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La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 361 : Accaparement des ressources et exclusion des communautés

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Commentaires & analyses, 4. Plaidoyers & campagnes




Sommaire de cette édition

CHRONIQUES
- Mauritanie : La préoccupante situation de l’accaparement des terres
- La Justice transitionnelle au Mali : Etat des lieux
- Desertec : Vers un accaparement des sources d’énergie renouvelable en Afrique du Nord ?

ANNONCES
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COMMENTAIRES & ANALYSES
- Rapprochement Cuba-Etats-Unis : Perspectives et obstacles
- Sénégal : Karim Wade, de l’arrogance à la trahison des siens

PLAIDOYERS & CAMPAGNES
- Fsm : Les peuples du monde contre le terrorisme




Chroniques

Mauritanie : La préoccupante situation de l’accaparement des terres

Thiam Mamadou

2015-03-24

http://pambazuka.net/fr/category/features/94274


c c PZ
La problématique de l’accaparement en Mauritanie n’est pas uniquement économique. Elle est sociétale. Les expropriations foncières ne visent que les terres contrôlées, depuis des siècles voire des millénaires, par les Noirs du pays, négro-africains et haratines, toujours au profit de la couche arabe beydane (maures blancs) du pays.
Dans un pays où la souveraineté, voire la sécurité alimentaire, reste encore une chimère, on peut parler d’un gâchis par rapport à la situation des terres agricoles. Sur un potentiel estimé à 450 000 hectares, près de 200 000 hectare ne sont pas mises en valeur. En dépit de la règlementation des attributions foncières que gère l’Etat, elles ne font l’objet, en général, que de spéculations. Dans les faits, le foncier, en Mauritanie, demeure au centre d’enjeux multiples depuis les années 1980. «Y convergent tous les impératifs nationaux de respect et de consécration des droits humains, de consolidation de l’unité nationale, de renforcement de la cohésion sociale, de promotion de la femme, de gouvernance et de libération des énergies, dans un secteur agricole qui fait vivre plus des deux tiers de la population», constate Sarr Mamadou Moctar, secrétaire exécutif du Forum des Organisations des droits humains (Fonadh), principal initiateur des concertations entre le monde rural et les autorités.

Cette situation se traduit par un désarroi pour «des centaines de milliers d’hommes, de femmes et de jeunes, issus de groupes agro-pastoraux, (qui) voient leur subsistance de plus en plus menacée», se désole M. Sarr, selon qui «la gouvernance foncière n’est pas plus soucieuse de sécuriser les terres indispensables aux petits cultivateurs que les espaces pastoraux pour leurs homologues pastoraux». Secrétaire général de l’Ong Kawtaal n’gam Yellitaaré, en pointe dans le combat contre la spoliation des terres, Ba Amadou Alpha, y voit même une flagrante injustice sociale qui risque de mener à une situation explosive. Pour lui, la gestion foncière actuelle «ne respecte ni les lois existantes ni l'intérêt national, encore moins l’expérience des tenures traditionnelles, voire surtout, les intérêts des paysans, principaux acteurs économiques en ce domaine. Notre potentiel agricole ne profite qu’à l’agro-business étranger, via de faux acteurs économiques qui ne travaillent pas la terre, juste objet de spéculations financières pour eux. La facilitation récente de la régularisation des titres fonciers n'est qu'un leurre. Elle ne vise qu'à accentuer la légitimation des propriétés usurpées aux profits de délinquants en col blanc», déplore M. Ba.

La problématique de l’accaparement n’est pas uniquement économique. Elle est sociétale. Les expropriations foncières ne visent que les terres contrôlées, depuis des siècles voire des millénaires, par les Noirs du pays, négro-africains et haratines, toujours au profit de la couche arabe beydane (maures blancs) du pays. «Une question fondamentale qui risque devenir le principal motif de remise en cause de la construction, toujours en difficulté de gestation, d'un Etat unitaire», prévient M. Ba.

EXTENSION DU MONOPOLE

Les terres constituent donc un enjeu majeur. Sarr Mamadou ne pense pas qu’à court terme cette situation de monopole puisse connaître une rupture. Selon lui, elle devrait, au contraire, s’amplifier, compte tenu du contexte actuel. «Depuis 2010, l’attribution des terres agricoles (terres de cultures sous pluie et de décrue) s’est accélérée. Cette année-là, le gouvernement mauritanien avait envisagé d’attribuer 50 500 hectares à une société saoudienne, Tabouk Eziraiya Errajihii, couvrant diverses parties des communes de Boghé, Dar el Avia, Ould Birome et Dar el Barka. Cette décision fut suspendue, grâce à la mobilisation des populations des communes concernées, soutenues par des organisations de la société civile mauritanienne. Mais, en 2013, 50 000 hectares, au Trarza, et 31 000, au Brakna, dans les communes de Dar el Avia, Ould Birome et Dar el Barka, furent alloués au profit d’une autre société saoudienne, Al-Rajihi, sous forme de bail emphytéotique. Des études topographiques réalisées par les autorités laissent entrevoir de possibles attributions de terres dans d’autres départements ».

M. Ba juge que «la logique domaniale actuelle et le monopole étatique sont le fait exclusivement d'un pouvoir despotique. Il faut que les Mauritaniens, dans toute leur diversité ethnique et sociale, comprennent que seule la lutte en commun contre les discriminations, pour la transparence, la justice et la démocratie peuvent sauver ce pays du chaos vers lequel il se dirige inéluctablement, si rien de contraire ne s’y oppose ». Il pense que les mentalités évoluent, lentement mais sûrement, vers la nécessité du renversement de l'ordre établi.

Il reste à évaluer les conséquences désastreuses de l'accaparement des terres. Tant sur les relations entre l’Etat et les populations rurales que sur l’environnement. En Mauritanie, signale Ba, « les terres cultivables ne couvrent pas 0,5% du territoire ». L’essentiel des activités agricoles se situe dans la Vallée du fleuve Sénégal où sont concentrées les populations noires. Des communautés villageoises étouffent dans leur espace, au point de ne plus trouver où enterrer leurs morts. D’autres sont privées, par des exploitations de type latifundiaire, des couloirs de transhumance et des pâturages sur les terres qu’elles réservaient à cette fin, selon une répartition experte et fonctionnelle des zones rurales.

D’après Ba, l'Etat n'a même pas la bonne âme de respecter un espace vital, si petit soit-il. Dans plusieurs localités, il exproprie jusqu’aux pâturages des animaux, au mépris du droit le plus élémentaire. C’est par exemple le cas dans les environs de Dar El Barka où le bétail, privé de pâture, pénètrera, forcément, dans les zones protégées. Encore faudrait-il que ces dernières existent encore. Tout comme les cimetières, elles sont le plus souvent également attribuées aux spéculateurs. Une mise sous coupe réglée qui empêche tout développement de l'agriculture et l'élevage vivriers, sources exclusives de revenus dans ces zones.

A Diatar, les populations ne disposent plus, autour de leur village, que d’une bande de quarante mètres d'espace vital. A Donnaye, on part enterrer les morts au Sénégal. Dans la plaine de Boghé, on a bloqué, à dessein, l'irrigation naturelle des terres cultivables qu'on a vendu à des Marocains. En réalité, on se moque de la nature et même de la nature humaine. «C'est une politique, non seulement, de spoliation inacceptable, mais aussi sauvage de gestion insensée de l'espace qui ne tient aucun compte des besoins élémentaires de la nature et de l'homme», fulmine encore M. Ba.

Pour avoir dénoncé cette situation, en novembre 2014, lors d’une caravane menée dans le sud mauritanien, destinée à sensibiliser les populations sur les questions foncières et la législation rurale en rapport avec l’esclavage, Biram Dah Abeïd, président d’Ira-Mauritanie, son vice-président Brahim Bilal Ramdhane et Djiby Sow, président de Kawtal N’gam Yellitaaré, ont été condamnés, le 15 janvier, à deux ans de prison ferme, au seul motif de «désobéissance à l’autorité». Celle-ci ne pouvait pas mieux avouer son implication dans l’exploitation éhontée du terroir et des populations en Mauritanie...


