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Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Cette édition

Pambazuka News 378 : Comores : impérialisme français, indépendance confisquée

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Commentaires & analyses, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Emploi




Sommaire de cette édition

ANNONCES
Pambazuka News en vacances

CHRONIQUES
- L’Archipel des Comores : 1975–2015, 40 ans d’indépendance confisquée
- Une veuve tchadienne répond à Mme Fatimé Raymonde Habré
- Procès Habré : une justice tant attendue pour recouvrer notre dignité
- Burundi : Il faut un dialogue ouvert pour éviter l’embrasement

COMMENTAIRES & ANALYSES
- «Scottsboro Alabama», un pamphlet magnifique et puissant
- Sénégal : Persistance des inégalités Sociales

PLAIDOYERS & CAMPAGNES
Les enjeux des Jeux des îles de l’océan Indien, édition 2015

EMPLOIS
Le Codesria chercher un Directeur de publications




Chroniques

L’Archipel des Comores : 1975–2015, 40 ans d’indépendance confisquée

Mabadi Ahmédali

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/features/95359

Les conséquences des manœuvres de la Françafrique aux Comores pèsent lourd sur le parcours du jeune état comorien : 23 coups d’état ou tentatives depuis 1975, quatre présidents en exercice assassinés, un président élu démocratiquement déporté (M. Djohar en 1995) !

L’archipel des Comores, ce sont quatre îles de près de 2250 km2 (le quart de la Corse) situées à près de 9 000 km de la France ! Moins d’un million d’habitants, ayant des origines diverses complètement affirmées (de l’Afrique de l’Est, du Yémen, de l’Iran, de l’Arabie et de l’Inde, et jusqu’en Malaisie). La France coloniale a reconnu formellement l’unité de ce peuple en rattachant l’archipel des quatre îles à Madagascar, en 1946. Le premier mouvement indépendantiste, le Molinaco (Mouvement de Libération Nationale des Comores), est créé par des migrants comoriens en Tanzanie. Il a eu son relais sur place avec le Pasoco (Parti socialiste comorien), réputé avoir lancé les premières campagnes contre le colonialisme français. Celles–ci étaient massivement suivies dans les milieux jeunes, comme lors des grèves de lycéens de 1968 et de 1973.

Contre la France coloniale, les leaders politiques comoriens ont enclenché la quatrième vague d’indépendance en 1975 (avec Djibouti et le Vanuatu). Comme nous allons l’illustrer dans notre propos, les îles Comores le paient très cher, puisqu’en vertu de la théorie des dominos, l’État français réprime très durement tous ceux qui osent ouvrir de nouvelles portes dans les luttes de libération.

UNE EXPERIENCE DE DECOLONISATION « CONFISQUEE » ?

Le 22 décembre 1974, lors du référendum d’autodétermination, le peuple comorien s’est prononcé à 95% pour l’indépendance. Le 6 juillet 1975, voyant que les parlementaires français ont élaborés un projet de lois visant à organiser un autre référendum, « île par île », le chef de gouvernement Ahmed Abdallah, suivi par les parlementaires comoriens, proclame unilatéralement l’indépendance des Comores. C’était en juillet 1975. Le 12 novembre de la même année, les Comores deviennent membre de l’Onu, qui réaffirme « la nécessité de respecter l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la Grande Comore, de Mayotte et de Mohéli » (Résolution 3385).

LE RETOURNEMENT DE SITUATION
Arguant qu’à Mayotte le Non à l’indépendance l’avait emporté (à 64%), l’Etat français décide d’occuper cette île, à l’encontre du droit international ! En 1976 (puis 2000), la France organise illégalement une consultation à Mayotte. Celle-ci a été rejetée sans ambiguïté par la communauté internationale (résolution 31/4 du 21 octobre 1976).

Arrivé au pouvoir en août 1975, le président Ali Soilihi mène une campagne nationale et internationale pour régler la question de l’occupation de Mayotte, allant jusqu’à rompre les relations diplomatiques avec la France. Depuis 1976, l’Union africaine, la Conférence islamique, la Ligue arabe, les pays non alignés, l’Onu considèrent illégale l’occupation de ce territoire comorien par une puissance étrangère.

LA FRANÇAFRIQUE A VISAGE DECOUVERT : L’ENTREE EN SCENE DE L’ «AFFREUX DENARD»
En mai 1978, Bob Denard et ses mercenaires débarquent aux Comores, renversent le régime d’Ali Soilihi et assassinent « le guide de la révolution comorienne » ! Bob Denard dira, lors de son procès pour l’assassinat du président Ahmed Abdallah (le supposé commanditaire de ce coup de 1978), qu’il a eu en face lui [le président Soilihi] « un homme courageux, honnête, fier et digne … » (Soilihi aurait choisi la mort plutôt qu’un procès public mené par un mercenaire !).

Pendant 11 ans de règne sans partage, et jusqu’à son exfiltration en Afrique du Sud par les services français, en décembre 1989, Bob le « corsaire de la République [française] » (comme il s’est fait appeler) accomplit la sale besogne de la Françafrique : répression féroce de tous les résistants à ce nouvel ordre colonial ; jusqu’à l’élimination physique de leaders politiques ; contrôle de tous les services clé de l’état et de plusieurs secteurs économiques …

LES PRATIQUES MAFIEUSES
Pendant ces années de régime mercenaire, les Comores ont servi, entre autres, de base arrière aux trafics mafieux : Mayotte a servi de refuge au grand banditisme international ; dans les années 1986 (sous le régime de la cohabitation Mitterrand/ Chirac) les Comores servent à contourner le boycott contre le régime sud-africain de l’apartheid (fourniture d’armes, de pétrole, de matériel nucléaire…). Ces trafics douteux auraient coûté la vie à Dulcie September (représentante en France de l’Anc)… qui aurait été assassinée par un certain J.P. Guerrier, adjoint de Bob !

LES CONSEQUENCES SUR LE JEUNE ETAT DES COMORES
Les conséquences des manœuvres de la Françafrique aux Comores pèsent lourd sur le parcours du jeune état comorien : 23 coups d’état ou tentatives depuis 1975, quatre présidents en exercice assassinés, un président élu démocratiquement déporté (M. Djohar en 1995) ! Un contrôle quasi-total des pouvoirs régaliens par la France, ayant induit, en particulier, par la politique de développement du Plan d’ajustement structurel, à des services publics sinistrés (infrastructures, système de santé, système d’éducation…)

L’ANCRAGE DE MAYOTTE DANS LA FRANCE : UN DURCISSEMENT PROGRESSIF DE L’ADMINISTRATION FRANÇAISE

Le statut de Mayotte est resté « flou » durant les deux premières décennies…

En janvier 1995 : un visa dit « visa Balladur–Pasqua » est instauré pour les Comoriens des trois autres îles voulant se rendre à Mayotte. Ce visa est à l’origine de dizaines de milliers de morts dans le bras de mer de 70 km séparant les îles d’Anjouan et de Mayotte (tristement nommé « le plus grand cimetière marin du monde ») !

Les organisations humanitaires ont noté un durcissement progressif des contrôles d’entrée à Mayotte, avec une police aux frontières suréquipée et, plus récemment, avec un renfort de légionnaires pour traquer ces Comoriens « clandestins chez eux » à Mayotte !

La France continue à être hors la loi : plus de 23 résolutions onusiennes ont condamné la présence française à Mayotte, cela a gêné la diplomatie française ! Septembre 2005, le régime du colonel Azali Assoumani (un des plus fidèles hommes lige de la Françafrique) demande le retrait de la question de Mayotte de l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée générale des Nations Unies. Et, malheureusement, les successeurs d’Azali n’ont pas pu corriger cet acte de démission de la partie comorienne !

En 2013, le gouvernement de Hollande s’oriente vers des « accords bilatéraux » qui tendent à faire porter la responsabilité de la circulation vers Mayotte (et donc des morts liés au « visa Balladur ») par la partie comorienne ! La mobilisation citoyenne a réussi à bloquer la signature de tels accords (pour le moment) !

LA DEPARTEMENTALISATION PUIS LA « RUPEISATION »
Mars 2009 : la France a procédé, comme programmé, au référendum de la départementalisation de Mayotte. C’est toujours contre le droit international, mais c’est aussi contre le droit français, puisque le peuple français n’a jamais été consulté lors de cette extension de son territoire.

