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La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

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Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 268 ; Guerre au Mali : L'intervention de la France, un mal nécessaire ?

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Femmes & genre, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. Éducation, 12. LGBTI, 13. Racisme & xénophobie, 14. Environnement, 15. Média & liberté d'expression, 16. Conflits & urgences, 17. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Pour et contre l’intervention de la France au Mali
ANALYSES : Pourquoi les élites sénégalaises sont-elles si facilement « corruptibles » ?
PLAIDOYER & CAMPAGNE : La France intervient au Mali et réaffirme son rôle de gendarme.
FEMMES ET GENRE : Global : Des Ethiopiennes victimes des contraceptions forcées en Israël.
DROITS HUMAINS : Afrique: Les préliminaires des procès de Habré démarrent le 8 février.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Egypte : Des réfugiés syriennes exploitées.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique du sud : Les rois coûtent cher au contribuables.
CORRUPTION : Afrique : Tunisie-Algérie : La frontière de tous les trafics.
DEVELOPPEMENT : Global : Les Etats Unis annulent la quasi-totalité de la dette ivoirienne.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : La rougeole reste l’une des causes majeures de décès de l’enfant.
EDUCATION : Afrique : Menacée d’une pénurie de diplômés qualifiés.
LGBTI : Afrique : Ces pays précurseurs du «Mariage pour tous».
RACISME ET XENOPHOBIE : Libye : La présence des chrétiens menacée.
ENVIRONNEMENT : Global : Greenpeace proteste contre la déforestation au Cameroun.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Bénin : Boni Yayi gracie deux personnes condamnés pour offense au chef de l’Etat.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Les unités d’élite du Tchad envoyés au Mali.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Sénégal : La portable a envoûté les jeunes




Chroniques

Qui donc sauvera le Mali ? Courtes considérations sur les crises africaines

Pierre Franklin Tavares

2013-02-07

http://pambazuka.net/fr/category/features/86141

Si nous ne sommes qu'au début d'une des guerres ouest-africaines, la question reste entière de savoir qui sauvera le Mali, si l'on admet qu'aucun peuple n'a jamais été libéré par un autre. C'est aux Maliens qu'il revient de sauvegarder le Mali, avec le concours d'alliés.

Au Mali, deux grands principes s'affrontent : le despotisme oriental, dans sa forme la plus exacerbée, et le politique comme destin de l'Afrique noire. Ce n'est en rien une guerre de religions, entre les branches de l'islam ou entre ceux-ci et le christianisme. En réalité, le Mali n'est que le terrain où apparaissent et se déroulent les premiers actes d'une insidieuse confrontation entre le Moyen Orient et l'Afrique, autour de la question géostratégique du Sahara. Qui contrôlera cet immense désert sera l'un des prochains maîtres du monde.

Ce conflit suit immédiatement la période de désintégration des souverainetés africaines et ouvre une époque nouvelle, dont l'enjeu essentiel est la viabilité voire l'existence même des États en Afrique noire.

Au vrai, le Mali n'est plus un État indépendant, si ce n'est par l'apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontières, sa classe politique est anéantie et l'ensemble du corps social est désemparé. Le Mali n'a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l'on en croit ses hommes politiques, qu'à l'intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait être étendu à la quasi-totalité des États francophones d'Afrique noire. En effet, en matière de sécurité intérieure et extérieure, la France porte à bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l'exemple le plus cru et le plus éclatant. Cruelle ironie de l'histoire, jamais la FrançAfrique n'a été aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, à Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec Ayé Africa. Ce titre, sa triste mélodie et ses paroles restent dans les mémoires, parce qu'ils mettaient déjà au jour le dévoiement des États africains, dix ans à peine après les indépendances. Les premières paroles établissent un constat sans équivoque : Ayé é Africa, Eh é é Africa, O oh lipando.

Pour les nations, être dans l'histoire, y rester, persister, y tenir une place, c'est s'organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversé soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La crise malienne révèle la fragilité des États africains. Et la communauté des sciences sociales africaines, si prolixe en d'autres occasions, s'est enfermée dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colère soulevé par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d'Adame Ba Konaré est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévèrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et après la Crise malienne, l'Afrique ne sera plus la même. Il s'agit d'un tournant dont on n'entrevoit pas encore la portée, tournant aussi important et décisif que de celui de 1989, qui vit l'écroulement du monde soviétique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne résisteront pas.

QUELQUES CAUSES MAJEURES DE LA CRISE MALIENNE.

Le Mali ? Vaste territoire en Afrique de l'ouest, à la charnière de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n'y sont plus qu'un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l'idée de l'État y a disparu. Il n'en reste que le squelette, une apparence totalement décharnée. Le Mali n'a pas échappé à une vérité universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l'idée de l'État », un État qui donc ne repose pas sur lui-même, cet État-là entre en décomposition de façon inéluctable. Il n'y a pas de magie, mais des règles objectives dans l'histoire des peuples et des nations.

S'il n'y a pas d'État, comment pourrait-il y avoir de « chose publique », de Ré-publique ? Tout est privé, ou du moins est conçu et géré comme une affaire privée. Le caprice et l'arbitraire sont maîtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, [...] la République est une dépouille. Le Mali est face à cette vérité. Or, s'il n'y a ni État ni République, sur quels fondements solides peut reposer la démocratie ? Partout est admis qu'une nation ne se gouverne que par les lois. Là-bas, la « chose publique » ne s'appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout à l'opposé sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu'est-ce que cela qui, tout en étant informel, est au-dessus du formel, c'est-à-dire des partis politiques et des institutions ?

Le « grin » au Mali, écrit Seydou Keïta, est une habitude sociale de rencontres régulières entre amis, à la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient à admettre que le « grin » abolit, de fait, la grande distinction républicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d'arbre à palabres, où l'on rend des combines d'arbitrage, où se font et se défont les arrangements de complaisance, où se recrutent les dirigeants. La République y est malmenée. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dévastateurs, a fini par éroder l'ensemble des institutions publiques.

Pour s'en convaincre, relisons la présentation qu'en fait Seydou Keïta : Les « grins » des jeunes, écrit-il, ne sont pas les seuls à être impliqués dans les activités politiques. Les aînés ont aussi leurs « grins ». Ils reposent sur des affinités parentales, de promotion, de ressortissants d'un même village, des bases ethniques, ou même des relations de travail.

C'est en leur sein que sont véhiculées les idéologies politiques. Les différentes stratégies politiques d'ascension au pouvoir sont élaborées en leur sein, de même que les oppositions et les clivages politiques se retrouvent dans des « grins » différents. Les recrutements politiques commencent dans les « grins ». Ils constituent les noyaux des associations et partis politiques.

Il y a une relation asymétrique entre les « grins » des jeunes et ceux de leurs aînés. Les premiers sont au service des seconds sur la base du patronage. Les représentations populaires au Mali ne disent-elles pas que le gouvernement lui-même n'est formé essentiellement que des membres d'un même « grin » ? Cela dénote de la prégnance d'un tel regroupement dans la vie sociale des cités maliennes.

Malgré la pertinence de cette présentation et tout l'intérêt de l'analyse, comment ne pas s'étonner que l'auteur ne songe pas, l'ombre d'un instant, à indiquer les périls antirépublicains et les risques anti-démocratiques que les « grins » font peser sur l'ensemble des institutions publiques, jusques y compris la formation des gouvernements ? Ses arguments auraient dû le conduire à dire que, au Mali, les gouvernements ne sont que l'expression des « grins ». Quel scandale !

Au Mali, la corruption a tout emporté, particulièrement la citoyenneté et le patriotisme qui seules savent rendre vivantes les institutions républicaines. C'est le mal qui gangrène tout le corps social. La corruption est plus forte et mieux enracinée, que partout ailleurs dans la sous-région.

« L'affaire Saïdi » (SICG Mali) est un exemple éloquent. Ce promoteur ivoirien d'origine libanaise, après avoir construit les Halles de Bamako et quelques programmes immobiliers, s'est vu spolié et dépossédé de ses droits élémentaires. « L'affaire Saïdi » suffit à elle seule à illustrer la nature, le degré, l'étendue et les méthodes de la corruption. Dans cette injustice organisée, hormis quelques journaux, dont La Dépêche aux titres évocateurs, tous se sont liés pour le dépouiller : et le gouvernement, et l'administration, et les banques, et la justice qui, dans une ligue d'intrigue, lui ont « pris » 25 milliards de Francs CFA.

Citoyens maliens et amis du Mali, « la patrie est en danger », et pas depuis janvier 2013. Il y a longtemps déjà. En effet, si la chronologie politique de la dictature militaire (1968 - 1991), avec tout son lot d'arrestations arbitraires, d'abus de pouvoir, de suppressions brutales des libertés individuelles et publiques, de gabegies, de concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul, si ces pratiques liberticides montrent l'affaissement progressif des institutions, il n'en reste pas moins vrai que le régime ATT qui a succédé à la Deuxième République, et qui n'eut de République que le nom, n'a rien réglé des grands problèmes du Mali (crise sociale, question Touareg, etc.).

Car, il n'y pas pire mal, pour une nation, que la corruption des mœurs publiques, auquel rien ne résiste et qui ravage tout. Rien ne résiste donc à la corruption, sinon la vertu. Il n'y a nul autre remède. C'est pourquoi, à sa manière et fort justement, Cabral dira : en Afrique, il suffit seulement d'être honnête. C'est cela « l'esprit public », l'intérêt général. Tout le reste coule de source : le repos public, la solidarité, la croissance, le développement, l'alternance politique, etc. Un État juste est invincible. Car tous ses membres savent ce qu'ils ont à défendre.

Alors, au Mali, que voulait-on qu'il advint ? Le 25 mars 2012, un capitaine-sans-projet et une poignée de soldats dotés d'un matériel militaire d'occasion renversent un régime qui, depuis longtemps, ne reposait que sur du « bois pourri ». En une demi-journée, la dépouille d'un État, d'une République et d'une démocratie a été incinérée. C'est que ces trois structures étaient déjà moribondes, quand elles furent frappées. Le capitaine-sans-projet, pourrait-on dire, n'y est pour rien. Il n'a fait que révéler à la face du monde stupéfait, et avec une déconcertante facilité, toute la putréfaction d'un régime qui, en deux mandats présidentiels, a épuisé et vidé la belle citoyenneté malienne.

Qui ne se souvient, en effet, et avec une émotion sublime, de la vigueur citoyenne qui emporta la dictature militaire de Moussa Traoré ? La jeunesse y prit une part déterminante. Mais où sont-ils ces jeunes citoyens qui s'étaient légitimement arrogé le droit à l'insurrection au nom de l'amour de la patrie ? L'amour de la liberté, écrit Mably, suffit pour donner naissance à une République ; mais seul l'amour pour les lois peut la conserver et la faire fleurir, et c'est l'union de ces deux sentiments que la politique doit faire par conséquent son principal objet. C'est tout le contraire qui a été engagé.

Qu'a-t-il été fait de cette jeunesse malienne, une des plus conscientes du continent noir ? Je la reverrai toujours défiler dans Bamako à l'annonce de l'assassinat de Cabral, le 20 janvier 1973. Où est cet esprit de liberté de l'Association des élèves et étudiants du Mali de ce juin 1990, qui anima les journées républicaines du 21 au 26 mars 1991, réprimées dans le sang, et aboutissant à la chute du dictateur ? Où est la force des manifestations estudiantines du 5 avril 1993 ? Et l'élan de liberté et de justice qui porta les journées du 3 au 15 février 1994 ? Et toi Birus, où es-tu donc ? Il me souvient de notre dernier entretien, à Bamako, sur les valeurs qui font vivre la République ?

Et toi l'ami, Anatole Sangaré, soldat droit et militaire de devoir, représentant de la communauté catholique du Mali ? Je garde trace de la dédicace que tu me fis, le 24 décembre 2003, à la Gare du Nord, à Paris. Et vous Kafougouna Koné, oiseau du ciel, où sont vos Mig ? Je me revois dans votre ministère, où vous me fîtes l'amitié de me recevoir. Et vous Aminata Traoré, Marianne du Mali, qu'attendez-vous pour tonner, de votre voix forte qui traduit votre éthique des convictions ? Et combien d'autres vaillants Maliens ?

C'est pourquoi le spectacle est triste de ne voir aucun sursaut d'orgueil national. Accepterez-vous plus longtemps que la presse politico-anthropologique (Pascale Boniface, Antoine Glaser, Stephen Smith, etc.) et les médias du monde diffusent, à longueur de journée, des témoignages de Maliens désemparés remerciant la France et appelant les pays voisins au secours, comme s'ils avaient perdus toute ardeur au combat pour la liberté ?

Quel affligeant spectacle offert par Tiéblé Dramé, ex-Premier ministre, sur les plateaux de France 2, allant jusqu'à oublier que seul un peuple libre se ibère de son dictateur ou se délivre de ses envahisseurs. La France ne peut faire la guerre du Mali à la place du Mali. N'aurait-il pas pu, lui, présenter la France comme l'allié du Mali ?
L'honneur eut été sauf. Mais il ne le peut, parce qu'il ne croit plus en son pays, en son peuple. Le Mali a « prêté son palabre » à la France. Il est des délégations honteuses.

Aux sombres heures de la France, lorsque les nazis, après avoir percé Maginot, enchaînèrent l'État français, il s'est trouvé un homme qui réapprit à son peuple ce qu'est l'idée de l'État dont parle Hegel. Aussi, pendant que j'écoutais Tiéblé Dramé, je revoyais un autre spectacle, plus digne celui-là, La Pepa de Sara Baras, dont le Flamenco retrace l'exploit espagnol face aux troupes napoléoniennes.

C'est qu'un peuple libre est invincible. Un peuple qui a été libre une fois, l'est pour toujours. Et lorsqu'il a renversé une dictature, que peut-il craindre ?

Pauvre Etat, car au Mali l'amour de la liberté et l'amour pour les lois ont été perdus, sous le régime précédent. En 2004, alors qu'à renfort d'oukases et de batteries la presse politico-anthropologique louait le régime ATT, j'interrogeais gravement : Le Mali, pour combien de temps encore ? En effet, tous les prophètes de flatteries qui savent si bien prendre demeure dans les cabinets présidentiels et les chancelleries, tous les spécialistes français de l'Afrique qui occupent les médias, jusqu'à l'assourdissement de masse entretenue par la presse internationale, tous vantaient les mérites du régime ATT comme modèle à suivre, mais qui dans son fond n'était qu'un système qui vidait de leur substance éthique l'État, la République et la démocratie.

Aucun d'eux ne voulut voir ni entendre. Chacun voulait tromper ou, pire, être trompé. Tout le monde le sera. Car enfin, si un capitaine-sans-projet parvient si facilement à renverser un régime « modèle », mais qui en vérité a fini comme il a commencé dans la farce, comment imaginer que les débris de ce régime et un capitaine-sans-projet puissent résister à Aqmi, à Ansar Dine, au Mujao, à Boko Haram, etc., qui, au Sahel, ont formé une dendrite internationale très disciplinée, aguerrie, solidement armée et surdéterminée, avec une inouïe volonté d'expansion « religieuse » ?

Personne ne voulut voir la lente et inexorable érosion des institutions et l'entreprise d'affaiblissement de la citoyenneté et du patriotisme maliens. Les sourds d'hier s'émeuvent aujourd'hui de ne pas entendre l'Etat. Tous feignent d'ignorer et s'étonnent de l'absence d'une « Armée sans armes ».

On est dans quoi-là ?, aiment à dire les Ivoiriens quand l'absurde dicte sa courbe aux événements. Constat de bon sens : il eût coûté moins cher au Mali, à la France et au monde aujourd'hui si l'armée malienne avait été dotée de matériel militaire et instruite dans l'art de la guerre. Et, avec délectation, les reportages télévisés français en rajoutent, qui montrent à l'opinion publique européenne des soldats maliens ébahis à la vue d'un hélicoptère, ou un militaire malien à l'entraînement et feignant de tirer, et qui, faute de minutions, reproduit le bruit des balles. Ou encore l'Armée française qui, après avoir chassé les rebelles de Gao et de Tombouctou par les bombardements aériens, stoppent net leur avancée aux portes de ces villes et invite l'armée malienne à y entrer et à en prendre possession.

Quel spectacle ! On avait connu la drôle de guerre. Là, nous voyons une guerre drôle. Pauvre Mali, qui, à la face du monde, joue avec son propre sort !

Nous payons en drames et en vies humaines, en recul de croissance et en expansion de la pauvreté, en foule de réfugiés, en famine, en instabilité politique et en misère médicale, ce que les responsables n'ont pas voulu voir. Et si nous n'y prenons garde, peut-être assisterons-nous à la formation du premier État islamiste de l'Afrique dans le Sahel. Alors, prenons garde !

Car les mêmes qui, hier, ne voulurent pas voir les difficultés maliennes se répandent à présent en longs discours d'explication et justifient leur erreurs d'analyse et de décision par la guerre française au Mali. Aucun d'eux, bien étrangement, ne parle de la société civile. Mais c'est d'abord d'elle et de l'armée malienne moquée que viendra ce qui sauve.

FRANÇOIS HOLLANDE ET L'OCCASIONALISME DE MALEBRANCHE

M. François Hollande aurait donc eu raison d'intervenir. Il l'aurait fait à temps. Quelques jours plus tard, dit-on, il n'y aurait plus de Mali. Ainsi, en une semaine un État peut disparaître. Et tout ce que l'histoire universelle n'enseigne pas (disparition subite des États), nous devrions donc l'accepter et nullement le contester ? Mais, aussi difficile que soit une situation, aussi grand que soit le péril, il n'est aucun argument d'autorité qui puisse ou ne doive affaiblir l'esprit critique, cet exercice banal de la raison naturelle.

Appelons ici Bossuet, dont l'un des grands enseignements est précisément ce qu'il appelle la science des temps. Il est, dit-il, du devoir du prince de savoir penser et agir à propos, ni avant ni après, mais au bon moment. Les Grecs anciens nommaient cela le kairos, le temps opportun. La France s'est-elle conformée à « la science des temps » ? Le président François Hollande a-t-il décidé selon le kairos ?

Plus d'un, à droite et à gauche, lui reprochent de n'avoir pas fixé un cap et des objectifs, d'où ses changements continus. A première vue, les faits leur donnent raison. En effet, François Hollande n'avait-il pas publiquement affirmé que la France ne s'engagerait pas au Mali, comme en République Centrafricaine, au motif qu'elle n'a plus vocation à être le gendarme de l'Afrique ? Or, dès la prise de Konna par les Islamistes et la désinformation de sa reprise par l'armée malienne, il a d'autorité constitutionnelle engagé la France, en déclarant que cette implication se limiterait tout au plus à un appui logistique et aérien, dans le but de stopper l'avancée des Islamistes qui se dirigeaient vers Bamako où réside une forte communauté française.
Puis, quelques jours plus tard, contradiction nouvelle, il décide d'engager au sol près de trois bataillons français.

En outre, après avoir indiqué que cette intervention serait de courte durée et localisée, il affirmera qu'elle durera autant que nécessaire et sur toute l'étendue du territoire malien. Toutes ces variations lui ont valu un double reproche : improvisations (impréparation, organisation sur-le-champ, hâtive, absence de vision) et imprévisions (défaut de prévision, peu de maîtrise des événements). A première vue, ces tâtonnements semblent indiquer une série d'improvisations doublée d'une suite d'imprévisions.
Si tel était le cas, nous pourrions légitimement en être choqués, parce qu'il n'entre pas dans les usages républicains que le Chef de l'État français ne fixe pas de cap ni d'orientation, alors que la Constitution lui confère cette prérogative quasi monarchique. Mais au fond, ne serions-nous pas tout simplement en présence d'un président qui, de façon inconsciente ou non, et contre toute attente, ne ferait que mettre en pratique, au cœur du champ politique français, l'occasionnalisme de Malebranche ?

Selon Nicolas Malebranche, le monde n'est régit que par des causes occasionnelles que Dieu met savamment à profit, pour agir dans l'histoire. Par conséquent, les causes réelles des actions individuelles et collectives échappent aux hommes. Tout n'est qu'occasion pour Dieu, c'est-à-dire moment d'intervention dans le cours du monde. Dans le Tout réside les « occasions » qui ne sont que des causes pour ainsi dire fictives, des causes qui ne sont pas effectives ; et parce qu'elles sont sans effet, elles ne sont pas véritables.

Pour Malebranche, à l'opposé d'Aristote, il ne peut donc exister de causes substantielles (existant par elles-mêmes), puisqu'elles sont toutes « occasionnelles ». L'Occasionalisme est le système de causes occasionnelles. A bien observer, François Hollande semble avoir complètement laïcisé cette conception malebranchiste, pour l'appliquer au champ politique. En effet, pour la première fois, qui plus est en République française, un chef d'État développe, de façon méthodique, une ligne politique qui se donne à voir comme une suite combinée d'occasions.

Cette politique, qui laisse circonspect, peut se définir, d'une part, comme le rapport entre les occasions, et, d'autre part, la gestion même de ce rapport. On comprend mieux pourquoi le Premier ministre de son gouvernement apparaît autant en déphasage. Car là où François Hollande attend les occasions, Nicolas Sarkozy, lui, recherchait ardemment des « dossiers » ou des « cas » voire les suscitaient.

Ainsi, l'affaire de l'Arche de Zoé n'était pour Nicolas Sarkozy qu'un « cas », un casus, un événement dans lequel retentissait l'ancien « cadere » qui signifie « tomber ». Tout « tombe », pour Nicolas Sarkozy. Aussi conçoit-il les « cas » comme des faits « accidentels » qui ne peuvent être relevés que par une « technè », un savoir-faire technique porté par une énergie personnelle qui porte aux excès, quand François Hollande ne saisit que les occasions, et ce en autant d'événements « nécessaires » (qui s'imposent par eux-mêmes) auxquels il doit simplement s'ajuster.

Une telle différence concerne le fond, c'est-à-dire la manière d'être, et n'est pas seulement la forme ou le style, comme les politologues s'efforcent de nous le faire croire. Pour ces derniers cette conception occasionnaliste est incompréhensible, parce qu'il leur manque les fondamentaux de la pensée.

Il y a chez François Hollande une confiance affirmée dans les occasions et les causes occasionnelles. Sa longue « absence » politique après sa victoire à la présidentielle, et qui a tant inquiété, n'a duré que le temps que surgisse une occasion. Ainsi a-t-il appréhendé la crise du Mali comme une cause occasionnelle, et l'on ne saurait expliquer autrement le caractère individuel et solitaire de sa décision d'agir, tout comme la promptitude de son engagement militaire et l'étonnement que ces deux faits ont suscité.

Car l'occasion se suffit à elle. Elle est érigée en « principe de raison ». Florange, par exemple, ne surgit pas comme une occasion, mais plutôt comme un « cas », ce qui ne peut vraiment l'intéresser. C'est le domaine du Premier ministre. Il suffirait que ce « cas » se transforme en cause occasionnelle pour qu'il s'en empare aussitôt et s'y implique. Quant au « mariage pour tous », il n'est ni une cause occasionnelle ni un « cas », d'où les atermoiements de François Hollande qui en confie la responsabilité à la représentation nationale. En revanche, l'affaire Dominique Strauss Khan fut pour lui une cause occasionnelle, dont il a su si bien tirer parti.

Au fond, il ne semble pas croire en la grâce, en la prédestination à la manière du protestantisme. Tout n'est pour lui qu'occasion, comme l'affaire Florence Cassez ou le controversé impôt à 75% spontanément sorti d'une occasion.

Les exemples d'occasions et de causes occasionnelles pourraient de la sorte être multipliés, pour de montrer comment ils jalonnent et structurent sa carrière politique. Cette problématique est la matière d'un essai en cours de rédaction, Hollande et l'Occasionalisme de Malebranche.

Mais on aurait tort de croire que ce trait personnel est totalement déconnecté de la réalité nationale. Outre le fait qu'il prend racine dans une tradition théologico-philosophique française, celle de Malebranche, cette inclination correspond à une caractéristique culturelle bien française. En effet, comme le prétend Bruno Pinchard Les Français sont des occasionnalistes. Mais le savent-ils toujours ?

REPERCUSSIONS LIBYENNES

Reprenons le fil de nos propos sur le Mali, en opérant une courte digression sur la Libye. L'aveuglement libyen de Nicolas Sarkozy, qui ne voulut pas voir les liens organiques entre la Jamahiriya libyenne et ses États voisins, en particulier le Mali, est lourd de trop de conséquences. Outre qu'elle partage une longue frontière avec le Mali, la Libye avait été une terre de refuge pour les Touaregs maliens, après 1980, où nombre d'entre eux furent enrôlés dans les armées de la Jamahiriya. Et nous savions le rôle de médiateur que le colonel Kadhafi tenait dans la vieille crise entre Bamako et l'Azawad.

