Abonner!

Abonner gratuitement!



DONNEZ!

Pambazuka Press

La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

Visiter Pambazuka Press

PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

Surveillance de l’UA

Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
Visitez le site de Surveillance de l'Union

Pambazuka Press

Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

Visit Pambazuka Press

DONNEZ POUR QUE SURVIVE PAMBAZUKA !

Aidez les abonnés africains à recevoir Pambazuka News gratuitement : chaque $5.00 assurent un abonnement d’un an, alors donnez généreusement pour faire en sorte que le meilleur bulletin sur la justice sociale d’Afrique parvienne là ou l’on en a besoin.

Archives

Pambazuka News 368 : La nécessaire critique interne du Franc Cfa

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Maintenez Pambazuka libre et indépendant ! Rejoignez maintenant les Amis de Pambazuka

http://www.pambazuka.org/fr/friends.php

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes




Sommaire de cette édition

CHRONIQUES
- De la nécessité impérieuse d’une critique nouvelle et interne du Franc Cfa
- Haïti-Népal : Regards croisés sur la mondialisation

COMMENTAIRES & ANALYSES
- Madagascar : De la réconciliation nationale à l’aventurisme politique
- Madagascar : La redevabilité du juge à travers son éthique et les décisions de justice rendues
- Leçons bolivariennes pour l’Afrique
- Discours sur une Union Africaine forte : L’école et la démocratie, de puissants catalyseurs
- L’appel de l’Afrique à ses enfants

PLAIDOYERS & CAMPAGNES
- Soutien pour la fin de l’embargo imposé par les Etats Unis contre le peuple de Cuba




Chroniques

De la nécessité impérieuse d’une critique nouvelle et interne du Franc Cfa

Lettre ouverte à la Bceao

Martial Ze Belinga, Makhily Gassama, Demba Moussa Dembélé, Sakho Bamba

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/features/94722


c c WM
Il serait incompréhensible que les Africains se refusent toute opportunité de débattre de leurs options monétaires, alors que le monde entier, poussé par les flux de la globalisation, la libéralisation des marchés, la volatilité des avantages compétitifs, les crises systémiques, s’attèle à la tâche d’élaborer et d’actualiser des stratégies et tactiques monétaires gagnantes.

Le très long silence de l'opinion publique audible et l’alignement de l’élite africaine aux affaires par rapport à la gestion de la Zone franc ne sont plus un simple paradoxe des croyances économiques. Il s’agit désormais d’une véritable anomalie démocratique au sein de la plupart des quatorze pays de la Zone franc. Comment concilier d’un côté la grande vivacité et la diversité des débats sociétaux africains portant sur la politique, les relations internationales, les religions, les traditions, les droits humains, la modernité, la culture, etc., et de l’autre côté un silence assourdissant des élites organiques sur un pan immédiat de la souveraineté des Etats, une variable essentielle des politiques économiques mondiales et de développement ?

Alors que de plus en plus de sociétés politiques africaines, dans un bel et suspect élan transcendant les colorations politiques, semblent se donner pour objectif l’horizon nouveau d’une «émergence» économique «à l’asiatique», peu d’intérêt paraît être accordé au fait que, dans la majorité des situations, les pays dits émergents disposent de monnaies nationales, de politiques monétaires discrétionnaires orientées vers les besoins de croissance, d’industrialisation et de transformation économique. Comment rendre raison du regard fuyant des élites associées à la gestion du pouvoir et du «ponce pilatisme» des cadres politiques de la zone franc, face à l’usage qui est fait des ressources monétaires pourtant rares et précieuses en comparaison des besoins des Etats ?

Rappelons, à toutes fins utiles, que ces questions de politique monétaire, de taux de change, de taux d’intérêt, de gestion des devises sont âprement discutées à travers le monde. Au cœur de ces débats s’illustrent administrations, institutions de recherche, personnalités de diverses tendances, qu’il s’agisse des très libéraux récipiendaires du «Prix Nobel» d’économie, à l’instar de Krugman, Stiglitz, Sen, ou des théoriciens et militants se réclamant d’alternatives au capitalisme financier.

La Chine, le Brésil, la Russie, l’Europe, le Japon, les pays du Golfe, les États-Unis d’Amérique, entre autres, par l’intermédiaire de leurs banques centrales et de leurs ressources intellectuelles mobilisées, sont tous investis dans une gestion stratégique extrêmement fine et réactive de leurs monnaies. Quant aux débats sur l’Euro, encore tenaces aujourd’hui, ils impliquent souvent ministres, députés, chefs de partis européens, et abordent les objectifs et fondements même de la politique européenne, le rôle de la banque centrale, l’inflation, n’excluant aucune possibilité y compris un éclatement de la zone euro ! Désormais l’orthodoxie des années ultra-libérales cède le pas à des politiques dites «non-conventionnelles», piétinant les dogmes d’anti-intervention de l’Etat, en quête de croissance, de surcroît d’activité économique, d’emplois.

Pendant ce temps, la demande critique et citoyenne d’un débat sur la politique monétaire en Zone franc se répand irréversiblement des minorités «progressistes» partisanes de réformes ou de refontes des architectures monétaires, vers les peuples avides d’effets concrets sur leurs existences quotidiennes. A preuve la manifestation étouffée par les forces de l’ordre à Yaoundé, le 26 avril 2015, et qui exigeait la souveraineté monétaire avec des tee-shirts d’activistes portant la mention : « 26 avril 2015 Mort du Franc Cfa» (1).

C’est dans ce contexte marqué par la progression au sein de l’Uemoa/Cemac d’une critique sociale (externe) appelant à tout le moins à un débat sur une monnaie historiquement imposée par le joug colonial français, maintenue par l’encadrement africain et jamais proposée à une quelconque légitimité démocratique, que les positions réformatrices et courageuses du ministre togolais de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques, M. Kako Nubukpo, prennent sens et valeur. En effet il serait incompréhensible que les Africains se refusent toute opportunité de débattre de leurs options monétaires, alors que le monde entier, poussé par les flux de la globalisation, la libéralisation des marchés, la volatilité des avantages compétitifs, les crises systémiques, s’attèle à la tâche d’élaborer et d’actualiser des stratégies et tactiques monétaires gagnantes.

En renfort des tentatives externes d’ouverture du débat monétaire, le mérite du Pr Nubukpo, économiste connaissant bien le franc Cfa, n’est pas mince, d’inaugurer une critique interne cette fois au sein même des appareils de décision. En ce sens, une certaine valeur d’exemplarité est à mettre au crédit du ministre, par la cohérence manifestée avec une approche intellectuelle et scientifique marquant son parcours, et par le caractère pionnier d’une démarche saluée pour la fécondité qu’on pourrait en attendre : contribuer à libérer, par la pédagogie sociale et l’argumentation économique, les possibilités d’une réforme endogène des politiques économiques et monétaires africaines.

On ne peut, dès lors, que s’étonner du fait qu’un ministre africain, un des rares de son état à ouvrir un débat du reste naturel dans les autres parties du monde, soit l’objet, ainsi que le rappelait le journal togolais Liberté du 12 mai 2015 (2), de la part d’une institution aussi éminente que la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), de notes et de rapports à visées déstabilisantes frisant les manœuvres obscurantistes. Que des Africains de premier plan comme Paulo Gomes, ancien Directeur Exécutif de la Banque mondiale pour l’Afrique subsaharienne, ou Jean-Louis Ekra, président de l’Afreximbank, soient «fichés» pour délit d’opinion sur la gestion d’une monnaie partagée par des millions d’acteurs économiques et sociaux est littéralement inadmissible. N’aurait-on pas pu espérer que les ressources humaines d’une telle institution soient utilisées à la recherche de solutions d’optimisation des réserves ou de financement des économies de la zone ? En vertu de quoi, du reste, la Bceao déciderait-elle de l’incongruité de la présence de telle ou telle autre personnalité dans le gouvernement d’un pays membre et souverain tout à la fois ?

La frilosité des groupes sociaux et administrations rentières ou bénéficiaires en ligne directe de la gestion du franc CFA ne devrait pas empêcher une nouvelle critique générationnelle des politiques monétaires d’alimenter le débat interne à l’Afrique sur les solutions que le continent doit nécessairement se construire en vue de sa propre prospérité. Les prises de paroles qui se libèrent, celle du ministre Nubukpo du Togo en l’occurrence, ont ainsi tout mérite et toute valeur, dès lors que parti aura été pris de voir les Africains acteurs de leur destin, dans une dialectique qui verra toujours se hisser les contre-feux des calculs personnels, l’obsolescence des routines institutionnelles, la peur d’assumer en responsabilité les conséquences d’une libération pleine.