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** Thiam Mamadou – article paru dans Flamme d’Afrique, journal publié par l’Institut Panos Afrique de l’Ouest à l’occasion du Forum social mondial 2015 (http://flammedafrique.org/fsm2015/)

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


La Justice transitionnelle au Mali : Etat des lieux

Moussa Camara

2015-03-24

http://pambazuka.net/fr/category/features/94275


c c AWIP
Trois ans après le coup d’Etat militaire, le Mali cherche aujourd’hui à sortir des crises multidimensionnelles qui l’ont ébranlé jusque dans ses fondements. La réconciliation se trouve au centre de toutes les actions nationales et internationales actuellement menées. Elle constitue aussi une préoccupation générale et un idéal pour les Maliens. Mais le processus appelle des changements dans les attitudes, les émotions, les sentiments, les aspirations et aussi les croyances. Tout comme il est clair que la réconciliation n’exclut pas la justice.

Le désordre politique, social et institutionnel qui s’est installé au Mali en 2012 a débouché sur un renversement du régime, légal et constitutionnel de l’ex-président Amadou Toumani Touré. Depuis lors, la spirale de la crise semble sans fin, avec des espoirs de solution toujours différés ou anéantis.

Le 22 mars 2012, la mutinerie qui a éclaté dans le camp Soundiata de Kati s’était achevée dans un coup d’Etat. Résultat : un pays disloqué. Le Mali en était arrivé là quelques mois après une montée en puissance de la rébellion armée du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla), suivie de l’occupation des trois régions du nord du pays - Tombouctou, Gao et Kidal- par les soldats de cette idéologie littéraliste, le terrorisme, que sont Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Ansar Dine.

La rébellion n’est pas un phénomène nouveau au Mali : depuis l’indépendance, le pays en a connu quatre. Ce qui l’est en revanche, c’est l’occupation opérée par lees jihadistes et narco-trafiquants du Mujao, d’Aqmi et d’Ansar Dine, qui ont semé la terreur dans les villes, commis des atrocités et des exactions à l’encontre des populations. Le fanatisme religieux, qui a ruiné l’Afghanistan, embrasé l’Algérie, muselé l’Iran et qui fait que la charia défie la loi fédérale au Nigéria, s’était installée dans la partie nord du Mali. Des mausolées ont été détruits, des couples qualifiés d’adultèrins ont été fouettés, ceux qui ont été accusés de vol ont eu la main coupée…

Les dommages corporels et le traumatisme subis par les populations ont été immenses : viols de personne, crimes de guerre… En outre, la rébellion a réveillé les vieux démons de la division. Au lieu du régionalisme, on s’est retrouvé dans la tribu, signe incontestable d’un Etat perdu par sa faiblesse

A Bamako, le coup d’Etat militaire a aussi été suivi de crimes commis contre les militaires restés fidèles au président déchu ; ce qu’on appelle l’affaire dite « des bérets rouges disparus ».

Ensuite est venue l’affaire de la mutinerie de Kati, le 30 septembre 2013, au cours de laquelle des militaires ont disparu, avec comme source de leurs contestations le non respect des promesses de promotion et d’augmentation de salaire faites par Amadou Haya Sanogo qui venait d’être bombardé général. Le 16 juin 2013, au colloque sur la justice transitionnelle tenu à Bamako, Malick Coulibaly, alors ministre de la Justice et Garde des Sceaux, déclarait alors : «Les mois écoulés, le Mali a connu la page la plus sombre de son histoire consécutive à la crise. Cette page sombre a été marquée par les pires violations des droits humains dans le Nord du pays (...) Nous nous interdisons d'oublier les graves violations des droits humains commises dans le sud du pays. Il faut, aujourd'hui comme hier, reconnaître qu'à la faveur des convulsions sociopolitiques nombreuses et graves ont été perpétrées des violations du droit à la vie, du droit à la sécurité de la personne et du droit à la propriété.» (1).

Mais en matière de droits humains, des bornes infranchissables sont posées. Depuis le procès de Nuremberg (1946-1947), des tribunaux ont été établis dans le dessein de juger ceux qui se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité, et cela en vue de permettre la réconciliation nécessaire pour «recoller les morceaux». Le processus démocratique a repris au Mali, cette quête de justice demeure fondamentale.

RECONCILIATION, DEVELOPPEMENT, MAIS AUSSI JUSTICE

En septembre 2013, Ibrahim Boubacar Keïta, candidat du Rassemblement pour le Mali (Rpm), a remporté la présidentielle avec 77,62% des suffrages exprimés ; un raz-de-marée électoral qui a tourné la page d’une période de transition et placé le pays dans la voie conduisant à remonter la pente des profondes crises institutionnelle et sécuritaires creusées par la rébellion et l’occupation du nord par des terroristes.

Ibrahim Boubacar Keïta a été élu pour construire un Etat de droit. Il a une tache immense dont les principaux chapitres sont la reforme de l’armée, la réconciliation nationale, la lutte contre la corruption et l’éducation. Parmi tous ces chantiers, le plus délicat reste la réconciliation nationale, processus politique aux implications profondes, néessaire dans toute société sortant d’un conflit comme ce fut le cas dans nombre de pays d’Afrique tels le Rwanda ou l’Afrique du Sud.

Après les viols, les exactions, la torture, les pillages, les enrôlements d’enfants soldats, le souhait le plus partagé au Mali est la réconciliation, le pardon. Mais, il ne fait aucun doute que tout cela a un prix : la vérité, la justice. Sous la transition, Dioncounda Traoré avait créé une commission dite « Dialogue et Réconciliation». A peine élu, Ibrahim Boubacar Keïta a recadré le projet en ajoutant le mot «Vérité», comme l’avait recommandé le colloque national sur la justice transitionnelle au Mali, tenu en 2013, avant de l’envoyer à l’Assemblée nationale.

Editorialiste au journal Le Républicain, Adam Thiam notait que ceci «n’enlève rien à la vision méritoire du gouvernement pour lequel la vérité doit aller au-delà des crises répétées de ces dernières décennies pour affronter le mal à sa racine. Ainsi donc, les exactions, atrocités commises par l’Etat et les rébellions depuis 1963 seront concernées. C’est dire que les autorités ont pris en compte l’impératif de devoir de mémoire que réclamaient des cadres de la rébellion, notamment Kel Tamasheq et ce en relation avec la manière dont la révolte de Kidal a été réprimée en 1963 ainsi que les représailles exercées par l’armée contre des populations civiles nomades au cours des rébellions ultérieures. Le côté surréaliste de la concession est que le travail de mémoire essentiel au retour durable de la paix et de la confiance ouvre le procès d’une époque et d’une pratique. Il s’agira - et ce n’est pas la chose la plus simple - de gérer alors l’opinion dominante qui est celle du sud. Acceptera t-elle de voir dans son héros Dibi Silas Diarra l’éventreur ou le dynamiteur en série de simples bergers ou d’épouses de bergers, comme tendent à l’accréditer les versions du « Nord » ? » (4).

La remise à plus tard de la mise en place de la Commission, par le gouvernement, n’est pas vue d’un bon œil par ceux qui estiment qu’elle aurait dû être mise en place bien avant les pourparlers, pour participer aux négociations en proposant une politique de réconciliation nationale aux différentes parties et sur la base de laquelle les responsabilités des uns et des autres allaient être fixées. Cela aurait facilité la divulgation de la vérité, la cicatrisation et la réparation à défaut d’une justice équitable pour tous.