Fallait-il être grand clerc pour imaginer qu'une déstructuration de la Jamahiriya aurait mécaniquement une répercussion sur le Mali, déjà fragile ? Qui ignorait la présence de Djihadistes dans les Sahel ? Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, surtout s'il est entouré de conseillers muets. Ainsi, la confusion organisée en Libye, dont nous n'avons pas fini de payer le prix, a gagné le Mali en y produisant des détonations bien plus fortes.

A présent, au Mali, tout est mélangé, pour reprendre le mot d'une caricature ivoirienne. Nicolas Sarkozy et les Nations Unies ont tapé dans la Jamahiriya comme on frappe du pied une fourmilière. Il y avait d'autres options. Ainsi ont-ils indûment armé les opposants et accepté la mobilisation de Djihadistes qui avaient en horreur le Livre Vert, dont la ligne politique est socialiste et la vocation affichée était de se substituer à la Sunna. Que croyons-nous qui devait arriver ? Car le colonel Kadhafi, bien informé des équilibres de la sous-région, avait averti.

Mais, les prophètes des flatteries, la cohorte des spécialistes de l'Afrique et un philosophe fatigué dirent en chœur leur « exodos » : ''Regardez, peuples de la terre, comment un dictateur n'est qu'un menteur et de quelle manière il est puni ''. Bossuet a raison de dire que tout prince doit se défier de ses conseillers qui donnent des conseils pour eux-mêmes. Par exemple, très fatigué, Bernard Henry Levy conseillait Nicolas Sarkozy pour lui-même, comme le montre si bien les Guignols de l'Info. Aujourd'hui, s'agissant du Mali, tous ces conseillers ont « trouvé » une nouvelle cause explicative : la question Touareg. Mais au Mali, le problème premier et le seul, c'est le Mali.

LES CINQ CRISES MALIENNES

La crise malienne est une dialectique de cinq grandes crises, qui ont formé un écheveau difficile à démêler. Énumérons ces crises.

- Tout d'abord, une « crise politique » sans précédent, dont nous avons rappelé les grandes lignes (faillite de l'État, dépouillement de la République et extinction de la démocratie), qui débute avec le coup d'état militaire du 19 novembre 1968.

- Ensuite, une « crise sociale » marquée par le sous emploi et la précarisation constante des populations et la formation d'une diaspora de travail.

- Puis, une « crise de la religion » qui, d'un côté, voit s'affronter l'Islam africain (laïc et tolérant) et l'islamisme d'origine moyen-orientale (salafisme djihadiste), et, de l'autre, fait peser une menace sur la petite communauté chrétienne.

- En outre, une « crise ''raciale'' » ou plus exactement phénotypique entre Arabes et Noirs, sur le modèle du Soudan, dans laquelle prévaut l'argumentation ethniciste qui peut être conçue à bon escient, comme le fait Ed. Bernus lorsqu'il affirme que le pays Touareg [...] constitue un pont entre le Maghreb et l'Afrique noire, ou alors pour susciter de stupides conflits ethniques en agitant les différences phénotypiques comme autant de facteurs essentielles.

- Enfin, il y a la « crise du transit des narcotiques » mise à jour par la ''stupéfiante'' aventure du « Boeing 727 de la coke », et qui vise à faire du Sahara (donc depuis l'intérieur du continent) le point d'escale le plus court pour l'écoulement de la cocaïne vers l'Europe, avec l'abandon des voies maritimes plus longues et mieux surveillées.

La dialectique de ces cinq crises (influence réciproque des causes, interaction des facteurs, relance des effets, des contradictions et les évolutions inhérentes à ce processus) donne à la crise malienne une dimension spécifique, lui confère son caractère particulier et détermine sa force de propagation sous-régionale voire au-delà.
C'est cette dialectique, où la corruption est le ferment et le facteur déterminant, qui a fait s'effondrer le Mali après la Guinée-Bissau. Dans les mêmes circonstances, des causes identiques produisent les mêmes effets. Par la suite, si rien n'est entrepris, comme rien n'a été fait en Guinée-Bissau, un troisième pays de la sous-région s'écroulera.

Tout comme la Guinée-Bissau qui, à force d'ajustements structurels, de gabegie, d'une armée dévoyée, de tensions interethniques et de politiques publiques inadaptées, a été livrée au narcotrafic, le Mali est en passe d'être abandonné au narcotrafic et aux Islamistes. L'ouest africain en sera déstabilisé.

Aqmi croît dans le terreau de cette quintuple crise. Et toute l'Afrique de l'ouest, qui constitue un vaste ensemble géographique, historique et anthropologique est directement concernée. Tous les pays, tous les Etats y ont un lien organique et structurel. Tel est « l'effet papillon » : un événement dans l'un de ces pays affecte tous les autres.

La crise ivoirienne l'a bien montré. Si « la planète est un village », l'Afrique de l'ouest est un quartier, dans lequel se déroule des batailles qui ne sont que des épisodes de la grande guerre ouest-africaine. La Côte d'Ivoire, grand éléphant de verre, signale déjà dans sa région nord la présence d'éléments djihadistes. A titre préventif, elle devrait s'instruire de la crise malienne et faire son unité nationale. En effet, si le Mali n'avait pas laissé croître la « Question Touareg », Aqmi n'eut pas été aussi fort. Toute division nationale et les guerres civiles qui en découlent sont des brèches profondes. Qui peut croire que la Côte d'Ivoire, poumon économique de la Cedeao, n'est pas ou ne sera pas à court terme une cible ?

Le Burkina Faso, quelque peu affaibli, lui est historiquement lié, tout comme le Libéria, qui se remet difficilement d'une odieuse guerre civile, et le Ghana, le frère rival, qui forme un tout avec le vacillant Togo et le Bénin qui demeure un point d'appui, « mais, pour combien de temps encore ? ».

La Côte d'Ivoire est également rattachée à la Guinée, pays en équilibre précaire qui forme un sous-ensemble avec la Sierra Léone en situation délicate.

Le Sénégal, vitrine démocratique, est à quelques encablures du Mali avec lequel il fut lié fédéralement dans un passé récent. Qui tient Bamako, menace directement Dakar. Qui dirige Bissau peut provoquer Dakar (crise de la Casamance) et inquiéter Banjul (Gambie) ou vice-versa, car ces trois capitales appartenaient à l'ancien empire du Cayor. Le Sénégal doit faire sa concorde nationale mise à mal par les dernières présidentielles. La Guinée-Bissau, elle, est déjà paralysée. La Gambie, petite enclave, ne résistera pas aux secousses.

La Mauritanie, instable, liée au Sénégal, doit craindre sa « malisation », en raison des tensions entre Noirs et Arabophones.

Le Niger, outre la famine, ne supportera pas le basculement du Mali. Le Cap Vert est à part, protégée par la mer et une classe politique responsable.

Le Nigéria, géant de la sous-région, n'a pas vaincu Boko Haram. Que peut-il au Mali, le plus fragile de tous les États ?

Plus au nord, d'après le bornage rectiligne du 8 mai 1983, l'Algérie partage 1400 km de frontières avec le Mali. Mais pourquoi s'engagerait-elle à l'extérieur de ses frontières, de façon directe dans un conflit qu'elle a externalisé et dont elle est à peine sortie ?

Sous ce rapport, comment ne pas se demander si la surprenante prise d'otages sur le site gazier de Tiguentourine, près d'In Amenas, ne vaut pas comme un avertissement direct adressé à l'Algérie, pour qu'elle reste neutre dans les conflits qui sont en cours au Sahara, au risque de devoir subir la paralysie de son principal secteur d'activité ? Pour l'Algérie, la crise malienne vaut-elle la mise en jeu de son moteur de croissance ? Et si cette épineuse question était celle que pose Aqmi à l'Algérie ? Il semble que ce soit probablement là l'enjeu de cette prise d'otages, sinon comment l'expliquer ?

A l'avertissement djihadiste, les autorités algériennes ont répondu par une brutalité inouïe. Dès lors, les modalités d'intervention de l'armée algérienne, le choix du matériel militaire (armes lourdes, chars de combat, hélicoptères, etc.) et la nature du résultat de cette opération (plus de morts d'étrangers que de terroristes) indique pour toute réponse un équilibre de la terreur. Le statu quo serait une intention doublement partagée. Notons donc que l'Algérie et tout comme la Mauritanie sont sur des lignes de prudence.

La moitié du continent africain est directement concernée par la crise malienne. Avec l'implication massive du Tchad (2 000 soldats) et du Burundi, l'Afrique centrale est engagée. Par le jeu des menaces et des alliances cette crise nous amène à la première guerre continentale africaine, qui ne laissera pas indifférent le Moyen Orient et l'Occident.

QUE PEUT LA FRANCE ?

Que peut la France ? Cent guerres et cinq cent batailles, en deux mille ans d'histoire. Une incontestable tradition militaire faite de victoires éclatantes et de lourdes défaites. Que peut-elle, dans une guerre sans bataille ? Bien peu et beaucoup à la fois.

La guerre du Mali, qui n'en est qu'à des débuts, tend à être longue et difficile, en raison même de sa nature. Elle prolonge la crise libyenne avec laquelle elle entretient des rapports complexes. En outre, le coût quotidien de l'engagement militaire français est plus important qu'on ne le dit. Il est à minima de 2 millions d’euros par jour, selon les experts que nous avons consultés, ce qui le rend insupportable au regard des contraintes budgétaires. Une année de guerre au Mali absorberait la totalité du budget des Opérations Extérieures (Opex), soit 800 millions d'euros. En outre, le risque d'enlisement est réel si le Tchad ne prend pas la relève. Et dès lors que les Djihadistes passeront à la guerre de guérilla (retraits des villes et bourgs, harcèlements des casernes, attentats suicides, etc.), le rapport de forces pourrait s'équilibrer.

Or la France s'est mise en première ligne, sans qu'elle ne sache comment se retirer. Sun Tzu enseigne que l'on entre dans une guerre quand on sait d'avance comment en sortir. Mais pour envisager une fin, encore faut-il que l'action conduite ait une finalité. La difficulté ici tient dans le fait que la « situation d'urgence » invoquée pour justifier la rapide et soudaine implication française au Mali n'est pas la cause occasionnelle ni ne peut être un but.

En tous les cas, s'il faut féliciter la France d'avoir arrêté l'avancée des troupes djihadistes. Et si nous ne sommes qu'au début d'une des guerres ouest-africaines, la question reste entière de savoir qui sauvera le Mali, si l'on admet qu'aucun peuple n'a jamais été libéré par un autre ? C'est aux Maliens qu'il revient de sauvegarder le Mali, avec le concours d'alliés.

Pour l’heure toutes les institutions publiques maliennes sont « tombées » et restent dans un état de délabrement. Seuls l'ardeur citoyenne et les combats républicains pourront les redresser. L'amour de la patrie, dit Montesquieu, corrige tout. Rien, en matière historique, n'est désespérant. Aucune nuit n'arrête l'aube. Le crépuscule du matin est une conquête toujours recommencée. Là où naît le danger croît aussi ce qui sauve. Rien n'est impossible à un peuple libre ou qui combat pour sa liberté, parce que libre. Nul joug ne résiste au souffle puissant d'une nation qui combat pour être.

QUATRE PROPOSITIONS POUR UNE SORTIE DE LA CRISE MALIENNE

Napoléon, qui sut ce qu'est vaincre des peuples, mais aussi ce qu'est être vaincu par des peuples, fixa dans son testament politique, au terme de sa folle course impériale, une pensée : l'histoire est la seule philosophie. En nous gardant de donner des leçons de patriotisme aux Maliens, qu'il nous soit cependant permis de faire quatre suggestions politiques :

1°) la mise en place d'un Comité de salut public qui, pour une courte période, concentrera tout le pouvoir exécutif, supprimant ainsi l'actuelle diarchie politico-militaire au sommet de l'État, entre un président « provisoire » et toléré, dont le Premier ministre est nommé par un capitaine-sans-projet. L'une des missions essentielles de ce Comité de salut public serait de procéder à une levée en masse de soldats maliens, d'organiser et de diriger l'armée dont la tâche essentielle sera de sécuriser les frontières actuelles.

2°) instituer un changement politique, par la proclamation d'un régime parlementaire (sur l'exemple du Cap Vert), qui donne toute sa légitimité à un Premier ministre fort.
L'élection du président de la République au suffrage universel indirect (par les députés), et qui ne peut être que d'origine Touareg, pour les deux mandants suivants. Car il faut savoir mettre un terme aux courses présidentielles sur fond ethnique.

3°) Sur la base d'une stricte séparation des pouvoirs, la représentation nationale malienne devra reprendre l'initiative des lois, autant que durera le Comité de salut public. En outre, la Justice et le quatrième pouvoir devront être réellement indépendants. Sans cette mesure, qui fonde l'objectivité des institutions, il sera impossible d'éradiquer la corruption qui est le mal le plus profond. Cette vaste réforme institutionnelle, conjointement impulsée par le Comité de salut public et la justice (l'esprit de modération), permettra de poser les fondements de l'idée de l'État, d'enraciner les deux grandes valeurs de la République, la vertu et la frugalité. Il n'y a que la mise en œuvre simultanée de l'idée de l'État, du sentiment de vertu et de la volonté de frugalité qui puisse faire de la Démocratie une coutume par laquelle pourront être organisées des élections libres et le règlement de la question Touareg ;

4°) sous la double initiative de l'Union africaine et de l'Union européenne, il sera nécessaire de procéder à la suppression immédiate de toutes les dettes publiques externes et à la suspension de tout ajustement structurel. Sans cette réforme de justice sociale, non seulement il ne peut y avoir d'État viable au Mali, mais le Mali ne saura conduire de lutte efficace contre les narcotrafiquants et Aqmi.

CONCLUSION

Le désert croît, disait Nietzsche. Cette parole résonne autrement aujourd'hui, en Afrique, pour se laisser entendre comme la décroissance de L'État. Le Sahara, une fois de plus, surgit comme un destin. Telles sont les considérations d'ensemble que suscite la Crise malienne. Celle-ci marque un tournant décisif, dont le risque majeur est de voir les États africains s'effondrer.

Et devant le grand péril, la pensée est le plus grand recours, qui précède le courage, cet exercice de la volonté. Penser la crise malienne, c'est revenir à ce qu'est l'essence de l'État qui est trop peu méditée par les intellectuels africains. Hegel a consacré maintes recherches sur ce qu'est L'État. Peut-être les Africains gagneraient-ils, enfin, à questionner le plus puissant philosophe de son temps, lorsque, dans les Leçons qu'il lui a consacrées, il a présenté L'État comme la Raison. Écoutons, ce qu'il dit de son ouvrage :

« Ainsi, dans la mesure où il contient la science de l'État, ce traité ne doit être rien d'autre qu'un essai en vue de concevoir et de décrire l'État comme quelque chose de rationnel en soi [...]

Si ce traité contient un enseignement, il ne se propose pas toutefois d'apprendre à l'État comment il doit être, mais bien plutôt de montrer comment l'Etat, cet univers éthique, doit être connu. »

L'État ne se laisse connaître que comme idée, mais une « idée » effective qui mène le monde. Comble de guigne, il n'y a pas de culture d'État ou d'idéalisme de l'État en Afrique. Aussi peut-être même est-ce dans cette « crise de la connaissance » que la Crise africaine demeure dans toute son ampleur. Le Mali le montre. Mais ce pays, qui n'est plus un pays-État, voudra-t-il s'élever à cette idée ? Et s'il le veut, le saura-t-il ?

Mably a donné la clé de cet idéalisme politique : l'union de « l'amour de la liberté » et de « l'amour des lois », qui doit devenir le principal objet de la politique. Mettre en pratique politique cette union, c'est surmonter le destin qui préoccupait tant mon vieil ami, Jean-Pierre Ndiaye, dont je salue la mémoire.


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** Dr Pierre Franklin Tavares est un philosophe

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REFERENCES
- Jean-Pierre Ndiaye, Monde noir et Destin politique, Présence Africaine, Paris, 1976.
- P. F. Tavares, Pourquoi tous ces coups d'état en Afrique, Le monde diplomatique, janvier 2005.
- Franklin Boukaka à Paris, Ayé Africa, HYPERLINK "http://www.youtube.com/watch?v=qeVKpqIB5F4" http://www.youtube.com/watch?v=qeVKpqIB5F4, 1970.
- F. Boukaka, Oh, ô Afrique, Eh Afrique, Où est ton indépendance ? [...] Où est ta liberté ?
- P. F. Tavares, Nicolas Sarkozy : Relire le Discours de Dakar, NEI, Abidjan, 2008.
- Hegel, Principes de la philosophie du droit, ou Droit naturel et science de l'État en abrégé, Vrin, Paris, 1982, p. p. 263 - 341.
- Montesquieu, De l'Esprit des lois, t. 1, Garnier Frères, Paris, 1973, p. 27.
- Seydou Keïta, Un espace de liberté et d'organisation sociale : le Grin, 21 avril 2007. C'est nous qui soulignons.
- Abdoulaye Niangaly, Malversations, mal gouvernance, Affaire SICG Mali - ACI, les magouilles d'ATT, Bamako, La Dépêche, n° 7, 03 septembre 2012 ; Scandale autour d'un financement occulte : ils ont escroqué 600 millions FCFA pour arriver au pouvoir, La Dépêche, n° 2, 23 juillet 2012 ; Affaire de 600 millions FCFA escroqués par Yacouba Diallo : l'escroc sommé de payer, La Dépêche, n° 4, 06 août 2012 ; Maître Madina Dème : Rebondissement dans un scandale ''enterré'', 6 août 2012.
Les deux mandats d'Alpha Konaré (1992 - 2002) font partie du Régime ATT (1991 - 2012).
- Gabriel Bonnot de Mably, Des droits et des devoirs du citoyen (1758), édit. Marcel Didier, Paris, 1972, p. 104.
- Le Lieutenant-colonel Oumar Diallo alias Birus, aide de camp du président Moussa Traoré, Anatole Sangaré, Kafougouna Koné, Bakary Coulibaly et Chiaka Koné furent les principaux acteurs du coup d'état qui renversa le régime. C'est au cours de cette action qu'Amadou Toumani Touré s'emparera du pouvoir, en évinçant les autres.
- Anatole Sangaré, Code de conduite des Forces Armées et de Sécurité du Mali, Ministère des Forces Armées et des Anciens Combattants, Sofidi, Bamako.
- Mots Croisés, émission d'Yves Calvi, France 2, 21 janvier 2013.
- Sara Baras, La Pepa, ballet flamenco, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 21 décembre - 8 janvier 2013.
- P. F. Tavares, Pourquoi tous ces coups d'état en Afrique ?, Le monde diplomatique, janvier 2005.
- Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte, Livre cinquième, Droz, Genève, 1967, p. 136.
Malika Groga-Bada et Christophe Boisbouvier, Mali : heure par heure, le récit de la fuite d'ATT, Jeune-Afrique, 7 avril 2012. Il eût été pertinent que les auteurs indiquassent les conditions dans lesquelles AAT, qui n'était pas le principal instigateur du coup d'état qui le porta au pouvoir, prit le pouvoir.
Bossuet, XIe Proposition, Le prince doit savoir connaître les occasions et les temps, Op. Cit., p. p. 129 - 131.
- Le groupe sidérurgique (acier et mines) ArcelorMittal, dont l'usine de Florange (Moselle) fait l'objet d'un vaste plan social et d'arrêt des hauts fourneaux.
- La Française accusée d'association de malfaiteurs et de complicité d'enlèvement par la Justice mexicaine.
- Bruno Pinchard, Les formes substantielles chez Malebranche et Leibniz, Cours 2011 - 2012.
- Thomas Baïetto, Au Mali, 50 ans de conflits touaregs et une proclamation d'indépendance, - Francetvinfo.fr, 6 avril 2012.
- L'exodos, troisième et dernière partie du théâtre tragique grec, est marquée par la sortie du chœur qui tire la morale des événements.
- Jean-Pierre Ndiaye, Monde noir et Destin politique, Présence Africaine, Paris, 1976.
- Edmond Bernus, Être Touareg au Mali, Orstom, p. 1.
- Les quatre principales dates des soulèvements touaregs: mai 1963 - avril 1964 (première insurrection et défaite) ; mars - juin 1990 (attaque de la caserne de Ménaka) ; mai 2006 (prise de Kidal et Ménaka) ; janvier 2013, soulèvement armée et proclamation de la souveraineté de l'Azawad.
Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l'histoire de France, sous la direction de Jacques Garnier, Paris, 2004.
- Sun Tzu, L'art de la guerre, Flammarion, champs classiques, Paris, 1972, édition revue en 2008.
- Montesquieu, Op. Cit., p. 130.
- Montesquieu : « La vertu, dans une république, est une chose très simple : c'est l'amour de la république ; c'est un sentiment, et non une suite de connaissances ; le dernier homme de l'État peut avoir ce sentiment, comme le premier », Op. Cit., p. 48.
- Montesquieu : « L'amour de l'égalité et celui de la frugalité sont extrêmement excités par l'égalité et la frugalité même [...] pour que l'on aime l'égalité et la frugalité dans une république, il faut que les lois les y aient établies », Op. Cit., p. 50.
- Hegel, Principes de la philosophie du droit, p. 57.


Mali : Pour et contre l’intervention de la France

Samir Amin

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/features/86130

La guerre du Sahara doit être gagnée, les Islamistes éradiqués dans la région et le Mali restauré dans ses frontières. Cette victoire est la condition nécessaire, mais elle est loin d’être la condition suffisante pour une reconstruction ultérieure de l’Etat et de la société du Mali.

Je suis de ceux qui condamnent par principe toute intervention militaire des puissances occidentales dans les pays du Sud, ces interventions étant par nature soumises aux exigences du déploiement du contrôle de la Planète par le capital des monopoles dominant le système.

L’intervention française au Mali est-elle l’exception à la règle ? Oui et non. C’est la raison pour laquelle j’appelle à la soutenir, sans néanmoins penser le moins du monde qu’elle apportera la réponse qu’il faut à la dégradation continue des conditions politiques, sociales et économiques non seulement du Mali mais de l’ensemble des pays de la région, laquelle est elle-même le produit des politiques de déploiement du capitalisme des monopoles de la triade impérialiste (États-Unis, Europe, Japon), toujours en œuvre, comme elle est à l’origine de l’implantation de l’Islam politique dans la région.

I.- L’Islam politique réactionnaire, ennemi des peuples concernés et allié majeur des stratégies de la triade impérialiste [1]

L’Islam politique – au-delà de la variété apparente de ses expressions – n’est pas un « mouvement de renaissance de la foi religieuse » (que celle-ci plaise ou non), mais une force politique archi-réactionnaire qui condamne les peuples qui sont les victimes éventuelles de l’exercice de son pouvoir à la régression sur tous les plans, les rendant par là même incapables de répondre positivement aux défis auxquels ils sont confrontés. Ce pouvoir ne constitue pas un frein à la poursuite du processus de dégradation et de paupérisation en cours depuis trois décennies. Au contraire il en accentue le mouvement, dont il se nourrit lui-même.

Telle est la raison fondamentale pour laquelle les puissances de la triade – telles qu’elles sont et demeurent – y voient un allié stratégique. Le soutien systématique apporté par ces puissances à l’Islam politique réactionnaire a été et demeure l’une des raisons majeures des « succès » qu’il a enregistrés : les Talibans d’Afghanistan, le Fis en Algérie, les « Islamistes » en Somalie et au Soudan, ceux de Turquie, d’Egypte, de Tunisie et d’ailleurs ont tous bénéficié de ce soutien à un moment décisif pour leur saisie du pouvoir local. Aucune des composantes dites modérés de l’Islam politique ne s’est jamais dissociée véritablement des auteurs d’actes terroristes de leurs composantes dites « salafistes ». Ils ont tous bénéficié et continuent à bénéficier de « l’exil » dans les pays du Golfe, lorsque nécessaire. En Libye hier, en Syrie encore aujourd’hui ils continuent à être soutenus par ces mêmes puissances de la triade. En même temps, les exactions et les crimes qu’ils commettent sont parfaitement intégrés dans le discours d’accompagnement de la stratégie fondée sur leur soutien : ils permettent de donner de la crédibilité à la thèse d’une « guerre des civilisations » qui facilite le ralliement « consensuel » des peuples de la triade au projet global du capital des monopoles. Les deux discours – la démocratie et la guerre au terrorisme – se complètent mutuellement dans cette stratégie.