NOTES
1) Cf. Prince Nguimbous, «Cameroun : une manifestation étouffée à Yaoundé», Le Jour (28.04.2015), source : www.camer.be
2) Liberté N°1942 du mardi 12 mai 2015, «Opération de délation à la BCEAO : Le directeur national Kossi Tenou demande la tête du ministre Nubukpo».


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Martial Ze Belinga est panafricaniste, enseignant en économie et commerce international, chercheur indépendant en sciences sociales, Makhily Gassama a été directeur du Centre d'Études des civilisations à Dakar, conseiller culturel du président Léopold Sédar Senghor, ministre de la Culture et ambassadeur du Sénégal., Demba Moussa Dembélé est directeur de Arcade, Sakho Bamba

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


Haïti-Népal : Regards croisés sur la mondialisation

Frédéric Thomas

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/features/94721


c c TM
On aura à nouveau parlé d’Haïti, suite au récent séisme du Népal. Il est vrai que des correspondances existent entre les deux situations. La pauvreté, l’explosion urbanistique – centralisée et non-planifiée –, le manque de services sociaux de base, en général, et d’infrastructures de santé, en particulier, l’instabilité politique... autant de facteurs qui, plus que la magnitude du séisme, expliquent l’ampleur de la catastrophe du 12 janvier 2010 à Haïti comme celle du 25 avril dernier au Népal. À cela s'ajoute le voisinage encombrant de grandes puissances, qui pèsent lourd sur la souveraineté de ces deux pays...

Les Népalais, aujourd’hui, comme les Haïtiens, hier, ont été propulsés au-devant de la scène médiatique, mais comme figurants passifs, servant surtout à mettre en valeur les vrais acteurs : secouristes et acteurs humanitaires internationaux. Le scénario n’a guère changé et la division du travail reste la même : aux uns (au Sud), le rôle de victimes désespérées et impuissantes, aux autres (au Nord), celui de héros venus les sauver. De l’alarme médiatique à l’engorgement humanitaire, en passant par le manque de coordination, la marginalisation des acteurs locaux – aggravée par l’usage quasi-exclusif de l’anglais – et la confusion entre visibilité et action, l’aide d’urgence retrouve ses mêmes réflexes. Enfin, le débat suscité par le fiasco de l'envoi par la Belgique de l'équipe B-fast confirme que ce type d'intervention d'urgence répond d'abord aux impératifs nationaux – en termes d'opinion publique, de promotion diplomatique et de « réputation de la Belgique à l'extérieur » (1) – et, en conséquence, la difficulté à penser et à agir en fonction de ce dont les Népalais ont besoin et de ce qu'ils demandent.

Si la Croix rouge haïtienne a fait un appel aux dons pour venir en aide au Népal, le parallèle fait entre les deux pays a un arrière-goût amer. Haïti sert en effet de contre-exemple de tout ce qui a échoué, de tout ce qu’il ne faut pas faire ni refaire. Et de tout ce qu'il reste encore à faire, puisque le dernier Bulletin humanitaire de l'ONU, suite aux récentes pluies et aux 23 séismes enregistrés de janvier à mars 2015, « s’inquiète de plus en plus du degré de vulnérabilité des populations face aux désastres » (3).

Critique paradoxale puisqu’elle est le fait des principaux responsables de cet échec : la « communauté humanitaire internationale ». Tenant à distance la critique des principaux concernés – Haïtiens, en 2010 ; Népalais, en 2015 –, ce monologue autocritique des acteurs d’urgence fait la démonstration tout à la fois de leur responsabilité morale – par rapport aux limites, ratés et accidents de leurs actions – et de leur irresponsabilité politique – d'une part, par rapport aux causes structurelles et, d'autre part, par rapport à l’échec et aux attentes frustrées des personnes.

L'expression de la solidarité haïtienne envers le Népal est affectée par le fait que la seule connaissance directe du Népal qu’ont la plupart des Haïtiens est marquée d’un signe négatif. En effet, ce sont des casques bleus népalais, membres de la Mission des Nations unies de stabilisation en Haïti (Minustuah), qui ont involontairement introduit l’épidémie de choléra dans le pays en octobre 2010 (3). Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, a certes reconnu une « responsabilité morale » de l’Onu, et réaffirmé l’engagement de l'institution pour éradiquer l’épidémie, mais cela pour mieux esquiver la question du pardon et de l’indemnisation (5). L'immunité de l'Onu vaut l'impunité de l'État haïtien, et les deux échangent les revendications du peuple haïtien contre l'irresponsabilité des pouvoirs.

Enfin, 2015 est une année électorale à Haïti. Or, ces élections, retardées, compromises, financées et portées à bout de bras par une communauté internationale – cherchant à insuffler un minimum de légitimité pour que se poursuivent les politiques économiques qu’elle promeut –, occupent les esprits, et occasionnellement les rues. Paradoxe d'élections nationales, sous tutelle internationale, dont le coût – comme le nombre de partis (plus d'une centaine pour les prochaines élections) – ne cesse d'augmenter, alors que la confiance des Haïtiens, elle, diminue. Face à de telles échéances – sans compter celles, plus immédiates, de se débrouiller pour manger et vivre –, le Népal peut sembler loin...

Plus loin en tous les cas que la France, dont le président, François Hollande, en voyage officiel dans les Caraïbes, passe ce mardi 12 mai, pour la première fois, quelques heures à Haïti. Il a déjà annoncé, par rapport à la responsabilité de la France dans l’histoire de l’esclavage : « j'acquitterai la dette que nous avons ». Dette morale s’entend ; il n’est pas question de réparations financières. Certes, c’est un symbole important – plus encore au regard du néocolonialisme à peine voilé de Nicolas Sarkozy (6). Mais il convient de s’interroger sur les contours et la fonction d’une responsabilité uniquement morale, qui tend à se multiplier : de Bill Clinton – par rapport aux importations de riz américain, qui ont ruiné les producteurs haïtiens7 –, à l’Onu, en passant par le président français. Ne sert-elle pas à justifier la poursuite des mêmes stratégies, à occulter la responsabilité politique et à hypothéquer les chances de changements réels ?

Au hasard de l’actualité, la mondialisation acquière parfois des reliefs particuliers, faisant ainsi se croiser janvier 2010 et avril 2015, Haïtiens et Népalais. Peut-être faudra-t-il attendre pour qu’ils soient à nouveau réunis, derrière leurs télévisions, la Coupe du monde du football de 2022 au Qatar. François Hollande y était d'ailleurs récemment pour conclure la vente de 24 avions Rafale. Sa visite diplomatique et commerciale ne lui aura sûrement pas permis de rencontrer les quelques 400 000 Népalais qui travaillent sur place à la construction des stades de football. Ces travailleurs, sous le régime de la « kafala » (parrainage), dénoncé comme une forme d’esclavage moderne par nombre d’ONG et de syndicats, n’ont pu quitter le pays pour rentrer chez eux, aider leurs familles frappées par le séisme8. Peut-être, dans dix ans, la Fifa reconnaîtra-t-elle sa responsabilité morale...

Du Népal à Haïti, en passant par le Qatar, et en suivant les voyages du président français, de l’esclavage historique à l’esclavage moderne, la boucle de la mondialisation serait bouclée... s’il n’y avait aussi les luttes, l’écart constamment creusé avec l’image spectacle d’États faillis, de pays pauvres et de peuples impuissants, le ressort remonté d’autres histoires, qui cherchent moins à moraliser les rapports Nord-Sud qu’à changer la mondialisation.


1) La disparition de B-fast serait « en tous cas une grande perte pour la réputation de la Belgique à l'extérieur » affirmait Pierre Todorov, un des volontaires de B-fast, au Journal télévisé de la RTBF le lundi 11 mai 2015.
2) Lire à ce sujet Françoise Bouchet Saulnier, «Choléra en Haïti : les Nations unies s'immunisent contre l'indemnisation des victimes», http://bit.ly/1KfBQdC
3) Lire http://bit.ly/1QWU1Fz
4) On se souvient ainsi de son fameux discours de Dakar du 26 juillet 2007 : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », http://bit.ly/1Fjxk9A/
5) Lire Frédéric Thomas, Haïti : un modèle de développement anti-paysan, http://bit.ly/1A9X0GI
6) Lire Confédération syndicale internationale (CSI), Rapport spécial de la CSI - Le Qatar : un cas difficile à défendre, http://bit.ly/1KfC1pc ; et http://ind.pn/1cxjbft


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Politologue, chargé d'études au Cetri – Centre tricontinental (Louvain-la-Neuve).