Mars 2011 : Mayotte devient, formellement, le 101ème département français !

Janvier 2014 : Mayotte a accédé au statut de Région ultra périphérique sous législation européenne ! La ratification de ce statut par les gouvernements européens est en contradiction flagrante avec le vote unanime des mêmes Etats en faveur de la résolution 3385 du 12 novembre 1975 (stipulant l’appartenance de Mayotte au nouvel état comorien) !

LES PREMISSES DU DESENCHANTEMENT
Comme le précisait le Groupe d’information et de soutien des immigrés, l’on assiste en 2010 à « un déploiement sécuritaire exceptionnel afin d’isoler une île de 200 000 habitants du reste de l’archipel dans lequel elle est insérée ».

A Mayotte, les politiques français, de droite comme de gauche, intensifient, la chasse aux « clandestins comoriens » : Le président Sarkozy précisait, dans son discours sur l’immigration à Mayotte (1) : « Mayotte expulse tous les ans 20 000 clandestins, autant que toute la métropole réunie » [ce qui représente 10% de la population de l’île !]. Un des corolaires c’est un taux phénoménal d’enfants isolés.

Politique du chiffre ! Laboratoire d’expérimentation !

Dès novembre 2011 (6 mois après la départementalisation), les Maorais ont suivis les mouvements contre « la vie trop chère », à la suite des grèves du Lkp en Guadeloupe, des « marches citoyennes » de l’Ustke en Kanaky ou des grèves générales à la Réunion.

Les Maorais d’en bas manifestent un rejet déterminé de la loi du foncier qu’ils considèrent comme un dispositif de spoliation de leurs terres. D’aucuns déplorent les « sorties nettes » exceptionnelles parmi les jeunes, selon les études des flux migratoires de l’Insee. (2) Et de manière générale, les Maorais se plaignent du coût de la vie lié à une croissance artificielle à laquelle ils ne sont pas associés !

DES ENJEUX LIES A LA QUESTION CENTRALE DE MAYOTTE
Nous le savons, la France ne peut envisager de renoncer à ses intérêts coloniaux dans « ses outre–mer ». C’est ce qu’a exprimé Victorin Lurel, ministre français des Outre-mer, dans son « discours pour le diner des 3 océans » (3) (29 août 2012) : « Grâce aux Outre-mer, c’est en effet la France qui rayonne sur tous les continents et toutes les mers du monde. Ces Outre-mer qui apportent à notre pays tant d’atouts et tant de richesses qui sont autant d’avantages comparatifs dans un très grand nombre de domaines : 11 millions de km² de zone économique exclusive (la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde après les États-Unis), 80% de la biodiversité nationale, […] un immense potentiel économique et stratégique avec le Nickel de la Nouvelle Calédonie, les nodules polymétalliques de la Polynésie et de Wallis, la base spatiale, le bois, l’or et bientôt le pétrole de la Guyane, les nouvelles énergies de la Réunion, l’écotourisme de la Martinique, la géothermie de la Guadeloupe, et j’en oublie… ».

La France a toujours su le potentiel en ressources énergétiques de l’océan indien. Dans un article intitulé « Le canal du Mozambique, un enjeu stratégique pour la France » (4), Raphaël De Benito (juin 2012) déclare : « D’aucuns se sont demandés pourquoi la France s’était lancée, avec détermination, dans la départementalisation de l’île de Mayotte, soustraite arbitrairement à l’archipel des Comores en 1976 à l’issue d’un référendum scélérat ». Cqfd.

C’est ce que le président François Hollande a confirmé dans son « discours au Sommet de la Commission de l’Océan indien » (5), évoquant les ressources gazières au large des Comores : «Je parle aussi des ressources naturelles que nous pouvons puiser dans la mer et dans l’Océan indien».

La France coloniale est déterminée. Mais qu’est-ce qui peut changer dans ce rapport colonisateur-colonisé étendu à l’ensemble de l’Archipel des Comores. A l’heure où nous écrivons ce texte, la France est interpelée par les pays de l’océan Indien, dans sa manière d’imposer sa volonté hégémonique (en faisant défilé les Maorais sous drapeau français malgré la charte des jeux qui l’a explicitement interdit !).

DES PERSPECTIVES DE MOYEN TERME ?

Les Comoriens sont embourbés dans un mode politique de présidence tournante par île ! Très défavorable à l’émergence d’une équipe de gouvernement capable de relever le défi du développement. Il appartient aux citoyens comoriens d’exiger « une pause électorale » comme le suggère le journaliste Ali Amir, pour préparer les conditions de l’émergence d’un vrai « guide », d’un vrai projet de société.

L’élite comorienne, où qu’elle soit, doit mutualiser ses savoirs faire, en hommes/femmes libres, pour relever les défis de la Justice, de l’Éducation, du système de santé, d’un (nouveau paradigme de) développement répondant aux spécificités nationales.

Compte tenu de la centralité de la question de Mayotte d’une part et de la démission des politiques comoriens d’autre part, ces citoyens comoriens (de l’intérieur comme de l’extérieur) sont assignés à quelques la recherche, à travers de bonnes alliances, de moyens de se faire entendre par les instances juridiques internationales. La participation est active à la campagne d’abolition du « mur Balladur » qui a déjà commencé en Europe - saluons au passage le travail formidable de ces organisations humanitaires (Fasti, Gisti, Cimade, Migr-Europe…) qui défendent le Droit humain à Mayotte. Puissent de telles mobilisations citoyennes ouvrir une ère nouvelle de solidarité, de courage, de créativité et de prospérité pour des Comoriens libres et dignes.


NOTES
1) http://bit.ly/1IYLsUf ;
2) http://bit.ly/1IYLsUf
3) http://www.outre-mer.gouv.fr/
4) http://bit.ly/1TpPkci
5) http://bit.ly/1h2Akjo


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** Mabadi Ahmédali est coordinateur du Collectif de défense de l’intégrité et de la souveraineté des Comores. Source : afriquesenluttes.org


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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Une veuve tchadienne répond à Mme Fatimé Raymonde Habré

« L’islam est du côté des victimes, pas des bourreaux »

Fatimé Toumlé

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/features/95358

Juste après la disparition de mon mari, Mahamat Djibrine, dit Eldjonto, ancien coordonnateur à la Division de la documentation et de la sécurité, est venu m’interroger et nous a placés sous surveillance militaire constante. A la troisième semaine, nos effets ont été confisqués et nous avons été renvoyés de la maison. J’ai dû quitter mon foyer avec mes six enfants, seule. Ma maison a par la suite été occupée par des familles goranes.

Madame Habré,

Arrêtez la victimisation de votre mari !

La responsabilité de Hissène Habré est entière. C’est sous ses ordres que tant de Tchadiens ont péri et ont souffert. Il doit être jugé. Les Chambres africaines extraordinaires rendent cette justice possible. Il n’y a pas de mot assez fort pour décrire ce que ce procès représente pour nous, peuple tchadien. C’est l’aboutissement de notre long combat contre l’impunité. Nous avons fait face à Hissène Habré, sans peur, avec pour seule demande que justice soit faite.

Sachez que l’émotion de voir l’ancien dictateur face à la Cour n’a pas été gâchée par l’attitude irrespectueuse de votre co-épouse, Fatimé Bouteille Habré, qui n’a pas hésité à nous menacer, Madame Hachim, veuve de l’ancien président de l’association des victimes, et moi-même, le premier jour du procès, en nous jetant à la figure : « L’argent que vous avez bouffé, vous allez le payer cher, bande de chiens », comme si nous avions besoin d’être payées pour réclamer justice. Quel nouvel argument ridicule êtes-vous encore prêtes à évoquer, Mesdames, pour tenter de sauver la face de votre mari ?

Dans votre lettre, Madame Habré, vous osez évoquer « Al Amane ». Cette valeur de confiance accordée à quelqu’un, à une autorité. Pensez-vous réellement que votre mari ait un jour respecté cette valeur ? Qu’il ait été digne de confiance lorsqu’il ordonnait les arrestations, les tortures, les exécutions ? Etait-il digne de confiance alors que ses concitoyens, musulmans, chrétiens ou animistes étaient massacrés ? Que des ethnies entières étaient la cible de vagues de répression organisées ? Qu’il a volé le trésor public?