La Commission aurait pu, compte tenu des missions qui lui sont assignées, porter le processus de réconciliation et amener l’opinion nationale à se l’approprier. Car elle consistera, quelle que soit la gravité des crimes commis, à « sociabiliser la justice ».

Au ministère de la Justice, Sylvestre Kamissoko, chargé de Communication, affirme qu’ils sont «en train de mettre en place des groupes mobiles qui vont permettre aux victimes de mieux s’exprimer, en dénonçant ce qui leur est arrivé. Ces groupes vont faire remonter les informations à une autre structure qui va les traiter». A la question de savoir si les victimes d’exactions au nord seront autant prises en compte, il rétorque que « Le gouvernement est en train de prendre des mesures et de voir comment les indemniser. Actuellement aucun juge ne peut aller au Nord ; tout le monde s’arrête à Gao. Dès qu’il y aura la paix, les juges seront redéployés et pourront rendre justice. Tant qu’il n’y a pas la paix, on ne peut rien faire. Après la paix, il y aura la justice, l’indemnisation. »

NOTES
1) Quelle justice transitionnelle pour le Mali ? Pnud, 17 juin 2013
2) Le principe d’humanité, Jean-Claude Guillebeau, Seuil, 2001
3) La justice transitionnelle, une voie vers la réconciliation et la construction d’une paix durable, Conférence Paper, 2011
4) Chronique du vendredi, Le prix de la réconciliation, le coût de la vérité, Adam Thiam, Le Républicain, 14 mars 2014


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Desertec : Vers un accaparement des sources d’énergie renouvelable en Afrique du Nord ?

Hamza Hamouchene

2015-03-24

http://pambazuka.net/fr/category/features/94276


c c MDV
Le grand projet Desertec, consistant à approvisionner l’Europe en électricité produite par des centrales solaires au Sahara, semble aujourd’hui au point mort. Plusieurs autres projets solaires d’envergure sont toutefois encore à l’ordre du jour en Afrique du Nord, en dépit des préoccupations locales. Dans cet article initialement publié par le magazine britannique New Internationalist, Hamza Hamouchene se penche sur les défauts du projet Desertec, et se demande dans quelle mesure l’énergie solaire du désert peut réellement jouer un rôle dans un avenir démocratique et durable des deux côtés de la Méditerranée.

Si vous êtes présent sur les réseaux sociaux, il se peut que vous ayez vu passer cette image, qui montre une minuscule partie du Sahara avec la légende : « L’énergie solaire produite sur cette surface du Sahara fournirait assez d’énergie pour couvrir les besoins du monde entier. »

Cette affirmation est-elle vraiment exacte ? Elle se base sur des données issues d’une thèse de fin d’études rédigée en 2005 par Nadine May, de l’Université technique de Brunswick en Allemagne.

Selon Mme May, une surface de 3,49 millions de km² serait potentiellement disponible pour accueillir des centrales solaires à concentration (Csp) dans des pays d’Afrique du Nord comme le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte. D’après elle, une surface de 254 kilomètres sur 254 kilomètres suffirait pour répondre à la demande mondiale d’électricité. La quantité d’électricité nécessaire aux 25 États membres de l’Ue pourrait être produite sur une surface de 110 kilomètres sur 110 kilomètres (avec des collecteurs solaires capables de capturer 100% de l’énergie). Selon une estimation plus réaliste de l’initiative Land Art Generator, avec un taux de capture de 20%, il faudrait une surface environ huit fois plus grande que celle évoquée dans l’étude de May pour répondre aux besoins du monde en énergie. Malgré tout, cette carte illustre bien le potentiel de l’énergie solaire, et le fait qu’il suffirait de peu d’espace pour alimenter en électricité la planète toute entière.

Cette idée n’est pas neuve. En 1913, l’ingénieur américain Frank Shuman avait présenté les plans de la première centrale solaire thermique au monde à l’élite coloniale d’Égypte, dont Lord Kitchener, consul général britannique. La centrale aurait pompé l’eau du Nil vers les champs de coton voisins, une récolte alors extrêmement lucrative en Égypte. La Première Guerre mondiale mit abruptement fin à ce rêve.

L’idée fut reprise dans les années 1980 par Gerhard Knies, un physicien allemand qui fut le premier à estimer la quantité d’énergie solaire nécessaire pour répondre aux besoins en électricité de l’humanité. En 1986, réagissant à l’accident nucléaire de Tchernobyl, il arriva à la remarquable conclusion suivante : en six heures seulement, les déserts du monde reçoivent plus d’énergie du soleil que la quantité consommée en un an par les êtres humains. Ces idées ont ouvert la voie au projet Desertec.

QU’EST-CE QUE LE PROJET DESERTEC ?

Par souci de clarté, il convient de différencier la « Fondation Desertec » de l’« Initiative industrielle Desertec ». La fondation à but non lucratif Desertec a été créée en janvier 2009 par un groupe de scientifiques, de personnalités politiques et d’économistes des pays de la Méditerranée. Son objectif est d’approvisionner autant de personnes et d’entreprises que possible en énergie renouvelable produite dans les déserts du monde entier. Ils espèrent ainsi contribuer à la prospérité et la protection du climat.

À l’automne 2009, un consortium « international » d’entreprises a formé l’Initiative industrielle Desertec (Dii). Des acteurs puissants tels qu’E.On, Munich Re, Siemens et Deutsche Bank en sont tous devenus « actionnaires ». C’est le secteur privé (avec majoritairement des firmes allemandes) qui a lancé cette initiative pour faire du concept Desertec un projet commercial rentable, qui fournirait environ 20% de l’électricité de l’Europe en 2050 grâce à un vaste réseau de parcs solaires et éoliens s’étendant sur toute la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (Mena). Ces générateurs seraient connectés à l’Europe continentale par des lignes spéciales de transmission directe à haute tension. Le coût total de ce projet a alors été estimé à 400 milliards d’euros.

Pour comprendre les fondements idéologiques du projet Desertec, un peu d’histoire est nécessaire. Entre 1998 et 2006, une série d’accords d’association euro-méditerranéens ont été conclus entre l’Union européenne d’une part et d’autre part l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, Israël, le Liban, le Maroc, la Palestine et la Tunisie. Leur objectif affiché est de « libéraliser progressivement le commerce » dans la région et de créer un espace de libre-échange méditerranéen. À partir de 2008, le président français Nicolas Sarkozy s’est fait le héraut d’un projet aux visées similaires, l’Union pour la Méditerranée (Upm), afin de renforcer « l’interdépendance » entre l’Ue et les pays du sud de la Méditerranée.

Cet objectif « d’interdépendance » n’est pas sans rappeler la célèbre évocation de « l’indépendance dans l’interdépendance » par l’ancien Premier ministre français Edgar Faure en 1956, une stratégie poursuivie par les gouvernements français successifs pour perpétuer leur contrôle et leur domination sur les pays africains nouvellement « indépendants ». L’Upm s’inscrivait dans les mêmes traces en cherchant à favoriser les intérêts de l’Ue et à réduire ses besoins en énergie importée de Russie. La promotion d’un partenariat dans le domaine des énergies renouvelables était considérée comme une priorité pour atteindre ces objectifs.

Pour comprendre le projet Desertec, et en particulier son bras industriel Dii, il faut garder à l’esprit ce contexte d’accords commerciaux pro-marché, de joutes d’influence et de ruée vers les ressources énergétiques. Desertec devait jouer un rôle clé dans la diversification des ressources énergétiques afin de diminuer la dépendance de l’Union européenne envers la Russie et contribuer à ses objectifs de réduction de ses émissions de carbone. La région Mena constituait une cible naturelle, étant bien pourvue en ressources naturelles, depuis les sources fossiles jusqu’à l’énergie solaire et éolienne. Un mécanisme « colonial » familier semblait se mettre en place sous nos yeux : celui où le Sud continuerait à exporter sans limite ses ressources naturelles bon marché vers le Nord riche et industrialisé, perpétuant une division internationale du travail profondément injuste.

