyers & campagnes

Appel aux mouvements sociaux pour la mobilisation pour le prochain Fsm 2015

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/93581

Le Forum social mondial reste plus que jamais un espace vital pour les mouvements sociaux qui luttent pour que les peuples sauvegardent leur dignité et restent maîtres de leur destinées, qui veulent promouvoir de nouveaux droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux, et qui croient que des alternatives au néolibéralisme sont plus que nécessaires.

Cher (e)s ami(e)s,

La dernière réunion du Conseil international, tenue à Hammamet du 29 octobre au 2 novembre dernier, a permis d’avancer sensiblement sur toutes les questions liées à l’organisation de la prochaine édition du Forum social mondial de 2015 à Tunis.

Cette réunion du Ci a permis de manière participative de définir les orientations méthodologiques à prendre et d’évaluer le degré de mobilisation des mouvements sociaux en Tunisie, au Maghreb et dans le reste de l’Afrique, et sur le plan international. Elle a aussi permis d’évaluer la situation politique des mouvements dans un contexte mondial jugé préoccupant, car marqué par le triomphe du capitalisme financier sauvage, le recul des droits économiques et sociaux, la militarisation du monde et la guerre, l’accaparement des terres et des ressources, et la dégradation de l’environnement.

Il a été convenu d’intensifier la mobilisation internationale en particulier auprès des mouvements impliqués dans les luttes pour la justice climatique, les droits des migrants, contre l’accaparement des ressources naturelles, la militarisation et la guerre, la colonisation, et tous les mouvements impliqués dans les processus du Forum social mondial dans les différentes régions du monde.

Le Forum social mondial reste plus que jamais un espace vital pour les mouvements sociaux qui luttent pour que les peuples sauvegardent leur dignité et restent maîtres de leur destinées, qui veulent promouvoir de nouveaux droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux, et qui croient que des alternatives au néolibéralisme sont plus que nécessaires.

Le Comité Maghreb-Machrek vous invite instamment à vous impliquer d’avantage dans le processus de préparation du Fsm. Vous pouvez le faire à travers les commissions de préparations dont les contacts sont disponibles sur le site web. Mais dès à présent vous pouvez préinscrire les activités que vous avez l’intention de mener à Tunis en mars prochain. Cela nous permettra de définir, à partir de vos initiatives, les espaces du Fsm. Cela sera aussi nécessaire pour faciliter le regroupement des activités, la construction des convergences, et finalement de dégager le sens que vous voulez donner au Fsm 2015 lui-même.

Avec vous nous réussirons à mettre en place un processus de préparation ouvert, participatif et démocratique pour l’organisation du FSM 2015.

Un autre Maghreb-Machrek est possible
Une Autre Afrique est possible
Un autre monde est possible

http://registration.fsm2015.org/

Tunis le 15 novembre 2015


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Collecte de fonds & ressources utiles

Solidarité internationale : Quand les travailleurs s’organisent par delà les frontières

2014-12-14

http://pambazuka.net/fr/category/fundraising/93589

Dans ce dossier du Gresea plusieurs analyses sur des tentatives contemporaines d’alliances de travailleurs transnationales.

Les travailleurs n’ont pas attendu l’avènement de la mondialisation économique pour s’organiser au-delà des frontières. Pourtant, la résistance internationale du monde travail devant les coups de boutoir de l’ordre néolibéral reste aujourd’hui largement à construire ou à (ré)inventer. Entre conquête institutionnelle et bricolage militant, vous trouverez dans ce dossier du Gresea plusieurs analyses sur des tentatives contemporaines d’alliances de travailleurs transnationales. Bonne lecture !
À lire sur : http://gresea.be/spip.php?article1307





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