Oui, votre mari a engagé une vaste campagne de répression contre notre ethnie, les musulmans Hadjarais. Il s’en prit aux personnalités de la communauté puis cibla tous les membres de l’ethnie, uniquement en raison de cette appartenance. Mon mari, Haroun Godi, sSecrétaire d’Etat à la Santé puis sSecrétaire au Ccontrôle d’Eétat sous le règne de votre mari, a quitté notre maison en avril 1987 et nous ne l’avons plus jamais revu. C’est à la radio nationale, en décembre 1988, que j’ai appris son exécution publique. On ne m’a jamais informé du lieu de sa détention, ni des raisons. Jamais son corps ne m’a été rendu pour faire sa sépulture. Mon mari, un Hhadjarai, s’opposait à l’injustice criarde du régime de Habré. Son opposition à votre mari et son appartenance à l’ethnie hadjarai ont eu raison de sa vie. Beaucoup d’autres Hadjarai furent exécutés, et nombreux moururent des tortures, notamment dans le Guéra où la répression souhaitée par votre mari fut extrêmement violente. Cette violence ethnique se répéta dès 1989, avec la même campagne de répression dirigée contre les Zaghawas.

Juste après la disparition de mon mari, Mahamat Djibrine, dit Eldjonto, ancien coordonnateur à la Division de la documentation et de la sécurité (Dds)DS,le Commandant-adjoint de la Brigade spéciale d’intervention rapide, est venu m’interroger et nous a placés sous surveillance militaire constante. A la troisième semaine, nos effets ont été confisqués et nous avons été renvoyés de la maison. J’ai dû quitter mon foyer avec mes six enfants, seule. Ma maison a par la suite été occupée par des familles goranes.

Vous parlez de « Al Amane » comme la confiance que l’on peut avoir envers des personnes capables de faire face à des épreuves, mais ça, votre mari , n’en est pas capable. S’il l’était, il participerait au procès pour se défendre dans le respect de la justice et du dDroit. Le silence de votre mari n’est qu’un signe de lâcheté et de faiblesse. Il fuit devant ses responsabilités sans aucune dignité.

Vous invoquez « l’Îmane », notion de foi et de vérité. Comme il vous semble facile d’utiliser cette notion à votre gré. La vérité, Madame Habré, elle émergera des récits des survivants, des veuves, des orphelins. « L’Îmane » c’est aussi l’importance de témoigner. Votre mari reste silencieux. Il ne témoigne pas. Il ne respecte pas « l’Îmane », il ne veut pas participer à la vérité.

Vous avez l’indécence d’utiliser l’Islam, une religion de paix et de fraternité, pour victimiser votre mari criminel. N’oubliez pas que « Quiconque tue intentionnellement un croyant, sSa rétribution alors sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement » (Sourate 4, Verset 93). Mon mari était un musulman fidèle, je suis une musulmane fidèle. Nous ne demandons pas l’Enfer, mais seulement la justice et le bon déroulement du procès.

Malgré toutes les épreuves, la justice pour le peuple tchadien et l’Afrique est en marche. Vous ne pourrez l’arrêter en victimisant votre mari, en insultant les victimes, en utilisant des valeurs que votre mari n’a jamais respectées. Nous témoignerons, nous raconterons notre histoire, notre vécu, nos blessures. Votre mari sera jugé pour les crimes qu’il a commis et nous serons là car nous, nous n’avons pas peur.


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** Fatimé Toumlé est membre de l’Association des victimes tchadiennes qui poursuivent Hissène Habré devant les Chambres africaines extraordinaires.

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Procès Habré : une justice tant attendue pour recouvrer notre dignité

Souleymane Guengueng

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/features/95356

Je me souviens de ce jour, le 1er décembre 1990, où mon cousin, également détenu, m’a annoncé que Hissein Habré avait fui le Tchad et que nous étions libres. J’ai cru qu’il délirait, je le traitais de fou ! Je croyais ce dictateur imbattable ! Quelques instants plus tard, comme des centaines d’autres victimes, nous étions enfin libres. Vite, les survivants, nous nous sommes rassemblés en association pour demander justice.

Le 20 juillet 2015, à Dakar, le temps pour moi s’est arrêté. À jamais je garderai dans ma mémoire l’émotion intense qui a gagné mon âme, lorsque, à quelques pas de moi, se tenait celui qui a dirigé le Tchad d’une poigne sanglante. Avec les courageuses veuves et victimes du régime de Hissein Habré présentes à mes côtés, nous étions alors liés par un sentiment indescriptible. Enfin, nous commencions à ressentir la justice que nous avions tant attendue.

Après tant d’années, le dictateur est sur le banc des accusés, devant les Chambres africaines extraordinaires créées par le Sénégal et l’Union africaine. Ces mots, j’ai souhaité les écrire depuis l’instant même où, par la grâce de Dieu, j’ai retrouvé la liberté après deux ans et demi passés dans ces cimetières de désolation qu’étaient les geôles du régime de Hissein Habré. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu la vie sauve alors que tant d’innocents sont morts sans réponse. Durant ces années, au cœur de cet enfer, j’ai juré à Dieu que si je sortais vivant, je dédierais ma vie à la lutte pour la justice.

HABRE A SORTI LA CARTE IRRESPECTUEUSE DE LA VICTIMISATION

Amener Hissein Habré devant la justice a relevé de notre responsabilité, pour les générations futures. Aujourd’hui, le tout-puissant Hissein Habré, comme tout homme, doit répondre de ses actes.

Je me souviens de ce jour, le 1er décembre 1990, où mon cousin, également détenu, m’a annoncé que Hissein Habré avait fui le Tchad et que nous étions libres. J’ai cru qu’il délirait, je le traitais de fou ! Je croyais ce dictateur imbattable ! Quelques instants plus tard, comme des centaines d’autres victimes, nous étions enfin libres. Vite, les survivants, nous nous sommes rassemblés en association pour demander justice. Malgré les pressions et les difficultés rencontrées sur notre route, et avec l’aide des organisations comme Human Rights Watch et de notre avocate Jacqueline Moudeïna, nous n’avons jamais abandonné notre lutte de 25 ans que l’archevêque Desmond Tutu avait qualifié d’«interminable feuilleton politico-judiciaire».

Alors que la justice le rattrape enfin, Hissène Habré arbore l’attitude d’un lâche qui n’a pour seule défense la carte irrespectueuse de la victimisation. Par excès de fierté, le « renard des sables » joue au malade imaginaire alors qu’il n’est que victime de lui-même et des actes dont il porte la lourde responsabilité.

Durant les deux premiers jours du procès, Hissène Habré s’est drapé dans un boubou blanc, enturbanné de la tête aux pieds, ne laissant apparaître que ses yeux qu’il laissait fermer. Dans sa défense de lâcheté, et pour créer le désordre, il a empêché ses avocats de venir le défendre, les laissant communiquer et crier au complot dans les couloirs du palais de justice de Dakar. Soucieuse de respecter la procédure sénégalaise et le droit international, la Cour, refusant un procès qui violerait le principe du contradictoire en l’absence de conseil, a commis d’office trois avocats, chargés de défendre Habré dans l’intérêt de la justice. La Cour leur a donné 45 jours pour préparer le dossier.

20 ANS D’ATTENTE POUR CE PROCES, DONC 45 JOURS DE PLUS…

Ce combat, nous les survivants, n’avons jamais souhaité le mener pour la vengeance. Il est pour nous indispensable que ce procès soit exemplaire et impartial pour honorer parfaitement son ambition de précédent pour la justice africaine et donner courage aux peuples dont les droits sont bafoués. Il doit être équitable, non seulement pour Hissène Habré, mais aussi pour nous-mêmes. Il se doit d’avoir une grande portée pédagogique.

Nous avons attendu plus de 20 ans pour voir Hissène Habré devant une Cour. Attendre 45 jours pour s’assurer qu’il bénéficie d’un procès équitable n’entravera en rien notre détermination, ni la marche de la justice. Même s’il continuera ce jeu du déni de son passé, nous les victimes, serons toujours présentes le 7 septembre prochain, date de la reprise du procès, pour poser nos regards sur celui qui, un jour, a souhaité nous faire disparaître. « Avez-vous peur de nous, Monsieur Hissène Habré ? » avais-je demandé dans la lettre ouverte que je lui avais adressé il y a quelques semaines. Je crois que son silence vaut acceptation de sa peur de la vérité.