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News





Commentaires & analyses

Madagascar : De la réconciliation nationale à l’aventurisme politique

SeFaFi

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94724


c c BTI
Les résolutions des Assises nationale, dont l’intégralité n’a toujours pas été publiée, semblent faire l’impasse sur la réconciliation, pour ne traiter que de sujets éminemment politiques.

Le Conseil des Églises chrétiennes à Madagascar (Ffkm) a donc tenu ses Assises nationales au CCI d’Ivato, du 28 avril au 2 mai 2015. L’objectif proclamé en était la « réconciliation nationale ». Il y a deux ans, lors d’une conférence nationale tenue du 2 au 4 mai 2013 au même lieu, il avait déjà tenté d’imposer ses vues, résumées en trois slogans : refondation de l’État, nouvelle transition, nouvelle constitution. Et déjà, une lettre du Bureau de la Conférence épiscopale datée du 30 avril 2013, avait exprimé l’appréhension des évêques catholiques [1] et, au-delà, de nombre de citoyens quant aux probables dérives qu’une telle démarche pourrait entraîner.

Le même Bureau a réitéré ses inquiétudes avant les récentes Assises : « Dans la réconciliation en cours, ce sont les affaires politiques qui ont pris le dessus. Est-ce bien le moment d’y faire entrer les affaires politiques, et est-il du ressort du Ffkm d’en discuter ? Pourquoi donc ne pas faire clairement connaître à la population les objectifs de la Réconciliation dont se préoccupe le Ffkm ? Il est vrai que le contenu des 4F est déjà clair, mais qui s’agit-il véritablement de faire se réconcilier ?» [2]. La lettre a provoqué l’ire du pasteur Rasendrahasina, président en exercice du Ffkm [3], mais aux questions posées, qui concernent pourtant l’ensemble des citoyens, aucune réponse n’a été apportée.

Et pour cause : les résolutions des Assises, dont l’intégralité n’a toujours pas été publiée, semblent faire l’impasse sur la réconciliation, pour ne traiter que de sujets éminemment politiques. Plus question de réconciliation venant d’en haut (les chefs d’État, ancien et actuel), censée descendre ensuite vers le bon peuple. Par contre, elles ne demandent rien de moins que la dissolution [4] de toutes les institutions de l’État (sauf la présidence de la République - pourquoi cette exception ?) et la désignation (par qui ?) d’une assemblée constituante pour un mandat de deux ans. Bref, un coup d’État institutionnel, sauf que les institutions concernées n’ont guère l’envie de se suicider : le président de l’Assemblée nationale rappelait à juste titre que les 1 830 membres auto-désignés de ces Assises ne représentaient qu’eux-mêmes, alors que la représentation nationale revient en toute légitimité aux élus du peuple que sont les députés (même mal élus et incapables d’assurer correctement leurs fonctions).

Car l’obscurité la plus épaisse entoure le déroulement de ces Assises dites nationales : qui en ont été les membres ? En dépit de nombreuses sollicitations, la liste n’a pas été rendue publique, ce qui laisse soupçonner des manipulations dans sa composition. Or ces 1 830 anonymes ont prétendu représenter les 23 millions de citoyens malgaches : qui leur a donné ce pouvoir, qui n’a aucun fondement juridique ? Alors qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes, de quel droit exigent-ils la dissolution d’institutions (même bancales) issues d’élections démocratiques (même contestables), et le changement d’une Constitution (loin d’être parfaite, mais amendable) plus ou moins pratiquée depuis moins de 18 mois ? En exigeant un « exécutif fort », savent-ils qu’il ne peut y avoir (sauf cas de dictature avérée) un exécutif fort sans un législatif tout aussi fort ?

À l’image du régime présidentiel américain, sont-ils prêts à accepter un Congrès (Assemblée et Sénat) aussi puissant que le président, les pouvoirs de l’un et de l’autre étant clairement définis et aucun ne pouvant empiéter sur le domaine de l’autre ? L’objet même de la Constitution de 2010 n’était-il pas de diminuer le pouvoir excessivement fort de l’exécutif, surtout tel qu’il fut pratiqué par les présidents précédents ? Que pareil bricolage soit cautionné par le Ffkm laisse songeur ; ces gens savent-ils de quoi ils parlent ?

À l’origine de ces prétentions, des « responsables » religieux. Leur démarche, a récemment rappelé le coordinateur du SeFaFi, est tout simplement inconstitutionnelle, puisque la Constitution impose la laïcité de l’État. Par ailleurs, nul ne sait sur quels fonds publics a été financé l’ensemble du processus, qu’il s’agisse des réunions des ex-chefs d’État, des assises régionales ou des assises nationales, le financement étant aussi obscur que l’identité des participants. Or il existe une instance officielle de réconciliation instituée par l’article 168 de la Constitution, le Conseil du Fampihavanana Malagasy ou FFM (Filankevitry ny Fampihavanana Malagasy) et par la feuille de route, devenue loi, de septembre 2011.

Pourquoi avoir écarté cette structure légale dont la composition et le fonctionnement peuvent être améliorés, au profit d’une structure privée et bancale (ni les 260 Églises évangéliques, ni les musulmans, ni les adeptes de la religion traditionnelle n’y sont représentés), dont les tentatives de réconciliation ont échoué en 2002 comme en 2009 ? Annoncée par le président de la République, la dissolution du Ffm, après l’usurpation illégale par le Ffkm de sa mission, serait contraire à la loi 2012-010 et par extension, à l’article 168 de la Constitution. Sans parler de la demande d’instaurer un « comité de suivi », qui permettra aux clercs du Ffkm de devenir membres de plein droit d’un organisme public.

Enfin, les citoyens ont constaté avec étonnement que la réconciliation, censée être au cœur de la démarche du Ffkm, a été totalement marginalisée par les résolutions de ces Assises dites nationales. L’ancien président Ravalomanana y a gagné la levée de sa mise en résidence fixe (c’était le premier objectif de l’Église Fjkm dont il est vice-président), l’ancien président Ratsiraka y a trouvé une tribune d’où il a fait miroiter, une fois de plus, des promesses mirobolantes et vides de contenu. Mais qu’en est-il des 4F : aveu, repentance, vérité et fihavanana (fieken-keloka, fibebahana, fahamarinana, fihavanana) ?

Rappeler, comme l’a fait Marc Ravalomanana, que chaque être humain a fait des bêtises dans sa vie est une évidence, et pas un aveu de culpabilité. Tous ces anciens chefs d’État pourraient avoir à répondre de détournements, de gaspillages et de tueries, mais aucun n’a avoué ses véritables turpitudes, aucun n’a fait repentance de ses actes répréhensibles, aucun n’a dit la vérité sur ses agissements condamnables. À l’inverse, tous ont fait preuve d’hypocrisie, invoquant le fihavanana pour obtenir l’amnistie de leurs méfaits, sans qu’il ait été demandé à la justice de se prononcer. Disons-le clairement : aussi longtemps que triomphera l’impunité de la classe politique, la réconciliation nationale restera un rêve inaccessible.

Au terme de tant de basses manœuvres, le Ffkm fait donc savoir que sa tâche est terminée et qu’il tire sa révérence. C’est ajouter l’irresponsabilité au ridicule : après voir engagé le pays dans l’impasse, en se cachant derrière des acteurs anonymes, il apporte une nouvelle preuve de son manque total de sens démocratique et de son incapacité à comprendre le bien commun de la nation –cléricalisme et sectarisme obligent. Les générations à venir, sacrifiées sur l’autel de son opportunisme et de son goût du pouvoir, en paieront le prix...

Antananarivo, 5 mai 2015


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Observatoire de la vie publique à Madagascar

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


NOTES

1] « Nous sommes profondément préoccupés qu'il y a un risque de dérapage vers une réconciliation purement et uniquement politique qui se dessine. Or cela n'est pas du ressort de l'Église. C'est pour cela que nous devons nous en tenir seulement à notre premier objectif : pardon, conversion, vérité, réconciliation. C'est le chemin qui nous conduira à la réconciliation véritable ».

2] Bureau de la Conférence épiscopale, 25 avril 2015.