Quand on décode le vocabulaire utilisé dans les différents articles et publications décrivant le potentiel du Sahara pour approvisionner le monde entier en énergie, il y a de quoi s’inquiéter. Le Sahara est dépeint comme une vaste surface vide, faiblement peuplée, présentant une occasion en or d’approvisionner les Européens en électricité pour leur permettre de perpétuer leur mode de vie consumériste extravagant et de continuer à dilapider l’énergie.

Les pouvoirs coloniaux ont utilisé la même rhétorique pour justifier leur « mission civilisatrice » et, en tant qu’Africain, je ne peux m’empêcher de considérer de tels méga-projets avec grande suspicion. En effet, leurs motivations « bien intentionnées » servent souvent à faire passer la pilule de l’exploitation brutale et du pillage pur et simple. Daniel Ayuk Mbi Egbe, du African Network for Solar Energy (Réseau africain pour l’énergie solaire) a exprimé des doutes similaires en 2011. « Beaucoup d’Africains se montrent sceptiques par rapport au projet Desertec, a-t-il déclaré. Les Européens font des promesses mais, en fin de compte, ils font venir leurs ingénieurs, ils apportent leur matériel et ils se lancent. Il s’agit d’une nouvelle forme d’exploitation des ressources, tout comme autrefois. » Mansour Cherni, un syndicaliste tunisien, a exprimé des préoccupations semblables lors du Forum social mondial 2013 de Tunis lorsqu’il a demandé : « Où l’énergie produite sera-t-elle utilisée ? D’où viendra l’eau qui servira au refroidissement des centrales solaires ? Et quels bénéfices les populations locales en retireront-elles ? »

DEVELOPPEMENT DURABLE OU STATU QUO ?

En soi, l’idée du projet Desertec n’est pas fondamentalement mauvaise ou malhonnête. Au contraire, il est louable de chercher à produire une énergie propre et durable pour la planète afin de combattre le réchauffement climatique. Mais, comme pour n’importe quelle idée, il est important de savoir à qui elle profitera, comment elle sera mise en place, pour quel objectif et dans quel contexte elle est encouragée.

Le projet Desertec a été présenté comme une solution aux problèmes du changement climatique, aux conflits liés au gaz entre la Russie et l’Ukraine en 2006 et 2009, aux craintes d’un pic pétrolier et à la crise alimentaire mondiale de 2009. Néanmoins, si le projet Desertec était réellement destiné à résoudre ces crises, il devrait cibler leurs causes structurelles. Concept technologique et apolitique, il promet de surmonter ces problèmes sans changement fondamental, en maintenant le statu quo et les contradictions du système mondial qui ont causé ces crises en premier lieu. En outre, en présentant la région euro-méditerranéenne comme une communauté unifiée (nous sommes tous amis maintenant et nous devons combattre un ennemi commun !), il masque les véritables ennemis de la région Mena, à savoir l’hégémonie européenne et la domination occidentale.

Les grandes « solutions » techniques telles que Desertec tendent à présenter le changement climatique comme un problème partagé, sans contexte politique ou socio-économique. Cette perspective oblitère les responsabilités historiques de l’Occident industrialisé, les problèmes liés au modèle capitaliste d’utilisation de l’énergie, ainsi que les différences de vulnérabilité entre les pays du Nord et ceux du Sud. La région Mena est l’une des régions les plus durement touchées par le changement climatique, alors qu’elle produit moins de 5% des émissions mondiales de carbone. Les réserves d’eau de cette région sont particulièrement affectées. L’expansion de projets de production d’énergie solaire qui viendraient piller davantage ces réserves d’eau raréfiées serait une grande injustice. Le projet Desertec jouerait également un rôle de vitrine publicitaire pour les multinationales du secteur de l’énergie et les régimes autoritaires alimentés par les revenus du gaz et du pétrole. En soutenant des grands projets d’« énergie propre », ils pourraient se poser en protecteurs de l’environnement plutôt qu’en responsables du changement climatique.

Sur le site web de la Fondation (qui a eu l’idée de ce concept et lui a donné son nom), on peut lire : « Le projet Desertec n’a jamais visé à produire de l’électricité en Afrique pour l’Europe, mais veut approvisionner les entreprises des régions désertiques en énergie issue du soleil plutôt que du gaz et du pétrole. » Malgré cette affirmation, le consortium d’entreprises (principalement européennes) de Dii visait ouvertement à approvisionner l’Europe en énergie depuis l’Afrique. Pourtant, la chute des prix des panneaux solaires et turbines éoliennes dans l’Union a finalement conduit le consortium à admettre que l’Europe pouvait produire la plus grande partie de son énergie propre localement. Les tensions entre la Fondation et Dii ont culminé avec leur divorce en juillet 2013, la Fondation ayant préféré se distancier de mauvaise gestion et du manque de direction du consortium industriel. Suite à ces développements, Dii s’est réduit à peau de chagrin, passant de 17 partenaires à seulement trois fin 2014 (l’entreprise allemande Rwe, la saoudienne Acwa Power et la chinoise State Grid.)

OU EN EST LE PROJET DESERTEC ?

Pour certains, ce déclin de Dii marquait la fin du projet Desertec. Pourtant, avec ou sans Dii, la vision portée par le projet reste d’actualité avec des projets en Tunisie, au Maroc et en Algérie. En dépit des idéaux déclarés d’approvisionner l’Afrique en électricité, la fondation Desertec soutient le projet Tunur en Tunisie, un partenariat commercial entre Nur Energy, un promoteur de projets solaires britannique et un groupe d’investisseurs tunisiens et maltais actifs dans le secteur du pétrole et du gaz. Tunur est explicitement présenté comme un grand projet d’exportation d’électricité solaire reliant le désert du Sahara à l’Europe, qui devrait commencer à fournir de l’électricité aux consommateurs européens en 2018. Alors que la Tunisie dépend de sa voisine l’Algérie pour l’énergie et qu’elle fait face à des coupures d’électricité de plus en plus fréquentes, il serait (pour le moins) outrageux d’exporter plutôt que de produire pour le marché local.

Selon Med Dhia Hammami, un journaliste d’investigation tunisien spécialiste du secteur de l’énergie, le projet cherche à profiter de la nouvelle législation tunisienne permettant la libéralisation de la production et de la distribution d’énergie verte, brisant le monopole de la Société Tunisienne d’Électricité et de Gaz et ouvrant la voie à l’exportation directe d’électricité par des entreprises privées. Selon lui, il s’agit d’une « prostitution étatique » qui confirme que le gouvernement tunisien se soumet à des diktats commerciaux allant à l’encontre de l’intérêt national.

Entre-temps, le gouvernement marocain, assisté de certains membres du consortium Dii, a obtenu des financements de bailleurs internationaux pour développer la plus grande centrale solaire à concentration (Csp) du monde à Ouarzazate. Envisagé à l’origine comme un projet d’exportation, mais ayant échoué à obtenir le soutien financier du gouvernement espagnol pour un câble sous-marin, le projet est maintenant présenté comme un moyen pour le Maroc d’augmenter son approvisionnement en énergie renouvelable. Toutefois, le rôle des multinationales dans le projet suscite toujours des critiques. M Jawad, un militant d’Attac et du Cadtm Maroc, s’inquiète du contrôle croissant exercé par les sociétés transnationales sur la production d’électricité dans son pays. Il considère que les projets comme celui de Ouarzazate sont une menace pour la souveraineté nationale dans le secteur de l’énergie propre, car des décisions cruciales affectant l’ensemble de la population sont prises par une poignée de technocrates, loin de tout processus ou consultation démocratique.