Croire au jugement d’un dictateur, c’est déjà participer au combat contre l’impunité. Les victimes de l’injustice ne doivent plus avoir peur de poursuivre leurs dirigeants malhonnêtes et violents.

Combien de Tchadiens sont aujourd’hui orphelins d’un père, d’une mère, de frères et de sœurs dont la vie a été arrachée par le régime de Hissène Habré ? Le temps ne cicatrisera jamais les plaies laissées par l’injustice, la brutalité et l’arbitraire, mais au moins la justice permettra de recouvrer notre dignité.


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** Souleymane Guengueng est le fondateur de l’Association des victimes des crimes du Régime de Hissène Habré

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Burundi : Il faut un dialogue ouvert pour éviter l’embrasement

#MonVoteDoitCompter

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/features/95357

La Coalition #MonVoteDoitCompter exhorte la communauté internationale et notamment l’Union africaine, la Communauté des États d’Afrique centrale et l’Union européenne à faire pression sur le pouvoir pour mettre en place les conditions du rétablissement de la paix civile.

Les organisations membres de la coalition #MonVoteDoitCompter condamnent l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, l’agression inacceptable du correspondant de Rfi et de l’Afp et l’odieuse tentative d’assassinat du défenseur des droits de l’Homme, Pierre-Claver Mbonimpa, autant d’actes qui démontrent l’escalade de la violence en marche au Burundi.

Si Pierre Nkurunziza est parvenu à briguer un troisième mandat au terme d’un scrutin qui s’est tenu le 21 juillet 2015 dans un climat d’intimidation et de répression généralisée des libertés fondamentales, cette élection demeure largement contestée car elle n’a pas permis au peuple burundais de s’exprimer et de choisir librement son président. L’absence de discussions risque de créer de profondes frustrations et de déstabiliser le pays si le gouvernement ne parvient pas à mettre en place les conditions d’un dialogue global, ouvert et inclusif avec l’opposition, la société civile burundaises et la communauté internationale en vue d’élections libres, transparentes, inclusives et pluralistes.

Le dimanche 2 août 2015 au matin, la voiture du Lieutenant-général Adolphe Nshimirimana, bras droit du président burundais Pierre Nkurunziza et chef de la sécurité intérieure, a été la cible d’une attaque à la roquette par des hommes armés en tenues militaires qui ont ensuite mitraillé le véhicule tuant le général Nshimirimana et les autres occupants du véhicule. Le général Adolphe Nshimirimana était un acteur clé des services de sécurité au Burundi tout comme au sein de l’armée et des Imbonerakure, la Ligue de jeunesse du Cndd-Fdd.

Des arrestations ont eu lieu dans les heures qui ont suivies. Parmi ces derniers et alors qu’il prenait des photos sur les lieux de l’attaque dans laquelle le général Adolphe Nshimirimana a été tué à Bujumbura, le correspondant de Rfi et de l’Afp au Burundi, Esdras Ndikumana, a été arrêté puis emmené au siège du Service national de renseignement où il a été passé à tabac et traité de «journaliste ennemi» selon Rfi. Depuis le 2 août, des tirs sont entendus dans plusieurs quartiers de la capitale Bujumbura.

Le 3 août, vers 18h, dans le quartier nord de Kinama, dans la capitale burundaise, alors que Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (Aprodh) quittait son bureau pour rentrer chez lui, des hommes en moto ont dépassé son véhicule et lui ont tiré dessus à quatre reprises selon les membres de sa famille. Blessé par deux balles, à la face et au cou, son état demeure stable même s’il demeure «grièvement blessé», selon Balthazar Fengure, vice-président de l’Aprodh.

«Nos organisations condamnent tous les actes qui ont eu lieu ces derniers jours au Burundi, l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, l’agression inacceptable du correspondant de Rfi et de l’Afp et l’odieuse tentative d’assassinat de l’éminent défenseur des Droits de l’homme Pierre-Claver Mbonimpa. Ces actes risquent de mener le Burundi à une nouvelle guerre sanglante qui peut encore être évitée. Nous appelons tous les acteurs au calme et à revenir à la table des négociations pour garantir l’organisation de nouvelles élections inclusives, transparentes et pluralistes. Nous demandons également à tous de garantir l’intégrité physique et morale des journalistes, défenseurs des droits de l’Homme et des membres de la société civile», a déclaré Dismas Kitenge Senga, vice-président de la Fidh.

L’élection présidentielle burundaise du 21 juillet dernier s’est tenue dans des conditions délétères, mettant à mal les progrès de ces dernières décennies dans la construction d’une société démocratique au Burundi. En effet, Pierre Nkurunziza a été reconduit à la tête de l’État avec 69 % des suffrages à la faveur d’une élection boycottée par l’opposition et après avoir réprimé dans la violence les manifestations de l’opposition et entravé l’action des défenseurs des Droits de l’homme et des journalistes – dont la quasi-totalité est toujours réfugiée à l’étranger. Le gouvernement a également procédé à des centaines d’arrestations et de détentions arbitraires depuis le début de la crise qui a fait plus de 80 morts.

La Coalition #MonVoteDoitCompter dénonce un scrutin irrégulier dont le caractère libre et inclusif n’a pas été garanti et dont le résultat risque de mener à la résurgence de violences si un consensus avec l’opposition n’est pas atteint.

« Le retour de la stabilité au Burundi doit passer par le rétablissement du dialogue entre tous les acteurs mais aussi par la retour de la justice. Dans beaucoup de pays d’Afrique, l’impunité des responsables de graves violations des droits de l’homme a mené a davantage de violences et de victimes. Le pouvoir en place au Burundi doit mener des enquêtes et poursuivre en justice les individus qui se sont rendus responsables d’exactions avant et pendant les élections, sans tenir compte de leur appartenance politique, le cas échéant c’est à la communauté internationale de prendre cette responsabilité », a déclaré pour sa part, Fabien Sinankwakire, secrétaire exécutif de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (Aprodh), l’organisation de Pierre-Claver Mbonimpa.

Le jeudi 30 juillet, l’Assemblée nationale burundaise a tenue sa première séance plénière et a voté l’élection des membres de son Bureau. Agathon Rwasa, figure clef de l’opposition, qui avait dénoncé le résultat des élections, a été élu premier vice-président de l’Assemblée par 108 voix sur 112. Il a bénéficié des voix du Cndd-Fdd, le parti au pouvoir. Pour autant, ce n’est pas un signe d’apaisement puisqu’Agathon Rwasa a été immédiatement désavoué par une partie de l’opposition – notamment l’Union pour le progrès national (Uprona – parti non reconnu par le pouvoir avec lequel il avait formé une coalition) – et accusé d’avoir été « acheté » par le pouvoir en place.

La Coalition #MonVoteDoitCompter exhorte la communauté internationale et notamment l’Union africaine, la Communauté des États d’Afrique centrale et l’Union européenne à faire pression sur le pouvoir pour mettre en place les conditions du rétablissement de la paix civile.

« Violence, intimidation, arrestations, instrumentalisation de la police et du pouvoir judiciaire, peur généralisée : voilà de quel sceau est marquée la démocratie naissante burundaise. Aujourd’hui encore, la situation des droits humains au Burundi reste extrêmement précaire. Il faut à tout prix rétablir un climat respectueux des droits de l’homme, propice à la liberté d’expression et d’opinion, et fournir aux opposants, aux journalistes et aux défenseurs des droits humains les garanties politiques et sécuritaires qui leur permettront de réintégrer le jeu politique burundais », a déclaré Anschaire Nikoyagize, président de la Ligue des Droits de l’homme Iteka.