Il faut une bonne dose de naïveté pour croire que l’Islam politique de certains – qualifié à ce titre de « modéré » – serait soluble dans la démocratie. Il y a certes partage des tâches entre ceux-ci et les « salafistes » qui les déborderaient dit-on avec une fausse naïveté par leurs excès fanatiques, criminels, voire terroristes. Mais leur projet est commun – une théocratie archaïque par définition aux antipodes de la démocratie même minimale.

Le Sahélistan, un projet au service de quels intérêts ?

De Gaulle avait caressé le projet d’un « Grand Sahara français ». Mais la ténacité du Front de libération national (Fln) algérien et la radicalisation du Mali de l’Union Soudanaise de Modibo Keita ont fait échouer le projet, définitivement à partir de 1962-1963. S’il y a peut être quelques nostalgiques du projet à Paris, je ne crois pas qu’ils soient en mesure de convaincre des politiciens dotés d’une intelligence normale de la possibilité de le ressusciter.

En fait le projet de Sahélistan n’est pas celui de la France – même si Sarkozy s’y était rallié. Il est celui de la nébuleuse constituée par l’Islam politique en question et bénéficie du regard éventuellement favorable des États-Unis et dans leur sillage de leurs lieutenants dans l’Union européenne (qui n’existe pas) – la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Le Sahélistan « islamique » permettrait la création d’un grand Etat couvrant une bonne partie du Sahara malien, mauritanien, nigérien et algérien doté de ressources minérales importantes : uranium, pétrole et gaz. Ces ressources ne seraient pas ouvertes principalement à la France, mais en premier lieu aux puissances dominantes de la triade. Ce « royaume », à l’image de ce qu’est l’Arabie Saoudite et les Emirats du Golfe, pourrait aisément « acheter » le soutien de sa population clairsemée, et ses émirs transformer en fortunes personnelles fabuleuses la fraction de la rente qui leur serait laissée. Le Golfe reste, pour les puissances de la triade, le modèle du meilleur allié/serviteur utile, en dépit du caractère farouchement archaïque et esclavagiste de sa gestion sociale – je dirai grâce à ce caractère. Les pouvoirs en place dans le Sahélistan s’abstiendraient de poursuivre des actions de terrorisme sur leur territoire, sans pour autant s’interdire de les soutenir éventuellement ailleurs.

La France, qui était parvenue à sauvegarder du projet du « Grand Sahara » le contrôle du Niger et de son uranium, n’occuperait plus qu’une place secondaire dans le Sahélistan [2].

Il revient à François Hollande – et c’est tout à son honneur – de l’avoir compris et refusé. On ne devrait pas s’étonner de voir que l’intervention qu’il a décidé ait été immédiatement soutenue par Alger et quelques autres pays pourtant non classés par Paris comme des « amis ». Le pouvoir algérien a démontré sa parfaite lucidité : il sait que l’objectif du Sahélistan vise également le Sud algérien et pas seulement le Nord du Mali [3]. On ne devrait pas davantage s’étonner que les « alliés de la France » – les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, sans parler de l’Arabie Saoudite et du Qatar – sont en réalité hostiles à cette intervention, qu’ils n’ont accepté du bout des lèvres que parce qu’ils ont été mis devant le fait accompli – la décision de François Hollande. Mais ils ne seraient pas mécontents de voire l’opération s’enliser et échouer. Cela redonnerait de la vigueur à la reprise du projet du Sahélistan.

Gagner la guerre du Sahara

Je suis donc de ceux qui souhaitent et espèrent que la guerre du Sahara sera gagnée, ces Islamistes éradiqués dans la région (Mali et Algérie en particulier), le Mali restauré dans ses frontières. Cette victoire est la condition nécessaire incontournable, mais est loin d’être la condition suffisante, pour une reconstruction ultérieure de l’Etat et de la société du Mali.

Cette guerre sera longue, coûteuse et pénible et son issue reste incertaine. La victoire exige que soient réunies certaines conditions. Il faudrait en effet non seulement que les forces armées françaises n’abandonnent pas le terrain avant la victoire, mais encore qu’une armée malienne digne de ce nom soit reconstituée rapidement. Car il faut savoir que l’intervention militaire des autres pays africains ne pourra pas constituer l’élément décisif de la victoire.

La reconstruction de l’armée malienne relève du tout à fait faisable. Le Mali de Modibo était parvenu à construire une force armée compétente et dévouée à la nation, suffisante pour dissuader les agresseurs comme le sont les Islamistes d’Aqmi aujourd’hui. Cette force armée a été systématiquement détruite par la dictature de Moussa Traoré et n’a pas été reconstruite par ses successeurs. Mais le peuple malien ayant pleine conscience que son pays a le devoir d’être armé, la reconstruction de son armée bénéficie d’un terrain favorable. L’obstacle est financier : recruter des milliers de soldats et les équiper n’est pas à la portée des moyens actuels du pays, et ni les Etats africains, ni l’Onu ne consentiront à pallier cette misère. La France doit comprendre que le seul moyen qui permettra la victoire l’oblige à le faire. L’enlisement et la défaite ne seraient pas seulement une catastrophe pour les peuples africains, elles seraient tout autant pour la France. La victoire constituerait un moyen important de restauration de la place de la France dans le concert des nations, au-delà même de l’Europe.

Il n’y a pas grand-chose à attendre des pays de la Cedeao. Les gardes prétoriennes de la plupart de ces pays n’ont d’armée que le nom. Certes le Nigeria dispose de forces nombreuses et équipées, malheureusement peu disciplinées pour le moins qu’on puisse dire ; et beaucoup de ses officiers supérieurs ne poursuivent pas d’autre objectif que le pillage des régions où elles interviennent. Le Sénégal dispose également d’une force militaire compétente et de surcroît disciplinée, mais petite, à l’échelle du pays. Plus loin en Afrique, l’Angola et l’Afrique du Sud pourraient apporter des appuis efficaces ; mais leur éloignement géographique, et peut être d’autres considérations, font courir le risque qu’ils n’en voient pas l’intérêt.

Un engagement de la France ferme, déterminé et pour toute la durée nécessaire implique que la diplomatie de Paris comprenne qu’il lui faut prendre des distances à l’égard de ses co-équipiers de l’Otan et de l’Europe. Cette partie est loin d’être gagnée et rien n’indique pour le moment que le gouvernement de F. Hollande soit capable de l’oser.

Gagner la bataille diplomatique

Le conflit visible entre les objectifs honorables de l’intervention française au Mali et la poursuite de la ligne diplomatique actuelle de Paris deviendra rapidement intolérable. La France ne peut pas combattre les « Islamistes » à Tombouctou et les soutenir à Alep !

La diplomatie française, accrochée à l’Otan et à l’Union européenne, partage la responsabilité de ses alliés dans les succès de l’Islam politique réactionnaire. Elle en a fournit la preuve éclatante dans l’aventure libyenne dont le seul résultat a été (et cela était prévisible et certainement voulu, au moins par Washington) non pas de libérer le peuple libyen de Kadhafi (un pitre plus qu’un dictateur) mais de détruire la Libye, devenue terre d’opération de seigneurs de guerre, directement à l’origine du renforcement d’Aqmi au Mali.

Car l’hydre de l’Islam politique réactionnaire recrute autant dans les milieux du grand banditisme que chez les fous de Dieu. Au-delà du « djihad », leurs émirs – qui s’autoproclament les défenseurs intransigeants de la foi – s’enrichissent du trafic de la drogue (les Talibans, l’Aqmi), des armes (les seigneurs de guerre libyens), de la prostitution (les Kosovars).

Or la diplomatie française jusqu’à ce jour soutient les mêmes, en Syrie par exemple. Les médias français donnent crédit aux communiqués du prétendu Observatoire syrien des Droits de l’homme, une officine connue pour être celle des Frères musulmans, fondée par Ryad El Maleh, soutenue par la Cia et les services britanniques. Autant faire crédit aux communiqués d’Ansar Eddine ! La France tolère que la soit disant « Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution » soit présidée par le Cheikh Ahmad El Khatib choisi par Washington, Frère musulman et auteur de l’incendie du quartier de Douma à Damas.

Je serais surpris (mais la surprise serait agréable) que François Hollande ose renverser la table, comme De Gaulle l’avait fait (sortir de l’Otan, pratiquer en Europe la politique de la chaise vide). On ne lui demande pas d’en faire autant, mais seulement d’infléchir ses relations diplomatiques dans le sens exigé par la poursuite de l’action au Mali, de comprendre que la France compte plus d’adversaires dans le camp de ses « alliés » que dans celui de ses « ennemis » ! Cela ne serait pas la première fois qu’il en serait ainsi lorsque deux camps s’affrontent sur le terrain diplomatique.

Reconstruire le Mali

La reconstruction du Mali ne peut être que l’œuvre des Maliens. Encore serait-il souhaitable qu’on les y aide plutôt que d’ériger des barrières qui rendent impossible cette reconstruction.

Les ambitions « coloniales » françaises – faire du Mali un État client à l’image de quelques autres dans la région – ne sont peut être pas absentes chez certains des responsables de la politique malienne de Paris. La Françafrique a toujours ses porte-parole. Mais elles ne constituent pas un danger réel, encore moins majeur. Un Mali reconstruit saura aussi affirmer – ou réaffirmer – rapidement son indépendance. Par contre un Mali saccagé par l’Islam politique réactionnaire serait incapable avant longtemps de conquérir une place honorable sur l’échiquier régional et mondial. Comme la Somalie il risquerait d’être effacé de la liste des Etats souverains dignes de ce nom.

Le Mali avait, à l’époque de Modibo, fait des avancées en direction du progrès économique et social comme de son affirmation indépendante et de l’unité de ses composantes ethniques.

L’Union soudanaise était parvenue à unifier dans une même nation les Bambaras du Sud, les pêcheurs bozo, les paysans songhaï et les Bella de la vallée du Niger de Mopti à Ansongo (on oublie aujourd’hui que la majorité des habitants du Nord Mali n’est pas constituée par les Touaregs), et même fait accepter aux Touaregs l’affranchissement de leurs serfs Bella. Il reste que faute de moyens – et de volonté après la chute de Modibo – les gouvernements de Bamako ont par la suite sacrifié les projets de développement du Nord. Certaines revendications des Touaregs sont de ce fait parfaitement légitimes. Alger qui préconise de distinguer dans la rébellion les Touaregs (désormais marginalisés), avec lesquels il faut discuter, des djihadistes venus d’ailleurs – souvent parfaitement racistes à l’égard des « Noirs » –, fait preuve de lucidité à cet endroit.

Les limites des réalisations du Mali de Modibo, mais aussi l’hostilité des puissances occidentales (et de la France en particulier), sont à l’origine de la dérive du projet et finalement du succès de l’odieux coup d’état de Moussa Traoré (soutenu jusqu’au bout par Paris) dont la dictature porte la responsabilité de la décomposition de la société malienne, de sa paupérisation et de son impuissance. Le puissant mouvement de révolte du peuple malien parvenu, au prix de dizaines de milliers de victimes, à renverser la dictature, avait nourri de grands espoirs de renaissance du pays. Ces espoirs ont été déçus. Pourquoi ?

Le peuple malien bénéficie depuis la chute de Moussa Traoré de libertés démocratiques sans pareilles. Néanmoins cela ne semble avoir servi à rien : des centaines de partis fantômes sans programme, des parlementaires élus impotents, la corruption généralisée. Des analystes dont l’esprit n’est toujours pas libéré des préjugés racistes s’empressent de conclure que ce peuple (comme les Africains en général) n’est pas mûr pour la démocratie ! On feint d’ignorer que la victoire des luttes du peuple malien a coïncidé avec l’offensive « néolibérale » qui a imposé à ce pays fragilisé à l’extrême un modèle de lumpen-développement préconisé par la Banque mondiale et soutenu par l’Europe et la France, générateur de régression sociale et économique et de paupérisation sans limites.

Ce sont ces politiques qui portent la responsabilité majeure de l’échec de la démocratie, décrédibilisée. Cette involution a créé ici comme ailleurs un terrain favorable à la montée de l’influence de l’Islam politique réactionnaire (financé par le Golfe) non seulement dans le Nord capturé par la suite par l’Aqmi mais également à Bamako.

La décrépitude de l’Etat malien qui en a résulté est à l’origine de la crise qui a conduit à la destitution du président Amani Toumani Touré (réfugié depuis au Sénégal), au coup d’État irréfléchi de Sanogho puis à la mise sous tutelle du Mali par la « nomination » d’un président « provisoire » – dit de transition – par la Cedeao, dont la présidence est exercée par le président ivoirien Alassane Ouattara qui n’a jamais été qu’un fonctionnaire du Fmi et du ministère français de la Coopération.

C’est ce président, dont la légitimité est aux yeux des Maliens proche de zéro, qui a fait appel à l’intervention française. Ce fait affaiblit considérablement la force de l’argument de Paris bien que diplomatiquement impeccable : que Paris a répondu à l’appel du chef d’Etat « légitime » d’un pays ami. Mais alors en quoi l’appel du chef de l’Etat syrien – incontestablement non moins légitime – au soutien de l’Iran et de la Russie est-elle « inacceptable » ? Il appartient à Paris de corriger le tir et de revoir son langage.

Mais surtout la reconstruction du Mali passe désormais par le rejet pur et simple des « solutions » libérales qui sont à l’origine de tous ses problèmes. Or sur ce point fondamental les concepts de Paris demeurent ceux qui ont cours à Washington, Londres et Berlin. Les concepts « d’aide au développement » de Paris ne sortent pas des litanies libérales dominantes [4]. Rien d’autre. La France, même si elle gagnait la bataille du Sahara – ce que je souhaite – reste mal placée pour contribuer à la reconstruction du Mali. L’échec, certain, permettrait alors aux faux amis de la France de prendre leur revanche.

Post scriptum
Dans le souci de conserver à cet article sa brièveté et sa centralité sur la seule question malienne j’ai écarté des développements sur les questions majeures adjacentes, réduits à des indications en notes de bas de pages, évitant ainsi de longues digressions.

L’article ne traite pas de l’agression d’In Amenas. Les Algériens savaient que s’ils ont gagné la guerre majeure contre le projet d’Etat dit islamiste du Fis (soutenu à l’époque par les puissances occidentales au nom de la « démocratie » !) le combat contre l’hydre reste permanent, à mener sur deux terrains : la sécurité, la poursuite du progrès social qui est le seul moyen de tarir le terrain de recrutement des mouvements dits islamistes. Sans doute l’assassinat d’otages américains et britanniques contraint-il Washington et Londres à mieux comprendre qu’Alger a opéré comme il le fallait : aucune négociation n’est possible avec des tueurs. Je ne crois malheureusement pas qu’à plus long terme cette « bavure » des terroristes infléchisse le soutien des États-Unis et de la Grande-Bretagne à ce qu’ils continuent de qualifier d’Islam politique « modéré » !


NOTES

[1] Ce rappel bref de ce qu’est réellement l’Islam politique réactionnaire s’impose en introduction. L’utilisation stratégique des mouvements en question par les forces du capitalisme/impérialisme dominant n’exclut pas les couacs. La mobilisation d’aventuriers « djihadistes » (« terroristes ») est le moyen incontournable par lequel l’Islam politique réactionnaire peut imposer son pouvoir. Ces aventuriers sont évidemment enclins à la criminalité (pillage, prise d’otages, etc.). De surcroît les « fous de Dieu » parmi lesquels ils recrutent leurs « armées » sont toujours, par nature, capables d’initiatives imprévisibles. Le leadership du mouvement (le Golfe wahabite) et celui de l’establishment des États-Unis (et par ricochet les gouvernements des alliés subalternes européens) sont conscients des limites de leur capacité de « contrôler » les instruments de la mise en œuvre de leur projet commun. Mais ils acceptent ce chaos.)

[2] La France a maintenu son contrôle sur le Niger et son uranium par le moyen d’une politique « d’aide » à bon marché qui maintient le pays dans la pauvreté et l’impuissance. Voir note 4. Le projet du Sahélistan balaye les chances de la France de pouvoir maintenir son contrôle sur le Niger.

[3] Faisant contraste avec la lucidité d’Alger, on constatera le silence du Maroc, dont la monarchie avait toujours exprimé ses revendications sur Tombouctou et Gao (villes « marocaines » !) dans des discours tonitruants répétés. Une explication de ce repli de Rabat reste à être donnée.

[4] Yash Tandon (En finir avec la dépendance de l’aide, Cetim, 2009) a démontré que « l’aide » associée à la conditionnalité commandée par le déploiement de la mondialisation libérale n’était pas un « remède » mais un poison. Dans l’introduction de cet ouvrage j’en ai moi-même fourni un exemple, précisément celui du Niger.


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** Samir Amin est directeur du Forum du Tiers-monde.

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Mali : Quelles leçons tirer du conflit malien

Boubacar Boris Diop

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/features/86122

L’intervention militaire de la France au Mali, pour lutter contre les islamistes, cause un certain inconfort au niveau de l'analyse. Devant la reconnaissance d’une action opportune, il y a le malaise à devoir accepter une opération dont les déterminants sont loin d’être nobles. Dans cet entretien avec un journal sénégalais, Boubacar Boris Diop soulève les questions gênantes et les réflexions que doit induire la guerre au Mali.

Peut-on dire que le Nord-Mali, c’est encore la Françafrique dans ses œuvres ?

Oui et non. Au Mali, la France est certes dans son pré-carré et, à l’exception du Nigeria, les pays engagés avec elle sur le terrain font partie de son ancien empire colonial mais dans le fond on est plutôt ici dans une logique de guerre globale. Le modèle serait plutôt l’invasion américaine en Irak. En outre, les interventions françaises en Afrique ont toujours été faites avec une certaine désinvolture, presque sans y penser, alors que celle-ci, ponctuée de conseils de guerre à l’Élysée, a été conçue comme un grand spectacle médiatique. Elle fait l’objet de sondages réguliers et deux ministres, ceux de la Défense et des Affaires étrangères, n’ont jamais été aussi bavards.


Comment expliquez-vous ce changement d’attitude ?

Quelques jours après le début des combats, tous les hebdos français ont titré : « Hollande en chef de guerre ». Le Nord-Mali, ça a été l’occasion pour un président jugé terne, mou et indécis de se donner à peu de frais l’image d’un dirigeant volontaire et capable de préserver le rang de son pays dans le monde. Le contraste n’en est pas moins frappant avec la précipitation peu glorieuse de Paris à se retirer d’Afghanistan suite à des attaques mortelles des Talibans contre un certain nombre de ses soldats.


Mais les problèmes d’image de Hollande ne peuvent pas à eux seuls expliquer une intervention aussi coûteuse…

C’est évident, mais il ne pouvait pas rater la si belle occasion de se refaire une santé. L’objectif déclaré de cette guerre, c’est d’aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale mais sans la prise de Konna par les islamistes, rien ne se serait sans doute passé. La chute de Konna, c’est le moment où Paris, qui ne perd jamais de vue ses otages et l’uranium d’Areva, comprend que ses intérêts économiques et sa position dans la région sont gravement menacés. Et à partir de là, les acteurs ne sont plus les mêmes. Cette guerre est suivie de près par des pays comme l’Algérie, la Mauritanie, le Nigeria, sans parler des autres puissances occidentales et du Qatar, cette monarchie du Golfe qui se livre ici comme en Syrie et partout ailleurs à un drôle de jeu. Vous savez aussi que depuis l’attaque d’In Amenas, Américains et Anglais se sentent bien plus concernés et que le Japon, important partenaire économique du Mali et dont dix ressortissants sont morts lors de la prise d’otages, a accordé une contribution de 120 millions de dollars en soutien à la Misma, lors de la conférence des donateurs que vient d’organiser l’Union africaine à Addis.


Etes-vous d’accord avec l’ambassadeur de France à Dakar quand il déclare que si son pays n’était pas intervenu personne d’autre ne l’aurait fait ?

On peut le lui concéder et c’est en fait cela le coup de génie de Paris dans cette histoire où la France peut se présenter comme l’ennemi des « méchants ». J’utilise ce dernier mot à dessein, car la politique internationale me fait très souvent penser à un film hollywoodien, le tout étant de savoir être du côté des bons. Lorsque vous apprenez par exemple que des narco-terroristes occupent les deux tiers du Mali et qu’ils détruisent les mosquées et les tombeaux de saints, mettent le feu à la bibliothèque Ahmed Baba et coupent les mains des gens, votre premier mouvement est d’approuver ceux qui essaient de les mettre hors d’état de nuire. Et lorsqu’on écoute ces jours-ci les prises de position des uns et des autres sur le Mali, on se rend compte de notre difficulté à penser cette énième intervention française en Afrique. J’ai vu l’autre soir sur la 2sTv Massaer Diallo l’approuver sans ambages et deux jours plus tard Gadio (Ndlr : Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal) et Samir Amin en ont fait de même. N’est-ce pas troublant ? Après tout, il s’agit là, quand on en vient à l’analyse des dérives criminelles de la Françafrique, de trois intellectuels au-dessus de tout soupçon…


Est-ce à dire que vous êtes d’accord avec eux ?

Ah non ! Certainement pas. Je les comprends, je n’ai aucun doute quant à leur sincérité mais je ne partage pas leur point de vue. Le danger, à mon humble avis, c’est d’analyser cette guerre comme un fait isolé. Tout le monde la relie à l’agression contre la Libye, mais pas avec autant d’insistance qu’il faudrait. Il ne suffit pas de dire que l’agression contre la Libye est en train de déstabiliser la bande sahélienne et toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut la placer, de même que le « printemps arabe », au cœur de la réflexion sur le Nord-Mali. Nous devons peut-être même aller plus loin et nous demander si nous n’aurions pas dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo. Il était possible, sans forcément soutenir Laurent Gbagbo, de bien faire savoir à Paris qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Mais nous avons trop bien appris notre leçon sur la démocratie, on a inventé exprès pour nous des termes comme « bonne gouvernance » - qui donc a jamais entendu parler de la « bonne gouvernance » en Belgique ? – et nous en sommes venus à perdre tout sens des nuances et surtout la capacité d’inscrire des évènements politiques particuliers dans une logique globale.


Dans cette affaire, quels reproches très précis peut-on formuler aujourd‘hui contre la France ?

Ici aussi, il suffit de remonter le fil des évènements. Après avoir assassiné Kadhafi dans les conditions scandaleuses que l’on sait, L’Etat français a cru le moment venu de confier la sous-traitance de la guerre contre Aqmi et le Mujao à la rébellion touarègue. Comme vient de le rappeler Ibrahima Sène dans une réponse à Samir Amin, Paris et Washington décident alors d’aider les Touareg présents en Libye à rentrer lourdement armés au Mali mais, détail important, pas au Niger où on ne veut prendre aucun risque à cause d’Areva. Les Touareg sont ravis de pouvoir concrétiser enfin leur vieux rêve d’indépendance à travers un nouvel Etat de l’Azawad, allié de l’Occident.

Certains medias français se sont alors chargés de « vendre » le projet de ces « hommes bleus du désert » qui se préparent pourtant tout simplement à entrer en guerre contre le Mali. Il suffit de faire un tour dans les archives de France 24 et de Rfi pour voir que le Mnla en particulier a été créé de toutes pièces par les services de Sarkozy. Ces stratèges savaient très bien que cela allait se traduire par l’effondrement de l’Etat malien et la partition de son territoire. Ça ne les a pourtant pas fait hésiter une seconde. Juppé s’est ainsi permis de minimiser l’égorgement collectif par les Touareg d’une centaine de soldats et officiers maliens le 24 janvier 2012 à Aguelhok et suggéré la possibilité d’un Azawad souverain au nord. Mais au bout du compte, le MNLA qui n’a pas été à la hauteur des attentes de ses commanditaires face aux jihadistes, s’est pratiquement sabordé, ce qui est d’ailleurs sans doute une première dans l’histoire des mouvements de libération. Dans cette affaire, la France est clairement dans le rôle du pompier pyromane. Tout laisse croire qu’elle va défaire les jihadistes, mais sa victoire coûtera aux Maliens leur Etat et leur honneur.


Qu’entendez-vous par là ?