3] Dire que le Ffkm réunit les chefs des Églises membres (Ecar, Fjkm, Flm, Eem) est une approximation, l’Église catholique à Madagascar n’ayant pas de « chef ». Tous les évêques sont égaux en droit, ils se réunissent en Conférence épiscopale qui élit son Président (actuellement, Mgr Désiré Tsarahazana, archevêque de Toamasina) et désigne son représentant au sein du Ffkm (actuellement, Mgr Odon Razanakolona, archevêque d’Antananarivo). Tout le reste est littérature ou fantasme.

4] Que le mot « dissolution » ait été remplacé, trois jours après les Assises et face au tollé général qu’il a suscité, par « apporter des changements », ne change rien à l’affaire. Cette modification illustre davantage encore l’infantilisme et l’incompétence de ceux qui ont présidé à ces Assises.


Madagascar : La redevabilité du juge à travers son éthique et les décisions de justice rendues

Faratiana Esoavelomandroso

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94723


c c BW
Les décisions de justice seront considérées comme légitimes et obtiendront l’assentiment des justiciables lorsqu’elles sont non seulement correctement motivées mais également lorsqu’elles sont intelligibles et de qualité.

Lors d’un colloque organisé par l’Anja [1] et le Département Droit de l’Université d’Antananarivo au mois d’octobre de l’année dernière, un magistrat du Conseil d’Etat avait terminé son intervention par une citation qui a emporté l’adhésion de l’assistance. Le juge, a-t-elle dit, «c’est un homme et une femme ordinaire à qui est donné un pouvoir extraordinaire»[2], ce pouvoir extraordinaire c’est celui de dire le droit, de trancher les litiges, de sceller le sort d’autrui, de rendre la justice.

Ce juge, homme ou femme ordinaire, lorsqu’il rend la justice, il ou elle ne la rend pas en son nom propre mais au nom de la population, en l’occurrence au nom de la population malgache.

Ce juge est ainsi l’obligé de la population, il a le devoir, l’obligation de rendre compte à cette population de la façon dont il utilise ce pouvoir : c’est cela la redevabilité : c’est « l’action d’être redevable, de rendre compte. (…) »[3], c’est le fait « d’être débiteur de quelqu’un, de quelque chose »[4].

Derrière ce pouvoir extraordinaire, la soumission des magistrats à leurs devoirs, à une éthique, au respect du code de déontologie va leur conférer une légitimité aux yeux des justiciables, une légitimité qui sera gage de la confiance de la population en la justice de son pays. En effet, si rendre la justice est effectivement affaire exclusive des juges, évaluer la justice par contre est l’affaire de tous.

Nous n’allons pas nous voiler la face, la population malgache a perdu confiance en sa justice et plus particulièrement ces dernières années[5]. La politique générale de l’Etat évoque d’ailleurs l’instauration d’une justice équitable, impartiale, accessible et transparente.

Lorsque le juge exerce le contrôle de la vie publique, il le fait par le biais des décisions de justice qu’il rend ; seulement, ce contrôle ne sera considéré comme crédible et effectif que lorsque les décisions rendues seront reçues avec sérénité parce que la population aura pleinement confiance en sa justice.

Cette confiance en la justice résulte de la légitimité du magistrat, une légitimité qui passe par sa prise de conscience de son obligation de rendre compte, par la prise de conscience de sa qualité de débiteur, bref par la prise de conscience de sa redevabilité.

Mes propos porteront sur deux aspects qui permettent d’appréhender la redevabilité du juge en les rattachant exclusivement à la réalité de la justice malgache. D’abord, la redevabilité à travers l’éthique et la déontologie du magistrat (I) ; ensuite la redevabilité à travers la transparence des décisions de justice rendues (II).

D’emblée je tiens à préciser que pour des raisons évidentes d’éthique, les exemples que je vais citer sont des cas qui ont tous eu lieu avant l’année 2011 – donc avant que je ne sois nommée membre non magistrat au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), ce sont des cas dont je n’ai aucunement connaissance ni des faits, ni des magistrats concernés – ce sont des cas rapportés dans le recueil des décisions disciplinaires du CSM publié chez Créons et repris dans le récent ouvrage de Monsieur le Ministre Imbiky Anaclet intitulé « Déontologie et Responsabilité des Magistrats à Madagascar »[6].


RENDRE COMPTE AUX JUSTICIABLES A TRAVERS L’ETHIQUE ET LA DEONTOLOGIE

On n’a jamais autant parlé d’éthique et de déontologie des magistrats à Madagascar que ces dernières années : peut-être que ces notions sont peu connues ? Peut-être que ces valeurs sont oubliées? Peu importe les raisons, le fait est que ceux qui sont investis de la mission de juger sont soumis au statut de la Magistrature, sont soumis à des règles éthiques et au code de déontologie et le regard que les justiciables portent sur la justice en général passe d’abord par l’éthique des magistrats qu’ils voient dans leurs districts, dans leurs Régions et le respect par ces magistrats des règles de déontologie liées à leur profession.

Certes, comme tout citoyen, le juge bénéficie des droits et libertés fondamentales, cependant, son attitude en société est scrutée car, plus que les autres citoyens, de par sa fonction, le juge se doit de respecter « (…) (les) devoirs de son état, l’honneur, la délicatesse ou la dignité (…) »[7].

A titre d’illustrations issues du recueil de décisions disciplinaires du Csm, constituent des manquements à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité le fait pour un magistrat « X » de provoquer des scandales dans les boîtes de nuit avec des propos outrageants et sa fréquentation des prostituées [8] ; le fait pour un magistrat « W » de s’être immiscé dans une affaire de trafic illicite de tabacs en feuille [9] ; le fait pour un magistrat « I » d’avoir emprunté un véhicule auprès des justiciables et de l’avoir utilisé à des fins personnelles [10] ; ou le fait pour un magistrat « Y » d’avoir utilisé un véhicule saisi à des fins personnelles en se présentant à l’audience sous l’emprise de l’alcool [11]…

Le juge se doit aussi de respecter scrupuleusement le Code de déontologie des Magistrats qui énonce entre autre les principes d’impartialité [12], d’intégrité [13], de compétence et de diligence [14].
Des cas de non-respect du code de déontologie publiés dans le recueil des décisions disciplinaires du CSM peuvent également être cités à titre d’exemple, tel le fait pour un magistrat « J » d’avoir abusivement fait sortir de prison un détenu dangereux malgré l’avis défavorable de la commission de sélection des détenus corvéables [15] ; ou le fait pour un magistrat « X » de délivrer un mandat de dépôt alors qu’il n’est pas compétent territorialement [16] ; le fait pour un magistrat « U » de recevoir d’un justiciable une somme d’argent conséquente à son domicile pour faire naître l’espérance d’un succès [17]…

De la lecture de ces quelques cas, on comprend aisément qu’il soit difficile pour les justiciables de faire confiance en la justice rendue par de tels magistrats et on ne peut pas blâmer les justiciables lorsqu’ils en déduisent que c’est peut-être ainsi partout.

Le magistrat doit également éviter « toute inconvenance réelle ou apparente dans toutes ses activités professionnelles ou extra professionnelles» [18]. Eviter toute inconvenance ne signifie pas pour le juge devenir inaccessible au point parfois d’en oublier la courtoisie et la considération minimale qu’il doit aussi bien aux justiciables qu’à toutes les personnes participant à l’activité juridictionnelle [19].

Lorsqu’un magistrat ne respecte pas l’heure d’audience, et cela avait déjà été dénoncé publiquement par le Bâtonnier Radson lors des assises nationales de la Magistrature ; lorsqu’un magistrat - et j’en étais témoin - mâchouille sans aucune discrétion son chewing-gum pendant l’audience ; lorsqu’un magistrat - et j’en étais encore témoin au Conseil d’Etat - s’adresse sans considération aucune aux justiciables, aux avocats pendant une audience, d’ailleurs pareil comportement a été reconnu comme constituant une faute disciplinaire et a fait l’objet de sanction dans une décision citée dans le recueil des décisions disciplinaires du Csm [20]…; le justiciable – peu importe la décision rendue – ne peut que mépriser un tel juge, ne peut pas légitimer la décision qui sera rendue, ne peut aucunement avoir confiance en ce juge et finalement en la justice de son pays. N’oublions pas comme l’a écrit Monsieur Pierre Truche : « Le juge n’est digne de lui-même que s’il reconnaît la dignité de l’autre» [21].