UNE APPROCHE CENTREE SUR LES COMMUNAUTES LOCALES

Il est absurde de présumer que la libéralisation économique et le « développement » conduisent nécessairement à la prospérité, à la stabilité et à la démocratie, comme si le néolibéralisme et l’agenda de (sous-) développement de l’Occident n’avaient rien à voir avec les soulèvements arabes. Tout projet visant à produire une énergie durable doit être enraciné dans les communautés locales, destiné à répondre et à subvenir à leurs besoins, et centré sur la justice environnementale et énergétique.

C’est d’autant plus important quand on pense au « Printemps arabe » et aux exigences soulevées lors de ces révolutions : pain, liberté, justice sociale et souveraineté nationale. Les projets impliquant de grandes multinationales tendent à adopter une approche technocratique ou « top-down », ce qui augmente les risques d’expropriations, d’accaparement des terres et de pollution locale. Sans implication des communautés, rien ne garantit que ces projets contribueront à soulager la pauvreté, à réduire le chômage ou à préserver un environnement sain.

Voilà où a péché l’initiative Desertec. Le projet impliquait très peu d’acteurs du Sud de la Méditerranée, et ces derniers étaient majoritairement des institutions publiques et des autorités gouvernementales, non les communautés locales qui auraient été affectées.

La Fondation Desertec a publié un ensemble de critères pour garantir que des projets de production d’énergie solaire à grande échelle dans les régions désertiques soient réalisés de façon socialement et environnementalement responsable. Néanmoins, en l’absence de contrôle démocratique, de transparence et de participation citoyenne dans le processus de prise de décision, ces critères resteront lettre morte.

Autre question cruciale : ces projets permettront-ils un transfert de connaissances, d’expertise et de designs de technologies renouvelables aux pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient ? Cela semble peu probable, étant donné la réticence habituelle des multinationales dans ce domaine, et les enjeux liés à la propriété intellectuelle de ces technologies. Par exemple, les tubes à gaz (capteurs solaires thermiques) destinés aux centrales Csp d’Afrique du Nord sont tous fabriqués en Allemagne, et les brevets des récepteurs de tubes en verre sont détenus par des sociétés allemandes. Sans un accès équitable à ces technologies, les pays du sud de la Méditerranée resteront dépendants de l’Occident et des multinationales pour tout futur développement durable.

L’ENERGIE SOLAIRE, UNE NOUVELLE RENTE POUR LES REGIMES AUTORITAIRES ?

Pour en revenir aux révolutions arabes, Desertec s’est présenté comme une possible voie de sortie de crise en offrant de nouvelles opportunités à la région. Voilà qui est déconcertant, quand on pense que les parties prenantes du projet ont coopéré avec des élites corrompues et des régimes autoritaires, dont certains ont été renversés depuis et les autres continuent à opprimer leurs populations.

Au lieu de permettre un « développement » et une émancipation des gouvernements répressifs, les grandes centrales Csp, par nature centralisées, sont une source idéale de revenus pour des régimes corrompus et autoritaires (comme en Algérie, en Égypte et au Maroc) et pourraient donc contribuer à leur maintien au pouvoir. Pour illustrer ce risque, prenons l’exemple de l’Algérie.

Le pétrole et le gaz constituent une source de revenus pour le régime algérien depuis des décennies. Ces revenus sont utilisés pour acheter la paix sociale et conserver sa mainmise sur le pouvoir. Alors que la guerre civile (ou plus, précisément, la guerre « contre les civils ») faisait rage en Algérie, et que l’État et les islamistes fondamentalistes commettaient des exactions systématiques, Bp a signé un contrat d’une valeur de 3 milliards de dollars en décembre 1995, lequel l’autorisait à exploiter les gisements de gaz du Sahara pour les 30 années à venir. Un mois plus tard, Total concluait un accord semblable d’une valeur d’un milliard et demi de dollars, et en novembre 1996 s’ouvrait un nouveau pipeline fournissant du gaz à l’Ue, le pipeline Maghreb-Europe qui passe par l’Espagne et le Portugal. Ces contrats ont sans aucun doute conforté le régime à un moment où ce dernier commettait des violences systématiques dans tout le pays et qu’il se trouvait une période d’isolement international.

Enchaînées à l’Algérie par des investissements massifs, ces sociétés et l’Union européenne avaient tout intérêt à éviter la chute de ce régime répressif, et ils ont donc accepté la « guerre sale » du régime algérien au cours des années 1990. Un méga-projet de production d’énergie renouvelable tel que Desertec, qui lie les économies européennes à des gouvernements corrompus de la région Mena, causerait exactement le même genre de problèmes.

Qu’il s’agisse d’énergie fossile ou renouvelable, les projets qui ne profitent pas aux personnes vivant là où cette énergie est produite, qui servent à soutenir des régimes répressifs et autoritaires ou qui n’enrichissent qu’une toute petite minorité d’élites et de multinationales voraces sont scandaleux, et il faut s’y opposer.

Les partisans de projets d’exportation d’énergie propre apparemment inoffensifs comme Desertec doivent s’assurer qu’ils ne soutiennent pas une nouvelle vague d’« accaparement des sources d’énergie renouvelable ». Après le pétrole, le gaz (y compris les non conventionnels), l’or, les diamants et le coton, l’énergie solaire servira-t-elle à son tour à maintenir la domination impérialiste de l’Occident sur le reste de la planète ?

Au lieu d’adopter de tels projets gargantuesques, nous devons plutôt soutenir des projets décentralisés à petite échelle qui seront gérés et contrôlés démocratiquement par les communautés locales et qui promeuvent l’autonomie énergétique. Si nous ne voulons pas reproduire la tragédie des énergies fossiles, nous devons proclamer : Laissez la lumière du soleil aux peuples du désert !


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** Hamza Hamouchene est un activiste algérien - Article publié initialement en anglais par The New Internationalist et traduit par Anne-Sophie Ronvaux.

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Rejoignez Mapinduzi Afrika !

2015-03-17

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Fahamu a lancé ce Mailing list à l’endroit des individus et des groupes progressistes et panafricains pour faire des aspirations des Africains une réalité mondiale en partageant les idées, expériences, activités, stratégies de luttes, opportunités et capacités à renouveler les efforts dans le cadre du combat contre les systèmes d’oppression contre les populations.

Fahamu vient de lancer une plateforme sur internet dénommée Mapinduzi Afrika Mailing list. Un réseau devant regrouper des individus et des groupes progressistes, panafricain pour partager leurs idées, expériences, activités, stratégies, luttes et opportunités afin de renouveler leurs efforts dans le combat contre les systèmes d'oppression à l’endroit des populations.

«Vous ne pouvez pas prétendre à un changement fondamental sans rêver. Il faut refuser le conformisme, avoir le courage de tourner le dos aux vieilles formules, avoir le courage de construire l'avenir en nous inspirant des idées utopiques d’hier afin d’agir, aujourd’hui, avec une extrême clarté. Je préfère être un rêveur !»

Cette célèbre citation du capitaine Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso, traduit le mieux l'esprit de la tradition africaine de la lutte révolutionnaire : Le courage d'inventer l'avenir, le refus du conformisme, des actions radicales face à l’injustice des pouvoirs.

Mapinduzi signifie «Révolution» en swahili, rêver est une condition pour conduire à un changement fondamental.

L'objectif d'un activiste n’est pas de trouver une place de choix dans un ordre injuste, ou de croire qu’un changement fondamental se réalisera par un miracle ou par la grâce d’un messie. Un activiste réfléchit et s’active dans la souffrance, le sacrifice pour déloger le règne de l’injuste, de sorte que toutes les personnes puissent jouir pleinement d’une vie digne. L’activisme est un sacerdoce.

Fahamu a lancé ce Mailing list à l’endroit des individus et des groupes progressistes et panafricains pour faire des aspirations des Africains une réalité mondiale en partageant les idées, expériences, activités, stratégies de luttes, opportunités et capacités à renouveler les efforts dans le cadre du combat contre les systèmes d’oppression contre les populations.