La Coalition #MonVoteDoitCompter rappelle que l’Union africaine, par la voix de la présidente de la Commission, Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, s’était opposée à la candidature de Pierre Nkurunziza début mai. Les textes [1] de l’Ua condamnent en effet les coups d’État et autres formes de changements inconstitutionnels de gouvernement. Par conséquent, les organisations membres de la Coalition appellent l’Union africaine à mettre en place des sanctions individuelles notamment à l’encontre de personnalités qui auraient pris part ou auraient un lien avec les graves violations des droits de l’homme qui ont été commises pendant la crise, en particulier les dirigeants des Imbonerakure, la Ligue de jeunesse du Cndd-Fdd, qualifiée de "milice" par l’Onu et accusée de traquer les opposants.

L’Ua devrait également envisager la suspension du Burundi de ses instances si une feuille de route consensuelle de sortie de crise, pouvant inclure la nomination d’un gouvernement d’union national et l’organisation de nouvelles élections libres, pluralistes et transparentes n’est pas établie.

L’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), qui « condamne les coups d’État et toute autre prise de pouvoir par la violence, les armes ou quelque autre moyen illégal », conformément au chapitre 5 de la Déclaration de Bamako, devrait également appuyer une telle feuille de route et le cas échéant suspendre le Burundi du Conseil permanent de l’Oif qui a déjà été placé « sous observation » le 3 juillet 2015, conformément aux dispositions de la Déclaration de Bamako si le pouvoir continuent de bafouer les principes démocratiques et les droits humains.

Les principaux partenaires du Burundi, dont l’Union européenne, la Belgique et les Pays-Bas, ont déjà gelé une partie de leur aide. L’Union européenne se prépare, conformément aux dispositions de l’article 96 de l’Accord de Cotonou, à adopter « des mesures restrictives ciblées contre ceux dont l’action aurait conduit ou conduirait à des actes de violence et de répression, à de graves violations des Droits de l’homme, et/ou entraverait la recherche d’une solution politique », a annoncé le 27 juillet 2015 la Haute représentante Federica Mogherini au nom de l’Union européenne suite à l’élection présidentielle au Burundi.

Si de rapide progrès ne sont pas réalisés en faveur d’un diaogue, l’Ue devrait suspendre l’intégralité de son aide institutionnelle au gouvernement burundais, qui a violé l’article 9 de l’Accord de Cotonou garantissant le respect des Droits de l’homme, les principes démocratiques et l’État de droit, et notamment son contrat d’appui à la consolidation de l’État de 143 millions d’euros comprenant une aide budgétaire et des appuis sectoriels (justice, finances publique et décentralisation). L’Ue devrait prioriser l’appui à la société civile, aux journalistes et l’assistance humanitaire pour les réfugiés burundais.

Pour les membres de la Coalition #MonVoteDoitComtper, les autres pays de l’Union européenne devraient également procéder à des mesures identiques et le faire savoir. Les Etats-unies d’Amériques ont de leur côté estimé que l’élection présidentielle avait été "non crédible" et averti vouloir "attentivement réexaminer tous les aspects de notre partenariat" et menacé d’imposer des restrictions de visa contre certains responsables.

Le passage en force du président Nkurunziza pour un troisième mandat a profondément divisé le Burundi qui tentait de reconstruire une démocratie après la sanglante guerre civile qui a fait près de 300.000 morts entre 1993 et 2006. Ce coup d’État institutionnel et les violations des droits humains qui ont accompagné ce coup de force a provoqué la rupture avec les partenaires internationaux, dont l’aide est cruciale pour le Burundi, classé parmi les 10 nations les moins développées. Dans leur rapport d’enquête de mai 2015, Éviter l’embrasement au Burundi, la Fidh et son organisation membe au Burundi, la ligue Iteka, pointaient déjà les violences politiques en cours et les risques de dérapages et d’embrasement si une issue politique à la crise n’était trouvée rapidement.


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** A l’initiative de la Fidh, la coalition #MonVoteDoitComtper rassemble plus de 100 organisations de la société civile africaine et internationale réunies dans le but d’éviter les manipulations, fraudes et violences au cours des 53 élections dont 29 élections présidentielles qui doivent se tenir entre 2015 et 2017 dans 33 pays africains. Les sociétés civiles exigent des gouvernants qu’ils respectent leur droit légitime à choisir librement leurs représentants à l’occasion d’élections régulières, libres, et transparentes, par une mobilisation publique, des actions de terrains et un plaidoyer politique en amont de chaque scrutin jusqu’en 2017. Au Burundi, la ligue Iteka, l’Aprodh et de nombreuses autres organisations sont membres de la coalition #MonVoteDoitCompter.


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Pambazuka News en vacances

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/announce/95365

Pambazuka News prend quelques semaines de vacances. Votre journal vous revient en début septembre. Merci pour vos contribution. Merci de continuer à nous lire.





Commentaires & analyses

Sénégal : Persistance des inégalités Sociales

Mandiaye Gaye

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/comment/95360

Les inégalités sociales au Sénégal naissent de la pratique de privilèges ainsi que de l’impunité en faveur de groupes minoritaires, souvent escrocs et magouilleurs, qui écument et pillent.

Il est très surprenant et regrettable de constater combien, tous les pouvoirs, qui se sont succédé à la tête du Sénégal, sont hantés jusque-là, par cette peur incompréhensible et irresponsable, de rompre résolument et une bonne fois pour toutes, avec cette pratique inégalitaire : accorder des privilèges à tour de bras, à des groupes « influents » et des individualités, maîtres chanteurs, tous membres d’une bourgeoisie bureaucratique et compradore. Cette pratique, qui perdure, constitue maintenant une sorte de méthode de gouvernance. Ce qui est absolument inadmissible et condamnable, car elle est contraire à la justice sociale, aux aspirations des couches populaires, et qui plus est, ne repose sur aucune justification logique valable. Voilà ce qui est à la base du maintien inacceptable, des pratiques des inégalités sociales. Par conséquent, face à cette absence notoire de courage et volonté politique de rupture, il faut une prise de conscience effective des responsabilités et de la situation sans équivoque des gouvernants. Bien entendu, le tout, sous-tendu par une justice sociale irréprochable.

En effet, de tous les présidents sénégalais, seul Macky Sall, avait eu à proclamer ouvertement et devant son peuple, des promesses fermes quant au fait de rompre définitivement avec toutes ces pratiques malsaines, tant décriées par les honnêtes Sénégalais. Macky Sall : «Plus rien ne sera plus comme avant ». Ensuite : «Une gouvernance sobre de 25 membres, vertueuse, efficiente, efficace avec la prise en compte des conclusions des Assises nationales» ; il ne protégera « personne » ; « la patrie passera avant le parti » ; son mandat sera réduit à 5 ans et les institutions seront fondamentalement révisées pour les conformer à notre avancée démocratique et les rendre pérenne, etc. Avec un tel discours à l’entame de son magistère, l’espoir était permis.

Hélas ! Les faucons de la proximité, la bourgeoisie bureaucratique et compradore, l’aristocratie maraboutique, tous favorables à ces pratiques des privilèges et autres partages du gâteau avaient déjà pris leurs marques et le président en otage. Ainsi, par manque de courage et de volonté politique affirmée pour satisfaire prioritairement les intérêts supérieurs de la nation, le président a cédé, lâchant ainsi prise sur certaines questions, laissant les faucons prendre le dessus sur lui ou le pouvoir.

A QUOI JOUE NOTRE PRESIDENT ?

Macky Sall a fait une reculade ou marqué le pas, comme par exemple sur la traque des biens mal acquis et sur bien d’autres questions d’importance capitale qu’il a mises en jachère ou renvoyées sine die. Ce qui a déçu les attentes d’une partie importante des 65% qui lui avaient apporté leur vote. Or, en 2012, le Sénégal avait nécessairement besoin d’un capitaine d’équipe curateur intrépide, qui n’avait pas comme point de mire sa réélection mais plutôt le nettoyage des « caniveaux du Sénégal infestés de rats humains ravageurs ». Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? En tout cas, les tergiversations et hésitations à n’en plus finir ne laissent plus de doute, sur l’absence de volonté du président Macky Sall à satisfaire l’essentiel de ses propres engagements. Alors, au regard du temps qui nous sépare de la prochaine présidentielle, l’échéance est encore floue et indécise : 2017 ou 2019, pour l’heure, nul ne le sait alors que le référendum règle judicieusement, souverainement, démocratiquement et définitivement, la question de la réforme des institutions de la République, mettant du coup, à l’abri, le président d’être accusé, de toute tentative d’entraver l’expression populaire.