Je veux juste dire que c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali et de sa relative homogénéité territoriale. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’après s’être donné tant de mal pour libérer le Nord, la France va remettre les clefs du pays à Dioncounda Traoré et Maliens et se contenter de grandes effusions d’adieu. Non, le monde ne marche pas ainsi. La France s’est mise en bonne position dans la course aux prodigieuses richesses naturelles du Sahara et on la voit mal laisser tomber la rébellion touarègue qui reste entre ses mains une carte précieuse. Un épisode de cette guerre est passé inaperçu, qui mérite pourtant réflexion : la prise de Kidal. On en a d’abord concédé la « prise » à un Mnla qui n’a plus aucune existence militaire et quelques jours plus tard, le 29 janvier, les soldats français sont entrés seuls dans la ville, n’autorisant pas les forces maliennes à les y accompagner. Iyad Ag Ghali, patron d’Ansar Dine, discrédité par ses accointances avec Aqmi et le Mujao, est presque déjà hors jeu et son rival « modéré » Alghabasse Ag Intalla, chef du Mia, est dans les meilleures dispositions pour trouver un terrain d’entente avec Paris. En somme, les indépendantistes Touareg vont avoir après leur débâcle militaire un contrôle politique sur le nord qu’ils n’ont jamais eu. C’est un formidable paradoxe, mais l’intérêt de l’Occident, c’est un Etat central malien sans prise sur la partie septentrionale du pays. Les pressions ont commencé pour obliger Dioncounda Traoré à négocier avec des Touareg modérés sortis de la manche de Paris et on ne voit pas un président aussi affaibli que Dioncounda Traoré résister à Hollande. Que cela nous plaise ou non, le « printemps arabe » est en train de détacher définitivement l’Afrique du Nord du reste du continent et la « nouvelle frontière » c’est en quelque sorte le Nord-Mali. Cela correspond à un projet stratégique très clair, très cohérent, de l’Occident et il est en train de le mettre en œuvre.


Qu’avez-vous pensé en voyant ces jeunes Maliens brandissant des drapeaux français ?

Certains disent que c’est un montage. Je ne suis pas du tout de cet avis. Ces images disent au contraire l’immense soulagement des Maliens. Ce sont des images particulièrement perturbantes et c’est pour cela que nous devons oser les affronter. La vraie question c’est moins ce qu’il faut penser de l’Etat Français que de nous-mêmes, je veux dire de nous les intellectuels et les politiciens africains. Comment se fait-il que nos populations soient laissées dans un tel état d’abandon ? Ce qui doit nous interpeller tous, ce sont ces images-là : les troupes françaises qui ont occupé ce pays voisin, le Mali, pendant des siècles d’une colonisation barbare, y reviennent cinquante ans après l’indépendance et sont accueillis comme des libérateurs. N’est-ce pas là un sérieux motif de perplexité ? Que pouvait bien valoir, finalement, l’indépendance du Mali ? Qu’a-t-il fait de l’héritage de Modibo Keita ? La question qui se pose en définitive à nous tous, et sans doute avec une force particulière aux anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne, c’est celle de notre souveraineté nationale. Certains retournements historiques sont durs à avaler et nous y avons tous une part de responsabilité. Mais il m’arrive d’en vouloir surtout à nos historiens ; j’ai parfois l’impression que la plupart de ces brillants esprits ne mettent pas leur connaissance intime de notre passé au service de la compréhension des enjeux du présent. Beaucoup d’entre eux ont pour ainsi dire le nez dans le guidon tandis que d’autres répètent les mêmes phrases depuis des décennies sans paraître se rendre compte des mutations qui n’en finissent pas d’intervenir.


Quelles sont les autres images qui vous ont frappé dans cette guerre ?

Une en particulier : celle de ces gamins maliens au bord des routes, regardant passer les militaires Toubab un peu comme ils le faisaient à l’occasion du Paris-Dakar. Je me suis plusieurs fois demandé ce que ça doit faire dans la tête d’un enfant de voir ça. On a rarement vu une population à ce point ébahie par ce qui se passe chez elle et ne comprenant rien à ce qui est pourtant censé être sa propre guerre. On a parfois le sentiment qu’ils ne savent pas si ce qu’ils ont sous les yeux, et qui est si fou, c’est de la réalité ou juste de la télé.


L’opération Serval ne va-t-elle pas, malgré tout, redorer le blason de la France en Afrique ?

Ce n’est pas impossible mais cela m’étonnerait. Les transports amoureux en direction des soldats français viennent du cœur, mais ils sont passagers. Les véritables objectifs de cette guerre vont être de plus en plus clairs pour les Maliens et, pour eux, le réveil risque d’être douloureux. Ça n’existe nulle part, des forces étrangères sympa. Les medias français peuvent toujours se bercer d’illusions, mais à leur place, je me dirais que la mariée est quand même trop belle ! Et puis, vous savez, l’opération Serval a lieu au moment même où la presse parisienne révèle chaque jour des faits de plus en plus précis prouvant le rôle actif des services français dans l’attentat du 6 avril 1994 qui a déclenché le génocide des Tutsi du Rwanda. L’implication résolue de la France dans le dernier génocide du vingtième siècle est une tâche indélébile sur son honneur, les vivats momentanés de Gao et Tombouctou ne vont pas l’effacer.


Quelles leçons le Mali peut-il tirer de ce conflit ?

Tout d’abord, cela doit être extrêmement dur ces temps-ci d’être un militaire malien. Voici une armée nationale se battant dans son propre pays et dont les morts ne comptent même pas, à l’inverse de celle du pilote français d’hélicoptère, Damien Boiteux, abattu au premier jour des combats. Ce que toutes ces humiliations doivent montrer au Mali, c’est ce qu’une certaine comédie démocratique, destinée surtout à plaire à des parrains étrangers, peut avoir de dérisoire. Le Mali est un cas d’école : cité partout en exemple, il a suffi d’un rien pour qu’il s’effondre. Et on y voit déjà à l’œuvre des mécanismes d’exclusion qui peuvent devenir de plus en plus meurtriers : tout Touareg ou Arabe risque d’être désormais perçu comme un complice des groupes jihadistes ou de la rébellion touarègue. Conscients de ce danger, des intellectuels maliens comme Aminata Dramane Traoré n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme au cours des derniers mois, mais personne n’a voulu les écouter. Les relations entre les différentes communautés du Mali ont toujours été fragiles et la menace d’affrontements raciaux n’a jamais été aussi sérieuse. C’est le moment de dépasser les vieilles rancœurs. Peu de temps après le carnage d’Aguelhok, j’ai eu l’occasion de parler dans un lycée de Bamako. Il y avait des jeunes Touareg dans l’assistance et ils avaient manifestement peur de ce qui pourrait leur arriver un jour ou l’autre. Rien, justement, ne doit leur arriver. Ils n’ont pas à payer pour les crimes de quelques politiciens ambitieux, qui sont d’ailleurs surtout laquais de Paris.


Il se dit partout que la lenteur de la réaction africaine a ouvert un boulevard à la France et l’a même légitimée. Comment peut-on éviter qu’une telle situation ne se reproduise ?

Oui, on a beaucoup critiqué, à juste titre, les atermoiements des Etats africains, mais il faut tout de même comprendre qu’il est suicidaire de s’engager à mains nues dans une guerre aussi complexe. C’est toutefois précisément le reproche qu’on peut faire à nos pays : de ne s’être pas dotés des moyens de se défendre, individuellement ou collectivement. Et ici, on en revient à ce que Cheikh Anta Diop a toujours dit : « La sécurité précède le développement et l’intégration politique précède l’intégration économique. » Son parti, le Rnd, vient d’ailleurs de le rappeler dans une déclaration sur la guerre au Mali. Sa vie durant, Cheikh Anta Diop a insisté sur la nécessité d’une armée continentale forte. Sa création ne peut évidemment pas être une affaire simple, mais en voyant tous ces soldats ouest africains redevenus des « tirailleurs sénégalais », on a un peu honte et on se dit que sur cette question aussi Cheikh Anta Diop avait vu juste avant tout le monde. Je pense qu’il n’est pas trop tard pour méditer ses propos. Et, soit dit en passant, le président Sall ferait bien de s’en souvenir au moment où il semble vouloir donner une seconde vie au Nepad.


Cet entretien devait être exclusivement consacré à la situation au Mali, mais je ne peux m’empêcher, en conclusion, de vous demander votre avis sur les audits et la Crei…

Pour moi, c’est tout simple : des milliards ont atterri dans des comptes privés et l’Etat se doit de les réinjecter dans notre économie, quitte à négocier avec les détourneurs mais en se montrant résolu à contraindre les récalcitrants à rendre gorge, par des voies légales, bien entendu. Même Wade devrait être invité à répondre en justice de sa gestion. J’admets que son âge pourrait poser problème par rapport à notre manière de voir les choses au Sénégal, mais on ne doit pas non plus oublier que cela ne l’a pas empêché de vouloir continuer à occuper les lourdes charges de président il y a moins d’un an. Cela dit, on ne développe pas un pays en récupérant de l’argent détourné, on développe un pays en empêchant que l’argent public soit impunément détourné. Or il faut être aveugle pour ne pas voir que la gangrène de la corruption continue à ronger notre société. Tout est monnayé de l’aube au crépuscule. Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Le racket quotidien en pleine rue, au vu et au su de tous, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je suis convaincu que la plupart des membres du nouveau gouvernement sont des gens honnêtes, mais, dans ce domaine, on ne peut pas s’en remettre à la bonne volonté des personnes. Si le système n’est pas repensé, si le consensus social au sujet de la corruption n’est pas brisé, dans cinq ou dix ans le nouveau pouvoir va dépenser des milliards mais aussi beaucoup d’énergie pour récupérer d’autres milliards détournés par quelques-uns des ministres ou responsables nationaux aujourd’hui en activité. C’est absurde et il est urgent de se dégager de ce cercle vicieux.


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** Boubacar Diop est écrivain. Ses propos ont été recueillis par Souleymane Ndiaye pour le journal «Le pays au quotidien»

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Mali : A quoi sert Serval ?

Babacar Justin Ndiaye

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/features/86127

Jusque-là moins cadenassé que la Côte d’Ivoire et le Sénégal dans le giron français, le Mali, éprouvé par les rébellions et le terrorisme, politiquement déchiqueté par les chamailleries entre les acteurs civils et militaires de Bamako, est désormais à la merci de son sauveur tricolore.

L’intervention de l’armée française a mis un terme à neuf mois de coupure territoriale et de césure administrative du Mali. Elle marque la fin d’un immobilisme périlleux qui équivalait à un cancer en voie d’expansion dans la sous-région ouest africaine. Et amorce le temps des changements à la mesure de l’épaisseur des défis charriés par la crise ; parmi lesquels figurent le désordre institutionnel et l’équation des « identités meurtrières » pour paraphraser Amine Maalouf.

« On ne ment jamais autant que pendant la guerre ; et avant les élections » répétait, mi-amusé mi-sérieux, Georges Clemenceau. Savante et véridique boutade à laquelle la guerre au Mali n’a point échappé. Car, entre les explications acceptables et les justifications probantes, l’opération militaire française baptisée du nom de code « Serval » masque sûrement une somme de non-dits.

Lancée sous le sceau de l’urgence et avec une montée en puissance fulgurante, Serval a – en un temps court – coiffé ses principaux objectifs sur le champ de bataille ; notamment dans le triangle difficile d’accès : Tombouctou, Gao et Kidal.

Pareille débauche d’efforts opérationnels, logistiques et financiers ne peut être vide et / ou vierge de buts sous-jacents dans un pays (le Mali) bordé par sept Etats dont un seul (l’Algérie) n’a jamais figuré dans le fameux pré-carré, c’est-à-dire cette chasse gardée politique et économique au sud du Sahara que ni les professions de foi des gouvernements de droite, ni les programmes électoraux des partis de gauche n’ont jamais supprimée. Bien au contraire.

Jusque-là moins cadenassé que la Côte d’Ivoire et le Sénégal dans le giron français (inoxydable reliquat du nationalisme légué par le père de l’indépendance Modibo Keita) le Mali physiquement éprouvé par les rébellions et le terrorisme puis politiquement déchiqueté par les chamailleries entre les acteurs civils et militaires de Bamako, est désormais à la merci de son sauveur tricolore. Avec la bénédiction d’au moins cinq membres de la Cedeao (Sénégal, Niger, Guinée, Côte d’Ivoire et Burkina) tous convaincus que l’écroulement du rempart malien, ouvrirait des boulevards aux jihadistes vers leurs frontières respectives.

Dès lors, Paris fort de son coup de poker diplomatique et militaire largement réussi – nonobstant l’approbation gênée et l’aveu d’impuissance de l’Union africaine – aiguillonne la manoeuvre et ouvre un agenda lesté de trois chapitres : juguler le péril islamo-terroriste (déjà stoppé et refoulé) ; recouvrer l’intégrité du territoire malien issu de la décolonisation en 1960 ; et – secousses à répétition obligent – remembrer l’entité nationale suivant une épure fédérale, fédérative ou confédérale.

Cette idée de reconfiguration de l’entité malienne fait florès depuis la sanctuarisation du Nord-Mali par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en collusion avec les autonomistes touaregs. Avec d’autant plus de fortune qu’elle est curieusement partagée, non sans arrières-pensées différentes, par l’Algérie, la Mauritanie et le Burkina. Et, au-delà du Sahel, par la Tunisie dont le président Moncef Marzouki a souligné à Addis-Abeba : « l’aspect identitaire de la revendication normale des Touaregs ».

En revanche, le Sénégal qui se coltine depuis trente ans le dossier casamançais, est évidemment plus réservé voire hostile à toute autonomie du Nord-Mali. En effet, les risques de contagion nés de l’indépendance du Sud-Soudan proclamée en février 2011, meublent de cauchemars le sommeil des dirigeants sénégalais. Lesquels ont dépêché un bataillon de 500 hommes au Mali. Pour Dakar, autonomie et statut spécial sont synonymes de démantèlement potentiel de la nation.

Sous cet angle, l’après-guerre a déjà commencé avec les manœuvres tous azimuts. Téléguidée et assistée par les barbouzes de la Dgse (spécialistes de l’accouchement opportun) la naissance du Mouvement islamique de l’Azawad (Mia) a porté un coup dur au leadership du radical Iyad Ag Ghali, fondateur d’Ansar Dine. Malgré son appartenance à la noblesse de robe (la tribu régnante des Ifoghas de Kidal) le très craint chef d’Ansar Dine a été lâché par son numéro deux, Algabas Ag Intalla. Et, surtout, par son porte-parole Mohamed Ag Arib longtemps immigré en France, souvent aperçu dans les couloirs du Quai d’Orsay.

Bref, le vétéran de la cause autonomiste converti au salafisme qu’est Iyad AG Ghali, n’est manifestement pas la carte que joue Paris au Nord-Mali. Ses accointances anciennes avec les services spéciaux algériens et sa position rigide à propos de la charia l’ont disqualifié aux yeux du parrain français et du facilitateur burkinabé. Au demeurant, Ouagadougou n’a jamais cessé de jouer sa partition dans ce que les observateurs avisés appellent le « coup du 16e parallèle », allusion à la future frontière entre le nord et le sud du Mali, située précisément à la hauteur de cette ligne.

La prise – sans le moindre coup de feu – de la ville de Kidal (fief des Touaregs sous contrôle du Mnla) par les soldats français d’une part ; et l’interdiction faite à l’armée malienne de s’approcher de Tessalit d’autre part, dévoilent une sorte de deal ou de combine dans les plans opérationnels de Serval. Et les desseins de l’Elysée au Mali. « Il y a toujours une facture à payer quand quelqu’un vous fait gratuitement un travail », dit l’adage.

Mais la feuille de route de Serval dépasse l’Azawad malien. Son pendant oriental, c’est-à-dire l’est nigérien abrite le gisement d’uranium d’Arlit dont l’exploitation plus que cinquantenaire – successivement par le Commissariat à l’énergie atomique (Cea) et par Areva – a assuré à la France, un approvisionnement permanent et précieux de son programme nucléaire tant civil que militaire. Toujours dans cette partie du Niger très voisine du Nord-Mali, Areva a investi 1,5 milliard d’euros sur le site de la deuxième grande mine du monde découverte à Imouraren. Pour la petite histoire (indissociable de la grande) la bataille pour le contrôle du méga-gisement d’uranium d’Imouraren, entre Chinois et Français, n’est pas étrangère à la chute du président Tandja Mamadou, en avril 2010. C’est dire combien la sécurisation du flanc nigérien de l’Azawad est aussi vitale que la stabilisation du Nord-Mali.

En deçà du volet militaire – Serval en tant que précurseur et fer de lance de la Mission internationale de Soutien au Mali (MISMA) – aura subsidiairement du pain (chaud) sur la planche malienne. D’abord, l’absence de combats majeurs durant la campagne militaire atteste l’existence de katibas résiduels voire de forces jihadistes (intactes) réfugiées dans les grottes du massif montagneux couvrant les deux tiers de la seule région de Kidal plus vaste que tout le Sénégal. Ce qui préfigure une guerre d’usure faite de harcèlements sporadiques sur un terrain difficile que l’armée française va confier aux unités tchadiennes et nigériennes, plus aptes à se battre dans le désert que les contingents sénégalais et togolais.

Ensuite, Serval, remplacée au Nord par la Misma, gardera son Qg établi sur l’aéroport de Bamako où stationnent des blindés, une flottille d’hélicoptères de types Gazelle et Tigre, et des compagnies de légionnaires. Bref, une force de dissuasion susceptible de tenir en respect le directoire militaire de Kati présidé par le capitaine Sanogo, auteur du putsch du 22 mars 2012 contre le président Amadou Toumani Touré (Att).

A cet égard, certains analystes se demandent si le destin de Sanogo n’est pas en train de vaciller ? A Bamako, on murmure qu’après la libération du Nord, il faudra également libérer l’enclave de Kati, la ville-garnison située à 15 km de Bamako qui est le berceau du putsch et le siège des putschistes. Question : sur quoi va déboucher le face-à-face entre le Qg de Serval, sur l’aérodrome de Bamako et le Pc de l’ancienne mais vivante junte, installé à Kati ?

On s’achemine incessamment vers une division du travail. Dans les sables et les montagnes de l’Azawad, on enverra la Misma. Tandis que Serval (repliée du Nord) sécurisera la Transition démocratique, en la protégeant de toute agression anticonstitutionnelle émanant des partis et/ ou des fractions de l’armée malienne. En clair, la France cherchera à mettre fin au désordre institutionnel, en mettant justement hors circuit voire hors d’état de nuire, le capitaine Sanogo. Une étape prochaine dans la gestion de la crise malienne qui sera une très probable pomme de discorde entre le sauveur français et les Maliens faibles mais fiers.

Après le bras de fer entre Wade et la France autour des bases de l’armée française à Dakar, Paris va trouver une compensation inespérée au Mali. En effet, Mopti complétera bientôt le chapelet de bases françaises (N’Djamena, Abéché et Djibouti) qui longent toute la bande saharo-sahélienne. Ce n’est pas un hasard, si le bâtiment de la Marine (le porte-hélicoptères Dixmude) a appareillé de la rade de Toulon vers Dakar, avec un chargement aussi volumineux que cinq Tgv.


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** Babacar Justin Ndiaye est analyste politique

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Guerre contre Aqmi-La France ne perd pas le Nord

Honni soit qui Mali pense

Pathé Mbodje

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/features/86123

Rattrapé par la résolution 1973 visant l'assassinat – réussi - de Mouammar Khadafi, l'Occident chrétien a repris sa croisade contre des Islamistes qu'il a puissamment armés. Pour les chasser de leur dernier bastion au Mali, au nom des intérêts... de la France.

François Hollande n'a pas fait mieux que Nicolas Sarkozy dans la croisade de l'Occident contre l'extrémisme islamique au Maghreb. La bataille du Mali est de la même veine que celle d'Afghanistan, du Liban et du Sahara africain : elle vise à détruire le dernier bastion d'irrédentistes religieux vivant de trafic de drogue et d'êtres humains échangés contres des espèces sonnantes et trébuchantes.

La seule différence est que, dans le Nord malien, les coalisés occidentaux ont associé des Africains dans ce transfert de technologies et tous combattent ceux-là mêmes que la France avait armés en Libye, et même surarmés en 2011, lors d'une interprétation outrancière de la résolution 1973 ; celle-ci prévoyait uniquement en effet l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, alors qu'elle a été comprise comme un soutien réel à la rébellion libyenne, dans la version locale du Printemps arabe.

L'originalité, avec le président français, est qu'il aura raffermi une image molle qu'on lui prêtait, qu'il reprenait pied sur le continent noir via le Mali, après le racolage en Algérie qui constitue la mauvaise conscience de la France coloniale en Afrique. Avec la bénédiction de l'inévitable troïka (Usa, Grande-Bretagne-Hexagone).

Le prétexte avancé d'un nid de repris de justice vivant de la drogue et du trafic d'êtres humains (otages) qu'il faut détruire au nom de la religion a malheureusement pris le temps d'une gestation, avec comme conséquences visibles l'anéantissement de trésors humains et matériels inestimables, dans l'indifférence générale atténuée par des condamnations du bout des lèvres de la destruction de biens culturels et du supplice de quelques suppliciés au nom de la charia islamique.

Le prétexte d'un Benghazi-bis que serait un déferlement vers Bamako a donné l'occasion à la France de répondre pudiquement à un appel présidentiel soudain valable, alors que les Etats-Unis émettaient pendant ce temps des doutes sur la capacité stratégique des états-majors africains en conclave permanent, dans une sorte de drôle de guerre contre des envahisseurs en place depuis avril 2012 et qui sévissaient jusque-là en toute impunité.

La guerre en vue de la conquête du Nord a démontré, avec In Amenas, un corollaire intéressant : la cour effrénée à l'Algérie pour la sécurisation du pétrole et du gaz, même si l'Asie en tire le principal parti. Elle est la conséquence de la liquidation de Ben Laden et des derniers soubresauts en Afghanistan : le Mali est le lieu idéal, avec le retrait des forces libres, entraînées dans la guérilla et prêtes pour des missions analogues. Le Sahara africain devenait en effet le dernier repaire qu'il fallait détruire au nom de la sécurité internationale. Bush avait dit la même chose avec l'Irak de Saddam Hussein.

La France ne perd pas le nord, dans cette lutte contre AlQaïda au Maghreb islamique : elle fera double coup, dans la reconquête du Sahara africain : couper toute retraite aux mercenaires islamistes, détruire le nid de vipères de cet islamisme outrancier et, cerise sur le gâteau, sécuriser ses intérêts dans la zone (uranium nigérien) et sauvegarder des richesses d'une Algérie que Paris ne parvient toujours pas à dérider avec les bienfaits de la colonisation. La retraite est coupée.


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** Pathé Mbodje est journaliste, sociologue

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Lettre à Patrice Emery Lumumba

Ama Biney

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/features/86124

En ce 52eme anniversaire de l’assassinat de Patrice Lumumba, Ama Biney analyse aussi bien la situation en République démocratique du Congo qu’en Afrique, affirmant que le Congo n’est pas seulement "un problème mondial", i est également crucial pour l’unité future de l’Afrique en raison des ressources et de la situation stratégique de ce pays.

Mon cher Patrice,

En ce 52ème anniversaire de votre brutal assassinat le 17 janvier 1961, votre peuple de 60 millions d’âmes continue d’être privé de la paix, de la justice et de la liberté. Le peuple a continué de saigner à mort. Le viol est devenu une arme de guerre contre des milliers de femmes congolaises. Entre août 1998 et avril 2007, près de six millions de Congolais sont morts du fait d’atrocités indicibles, de maladies, de faim et de malnutrition. Ce nombre est presque le même que celui des Juifs morts au cours de la Shoa. Ce qui m’amène à demander : est-ce en raison de la peau noire des Africains que l’humanité globale est paralysée et se terre dans l’indifférence ? S’ils avaient été des Européens, ces tueries auraient-elles été évitées ou freinées ?

La catastrophe qui se déroule au Congo connaît une envergure similaire à celle du génocide au Cambodge ou au Rwanda, la guerre du Viet Nam, la guerre en Europe comme la Première et la Deuxième Guerre Mondiale et la guerre des Balkans ? Si vous étiez en vie aujourd’hui, que diriez-vous aux femmes qui ont subi un viol collectif commis par des compatriotes congolais ? Comment réconforteriez-vous les enfants devenus orphelins du fait de vicieux seigneurs de guerre mâles qui cherchent à se grandir et à acquérir des richesses personnelles puisées dans les richesses du Congo ? Que diriez-vous aux centaines d’enfants des rues, sans instruction et aux jeunes sans emploi qui sont attirés dans les armées rebelles afin de commettre des crimes horribles contre des concitoyens congolais ? Comment est-ce possible que 50 ans après la soi-disant indépendance, l’espérance de vie des femmes congolaises est de 47 ans et celles des hommes 42 ?

LES RICHESSES DU CONGO ESSENTIELLES POUR LE MODE DE VIE OCCIDENTAL ?