C’est un forum ouvert dans lequel nous espérons accueillir les individus et les mouvements panafricain à travers le monde afin de partager nos rêves et d'apprendre les uns des autres pour renforcer les luttes pour la justice sociale, pour nous libérer de toutes les formes d’oppression. Oui, nous pouvons vraiment être libres!

Vive l’Afrique !

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Commentaires & analyses

Rapprochement Cuba-Etats-Unis : Perspectives et obstacles

Salim Lamrani

2015-03-24

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Depuis l’annonce historique du 17 décembre 2014, Washington a annoncé quelques mesures destinées à assouplir l’état de siège économique qui pèse sur Cuba. Mais le chemin est encore long.

Le 16 janvier 2015, les mesures d’assouplissement annoncées par les Etats-Unis, dans le cadre du processus de normalisation des relations bilatérales initié entre les présidents Barack Obama et Raúl Castro, sont entrées en vigueur. Si elles ne mettent pas un terme aux sanctions économiques, elles constituent un signal positif et confirment la volonté de Washington de mettre un terme à une politique anachronique, cruelle et inefficace. Cette politique constitue en effet le principal obstacle au développement de l’île, affecte les catégories les plus vulnérables de la population cubaine et suscite la condamnation unanime de la part de la communauté internationale [1].

La première mesure concerne les possibilités de voyage à Cuba. Si les citoyens étasuniens ne sont toujours pas autorisés à se rendre dans l’île en tant que touristes ordinaires – alors qu’ils peuvent se rendre en Chine, au Vietnam ou en Corée du Nord –, Washington a décidé de faciliter les déplacements dans le cadre de douze catégories spécifiques autorisées par la loi (visites familiales, officielles, journalistiques, scientifiques, éducationnelles, religieuses, culturelles, humanitaires, professionnelles etc.). Ainsi, dans ce cadre, les agences de voyages et les compagnies aériennes étasuniennes peuvent désormais offrir leurs services sans requérir une licence spécifique de la part du Bureau de contrôle de biens étrangers (Ofac, Département du Trésor). Par ailleurs, les citoyens autorisés à se rendre à Cuba peuvent désormais utiliser leurs cartes de crédit dans l’île et ce sans limite de montant. Ils sont également autorisés à transporter jusqu’à 10 000 dollars, et peuvent rapporter jusqu’à 400 dollars de marchandise, dont 100 dollars de tabac et d’alcool [2].

Au niveau des transferts d’argent à Cuba, il est aujourd’hui possible d’expédier 2 000 dollars par trimestre, contre 500 dollars auparavant. Néanmoins, selon la loi étasunienne, les hauts fonctionnaires du gouvernement et les membres du Parti communiste ne peuvent toujours pas bénéficier de l’aide familiale en provenance des Etats-Unis.

Max Lesnik, directeur de la revue La Nueva Réplica de Miami, fustige cette restriction : « Pendant longtemps, on a accusé le gouvernement de La Havane d’avoir divisé la famille cubaine pour des raisons politiques et idéologiques. Or, il s’avère aujourd’hui que c’est la politique étasunienne qui sépare les familles de manière arbitraire en empêchant un Cubain de Miami d’apporter un soutien à sa mère à La Havane au prétexte qu’elle est militante du Parti communiste ou membre du gouvernement [3] ».

Par ailleurs, les citoyens étasuniens peuvent également apporter une aide financière aux Cubains dans le cadre de projets humanitaires et de développement du commerce privé, sans limite de montant[4].

Dans le domaine des télécommunications, les entreprises étasuniennes pourront exporter leur technologie à Cuba, dans le cadre de licences accordées par le Département du Commerce. Ainsi, les Cubains peuvent acquérir des ordinateurs, logiciels, téléphones portables, téléviseurs, etc. Le secteur privé cubain pourra également acheter du matériel de construction et des équipements agricoles. Les entreprises nationales en sont cependant exclues. De la même manière, il sera désormais possible d’exporter aux Etats-Unis certaines marchandises produites par le secteur privé cubain [5]. Cependant, étant donné que l’immense majorité de la production de biens et de services est le fait d’entreprises d’Etat, l’impact de ces mesures reste très limité [6].

Dans le domaine financier, les entreprises étasuniennes, commercialement liées à Cuba, peuvent désormais ouvrir un compte bancaire dans une institution financière de l’île. Enfin, Washington a annoncé la suspension d’un aspect de la loi Torricelli de 1992 qui interdisait à tout bateau étranger accostant dans un port cubain de se rendre aux Etats-Unis durant les six mois suivants [7].

En plus de ces mesures, le 21 janvier 2015, Washington a dépêché une importante délégation à Cuba emmenée par Roberta Jacobson, sous-secrétaire d’Etat pour les Affaires interaméricaines, afin d’entamer les premières discussions en vue de rétablir les relations diplomatiques entre les deux nations. Il s’agit de la plus importante visite officielle à Cuba depuis trente ans [8].

LA MARGE DE MANŒUVRE DE BARACK OBAMA

Dans son discours au Congrès, le président Obama a exhorté les parlementaires à lever les sanctions économiques contre Cuba. « Concernant Cuba, nous mettons un terme à une politique qui a dépassé sa date d’expiration depuis longtemps. Quand ce que l’on fait ne fonctionne pas pendant cinquante ans, il est temps d’adopter une nouvelle approche », a-t-il déclaré. « Notre changement de politique vis-à-vis de Cuba peut mettre fin à un héritage de méfiance dans notre hémisphère […] et cette année, le Congrès doit mettre fin à l’embargo », a conclu Obama [9].

Il est vrai que depuis l’adoption de la loi Helms-Burton en 1996, seul le Congrès est habilité à abroger les différentes lois sur les sanctions économiques et permettre ainsi le rétablissement de relations diplomatiques et commerciales normales avec Cuba. Néanmoins, Barack Obama dispose de nombreuses prérogatives exécutives en tant que Président des Etats-Unis pour assouplir considérablement l’état de siège économique imposé au peuple cubain, en créant des licences spécifiques.

Par exemple, en 2000, en vertu de ses facultés exécutives, Bill Clinton a autorisé la vente de matières premières alimentaires à Cuba, même si les conditions imposées restent drastiques (paiement à l’avance, dans une autre monnaie que le dollar, sans possibilité de crédit, etc.). De la même manière, en septembre 2009, le président Obama a mis fin aux restrictions des visites familiales imposées par George W. Bush en 2004 à la communauté cubaine des Etats-Unis (un seul voyage autorisé de 14 jours tous les trois ans et seulement pour rendre visite aux membres directs de la famille) et a favorisé les voyages pour les citoyens étasuniens dans le cadre de missions bien définies (cf. 12 catégories).

C’est également dans ce cadre que la Maison-Blanche a annoncé un assouplissement des restrictions en décembre 2014, lequel est devenu effectif en janvier 2015. Selon Josefina Vidal, Directrice générale pour les affaires étasuniennes du Ministère des Affaires étrangères cubain, en charge des négociations bilatérales avec Washington, « le président Obama dispose de prérogatives illimitées pour vider le blocus de son contenu fondamental [10] ».

Ainsi, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, Barack Obama peut parfaitement autoriser le commerce bilatéral entre Cuba et les Etats-Unis et permettre aux entreprises des deux côtés du détroit de Floride d’établir des relations normales. Il n’y a aucune nécessité d’accord de la part du Congrès. En effet, seules les filiales des entreprises étasuniennes établies à l’étranger ne peuvent pas commercer avec l’île de la Caraïbe, sans un accord parlementaire, en raison de l’existence de la loi Torricelli de 1992.