Cette décision capitale tarde à se dessiner encore avec précision. Tout cela à cause de l’influence négative de conseillers spéciaux qui, eux-mêmes, laconiques, n’ont pas une claire conscience dans les solutions préconisées, parce que manquant cruellement de précision, de netteté et de clarté.

Voilà pourquoi, le président Macky Sall doit absolument et dans les plus brefs délais, prendre toutes ses responsabilités et se prononcer pour éclairer les Sénégalais. Car, il se fait très tard. Et, au-delà de tout, c’est quand même bien lui, qui est élu par le peuple, sur la base de ses promesses. Il est aussi, le seul responsable devant ses mandants, à qui, il devra rendre compte demain par rapport à ses promesses.

PERENNITE DE LA TOUCHE WADE ?

Il me revient toujours à l’esprit, comme un refrain, cette terrible déclaration et extrêmement grave de conséquences, de l’ancien président de la République, Me Wade, disant sans frémir ceci : «J’ai créé dans ce pays beaucoup de milliardaires et riches artificiels » (sic). Une véritable aberration dont lui et ses militants, malgré tout, se glorifient encore. Comme si la mission ou l’objectif assigné, véritablement, à un chef d’Etat, se circonscrivait strictement à cela. Et non, bien au contraire, au développement économique et social rationnel et harmonieux du pays, sur la base de l’égalité des chances et du mérite de chaque citoyen d’abord et acteur économique ensuite.

Assurément, ce choix manifeste et délibéré de ce président haut en couleur n’était qu’un tour de passe-passe parmi tant d’autres, pour favoriser l’enrichissement illicite, de façon discriminatoire, d’une bourgeoisie compradore et bureaucratique déterminée, à son service. Par conséquent, sur une base d’inégalité sociale inacceptable et injustifiable du point de vue économique, comme social.

Il est dès lors évident qu’une bourgeoisie artificiellement créée dans de telles circonstances ne peut être que parasitaire, à cause de l’absence quasiment totale d’apports personnels propres. Elle ne peut être également qu’antinationale et compradore, au service ou de connivence avec des intérêts étrangers. Généralement, elle est sans réelle ambition pour l’économie nationale. Sa préoccupation essentielle, comme sa nature artificielle, c’est de vivre dans un mirage, en dilapidant comme des pachas, les biens malhonnêtement acquis ; sans nullement, penser ou se soucier un seul instant à assurer la production nationale à suffisance, ou la reproduction du tissu économique national en mauvais état.

Une telle bourgeoisie ne vit en fait que pour elle-même, parce que parasitaire, cupide, sectaire et égoïste à souhait. Elle tue l’économie d’un pays et ne lui est d’aucune utilité au plan global et national. La formation, des capitaux de cette bourgeoisie bureaucratique et compradore est, pour l’essentiel issue de source douteuse, parfois étrangère, de corruption, d’escroquerie, de magouilles, d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent, de spéculation foncière et de fraudes en tous genres, etc. Elle est d’essence artificielle au regard de sa constitution, elle est antipatriotique par son désintéressement à l’intérêt national, par voie de conséquence, antinationale.

Cette bourgeoisie-là, généralement, ne paie pas correctement ses impôts et taxes. Elle surfacture les marchés en échange de commissions occultes. Elle n’embauche presque pas le personnel nécessaire qualifié pour ses besoins, ne paie pas ses employés en conformité avec la législation en matière de salaire et bien entendu elle sous-évalue ses déclarations ou ne les fait pas du tout. Elle est abonnée aux médias pour une publicité mensongère ou est en train de se lamenter sur son sort au lieu de travailler durement, honnêtement et correctement, comme le fait si bien la vraie bourgeoisie nationale patriotique, sans tambour ni trompette. Elle et l’aristocratie maraboutique constituent les collabos permanents de tous les pouvoirs passés et présents. Elle ne modernise presque pas ses infrastructures. Elle se cantonne plutôt dans leur vétusté déplorable, qui ne permet évidemment, aucune performance. Mais elle veut malgré tout gagner des marchés immérités qu’elle est incapable d’exécuter correctement dans les normes et délais requis.
Pour autant il existe bel et bien une faible bourgeoisie nationale, pétrie de qualités, de valeurs de la République et de patriotisme économique. Celle-là fut une victime de toutes sortes de sanctions et discriminations négatives, de la part du régime précédent. Tout a été tenté contre elle pour l’écraser, à défaut de la contraindre à une indécente collaboration. Mais malgré tout, elle a résisté jusqu’au bout. C’est cet embryon de bourgeoisie nationale qui doit se renforcer par un regroupement ou association de capitaux, en vue de la création d’une société de grande envergure dans tous les domaines importants et de pointe de l’économie. Une société avec un capital bien consistant et une maitrise technique et scientifique sur l’évolution de la technologie des dernières générations.

Une ou des sociétés, gérées dans les normes, de manière saine, vertueuse, rigoureuse et débarrassées de tout esprit clanique, magouille ou malversation financière est un souhait à réaliser. Une telle bourgeoisie nationale, réellement porteuse d’un esprit indiscutable de patriotisme économique, à la tête de telles sociétés, mériterait bien le soutien de l’Etat et la préférence nationale en cas d’égalité avec une société étrangère. Elle pourra ainsi se battre avec le sérieux requis, pour le contrôle des secteurs essentiels et clés de l’économie nationale. Elle pourra aussi se mesurer valablement avec d’autres sociétés étrangères dans des faits concrets et non par un appui inconditionnel manifeste immérité, synonyme de chauvinisme étroit, qui ne mène pas la bourgeoisie nationale à la maturité pour jouer son véritable rôle majeur.

Le Sénégal, pays des paradoxes et de l’impunité doit revenir aux fondamentaux d’une gestion orthodoxe des finances du pays et au rétablissement des égalités rompues injustement. Voici un pays où, quasiment, les lois sont faites pour ne pas être appliquées aux grands délinquants de la république. Ces auteurs des graves délits de crimes économiques tels que les malversations financières, les gravissimes corruptions, les escroqueries et spéculations foncières, les trafics de drogue, de blanchiment d’argent, les mauvaises gestions des sociétés nationales, parapubliques, des services publics et des projets et agences, les détournements de deniers publics et biens sociaux, etc., restent pratiquement impunis. La preuve nous est fournie par les différents rapports des organismes de contrôle d’Etat, tel que l’Inspection générale d’Etat (Ige), qui demeurent très souvent lettres mortes. Ces rapports, ne semblent être à la limite, rien qu’une simple formalité et de simples notes d’information et de lecture envoyées au président de la République. Celui de l’Ige de 2015 vient d’être déposé sans que l’on sache ce que sont devenus les précédents !

Rares sont ceux qui se rappellent depuis l’indépendance, exception faite d’une courte séquence de 1960 à 1962 avec le président Dia, de sanctions exemplaires à la hauteur de la gravité des délits de la sorte, à l’encontre des incriminés. Nous en relevons encore et chaque jour à travers la presse, les uns plus graves que les autres. Mais, ils finissent tous et toujours, en eau de boudin. Ceci, confirme l’assertion selon laquelle, « les lois sont faites pour les pauvres, les petits délinquants et auteurs de larcins ». Alors, n’en déplaise à certains invétérés, sans rupture profonde et décisive dans la pratique de gouvernance actuelle et des sanctions très sévères à l’encontre de tous ces voleurs qui s’enrichissent illicitement et sans aucune honte sur le dos des contribuables, nous ne ferons que du surplace et le pays n’émergera pas.

Voilà une raison plus qu’évidente de poursuivre avec fermeté la traque des biens mal acquis, afin de mettre tous ces individus reconnus coupables de malversations hors d’état de nuire, sans faiblesse coupable ni cruauté inutile. Nous savons tous que la prison de Reubeuss compte peu de détenus dont les délits se rapportent aux malversations citées plus haut. Nous pensions qu’avec le déclenchement de la traque des biens mal acquis, les écuries d’Augias allaient être nettoyées proprement. Et à cet effet des sanctions exemplaires aux contrevenants serviraient de cas d’école et de jurisprudence pour, à défaut d’éradiquer le fléau de la malversation financière, atténuer tout au moins le nombre et la cadence des cas.