Che Guevara avait raison lorsqu’il écrivait dans son journal, en 1965, que "le Congo est un problème mondial". [1] Le Che a aussi vu que "la victoire au Congo aurait des répercussions dans tout le continent comme les aurait la défaite".[2] En effet le Congo demeure un "problème mondial" dans la mesure où il continue de détenir les 64% des réserves mondiales de coltan utilisé dans les téléphones cellulaires, les ordinateurs, les pacemakers, les caméras vidéos, les moteurs des jets, les prothèses, les fusées, les appareils acoustiques, entres autres. [3]. La plupart de ces objets ne sont accessibles que dans les pays développés, mais la matière première provient du Congo. Ceci renforce la réalité que les Africains produisent ce qu’ils ne consomment pas et consomment ce qu’ils ne produisent pas. Pour formuler les choses différemment, le consumérisme de la plupart des Occidentaux dépend de l’exploitation des Africains - qui produisent à bas prix - et des richesses de l’Afrique, pendant que la majorité des Africains restent pauvres en raison des liens structurels de cette relation.

Peu de choses ont changé depuis la période coloniale. Au 19ème siècle, les Congolais étaient contraints par les Belges à se soumettre à des conditions féroces pour produire des quotas de caoutchouc ; ce qui a coûté la vie à 10 millions de Congolais. Nombreux aussi sont ceux qui ont perdu un membre pour n’avoir pas satisfait aux quotas. Aujourd’hui, le pillage et le vol de coltan par des groupes rebelles congolais, encouragés par leurs soutiens au Rwanda, en Ouganda, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans différentes multinationales, leur profitent énormément au détriment de la population congolaise qui ne voit guère la couleur des richesses enfouies dans leur sous-sol. Quand des individus acquièrent le dernier modèle de téléphone cellulaire comme étant "leur droit", c’est comme si les "diamants du sang" coexistent avec le "coltan du sang".

LA PRESCIENCE DE NKRUMAH

Votre proche collègue, Kwame Nkrumah a parlé des défis du Congo. Vous et moi savons que nombre de ces défis restent d’actualité aujourd’hui, sous de nouvelles et complexes mutations : le défi de créer et de maintenir un gouvernement démocratique fédéral centralisé, dans lequel chacun des 200 groupes ethniques du Congo peut avoir son mot à dire à propos de la gouvernance, le défi aussi pour que les phénoménales ressources économiques du Congo servent prioritairement les besoins des masses congolaises au lieu d’être siphonnées pour servir des intérêts extérieurs. Les impérialistes sont pleinement conscients que le Congo - de la taille de l’Europe occidentale- a une frontière commune avec neuf pays africains et que si on contrôle le Congo, on contrôle l’Afrique. La balkanisation, la désunion et la sécession de l’Afrique sont tragiquement résumées par le Congo, ce contre quoi Nkrumah avait fortement mis en garde.

Le 8 août 1960, Nkrumah a déclaré à l’Assemblée nationale du Ghana : "Si nous permettons à l’indépendance du Congo d’être mise en péril de quelque façon que ce soit par les impérialistes et les forces capitalistes, nous exposerons la souveraineté et l’indépendance de toute l’Afrique à de grands risques. Il s’en suit que la lutte du Congo est notre lutte. Il nous incombe de nous tenir auprès de nos frères au Congo sachant que seule l’Afrique peut combattre pour sa destinée" [4] Les propos de Nkrumah sont aussi pertinents aujourd’hui qu’en 1960.

Aujourd’hui on demande : pourquoi n’est-il pas possible de trouver un dirigeant africain qui fasse siens les propos et les actions de Nkrumah, en relation avec le Congo ? La réalité est que collectivement, les dirigeants révolutionnaires n’ont aucune vision concernant l’Afrique mais en plus, l’unification de l’Afrique est difficile lorsque le Zimbabwe, l’Angola, l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda ont chacun soutenu l’un ou l’autre des groupes rebelles au Congo ou le gouvernement congolais pour servir leurs propres intérêts nationaux de concert avec des intérêts extérieurs qui ont cherché à profiter du pillage continuel de ses énormes richesses minérales. C’est aussi difficile lorsque la classe des arrivistes petits bourgeois, mesquins et obséquieux, continue d’exister grâce à des bribes distribuées par leurs anciens maîtres coloniaux et sont impliqués dans des arrangements bilatéraux et multilatéraux qui subordonne encore davantage l’Afrique à l’économie globale néolibérale.

VOUS VOUS RETOURNEZ DANS VOTRE TOMBE ?

Le 8 août 1960, vous avez conclu un accord secret avec Nkrumah affirmant votre détermination conjointe "de travailler dans la plus étroite collaboration possible avec les autres Etats africains indépendants pour l’établissement de l’Union des Etats africains, en vue de libérer tout le continent africain du colonialisme et de l’impérialisme". [5] Cet accord n’a jamais été appliqué en raison de l’effondrement de votre gouvernement et de votre assassinat au main des laquais du néocolonialisme et des forces impérialistes représentées par les Belges et les Américains. [6] Vous et Nkrumah aviez envisagé la création "d’un haut commandement combiné des forces militaires afin d’amener un retrait rapide des troupes étrangères du Congo". [7] Hélas ceci ne s’est pas produit. Depuis la débâcle du Congo, peut-être que vous et Nkrumah vous retournez-vous dans vos tombes en voyant ce qui se passe non seulement dans ce pays, mais dans un bonne partie de l’Afrique alors que le néocolonialisme s’implantent plus profondément dans les pores et la terre d’Afrique ainsi que dans la psyché de certains Africains. Le haut commandement africain de Nkrumah a été parodié par les « United States of Aggression » (Usa) lorsque, à l’instigation de l’ancien président Georges Bush junior, les Etats-Unis ont mis sur pied l’Africom. Celui-ci est maintenant conduit par Barack Obama, né d’un père kényan et d’une mère américaine et qui, sans retenue aucune, sert les intérêts impérialistes américains, camouflé sous une feuille de vigne du nom de Africom. Sous le prétexte de "sécurité mutuelle","coopération", "piraterie en Somalie","manœuvres militaires conjointes", la "lutte contre le terrorisme global", les armées de myriades de gouvernements africains néolibéraux se sont engagés dans ces exercices de formation dans tout le continent sous l’égide de l’Africom et de leurs anciens maîtres coloniaux. Africom est implanté au Camp Lemonier à Djibouti, dans la Corne de l’Afrique avec plus de 2000 troupes américaines présentes.s

Depuis votre sauvage assassinat, des nouvelles réserves de gaz et de pétrole ont été trouvées dans différents pays africains et ne feront qu’entraîner de nouvelles intrigues impérialistes et néocoloniales en Afrique, si le continent ne s’unit pas pour utiliser ces ressources pour sa population. De plus, l’apparition de Boko Haram au Nigeria, d’Al Shabaab en Somalie et l’alliance des islamistes avec Al Qaeda au Maghreb au Mali laissent prévoir une plus grande militarisation et une désunion de notre continent, donnant ainsi le prétexte d’interventions étrangères, avec des porteurs du cadeau du Cheval de Troie.

L’assassinat sauvage du colonel Mouamar Kadhafi, le 20 octobre 2011, n’est pas seulement un grand pas en arrière pour la nation pétrolifère libyenne, il l’est aussi pour tout le continent lorsque l’Union africaine est dédaigneusement et avec arrogance mise de côté par l’Otan, la France et la Grande Bretagne sous le prétexte de "la responsabilité de protéger" (R2P), doctrine qui ignore le sort des Libyens et des Africains de peau foncée qui sont devenus les victimes de tortures et de détentions pendant que le chaos amplifiait. Ces Africains n’étaient pas protégés par les forces de l’Otan. Une doctrine humanitaire aussi ostensible que le R2P, n’est rien d’autre que la version du 21ème siècle de celle du 19ème : "le fardeau de l’homme blanc" qui est le camouflage des constructeurs d’empire. Les mauvais traitements infligés aux Libyens et aux migrants africains minent l’unité panafricaine. C’est un problème qui érode l’unité nationale en Mauritanie et au Soudan où les Arabes oppriment les Africains.

Depuis votre assassinat, les Congolais n’ont pas été les seuls à souffrir dans ce monde. Il y a des conflits ailleurs sur le continent : au Darfour, dans la Corne de l’Afrique, au Libéria, au Burundi, en Sierra Leone et ailleurs encore. Il y a eu aussi la guerre des Balkans, la première guerre en Irak, l’invasion de l’Afghanistan en octobre 2001 suivie par l’invasion absurde de l’Irak en mars 2003 en dépit d’une opposition internationale aux fauteurs de guerre en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, les abus à Abu Graib, les déportations par les Britanniques et les Américains, le tout au nom de la guerre globale contre terrorisme qui a maintenant remplacé la Guerre Froide de votre époque. A quoi s’ajoutent les centaines de détenus qui croupissent dans les camps militaires américains à Guantanamo, à Cuba. En résumé, nombreux sont ceux qui sont morts, ont été emprisonnés et torturés sans raison. De plus, il y a eu le lent génocide infligé à la population de Gaza sur la terre de Palestine occupée par les Israéliens, et dont les infrastructures qui se désintègrent en raison de l’occupation affectent négativement la population palestinienne. Tout cela en plus de la crise alimentaire qui affecte les vieillards, les enfants et les femmes enceintes.

L’anniversaire de votre assassinat coïncide avec celui du 53ème anniversaire du vicieux blocus américain de la petite île de Cuba, imposé en octobre 1960. Pourtant, le 13 novembre 2012, 188 des 193 membres de l’Assemblée Générale des Nations Unies ont voté à l’unanimité la fin du blocus. Trois pays ont voté contre, les Etats-Unis, Israël et Palau, faisant que le blocus est resté en place. Si la démocratie signifie la décision de la majorité, où est l’équité démocratique et la justice dans ce cas ? Pour formuler les choses différemment, comment se fait-il que les Etats-Unis puissent avoir des relations normales avec la Chine communiste mais pas avec Cuba communiste ?

LA MENACE DU BON EXEMPLE CONTINUE

Vous et Nkrumah aviez une conscience aiguë que le Congo, en raison de sa taille, de sa position géostratégique et de ses vastes ressources économiques, était crucial dans la quête de l’unité panafricaine. Toutefois, les impérialistes ne pouvaient tolérer même un seul dirigeant dans le monde en développement qui utilise les ressources de son pays dans l’intérêt de sa population. A votre époque, on était taxé de communiste pour une telle chose ou même pour le fait de penser une telle chose. La conséquence d’avoir consacré ses propres ressources nationales au développement de sa propre population a été, pour des dirigeants comme vous-même, Nkrumah, Cabral, Pierre Mulele, Sankara, Machel et tant d’autres dans notre riche histoire, d’être éliminés, souvent avec la collaboration de ceux que Malcolm X a justement désigné sous le terme de "nègre de la maison" ou d’"Oncle Tom" du jour. La menace du bon exemple continue de mettre en péril l’impérialisme, le capitalisme et l’actuel néolibéralisme. Car leur ordre du monde est unipolaire dans lequel des systèmes politiques et économiques alternatifs ne peuvent être tolérés par crainte que cet exemple en inspire d’autres.

C’est pourquoi Fanmi Lavalas, le populaire parti politique des Haïtiens reste banni en Haïti et pourquoi l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, deux fois démocratiquement élu a été horriblement vilipendé et présenté comme un croisé entre un ayatollah et Fidel. [8] Voilà pourquoi il a été exilé de sa terre natale pour sept ans jusqu’en mars 2012. "L’assaut de la démocratie" [9] a été orchestré par la classe dirigeante haïtienne et leurs complices aux Etats-Unis, au Canada et en France. A l’instar des Palestiniens qui ont élu le Hamas en janvier 2006, Fanmi Lavalas n’aurait pas dû - aux yeux de l’Occident, remporter une victoire écrasante lors des élections à tous les niveaux du gouvernement, en 1990 et en 2000. Voilà pourquoi les tentatives d’écraser une volonté véritablement démocratique du peuple haïtien et de ses organisations se poursuivent par des opérations vicieuses des forces paramilitaires, un châtiment cruel du peuple haïtien soutenu par des forces coloniales et impérialistes. Ce n’est pas le peuple haïtien qui n’est pas prêt pour une authentique démocratie, mais bien ses élites néocoloniales et leurs collaborateurs occidentaux.

LES MESSIES FONT-ILS PARTIE DU PROBLEME ?

Au plus fort du conflit au Congo qui a empêtré la région et plusieurs dirigeants africains cupides, il y a divers faux messies qui prétendent conduire le Congo vers la terre promise. Peut-être cela est-il un problème pas seulement pour le Congo mais pour la situation post-coloniale de l’Afrique. La population est amenée à croire qu’elle a besoin d’un homme magique (rarement "une femme magique"), un messie qui la délivrera de l’oppression. Nous recherchons les messies juste pour nous retrouver sous une nouvelle forme de dictature, de culte de la personnalité qui génère une dispensation patriarcale, phallocratique et misérable. Une démocratie qui n’est pas véritablement inclusive des femmes, des jeunes et de tous les groupes ethniques et opinions politiques a été la pierre d’achoppement qui, selon la prescience de Fanon, nous a coûté cher. De même, le fait de ne pas aborder les constructions et édifices néocoloniaux et patriarcaux en place depuis que la décolonisation physique a eu lieu n’a fait que donner naissance à de nouveaux systèmes de domination et de répression, y compris celle des femmes. Par conséquent les voix diverses des femmes doivent être entendues ainsi que leur silence. Elles doivent être à l’avant-garde la construction de la paix et de la reconstruction d’un nouveau Congo dans chaque sphère de la société.

Il est temps que les gens s’organisent et travaillent pour eux-mêmes, qu’ils définissent leurs intérêts, leurs besoins, leurs programmes sur une base collectiviste en opposition avec la fixation sur des individus et des chefs. A quoi il faut ajouter que beaucoup de nos concitoyens doivent s’émanciper eux-mêmes de l’esclavage mental et de la psychose de la dépendance qui contient un désir de voir l’étranger venir "nous sauver". Pour reprendre les propos de Nkrumah, "seul l’Afrique peut combattre pour sa destinée". Il n’y a que les Congolais qui peuvent se sauver eux-mêmes

UN CONGO LIBRE ET UNE AFRIQUE LIBRE

En votre qualité de premier Premier ministre du Congo, patriote congolais et panafricaniste engagé, dans votre courte vie vous avez représenté une nouvelle conscience congolaise,qui avait l’audace d’envisager un nouveau Congo faisant partie d’une Afrique unie et véritablement libre. Je vous ramène à votre discours lors de l’indépendance du 30 juin 1960, dans lequel vous avez dit : "L’indépendance du Congo représente une étape déterminante pour la libération de tout le continent africain". Ce qui a été puissamment applaudi. Vous étiez préparé à organiser cette unité mais on ne vous en a pas laissé l’occasion en raison de forces néocoloniales et impérialistes supérieures. Vous avez aussi dit leurs vérités aux puissants et aux impuissants dans cet audacieux discours devant le roi de Belgique. Aux yeux du roi vous étiez simplement un de ces nègres. Aux yeux des Belges, ce discours a scellé votre destin et votre assassinat. D’où leur complicité dans votre meurtre. Pourtant votre nom figure en bonne place dans le panthéon révolutionnaire des combattants pour la liberté avec Toussaint L’Ouverture, Nanny, Sojourner Truth, Haydée Santamaria, Nzinga, Nehanda, Victor Lidio Jara Martinez, Ganga Zumba, Luisa Mahin, Che Guevara, Simon Bolivar, Frank Pais, Gasper Yandga, Paul Bogle, Hatuey, Mary Muthoni Wanjiru et de nombreuses autres qui rempliraient des pages et des pages.

Certains avancent que le temps des idéologies dans laquelle baignait votre époque est révolu. En effet, quelle noble idéologie anime les rebelles au Congo ? Il n’y a rien d’autre que de la cupidité exacerbée, de l’égotisme, de la violence, la soif du pouvoir impitoyable, de la vengeance. Ni nation ni continent ne peuvent être construit sur des bases aussi méprisables et aussi destructrices.

LE CONGO EST VITAL POUR SAUVER LA PLANETE

Certains pourraient croire que le sentiment panafricain basé sur le fait que "ce qui affecte un Africain affecte tous les Africains et les personnes d’ascendance africaine" a disparu. Je ne le crois pas. La lutte au Congo pour la paix, la justice économique et sociale doit certainement être mobilisée sous forme d’un mouvement global pour tous les Africains. Pour ceux d’origine africaine et pour tous les peuples qui aiment la paix, à l’image de la campagne menée en raison de la répugnance morale qu’inspiraient l’Apartheid et ses crimes et qui ont ruiné la vie des Sud Africains noirs en Afrique du Sud. Nous ne pouvons séparer le conflit du Congo de la paix mondiale lorsque les ressources de sa terre sont les piliers du mode de vie occidental. Peu de gens réalisent que le Congo possède la deuxième principale forêt pluviale, après celle de l’Amazonie, et est par conséquent vitale dans l’effort global collectif de sauver la planète de la destruction vers laquelle l’entraîne la folle exploitation capitaliste. Comme l’a succinctement exprimé Jeannette Winterton dans le New York Times du 17 décembre 2009 : "Nucléaire, écologique, chimique, économique, notre arsenal de mort par stupidité est impressionnant pour une espèce aussi intelligente que l’homo sapiens".

Vous continuez à inspirer une génération parce qu’il y a des Congolais véritablement pacifiques, des panafricanistes, des internationalistes qui discrètement travaillent dans le monde entier pour la paix et la justice sociale pour la population du Congo. De même, il y a dans le pays de votre naissance, pléthore de partis politique qui se réclament de votre héritage politique et spirituel. C’est à la population de décider laquelle représente véritablement votre authentique héritage.


CE QU’IL RESTE A FAIRE

Le travail à accomplir pour construire la paix, la réconciliation, le développement socioéconomique qui profite aux femmes, aux pauvres, aux jeunes, aux enfants, aux mutilés, aux invalides, à ceux infectés par le Vih/sida suite au viol, pour guérir les blessures physiques et psychiques des traumatismes de guerre, est colossal. La justice réparatrice doit faire partie intégrale de ce travail comme la reconnection de la population à son histoire continentale qui n’a pas toujours été faite de sang et de larmes, parce que, comme nous l’apprend Marcus Garvey, "nous avons une belle histoire et nous en créerons une autre à l’avenir qui étonnera le monde". Vous-même avez un jour écrit : "L’histoire aura un jour son mot à dire mais ce ne sera pas l’historie enseignée à Bruxelles… Ce sera une histoire glorieuse et digne". Nous devons considérer le passé, comme nous a imploré de le faire le grand panafricaniste feu Tajudeen Abdul Raheem : "La vie doit être comprise en regardant en arrière mais elle doit être vécue en avant".

Ainsi Patrice, en ce 52ème anniversaire de votre meurtre qui cause tant de peine et nous amène à considérer le passé et le présent du Congo et de l’Afrique, je me souviens de vous comme d’un être humain et un chef politique qui avait une vision enracinée dans des principes. Vos valeurs, votre dévouement au Congo et votre engagement pour améliorer la vie de notre population font partie de votre legs que nous devons honorer non seulement pour le Congo, mais pour tous les Africains et les êtres humains de notre planète. Tout ce qu’il me reste à dire est "a luta continua !"


NOTES


1. Cité dans The African Dream: the Diaries of the Revolutionary War in the Congo by Ernesto ‘Che’ Guevara, New York: 2000, p. 86. 

2. Ibid. 

3. Voir http://friendsofthecongo.org/pdf/coltan_facts.pdf

4. Cité in Revolutionary Path by K. Nkrumah, 1973, p.147-148

5. Ibid, p. 148. 

6. Ibid, p. 149.

7. Ibid, p. 149.

8. Voir Damming the Flood Haiti and the Politics of Containment by P. Hallward, 2007, p. 35. 

9. voir Paramilitarism and the Assault on Democracy in Haiti by J. Sprague, 2012.


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** Dr Ama Biney est une intellectuelle militante et éditrice en chef intérimaire de Pambazuka News. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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La pertinence de Patrice Lumumba

Des idées pour la génération actuelle des leaders africains

Antoine Roger Lokongo

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/features/86125

Au cours de sa courte vie, avant qu’il ne soit sauvagement assassiné, Patrice Lumumba s’était engagé en faveur de plusieurs principes et idées importantes qu’une nouvelle génération d’Africains doit revisiter.

Patrice Lumumba a été le héros national de la République démocratique du Congo. Il a réuni tous les groupes ethniques, a arraché l’indépendance à la Belgique et est devenu le premier dirigeant congolais démocratiquement élu. Pour la Belgique, l’ancienne puissance coloniale, le Congo était comme un fruit pas mûr mais que le vent de l’histoire a contraint à tomber. En fait, la proclamation de la Nouvelle République de Chine et la guerre d’indépendance en Algérie ont eu une grande influence sur le mouvement d’indépendance au Congo.

Lumumba était un "évolué". C'est-à-dire un membre de l’élite congolaise qui a si bien assimilé les façons de vivre occidentales. Suite à sa participation à la All African People’s Conference qui s’est déroulée à Accra, du 5 au 13 décembre 1958 (le Ghana étant le premier pays africain qui a obtenu son indépendance le 6 mars 1957), lors de laquelle il a rencontré Kwame Nkrumah, le premier président du Ghana, Lumumba est retourné au Congo transformé, pour devenir un nationaliste et un panafricaniste convaincu. Nkrumah est souvent considéré comme le père spirituel de Lumumba.

LA PERTINENCE CONTINUE DE LUMUMBA

S’adressant à l’audience lors de la conférence, Lumumba a déclaré :" En dépit des frontières artificielles qui nous séparent, nous avons tous la même conscience africaine et nous ne sommes préoccupés que par une seule chose : faire de l’Afrique un continent libre, heureux et libéré de toute domination coloniale. Nous sommes heureux de constater que nous avons un objectif commun, souligné par cette conférence : la lutte contre tous les facteurs internes et externes qui constitue un obstacle à l’émancipation de nos pays et à l’unification de l’Afrique y compris le tribalisme, le séparatisme religieux lesquels sont de sérieux obstacles à la naissance d’une société africaine harmonieuse et fraternelle". Ces propos de Lumumba sont vrais aujourd’hui encore. Même les Belges étaient persuadés que Lumumba était le seul chef congolais au-dessus de la mêlée des conflits ethniques et des préoccupations qui ont détruit tous les autres partis.

A son retour au Congo, Lumumba a organisé une réunion publique le 28 décembre 1958 à Kinshasa, alors dénommée Léopoldville, à laquelle 10 000 membres du Mouvement national congolais (MNC) ont pris part. C’était une grande réussite. L’association des Bakongo (Abako), un parti politique rival mais centré sur l’ethnie, conduit par Joseph Kasavubu, jaloux du succès de Lumumba dans son propre fief, organise alors sa propre réunion publique le 4 janvier 1959. La rencontre ne fut pas autorisée par le gouvernement colonial. Une révolte s’en est suivie et les supporters de Lumumba ont été attaqués. La police a ouvert le feu et 300 personnes ont été tuées. Ce qui a déclanché une insurrection des masses congolaises qui a duré jusqu’à ce que les Belges acceptent des pourparlers et fixent une date pour une table ronde à Bruxelles pour parler de l’indépendance. Le 30 juin 1960, le Congo est devenu indépendant.

La coalition de Lumumba a gagné les élections mais le nationaliste Lumumba, afin de sceller la réconciliation, a convaincu ses partenaires de la coalition de nommer Joseph Kasavubu président honoraire de la République, pendant que le véritable pouvoir serait dans les mains du Premier ministre Lumumba.

FIER DE NOTRE IDENTITE AFRICAINE

La première leçon que nous pouvons apprendre de Patrice Lumumba aujourd’hui, en dépit de tous les malheurs de l’Afrique, est qu’il a toujours été fier d’être un Africain et un Congolais. Donc, en dépit de l’ardente guerre psychologique que les médias occidentaux livrent à l’Afrique, les relations publiques et le monde universitaire, nous ne devrions pas avoir honte d’être africains. Si nous plions devant cette intoxication massive et ces manipulations et tournons le dos à notre continent, qui va le rendre meilleur pour nous ? Même la Chine, notre véritable amie est seulement là pour nous soutenir. La Chine ne peut pas tout faire pour nous. La Chine n’est pas le sauveur de l’Afrique.

Oui, Patrice Lumumba a toujours été fier d’être Africain et Congolais. Voilà ce qu’il a dit : "Je n’ai ni père ni mère. Je n’ai pas de tribu et je n’ai pas de religion. Je suis une idée. Le Congo m’a donné la vie et a fait de moi ce que je suis. C’est mon tour de faire du Congo un endroit où l’on peut vivre mieux". Lumumba parlait toujours d’un Congo meilleur parce que le Congo a une histoire terrible. Depuis la traite des esclaves jusqu’à nos jours, la population n’a eu droit à aucun répit en raison des immenses riches minérales et naturelles dont le pays regorge.