Certains juges ont parfois tendance à oublier qu’ils sont les premiers à être jugés [22], non pas uniquement sur leur application de la loi, mais aussi et surtout jugés par rapport à leur comportement au cours d’une audience publique, leur comportement en dehors des palais de justice, leur respect du serment.

Oui, chaque magistrat, au moment de son entrée en fonction prête serment [23] pendant une vingtaine de secondes. Ce cours laps de temps pendant lequel le serment est prêté et les fastes qui accompagnent toujours les prestations de serment semblent pour certains occulter la mesure de l’engagement moral pris publiquement. C’est bien parce qu’un magistrat s’est engagé publiquement et personnellement que la population – devant qui il s’est engagé - est en droit d’attendre le strict respect de ce serment par lui. Son respect du serment se manifestera par son respect des textes en vigueur quand il juge une affaire, par le respect qu’il aura du code de la déontologie, par son éthique qui relève de sa conscience, de son engagement, bref, des valeurs qui sont parfois perceptibles à travers les décisions de justice rendues.

II-AGIR AU SERVICE DE LA JUSTICE A TRAVERS LES DECISIONS DE JUSTICE RENDUES ou LA REDEVABILITE A TRAVERS LES DECISIONS DE JUSTICE RENDUES

Puisqu’une décision de justice est rendue « au nom du peuple malgache », «(…) il n’est que légitime et naturel si (ce peuple souverain au nom de qui la justice est rendue) entend vérifier comment sa justice a été rendue » [24] ; ce peuple souverain est en droit d’exiger une justice digne de confiance et les juges ont le devoir de lui donner cette justice digne de confiance.

Le peuple au nom de qui la justice est rendue ne peut évaluer sa justice uniquement sur le comportement du juge mais aussi et surtout sur la base des décisions de justice rendues. Logiquement, ce peuple souverain doit donc avoir accès à ces décisions rendues en audience publique et en son nom. Accéder à la jurisprudence est chose naturelle et devrait être facilité particulièrement aujourd’hui à l’ère des nouvelles technologies d’information et de la communication où, sous d’autres cieux, les décisions rendues sont mises en ligne par certaines juridictions. « Les décisions (de justice) sont (…) des biens publics qui devraient être aussi librement disponibles que n’importe quelle information publique » [25].

Bien sûr, on dira que les décisions de justice sont disponibles au greffe des palais de justice mais pour l’heure la recherche de jurisprudence décourage les plus hardis. Les choses seraient autrement plus simples si au moins les décisions faisaient, ne serait-ce que, l’objet d’un classement par rubrique ce qui faciliterait la tâche et montrerait une volonté de transparence.

C’est par le biais des décisions de justice que les citoyens pourront évaluer l’application de la loi par les juges, pourront évaluer chaque juridiction, pourront suivre l’évolution de la jurisprudence dans le pays et même faire des comparaisons qui sont parfois nécessaires pour prévoir les éventuelles issues d’un litige. Et c’est à travers les motivations des décisions de justice que le juge va rendre compte de la manière dont il utilise son pouvoir de trancher un différend et de rendre la justice [26], raison pour laquelle toute décision de justice doit être correctement motivée ; c’est une garantie contre l’arbitraire du juge et un moyen de contrôle de la décision par la juridiction supérieure [27].

Ce qui importe pour les parties au procès c’est de comprendre à travers une décision de justice pourquoi ils ont gagné et pourquoi ils ont perdu et de constater à travers ladite décision que justice a été effectivement rendue. Comme l’a écrit un auteur « Nous ne demandons pas seulement au juge de mettre fin à nos différends, nous lui demandons de nous expliquer, de nous faire comprendre, nous voudrions être non pas seulement jugés, mais si possible persuadés, ce qui est bien autre chose »[28].

Les décisions de justice seront considérées comme légitimes et obtiendront l’assentiment des justiciables lorsqu’elles sont non seulement correctement motivées mais également lorsqu’elles sont intelligibles et de qualité. Elles ne s’adressent pas uniquement aux parties au litige, ni à un public avisé de juristes mais à la population au nom de qui ces décisions sont rendues. Rien n’est donc jamais acquis, d’où la nécessité pour le juge de devoir avoir un souci constant de formation[29], d’approfondissement, de renouvellement de connaissances pour se préserver des certitudes trop vite forgées.

Il serait faux de croire que la formation s’achève à l’entrée dans la magistrature, elle nécessite des échanges d’expériences, elle doit être relayée par des compléments de formations, par des participations à des rencontres scientifiques nationales ou internationales, parce qu’une magistrature moderne c’est une « magistrature (qui sait) se renouveler au contact de la vie économique, sociale, universitaire »[30].

CONCLUSION

Regagner la confiance de la population malgache en sa justice est une tâche à la portée de tous dès lors que les textes tels le statut de la magistrature, le code de déontologie, les différents code de procédure, etc., sont strictement respectés par ceux qui sont les premiers à faire appliquer les lois, à dire le droit. Si les résolutions des assises nationales de la magistrature malgache [31] étaient réellement appliquées, les citoyens auraient une confiance pleine et entière à la justice malgache.

Mais la tâche peut aussi s’avérer difficile du fait des magistrats eux-mêmes avec cette propension de certains à faire des sorties médiatiques en critiquant publiquement ou parfois sur les réseaux sociaux - ce qui est tout aussi public - des décisions de justice rendues par un des leurs. Je ne citerai pour cela que la décision de la Ces n°1 ou les récentes décisions de la Haute Cour Constitutionnelle.

Comment peut-on alors ne pas comprendre qu’au vu de ces critiques faites par des magistrats, qui disent que telle juridiction n’est pas digne de confiance et a pris une décision politique ; comment peut-on ne pas comprendre que les citoyens malgaches ne puissent plus avoir confiance en la justice de leur pays si des magistrats eux-mêmes n’ont pas confiance en la justice rendue par d’autres membres de leurs corps ?

Il ne s’agit pas de dire ici que ces décisions tenaient ou non la route, il s’agit d’interpeller sur cette tendance à une ivresse médiatique qui semble être entrée sournoisement dans le corps de la magistrature malgache avec ce que cela comporte de dangers.

Un organisme est là pour se charger de la discipline des magistrats, c’est le Csm, mais encore faut-il aussi que les membres dudit Conseil prennent également conscience de leur redevabilité à travers leur éthique et les décisions qu’ils prennent [32] ; encore faut-il que le corporatisme soit banni de cet organe suprême de la magistrature ; encore faut-il que sa composition soit revue pour que les non magistrats qui y siègent puissent effectivement lutter contre le corporatisme qui pourrait y régner [33].

La justice est au service de la communauté et à ce titre, elle est « constamment soumise à l’examen critique du public » [34]. Les juges sont au service du droit, ils ont prêté serment en ce sens ; ils sont aussi au service de la population – cette population composée d’hommes et de femmes ordinaires comme eux et au nom de qui ils rendent la justice.

Pour que le contrôle de la vie publique fait par le magistrat soit crédible, il faut d’abord que le magistrat lui-même soit crédible, il lui faut respecter scrupuleusement le code de déontologie, il se doit de rendre des décisions de justice impartiales, motivées, assumées et de qualité à travers lesquelles les citoyens constateront non seulement l’intégrité du juge mais aussi sa compétence : gage d’une justice digne de confiance et gage d’un contrôle crédible de la vie publique.


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Faratiana Esoavelomandroso est professeur de Droit Privé, Faculté de Droit – Université d’Antananarivo


*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


NOTES
1) Anja : Association nationale pour la justice administrative).

2] Heliaritompo RASOARIVELO, « Bilan et perspectives au niveau du Conseil d’Etat », Annales Droit-nouvelle série, n°3, Juridi’ika, 2014, pp. 139-144, spéc. p. 144

3] cf Reverso.