Obama peut également permettre à Cuba d’acquérir sur le marché mondial des produits contenant plus de 10% de composants étasuniens. En effet, aujourd’hui, tout élément produit en France, au Japon, au Brésil ou en Chine, contenant plus de 10% de composants étasuniens ne peut être vendu à Cuba. Par exemple, aujourd’hui, La Havane est considérablement gênée dans le renouvellement de sa flotte aéronautique car l’immense majorité des avions vendus sur le marché mondial contiennent des composants de fabrication étasunienne.

Le président pourrait également autoriser l’importation de produits fabriqués dans le monde contenant des matières premières cubaines. A l’heure d’aujourd’hui, cela est impossible. Ainsi, si l’entreprise Mercedes souhaite exporter ses véhicules aux Etats-Unis, elle doit démontrer au Département du Trésor qu’ils ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain. De la même manière, si Danone veut vendre ses produits laitiers sur le premier marché au monde, elle doit prouver à Washington qu’ils ne contiennent pas un gramme de sucre cubain. Ces limitations constituent un sérieux obstacle au développement du commerce de Cuba avec le reste du monde.

De la même manière, la Maison Blanche pourrait consentir à la vente à crédit de produits non alimentaires à Cuba. En effet, si la loi de Réforme des sanctions économiques de 2000 rend possible la vente de matières premières alimentaires à Cuba, elle interdit l’octroi de crédit pour faciliter ce type de transaction. Obama pourrait ainsi approuver l’utilisation de paiement différé pour les secteurs non alimentaires.

Par ailleurs, Obama pourrait également accepter que l’île de la Caraïbe utilise le dollar dans ses transactions commerciales et financières avec le reste du monde. En effet, Cuba est contrainte à une gymnastique monétaire délicate dans le domaine du commerce international et doit supporter le coût substantiel des opérations de change dans ses relations avec d’autres nations du monde. Cela a un impact financier important pour un petit pays du Tiers-monde aux ressources limitées.

Ainsi, comme on peut aisément le constater, le président Obama dispose de toutes les prérogatives nécessaires pour vider de sa substance la loi sur les sanctions économiques contre Cuba et amener le Congrès à mettre un terme définitif à une politique d’un autre temps.


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** Salim Lamrani est Docteur ès Etudes ibériques et latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, maître de conférences à l’Université de La Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

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NOTES

1] The White House, « Fact Sheet : Charting a New Course on Cuba”, 17 décembre 2014. http://1.usa.gov/16tousW (site consulté le 15 février 2015)
2] Ibid.
3] Entrevue téléphonique du 15 février 2015.
4] The White House, « Fact Sheet : Charting a New Course on Cuba”, op. cit.
5] The Associated Press, « EEUU permitirá importar algunos productos de Cuba », 13 février 2015.
6] The White House, « Fact Sheet : Charting a New Course on Cuba”, op. cit.
7] The White House, « Fact Sheet : Charting a New Course on Cuba”, op. cit.
8] Agence France Presse, “Estados Unidos y Cuba reanudarán diálogo el 27 de febrero en Washington”, 17 février 2015.
9] Jim Avila &Meghan Keneally, « President Asks Congress to Lift the Embargo Against Cuba », ABC News, 20 janvier 2015. http://abcn.ws/1yHH8tQ (site consulté le 15 février 2015).
10] Cristina Escobar, « La relación de Cuba y Estados Unidos : una entrevista a Josefina Vidal », Cuba Hoy, 2 février 2015. https://www.youtube.com/watch?v=C4IhP2pUOCg (site consulté le 15 février 2015).


Sénégal : Karim Wade, de l’arrogance à la trahison des siens

Procès des biens mal acquis

Momar Dieng

2015-03-25

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94282

Si la condamnation de Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade et puissant ministre, ne devait pas être l’amorce d’une transformation radicale des modes de gouvernance en vigueur depuis cinquante-cinq ans, son procès n’aura servi à strictement rien. Sauf à donner bonne conscience à des politiciens professionnels.

Le prononcé du verdict de la Cour de répression de l’enrichissement illicite contre Karim Wade et ses complices, ce lundi 23 mars 2015, a été accueilli par une immense clameur de désolation dans la salle 4 du Palais de justice Lat Dior de Dakar. Celle des partisans de l’ancien ministre d’Etat, finalement condamné à six ans de prison ferme, une amende de 138,293 milliards de francs Cfa, la confiscation de tous ses biens identifiés par l’enquête, mais gardant ses droits civils et politiques.

A dire vrai, cette sentence n’a surpris personne en dehors de ceux qui avaient la naïveté de croire que la machine judiciaire, sur ce dossier de la traque dite des biens mal acquis, avait les moyens de « négocier » quelque arrangement spécifique au statut du fils de l’ancien président de la république. Patatras ! Quoique modérée, la main des juges du tribunal de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) n’a pas tremblé, même si le président Henri Grégoire Diop a paru s’essouffler au terme de deux heures de lecture d’une sentence historique.

En soi, nous ne nous réjouissons pas de la condamnation de monsieur Karim Wade à six années de prison. Simplement, nous avons le devoir de saluer la détermination politique du pouvoir sénégalais à aller, pour une fois, au bout d’une logique saine et salutaire : la protection des ressources de la collectivité nationale contre les criminels économiques et financiers de passage dans les hautes (ou basses) sphères de l’Etat.

Karim Meïssa Wade, ancien tout-puissant ministre d’Etat aux responsabilités stratosphériques, paie aujourd’hui les pots cassés d’une ascension irréfléchie, brutale, sans commune mesure avec le vécu réel qui était le sien au moment de l’accession de son père à la magistrature suprême. Plastronnant sous une littérature directement extraite d’un conte de faits pour enfants, l’ex-ministre d’Etat s’est vu trop beau trop tôt, trop fort trop vite, ignorant volontairement ou naïvement les ingrédients de base constitutifs de la carapace d’un vrai homme d’Etat.

Sans base ni éducation politique, dépourvu de charisme, sans relais structuré dans le Sénégal des profondeurs, il avait fait le choix de vivre sur l’énorme capital politique et humain de son père, Abdoulaye Wade. Or ce dernier, faut-il le rappeler, s’est assujetti à endurer vingt six ans de carrière dans l’opposition avant de toucher le Graal de son engagement et de ses sacrifices. Le fils, lui, se forgeant des ambitions phénoménales avec la complicité irresponsable des ascendants, s’est laissé embarquer dans ces réseaux inextricables d’intérêts et de magouilles que seule l’immersion dans le pouvoir permet.

Novice dans la manipulation du principe de puissance, imprudent face aux conséquences imprédictibles permises par la volonté démocratique des peuples, Karim Wade s’est aveuglé avec l’aide des siens, intransigeant contre ceux qu’il considérait à tort ou à raison comme des ennemis bruts de son ascension, n’écoutant que ceux qui lui contaient sornettes pour tirer profits et avantages de son propre éclosion, autour d’une tasse de thé ou de café, quelque part entre Dubaï et Monaco, mais aussi dans Dakar intra muros.

L’ECHEC D’UNE DEFENSE

Wade Jr. n’a pas été seulement victime de faux-amis qui, incapables d’assumer par eux-mêmes leurs propres ambitions, avaient fini de dissoudre leur destin politique dans le sien. Il l’a été également d’un père devenu dieu de ses obligés mais qui avait envisagé que seule une double succession monarchique dans « son » parti et dans un Etat capturé depuis 2000 était en mesure de lui assurer la postérité qu’il revendiquait à la hauteur de son égo. De fait, il ferma peut-être les yeux – s’il était au courant – sur tous les stratagèmes que son fils développait à partir de ses positions de pouvoir au sommet de l’Etat. Abdoulaye Wade était-il informé des pratiques peu orthodoxes auxquelles se livrait Karim Wade et que l’énoncé du verdict de la Crei a mises en lumière ce 23 mars ?