LUMUMBA DIT LA VERITE AUX PUISSANTS

Lors du jour solennel de l’indépendance, le roi Baudoin a retourné le couteau dans la plaie dans son discours lorsqu’il a déclaré : "l’indépendance est le résultat du travail ingénieux du roi Léopold. Le roi Léopold n’est pas venu vous conquérir mais il est venu vous civiliser et vous libérer de l’esclavage et des guerres tribales. Prenez grand soin des valeurs spirituelles, morales et religieuses ainsi que des institutions d’Etat que nous vous léguons. Nous serons toujours là si vous avez besoin de nous…"

La réponse du président Kasavubu a été : "La présence de votre auguste majesté ici ce jour est un nouvel exemple et un témoignage lumineux de votre sollicitude pour le peuple congolais que vous aimez et protégez. Quatre-vingts ans de contact avec la Belgique nous ont apporté beaucoup de bienfaits : la langue, la législation et la culture. Nous allons construire sur ces fondations pour des progrès futurs"

Lumumba, qui curieusement ne devait pas prendre la parole, s’est levé et s’est adressé directement au secteur le plus opprimé de la société : les paysans, les travailleurs et les chômeurs du Congo qu’il avait mobilisés pour l’indépendance totale : "Hommes et femmes du Congo, combattants victorieux pour l’indépendance, aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais"

La vision panafricaine de Lumumba est clairement manifeste dans son discours :

"L’indépendance du Congo est un pas décisif dans la libération de tout le continent", a-t-il dit. Puis il a entrepris de remettre le monde à l’endroit et déclarant :

"C’était notre destin pendant 80 ans de régime colonial. Nos blessures sont trop récentes et douloureuses pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail épuisant, en échange d’un salaire qui ne nous permettait pas de manger à notre faim, ou de nous habiller ou de nous loger décemment ou d’élever nos enfants comme des créatures chers à notre cœur. Nous avons connu les moqueries, les insultes, les coups que nous avons subis chaque matin, midi et soir, parce que nous sommes noirs. Qui oubliera qu’en s’adressant à un Noir on dit "tu", certainement pas en ami, parce que le "vous", plus respectueux", était réservé au seuls Blancs ?

« Nous avons vu nos terres saisies au nom de lois soi-disant légales, lesquelles en fait ne reconnaissaient que le pouvoir de la force. Nous avons vu que la loi n’est pas la même pour les Noirs que pour Blancs - cruelle et inhumaine pour les premiers et accommodantes pour les seconds. Nous avons été les témoins de souffrances atroces de ceux condamnés pour leur opinions politiques ou leurs croyances religieuses, exilés dans leur propre pays, leur sort pire que la mort. Nous avons vu que dans les villes il y a des maisons magnifiques pour les Blancs et des taudis qui tombent en ruine pour les Noirs, que les Noirs ne sont pas admis au cinéma, dans les restaurants, dans les magasins des Européens, qu’un Noir voyage avec les bagages, au pied des Blancs dans leur cabine luxueuse. Qui pourra oublier les massacres au cours desquels tant de nos frères ont péri, les cellules dans lesquelles ont été jetés ceux qui refusaient de se soumettre à l’oppression et à l’exploitation ? » (applaudissements)

Les nouvelles théories politiques selon lesquelles l’Afrique devrait oublier le passé doivent être rejetées. Nous avons besoin de gens qui, à l’instar de Patrice Lumumba, énonce la vérité en Afrique

UN DIRIGEANT QUI A DES PRINCIPES

Le roi n’a pas trouvé drôle ! Lumumba a par la suite été destitué lors d’un coup d’Etat . Il a été emprisonné et exécuté par peloton d’exécution le 17 janvier 1961 à Katanga par des puissances occidentales (Etats-Unis, Belgique, France, Grande Bretagne et les Nations Unies). Celles-ci étaient en collusion avec des chefs locaux comme Moïse Tshombé et Joseph Désiré Mobutu, "utilisant une main africaine pour neutraliser un frère africain insoumis". Cette stratégie a toujours fonctionné en Afrique.

Par l’assassinat de Lumumba, la jeune démocratie congolaise a été décapitée par les mêmes puissances occidentales qui prêchaient à l’Afrique la démocratie et le christianisme. "Sommes-nous vraiment les enfants du même Dieu alors que ce sont les Africains qui souffrent de l’esclavage et du colonialisme ? Si nous ne pouvons pas choisir librement nos partenaires commerciaux, où est notre liberté ? Nous ne pouvons choisir celui qui nous offre la meilleure affaire selon les principes fondamentaux de l’économie de marché et ne commerçons qu’avec les anciennes puissances coloniales".

LES DISCOURS MALVEILLANTS DE L’OCCIDENT

Il y a un discours en Occident qui dit : "Nous ne savons pas quel genre de dirigeant Lumumba aurait été". Moi non plu, je ne sais pas. Mais je vais vous dire cinq choses actuelles. Premièrement : dans son discours d’indépendance Lumumba a dit : " Nous allons ouvrir un œil vigilant sur les terres de notre pays afin qu’elles profitent véritablement à nos enfants. Nous allons restaurer d’anciennes lois et en promulguer de nouvelles qui seront justes et nobles. Nous mettrons un terme à la suppression de la libre pensée et ferons en sorte que tous nos citoyens bénéficient des droits fondamentaux stipulés dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (applaudissement). Nous allons nous défaire de toutes les discriminations de quelque variété qu’elles soient et garantir à chacun une position à laquelle il a droit de par sa dignité, son travail et son engagement. Nous allons gouverner, non par la paix qui est au bout du fusil mais par celle qui vient du cœur et de la volonté." (applaudissements)

Deuxièmement : il ne s’est pas laissé corrompre par le président Eisenhower lors de sa visite aux Etats-Unis. Dans sa dernière lettre à son épouse, Pauline Opango, Lumumba a écrit : "Ni la brutalité, ni les mauvais traitements ou la torture ne m’ont jamais amené à demander grâce parce que je préfère mourir la tête haute, avec ma foi intacte et ma profonde confiance dans la destinée de mon pays, plutôt que de vivre soumis en reniant les principes sacrés. Un jour viendra, lorsque l’histoire parlera, on entendra ni la voix de Bruxelles, ni celle de Paris ou de Washington ou encore des Nations Unies, mais celle qui enseignera à tous les pays émancipés du colonialisme et ses fantoches ".

Troisièmement : la coalition de Lumumba a gagné les élections et a formé le premier gouvernement. Toutefois, le nationaliste Lumumba, afin de conforter la réconciliation, a convaincu ses partenaires de nommer Joseph Kasavubu président honoraire de la République pendant que le véritable pouvoir restait dans les mains du Premier ministre.

Quatrièmement : Lumumba a été le premier dirigeant africain à nommer un jeune à la tête du ministère de la Jeunesse et une femme à la tête du ministère des Femmes.

Cinquièmement : Lumumba croyait en l’égalité des opportunités pour tous les jeunes sans considération ethnique. Après tout, Mobutu, qui a trahi Lumumba, a obtenu une bourse au nom du parti de Lumumba pour aller étudier en Belgique.

Par conséquent, il appartient à chacun de vous de tirer ses propres conclusions et de juger si Lumumba allait devenir un dictateur.

LUMUMBA DOIT ETRE INTERNATIONALEMENT CONNU

Le progrès passe par l’unité africaine, parce que le Congo est le moteur du développement selon les termes de la coopération sud-sud. Les Africains doivent user de leur pouvoir pour aborder le reste du monde selon leurs propres termes et pour le bénéfice la population africaine. Afin de rééquilibrer la balance qui n’est actuellement pas en leur faveur, les pays africains doivent donner la priorité aux accords sud-sud et à des coopérations win/win.

Après l’assassinat de Lumumba au Congo, Mao Tsé Toung a fait une déclaration personnelle de solidarité avec le peuple congolais. Des millions de personnes ont manifesté en Chine et la Chine a soutenu les luttes armées d’indépendance au Congo, menées par des personnes comme Pierre Mulele et Laurent Kabila. J’encourage les jeunes chercheurs chinois à approfondir la recherche sur la vie de Patrice Lumumba pour qu’il soit connu de la population chinoise


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**Antoine Roger Lokongo (nom chinois : Long Gang) est né en République démocratique du Congo. Il est journaliste et doctorant au centre for African Studies, School of International Relations, à l’université de Pekin, Beijing – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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Commentaires & analyses

Pourquoi les élites sénégalaises sont-elles donc si facilement « corruptibles » ?

Cheikh Tidiane Dièye

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/comment/86121

Une nouvelle théorie se construit ainsi dans les cercles proches du président Macky Sall, pour la consolidation des positions de pouvoir par la négation des autres. Ainsi, l’élan apporté par la société civile dans le processus de changement politique que connaît le Sénégal commence à être dévalorisé et même nié.

Certains diront que le mot que j’ai choisi est inapproprié. Mais je n’ai pas trouvé mieux pour décrire la réalité que je souhaite mettre en débat. Lorsqu’on se propose d’analyser le mode de fonctionnement (dysfonctionnement serait d’ailleurs plus pertinent) du système politique que notre société a créé, on ne peut manquer d’être frappé par sa grande capacité à se reproduire quasiment à l’identique. Les acteurs politiques se succèdent, assimilent et reproduisent les logiques, le langage, les codes et usages, les petits calculs, les renoncements, et bien d’autres pratiques et comportements qui peuplent l’espace politique sénégalais.

Cette formidable capacité des élites sénégalaises, qu’elles soient politiques, intellectuelles, religieuses ou coutumières, à se laisser mouler dans cette sorte de culture politico-sociale et administrative, faite d’une symbiose inachevée entre des normes et valeurs traditionnelles, des normes occidentales importées ainsi que des normes religieuses travesties, semblent être l’un des principaux facteurs de blocage de notre société.

S’il est vrai que le renouvellement est la marque principale du progrès dans les sociétés humaines, il est tout aussi vrai qu’il n’y a pas de renouvellement sans ruptures, quelques fois douloureuses, avec un ordre social et politique dépassé. Or ces ruptures semblent être un défi insurmontable pour nous. L’un des arguments souvent avancés par les élites pour justifier leur entrée en politique, c’est de dire qu’il faut renter dans le « système » pour le changer de l’intérieur ». Une telle volonté est absolument louable. Mais le problème c’est que de l’indépendance à nos jours, aucun acteur ou groupe d’acteurs n’a réussi à la traduire en acte. Le « système », comme ils l’appellent, à toujours réussi à corrompre les volontés les plus tenaces et à transformer nombre d’acteurs en les noyant dans la culture politique ambiante. Cette culture du nivellement par le bas, ayant comme piliers le clientélisme, la corruption, l’impunité, le népotisme, le culte du paraitre, l’accaparement, l’irrationnel, le mystique et le mythique, entre autres….

Certains acteurs ont pourtant une trajectoire personnelle respectueuse qui pourrait les prémunir de certaines faiblesses. Mais on a comme l’impression qu’ils finissent tout de même par sombrer dans cette métamorphose collective. J’ai été particulièrement frappé ces derniers jours par des positions, pour le moins déroutantes, de deux personnalités de la vie publique à propos du rôle des mouvements sociaux dans l’espace de la gouvernance publique et du statut des recommandations des assises nationales.

Il y a quelques semaines, le ministre de la bonne gouvernance (Ndlr : Abdou Latif Coulibaly), pour qui j’ai un grand respect, a rendu officielle son adhésion à l’APR (Ndlr : Alliance pour la République, parti au pouvoir). Il n’y a rien de plus normal. Et je souhaite que son engagement lui procure tous les bienfaits qu’il en attend, pour lui-même et pour le Sénégal. Si j’évoque son cas en guise d’exemple, c’est parce que j’estime que son investissement politique non partisan pendant plusieurs décennies lui a forgé une personnalité politique qui devrait le soustraire aux logiques partisanes primaires, à la subjectivité du client et du parti-pris.

Monsieur le ministre nous informe que les conclusions des Assises nationales ne sont pas la loi. Et comment ! Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire le contraire. La seule prétention des Assises nationales, c’est de fournir aux décideurs comme aux citoyens un gisement d’idées, de principes et de lignes d’actions ayant fait l’objet d’une construction théorique et pratique sans précédent dans l’histoire du Sénégal et qui peuvent permettre de bâtir un avenir digne de nos rêves. Je ne crois pas qu’une telle sortie soit productive pour lui et pour le président qu’il sert. Je n’ai pas non plus la prétention de donner une leçon de communication à un spécialiste de sa dimension, mais une approche plus positive aurait mieux servi le président et lui aurait aussi épargné bien des commentaires. A sa place j’aurais dit à peu près ceci : «Les Assises nationales sont un ouvrage collectif porté par une large partie du peuple sénégalais. Elles ont produit des recommandations pertinentes et utiles. Le président Macky Sall, qui a signé la Charte, s’est engagé à mettre en œuvre les conclusions et recommandations qui peuvent renforcer le programme de gouvernement, l’ambition et à la vision qu’il a pour le Sénégal. Une Commission dirigée par le Pr Amadou Moctar Mbow réfléchit sur les réformes institutionnelles qui seront appliquées sous la conduite du président.»

Le ministre dit en outre que Y en a Marre (ou le M23) n’ont pas contribué plus que d’autres acteurs au départ de Wade. Une belle évidence ! Et Y en a Marre n’a jamais revendiqué un tel statut. Ces propos du néo-militant ne servent pas le ministre de la République. Car le ministre de la bonne gouvernance devrait plutôt renforcer, plutôt qu’affaiblir, des mouvements comme le M23, Y en a Marre, les associations citoyennes, les partis au pouvoir et dans l’opposition, entre autres, pour favoriser les dynamiques et interactions nécessaires à la construction des systèmes de gouvernance et d’intégrité. Mais j’ai l’impression qu’il a déjà «par-coeurisé» le vocabulaire des partis qui se résume le plus souvent à un binôme : attaquer et défendre. Ce que je trouve dommage, car il a les moyens de rafraichir et renouveler ce vocabulaire avec des notions comme expliquer : informer, écouter, partager, etc.

J’ai aussi entendu un professeur d’université, «néo-apériste», s’exprimer dans une émission sur le rôle des associations et mouvements sociaux dans la consolidation de la démocratie et de la gouvernance. Je dois avouer que le professeur a quand même pris la précaution de mettre en avant son rôle de militant partisan plutôt que son statut de professeur des universités. Mais dire tout de même que les associations, organisations et mouvements citoyens, qu’il caractérise avec un brin d’ironie, voire de mépris, n’ont pas de fonction dans le processus de construction de l’Etat et de la République, est une bien grosse « trouvaille intellectuelle » que seule sa science est capable d’enfanter.

D’après le professeur, lorsque son camarade Macky Sall aura fini de restaurer l’Etat, ce que je souhaite ardemment du reste, tous les mouvements et associations citoyens de veille et d’alerte devraient disparaitre puisque l’Etat seul a vocation à veiller sur la société. J’espère seulement que le président ne prêtera aucune attention à ce genre d’idée d’une dangerosité inouïe. Je voudrais dire au professeur que l’Etat est un construit social, et sa construction est processus sans fin. L’Etat achevé n’existera jamais. Nulle part. Aussi longtemps qu’il sera incarné par des hommes, les nations auront toujours besoin d’autres hommes pour les contrôler.

On ne peut pas réécrire l’histoire. Ceux qui se sont mobilisés pour le départ de Wade ont aussi rendu possible l’élection de Macky Sall. Nul n’a eu plus de mérite qu’un autre car chacun a eu la dignité de ses convictions et de son engagement dans le combat. Les leaders qui étaient sur le podium de la place de l’obélisque, le micro à la main, n’ont pas plus de mérite que les milliers de citoyens, jeunes et vieux anonymes, qui venaient à cette place juste parce qu’ils souhaitaient pouvoir dire un jour «j’y étais ». J’ai écris dans une note précédente qu’aucun parti ou coalition de partis, mouvement ou association, etc., n’aurait pu, seul, relier les volontés individuelles et collectives les unes aux autres pour en faire le moteur de notre sursaut. Je le réaffirme.

Si le candidat Macky Sall avait senti le besoin d’aller aux Parcelles assainies rencontrer Yen a marre, c’est parce qu’il avait une bonne raison. Dire donc qu’on aurait pu se passer et qu’on peut toujours se passer des mouvements citoyens en croyant faire plaisir au président, c’est en vérité lui causer un grand tort. Si le candidat Macky avait aussi donné la primeur de l’annonce de la réduction « volontaire » de son mandat de 7 à 5 ans à une assemblée générale du M23 dans un hôtel de Dakar, après l’avoir annoncé quelques minutes plus tôt à un groupe de représentants du mouvement, ce n’est pas pour rien non plus.

Les citoyens organisés, informés et engagés à défendre les intérêts des individus et des communautés sont à la République ce que l’eau est à la vie. L’Etat totalitaire que tente de ramener le professeur est une formule de l’histoire. C’est une des nombreuses facettes du despotisme que ni Senghor, ni Diouf, encore moins Wade n’ont réussi à imposer au peuple sénégalais. C’est vous dire !

La gouvernance moderne est nécessairement ouverte, inclusive et participative. Dire le contraire, c’est nager à contre-courant de l’histoire. Dans l’Amérique de Barack Obama, comme dans la France d’Hollande ou ailleurs dans les démocraties «avancées», il ne viendrait à l’esprit d’aucun citoyen de tenir de tels propos. L’une des particularités de notre pays, c’est que ceux qui doivent tirer la société vers le meilleur, ne peuvent pas en générale le faire, faute de pouvoir s’élever et s’échapper des contingences et intérêts individuels et communautaristes.

Rares sont les acteurs qui s’engagent en politique sur la base d’un projet politique construit par le bas avec un objectif de transformation de l’ensemble de la communauté nationale. Dans notre logique toute sénégalaise, on essaye d’abord d’accéder à une position de pouvoir, par tous les subterfuges possibles, pour accéder à des privilèges et mettre la main sur des ressources publiques. Une fois cette ambition réalisée, on se constitue une clientèle politique ; des militants-clients d’autant plus facile à conquérir d’ailleurs que le pouvoir les attirera comme le miel attire les mouches. C’est ce qu’on appelle l’attractivité de la position de pouvoir.

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** Cheikh Tidiane Dièye est Docteur en Etudes du Développement



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La dette à l’égard de Haïti

Nia Imara

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/comment/86128

Trois ans près le tremblement de terre à Haïti, une authentique reconstruction doit avoir pour prémisses que depuis 200 ans le peuple haïtien attend la justice. De même, les efforts pour une authentique reconstruction ne pourront aboutir aussi longtemps que Haïti sera gouvernée par un gouvernement que le peuple n’a pas choisi, aussi longtemps qu’elle sera sous occupation militaire.

Trois ans après le tremblement de terre sans précédent qui a fait au moins 300 000 morts et encore plus de sans abris à Haïti, le monde pose la même question que celle qu’il a posée il y a six mois, un an, deux ans après le 12 janvier 2010.

Pourquoi trois ans plus tard, y a-t-il si peu de signes de reconstruction ? Des centaines de milliers de foyers et plus de mille écoles ont été détruites le 12 janvier 2010. Alors que le monde a promis près de 10 milliards de dollars en assistance, pourquoi y a –t-il eu si peu de reconstruction de logements permanents ou de nouvelles écoles ? Pourquoi, est-ce que trois ans plus tard près de 350 000 Haïtiens demeurent sans abri, vivant dans des camps de tentes pendant que des compagnies étrangères ouvrent maintenant de nouveaux hôtels de luxe coûtant des millions ?

La réponse, simple, à ces questions, est double. Ceux qui détiennent le pouvoir et les ressources susceptibles d’amener le changement à Haïti, n’ont pas la volonté de reconstruire le pays sur des bases inclusives et démocratiques. D’autre part, les efforts pour une authentique reconstruction ne pourront aboutir aussi longtemps que Haïti sera gouvernée par un gouvernement que le peuple n’a pas choisi, aussi longtemps qu’elle sera sous occupation militaire.

Un rapport récent publié dans le New York Times fait état d’une contribution internationale pour assister les victimes du tremblement de terre et pour aider à la reconstruction et, ce faisant, critique légèrement les organisations non gouvernementales (ONG) [1]. Selon les estimations du Times, des 7,5 milliards de dollars qui ont été déboursés à ce jour à des fins d’aide, la moitié a été dévolue à l’aide d’urgence, y compris celle destinée à des abris (c'est-à-dire des tentes), des cliniques, des écoles et à l’assistance alimentaire d’urgence. De la moitié restante, une petite partie a été allouée à de la véritable reconstruction.

Toutefois, la majeure partie des survivants du tremblement de terre n’a toujours pas bénéficié de cette aide de façon significative. La plus grande partie de l’argent est partie vers les ONG étrangères et les contractants privés pour qui le tremblement s’est avéré immensément profitable. Lorsque ces groupes dépensent l’argent récolté, un pourcentage significatif est absorbé par des frais administratifs avant même qu’ils parviennent aux Haïtiens pour qui ces fonds étaient ostensiblement prévus. Oxfam, par exemple, a dépensé plus d’un tiers de son budget de 96 millions de dollars (sur une période de deux ans) pour des frais de gestion. De plus, les Haïtiens ont exprimé leur indignation sur la façon dont les ONG et les contractants privés ont généré une hausse du coût de la vie depuis le tremblement de terre. Pendant que leurs employés louent des appartements coûteux, circulent dans des voitures flambant neuf et font leurs achats dans des épiceries auxquelles la plupart des Haïtiens n’ont pas accès, une famille de Port au Prince s’estime chanceuse si elle peut avoir au moins un repas par jour.

Un rapport du Centre for Global Development confirme l’évaluation du New York Times qui dit que la reconstruction des infrastructures haïtiennes a été lente, en grande partie parce que les récipiendaires de l’argent pour l’assistance ont été le plus souvent des groupes étrangers qui n’ont pas mis la priorité sur la reconstruction. [2] Le rapport du Centre for Global Development est allé plus loin que le New York Times dans ses estimations et révèle que 9,4 milliards de dollars ont été déboursés depuis 2010 et que la majeure partie est revenue aux donateurs, aux ONG étrangères, aux contractants privés et aux Nations Unies.

LE MANQUE DE VOLONTE

Malgré tous les chiffres fournis par le New York Times et les rapports du Centre for Global Development, on passe à côté des raisons fondamentales du manque de progrès en Haïti depuis le tremblement de terre. Dans son article publié par le New York Times, Deborah Sontag attribue la quasi absence de reconstruction à l’immensité de la tâche, à l’ambition excessive des donateurs et des organisations, à la "faiblesse et à la volatilité" du gouvernement haïtien. Elle rapporte comment des millions de dollars ont été siphonnés par des réunions de planification qui n’ont jamais produit de résultats tangibles et comment une poignée de projets qui ont finalement été mis en œuvre- comme la construction de 750 maisons payée par les Américains à Caracol- ont été abandonné avant même qu’ils soient à moitié aboutis.

Qualifier les efforts de reconstruction des organisations étrangères et du gouvernement haïtien comme étant excessivement ambitieux et "idéalistes" doit sembler absurde aux sans-abri de Port au Prince, qui ont vu surgir des hôtels de luxe sur les collines de Petionville. En décembre dernier, après des obstacles majeurs rencontrés il y a trois ans, le Royal Oasis Hotel a ouvert ses portes avec128 chambres qui coûtent plus par nuit que ce que un Haïtien gagne en une année. Le Clinton Bush Fund a investi 2 millions de dollars et bien que la construction ait commencé avant le tremblement de terre de 2010, cet exemple démontre la vitesse à laquelle des progrès et des profits peuvent être réalisés en Haïti, si seulement il y a la volonté. Il est aussi prévu que Best Western Premier ouvre un nouvel hôtel à Pietonville et on annonce que la Croix Rouge Internationale envisage la construction d’un hôtel sur un terrain d’une valeur de 10,5 millions de dollars acheté avec l’argent de donations obtenues suite au tremblement de terre. La même Croix Rouge est assise sur plus de 550 millions de dollars de donations.

Ce que Sontag appelle "faiblesse et volatilité" du gouvernement haïtien, un grand nombre de Haïtiens le considèrent comme de l’illégitimité et de la tromperie pure et simple. En septembre, octobre et novembre 2012, les Haïtiens, dans tout le pays, sont descendus dans la rue pour protester contre l’administration répressive et corrompue du président Michel Martelly. Ce dernier est parvenu au pouvoir un an après le tremblement de terre, suite à des élections frauduleuses. Le journaliste dominicain Nuria Piera a dénoncé Martelly pour avoir accepté un pot de vin de 2,6 millions de dollars depuis le premier tour des élections présidentielles. Un sénateur haïtien Moïse Jean-Charles lui a récemment reproché ses per diem de 20 000 dollars - payés par le gouvernement haïtien- lors de ses fréquents voyages à l’étranger

Comme solution à l’impasse de la reconstruction, le Centre for Global Development recommande que les donateurs offrent davantage de soutien aux besoins et priorités du gouvernement haïtien. Mais à l’instar des donateurs et organisations étrangères, qui ont tenté de reconstruire Haïti sans l’avis des Haïtiens eux-mêmes, ces recommandations ignorent le fait que les priorités de Martelly et de ses acolytes n’ont jamais été celles de la majorité de la population haïtienne.