4] V°Redevable, Le Robert

5] cf extraits du préambule des résolutions issues des assises nationales de la magistrature malgache (février 2012) : « Conscients des aspirations plus que légitimes et toujours croissantes du Peuple Malagasy à une Justice indépendante, impartiale, crédible et apolitique comme garante de l’égalité de tous, gouvernants et gouvernés devant la Loi » ; V. également les différents articles de la presse malgache portant sur la corruption au niveau de la justice Le Journal Malaza 8 mars 2013 « Corruption, trafic d’influence. Les magistrats s’accusent », Courrier des lecteurs La Gazette de la Grande Ile 27 février 2013 « Dégoût de la magistrature »…

6] Editions Créons, 2014

7] Article 56 de l’Ordonnance n°2005-005 relative au statut de la Magistrature

8] cf, Recueil des décisions disciplinaires du Conseil Supérieur de la Magistrature 2003-2012, n°16, pp. 35-37, éd° Créons

9] cf, Recueil des décisions disciplinaires du Conseil Supérieur de la Magistrature 2003-2012, n°14, pp. 32, éd° Créons

10] cf, Recueil des décisions disciplinaires du Conseil Supérieur de la Magistrature 2003-2012, n°26, p.462, éd° Créons

11] Cf, Recueil des décisions disciplinaires du CSM, op.cit., n°57, pp 77-78, éd° Créons

12] Art. 7 et suivants CDM

13] Art. 11 et suivants CDM

14] Art. 30 et suivants CDM

15] cf, Recueil des décisions disciplinaires du CSM, op.cit., n°27, p. 47, éd° Créons

16] cf, Recueil des décisions disciplinaires du CSM, op.cit., n°13, p. 31, éd° Créons

17] cf, Recueil des décisions disciplinaires du CSM, op.cit., n°40, p. 58, éd° Créons

18] Article 14 du Décret n°2005-710 portant Code de déontologie des magistrats.

19] Obligation prévue à l’article 22 du Code de Déontologie des Magistrats : « Dans l’exercice de ses fonctions, le magistrat doit adopter une attitude courtoise et empreinte de considération envers les plaideurs, témoins, avocats et agents d’affaires, personnel du tribunal et d’une manière générale envers toute personne fréquentant sa juridiction ».

20] cf, Recueil des décisions disciplinaires du CSM, op.cit., n°16, p. 37, éd° Créons

21] Pierre TRUCHE, op.cit., p.168

22] cf l’intitulé d’un ouvrage écrit par un magistrat Pierre TRUCHE, Juger, être jugé. Le magistrat face aux autres et à lui-même, Fayard, 2001

23] Article 21 de l’Ordonnance n°2005-005 du 22 mars 2006 portant loi organique relative au statut de la Magistrature.

24] RAMAROLANTO-RATIARAY, La transparence des décisions de justice : une nécessité ?, Revue ETIKA avril-juin 2013, n°6, pp 4-6

25] M. BOISSAVY et T. CLAY, Reconstruire la justice, éd° Odile Jacob, 2006, p. 59.

26] V. à ce propos, C. PERELMAN, La motivation des décisions de justice, in La motivation des décisions de justice, Bruxelles 1978, p. 415 et s., spéc. p. 422.

27] V. notre article, Libres propos sur l’obligation de motiver les décisions de justice, Annales Droit – nouvelle série, n°2, éd° Jurid’Ika, pp 123-131.

28] T. SAUVEL, Histoire du jugement motivé, Rev. dr.publ. et sc. pol. 1955, p. 51 et s.

29] cf Tsanta RANDRIANARIMANANA, Le Tribunal administratif à Madagascar, une juridiction administrative de proximité ? Bilan et perspectives, Annales Droit-nouvelle série, n°3, Jurid’ika, 2014, pp. 129-137, spéc. p. 137

30] M. BOISSAVY, op.cit., p. 138.

31] Résolution des assises nationales des magistrats du 10 février 2012, cf Imbiky ANACLET, Déontologie et Responsabilité des Magistrats à Madagascar, éd°Créons, avril 2013, pp. 331-337.

32] V. à ce propos notre intervention lors du colloque franco-malgache sur « L’inspection de la justice », 29 novembre 2012, www.conseil-supéieur-magistrature.mg

33] Si dans la loi organique de 2007, le CSM était composé de 11 magistrats et 3 non magistrats (2 universitaires et 1 représentant de la société civile) ; la réforme de 2014 ramène le nombre des magistrats à 17 et les non magistrats toujours à 3.

34] cf. Les Principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire -2002. Projet de Bangalore 2001 sur un code de déontologie judiciaire, adopté par le Groupe judiciaire sur le renforcement de l’intégrité de la justice et révisé lors de la table ronde des premiers présidents organisée au Palais de la Paix à La Haye les 25 et 26 novembre 2002


Leçons bolivariennes pour l’Afrique

Said Bouamama

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94728

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement ses masses populaires.

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (Alba) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’exclusion sociale et de la dépendance externe». Surtout, l’Alba éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

LA SOLIDARITE REGIONALE POUR DESSERRER L’ETAU DU MARCHE CAPITALISTE MONDIAL

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale :

«Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance. Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat. L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges. Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent. Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

L’Alba est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation ont fait passer l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar, etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du Fmi et de la Banque mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’Alba d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ; le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes, etc.

S’APPUYER SUR LES PUISSANCES EMERGENTES POUR DIMINUER LA DEPENDANCE DES IMPERIALISMES

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’Etat, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque. Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’Alba est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’Alba avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale.

Dès sa naissance, l’Alba affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’Onu pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est : « Les Nations unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’Alba admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les Usa pour crime contre l’humanité, etc.

LA DIVERSITE ETHNIQUE ET CULTURELLE EST UNE RICHESSE

Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’Alba est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression « droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

S’APPUYER SUR LES MOUVEMENTS SOCIAUX


Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso, n’a pas cessé, au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabè, d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que «la révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). »

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’Alba, en 2007, ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’Akba (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’Alba. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’Alba et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’Alba, appelons et nous engageons à réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’Alba (8).»

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’Alba a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Saïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, Saïd Bouamama, La Découverte, 2014

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


NOTES
1) Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.

2) Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014, http://bit.ly/1IP2yrl, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.

3) Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.

4) Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.

5) Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.

6) Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.

7) Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.

8) Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le « février 2015 à 18 heures 15.

9) Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/


Discours sur une Union Africaine forte : L’école et la démocratie, de puissants catalyseurs

Idrissa Diarra

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94726


c c AA
Je ne crois pas du tout à une Union africaine solide, où les bénéficiaires seraient immédiatement ceux-là mêmes qui en auraient fait la promotion. L'Union africaine, pour qu'elle soit une réalité influente, nécessite le consentement de sacrifices énormes de la part des leaders africains - entre autres, la renonciation à une part du leadership national...

La culture des attitudes démocratiques chez le citoyen africain dans les actes quotidiens sont indispensables pour pacifier les relations politiques, limiter les crises de succession au sommet des Etats et parvenir à la création des Etats-Unis d’Afrique. Sans Etats stables et paisibles, tournés sur les questions réelles de développement, aucune Union africaine n'est possible. Avec une telle banalisation, toute attitude antidémocratique de l'individu ou ingérence de nations étrangères, se voit vite étouffée dans l'œuf, soit par le voisinage direct, soit par la conscience collective intra-africaine.

Les économistes conviendront de l'avantage comparatif certain de cette démarche, en ce sens que le peuple ne serait plus obligé de passer toujours par des protestations violentes - trop onéreuses pour le trésor public -, pour rectifier le tir démocratique, suite à des frustrations, longtemps accumulées. C'est aussi un moyen efficace, contribuant à limiter les scènes conflictuelles meurtrières sur notre beau continent. Les démocrates sont certes satisfaits de l'Insurrection populaire d'octobre 2014 au Burkina Faso, mais ils savent aussi que le bilan des pertes est lourd. Une trentaine de morts, c'est beaucoup. En plus, il faut compter les nombreux blessés et handicaps définitifs, les pertes d'emplois et les dégâts matériels chiffrés à plusieurs milliards.

Certaines opinions pessimistes pourraient objecter à une telle démarche, arguant du mutisme des leaders politiques. D'autres pourront renchérir, en mettant en cause nos cultures africaines, présentées souvent comme incompatibles avec la démocratie, et plus disposées à la chefferie traditionnelle (royauté). Du coup, elles contribuent à occulter les formes extrêmes de royauté de droit divin sous l'absolutisme que l'Europe connut. Aussi, convient-il de rappeler, que tous nos maux sont souvent rattachés à l'analphabétisme, quelque fois même à tort !

A tort, parce que ce sont bien les instruits qui détiennent plutôt les rênes du pouvoir depuis des décennies, donc assumant la lourde responsabilité de conduire les peuples vers des destins nationaux plus heureux... Et si l'on osait un seul jour, imputer le sous-développement de l'Afrique, au contraire, à l'inconséquence de son peuple d'instruits et de ses diplômés ! Peut-être que cette mise à l'index créera un grand sursaut salvateur.