Victime, Karim Wade l’a aussi été de ses avocats et conseils. La plupart de ceux-ci, donc pas tous, sont reconnus comme des professionnels aguerris des prétoires. Des hommes d’expérience aux capacités tactiques qui peuvent être utiles à leurs clients. Mais ne se sont-ils pas trompés de procès au bout du compte ? Le caractère exceptionnel de la Crei, ses procédures aux antipodes des juridictions classiques, sa résurgence en ces temps de la maturité des peuples et des exigences morales liées au principe de la reddition des comptes, ne suffisaient-ils pas à leur imposer une démarche plus efficace pour sauver leur client ? Comment expliquer que des manquements inhérents à ce type de procès aient pu servir de motif pour déserter ainsi le prétoire ?

On peut respecter leur stratégie, cela n’empêche pas d’avancer le propos qui fâche : ils ont opté pour la facilité, plaidant plus dans les médias que devant le tribunal, arc-boutés à des principes universels de droit qui ne font pas tout le droit, finissant par boycotter un procès que la lourdeur des charges contre Karim Wade rendait ingagnable à leurs yeux, oubliant même que, « en matière pénale, la preuve est libre », ainsi que leur rappelait un de leurs confrères.

Le principal concerné n’a pas été exemplaire non plus ! Emmuré dans le silence face aux accusations précises et accablantes de ses contradicteurs, Karim Wade ne s’est pas révélé courageux, en droite ligne d’ailleurs de l’ascension couvée dont il a bénéficié durant sa (brève) carrière politique. Son mutisme, il le voulait sélectif : en extase quand il fallait parler du fameux compte de Singapour et des bijoux de sa défunte femme, deux dossiers sur lesquels il savait qu’il aurait gain de cause ; aphone lorsqu’il était question de Ahs, Abs, Blackpearl Finance, etc.

ET MAINTENANT ?

Dans notre entendement, si ce procès historique ne devait pas être l’amorce d’une transformation radicale des modes de gouvernance en vigueur dans notre pays depuis cinquante cinq ans, il n’aura servi à strictement rien, sauf à donner bonne conscience à des politiciens professionnels. C’est le moment pour les politiques au pouvoir de confirmer leur détermination à promouvoir un Sénégal en lutte perpétuelle contre la corruption. Les Sénégalais les ont à l’œil, patients.

Mais le nœud gordien de notre salut à tous réside dans l’émancipation du pouvoir judiciaire, garant de nos libertés, arbitre de nos turpitudes. Car, si nous laissons les politiciens de ce pays conduire seuls nos destinées selon leurs agendas, des centaines d’énoncés de verdict comme celui de ce 23 mars 2015 nous sont d’ores et déjà promis. Encore que, dans l’attente, il y en a qui méritent le sort de Karim Wade.


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** Momar Dieng est journaliste. Il anime le blog http://momardieng.blogspot.com

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Plaidoyers & campagnes

Fsm : Les peuples du monde contre le terrorisme

Abderrahman Hethili

2015-03-24

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/94272

Le comité d’organisation du Fsm réitère son appel à intensifier la mobilisation la mobilisation de toutes les forces sociales, civiles, altermondialistes et pacifiques, eu égard à l’importance du rôle qu’elle jouent, pour s’opposer au terrorisme.

Le comité d’organisation du Fsm a tenu une réunion urgente pour examiner les dernies éléments consécutifs à l’attentat terroriste d’hier qui a eu lieu au musée du Bardo le 18 mars 2015.

Le comité d’organisation du Fsm (…), après avoir pris connaissance des nombreux messages et communiqués de soutien avec la Tunisie, provenant des différents acteurs sociaux et civils du monde entier, qui ont renouvelé leur totale adhésion au déroulement du Fsm du Tunis (et) fait savoir leur participation dans ce moment exceptionnel de mobilisation populaire en Tunisie, dans la région et le reste du monde contre la le terrorisme (…) informe l’opinion publique mondiale de ce qui suit :

- Touts les délégations ont bien confirmé leur participation aux activités programmées, et ce, sans aucun changement ou modification ; ceci reflète l’impact de la solidarité effective des militants-es altermondialiste avec la Tunisie et son peuple ainsi que les familles des victimes de différentes nationalités. Cela démontre leur attachement aux principes de pais, de solidarité entres les peuples, de démocratie et de liberté.

- L’organisation d’une manifestation à l’occasion des cérémonies d’ouverture le mercredi 24 mars 2015 a 16 heures, qui partira de la place Bab Saadoun en direction du musée du Bardo sous le mot d’ordre : ‘’Les peuples du monde contre le terrorisme‘’ ;

- La création d’une commission au sein du conseil international pour la rédaction de la charte internationale altermondialiste du Bardo de lutte contre le terrorisme.

Le comité appelle à un rassemblement le 26 mars 2015 au campus de Farhat Hached à partir de midi.

Le comité de Fsm réitère son appel à intensifier la mobilisation la mobilisation de toutes les forces sociales, civiles, altermondialistes et pacifiques, eu égard à l’importance du rôle qu’elle jouent, pour s’opposer au terrorisme en faisant du Fsm de Tunis un jalon qualitatif dans l’établissement d’un rapport de forces au profit de la paix de la démocratie , de la justice sociale dans la région et dans le monde .

19 mars 2015, Tunis


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Attentat en Tunisie : Nous ne céderons pas à la terreur

2015-03-24

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c c NI
Devant l’acte terroriste du Musée du Bardo, le mouvement social appelle à la résistance et la solidarité face à tous les actes terroristes et criminels visant le droit à la vie, et qui ne font qu’attiser et répandre la violence, le ressentiment et la haine
Nous, associations, syndicats, mouvements sociaux impliqués dans la dynamique du Forum Social Maghreb sommes horrifiés par l’acte terroriste, criminel et barbare perpétré au musée du Bardo à Tunis le 18 mars 2015.

Cet acte criminel, en flagrante négation des valeurs prônées par les diverses religions, chartes et pactes internationaux, vise à jeter dans le chaos le pays d’où est parti l’espoir d’une Autre Tunisie, un Autre Maghreb, à la veille de la tenue du Forum Social Mondial. Il vise à détruire les fondements de la relance économique de la Tunisie, de son expérience dans la résolution pacifique des conflits, de sa transition vers la démocratie. Il vise à imposer la pensée unique à semer la terreur chez les visiteurs de la Tunisie. Cet acte barbare s’inscrit dans la même lignée que l’assassinat de Choukri Belaid survenu à la veille du Forum Social Mondial en 2013

- Nous condamnons cet acte criminel et exprimons notre solidarité avec les victimes et les familles des victimes et souhaitons le prompt rétablissement des blessés, et nous présentons nos chaleureuses condoléances aux familles des défunts, au peuple tunisien et à tous les peuples qui subissent les affres des actes terroristes ;

- Appelons à la résistance et la solidarité face à tous les actes terroristes et criminels visant le droit à la vie, et qui ne font qu’attiser et répandre la violence, le ressentiment et la haine ;

- Rappelons que seule la culture de dialogue, et de respect du droit à la diversité, constitue les remparts contre la barbarie et l’un des moyens pour assurer la coexistence entre les individus et les communautés ;

- Appelons à une large mobilisation et participation au Fsm 2015 qui se tiendra à Tunis entre le 24 et 28 Mars 2015 pour dire que nous restons debout et que nous ne céderons pas à la terreur,

- Nous appelons les mouvements sociaux du monde à une manifestation à Tunis au cours de la tenue du Fsm 2015 pour apporter notre soutien au peuple tunisien, pour exprimer avec force notre attachement et notre aspiration à la démocratie, au respect de la diversité, à la justice sociale, à la liberté, à un autre monde possible et indispensable.

Casablanca le 18 Mars 2015


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** Comité de Suivi du Forum Social Maghreb

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