LE RENARD QUI GARDE LE POULAILLER

Lors de chaque anniversaire du tremblement de terre de 2010, les médias américains soulignent les lents progrès de la reconstruction. Ils ont généralement attribué l’échec américain et du monde à réaliser leurs promesses à deux causes liées : le dysfonctionnement du gouvernement haïtien et les obstacles rencontrés lors des tentatives de travailler avec le leadership haïtien. Mais ce point de vue suppose, à tort, que le gouvernement Martelly a une quelconque légitimité. Il ignore le fait que le gouvernement actuel n’a pas été démocratiquement élu, puisque le parti le plus populaire, Lavalas, a été banni des élections de façon répétée. Plus essentiel encore, il ignore la réalité qui est que Haïti se trouve sous la coupe d’une occupation militaire destructive qui est maintenue par quelques unes des mêmes parties qui proclament vouloir reconstruire Haiti.

Il semble absurde que ceux-là mêmes qui sont responsables du sabotage de la démocratie haïtienne et qui soutiennent les régimes répressifs - les Duvaliers, Martelly- rallient aujourd’hui la cause de Haïti. Il est de notoriété publique en Haïti que les Etats-Unis, la France, et le Canada ont soutenu le coup d’Etat de février 2004, lors duquel le président Jean-Bertrand Aristide a été contraint à l’exil. Sans le soutien financier et militaire de ces nations, l’enlèvement, le coup d’Etat et l’occupation subséquente, n’auraient pas été possibles

Les priorités de Michel Martelly sont totalement opposées à celles de la majorité des Haïtiens. Depuis son installation en mars 2011, la population a constamment demandé sa démission. En accordant son soutien à Martelly, il semble que l’administration Obama appuie implicitement les politiques répressives qui prennent la forme d’arrestations arbitraires et de persécutions politiques, ses activés paramilitaires, le pillage des ressources nationales, son dessein de changer la constitution haïtienne et les évictions forcées qu’il a autorisés après le tremblement de terre

QUI POSSEDE QUI ?

En février 2010, les ministres des Finances des nations du G7 se sont réunis et ont annulé la dette bilatérale de Haïti. Le montant exact effacé n’a pas été divulgué, mais à ce moment la dette de Haïti était évaluée à 1,9 milliards de dollars dont il est supposé que 1,2 milliards ont été annulés lors de la précédente réunion du G7, au mois de juin précédent. Compte tenu du fait que les dommages résultant du tremblement de terre étaient estimés à près de 6 milliards de dollars - ce qui dépassait le produit brut intérieur de Haïti- l’annulation de la dette a été saluée par certains, qui notaient ce qui était évident : la population pourrait maintenant libérer davantage de ses ressources pour reconstruire le pays. Mais pour ceux qui connaissent l’histoire de l’exploitation de la part de certaines de ces mêmes nations, c'est-à-dire la France, les Etats-Unis et le Canada, il est clair que ce "pardon" de la dette était trop peu, trop tard. Ce genre de pardon ressemble au voleur qui jette quelques pièces à la victime déjà dépouillée.

Vingt et un an après la fin de la guerre de la révolution, la France a exigé que son ancienne colonie paie 150 millions de francs or pour compenser ses pertes qui incluaient de la "propriété humaine". Afin de procéder à ses paiements, Haïti a dû faire un certain nombre d’emprunts auprès des banques françaises et américaines avec des conséquences néfastes pour son économie, ses infrastructures et l’instruction publique. Pourquoi les nations du G7 n’ont-elles pas pris en considération cette dette lors de leur réunion en février 2010 ? La seule alternative est soit la condamnation soit l’approbation du crime de la France à l’égard de Haïti.

Pourquoi les nations du G7 n’ont-elles pas considéré que la majeure partie de la dette récente de Haïti a été contractée avant la première élection démocratique de 1990 ? Les prêts qui ont été faits à Haïti au cours de cette période ont alimenté et engraissé la dictature répressive de Duvalier, y compris les escadrons de la mort qui ont assassiné des dizaines de milliers de personnes. Maintenant donc la question devrait être, non pas de combien la dette de Haïti peut être exonérée, ni le nombre de millions promis pour l’assistance suite au tremblement de terre. Une authentique reconstruction doit avoir pour prémisses que depuis 200 ans le peuple haïtien attend la justice. Ses exigences de justice sont légitimes aussi bien sur le plan moral que légal et ont été ignorées depuis beaucoup trop longtemps.


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** Nia Imara est membre de Haïti Action Committee. www.haitisolidarity.net

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Guinée : Halte à l’Etat barbare

Tierno Monénembo

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/comment/86129

Outre la furieuse indignation qu’ils soulèvent en chacun de nous, les récents massacres de Guéckédou, de Zogota et de Siguiri, nous rappellent cruellement mais à point nommé (à quelque chose, malheur est bon !) que nous vivons toujours sous le règne des barbares ; que la démocratie à laquelle nous avons tant rêvé, pour laquelle notre peuple a déjà sacrifié des milliers de ses fils, reste encore une lointaine utopie.
Nous sommes en dictature ! Ce n’est plus la peine de se voiler la face ! Ouvrons les yeux, rendons- nous compte de notre méprise : l’élection présidentielle ne fut qu’une tragique erreur de casting. Alpha Condé ne possède pas les qualités requises pour diriger un Etat, il n’a pas la richesse d’esprit et de cœur qu’il faut pour rassembler une nation ou animer une démocratie. C’est un dirigeant à l’ancienne. Son régime porte en lui toutes les tares de ceux qui l’ont précédé : l’arrogance, le tribalisme, l’incompétence, le laisser-aller, l’irrépressible propension à diviser les Guinéens et à verser leur sang.

Quand Alpha Condé nous disait qu’il allait prendre la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée, nous pensions qu’il ne s’agissait-là que d’une simple boutade. Ses propos et les actes qu’il pose depuis son « élection » nous montrent sans l’ombre d’un doute que nous sommes devant un programme savamment planifié et fondé sur une idée mûrement réfléchie. La RTG sous la coupe du parti au pouvoir, la presse privée sans cesse harcelée, les faux complots, les magistrats aux ordres, les procès mis en scène, les exactions de toutes sortes commises par les soldats, les gouverneurs, et les préfets nous donnent déjà un copieux avant-goût de ce cauchemar et nous entrevoyons avec beaucoup d’effarement ce qui nous attend si nous laissons faire.

Nous sommes des Guinéens c’est-à-dire de pauvres bougres trimballant derrière eux une vie pesant pas moins de 54 ans de misère et de sang. Nous ne laisserons personne nous expliquer ce que signifie ou ce que peut coûter une dictature. Quand demain ou tout à l’heure, s’ouvriront de nouveaux camps Boiro ou se remettront à crépiter les mitraillettes du 28 septembre, personne ne dira qu’il ne savait pas. Entendons-nous bien, Guinéens : si Alpha Condé devient un nouveau Sékou Touré, un nouveau Lansana Conté, un nouveau Dadis Camara ou un nouveau Sékouba Konaté, nous en serons tous responsables : les uns par leur soutien aveugle, les autres par leur lâcheté.

La tyrannie, nous en connaissons la couleur et la forme, l’envers et l’endroit, les tenants et les aboutissants. Nous savons que les apprentis tyrans procèdent par ballons d’essai : ils commencent par vous couper un doigt, puis la main, puis le bras puis… Pour eux, si vous ne réagissez pas, c’est que vous êtes consentants, ou suspects ou coupables. Pour eux, le silence est un aveu de faiblesse. Les agneaux sont silencieux donc ils sont à sacrifier. Il y a 54 ans que l’on nous sacrifie, nous, les agneaux guinéens, silencieux et dociles, silencieux et mous, silencieux et résignés, silencieux et impuissants, silencieux et apeurés, silencieux et indignes, silencieux et… Pour des hommes qui n’en valent pas la peine, pour des causes aussi confuses que dénaturées ! Jusqu’à quand ?

Il est temps de se réveiller, temps de se mettre debout, temps pour tous les citoyens de prendre en charge leur destin ! La misère, la torture, la corruption, le népotisme et les élections truquées ne sont pas une fatalité. Les peuples qui se battent finissent toujours par gagner. Gagner quoi au juste ? La liberté et le riz, le savoir, le droit de parler, le droit de vivre, le droit de rêver et par-dessus tout, la dignité. Oui, la dignité, notre dignité ! Battons-nous pour elle ! Battons-nous pour nos morts ! Les victimes du Camp Boiro, les martyrs du 27 janvier 2007 et ceux du 28 septembre 2009 doivent savoir qu’ils ne sont pas morts pour rien.

Comme dirait l’autre, nous n’avons rien à perdre hormis nos chaînes. Et je suis tenté d’ajouter le bâillon, la disette, les routes défoncées, les hôpitaux infestés de rats, l’enseignement au rabais, les pannes de courant, les coupures d’eau…

Guinéens, il est temps, grand temps d’en finir avec la dictature, quelle qu’en soit la forme !


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** Tierno Monénembo est un écrivain guinéen

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Plaidoyers & campagnes

La France intervient au Mali et réaffirme son rôle de gendarme en Afrique

Danyel Dubreuil

2013-02-05

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/86126

Dans l’immédiat, l’opération Serval a déjà basculé dans une phase offensive et semble devoir se prolonger dans la durée. Cette logique occulte délibérément les risques pour la population malienne et les Etats de la région, de même que les perspectives politiques et la période post-conflit.

C’est finalement le 10 janvier 2013 que la France est entrée en guerre au Mali. La communication du gouvernement français, reprise sans questionnement par les principaux médias, tend aujourd’hui à légitimer par tous les moyens et tous les arguments cette nouvelle intervention militaire française sur le sol africain et son rôle de "gendarme de l’Afrique". Pour Survie, association qui dénonce depuis longtemps l’ingérence et la domination de la France envers ses anciennes colonies africaines, il est important de rappeler quelques éléments de contexte et d’analyse critique sur cette intervention française, sans minimiser l’ampleur de la crise que connait le Mali.

La menace que font peser ces groupes armés sur la population et l’intégrité du Mali est indéniable. Leurs exactions sont connues et ont provoqué la fuite de centaines de milliers de personnes. Après le calvaire vécu par les populations dans le Nord, le soulagement des Maliens en ce moment est compréhensible. Si l’intervention française semble effectivement avoir mis un coup d’arrêt à l’offensive vers le sud du pays de mouvements armés qui se revendiquent d’un islam radical, il existe cependant d’autres motifs, militaires et politiques, à l’opération Serval rendant la conduite française des opérations critiquable.

LE CAMOUFLAGE MULTILATERAL D’UNE OPERATION FRANÇAISE

Cette intervention ne s’inscrit pas dans le cadre des résolutions de l’ONU. Des mois de négociations ont permis de faire voter trois résolutions du Conseil de Sécurité, ouvrant la voie à une intervention internationale sous responsabilité africaine et pouvant faire usage de la force, mais officiellement sans implication directe des militaires français. En informant simplement le Conseil de Sécurité sur le fait que son intervention urgente "s’inscrit dans le cadre de la légalité internationale" eu égard aux dispositions de la Charte de l’Onu, elle a finalement pu justifier une décision bilatérale. Ce changement majeur, qui met ses « partenaires » devant le fait accompli, est complaisamment occulté afin de laisser à nouveau croire que la France met en œuvre une volonté multilatérale actée au sein de l’Onu. Il est donc nécessaire qu’elle respecte au plus vite les résolutions de l’Onu.

Une fois de plus, la France joue le rôle de gendarme de l’Afrique, en appuyant sa stratégie sur ses relations bilatérales avec des "régimes amis" africains, sur la présence permanente de son armée dans la région et sur sa capacité de projection de forces. Ainsi, les hélicoptères utilisés pour stopper l’offensive adverse sont ceux des forces spéciales françaises de l’opération Sabre, présentes au Burkina Faso voisin (et en Mauritanie) depuis deux ans et renforcées au mois de septembre. C’est surtout le dispositif Epervier, en place au Tchad depuis 1986 alors qu’il était supposé provisoire, qui est mobilisé. À travers l’opération baptisée Serval, ce sont donc les liens que Paris entretient avec des régimes totalement infréquentables, ceux d’Idriss Déby et de Blaise Compaoré, qui se trouvent une nouvelle fois renforcés. Le rôle phare de la France est reconnu par la plupart de ses partenaires occidentaux qui lui emboitent le pas timidement dans cette intervention (Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne) sans pour autant engager de troupes combattantes, tandis que d’autres restent en retrait.

UNE INTERVENTION DIRECTE DECIDEE DANS L’OMBRE

Ce scénario rentre dans la logique développée par le nouvel exécutif français, prônant l’intervention militaire comme un "préalable" à la restauration de la paix dans le pays (également en proie à une crise institutionnelle grave). Ces derniers mois, la France n’avait en rien contribué à l’émergence d’une solution collective discutée par l’ensemble des Maliens et de nature à favoriser un consensus politique, préalable à une réorganisation rapide des forces de sécurité. Aujourd’hui, la présence de soldats français jusque dans Bamako - sous couvert de protection des ressortissants - représente une pression importante sur les autorités maliennes en état de grande faiblesse.

L’option d’une intervention directe et rapide des forces françaises était déjà prévue, au vu de la rapidité de mise en œuvre, et ce bien avant que l’offensive ne se rapproche de Sévaré-Mopti. L’aval du Parlement n’est pas nécessaire à l’Élysée pour déclencher une opération extérieure, ce qui marque l’insuffisance de la modification constitutionnelle de juillet 2008 relative au contrôle parlementaire des opérations extérieures. De rares réactions critiques dans la classe politique soulignent cette absence de concertation. La nature préméditée de cette intervention armée aurait indiscutablement dû susciter une prise de décision parlementaire.

Dans l’immédiat, l’opération Serval a déjà basculé dans une phase offensive et semble devoir se prolonger dans la durée. Cette logique occulte délibérément les risques pour la population malienne et les Etats de la région, de même que les perspectives politiques et la période post-conflit. Le bilan accablant des récents antécédents français en Afrique montre pourtant que ces risques sont bien réels. Les interventions de 2011 en Côte d’Ivoire et en Libye ont en effet débouché sur des situations internes explosives, passées sous silence.

En conclusion, la crise malienne et cette nouvelle intervention militaire française en Afrique révèlent l’échec de 50 années de "coopération" avec l’Afrique : armées incapables de protéger leurs populations, chefs d’Etat médiateurs de crises eux-mêmes putschistes, accords de défense et bases militaires qui ont perpétué le rôle de gendarme de l’Afrique que la France s’est historiquement octroyé. On ne peut que constater l’incapacité des institutions africaines et multilatérales à organiser la moindre opération de sécurisation dans la région sans avoir recours au poids lourd français, qui a tout fait pour se rendre incontournable. Ces événements appellent une fois de plus à une remise en cause de l’ensemble du cadre des relations franco-africaines.


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** L’association Survie a trois objectifs principaux : ramener à la raison démocratique la politique de la France en Afrique (lutte contre la Françafrique et le néocolonialisme), combattre la banalisation du génocide et réinventer la solidarité internationale par la promotion des biens publics mondiaux. Contact presse : Danyel Dubreuil

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Femmes & genre

Global : Des éthiopiennes victimes de contraceptions forcées en Israël

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/wgender/86086

La question de la baisse depuis 2000 de la fécondité des juifs éthiopiens résidant en Israël était longtemps restée en suspens. Mais elle vient d’être résolue. Le gouvernement israélien a en effet admis avoir contraint ses migrantes éthiopiennes à recevoir des injections contraceptives avant de rentrer dans son territoire. C’est suite à la diffusion d’un reportage sur la télévision israélienne que le scandale a éclaté au grand jour.

http://bit.ly/14A3JFK


Kenya : Des femmes naviguent sur un terrain politique miné

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/wgender/86110

Peu de femmes au Kenya nourrissent des illusions d'entrer en politique. La discrimination flagrante, les menaces et les intimidations, un terrain de jeu inégal ainsi qu'un public largement antipathique ont transformé la politique électorale en un véritable terrain miné pour les femmes espérant occuper de hauts postes gouvernementaux.

http://bit.ly/11aAnQq


Sénégal : Le combat des femmes de la diaspora pour la nationalité de leur enfant

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/wgender/86080

L'impatience grandit chez les Sénégalaises, notamment de l’extérieur, pour la réalisation d’une promesse du candidat Macky Sall: la possibilité de transmettre leur nationalité à leurs enfants issus de couple mixte. Devenu président, il avait annoncé qu’il fallait «que la femme sénégalaise puisse transmettre sa nationalité à son enfant. Ce ne sera que justice rendue». Néanmoins, la justice tarde à être rendue puisqu’aucune annonce officielle n’est faite allant dans ce sens.

http://bit.ly/WHXLhE





Droits humains

Afrique : Les préliminaires des procès de Habré, démarrent le 8 février

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86090

Les activités des Chambres africaines extraordinaires créées au sein des juridictions sénégalaises pour juger Hissène Habré vont démarrer leur travail le 8 février prochain. En août dernier, le Sénégal avait donné son accord au projet de l’Union africaine (Ua), pour juger Hissène Habré devant un tribunal spécial au sein du système judiciaire sénégalais, présidé par des juges africains nommés par l’organisation continentale.

http://bit.ly/US7Gmk


Afrique : Résoudre le problème de l’apatridie

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86106

Frederik Ngubane est né en Afrique du Sud de parents sud-africains il y a 22 ans, mais comme il n’a aucun moyen de prouver ses origines ou sa nationalité, il vit dans l’ombre, en marge de la société. Il ne peut pas voyager, étudier ni obtenir un emploi officiel et il a perdu le compte du nombre de fois où il a été arrêté pour n’avoir pas de papiers. Ni l’Afrique du Sud, ni le Kenya ou l’Ouganda — les deux pays où il a grandi — ne considèrent M. Ngubane comme l’un de leurs citoyens. Il est donc apatride, comme près de 12 millions de personnes dans le monde, selon le Hcr qui a été chargé de réduire ce nombre.

http://bit.ly/Wk4cdd


Afrique du Sud : La sentence du Nigérian Okah pour les attentats de 2010 reportée

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86098

La justice sud-africaine a reporté vendredi 1er février d'un mois l'annonce de la sentence du Nigérian Henry Okah, reconnu coupable en janvier d'avoir commandité des attentats dans son pays en 2010 et qui risque la prison à perpétuité. Agé de 46 ans, M. Okah a plaidé non coupable des attentats d'Abuja et nié avoir dirigé le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger. Il a affirmé avoir seulement des sympathies pour les objectifs de ce mouvement qui réclame une meilleure répartition des ressources du pétrole pour les populations de la région et qui avait revendiqué ces attentats.

http://bit.ly/Vzj8QU


Afrique du Sud : Le fisc confisque tous les biens de Julius Malema

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86118

Julius Malema est tombé au plus bas. L'ancien président de la Ligue de la jeunesse, expulsé de l'Anc l'année dernière, a désormais perdu tous ses biens, qui ont été saisis par le fisc pour taxes impayées. L'homme politique déchu, connu pour ses goûts de luxe et son train de vie extravagant, se trouverait désormais complètement démuni. Dans les mois qui ont suivi le massacre de Marikana, lors duquel la police sud-africaine a tué 34 mineurs grévistes, Julius Malema avait mené la charge contre son ennemi juré, le président Jacob Zuma. Mais depuis la large victoire de celui-ci au congrès de l'Anc de décembre dernier, son avenir politique paraît totalement bouché.

http://bit.ly/XaATrl


Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé, un détenu mystérieux ?

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86085

Suite à son extradition du 18 janvier dernier, Charles Blé Goudé, ex leader des jeunes patriotes, fait face à la justice de son pays. Sa comparution n’a décidément pas permis à la justice ivoirienne de se fixer sur son sort. Le prévenu parle de « torture morale » et demande des préalables. Le deal n’existe pas. Aujourd’hui, la justice ivoirienne veut aller plus vite pour juger l’ancien bras droit de Laurent Gbagbo.

http://bit.ly/Xwp9iA


Egypte : Une vidéo d'un homme nu battu par la police fait scandale

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86099

L'opposition égyptienne a appelé samedi 2 février à la démission du ministre de l'Intérieur après des séquences vidéo montrant un homme nu sauvagement battu et traîné lors de la répression vendredi 1er février d'une manifestation devant le palais présidentiel au Caire. Une telle affaire "ne peut pas être réglée par de simples excuses du porte-parole du ministère de l'Intérieur", a affirmé le porte-parole du Front du salut national.

http://bit.ly/11s9g2o


Mali : Des ONG dénoncent des exactions et s'interrogent sur le rôle de la France

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86091

Dans deux rapports publiés vendredi 1er février, Amnesty International et Human Rights Watch accusent l’armée malienne d’avoir procédé à des exécutions sommaires lors de la poussée des forces djihadistes vers le sud du Mali et de la contre-offensive engagée le 11 janvier par la France. Amnesty International dit avoir réuni des preuves établissant qu’au moins cinq civils, dont trois enfants, ont trouvé la mort lors d’un bombardement aérien mené le 11 janvier à Kona. Selon l'ONG, au moins 13 personnes ont été exécutées sommairement et cinq autres ont disparu entre le 9 et le 18 janvier à Sévaré, Kona et dans les villages environnants.

http://f24.my/WFTn1L


Maroc : Le scandale de trop !

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86074

Les associations marocaines de protection de l’enfance sont abasourdies. Une enquête sur la pédophilie réalisée à Marrakech par des journalistes espagnols crée la consternation. Le reportage, diffusé sur une chaîne néerlandaise, est en ligne depuis le 27 janvier sur le réseau Youtube. L’authenticité de cette enquête reste encore à prouver. Mais qu’elle le soit ou non, il n’en demeure pas moins que plusieurs affaires de pédophilie ont à de nombreuses reprises secoué la ville. La présidente de l’association « Touche pas à mon enfant », Najat Anwar, réclame l’ouverture d’une enquête.

http://bit.ly/11niIPR


Rwanda : Deux anciens ministres rwandais acquittés en appel

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86119

La chambre d'appel du Tribunal pénal international pour le Rwanda a acquitté lundi 4 février deux anciens ministres rwandais qui avaient été condamnés à 30 ans de prison en première instance. Justin Mugenzi était ministre du Commerce pendant le génocide des Tutsis de 1994, tandis que Prosper Mugiraneza détenait le portefeuille de la Fonction publique. La chambre a «infirmé leur condamnation» au titre des deux chefs d'accusation et «ordonné leur libération immédiate».

http://bit.ly/XjdYIC


Somalie : Le viol mis en lumière

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86107

La récente exécution en Somalie d’un soldat reconnu coupable de viol et le placement en détention d’un journaliste enquêtant sur des cas d’agression sexuelle ont mis en lumière les violences fondées sur le genre, un sujet longtemps tabou. Le président lui-même a abordé la question. Lors de sa rencontre avec le président Barack Obama à Washington le 17 janvier, Hassan Sheikh Mohamud a indiqué que son gouvernement n’interviendrait pas dans le dossier du journaliste, en dépit des pressions de nombreuses organisations. M. Mohamud a indiqué que la liberté de la presse «ne veut pas dire qu’il est acceptable de ternir la réputation du gouvernement».

http://bit.ly/WJXUmO


Zimbabwe : Recrutement d’un bourreau après sept ans de recherches

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/rights/86097

Le Zimbabwe a recruté un nouveau bourreau, après sept années de recherches, pour appliquer la peine de mort dans le pays, où 76 personnes attendent leur exécution, a annoncé un haut responsable des prisons. L'ancien bourreau avait pris sa retraite en 2005. Des publicités avaient régulièrement été publiées par le gouvernement dans la presse, mais les candidats se sont fait attendre. Personne n'a été exécuté depuis douze ans. Certains prisonniers ont été condamnés à mort il y a plus de 14 ans mais avaient entamé une procédure d'appel lorsque le précédent bourreau est parti à la retraite.

http://bit.ly/VF1ccW





Réfugiés & migration forcée

Egypte : Des réfugiées syriennes exploitées

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/refugees/86117

Les femmes syriennes, qui bien souvent arrivent en Égypte avec les seuls vêtements qu’elles portent, considèrent, pour certaines, que le mariage est l’unique moyen de survie. Ce concept est soutenu par des imams qui encouragent les Égyptiens à se marier avec des réfugiées syriennes, car ils considèrent que ces mariages sont une façon de faire le djihad. Lina Al Tiby, une militante syrienne installée au Caire, dirige un réseau de soutien aux réfugiées syriennes. Elle aide ces femmes à s’adapter à la vie en Égypte et essaye de les convaincre de ne pas laisser la pauvreté les inciter à travailler dans l’industrie du sexe ou à accepter un mariage forcé.

http://bit.ly/11Hg4Vl





Elections & gouvernance

Afrique du sud : Les rois coûtent cher au contribuable

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86101

Les dix rois et quelque 6000 chefs traditionnels que compte l'Afrique du Sud ont coûté plus de 650 millions de rands (près de 53 millions d'euros) au contribuable l'an dernier. La somme concerne les salaires et avantages des dix rois, 829 chefs traditionnels importants et 5311 petits chefs reconnus et salariés par la République sud-africaine. Chaque roi gagne 927 000 rands (près de 80 000 euros) par an, ce à quoi les provinces peuvent ajouter des avantages. D'autres provinces offrent à leurs rois de grosses voitures allemandes, leur assurent une couverture maladie ou leur paient des femmes de ménage.

http://bit.ly/WpLSQ5


Algérie : Belkhadem destitué de son poste de secrétaire général du FLN

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86079

Il a joué, il a perdu. Le secrétaire général du Front de libération nationale (Fln), Abdelaziz Belkhadem, a été destitué de son poste dans l’après-midi du jeudi 31 janvier à l’issue de la réunion du Comité central du parti. Réuni en session, celui-ci a décidé du retrait de confiance à M. Belkhadem, à la tête du parti depuis 2005. Deux options se dégagent pour l’heure au sein des participants : l’élection d’un nouveau secrétaire général par intérim ou la désignation d’une direction collégiale qui dirigera le Fln jusqu’à la tête du prochain congrès.

http://bit.ly/Xo2jd4


Congo : Après Sassou, le déluge ?