Le fait même de consacrer ici quelques lignes à pareille réflexion, signifierait, d'une part, l'existence de volontés de changements, d'autre part, l'existence d'enclaves d'exceptions et de résistances. Les arguments ne manquent pas du tout pour soutenir ces thèses. Pour s'en convaincre, il suffit de porter un regard attentif sur la déliquescence de nos universités publiques, y compris sur le plan social. Il apparaît clair que la charge de cette détérioration n'incombe pas aux seuls pouvoirs politiques...

Nos vaillants concitoyens des campagnes, qui nous nourrissent de leurs agricultures, sont très souvent taxés abusivement d'analphabètes, suivant une connotation qui semble leur extirper le crédit de tout bon sens. A plusieurs titres, ces préjugés servent de support et de prétexte à une démission collective des politiques et des grands clercs, face à l'impératif d'inventer des supports didactiques adaptés à ce milieu.

Je ne crois pas du tout à une Union africaine solide, où les bénéficiaires seraient immédiatement ceux-là mêmes qui en auraient fait la promotion. L'Union africaine, pour qu'elle soit une réalité influente, nécessite le consentement de sacrifices énormes de la part des leaders africains - entre autres, la renonciation à une part du leadership national... Et les principaux bénéficiaires seront surtout nos enfants ou mieux encore, les générations futures. Notre génération présente aura surtout pour motif de jouissance immédiate le respect, la fierté de conduire ce projet et d'en assumer conjointement la paternité, aux côtés d'illustres pères panafricanistes de l'indépendance totale des Etats africains.

Sans ce sacrifice citoyen, nous condamnons déjà ces futures générations à connaître un destin encore pire que le nôtre ! La responsabilité et la charge morale d'une telle démission individuelle et collective, pèseraient d'un poids très lourd dans l'Histoire ! Cela pourrait signifier peu, si l'on s'encroûte dans la définition scolaire de celle-ci, entendue comme « le récit écrit des faits du passé ». Par contre, ce devoir serait pris plus au sérieux et aurait signifié beaucoup, si l'Histoire est considérée comme un Long Rouleau consignant les responsabilités et le journal de différentes générations.

En rappel, l'Union européenne ne s'est pas construite en un jour. Il a fallu de l'audace de la part de certaines volontés fortes, vision perçue à l'origine par une majorité pessimiste, dès les années 1930, comme une gageure. Il se recrutait même, parmi les grandes personnalités de pays européens, des contestataires et torpilleurs proclamés. Ce rappel utile est en effet une façon de souligner notre haute conscience de l'immensité des offensives à déployer, des résistances et des tâches à accomplir, pour la construction des États-Unis d'Afrique...

La vulgarisation de la démocratie aura pour avantage pour le projet panafricaniste de transcender les spécificités locales et culturelles nationales. L'abolition de ces barrières locales, par l'adoption d'une culture citoyenne démocratique à l'échelle continentale, impulsée par l'école, est en soi même, l'expression de l'Union africaine à l'étape primaire...

Cette culture démocratique viendra à titre politique et culturel, consolider davantage cette Union esquissée depuis quelques temps déjà, via les moyens et réseaux modernes de transport et de communication, notamment les Tic (radio, TV, internet, téléphonie fixe et mobile, supports numériques, etc.).

Vu l'avènement récent de ces moyens technologiques, doit-on conclure hâtivement que notre continent ne fût pas uni de par le passé ? Question complexe, renvoyant cependant au moins à une certitude historique. En effet, le tracé colonial des contours des territoires d'Etats africains au moyen d'une équerre scolaire - réalité frappant l'esprit au premier coup d'œil sur les cartes politiques d'Afrique présentant les frontières Mali–Algérie-Sénégal–Mauritanie–Niger, etc. -, suffit à témoigner de la lourde part de responsabilité du contact Occident-Afrique et de son influence dans le relâchement de liens africains anciens, et dans la balkanisation socioculturelle et politique de notre cher continent, hier et encore aujourd'hui...

Pour que la jeune génération africaine ait plus de chance d'expérimenter des démocraties plus apaisées au bout des deux prochaines décennies, afin d'impulser l'Union africaine, je postule pour l'enseignement de celle-ci, du droit et de la citoyenneté dès l'école primaire sans plus attendre ! Il faut bien que cela commence un jour... Un enfant qui grandit avec les valeurs d'Union continentale, de la démocratie, de la citoyenneté et du droit gravées sur le disque dur de son subconscient, et porté naturellement à s'y référer sans peine aucune.

Les ministères en charge de l'Education nationale, de l'Enseignement secondaire, de la Justice, de la Promotion civique et de la Culture, sont ainsi interpelés pour jouer à ce titre leurs partitions. C'est une observation que les « Etats généraux » tenus récemment sur la justice burkinabé, pourraient considérer au titre de contribution post-scriptum.

A titre illustratif, des élèves habitués à l'alternance de chefs de classe au cours de la même année académique seront portés naturellement à accepter cet exercice qui s'est révélé être une épreuve infernale de terme de mandat avec le régime déchu...

Il est évident que la question de l'Union africaine déchaîne des débats. Mais au fond, quelle est cette réflexion qui se veut scientifique et d'intérêt social, politique, culturel et située de surcroît au centre d'enjeux futuristes, économiques et internationaux, qui pourrait se passer de tels débats ? Difficile d'anticiper sur ces réactions qui sont souhaitables d'ailleurs ; mais il est clair aussi qu'en seulement quelques lignes il est tout aussi délicat d'exposer certains arguments sur cet important projet...

La Génération consciente d'ici, entend assumer sa part de responsabilité dans la réalisation de cet ambitieux projet d'Union africaine forte. Elle fait sien, en collaboration avec tous les panafricanistes motivés et d'autres Comités d'Etats africains, le défi de faire des Etats Unis d’Afrique une réalité en l'espace d'une génération, le 26 avril 2015.


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Idrissa Diarra est géographe, politologue. Secrétaire exécutif du Mouvement de la Génération Consciente du Faso (MGC/Faso). Mobile : (+226) 66 95 04 90 Courriel : [email protected]

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News


L’appel de l’Afrique à ses enfants

Hulo Guillabert

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/comment/94725


c c KS
Cet appel vient du fond des entrailles
Du fond des âges, de l’éternité
Du fond des temps tourmentés
Du fond de siècles meurtris, ensanglantés
Et de toutes ces années de souveraineté violée…
L’Afrique VOUS appelle, oui VOUS, VOUS et VOUS encore…

L’appel de l’Afrique à ses enfants
Cet appel vient du fond des entrailles
Du fond des âges, de l’éternité
Du fond des temps tourmentés
Du fond de siècles meurtris, ensanglantés
Et de toutes ces années de souveraineté violée…
L’Afrique VOUS appelle, oui VOUS, VOUS et VOUS encore…
VOUS TOUS
Venez dit-elle
VOUS mes enfants, venez me délivrer
Ne me laissez plus maltraiter, piller, plier
Ne me laissez plus violer, violenter
Ne me laissez plus broyer, soudoyer
A moi, à moi mes enfants chéris
Ceux qui sont tout près de moi
Ceux qui sont loin, mais près de mon âme
Ceux qui sont perdus dans les froids méandres ennemis
Ceux qui sont justes, ceux qui sont traitres, ceux qui sont vils
Ceux qui sont fatigués, hagards, exsangues et ne veulent que dormir…
Réveillez-vous, réveillez-vous
Reprenez-vous
DEBOUT mes enfants DEBOUT !
Venez à la source de mon Humanité
Venez vous ressourcer dans mes racines profondes
Venez vous régénérer dans ma spiritualité ancestrale
Venez vous asseoir au coin de mon feu sacré
Venez à l’ombre de ma généreuse nature
Je suis la Terre nourricière et je suis l’abondance
Mes seins sont toujours jeunes et mon lait succulent
Mes cascades jaillissent rafraîchissantes et enivrantes
Mes pierres précieuses brillent au fond de toutes mes cavités
Tout cela sera enfin à vous, car j’en ai gardé pour vous
Ma richesse est sans limites malgré tous les pillages
Ma richesse est votre grande force malgré les esclavages
Ma richesse est votre sourire malgré toutes les épreuves
Ma richesse est votre belle âme malgré les perditions
Vous êtes des ÊTRES IMMENSES
Revêtez enfin votre magnificence
Reprenez votre puissance
Je VOUS attends, je NOUS espère…
DEBOUT mes enfants DEBOUT libres de toutes chaines
Amorcez la Renaissance africaine, chacun, tous, ensemble, ubuntu, unis, enfin !