Enfin, il est illusoire de penser un seul instant que le Sénégal émergera simplement sur la base d’un plan, sans adéquation avec d’autres facteurs de développement tel que l’esprit de patriotisme en général, économique et d’entreprise en particulier. Le tout, débarrassé de l’individualisme borné et exacerbé, rompant avec les pratiques si décriées, qui tournent le dos à l’intérêt général et à l’égalité des citoyens devant la loi et les biens de la nation. Il s’agit de ces inégalités sociales persistantes, qui se traduisent par des privilèges et de l’impunité en faveur d’une minorité, composée d’un cartel de délinquants au col blanc, d’escrocs, de magouilleurs, etc., toujours de connivence, avec tous les pouvoirs en place.

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** Mandiaye Gaye est membre de la société civile sénégalaise

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«Scottsboro Alabama», un pamphlet magnifique et puissant

Gisèle Felhendler

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/comment/95355

L’affaire de Scottsboro dans les années 1930 resta emblématique des procès iniques à répétition. 
Des années après la scandaleuse condamnation de neuf adolescents noirs pour un viol imaginaire, le racisme n’en continue pas moins de sévir dans les cours de justice américaines.

Vingt-cinq mars 1931 : passagers clandestins découverts par la police ferroviaire d’Alabama, des hobos blancs sont expulsés de la ville, tandis que les neuf jeunes noirs du groupe, âgés de 13 à 19 ans, sont jetés en prison, accusés d’avoir violé deux femmes blanches également présentes dans le train. Quatre jours plus tard, le procès est bouclé. Sans preuve, huit d’entre eux seront condamnés à la pendaison. Cette histoire, tragiquement banale dans une Amérique où plus de cinq mille Noirs furent lynchés entre 1882 et 1946, est devenue l’un des épisodes emblématiques de la lutte pour les droits civiques et l’égalité raciale aux États-Unis. L’intervention d’une organisation communiste, l’International Labor Defence (Ild), entraîna, pendant quinze ans, une bataille juridique et politique. Le dernier accusé fut libéré en 1946.

Deux artistes immigrés, Lin Shi Khan et Tony Perez, apportent en cent dix-huit linogravures dessinées à Seattle en 1935, un vigoureux témoignage sur la condition des Noirs, de l’esclavage à l’entre-deux-guerres. Tombées dans l’oubli puis exhumées par un éditeur américain en 2002, elles sont enfin publiées en France dans une édition augmentée, par l’Échappée [1].

Le retentissant procès de Scottsboro s’inscrit dans le contexte de la Grande dépression. Les Noirs, premières victimes de la crise, sont contraints d’errer sur les routes en quête d’une source de revenu. Le racisme est encore exacerbé par la misère ambiante.
 Pour un juge, un accusé noir est coupable d’avance, alors qu’il n’y a quasiment pas de jurés noirs. Les Noirs ne disposent alors que de très peu d’organismes de défense. Le Parti communiste américain, fondé au début des années 1920, engage alors une campagne de séduction auprès des Afro-Américains, prônant égalité raciale et mariage entre Blancs et Noirs. Il s’empare de l’affaire de Scottsboro et parvient à donner à cet événement une résonance nationale et internationale.

Le dossier de l’accusation reposait entièrement sur les affirmations des deux jeunes filles blanches, témoignages extorqués sous la menace d’une inculpation pour vagabondage et prostitution, de l’aveu même des prétendues victimes. L’accusation de viol était extrêmement courante pour ne pas avouer des relations interraciales interdites.

Le Parti communiste s’engage alors dans une campagne internationale contre la discrimination et les tentatives de lynchage orchestrées par les « suprémacistes » blancs du Ku Klux Klan et reprend les slogans de l’Ild « Don’t let them burn » et « Scottsboro must not die », auquel le « Black lives matter » semble faire dramatiquement écho aujourd’hui.

Au bout d’une longue procédure judiciaire entachée d’irrégularités, quatre garçons sont libérés, quatre autres reçoivent de très lourdes peines (de 75 à 99 ans), tandis que la condamnation à mort de Clarence Norris est confirmée, puis commuée en prison à vie avant la grâce en 1976. Tout au long des procès, les tensions sont palpables au sein de la défense. Pour le Parti communiste américain, accusé de vouloir avant tout recruter au sein de la communauté noire, cette affaire articule race et classe.

Ce livre replace les gravures dans le contexte des luttes politiques et sociales qui traversaient le Sud et rappelle qu’il faut saisir l’ouvrage dans ce climat de guerre pour la justice entre les races et entre les classes. Il élargit l’histoire de Scottsboro à celle de la communauté afro-américaine en général, de son déracinement par les marchands d’esclaves à son combat pour l’égalité et la dignité, aux côtés des Blancs miséreux.

Le trait, dépouillé, quasi expressionniste se fait tantôt rageur et violent tantôt plus allégorique. Les cent dix-huit linogravures sont accolées à des textes coup de poing.

L’affaire de Scottsboro resta emblématique des procès iniques à répétition. 
Des années après la scandaleuse condamnation de neuf adolescents noirs pour un viol imaginaire, le racisme n’en continue pas moins de sévir dans les cours de justice américaines.

Ce pamphlet, cri de révolte, magnifique et puissant, dégage toujours la même force, à l’heure de Ferguson, quand résonnent les noms d’Eric Garner, Michael Brown et Sandra Bland.

NOTE
1] Lin Shi Khan et Tony Perez, Scottsboro Alabama, de l’esclavage à la révolution, 2014, L’Échappée

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** Gisèle Felhendler est porte-parole de l'association Sortir du Colonialisme

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Plaidoyers & campagnes

Les enjeux des Jeux des îles de l’océan Indien, édition 2015

Déclaration du Cdiscom

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/95363

En poussant les athlètes maorais à arborer le drapeau tricolore et à chanter l’hymne français pendant le défilé d’ouverture, en violation des règles de la charte des Jioi, l’administration française a cru pouvoir faire valider, par les pays de l’océan Indien, le nouveau statut de département français décidé par la France sur l’île comorienne de Mayotte.

Comme nous le savons, l’édition 2015 des Jeux des îles de l’Océan indien (Jioi) a démarré dans la crispation. Les regards se sont tournés vers la France, qui, par ses tracasseries administratives, a refusé le visa d’entrée sur l’île de la Réunion à des athlètes comoriens et malgaches invités par le Comité international des jeux (Cij).

Toujours cette manie au chantage du visa ! Nous ne sommes pas prêts d’oublier l’utilisation de cet outil de répression, imposé aux Comoriens, voici 20 ans : le « visa Pasqua – Balladur », qui entrava la libre circulation des Comoriens dans l’archipel des Comores est objectivement responsable de ces dizaines de milliers de cadavres comoriens qui jonchent la mer indianocéane !

Dès le lancement des jeux, les équipes nationales lésées se sont retirées des compétitions. Ainsi, les jeux sont gâchés, s’est–on alarmé, ce qui a amené cette question (prémonitoire ?) dans l’édition du 1er août du journal Témoignages : « Jusqu’où descendra la France ? »

La France a poursuivi son escalade de provocations, en ne se souciant que de ses intérêts géopolitiques dans la région. En poussant les athlètes maorais à arborer le drapeau tricolore et à chanter l’hymne français pendant le défilé d’ouverture, en violation des règles de la charte des Jioi, l’administration française a cru pouvoir faire valider, par les pays de l’océan Indien, le nouveau statut de département français décidé par la France sur l’île comorienne de Mayotte. Statut unilatéralement décidé par la France contre le Droit international et dénoncé par les Nation unies comme par l’Union africaine, et rejeté par l’Etat comorien !

Ce que la France n’aurait pas su prévoir, c’est la réaction de la partie comorienne à ces manipulations politiciennes ! Les athlètes comoriens ont protesté immédiatement, contre le non-respect des règles par les athlètes maorais, en se retirant des compétitions. Le gouvernement comorien a suivi ses athlètes et dénoncé formellement le manquement français !