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86073

Au pouvoir depuis 29 ans, le président congolais Denis Sassou Nguesso n’aurait pas le droit de se représenter en 2016 selon la constitution. Mais y a-t-il véritablement d’autres options ? Après 52 ans d’indépendance pour le Congo-Brazzaville et 29 ans de pouvoir pour le président Sassou (malgré une interruption de cinq ans entre 1992 et 1997), ce dernier illustre à merveille la longévité souvent contestée des chefs d’Etat africains. Après tant d’années, difficile d’imaginer un Congo sans l’inamovible Sassou.

http://bit.ly/11csGcD


Côte d'Ivoire : 20.000 ex-combattants à réinsérer en 2013

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86095

Vingt mille ex-combattants ivoiriens doivent être réinsérés en 2013 dans la vie civile dans le cadre de la réforme du secteur de la défense après la crise politico-militaire meurtrière de 2010-2011. Selon le secrétaire du Conseil national de sécurité (CNS), qui traite de l'ensemble des questions de défense et de sécurité, des rencontres sont prévues dans les prochaines semaines "pour établir la stratégie de sécurité nationale. Le sort des ex-combattants relève de l'Autorité pour la démobilisation, le désarmement et la réinsertion (ADDR), créée en 2012. Selon nombre d'observateurs, la réforme de l'armée s'est jusque-là surtout caractérisée par l'emprise des ex-rebelles pro-Ouattara sur une série d'unités bien formées et équipées pour défendre le régime.

http://bit.ly/YOPOMF


Kenya : La prochaine élection présidentielle fixée au 4 mars 2013

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86109

Au Kenya, la Commission électorale a enfin décidé de fixer au 4 mars 2013, la date de l’élection présidentielle. L’incertitude régnait sur la date car en 2008 les violences post électorales avaient abouti à la création d’un Parlement en janvier, mais à un gouvernement de coalition en avril. La nouvelle Constitution, approuvée par référendum en août 2010 stipulait que les élections devaient se tenir en août tous les cinq ans. Cette annonce met fin à des mois d’incertitude. Juste avant cette annonce, le Premier ministre a déclaré qu’il souhaitait que les Kenyans votent en décembre prochain, car en mars, argumente-t-il, cela risque de perturber l’année scolaire, et surtout va prolonger le mandat du Parlement actuel et raccourcir celui du prochain.

http://rfi.my/FPnc7t


Mali : Le retour en grâce de la Françafrique

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86081

Lors de la décennie précédente, les interventions militaires en Afrique étaient qualifiées de néocoloniales. Aujourd’hui, elles ne suscitent plus la même réprobation. Les drapeaux français qui flottent dans les rues de Bamako ne sont pas passés inaperçus. A Londres comme à Paris ou Berlin, une question lancinante revient. Est-ce le retour de la Françafrique? Un journaliste de la Bbc pose la question qui fâche: cette Françafrique que l’on a enterrée tant de fois n’est-elle pas de retour ?

http://bit.ly/Vqjz1w


Tchad : Les autorités tchadiennes suspendent l'ensemble des services de police

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86108

Deux directeurs généraux de la police ont été relevés de leurs fonctions samedi 2 février par un décret du chef de l’Etat. Comme un premier signal de ce grand nettoyage. Il y a quelques jours, un décret du Premier ministre, Joseph Djimrangar Dadnadji, avait mis en place une commission chargée de contrôler les effectifs de la police, un service très critiqué pour son inefficacité et l’arnaque de ses agents. Les policiers, placés en stand by, devront passer devant la commission de contrôle pour prouver qu’ils font partie des effectifs de la police et exercent normalement, avant de pouvoir reprendre leur travail.

http://rfi.my/X58WRI


Tunisie : Fureur après l'assassinat de Chokri Belaïd

2013-02-07

http://pambazuka.net/fr/category/elections/86142

Tunis s’est réveillé, le matin du 6 février 2013, sur le choc d’un événement, certes appréhendé depuis quelque temps, mais qui n’en a pas moins déconcerté les citoyens, toutes sensibilités confondues. L’assassinat de Chokri Belaid, Secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, formé en avril 2011, trois mois après la révolution du 14 janvier et regroupant douze partis de la gauche tunisienne, et leader du Front populaire, a donné raison à tous ceux qui, parmi les démocrates ont appelé à la vigilance contre la montée de la violence politique en Tunisie et à la conspiration du silence qu'ils soupçonnaient Ennahdha, en particulier, de maintenir vis-à-vis des ligues de protection de la révolution.

http://bit.ly/YELhbU





Corruption

Afrique : Tunisie-Algérie : la frontière de tous les trafics

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/corruption/86114

Armes, drogue, carburant, produits de consommation courante : tous les jours, des milliers de marchandises entrent illégalement sur le territoire tunisien. Déjà bien implantés du temps de Ben Ali, les trafics d'armes et de marchandises en tout genre avec le voisin algérien ont fortement augmenté depuis la chute du régime, en janvier 2011. Profitant du flottement sécuritaire postrévolutionnaire, les réseaux clandestins et terroristes ont prospéré le long de la frontière, de la côte méditerranéenne aux confins du Sahara tunisien. Cette zone frontalière est aujourd'hui une vaste passoire.

http://bit.ly/14zIuEb





Développement

Global : Les États Unis annulent la quasi-totalité de la dette ivoirienne

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/development/86104

Les États-Unis et la Côte d'Ivoire ont signé vendredi 1er février à Abidjan un accord bilatéral d'annulation de la quasi-totalité de la dette ivoirienne, portant sur 214 millions de dollars. La Côte d'Ivoire, très éprouvée par la crise post-électorale de 2010-2011 qui avait fait 3.000 morts, a bénéficié mi-2012 d'un allègement de sa dette de plus de plus de quatre milliards de dollars de la part du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, une bouffée d'oxygène longtemps attendue.

http://bit.ly/11BPW2X


Mali : Optimisme pour l'avenir politique après la guerre

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/development/86084

Rétablissement de la sécurité, réconciliation nationale, reconstruction, retour des réfugiés et de l'administration dans le Nord, élections: après la guerre, de nombreux défis attendent le Mali, mais les acteurs politiques se déclarent dans l'ensemble optimistes pour l'avenir. Selon un des responsables d'une coalition de partis opposés aux putschistes ayant renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT) en mars 2012, "il y aura d'énormes défis à relever mais l'extraordinaire solidarité internationale qui a été exprimée" au Mali "est un motif de satisfaction et d'encouragement".

http://bit.ly/XtRR3O


Maroc : Benkirane an II, la désillusion

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/development/86089

Logement, travail, croissance... Un an après l’arrivée au gouvernement du Parti pour la justice et le développement, les Marocains attendent toujours que se concrétisent les promesses d’Abdelilah Benkirane. Sur fond de crise économique et de colère sociale, les islamistes patinent. Le royaume hachémite, avec une crise économique des plus sévères de son histoire (la dette publique a atteint 18 milliards de dollars) et un an de gouvernement Benkirane, peine à trouver des solutions aux difficultés des Marocains. Chômage, pauvreté, délinquance... Tous les signaux sont au rouge.

http://bit.ly/Xaz4dL


Maroc : Pourquoi l’économie n’est-elle pas libre ?

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/development/86076

Le Maroc vient d’être classé 90ème sur 177 pays, perdant ainsi trois places, dans le classement mondial 2013 de liberté économique, établi par le Wall Street Journal et le think-tank Heritage Foundation. Un classement fait sur la base de 11 indices regroupés en quatre indicateurs : l’état de droit, l’ouverture des marchés économiques, l’efficacité de la réglementation, et le rôle des pouvoirs publics. La contreperformance du Maroc a été provoquée principalement par la non maîtrise des dépenses publiques mais aussi par la corruption généralisée et l’incapacité du système judiciaire d’y faire face. Alors comment en est-on arrivé là ?

http://bit.ly/XigG0R





Santé & VIH/SIDA

Afrique : La rougeole reste l'une des causes majeures de décès de l'enfant

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/hivaids/86113

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), fait savoir, dans une de ses publications de janvier 2013, que la rougeole reste l'une des causes importantes de décès du jeune enfant, alors qu'il existe un vaccin sûr et efficace. On estime que 158 000 personnes, dont une majorité d'enfants de moins de cinq ans, sont mortes de la rougeole en 2011 dans le monde. En 1980, avant que la vaccination ne se généralise, on estimait à 2,6 millions par an le nombre de décès dus à la rougeole.

http://bit.ly/UnS2kN


Algérie : La grippe H1N1 fait craindre le pire

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/hivaids/86088

Après les cas de décès signalés dans les wilayas de Sétif, Tizi Ouzou, El Oued, du fait de la grippe H1N1, le ministère de la Santé algérien, n’a toujours pas soufflé mot sur les dangers et les conséquences de ce virus qui signe son retour. Entre 50 et 60% des cas grippaux actuellement enregistrés en Algérie sont liés au virus H1N1, a indiqué le directeur du laboratoire de la grippe à l’Institut Pasteur d’Algérie.

http://bit.ly/WKuB3a





Éducation

Afrique : Menacée de pénurie de diplômés qualifiés

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/education/86112

Le Département d’Etat britannique à l’Education, en partenariat avec le British Council a organisé une assemblée des ministres africains de l’Education nationale le 31 janvier 2013 à Londres, à la suite du Forum Mondial sur l'Education. Le British Council a invité les participants au Forum à réfléchir sur des réalités qui menacent l’avenir du continent africain. Il s’agit de la rapide croissance économique de l’Afrique qui est menacée par une pénurie de diplômés qualifiés ; avec comme conséquence des entreprises qui ont aujourd’hui du mal à trouver des personnes qualifiées pour les postes vacants alors que le chômage des jeunes en Afrique sub-saharienne est estimé à plus de 20%.

http://bit.ly/12ihMRS





LGBTI

Afrique : Ces pays précurseurs du «mariage pour tous»

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/lgbti/86075

Si en France le débat sur le mariage pour tous ou le droit à l'homoparentalité soulève la polémique, en Afrique, il y a des tribus bien avancées où ces droits sont reconnus et acceptés depuis belle lurette. C’est le cas du Kenya et de la Tanzanie où la tradition du mariage entre femmes perdure chez les Kikuyus, les Massaïs, les Kisiis, les Luos ou encore les Kambas. Dans ces ethnies, les femmes riches et âgées qui n’ont pas pu avoir d’enfants sont autorisées à épouser une jeune femme. Cette tradition permet également à des femmes qui ne souhaitent pas vieillir aux côtés d’un homme de vivre entre elles. Seul bémol, les relations sexuelles ne sont pas permises dans ces unions.

http://bit.ly/Tgf1fO


Cameroun : Le désespoir d’un homosexuel persécuté

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/lgbti/86077

Roger Mbédé a vu sa peine de trois ans d’emprisonnement confirmée en appel le 17 décembre 2012, pour délit d'homosexualité. Il est aujourd’hui fugitif dans son propre pays. Obligé de fuire Yaoundé face aux persécutions dont il faisait l’objet, il livre son premier témoignage. Il a bénéficié d’une mise en liberté provisoire, décidée en juillet 2011 alors que sa sécurité était gravement menacée en détention, mais peut à tout moment être remis en prison. Aujourd’hui, il attend un éventuel recours devant la Cour suprême.

http://bit.ly/XnJvKW





Racisme & xénophobie

Libye : La présence des chrétiens menacée

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/racism/86094

Depuis quelque temps, le fondamentalisme dirige, gouverne, et même si ce n'est pas directement, conditionne les décisions" en Libye, a déploré le vicaire apostolique de Tripoli, en observant que le peuple libyen "n'est pas fondamentaliste". Selon lui, deux communautés religieuses en Cyrénaïque "sont contraintes" de quitter cette région de l'est de la Libye. Une "atmosphère très tendue" et une "situation critique" affecte les chrétiens à Benghazi et dans sa région, ajoute-t-il.

http://bit.ly/VLNodp





Environnement

Global : Greenpeace proteste contre la déforestation au Cameroun

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/environment/86093

La branche française de Greenpeace a organisé samedi 2 février à Paris une opération de soutien aux opposants camerounais à une vaste opération de déforestation destinée à installer une plantation de palmiers à huile par une compagnie américaine, Herakles Farms, dans la région Sud-Ouest. Le projet s’étend sur plus de 70. 000 hectares de forêts que la compagnie à commencé à raser. Des milliers de personnes vont perdre leur terre, pour un contrat de 99 ans avec seulement 1 dollar par an et par hectare de loyer, selon Greenpeace.

http://bit.ly/YOPHRk


Mauritanie : Les sacs plastiques interdits pour sauver l’environnement

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/environment/86102

Le gouvernement mauritanien a interdit pour compter du 1er janvier 2013 la fabrication, l’importation, la commercialisation et l’utilisation du plastique souple sur son territoire. Par cette mesure annoncée depuis juin 2012, avec un moratoire de six mois avant son application, les autorités veulent encourager l’utilisation des emballages biodégradables pour mieux protéger l’environnement. Désormais, la fabrication du plastique souple expose à une amende de 4.000 à 5.000 dollars, et de 200 à 300 dollars pour la distribution et l’usage de ce produit interdit.

http://bit.ly/14Mu7NP


Mozambique : 68 morts dans les inondations qui s'étendent vers le nord

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/environment/86083

Environ 70 personnes ont trouvé la mort dans les inondations qui touchent le Mozambique, les pires depuis une décennie, tandis que les intempéries frappent désormais le nord du pays. Plus de 180.000 personnes ont été déplacées en raison des inondations qui ont ravagé le sud du Mozambique depuis quelques jours. Ces inondations ont touché en premier lieu la province de Gaza, qui correspond à la basse vallée du fleuve Limpopo. La montée des eaux a provoqué cet exode vers des zones plus élevées, où les agences humanitaires ont installé des camps provisoires pour abriter et nourrir les réfugiés.

http://bit.ly/XtRPbZ


Nigeria : La filiale de Shell jugée responsable de pollution

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/environment/86092

Un groupe de fermiers nigérians a poursuivi le groupe pétrolier Shell pour avoir pollué ses terres et ses eaux poissonneuses à la suite de déversements de produits pétroliers en 2005 dans le delta du Niger dans le sud du Nigeria. Le procès qui s'est tenu à La Haye a finalement condamné Shell Nigeria, filiale du groupe - mais pas la maison mère - à verser des indemnités aux plaignants dans une des affaires qui concerne des fuites dans un oléoduc. Certaines Ong y voient un précédent en matière de responsabilité environnementale.

http://bit.ly/VLNiSV





Média & liberté d'expression

Bénin : Boni Yayi gracie deux personnes condamnées pour offense au chef de l'État

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/media/86078

Lionel Agbo et Berthe Cakpossa ont été graciés par le président Boni Yayi, selon un communiqué de la présidence publié jeudi 31 janvier. Fin janvier, la justice béninoise avaient condamné ces deux personnalités pour offense au chef de l'État - la première étant accusée d'avoir diffusé les propos de la seconde. L'affaire remonte à septembre dernier. Lionel Agbo, avocat pénaliste, plusieurs fois candidat à la présidentielle, tenait une conférence de presse et n’avait pas mâché ses mots en accusant une partie des collaborateurs du chef de l'État d'être corrompus.

http://bit.ly/VF0AUH





Conflits & urgences

Afrique : Les unités d’élite du Tchad envoyées au Mali

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86071

Fait exceptionnel : le 16 janvier à N'Djamena, c'est par un vote unanime que les députés tchadiens ont approuvé l'envoi de troupes au Mali. Si Idriss Déby Itno tient ses objectifs - un déploiement de plus de 2 000 hommes -, le Tchad sera la deuxième puissance combattante derrière la France. « C'est une projection qui se fait sur 3 000 km. Donc je ne peux pas m'amuser à envoyer une petite unité qui, sans renfort, va être avalée », souligne le président tchadien, qui ne sous-estime pas l'ennemi.

http://bit.ly/XnwaCs


Afrique : L’Ua Incapable d’amener la paix dans les Soudans en guerre

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86103

Le sommet de l'Union africaine (Ua) n'a pas réussi à assurer une avancée dans les négociations en cours entre le Soudan et le Soudan du Sud lorsqu’il a pris fin le lundi 28 janvier. Le président Salva Kirr du Soudan du Sud et le président soudanais, Omar al-Béchir ont signé neuf accords le 27 septembre 2012, après la poursuite des combats entre les deux pays le long de leurs frontières, les disputes au sujet des frais de transport du pétrole, et les revendications par rapport aux Etats frontaliers riches en pétrole, notamment la région d'Abyei.

http://bit.ly/VmBLcF


Mali : L'impossible contrôle des frontières

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86105

Face au repli des jihadistes, Algérie, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Sénégal ont annoncé avoir pris des mesures pour sécuriser leurs frontières respectives avec le Mali. Depuis le début de la crise au Mali, la sécurisation des frontières est l’une des priorités des cinq pays qui l’entourent. Ciblés par des frappes aériennes françaises, la plupart des combattants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), d’Ansar Eddine (Défenseurs de l’Islam) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont quitté les grandes villes du Nord-Mali qu’ils contrôlaient depuis neuf mois. Et risquent évidemment de franchir les frontières poreuses avec les pays voisins.

http://bit.ly/11cXMAF


Mali : Les Touaregs fuient la guerre et les exactions

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86070

Après trois jours de marche à travers le Sahel, Habaye Ag Mohamed vient d’arriver au camp de réfugiés de M‘béra, en Mauritanie. Ce Touareg de 48 ans a fui les combats qui faisaient rage à Diabali, au Nord-Mali. Avec ses seuls vêtements comme bagage, Habaye Ag Mohamed erre aujourd’hui dans le camp de M’Béra, déboussolé comme les 700 autres réfugiés qui arrivent chaque jour, principalement du Nord-Mali. Les Touaregs et autres Maures fuient en masse uniquement par crainte des exactions de l’armée malienne, quand bien même leur zone n’a pas encore été délivrée des djihadistes.

http://bit.ly/119CZhm


Mali : Le nerf de la guerre débloqué à Addis-Abeba

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86072

La conférence des donateurs pour le Mali s'est tenue le 29 janvier à Addis-Abeba et a permis de mobiliser près de 455 millions de dollars sur les 950 millions attendus pour financer le déploiement des 8000 soldats de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) pour une reconquête du territoire perdu et surtout reconstruire l'armée malienne. L'objectif de la Mission internationale de la (Misma) dont les effectifs au départ ont été relevés de 3300 à 8000 soldats, est de repousser les groupes islamiques et terroristes sévissant au Nord- Mali.

http://bit.ly/TjqP0Z


Mali : Mauvaise récolte, inflation et urgence humanitaire au nord

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86100

Après l’intervention militaire pour la libération des villes du Nord-Mali, les populations sont confrontées à une urgence humanitaire. Et les organisations non gouvernementales présentes à Gao et Tombouctou estiment qu’il faudra agir au plus vite pour éviter le pire. Avec la sécheresse, les mauvaises récoltes, la crise politique et les combats qui ont éclaté, la situation est devenue difficile. Les populations manquent de tout à Gao et Tombouctou, les deux plus grandes villes du nord fraîchement libérées par les armées française et malienne de l’occupation des groupes terroristes

http://bit.ly/TzOp9Q


Rd Congo : Le M23 rejette le rapport des experts de l’Onu

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86111

Le dirigeant politique du M23, Jean-Marie Runiga, rejette le rapport des experts de l’ONU car il serait « cruellement partial ». Le rapport, publié en décembre dernier, accusait le M23 d’avoir commis de graves exactions (viols, assassinats, recrutements forcés) en Rdc et appelait l’Onu à revoir les sanctions à son endroit.

http://bit.ly/14Mut6X


Rd Congo : Une nouvelle coalition rebelle contre Kabila

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86115

Une nouvelle coalition de groupes armés majoritairement basés au Sud-Kivu, dans l'est de la Rd Congo, a annoncé dimanche 3 février sa création, avec pour objectif de renverser le régime du président Joseph Kabila, réélu fin 2011 au terme d'élections contestées. Dans une note rendue publique à Kinshasa, l'Union des Forces Révolutionnaires du Congo (Ufrc) a annoncé sa formation mi-janvier, en se définissant comme un mouvement "politico-militaire". Elle est basée à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu.

http://bit.ly/VKL6ex


Sénégal : Au moins cinq morts dans une attaque rebelle en Casamance

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86096

Au moins cinq personnes ont été tuées dans une attaque menée vendredi 1er février contre une banque et des boutiques par des rebelles présumés en Casamance, suivie d'un accrochage avec l'armée. Les habitants ont parlé de quatre civils tués pendant l'attaque, la plus importante depuis l'arrivée au pouvoir du président Macky Sall en mars 2012 qui avait fait renaître l'espoir d'une solution pacifique au conflit indépendantiste de Casamance.

http://bit.ly/WpLFwm


Sénégal : Des présumés djihadistes arrêtés

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86116

Les ministres sénégalais de l’Intérieur et des Forces armées ont combiné leurs forces pour faire face à une éventuelle infiltration des rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Cette surveillance accrue a porté ses fruits puisque une dizaines de personnes venant du Mali ont été arrêtées. Les suspects sont pour la plus part des Nigérians et des Maliens issu de la tribu Touareg.

http://bit.ly/US8W8R


Tunisie : Le pays sous haute tension

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/conflict/86087

La Tunisie prolonge l’état d’urgence déclenché depuis la révolution. Le président Moncef Marzouki tire, pour un mois de plus, la sonnette d’alarme. En cause, la situation sécuritaire en Tunisie toujours, semble-t-il, particulièrement instable. Le gouvernement craint un regain d’activité des groupes djihadistes. L’Algérie n’a pas manqué de mettre en garde ses voisins tunisiens en libyens en leur demandant de surveiller davantage leur frontière. Des doutes planaient sur la provenance des terroristes, mais l’Algérie en est désormais persuadée. Les terroristes qui ont attaqué le site gazier d’In Amenas sont arrivés par la Libye.

http://bit.ly/Y5tTLe





Internet & technologie

Sénégal : Le portable a envoûté les jeunes

2013-02-04

http://pambazuka.net/fr/category/internet/86082

Les Sénégalais sont devenus des accros du téléphone portable au point que la nouvelle génération ne peut plus s'en passer. Le mobile a pris une place de choix dans la vie quotidienne. Il est devenu une nécessité sociale. Et disposer de l’appareil permet de remplir plus facilement certaines obligations sociales : justifier une absence lors de cérémonies, présenter des salutations ou des condoléances. «Jamais sans mon téléphone », tel pourrait être le leitmotiv de beaucoup de Sénégalais dont plusieurs ont deux ou trois téléphones portables.

http://bit.ly/UDq02g





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