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Hulo Guillabert est Directrice Diaspora Noires Editions, membre du Comité du Premier congrès fédéraliste panafricain

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News





Plaidoyers & campagnes

Soutien pour la fin de l’embargo imposé par les Etats Unis contre le peuple de Cuba

Alimamy Bakarr Sankoh

2015-05-19

http://pambazuka.net/fr/category/advocacy/94727

Cuba et les États Unis sont des partenaires naturels et ils devraient jouir d’une atmosphère tranquille et propice pour les relations commerciales, le commerce et les investissements. Étant donné le nombre croissant d’Américains d’extraction cubaine, Cuba et les États-Unis aussi doivent jouir de relations cordiales et fraternelles dans les affaires sociales et culturelles des deux nations.

Durant plusieurs décennies des personnes de bonne volonté ont rejeté catégoriquement et massivement l’imposition de lois et règlements ayant effets extraterritoriales. Les volontaires, partisans et sympathisants de la Fondation Internationale Hugo Chávez pour la paix, l’amitié et la solidarité (Hcif - Pps) partagent l’opinion exprimée par ces personnes de bonnes volonté dans leur coup de clairon pour mettre fin immédiatement et inconditionnellement à l’embargo économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis contre la paix et les peuples épris de la liberté de Cuba.

Las sanctions imposées pendant plus d’un demi siècle ont provoqué aux citoyens cubains et du pays en général de sévères difficultés économiques. Depuis la création de la Fondation en 2007, nous avons exhortés le gouvernement des États Unis à respecter la souveraineté, l’indépendance nationale et les libertés du peuple cubain ; ainsi que la levée de l’embargo qui a causé un préjudice incalculable à la dignité du peuple cubain.

L’embargo n’était pas une sorte d’accident de la politique extérieure des États Unis. C’était une mauvaise intention destinée à subjuguer le peuple cubain aux caprices de l’impérialisme étasunien. Depuis 1960, l’embargo étasunien interdit aux entreprises américaines le commerce avec Cuba. Il a affecté les intérêts commerciaux des pays tiers et à empêché Cuba d’avoir un accès plus large à la technologie de l’Internet et un obstacle à la libre circulation des personnes, le libre échange des idées ainsi qu’au développement des relations culturelles, sportives et scientifiques. L’impact sur l’économie est fort en dollars (dommages estimés à 1 billon de dollars), ce qui va à l’encontre des normes civilisées internationalement acceptées et des normes de conduite dans la pratique du droit international.

A notre avis, Cuba et les États Unis sont des partenaires naturels et ils devraient jouir d’une atmosphère tranquille et propice pour les relations commerciales, le commerce et les investissements. Étant donné le nombre croissant d’Américains d’extraction cubaine, Cuba et les États-Unis aussi doivent jouir de relations cordiales et fraternelles dans les affaires sociales et culturelles des deux nations. Malheureusement, le potentiel des ces liens économiques, commerciaux et culturels entre ces deux pays ne s’est pas effectué depuis plusieurs décennies, depuis l’imposition de cet embargo diabolique en 1960.

Peu importe la raison, si quelque chose se cache derrière ce diabolique embargo américain imposé à Cuba, il est temps pour les États Unis de soutenir et d’agir avec rapidité et de lever l’embargo contre le peuple de Cuba. C’est l’unique façon dont nous pourrons croire que les Etats-Unis veulent s’unir à l’Amérique latine pour la paix, la liberté et la dignité.

C’est avec beaucoup d’optimisme que, nous avons reçus, lors du Sommet des Amériques réalisé au Panama le 11 avril 2015, de la Fondation internationale Hugo Chávez pour la paix, l’amitié, et la solidarité les nouvelles concernant les discours du président Raúl Castro de Cuba et de son homologue des États-Unis Barrack Hussein Obama, qui ont annoncé le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, congelées depuis 1961 lorsque les États-Unis ont imposé l’embargo contre la paix et les peuples épris de la liberté de Cuba.

De plus, nous reconnaissons le rôle important qu’ont joué les Etats membres de l’Alba (l’Alternative bolivarienne pour les peuples des Amériques), en particulier l’intervention du président Nicolás Maduro durant les un an et demi du processus de négociations qui a entrainé la première réunion des présidents de Cuba et les États Unis, vu que les pays avaient coupé leurs liens en 1960. Ceci a eu lieu lors du Sommet des Amériques au Panama, le 11 avril 2015. Cela confirme la responsabilité vénézuélienne pour l’harmonie, le dialogue et la coexistence pacifique, ainsi que tout engagement à s’unir avec tout pays qui respecterait les droits et libertés démocratiques des autres pays.

Nous appelons les membres du Congrès à stimuler la réconciliation du Président Obama avec Cuba, en abrogeant la loi d’extension extraterritoriale qui menaçait l’existence du peuple cubain. L’embargo étasunien anti-cubain a été adapté pour détruire le président Fidel Castro et faire de Cuba un état client soumis à l’impérialisme américain. Mais il n’a pas pu atteindre son objectif vicieux. Nous nous engageons à implorer la communauté internationale pour qu’elle exerce une pression sur les législateurs américains afin qu’ils s’unissent au président Obama pour lever l’embargo diabolique contre Cuba et mettre fin à toutes les politiques hostiles contre les nations d’Amérique Latine, y compris le Venezuela, l’Equateur, la Bolivie et l’Argentine.

Nous comprenons clairement la pensé des peuples de l’Amérique envers le mouvement de leurs pays pour rétablir les relations diplomatiques avec Cuba. Les peuples de l'Amérique ont parlé en grand nombre et ont affirmé leur assistance au président Obama pour rétablir les liens avec Cuba. La communauté internationale, y compris les alliés des États-Unis en Amérique du Nord, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique ont tous exprimé leur soutien au président Obama, pour rétablir des liens avec Cuba et pour lever l’embargo diabolique contre Cuba.

Par conclure, nous saluons à nouveau les annonces des présidents de Cuba et des États-Unis pour rétablir les liens diplomatiques entre leurs deux pays. Nous invitons aussi le peuple de l'Amérique à pousser ses législateurs au Congrès à Washington à agir rapidement pour la levée immédiate et sans conditions de l’embargo diabolique contre Cuba.

Vive Cuba!
Vive l’Amérique Latine!
Solidarité avec Cuba!


CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://pambazuka.org/en/friends.php

** Alimamy Bakarr Sankoh est Directeur exécutif international de la Fondation Internationale Hugo Chávez pour la paix, l’amitié et la solidarité - llentown, Freetown, Sierra Leona

*** Veuillez envoyer vos commentaires à [email protected] ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News

**** Les opinions exprimées dans les textes reflètent les points de vue des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de la rédaction de Pambazuka News





/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\


Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
www.fahamu.org/

© Sauf indication contraire, tous les contenus publiés ici le sont avec autorisation sous les termes de la licence « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Unported »

Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.

Pour nous lire sur Internet, consultez le site www.pambazuka.org

Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à [email protected] et votre adresse sera aussitôt retirée.

Pour les détails supplémentaires: www.pambazuka.org/fr/about.php

Pambazuka news peut être visionné en ligne: www.pambazuka.org/fr/

Le RSS est disponible sur www.pambazuka.org/fr/newsfeed.php

Pambazuka News est publié grâce au soutien d’un certain nombre de bailleurs de fonds dont les coordonnées peuvent être obtenues en passant par l’adresse www.pambazuka.org/fr/about.php

Pour VOUS ABONNER ou VOUS DESABONNER, allez sur:
pambazuka.gn.apc.org/cgi-bin/mailman/listinfo/pambazuka-news-fr

ou envoyez un message à [email protected] avec le mot ABONNER ou DESABONNER dans la case réservée à l’objet selon le cas.

Les points de vue exprimés ici sont ceux des auteurs eux-mêmes et ils ne représentent pas nécessairement ceux de Pambazuka News ou Fahamu.

ISSN 1753-6847

ISSN 1753-6839 Pambazuka News English Edition http://www.pambazuka.org/en/

ISSN 1753-6847 Pambazuka News en Français http://www.pambazuka.org/fr/

ISSN 1757-6504 Pambazuka News em Português http://www.pambazuka.org/pt/

© 2009 Fahamu - http://www.fahamu.org/