Décidément, cette France arrogante ne sait voir que ses seuls intérêts ! A cette occasion, la réponse exprimée par l’ensemble des pays de l’océan Indien est à la hauteur ; nous pouvons nous féliciter :

- de la cohérence manifestée par le gouvernement comorien, qui a rappelé l’ambassadeur des Comores en France, a fait convoquer pour audition l’ambassadeur de France aux Comores (reçu par le ministère des Relations extérieures) ;

- de l’éveil de conscience manifesté par l’ensemble de la classe politique et la société civile comoriennes, qui ont appelé à manifester un soutien indéfectible aux héroïques athlètes comoriens ;

- des gestes de solidarité que les pays de la région ont manifestés vis-à-vis du voisin comorien, par une condamnation ferme et unanime de la violation des règles du jeu par la France…

Dans ce contexte, rappelons que la Commission de l’océan Indien (Coi) a été investie par la France, seulement 4 ans après sa création, dans l’objectif de mieux défendre ses intérêts dans une aire géopolitique convoitée, en effet, par le Royaume Uni ou des pays émergents comme l’Inde. Précisons que, lors du dernier sommet de la Coi, qui a eu lieu à Moroni en août 2014, la France du président Hollande a tenté de transformer la Commission en Communauté des Îles de l’Océan Indien. Suite au rejet d’une telle manœuvre qui visait à « diviser pour régner » dans la région, cette puissance d’occupation n’était–elle pas censée prendre en considération cette nouvelle donne diplomatique, cette capacité de résistance des pays de la Coi ?

L’expérience du Forum des îles du Pacifique (Fip), dont les pays membres ont (longtemps) résisté à l’entrisme de la France dans l’organisation régionale, doit inspirer en faveur d’une union dans la solidarité, pour barrer la route à toute tentative de manipulation venant de l’extérieur des pays de l’océan indien.

Puisse l’élite de la région indianocéane travailler de concert dans cette perspective. Par exemple, en s’appuyant sur un partenariat multiple et sur la lucidité nécessaire quant à l’expression d’une amitié de façade que l’on prétend leur témoigner. La région est sur la bonne voie. Au terme de ces jeux, nous pouvons nous réjouir que les organisateurs aient choisi les Comores pour la prochaine édition du grand rassemblement de la jeunesse de l’océan Indien.


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** Déclaration du Collectif de défense de l’intégrité et de la souveraineté des Comores. Le collectif est composé essentiellement d’associations et de personnalités de la société civile. (source : afriquesenluttes.org

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**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News





Emploi

Le Codesria chercher un Directeur de publications

2015-08-12

http://pambazuka.net/fr/category/jobs/95364

Le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria) invite les candidatures de professionnels africains qualifiés pour le pourvoi du poste vacant de Directeur de publications au sein de son Secrétariat panafricain sis à Dakar (Sénégal). Ce poste est de haut niveau et le futur Directeur de publications travaillera dans l’équipe de direction sous la supervision générale du Secrétaire exécutif du Conseil.

Le candidat idéal sera un ou une universitaire avec une solide expérience dans l’édition scientifique. Les professionnels africains qui allient une solide expérience dans la publication scientifique à une formation de haut niveau dans les sciences sociales et les humanités seront également encourages à déposer leurs candidatures.

Pendant les quatre dernières décennies, le Programme de Publications du Codesria a connu une expansion considérable avec plus de 500 livres et monographies, 12 revues et périodiques scientifiques évalués par les pairs, et plusieurs titres primés, ce qui lui a valu d’être la première maison africaine d’édition scientifique multilingue. Le poste de directeur de publication a été créé afin de consolider les succès enregistrés par le Programme et de le mener encore plus loin.

Plus d’informations sur le Codesria et sur le Programme Publications et Dissémination sont disponibles sur le site web du Conseil : www.Codesria.org

Parmi les responsabilités du Directeur de publication, on peut citer :

- Jouer un rôle de premier plan dans la définition et la mise en œuvre des objectifs du Programme de Publications du Codesria en tenant compte des changements dans les contextes et dans les exigences;

- Apporter un leadership direct dans la vie scientifique du programme et dans tous les aspects des opérations de publications du Programme, y compris les fonctions de commande, de production éditoriale, de distribution, de marketing, de services aux clients et de gestion des listes;

- Développer des propositions pour de nouvelles publications et de nouveaux titres, en collaboration directe avec les autres programmes scientifiques du Codesria;

- Renforcer les marques de publication des livres, monographies et revues du Codesria;

- Accroître la présence en ligne des revues, monographies, documents de travail, et « policy-briefs » du Codesria;

- Promouvoir des approches novatrices et efficientes de publication traditionnelle et celle électronique;

- Diriger une équipe interne comprenant des managing editors, des éditeurs et des secrétaires d’édition;

- Superviser et rester au contact d’une équipe de prestataires de services comprenant des imprimeries, traducteurs, éditeurs, compositeurs, indexeurs, administrateurs de sites web, distributeurs, etc.;

- Travailler avec et rester au contact d’auteurs, évaluateurs, directeurs / rédacteurs-en-chef des diverses revues, associations professionnelles, chercheurs, maisons d’édition, éditeurs, correcteurs et les imprimeurs;

- Coordonner la traduction, la co-édition, la co-publication et les droits et autorisations de réimpression;

- Trouver et partager informations et opinions sur les séries de livres, de monographies, les revues, les documents occasionnels et les documents de recherche du Codesria;

- Renseigner les communautés africaine et internationale de recherche en sciences sociales sur les publications du Codesria;

- Collaborer avec d’autres maisons d’édition et organisations, et évaluer la viabilité scientifique et financière de ces collaborations;

- Développer des relations de travail avec les presses universitaires et autres maisons d’édition d’Afrique;

- Organiser et participer aux importants évènements d’édition, telles que les foires du livre, les réunions et forums d’associations scientifiques ; et

- Jouer un rôle actif dans la réalisation des autres aspects du mandat scientifique du Conseil.

QUALIFICATIONS

LES CANDIDATS DEVRONT :

1. avoir une solide formation universitaire, de préférence dans les sciences sociales et les humanités, être titulaire d’au moins un doctorat ou un Master II, et avoir plusieurs publications à son actif

2. avoir une formation et une expérience solides dans le domaine de la publication scientifique et de son marketing;

3. avoir une bonne connaissance du Codesria et des capacités de promotion du travail des chercheurs africains;

4. connaître la communauté scientifique africaine et internationale;

5. avoir des connaissances de premier plan de l’environnement de l’édition africaine;

6. avoir une expérience reconnue de gestion dans un environnement académique;

7. avoir une expérience dans la gestion de ressources et la préparation de rapports;

8.Faire preuve d’engagement intellectuel notamment en participant aux débats sur les enjeux et opportunités de l’édition africaine et internationale; et

9. Parler couramment l’anglais, le français ou le portugais et avoir de bonnes connaissances dans au moins l’une des autres langues.

Le Codesria promeut la représentation disciplinaire, de genre, générationnelle et linguistique dans ses structures. Par conséquent, les candidatures féminines et de jeunes possédant les qualifications requises sont encouragées.

CONDITIONS DE TRAVAIL

Le salaire offert pour ce poste sera fonction de l’expérience et des compétences du candidat retenu, et sera comparable à ceux offerts pour des postes similaires dans d’autres institutions internationales.

COMMENT POSTULER

Les dossiers de candidatures comporteront les éléments suivants :
1. Une demande manuscrite ;
2. Un CV détaillé, décrivant l’expérience professionnelle du candidat ;
3. Trois lettres de référence, dont deux provenant de personnes vivant ailleurs que dans le pays de résidence du candidat ;
4. Des extraits de toute réflexion publiée par le candidat.

Les lettres de candidatures et autres documents seront envoyés sous pli scellé portant la mention «Dossier de candidature », ou par email. Les lettres de référence devront parvenir au Conseil sous pli scellé et séparé, portant la mention «Confidentiel » ou envoyées directement par email. Les dossiers de candidatures ainsi que les lettres de référence seront envoyés à l’adresse suivante :

Le Secrétaire Exécutif Codesria Avenue Cheikh Anta Diop X Canal IV B.P. 3304, CP18524 Dakar, Sénégal.
Email : [email protected]

DATE LIMITE DE DÉPOT
Toutes les candidatures devront parvenir au Conseil au plus tard le 10 septembre 2015. Passée cette date, aucune demande reçue ne sera considérée.





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